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Je n'oublierai jamais cette nuit-là.
Elle ressemblait à celle-ci.
C'était aussi en novembre.
Je savais que quelque chose allait arriver.
Comme je le sens maintenant.
Je ressens les choses, moi.
Quand on devient vieux,
notre plus grande crainte est de ne pas être reconnus.
notre plus grande crainte est de ne pas être reconnus.
Reconnu pour ce qu'on a vraiment été.
C'est pour ça que j'ai décidé de raconter mon histoire.
Ce serait trop triste de partir sans avoir dit la vérité.
Surtout à ceux que j'ai le plus aimés.
Mes enfants.
Je les revois encore petits,
puis adolescents.
Gabriele, toujours en train d'étudier.
Renzo, toujours en train de s'enfuir.
Et puis Meni.
Mon Meni.
Et ceux qui sont arrivés après,
mes petits-enfants.
Et même ceux qui ne sont pas encore nés.
Même de loin, je sens quand ils sont tristes.
Et parfois, j'ai l'impression d'entendre leur rire.
Et parfois, j'ai l'impression d'entendre leur rire.
Je les vois tous.
Ceux qui étaient là avant nous,
et ceux qui viendront après nous.
Voilà.
Tout ça, c'est notre histoire.
L'histoire de tout ce qui s'est passé avant.
Avant nous.
Tout a commencé ici.
Avec un jeune soldat qui courait dans les bois de nos montagnes.
Quelle belle lune.
On dirait encore l'été.
Toi, encore ?
Bonsoir, le hibou.
Tu portes chance, non ?
On fait un petit jeu ?
Tu n'as qu'à me donner un signe.
Juste un petit signe, d'accord ?
Si tu restes sur ta branche pendant que je remplis le seau,
il ne se passera rien dans ma vie
et je te promets de ne plus penser à l'avenir.
Mais si tu t'envoles avant que j'aie fini,
Mais si tu t'envoles avant que j'aie fini,
alors j'aurai une vie merveilleuse.
Je pourrai enfin franchir ces montagnes.
Ca te va ?
Bon.
Je commence.
Allez.
Envole-toi.
Allez.
Bon, tant pis. Ca fait rien.
Merci, hibou. Je savais que tu t'envolerais.
- Excusez-moi. - Qui es-tu ?
Tu veux quoi ?
Tu veux quoi ?
Un morceau de polenta.
- Va-t'en ! - Et un peu d'eau.
Je marche depuis cinq jours, s'il vous plaît.
- Tu es soldat ? - Oui.
Fais voir tes mains.
Je sais plus quoi faire.
Pas un geste !
T'es qui, toi ?
Maurizio Sartori. Je viens de Vénétie, près du Piave.
Et d'où tu arrives ?
De l'armée, dans les montagnes.
- Tu as déserté ? - Non.
Je me suis perdu dans les bois.
Eh bien, va-t'en ! Je ne veux pas d'hommes ici.
Non, maman.
Il n'a pas l'air méchant.
Il me plaît pas.
Mais il doit mourir de faim et de froid.
- Ca m'est égal. - Je vous en prie.
Tais-toi.
Maman, ça pourrait être Piero,
ou Toni.
- Tu es armé ? - Non.
- Fais voir. - Relève-toi.
Prouve-le.
C'est bon, tu peux entrer, mais pas longtemps.
Merci.
Allez, dépêche-toi.
Prouve-nous que tu le mérites, blondinet.
Je suis Nadia Tassan.
Tu peux entrer.
C'est qui ?
Qu'est-ce qu'il fait chez nous ?
Tu as raison, maman, je sais.
Grand-mère, il a juste besoin d'aide.
On le fait par charité chrétienne, non ?
Tu as fait quoi, toi ?
On ne parle pas aux inconnus.
Regarde dans quel état il est.
Regarde dans quel état il est.
Ca pourrait vraiment être Piero ou Toni.
Tes frères sont partis se battre.
Lui, qu'est-ce qu'il fait là ?
Il s'est perdu, maman.
Viens te réchauffer.
- Merci. - Vas-y.
Cette nuit, tu dors dans l'étable.
D'accord.
Et tu pars avant le lever du jour.
Je ne savais pas d'où venait ce blondinet,
ni jusqu'où il m'emmènerait.
J'aurais suivi cet homme jusqu'au bout du monde.
Ballarin !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Dépêche-toi d'enlever ton pantalon.
Je vais laver tes affaires et les raccommoder.
On t'a apporté des vêtements de notre frère Toni.
Ca devrait t'aller.
Et des chaussettes propres aussi.
Mais si tu veux partir maintenant, ne perds pas de temps.
Votre mère refuse que je reste.
Si tu travailles,
elle te laissera encore quelques jours.
Avec la guerre, les hommes se font rares.
On a toujours besoin d'un coup de main.
Alors, tu l'enlèves, ce pantalon ?
On a des frères, on sait comment vous êtes faits.
Pas vrai ?
Vous pouvez vous tourner ?
D'accord, on se retourne.
Ne regarde pas.
Ne regarde pas.
Je peux prendre ça aussi ?
Qui est Ballarin ?
Tu as crié son nom dans ton sommeil.
Personne.
Ce blondinet était toujours triste, pensif.
Mais j'étais si contente
que maman ne l'ait pas encore chassé.
Je ne pouvais pas lui montrer,
alors je le taquinais,
je me moquais de lui.
Regarde, le voilà.
Regarde-le, maman.
On dirait vraiment un épouvantail, non ?
On dirait vraiment un épouvantail, non ?
Il est sec comme une vipère.
Soufflez. Soufflez.
La polenta toute chaude.
C'est chaud. Il faut souffler.
Mange doucement.
Mange.
Non, mangez, vous. Moi, ça va.
Je préfère que vous mangiez.
Dès que tu iras mieux, tu devras partir.
Je te l'ai déjà dit hier et tu es encore là.
Tu nous mets toutes en danger.
Nom de Dieu !
Je t'avais pas vu.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Qu'y a-t-il derrière cette montagne ?
Ce qu'il y a ?
Il y a la guerre.
Par ici, il n'y a que la guerre.
Les Allemands ont tout envahi.
Ils sont proches.
Oui, je sais. A Caporetto.
Tu y étais ?
Non.
La Vénétie. Tu sais où c'est, la Vénétie ?
La Vénétie ?
J'en ai déjà entendu parler, mais...
Je ne suis jamais allée plus loin que le village.
C'est beau ?
C'est pareil qu'ici. Tout se ressemble.
Ca doit être dur, d'être tout seul.
Loin de chez soi, non ?
Ta famille te manque pas ?
Personne m'attend, chez moi.
N'importe quoi.
Viens avec nous au village, tu nous aideras à décharger.
Tiens, ça vient de Piero, d'Albanie.
Ca vient de Piero.
Qu'est-ce qu'il dit ?
- Il va bien ? - Oui, il va bien.
Toujours pas de nouvelles de Toni ?
Malheureusement, non, aucune nouvelle de Toni.
Ils vont se rendre
ou ils préparent une contre-attaque.
On décharge ?
C'est quelqu'un de ta famille ? Je ne l'ai jamais vu.
Non, il me donne un coup de main juste pour aujourd'hui.
Il se contente d'un peu de polenta. J'ai que ça à lui donner.
Il y a beaucoup d'âmes perdues et vous êtes seules.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce que tu fuis ?
Je pars demain.
Ah bon, tu pars demain ?
Mes frères sont au front et toi, tu pars comme ça ?
Ca vient de mon frère, Piero.
Il est parti volontairement, juste après Toni.
Pour faire son devoir.
Lis-la.
Vas-y.
"Chère mère, chères soeurs, ne vous en faites pas pour moi.
"Je suis fier de me battre pour ma patrie,
"et s'il le faut, je mourais en héros."
Voilà.
Même enfant, Piero n'a jamais eu peur de rien.
C'est un vrai héros.
On lui a bourré le crâne.
Qu'est-ce que tu insinues ? Il fait son devoir.
Qu'est-ce que tu insinues ? Il fait son devoir.
Oui, son devoir. Et qui les envoie au front ?
Tu y as pensé ?
Les guerres ont été créées par ceux qui ont pouvoir.
Et qui ils envoient au front ?
Toujours nous, les pauvres.
Tu vois les choses comme ça ?
Que devrions-nous faire, alors ?
On devrait attendre que les Allemands nous massacrent ?
Non, mais si on refusait, il n'y aurait plus de guerre.
Tu parles, tu parles...
mais à mon avis, tu n'es qu'un lâche.
J'ai raison ?
Tu dis plus rien, maintenant.
Laisse tomber, je dois aller nourrir les bêtes.
- Tu veux connaître la vérité ? - Laisse-moi.
Tu veux que je te la dise ?
La vérité, regarde-moi,
c'est que quand tu vois des gens mourir,
ils ne ressemblent plus à des humains.
Ils sont vidés. Comme des carcasses ou des bêtes.
Et moi, je refuse de revoir ça, tu comprends ?
Tu veux savoir si on a déserté ? C'est ça ?
Tu veux savoir si on a déserté ? C'est ça ?
On a fui parce qu'on nous tirait dessus,
et je te parle même pas des bombes.
Avec Ballarin et les autres, on a couru sans se retourner.
C'est bon ?
Et je me répétais sans cesse :
"Maurizio, reste concentré,
"tu es debout, tu es en vie, contrairement aux autres."
Et tu t'étonnes que je rêve de Ballarin ?
Nadia...
Qu'est-ce qu'elle fait avec cet étranger ?
Ils parlent.
Des paroles et encore des paroles.
J'ai compris.
Qu'est-il arrivé à tes compagnons ? A ce Ballarin ?
Ils sont rentrés chez eux.
Nadia, dépêche-toi, viens à l'intérieur.
Nadia, dépêche-toi, viens à l'intérieur.
C'est bon, j'arrive.
Et si l'armée te retrouve, ils te tueront.
Et si ce sont les Allemands,
ils me jetteront dans un camp et j'y mourrai.
Quoi qu'il en soit, je suis perdant.
Tu me regardes plus,
maintenant que tu sais tout ?
Non.
Maintenant que je sais tout,
on peut devenir amis.
Et tout ce qu'on s'est dit, ça reste entre nous.
D'accord ?
Nous laisse pas.
Sartori, sois un homme.
Je suis désolé.
Ne m'abandonne pas.
Ne m'abandonne pas !
Les Allemands couperaient les mains et les pieds des gens.
Ils ont détruit l'église Saint-Anne.
Ils ont même brûlé les crucifix.
Et s'ils arrivent jusque dans la plaine ?
Qu'est-ce qu'on fait ?
Non, sois tranquille, Maria.
Personne n'arrivera jusqu'ici.
Pas vrai ?
Ils vont venir...
C'est ça, la guerre.
Comment ça ?
Tous contre tous.
Il n'y a plus de chrétiens, plus de Dieu, plus rien.
Qu'est-ce que tu ferais ?
Je fuirai, sans doute.
Et où ça ?
Je sais pas, mais je resterais pas ici.
Cette terre ne vous appartient même pas.
Cette terre ne vous appartient même pas.
Et quand mes fils reviendront, que trouveront-ils ?
Personne.
J'ignore ce qu'ils trouveront,
mais au moins, vous seriez en sécurité.
Moi, je ne vais nulle part.
Même pas sous la menace d'une arme,
tu as compris ?
La maison et le terrain sont à ceux qui commandent.
C'est nous qui le cultivons,
mais au moins, on en tire de quoi manger.
Si on partait d'ici, on n'aurait nulle part où aller.
Nous, on bouge pas d'ici.
Basta.
La terre, on la laisse à personne.
C'est tout.
Maintenant que le destin m'avait donné Maurizio,
personne ne devait me l'enlever.
Alors la nuit, je décousais et le jour, je raccommodais.
Ces pantalons-là, ils ne feront plus la guerre.
Ces pantalons-là, ils ne feront plus la guerre.
Les Allemands arrivent.
- Les Allemands ? - Ils arrivent.
Que voulez-vous ?
On cherche un endroit où dormir pour cette nuit.
Maddalena, s'il vous plaît, aidez-nous.
Je ne peux pas vous aider.
J'ai de l'argent.
Non, je ne veux rien.
Vous devez partir tout de suite, les Allemands arrivent.
Je suis désolée.
Bon courage.
Filez au lit !
Va.
Merci.
Tu sais, j'observe et je comprends tout.
Je ne suis pas idiote.
Mais tu nous es utile.
Tu manges peu, travailles beaucoup, parles peu...
On dirait presque un Frioulan.
Sartori...
Sartori, joue pas au con.
Sartori, joue pas au con !
Sartori, joue pas au con !
Lâche, reviens ici !
Sartori !
Quels cheveux tu as, blondinet.
On dirait ceux des enfants.
Un de ces jours, je te les couperai.
Avant que tu partes.
Gianola !
C'est Don Alfredo.
Maddalena !
Plus personne ne vient à l'église, ils ont peur.
Entre.
Bonjour.
Tu gardes encore ce déserteur chez toi ?
Il travaille aux champs. Il n'y a plus d'homme, ici.
S'ils le voient, ils vous emmèneront autant que lui.
Vous perdrez tout : la maison, votre travail
et je ne pourrai rien pour vous.
Et pour toi non plus !
- J'ai rien demandé. - Reste tranquille.
Et je veux pas de l'aide d'un prêtre.
Tu devrais avoir honte !
- Vous êtes tous pareils. - Tu t'entends ?
- Tu es toujours pessimiste. - C'est pas vrai.
Je crois bien que si.
Pourquoi ?
Je t'ai posé une question.
Pourquoi ? Parce que la vie est pourrie.
Quand tu vis, tu vas mal. Dans quel monde tu vis ?
Tu sais comment c'était, chez moi ?
Ma mère se plaignait sans cesse, mes frères se battaient,
et mon père, c'était un vieux con, comme son père.
Il me frappait
et me faisait culpabiliser pour un rien.
La vie n'a rien d'agréable.
La vie n'a rien d'agréable.
Regarde la guerre, maintenant.
Ils sont où, tes frères ? Pas là pour en parler.
Oui, mais la vie est plus forte.
- Elle continue, quoi qu'il arrive. - C'est ça.
Si, il y a un avant et un après la guerre.
Si tu veux. Tu parles comme Don Alfredo.
Tu sais ce que je ferais, moi ?
Je prendrais toutes les bombes de toutes les armées du monde
et je ferais tout péter.
N'importe quoi.
T'imagines la paix, après ? Et le silence, sans plus personne ?
Tu détestes tout le monde ?
Non, pas tout le monde.
On dirait, mais je comprends pas pourquoi.
Toi, je t'aime bien.
Plus vite.
Rentre les chèvres, fissa.
Rentre les chèvres, fissa.
Le ciel est sombre.
Ca n'augure rien de bon.
Toi, va en forêt nous couper un peu de bois.
Nadia, avec ta soeur, enfermez-vous à la maison.
D'accord.
Ne vous inquiétez pas. Quoi qu'il arrive, je suis là.
Tu te souviens de la nuit où t'es arrivé ?
Je t'attendais, tu sais.
Il y a certaines choses que je sens arriver.
Même là, je sens des choses.
Ah bon ? Qu'est-ce que tu sens ?
Je sens...
que je partirai bientôt d'ici.
Et tu iras où ?
Je sais pas trop. En ville.
A Udine ou à Pordenone.
T'as jamais pensé à l'avenir ?
Je ne retournerai jamais dans mon village.
Je n'y remettrai jamais les pieds.
Je suis contente.
Pourquoi tu es contente ?
Pour rien. Je suis contente, c'est tout.
Tu es contente que je sois là ?
Un peu.
Juste un peu ?
Arrête, blondinet.
C'est la première fois que tu souris.
Mais ne t'y habitue pas, hein.
Nadia.
Maria !
Plus fort, plus fort !
Salaud !
Salaud !
Dehors ! Sors d'ici !
Tire ! Tire-lui dessus !
Vas-y ! Tu attends quoi ? Il va appeler les autres !
Emmenez-le dans les bois.
Dans la grotte du diable.
C'est là-bas qu'il doit être.
Il jouera aux cartes avec le diable.
C'est là, on est arrivés.
On dit que...
le diable est passé par là.
J'entre pas là-dedans.
Je vais pas dans les grottes.
Il avait une petite chaîne avec une croix.
C'était un chrétien, lui aussi.
Merci, au fait, pour ce que tu as fait.
Attends, appuie-toi sur moi.
J'aimerais te dessiner.
Quoi ?
Te faire un portrait.
Je savais pas que tu dessinais.
Si, je sais dessiner.
Pourquoi tu me l'as jamais dit ?
Pourquoi tu me l'as jamais dit ?
J'allais pas te dévoiler tous mes secrets.
Je pars demain.
Si ça se sait, je vous mets en danger.
Non, pas demain.
Tu dois m'aider à l'étable, avec les bêtes.
Nadia,
tu vas où ?
Rendors-toi.
Reste couchée ou je t'en colle une.
Tu sors d'où, toi ?
Tais-toi, elles dorment.
Je vais allumer l'autre bougie.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu vas bientôt le savoir.
Assieds-toi.
- Ici ? - Oui.
Eclaire-toi mieux.
Pourquoi tu ris ?
Pourquoi tu ris ?
Pour rien. Tu me fais rire à prendre la pose.
Je prends pas de pose, j'essaie juste d'être à l'aise.
Ne bouge pas, s'il te plaît.
Je sais comment ça marche, c'est comme prendre une photo.
Ah bon ? Tu en as déjà pris ?
A l'armée, oui.
Ca doit rendre bien en photo.
C'est comme un dessin, mais...
c'est vraiment toi.
Qu'est-ce que tu as ?
Je sais.
Je suis désolée.
Fais pas la tête, sinon mon dessin sera raté.
Voilà.
C'est mieux.
Reste concentré.
Les mois défilaient.
Il avait beaucoup plu, puis le soleil était revenu.
On disait que la guerre était presque finie.
On disait que la guerre était presque finie.
Et moi, je me demandais :
"Que fera Maurizio, quand la paix reviendra ?"
"Est-ce qu'il partira ?"
L'amour, c'est comme la faim :
ça rend fou et tu ne penses à rien d'autre.
Même quand il était triste, j'étais heureuse pour nous deux.
Et je continuais de rêver.
Chaque année à mon anniversaire, j'avais mon rituel.
Une bougie représentait le passé,
tout ce qui m'était arrivé.
Une autre représentait le présent,
mais tant que la guerre sévirait, il ne se passerait rien ici.
Et une dernière pour l'avenir.
J'étais peut-être un peu folle,
mais je m'imaginais un bel avenir.
mais je m'imaginais un bel avenir.
Tu chantes, maintenant ? C'est nouveau, ça.
J'allais pas te dévoiler tous mes secrets.
Attends...
Si ta mère nous surprend, elle me fusillera pour de bon.
Je te protègerai, ne t'inquiète pas.
Je te demanderai rien en retour.
Tu comprends ce que je dis ?
Tu me demandes rien en échange.
Je te demande pas de m'épouser.
Montre-moi comment tu danses, blondinet.
On sait danser, en Vénétie, tu sais.
- Ah bon ? - Eh oui.
Voyons ça.
Voyons ça.
Ils ont signé l'armistice !
Ca y est, c'est fini. La guerre est finie, Nadia !
Pour de vrai ?
Oui, c'est fini !
La guerre est finie ?
On va faire la photo ?
Viens.
Vite !
C'est ma toute première photo.
Tous les trois, ensemble.
Tous les trois, ensemble.
Quoi ?
Notre enfant sera magnifique.
Tu verras, un blondinet aussi beau que toi.
Rapprochez-vous.
Je voyais déjà notre enfant. Notre fils.
Et tous ceux qui viendraient après.
Mais la vie donne et la vie reprend.
Et tandis qu'une nouvelle vie grandissait en moi,
celle de mon frère Toni
s'est brusquement arrêtée en Albanie.
Une balle l'a tué
le lendemain même de l'armistice.
C'est ce que disait la lettre que Don Alfredo nous a remise.
Maman !
Va-t'en !
Non, ouvre-moi !
- Où est-il ? - Non, maman !
Ecarte-toi !
Qu'est-ce qu'il fait ici ?
Je ne veux pas le voir ici.
Je sais, maman. Je sais.
Je veux voir mon Toni.
On est là, nous.
Mon pauvre fils.
S'il vous plaît...
Je veux revoir mon Toni.
Blondinet ?
Blondinet ?
Où es-tu ?
Qu'as-tu fait, blondinet ?
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