All language subtitles for La.Gloire.de.mon.pere.1990.FRENCH.720p.BluRay.x264-FHD.fr

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Original subtitles

- Je suis n� � Aubagne, sous le Garlaban,

couronn� de ch�vres au temps des derniers chevriers.

Garlaban, c'est une �norme tour de roches bleues.

Elle monte tr�s haut dans le ciel de Provence.

Ce n'est donc pas une montagne, mais ce n'est plus une colline.

C'est Garlaban.

Enfants qui r�citent une fable de La Fontaine.

- Mon p�re �tait instituteur.

Il s'appelait Joseph.

Sa voix �tait plaisante, et ses cheveux bleut�s

ondulaient les jours de pluie.

- "Un tr�sor est cach� dedans."

- Il rencontra, un dimanche, une couturi�re

qui s'appelait Augustine. Elle �tait si jolie qu'il l'�pousa.

Je n'en ai jamais su davantage,

car on ne parlait pas de ces choses-l� � la maison.

Ils �taient mon p�re et ma m�re,

de toute �ternit�, et pour toujours.

Mon p�re avait 25 ans de plus que moi, et �a n'a jamais chang�.

L'�ge d'Augustine, c'�tait le mien,

parce qu'elle �tait moi,

et je pensais, dans mon enfance, que nous �tions n�s le m�me jour.

- Joseph!

- Sibelard, prends ma place, vite.

Pleurs d'un b�b�.

- Quand je pense que c'est toi qui m'as fait �a...

- Augustine...

- Sibelard! Sibelard!

- Je suis papa, et c'est un gar�on.

- Pour le fils d'un instituteur, l'�cole, c'est tout l'univers.

- Marcel...

Cris des enfants.

- Mes souvenirs d'Aubagne sont rares.

Je n'y v�cus que 3 ans, car mon p�re

br�la les �tapes.

D'Aubagne � Saint-Loup, dans la banlieue de Marseille.

- Le beau Marcel!

- Quand ma m�re sortait,

j'allais dans la classe de mon p�re,

qui apprenait � lire � des gamins de 6 ou 7 ans.

- Pi... Pe... Papa. - Bien.

- Je restais assis au fond, bien sage,

et admirais la toute puissance paternelle.

- Bien!

- Un beau matin...

ma m�re me d�posa � ma place, et sortit sans mot dire.

Tandis que mon p�re...

- Non, c'est pas vrai! - Qu'est-ce que tu dis?

- Maman ne m'a pas puni, tu n'as pas bien �crit.

- Qui t'a dit �a?

- C'est �crit l�.

- Voyons, voyons... Mais tu sais lire?

- Oui.

- Voyons, voyons, mais...

Eh bien, lis.

- La... ma... man...

a... pu... ni...

son petit gar�on qui n'�tait pas sage.

Le pa... pa est fier

de son pe... tit gar... �on

qui sait li... re.

�a, �a veut dire que tu m'aimes bien.

- Tu n'as pas mal � la t�te? - Non.

- Quand a-t-il lu la derni�re fois?

- Hier matin.

Le couvercle d'une bo�te de savon.

- Et depuis? Rien? - H� non.

Votre soeur ne veut plus.

- C'est pour son bien. Vous allez le faire exploser.

- Maman, je suis malade? - Mais non.

Reprends donc de la tarte.

- Une explosion! C'est ridicule.

- Qu'il n'aille plus en classe,

ou ouvre un livre, avant l'�ge de 6 ans.

Laissez-le encore un peu faire l'enfant.

- J'avais maintenant un petit fr�re.

Il s'appelait Paul.

Trouv� dans un chou, selon Augustine.

Mon p�re, lui, avait parl� d'une petite graine.

Ces explications potag�res avaient �tanch� ma curiosit�.

- Hue!

- Cette ann�e-l�, mon p�re fit un bond de com�te,

car de Saint-Loup, franchissant les faubourgs,

il fut nomm� titulaire � l'�cole du Chemin des Chartreux,

la plus grande �cole communale de Marseille.

Marseille l

Coup de klaxon.

- Je vais �tre en retard. - Mais non.

Il est pas 8 h.

Attends... - Oh, non. Demain.

Je n'ai pas l'air trop... - Oh non, au contraire.

Tu es magnifique. - Magnifiquement nerveux, oui.

Augustine...

- �a va tr�s bien se passer, j'en suis s�re.

- Ces enfants de la ville, je me dis...

- Quoi? Ce sont toujours des enfants.

Allez.

- Papa!

O� tu vas?

- � l'�cole.

- Et moi? - Mais tu n'as pas encore l'�ge.

Et �a te fait mal � la t�te. - Non, �a me fait pas mal � la t�te.

- Oh! Non!

Fais ta toilette.

- C'est fait. - Oh, le menteur!

Montre voir tes mains. - Je les ai oubli�es.

- Si tu les ram�nes, qu'elles soient

toutes propres et blanches.

Sinon, nous n'irons pas promener avec tante Rose.

Et pareil pour les pieds!

- "Pour 8 personnes, prenez 2 kilos de poisson.

"Rascasse, rouget, vive,

"saint-pierre, cancre, merlan.

"R�unir l'oignon et le poireau

"finement cisel�s dans une casserole

"pouvant aller en plein feu,

"avec 2 cuiller�es � potage

"d'huile d'olive.

"Chauffez doucement en remuant."

- Premier octobre 1900.

Asseyez-vous.

Mes chers enfants,

nous sommes entr�s dans un si�cle fabuleux,

o� les miracles, ceux n�s de la science,

seront quotidiens, et apporteront de la joie

aux plus pauvres, aux plus humbles.

Les maisons auront le gaz, la lumi�re �lectrique,

souvent m�me le t�l�phone. - Oh!

- Oui, oui.

Ce t�l�phone qui fera que d'ici, on pourra parler, sans se d�ranger,

et sans crier, � des personnes d'Aubagne et d'Aix-en-Provence.

- Oh ben, fan de pied!

- Oui, monsieur.

Notre 20e si�cle sera un grand si�cle. Le progr�s est en marche.

Bient�t, la machine ex�cutera les travaux p�nibles.

On r�duira sans doute � 10 heures la journ�e de travail.

- Ce serait bien, �a!

- Et l'ouvrier aura un jour de repos par semaine.

Et guid�, et sauv� par l'instruction, chacun aura sa place

dans un monde qui respectera tous les hommes.

Ce sont des choses que je ne r�p�terai plus.

Prenez vos cahiers. Dict�e.

- Mon fr�re Paul �tait � pr�sent un bonhomme de 3 ans.

Il �tait pensif, ne pleurait jamais, et jouait tout seul.

Augustine �tait toujours fr�le, mais heureuse,

entre son Joseph, ses 2 gar�ons et sa machine � coudre neuve.

Cette prodigieuse invention moderne me permettait de l'aider.

Tante Rose, la soeur d'Augustine,

trompait sa solitude de jeune vieille fille,

comme l'appelait Joseph pour la taquiner.

- Oh, Paul, non! - Qu'est-ce que c'est?

- Un bigoudi...

Il avale tout ce qu'il trouve.

La derni�re fois, c'�tait une longue lani�re de lard.

Marcel!

- Qu'est-ce que c'est?

- L'annuaire des chemins de fer.

Qu'ai-je fait pour avoir des enfants pareils?

- Ce que tu as fait ou ce que tu n'as pas fait.

- Rose, je t'en prie!

- Je sais que c'est Joseph et ses id�es.

Mais un mariage sans �glise...

- N'est pas un vrai mariage.

� propos de mariage, il serait temps de vous soucier du v�tre,

ma ch�re Rose.

"Vivez si m'en croyez,

"N'attendez � demain.

"Cueillez d�s aujourd'hui

"Les roses de la vie."

Et pour l'Alsace-Lorraine?

Je vais tout de m�me pas les mettre en tricolore...

Mauve, la couleur du deuil.

- Comme j'approchais 6 ans, j'allai enfin � l'�cole,

dans la classe enfantine que dirigeait Mlle Guimard.

- Bien. Alors...

- A, e, i, o, u...

y!

- Quand on sait, on se tait! Petit singe savant!

- Pendant que la classe �nonnait le B.A. -BA,

je restais muet, paisible et souriant.

Je me racontais des histoires, j'�tais au parc Bor�ly,

au bout du Prado de Marseille.

Chaque dimanche, ma tante Rose d�jeunait � la maison,

et me conduisait ensuite, en tramway,

jusqu'en ces lieux enchant�s.

Un beau dimanche,

je fus tr�s surpris, lorsque nous trouv�mes

un monsieur

assis sur notre banc.

� partir de l�, et je n'allais pas m'en plaindre,

nos promenades au parc devinrent plus fr�quentes.

Ma tante m'avait confi�,

comme un secret, que ce monsieur

�tait propri�taire du parc Bor�ly.

Que si nous disions un mot, il le saurait,

et nous en bannirait.

Ses largesses ne lui co�taient rien.

Je n'en �tais pas moins reconnaissant et fier

d'avoir un ami si riche.

- Piou, piou, piou, La galline � Fayou.

Allez, tu t'y colles.

- 37 ans, c'est bien vieux!

- Allons! J'aurai 30 ans � la fin de l'ann�e, je suis encore jeune.

Non! 37 ans, c'est la force de l'�ge.

- Et puis, h�... Rose n'a plus 18 ans.

- J'en ai 26.

Et s'il me pla�t? - C'est l'essentiel, naturellement.

Que fait-il � la pr�fecture? - Sous-chef de bureau.

- Bureau de quoi? - Je ne sais pas.

Mais il gagne 220 F par mois.

Plus des rentes de sa famille.

Il m'a dit que nous pouvions compter sur 350 F par mois.

Il siffle d'admiration.

- Ma ch�re Rose, je vous f�licite.

Mais, au moins, est-il beau? - Ah non, il est pas beau!

- Oui, il est beau! II est superbe!

- Marcel!

- Oh, Marcel!

- � la suite de ces �v�nements,

le propri�taire du parc Bor�ly vint � la maison avec tante Rose.

Cris de joie et effusions.

- Cher Joseph! - Cher Jules!

- Ils revenaient tous les deux d'un beau voyage.

Oui, le propri�taire,

sous nos yeux stup�faits, embrassa

ma m�re, puis mon p�re.

- Voil� cette canaille...

- Sa langue roulait les "r"comme un ruisseau roule les graviers.

- � pr�sent, je m'appelle l'oncle Jules,

parce que je suis le mari de tante Rose.

- Mon oncle Jules devint vite mon grand ami.

Comme je lui disais de construire une maison

dans son parc Bor�ly,

il m'avoua sur le mode badin qu'il n'en avait jamais �t� propri�taire.

Je d�couvris ce jour-l� que les grandes personnes mentaient

aussi bien que moi, je n'�tais plus en s�curit� parmi elles.

Il chantonne.

- Joseph! - Oui...

"P�re du Panloup Monte en ballon..."

- Jules et Rose vont arriver. - Ah oui?

"Mais il avait le syst�me si long

"Qu'� 300 m dans l'atmosph�re..." - Joseph!

Tes plaisanteries sur les cur�s, ne les fais pas ici, devant Jules.

- Enfin, Augustine, une chanson qui c�l�bre les exploits...

a�ronautiques du v�n�rable p�re du Panloup...

- Jules va � la messe, et alors?

- Tous les dimanches, je sais. - Mais tu sais pas tout.

Il communie 2 fois par mois.

- Quoi?

Un homme qui entre dans la famille.

Un homme de 37 ans, et qui a fait son droit, hein!

Un fonctionnaire de la R�publique. - Joseph!

D�j� que t'as pas voulu entrer dans l'�glise � leur mariage...

Il pourrait se f�cher.

Etje le comprends.

- Mais... quand... alors... - Mais!

II d�fendra � Rose de nous fr�quenter.

- Voil�!

Voil� l'intol�rance de ces fanatiques!

La voil�!

Est-ce que je l'emp�che, moi, de manger son Dieu le dimanche?

Ou de fr�quenter ta soeur

parce qu'elle est mari�e � un homme instruit,

qui croit que le Cr�ateur descend le dimanche

dans 100000 gobelets?

Eh bien, quand Jules arrivera,

je lui montrerai ma largeur d'esprit.

Je le ridiculiserai par mon lib�ralisme.

Etje ne lui parlerai ni de l'lnquisition,

ni des malheureux que l'�glise a envoy�s au b�cher.

Etje ne dirai rien des papes empoisonneurs Borgia,

ni de la papesse Jeanne!

Et m�me s'il essaie de me pr�cher

les conceptions pu�riles d'une religion aussi enfantine

que les contes de ma grand-m�re, je lui r�pondrai poliment,

etje rigolerai dans ma barbe!

- Mais il n'avait pas de barbe, et il ne rigolait pas du tout.

Sonnette. - Oui!

Ah!

- J'ai pris un baba! - Jules, quelle bonne id�e!

- Augustine! - Augustine!

Joseph! - Rose...

- Joseph... - Jules...

- Oncle Jules?

- Pas de bonbon, hein! - Non!

Rose? - Oui?

- Merci.

Vous travaillez le dimanche? - Oui. Oh, des broutilles.

- Il est vrai que les instituteurs ont les vacances pour se reposer.

Les grandes vacances.

- Et nous devrions remplacer les fonctionnaires de la pr�fecture,

�puis�s par leurs siestes,

et meurtris par les ronds de cuir. - Jules!

- Joseph!

- Oui!

- Alors, cher Jules, bonne matin�e?

- Tr�s bonne, je suis all� � la messe de 10 h.

- Vous comprenez le latin? - Assez pour prier, Joseph.

- Je me demande parfois, mon cher Jules,

si l'usage du latin n'est pas fait

pour cacher des choses aux fid�les ignorants.

- Comme les formules magiques des charlatans?

- Je ne vous le fais pas dire. - � table!

- Fichtre! C'est rudement bon! Bravo � la cuisini�re.

- Merci.

- Go�tez-moi �a, il vient de mon Roussillon natal.

- Pas moi. - Un verre.

- Non, un verre de ce vin contient 5 cl d'alcool pur.

En injection, cela suffirait � tuer 3 chiens de belle taille.

- Ne me r�citez pas les le�ons de choses de votre �cole normale.

Elle est plus rigoriste que le s�minaire. Allez!

- Ma religion l'interdit.

- Laissez-moi vous convertir.

- Alors un doigt...

- C'est naturel,

m�me les enfants pourraient en boire.

- Attention, ne bougeons plus!

- Trois ann�es pass�rent.

- L�, M. Arnaud... Allons, M. Arnaud!

Merci! Bien! Un sourire... ne bougeons plus...

Clic de l'appareil photo.

- 20 kg de pommes valent 100 F, combien valent 2 kg?

- Je triomphai de la r�gle de 3.

J'appris avec une joie in�puisable l'existence du lac Titicaca.

- Pipicaca! - Dehors!

- Hibou, chou, genou... - Hibou, chou, genou.

- Louis X, dit le Hutin.

- Et ces r�gles d�solantes sur les participes pass�s.

Coup de sifflet.

- Mais on ne s'instruit pas que devant le tableau.

Ainsi, mon voisin, Mangiapan, nous fit part d'une hypoth�se

audacieuse, selon laquelle les enfants

sortaient du nombril de leur m�re.

- Le nombril, con!

Tiens, l'autre jour, ma soeur, la grande,

elle est toute chose, elle fr�quente...

- Mon fr�re Paul avait grandi.

Il abordait, le soir, la philosophie des Pieds Nickel�s.

J'aurais bien aim� v�rifier

l'hypoth�se audacieuse de Mangiapan,

qui m'avait d'abord paru absurde, mais apr�s examen de mon nombril,

je constatai qu'il avait l'air d'une boutonni�re,

avec au centre, une sorte de petit bouton.

Je conclus qu'un d�boutonnage �tait possible,

et que Mangiapan avait donc dit vrai.

J'�tais d�cid� � percer le grand secret.

En revenant du march�, un jeudi, je fis une importante d�couverte.

Je remarquai qu'Augustine avait chang� de forme.

Elle marchait le buste en arri�re, comme le facteur de la No�l.

- Qu'est-ce qu'elle a, notre Augustine, sous son tablier?

- Les enfants, pas si vite!

- Deux mois apr�s,

apr�s avoir c�l�br� la Chandeleur 3 jours durant chez tante Rose,

� faire sauter les cr�pes,

nous trouv�mes un soir Augustine souriante,

mais p�le et sans force, dans le grand lit.

Une petite soeur �tait n�e.

L'hypoth�se de Mangiapan me parut d�montr�e.

J'embrassai ma m�re tendrement,

en songeant � ses souffrances pour d�boutonner son nombril.

La cr�ature

nous parut d'abord �trang�re.

Augustine lui donnait le sein,

ce qui me choquait,

et effrayait Paul.

- Elle nous la mange 4 fois parjour.

- Oncle Jules et tante Rose habitaient � la rue des Minimes,

un nouvel appartement dot� de tout le confort moderne.

- Et nous faisons la cuisine... - Au gaz, s'il vous pla�t.

Au gaz, et toujours � l'huile d'olive!

- Et le t�l�phone, cher Jules?

- Celui qui vous sonne?

Non! Ce mal �lev� n'entrera pas chez moi.

- Madame, elle est servie.

- Eh bien, mon cher Jules, vous menez grand train.

Seriez-vous pass� pr�fet? - Dieu m'en garde.

- Je doute que ce Dieu se m�le de la carri�re des fonctionnaires...

- Allez! � table!

- Oh oui, je meurs de faim.

- Eh oui, tu dois manger pour deux.

- Je notai avec surprise que tante Rose

se gonflait � son tour, et je conclus aussit�t

� un prochain d�boutonnage.

- Les enfants de vieux...

- Ma soeur n'a que 28 ans. - C'est beaucoup pour un 1 er.

- Son mari en a 40. - 39.

- 28 et 39 font 67.

- Ce jour-l�, nous allions voir un enfant de vieux.

- Il aura 67 ans. Il sera tout rabougri.

Il aura une barbe blanche. - Comme celle de grand-p�re?

- Oui, mais plus petite, plus fine, une barbe de b�b�.

- �a sera pas beau.

- Peut-�tre qu'il saura parler.

Il nous dira d'o� il vient.

- Non, regardez!

- Nous f�mes d��us.

La tante Rose, quoiqu'un peu p�le, avait l'air reboutonn�e.

Il y avait aupr�s d'elle un b�b�,

sans barbe ni moustache.

- Il a l'air bien jeune.

- Que dit-il?

- Qu'il fait pas son �ge.

- Viens, crapaud! - Pour quoi faire?

- Tu vas voir. - Joseph, que dites-vous de �a?

- Je dis: Joli chapeau.

- Pas le chapeau, la rascasse.

10 livres, un vrai monstre.

- Et vous avez pos� pour la photo?

- Oui, un pareil exploit valait bien d'�tre immortalis�.

- Vous avez pos� avec un poisson?

Rires moqueurs.

- Qu'il soit content d'avoir pris une belle pi�ce...

Mais se faire photographier avec un poisson, quel manque de dignit�!

De tous les vices, la vanit� est d�cid�ment le plus ridicule.

Sais-tu o� je t'emm�ne? Dans la caverne d'Ali Baba.

- J'allais oublier vos chaises. Quelle heure est-il?

�a fait 50 francs. - Oh, c'est trop cher.

- Mais la commode est d'�poque.

- Certainement, mais pas de la n�tre.

- Vous aimez le moderne?

- Je n'ach�te pas pour un mus�e. Vous faites le tout pour 35 F?

- Impossible. - Pourquoi?

- J'ai une dette de 50 F que je r�gle � midi. L'heure?

- 11 h 45. Si vous deviez 100 F, vous me les demanderiez?

- O� je les trouverais?

Remarquez, si je devais 30 ou 40 F, je vous les demanderais.

- Je reviendrai demain, quand vous l'aurez pay�. Viens, crapaud.

- Non, c'est pas possible, il est 11 h 45.

Qu'est-ce que vous voulez, c'est pas de chance, c'est le destin.

Vous �tes jeune, frais, droit comme un "i" avec 2 yeux superbes.

Tant qu'il y aura des bossus,

vous n'aurez pas le droit de vous plaindre. 50 F.

- Allez, Marcel, va me chercher les chaises.

Il crie.

- Oh, Paul! Viens ici!

- Papa, qu'est-ce que je fais, moi?

- Tu vas nous �tre tr�s utile.

Les outils ont une malice. D�s qu'on en cherche un,

il le comprend et il se cache.

- Ils ont peur du marteau? - Oui.

Alors toi, sur ce tabouret,

surveille-les bien, �a nous fera gagner beaucoup de temps.

- Papa! - Ah, donne.

Allez, zou!

Vous ne devinez pas le pourquoi?

- Qu'ils ne touchent pas � ces salet�s!

- Les microbes �taient alors tout neufs,

puisque Pasteur venait � peine de les inventer.

Et notre m�re les imaginait comme des tigres

pr�ts � nous d�vorer par l'int�rieur.

- Toutes ces salet�s, comme elle dit,

vont �tre � la base d'un mobilier rustique

qu'elle ne se lassera pas de regarder.

- Rustique, c'est beau. Mais �a veut dire quoi?

- �a veut dire: De la campagne.

Comme votre m�re a besoin d'un peu de campagne,

j'ai donc lou� de moiti� avec l'oncle Jules,

une villa dans la colline, pour les grandes vacances.

- Elle est o�, cette villa?

- Juste au bord d'un d�sert de garrigue,

qui va d'Aubagne jusqu'� Aix.

Un vrai d�sert.

- Peut-�tre, il y aura des chameaux.

- Je n'en ai pas vu.

- Et des rhinoc�ros?

- Peut-�tre.

- Mon p�re parlait, Paul l'interrogeait,

Augustine nous aidait, et moi, je me r�p�tais des mots magiques:

Villa, collines...

- Garrigue...

Cigales, d�sert...

- Marcel!

- Papa!

- Augustine!

- Le matin du d�part, d�s 8 h,

nous portions d�j� le costume des vacances, ouvrage d'Augustine.

L'oncle Jules, grand organisateur, avait tout arrang�.

Les 2 familles feraient le voyage s�par�ment.

Lui avait pu s'offrir un camion,

nous devrions nous contenter d'un paysan et de sa charrette.

- Excusez le retard!

Je vendais mes abricots!

Ah, ces gens de la ville...

Un peu plus, je devais payer pour qu'ils me les ach�tent!

Monsieur Joseph? - Eh oui!

- Bonjour!

- Bonjour, monsieur.

- Bonjour, monsieur.

- Allez! On va charger vos antiquailles! Allez, zou!

Vous prenez le tramway, et on se retrouve aux Quatre-Saisons.

Vous saurez le chemin? - J'ai mon plan.

- Allez, hue!

Si je tardais, il y a une buvette...

- Oui, nous verrons. Il va falloir faire 9 km.

- C'est beaucoup pour les enfants.

Coups de klaxon.

- Alors, c'est bon? - Oui.

- Ho!

Bruit de cloches et aboiements.

- Hue!

- C'est le village de la Treille? - Oui.

On n'est pas encore rendus!

L�-haut, il faudra que la dame descende et que nous poussions.

Ho! La cale!

II faut frapper plus fort!

- Non, non! Je veux pas!

II faut lui crever les yeux, � lui!

- Me crever les yeux � moi? C'est quoi, ce sauvage?

II faudrait l'enfermer dans le tiroir.

- Non, je veux pas.

- Ceux qui veulent crever les yeux aux gens,

on finit par les enfermer dans un tiroir.

- Il a dit �a pour rire.

- M�me pour rire, c'est pas des choses � dire.

Juste le jour que je me suis achet� des lunettes de soleil.

- Mets-les quand m�me.

- Quand on a les yeux crev�s, si on met des lunettes noires,

on y voit comme dans le derri�re d'une taupe.

Allez, pour cette fois, je te pardonne.

- Vocif�rant, poussant, pla�ant les cales, les �tant,

b�tonnant, nous atteign�mes enfin le village.

Au milieu de la place,

la fontaine parlait toute seule.

- Personne ne boit?

- Allez! Rien ne remplace les vertus de cette eau pure,

d�salt�rante et gratuite.

Et toi, Augustine?

- Alors, nous sort�mes du village, et commen�a la f�erie.

Chant des cigales.

- Je sentis na�tre un amour qui devait durer toute ma vie.

Un grand oiseau noir marquait le milieu du ciel,

et de toute part, comme une mer de musique,

montait la rumeur cuivr�e des cigales.

- H�!

Celui-l�, l�, c'est T�te Rouge.

�a, c'est T�te Ronde.

Et celui-l�, c'est le Taoum� ou le Tub�.

- �a veut dire quoi?

- C'est leurs noms! - Quelle est l'origine de ces mots?

- L'origine? C'est qu'il a 2 noms. - Et alors?

- Et alors, vous aussi, vous avez 2 noms. Et moi aussi.

L�-bas au fond, c'est Garlaban. Aubagne est derri�re, au pied.

- Moi, je suis n� � Aubagne. - Alors, tu es d'ici.

Hue, carogne!

- Et moi, je suis n� � Saint-Loup. Est-ce que je suis d'ici?

- Un peu, mais gu�re.

- C'est un couillon!

- Que fais-tu? - Tu seras mieux.

- Mais on peut pas s'arr�ter. - Pourquoi?

Nous les rattraperons.

- Comme elle �tait petite, maintenant.

Elle avait l'air d'avoir 15 ans.

- Oh, du thym! On va faire un civet merveilleux.

- Il vaut mieux du p�bre d'ail. - Qu'est-ce que c'est?

- C'est comme une esp�ce de thym et de menthe.

Mais je vous en ferai voir.

Il manque pas d'herbes par ici.

Marjolaine, sauge, romarin, fenouil...

Le p�bre d'ail, vous le hachez fin et bourrez la li�vre.

Avec un gros morceau de lard, quel d�lice!

- Nous y sommes.

Voil� la Bastide Neuve.

Voil� la villa de nos vacances.

- Alors commenc�rent les plus beaux jours de ma vie.

- Ah!

- Prodigieuse lampe temp�te.

Lorsque je la vis br�ler, brillante,

avec la s�r�nit� d'une lampe d'h�tel,

j'en oubliai ma soupe au fromage,

et je d�cidai de consacrer ma vie � la science.

- La soupe, la plus belle conqu�te de l'homme!

Rires.

- Non, c'est moi!

- Non, c'est moi!

- Non, c'est moi!

- Bon. Plou, plou, plou, la galline...

- Non! Tu vas encore tricher, alors, c'est moi.

- Mais demain, �a sera moi. - Demain, �a sera toi.

- Les parfums de la garrigue

emplissaient d'un seul coup la chambre �largie.

Ils chantent en choeur.

Cris des enfants qui jouent.

- Ici, le bonheur coulait de source, simple comme bonjour.

M�me la toilette devenait un jeu, gr�ce � l'invention de mon p�re,

qui avait adapt� un tuyau de caoutchouc au robinet.

Ce robinet du progr�s, �tait un luxe extraordinaire, un miracle,

car ici, c'�tait le pays de la soif.

Une grosse citerne �tait accol�e � la maison,

et il suffisait d'ouvrir le robinet

pour voir couler une eau limpide et fra�che.

Cris.

- Assez! Quand la citerne sera vide, nous devrons rentrer.

- Non, maman! - Maman!

- C'est fini, oui? Allez vite vous s�cher, vous allez attraper mal.

� Marseille, il faut les supplier.

- Ils t'ob�issent? - Ils font semblant, au moins.

Marcel, surtout. Il raconte joli, celui-l�.

Les deux hommes chantent, mais butent sur une note haute.

- "C'est l� que je voudrais vivre."

- Ah! Lls applaudissent.

- Peau de p�che...

- D�braill�! Tu n'as pas honte?

- Oh, je me suis mis � l'aise. En vacances, c'est permis!

Tiens. Comme �a.

- J'ai l'air d'une...

- Encore un bouton de moins, et tu danses � l'Alcazar.

- L'oncle Jules avait d�cor� du titre de bonne

une paysanne � l'air �gar�

qui venait faire la vaisselle et la lessive,

ce qui lui donnait l'occasion de se laver les mains.

Il �tait d�fendu de sortir du jardin,

dont la cl�ture �tait r�put�e infranchissable.

Mais nous e�mes t�t fait

de d�montrer le contraire.

Alors, la grande aventure commen�ait.

- Halte l�! Au voleur!

Tu voles mes parpaillouns!

- Parpaillouns?

Lls sont pas � toi!

- Si! Rien qu'� moi! La preuve,

je suis Mond des Parpaillouns, Edmond des Papillons.

- Et si c'�tait Edmond des crottes de biques, �a serait � vous?

- Dis, qui c'est lui, l'insolent? - Mon fr�re.

Mon grand fr�re.

- Vous valez pas cher tous les 2, voleurs de papillons,

mauvaise graine, vous allez finir au bagne.

- Aubagne? C'est l� o� mon fr�re, il est n�.

- �a m'�tonne pas. Dites-moi, qu'est-ce que vous fichez ici?

- Rien. On estjuste mont�s.

- Quoi faire? - Pour voir.

- Hein?

- Voir ce qu'il y a derri�re la colline.

- Ha, ha, ha! Mis�re! Depuis que l'homme est homme,

c'est son id�e fixe: Savoir ce qu'il y a derri�re.

Alors, il fait la guerre, des enfants, des voyages, se fait cur�,

et tout �a pour voir ce qu'il y a derri�re...

- Dis, elles sont aussi � toi, les cigales?

- Elles, non. Je te les laisse.

- Alors je peux les attraper?

- Avec ton �puisette? - Ben, oui!

- Bon vent! � No�l, t'es encore l�!

On voit bien que vous �tes de la ville!

Bon, je vais vous enseigner la m�thode, approchez.

Approchez, voil�. La cigale,

c'est m�fiant, d�s qu'elle vous sent, elle arr�te de chanter.

Alors, tu peux pas l'attraper.

Le secret, c'est qu'elle s'habitue � vous,

et qu'elle recommence � chanter.

Chant d'une cigale.

Le chant s'arr�te, puis reprend.

- Elle recommence � chanter, la fadade!

- Ces cigales ne s'arr�tent donc jamais?

- Elles te d�rangent?

- Je croyais qu'elles se taisaient la nuit, c'est curieux.

- Sans doute, elles ont pris la lampe pour le soleil!

Mais ce qui est curieux, c'est qu'on les entende aussi fort.

On dirait que...

- Mond! Tu joues ou pas? - Alors, ho!

- On t'attend, c'est � toi. - Bonjour.

- Bonjour, messieurs. - Tu arrives, oui?

- Je joue d'un moment � l'autre.

- Alors? On t'attend. - Ho!

- Ho! Alors, quoi? Enfin, bon!

- �a va, je suis pas sourd!

II parle en dialecte.

- Ah!

- Quand m�me! - Allez, allons-y!

- Les boules, c'est trop s�rieux pour faire autre chose.

- Vous allez voir!

Chant du coucou.

- Vous entendez?

- Quoi, le coucou? Et alors? Tu joues?

- Mais non, c'est Baptistin!

- Qui, Baptistin?

- Batistin, il me fait le guet.

Si le coucou, c'est Baptistin, salut la compagnie!

Soupirs de d�ception.

- Pardon, vous n'auriez pas vu un...

- Non!

- On cherche un braconnier qui... - Eh non!

- Merci bien, messieurs, pour votre pr�cieuse collaboration.

- Y a pas de quoi. - C'est toujours un plaisir!

- Au revoir.

- Il y a du gibier dans les collines?

- Du gibier? Non.

Mais de la perdrix, de la li�vre, �a oui.

� condition de savoir les attraper!

- Vous pourriez faire �quipe avec Fran�ois, pour finir la partie.

- Non, je suis s�r de perdre!

C'est pas du jeu! - Oui, papa, vas-y!

- Je veux bien essayer. - Tu vois!

- �a se refuse pas.

- Vous tirez ou vous pointez?

- Comme vous voulez. - Comme vous voulez...

- Moi, j'ai plus de boule. L�, il faut tirer.

- Attention! M. L'instituteur, �a ne s'apprend pas dans les livres!

Rires.

- C'est pas vrai!

- Poussez-vous, l�!

- Bravo!

- Alors l�, il vous faut... - J'ai vu, j'ai compris!

Les cloches de l'�glise sonnent.

- Ils vous ont adopt�. - Si je n'avais pas gagn�...

- Gr�ce au cierge que j'ai mis pour vous.

- Si �a peut vous faire plaisir!

- Je vous en prie.

- Joseph, laissez-moi vous pr�senter M. Le cur�.

- C'�tait la 1 re fois que je voyais mon p�re face � l'ennemi sournois.

- Bonjour, monsieur. - M. L'instituteur, enchant�.

Vous cherchez des plants de tomates?

- Non.

- J'en ai dans mon jardin. - Merci.

- Vous en avez trouv�? - Non.

Mais j'ai d�cid� de m'en passer cette ann�e. Bonjour, monsieur.

Marcel, viens!

II lit "Robinson Cruso�".

- Marcel, viens voir! Oncle Jules fait la cuisine!

�a sent mauvais!

- Oncle Jules? Qu'est-ce que c'est?

- On les mangera froids? - Non, on les mangera pas.

- Pourquoi tu les fais cuire? - Pour vous faire parler!

Voil� ce que je faisais cuire: Des boules grasses.

- C'est pour quoi faire? - Des cartouches.

- Tu vas aller � la chasse? - Oui.

- Avec l'oncle Jules? - Mais oui.

- Tu as un fusil? - Mais oui.

- Tu vas tuer des �l�phants? - Allez, au lit!

- Et des rhinoc�ros?

Et des girafes?

- C'est le cadeau de noces de mon fr�re a�n�.

C'est une arme espagnole. Et le v�tre?

- Mon p�re pr�senta un grand �tui jaune achet� chez le brocanteur.

- C'est de mon p�re.

- Ayant chang� cette antique p�toire en souvenir de famille,

il tira de cette d�risoire cartonnade un immense fusil.

- Seigneur! C'est une arquebuse! - Mais il para�t qu'il est pr�cis.

- Ah! Ce n'est pas impossible.

- Reste o� tu es, ne bouge pas!

- 2 livres de trop, mais bien en main, il monte bien � l'�paule.

Pr�parons nos munitions.

- Qu'allons-nous trouver?

- Il faut bien tasser les boules.

D'abord, des petits oiseaux. - Oh, des tout petits?

- Hmm! Une belle petite brochette de becfigues, Augustine.

- En tout cas, je te d�fends de tuer les canaris.

- Ni les canaris ni les perroquets!

Mais les culs-blancs et les ortolans...

- Les ortolans, c'est d�licieux.

- Voici la jaugette pour mesurer.

- Gradu�e en d�cigrammes.

- Oui. Et les grives? Vous nous permettez les grives?

- Oui!

- Mais...

Mais il y a beaucoup mieux.

Dans les ravins du Taoum� existe le roi des gibiers... Devinez.

- Des �l�phants?

- Paul!

- Veux-tu? Allez! Au lit! Allez!

- Pas d'�l�phants, je crois.

Mais je n'en suis pas s�r!

Alors, Joseph... Tr�ve de plaisanterie.

Le gibier le plus rare?

- La perdrix.

- Le plus beau?

- La perdrix rouge.

- Le plus m�fiant?

- Le li�vre. - Le li�vre?

- Allons, Joseph! Le gibier qui est le r�ve du chasseur?

- Le faisan!

- Alors, Joseph?

- Je ne sais pas.

- Allons, voyons!

- Je cacarde.

Alors? Le plus rare, le plus beau, le plus m�fiant?

- Non, je ne sais pas!

- La bartavelle!

- C'est quoi?

- Ce gibier est si rare que Joseph lui-m�me ne le conna�t pas.

La bartavelle, mesdames et messieurs, c'est la perdrix royale.

Et plus royale que perdrix, car elle est �norme et rutilante.

La bartavelle, c'est presque un coq de bruy�re.

- L'oncle Jules avait parl� en savant,

tandis que mon p�re, examinateur au certificat,

qui jouait si bien aux dames et aux boules, l'avait �cout�

d'un air attentif, ignare m�me, comme un �l�ve.

J'�tais honteux et humili�.

- Qu'est-ce qu'il a, l'oncle Jules, la colique?

- V�rifions les plombs.

Attention!

Allez-y.

- Mon p�re visa.

S'il manquait la porte, c'e�t �t� l'humiliation d�finitive.

Le coup avait frapp� le milieu de la porte. Je ressentis

une grande fiert� et attendais que l'oncle Jules d�t son admiration.

- C'est une passoire.

- Il l'a frapp�e en plein milieu. - Pas mal tir�, mais...

l'envol d'une perdrix n'a rien � voir avec une porte de cabinets.

Nous allons maintenant essayer les chevrotines.

Tenez.

Bouchez-vous les oreilles, on ne plaisante pas.

Vous allez entendre le tonnerre.

Et vous, serrez bien votre crosse.

Allez! Un, deux...

- C'est du bois dur, elles n'ont pas travers�.

- Heureusement, car � travers la porte massacr�e

nous entend�mes une faible voix. Elle disait, incertaine...

- Je peux sortir maintenant?

- C'�tait la bonne.

- Le chien... Il imite l'aboiement.

- Le perdreau... Il imite le bruit des ailes.

Un pas en arri�re, le perdreau arrive...

�paulez, visez...

- Mais que font-ils?

- Le perdreau est � 10 cm...

Pan! Pan! Boum! Boum!

Voil�. Vous avez saisi? - Oui.

- Ton papa. - �a a pas l'air facile.

- Vas-y, papa.

- Alors, je me cache derri�re la haie...

J'�paule mon fusil, c'est pas �a?

- Non, venez. - �a a pas l'air facile.

- Le chien...

Les perdreaux...

Le fusil. Un pas en arri�re, �paulez...

10 centim�tres. Pan! Pan!

- Je me cache derri�re la haie...

J'�paule mon fusil... - Visez, ne tirez pas.

Le perdreau est � 10 cm...

Pan! Pan!

- Mon p�re pr�parait la chasse avec une application si humble,

que pour la 1 re fois de ma vie, je doutai de sa toute puissance.

Il m'envoyait me cacher dans un buisson,

j'avais ordre de fermer les yeux. L�, j'attendais, tout ou�e,

et attentif au moindre craquement.

Craquement de brindille.

- Tu m'as entendu?

- Pour ne pas le chagriner...

- Non, papa.

- Et mes inqui�tudes grandissaient,

car cet enfant des villes,

prisonnier des �coles, n'avait jamais tu� ni poils ni plumes.

- �a ne me pla�t pas trop, moi, que papa aille � la chasse.

- Pourquoi �a?

- C'est l'oncle Jules qui commande et qui parle tout le temps.

- Mais c'est pour apprendre � papa. Il fait �a par amiti�.

- Non, il est content d'�tre plus fort. Papa le gagne aux boules.

- Mais l�, il va perdre. - Confiture?

- C'est b�te de jouer � des jeux qu'on ne sait pas.

Je ne joue jamais au ballon, carj'ai des mollets trop petits.

Aux billes, oui, je suis s�r de gagner.

- Mais, gros b�ta, la chasse, c'est pas un concours.

C'est une promenade avec un fusil.

Et si papa tue du gibier... - Il a pas int�r�t!

- Marcel!

- �a me d�go�terait, je ne l'aimerais plus.

- Marcel...

On d�vale l'escalier.

- Oh!

Mon Dieu, qu'ils sont beaux!

- C'est pas une veste, c'est 30 poches cousues ensemble!

Cris des b�b�s.

- Oh, mon Dieu! Les biberons!

- 12 km dans les collines, �a fait une belle trotte.

- Je porte le d�jeuner. - Quel d�jeuner?

- Le n�tre.

- Mais o� �a?

- � la chasse.

- Marcel! - Je n'ai pas de fusil.

Donc je porte le d�jeuner. S'il est dans le carnier,

y aura pas la place pour le gibier. Et quand je marche,

je fais pas de bruit. Puis, vous n'avez pas de chien.

Les perdrix, vous les retrouverez pas. Moi, je suis petit,

je me faufile � travers les broussailles. Et puis...

Papa... Papa.

- Viens ici.

Tu as entendu ce qu'a dit l'oncle Jules?

Nous allons faire 12 km. Tu as de trop petites pattes.

- Mais je suis l�ger, j'ai pas ses grosses fesses.

�a fait que je suis jamais fatigu�.

- Je n'aime pas qu'on critique mes fesses.

- Si vous m'amenez pas avec vous, je vais tomber malade.

D�j�, j'ai mal au coeur.

- Marcel! - Maman!

- Marcel!

- Marcel, calme-toi.

- Non, non, non! - Vous en avez trop parl�, voil�!

- Alors l'oncle Jules se montra grand et g�n�reux.

- Sans me m�ler de vos affaires, � mon avis,

Marcel m�rite de faire l'ouverture.

- Jules! - Chut!

II portera notre d�jeuner comme il l'a propos�, et suivra

� 10 pas derri�re les fusils. D'accord, Joseph?

- Si vous �tes d'accord, moi aussi.

- Oncle Jules!

- Calme-toi! - Seulement...

- Seulement, quoi? - Faudra pas en parler � Paul.

- Tu vas donc lui mentir?

- Non, je lui dirai rien. - Mais s'il t'en parle?

- Je mentirai,

car c'est pour son bien.

- Il a raison. Tu viens de dire une parole importante.

Il est permis de mentir aux enfants quand c'est pour leur bien.

Ne l'oublie pas.

- Moi, ce soir, j'ai pas faim. - Paul!

- J'ai bien sommeil, moi.

Moi aussi, je peux avoir mal au coeur.

- L'oncle Jules ayant vant� l'app�tit des chasseurs,

je d�vorai ma c�telette et redemandai des pommes de terre.

- Qu'est-ce qui te prend?

- Je prends des forces pour demain.

- Pourquoi?

- L'ouverture.

- Ce n'est pas demain. Demain, c'est dimanche.

Tu crois qu'on peut tuer des b�tes le jour du Seigneur?

Vous �tes une famille de m�cr�ants.

Donc, il croit que la chasse

ouvre un dimanche. - Jules, n'en profitez pas.

- Alors, c'est quand?

- Lundi, apr�s-demain.

- Papa?

- Demain, il y a de la tarte aux abricots et de la cr�me fouett�e.

- Maman? - Oui.

- Je peux lire un peu? - Oui.

- Ils t'emm�neront pas.

- O�?

- � l'ouverture.

- Je n'ai pas demand� � y aller.

- Tu n'es qu'un grand menteur.

J'ai entendu tout ce que vous avez dit, et tu as pleur�.

Et tu as promis qu'il faut me mentir.

Et l'oncle Jules, il est encore plus menteur que toi.

- Pourquoi?

- Parce que l'ouverture, c'est demain, je le sais.

Maman a fait de l'omelette aux tomates et l'a emball�e.

Avec un grand saucisson, des c�telettes crues,

du pain et du vin. Bonsoir.

- �tait-ce possible?

Bien s�r, il y avait le menteur du parc Bor�ly...

Mais papa �tait-il le complice muet d'un complot contre son gar�on?

Et maman?

Quelle f�te se pr�parait sans moi?

Eh bien, j'irais avec eux, malgr� eux.

- Paul, tu dors? - Oui!

- Il ne fallait pas que je dorme. Sinon, ils partiraient sans moi.

Ne pas dormir... Garder les yeux ouverts...

Ne pas dormir...

- Marcel...

Marcel, tu dors? - Hein? Non.

- �coute, ils partent sans toi.

- "Sanglier bless�, arbre perch�!"

- J'y vais.

- Et maman?

- "Ma ch�re petite maman,

"ils ont fini par m'emmener. Ne te fais pas de mauvais sang.

"Garde-moi de la cr�me fouett�e. Je te fais deux mille bises."

Coup de feu.

- La chasse commenc�e, je me souvins du conseil de Jules,

pour �viter la charge du sanglier bless�.

Ne voyant rien, je craignis que le monstre n'�ventr�t mon p�re.

Je priai Dieu de le diriger plut�t contre mon oncle,

qui croyait au paradis et mourrait plus volontiers.

- Je l'ai eu!

C'est un beau merle!

- Je tins conseil avec moi-m�me.

Si je suivais la cr�te,

je pourrais tout voir sans �tre vu.

Ils font des bruits pour app�ter les oiseaux.

Joseph essaie d'imiter Jules, mais s'y prend mal.

- Qu'est-ce que c'est? - C'est une b�casse.

Mettez-la dans votre carnier. Et reprenez votre ligne.

- Ah oui! - Allez!

On recharge!

- Ah oui!

- Jules venait de confirmer

l'exactitude de ses r�cits de chasse. Il �tait temps

que Joseph songe � rattraper son retard.

Bruit d'oiseau.

- C'�tait un perdreau l

Toute une compagnie l Je d�cidai de les rabattre vers les chasseurs.

- Allez!

- Oh!

- Ah!

Clic de la g�chette.

- Je vous l'ai d�j� dit! Apr�s chaque tir, vous rechargez de suite.

Toujours recharger chaque fois qu'on a tir�.

Et la perdrix?

- J'�tais constern� par notre �chec.

C'�tait d'un comique navrant.

- V�rifiez que le canon ne soit pas bouch�, enfin!

- Allait-il rentrer bredouille,

tandis que l'oncle Jules serait tapiss� de perdrix et de li�vres?

Ah non l Cela ne serait pas l

Je lui enverrais tant de gibier qu'il finirait par en tuer.

Que faire? Fallait-il b�tement rentrer � la maison?

Et abandonner Joseph,

avec son fusil ridicule et ses lunettes,

pour aller lutter contre le roi des chasseurs?

Lls avaient contourn� le pic par le bas,

je les rencontrerais donc en marchant droit devant moi.

Pour les rejoindre, j'�tais pr�t � affronter ces hautes solitudes.

- Papa...

- Il fallait me rendre � l'�vidence, j'�tais perdu.

Je pensai � l'intelligence du Petit Poucet,

g�nial inventeur de la piste pr�fabriqu�e.

Il �tait bien trop tard pour l'imiter.

J'�coutai la colline, je n'entendis qu'un silence de mort.

- H�! On touche pas aux pi�ges des autres, c'est sacr�!

- Je voulais regarder l'oiseau. - C'est une b�douine.

Tu es voleur de pi�ges? - Non.

- Tu as quoi dans ta musette? - Rien.

- Qu'est-ce que tu fais ici? - Je me prom�ne.

- Ah! Tout seul? - Oui.

Non, avec mon p�re et mon oncle. - Et o� sont-ils?

- Par l�. - Dis-le que tu es perdu.

- Non! Enfin, si, un peu.

- Tu es avec les chasseurs. - Tu les as vus?

- Un b�ret et une casquette. - Oui!

- Ils sont par l�, �quip�s comme pour partir � la guerre.

- Ils font l'ouverture.

- Les couillons!

Moi, pour aller � la chasse, je demande pas la permission.

- Et on te dit rien? - Qui me dirait?

Tous, ils en font autant.

L'ouverture? C'est bon pour les gens de la ville!

Allez, va les retrouver.

Mais ils sont loin. - �a va.

Je suis pas fatigu�. - Tu es s�r?

Sinon, je te ram�ne avec moi. - Non, je vais me d�brouiller.

- Comme tu veux. Adieu.

- H�! - Quoi?

- Je m'appelle Marcel.

Et toi?

- Lili. Lili des Bellons.

- Je pensais que ce vautour ou ce condor

voyait mon p�re et mon oncle grillant leurs c�telettes.

Car le soleil �tait au z�nith.

Je suivais la direction de Lili,

mais je constatai que ce rapace d�crivait maintenant

un cercle dont j'�tais le centre.

Cri strident.

Il pousse un cri de guerre.

- Mon cri n'intimida pas cet arracheur de lambeaux.

Je cherchai des yeux, ces yeux qu'il devait crever de son bec,

un refuge.

- Papa!

- Cette hutte me rappela ma triste situation.

J'�tais perdu, mais personne ne s'inqui�tait � mon sujet.

Les chasseurs me croient � la maison, et Augustine avec eux.

Mais quand ils vont rentrer, quelle catastrophe l

Maman va peut-�tre s'�vanouir.

En tout cas, elle va pleurer.

Alors, ils vont se mettre � ma recherche.

Ils alerteront les paysans, les gendarmes.

� la nuit tomb�e, je verrais les torches de l'exp�dition.

J'appellerais de toutes mes forces. - Au secours!

- Ils n'entendraient pas.

Et les sauveteurs s'�loigneraient, sans me voir, � jamais,

comme le bateau au large de l'�le de Robinson.

Mourir ou dormir, quelle diff�rence?

Coup de feu.

- Papa! Oncle Jules!

- Il me sembla distinguer la rive d'un vallon.

Peut-�tre �tait-ce celui de ce matin.

Je bondis de joie, lorsque soudain...

Je crus que ce sang �tait le mien,

mais je vis que les volatiles �taient ensanglant�s.

C'�tait des perdrix, mais leur poids me surprit.

Mon coeur sauta dans ma poitrine.

Des perdrix royales l

- Vous pr�tendez faire un doubl� sur des bartavelles?

- J'ai vu voler des plumes! - Oh, moi aussi!

Elles emportaient les bartavelles � 60 km/h!

Elles doivent se foutre de nous!

- Il les a tu�es!

II les a tu�es! Toutes les deux, il les a tu�es!

- Et dans mes petits poings d'o� pendaient 4 ailes dor�s,

je haussai vers le ciel la gloire de mon p�re,

en face du soleil couchant.

- Barreau... Bartavelle!

"Nom f�minin. Sorte de perdrix rouge vivant dans les for�ts de pins."

- C'est tout? Que savons-nous de ses moeurs, de ses origines?

Que fais-tu?

- Je vais les plumer et les vider. - Malheureuse!

Ce n'est pas de la volaille, c'est du gibier!

On ne peut pas les manger si t�t.

- Elles m'ont l'air � point. - Non, crois-moi.

Il ne fautjamais perdre une occasion de s'instruire.

Je suis s�r que Marcel veut en conna�tre l'origine.

Nous profiterons des courses pour avoir une expertise.

Au village, ils doivent en savoir plus long que les naturalistes.

- Tu as besoin de ton fusil?

- On ne saitjamais! Allons-y, crapaud.

- Bonne m�re!

Qui vous a vendu �a?

- �a ne m'a co�t� que 2 coups de fusil!

- Un doubl�?

Un doubl� de bartavelles! - H� oui!

- Aux innocents les mains pleines!

�a s'est pass� o�? - Au vallon de Lancelot.

- Vous avez pu les retrouver!

M�me mortes en l'air, ces b�tes volent encore 500 � 600 m.

- Le petit �tait sur la barre, il les a vues tomber.

- Bravo, pitchounet!

Quand on n'a pas de chien, faut avoir des enfants!

- Qui vous a vendu �a?

- �a ne m'a co�t� que 2 coups de fusil!

�clats de voix admiratives.

- L'une, 1260 grammes...

- Oh!

- Et l'autre, 1530 grammes.

Applaudissements.

- Oh, des perdrix royales!

Saint Hubert �tait avec vous? - Lui et mon calibre 12.

- Vous avez l� un vieux m�le et une poule de 2 ans.

Ce n'est pas la Caccabis Rufa.

C'est la Caccabis Saxatilis.

- Et en fran�ais r�publicain?

- Excusez-moi. La perdrix des roches, ou la perdrix grecque.

- Je vois que votre minist�re s'exerce sur les volatiles.

- Les anges aussi ont des ailes, monsieur.

- Le cur� nous dit que bartavelle signifiait "serrure grossi�re",

et qu'il s'appelait ainsi en raison de son cri grin�ant.

Ils imitent le cri.

- Marcel, te voil� instruit sur les bartavelles, es-tu satisfait?

- Oui, papa. Je crois qu'on peut les manger, maintenant.

- Je voudrais garder un souvenir de cette r�ussite.

- Un coup de chance ne m�rite pas un tel honneur.

- Mais si, allez! Prenez la pose.

- Je songeai en cet instant

� M. Arnaud qui avait pos� avec sa rascasse.

Se faire photographier avec un poisson, avait dit mon p�re,

quel manque de dignit� l

La vanit�...

- Ne bougeons plus...

Un, deux, trois... Parfait!

- � table!

- Bravo!

- Hmm, c'est bon.

- Hmm!

- Hmm!

Sifflement d'oiseau.

- Tiens, une alouette.

- Ce ne serait pas plut�t un becfigue?

- Non, c'est Lili. - Lili?

Nous avons de la compagnie.

- Mais tu le connais!

- Je vous connais aussi.

C'est vous, le calibre 12. Celui des bartavelles.

- Tu veux une c�telette? - Non, j'ai apport� de quoi.

- Oh! Tu es un vrai braconnier! - Non, je suis des Bellons.

- �a veut dire?

- �a veut dire que la colline, c'est le bien d'ici.

Donc on n'est pas des braconniers!

- Ce qui manque le plus ici,

ce sont les sources. Toi qui connais tout,

� part le puit du m�rier, y en a d'autres?

- J'en connais sept.

- Sept? O� sont-elles?

- D�fendu de le dire.

- Pourquoi?

- Une source, �a se dit pas.

- M�me � moi?

- Je voudrais, mais c'est d�fendu. M�me dans les familles.

Mon grand-p�re en connaissait une, il ne l'a jamais dite � personne.

- Et alors, comment le sais-tu?

- Quand on labourait le champ au fond du Passe-Temps,

tous les jours, � midi, avant manger,

le grand-p�re disait: "Ne regardez pas o� je vais." Et il partait.

- Tu ne regardais pas?

- Bonne m�re! II nous aurait tu�s!

II revenait avec de l'eau glac�e.

- Mais jamais vous n'avez rien vu?

- � ce qu'il parait, quand il est mort, il a essay� de dire le secret.

Il a appel� mon p�re, et lui a fait...

"La source, la source..." Et toc! II est mort.

Il a attendu trop longtemps, �a fait que c'est une source de perdue.

- Voil� un gaspillage un peu stupide!

- Mais quand m�me, peut-�tre elle fait boire les oiseaux.

Je me d�p�che, l'orage n'est pas loin.

- L'orage? II ne pleuvra pas. Le temps est parfait pour la chasse.

- Avec tout ce qui va tomber, il pisseraitjusqu'� la No�l!

Adieu!

- Adieu.

- Marcel, tu viens? - Non, allez-y sans moi.

Je vous retrouve � la maison.

- C'est un darnagaz. Les gens de la ville l'appellent autrement,

mais pas nous, parce que c'est un oiseau imb�cile.

- Qu'est-ce que c'est? - Des aludes.

Le tonnerre gronde.

- Tiens, l'orage. Allez, zou!

On a juste le temps.

- Il faudrait peut-�tre rentrer.

- Non, je sais un endroit o� on se mouillera pas et o� on verra tout.

Pour un de la ville, tu te d�brouilles bien.

Maintenant, �a peut commencer!

Gros coups de tonnerre.

- C'est beau. - C'est beau...

Mais c'est couillon!

Bruit.

- Baisse-toi et ramasse des pierres.

Tourne-toi tout doucement.

- C'est un vampire? - Non, c'est le grand duc.

Le gros hibou, on lui dit.

S'il nous attaque, attention aux yeux.

- Partons. Vaut mieux �tre mouill� qu'aveugle.

On est perdus! - Non, si tu restes avec moi.

Tiens, donne ta main.

L�-bas, ta maison.

- O� �a? - L�-bas!

- Soyez tranquille, madame. Mon Lili va le ramener.

- Les voil�!

- Tu vois qu'ils ne sont pas perdus!

- Mon Dieu!

Mais ils sont tremp�s!

- Comme s'ils �taient tomb�s dans la mer!

- Tiens, une serviette!

- Les enfants, �a craint pas l'eau!

Rires et exclamations.

- Ils sont tout rouges.

�a s'est calm�. Allez, Lili, zou!

- Madame, le costume, je peux le garder?

- Tu as pas honte? - �a, faut le demander � Marcel.

- Je te le donne, Lili.

- Merci.

- Lili savait tout. Le temps qu'il ferait, les sources cach�es.

Il me les r�v�lait en �change de serments:

Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.

Il savait les ravins o� on trouve des champignons, des salades,

des amandiers, des prunelles, des arbousiers.

Il connaissait m�me quelques pieds de vigne

qui m�rissaient dans la solitude, aigrelets mais d�licieux.

Une branche de cl�matite bien s�che, coup�e en morceaux,

pouvait se fumer comme un cigare.

En �change de tant de secrets, je lui racontai la ville.

Les magasins o� on trouve tout, les expositions de jouets � No�l...

Les retraites au flambeau du 14 juillet...

Et Magic City, o� j'�tais mont� sur les montagnes russes.

J'imitais le roulement des roues sur les rails,

les cris stridents des passag�res, et Lili criait avec moi.

- Tiens, un choucas. C'est pour toi.

- Merci.

- On devrait prendre des grives.

Parce qu'aujourd'hui, c'est l'automne.

- C'est l'automne? - Et alors?

- Ainsi, les jours de vacances dans ce pays de Provence

ne faisaient pas avancer le temps. L'�t� mort n'avait pas de ride.

- L'automne...

- Profitons bien de cette soir�e. Demain, on fait les paquets.

- Qu'est-ce que tu dis? - Les vacances sont finies.

- Finies? Quand?

- Maman! - Qu'est-ce qu'y a?

- On part apr�s-demain. On est vendredi.

- Ce fut vendredi! Et nous partons dimanche matin.

- Marcel! Voyons, tu sais bien que lundi, c'est la rentr�e des classes.

- Tu as devant toi une ann�e qui comptera dans ta vie.

En juillet, tu as l'examen des bourses pour entrer au lyc�e.

- O� tu apprendras le latin.

�a va te passionner.

- Les vacances �taient finies. Je ne voulus pas pleurer devant eux.

- Le premier qui ouvre les volets! - Vas-y, toi.

Tu as compris qu'on s'en va? On n'ira plus � la chasse.

Y aura plus de cigales.

- Elles sont toutes mortes, alors...

- Tu es content de la fin des vacances?

- Oui, et puis � la maison, j'ai ma bo�te de soldats.

- Alors pourquoi tu pleurais, hier soir?

- Je ne sais pas.

- Ils ont qu'� partir, eux. Moi, je reste.

- Comment?

- Facile: Cette nuit, je fais mon baluchon

etje vais me cacher dans la grotte, celle de l'orage.

- La grotte du gros hibou? Tu le ferais?

- Tu me connais pas. - J'aimerais que tu restes.

Mais dans la colline, quelle sera ta vie?

- C'est ermite. - Termite?

- Non, ermite, c'est des gens qui se retirent du monde pour penser.

- Comment ils mangent?

- Y en a qui mangent pas, c'est sp�cial.

Je chercherai des asperges, des escargots, des champignons.

Tiens, je planterai des pois chiches.

- Tu sais les faire cuire? - J'apprendrai.

- Dis, je pense, si tu es l�-haut, je ferai 2 fois plus de pi�ges.

J'en rapporterai la moiti�, et on vendra le reste.

- Les escargots sur le march�. - Et le fenouil.

L'herboriste en donne 3 sous le kg.

- Et on ach�tera des pi�ges � lapins.

- Un li�vre, �a sera au moins 5 F.

- Dis donc, � ce train-l�, d'ermite, je me fais millionnaire.

- Millionnaire, �a sert � quoi? - On a plein de sous.

- Tu vas pas manger 10 c�telettes parjour.

Comme disait mon grand-p�re, on a qu'un trou du cul, alors...

- Ce serait ma derni�re soir�e, mes derniers instants en famille.

J'allais m'attendrir,

lorsque... - C'est peut-�tre un vice,

mais il me tarde de retrouver mes gosses, mon tableau noir.

- Et les bartavelles, qu'est-ce qu'il en faisait?

Je vis bien qu'il clouait le cercueil des vacances,

et que rien n'y changerait rien.

- Papa...

- Moi, ce qui m'a manqu�,

c'est le gaz.

Franchement, je me languissais de partir � cause du gaz.

- Tante Rose...

- Moi, ce qui m'a manqu�, ce sont des cabinets confortables.

Sans fourmis, sans araign�es, et munis d'une chasse d'eau.

- Voil� � quoi pensait ce buveur de vin avec ses grosses fesses.

J'�tais au comble de l'indignation, mais je constatai

que ma m�re ne blasph�mait pas mes collines.

Je d�cidai de faire � elle seule un baiser d'adieu.

"Mon cher papa, ma ch�re maman,

"Ne vous faites pas de mauvais sang.

"Maintenant, j'ai trouv� ma vocation: C'est hermitte.

"Mes �tudes, c'est trop tard, parce que j'y ai renonc�.

"Moi, mon bonheur, c'est l'aventure.

"Pas de danger, j'ai emport� 2 aspirines des usines du Rh�ne.

"Ne vous affollez pas.

"Paul va �tre jaloux.

"�a ne fait rien, embrassez-le pour moi.

"Cher papa, occupe-toi de la sant� de maman.

"Je penserai � elle tous les soirs. Je vous embrasse tendrement,

"et surtout ma ch�re maman.

"Votre fils Marcel, l'hermitte des collines.

"P. S: Ne me cherchez pas, je suis introuvable."

- Je croyais que tu le ferais pas.

- J'ai d�cid�.

- Tu es formidable.

- Je pris de mon mieux l'air formidable, sans rien ajouter.

Bruits inqui�tants.

- C'est quoi? - C'est un bruit de la nuit.

Remarque, �a fait toujours un peu peur.

Encore des bruits.

- Qu'est-ce que c'est? - Le renard.

Il rabat quelques b�tes vers sa femelle, alors il l'avertit.

- Qu'est-ce qu'y a? - Y a pas � dire, t'es formidable.

Y en a pas 2 comme toi. T'es vraiment l'ermite des collines.

- Cette admiration stup�faite me parut soudain inqui�tante.

Et il me fallut faire un effort pour rester formidable.

J'allais r�ussir, quand...

- Y a une chose qu'on a oubli�e. - Quoi?

- Et d'avoir oubli� �a, c'est pas possible.

J'aurais d� y penser, mais toi aussi.

- De quoi tu parles?

- Le gros hibou.

- Le grand duc? - Oui.

Celui de l'autre fois.

Je te parie 12 pi�ges que sa femelle habite l� avec lui.

- On approchait, et cette terrifiante nouvelle m'accabla.

On a beau �tre formidable, parfois, le destin nous trahit.

- Un hibou la nuit, c'est pire qu'un aigle.

Quand ils sont 2... - Nous aussi, on est 2.

- Deux gros hiboux... Je les vis voler autour de ma t�te.

Je fus si formidable

que je d�cidai de battre en retraite le moment venu.

- Voici la source. C'est ici que tu viendras boire.

Elle ne taritjamais.

Elle donne 10 litres parjour.

- J'eus soudain l'inspiration que je cherchais.

- 10, tu plaisantes?

- Pas du tout. Peut-�tre m�me 15.

- Qu'est-ce que je ferai avec �a?

- Tu vas pas les boire? - Et pour me laver?

- Une poign�e suffit.

- Moi, il faut que je me savonne du haut en bas.

- T'es malade? - Non, mais je suis de la ville.

Je suis plein de microbes, il faut s'en m�fier.

- Qu'est-ce que c'est? - Des poux minuscules.

Si je me savonne pas, ils vont me grignoter,

et tu me retrouveras mort.

- �a serait couillon. - C'est ta faute!

Sans ta garantie de beaucoup d'eau, j'aurais jamais tent� l'aventure.

- Je le savais pas. Des microbes, j'en ai pas.

Je sais m�me pas le dire en patois.

- � la peur des gros hiboux

succ�da celle que mon p�re ait d�couvert ma lettre,

et surtout qu'il en ait parl� � ma m�re.

- La chambre est allum�e.

- Ils doivent s'habiller. - Peut-�tre qu'ils n'ont rien vu.

Allez, grimpe, Marcel!

Allez, zou, Marcel! Vite, vite.

- G�n�reux, l'oncle Jules avait insist� pour louer une voiture.

Pas question de redescendre � pied avec armes et bagages.

- Marcel! Prends ton petit d�jeuner.

- Non, j'ai pas faim. - Marcel...

- Maman, je... - Allez, mange.

- Tu dois manger quelque chose. Le voyage sera long, sans arr�t.

Allons, Marcel, tu n'es pas un b�b�.

Dans la vie, il n'y a pas que des amusements.

Moi aussi, je voudrais bien rester ici et vivre dans la colline.

M�me dans une grotte.

Oui, m�me tout seul, comme un ermite.

- L'allusion � l'ermite me frappa,

mais c'�tait une id�e naturelle, puisque je l'avais eue.

- Tu auras � faire, surtout pour l'orthographe.

Il met 2 "l" � affoler.

Et je te parie que tu ne saurais pas �crire "ermite".

- Je sentis que je rougissais, mais je chassai mon inqui�tude.

J'avais retrouv� la lettre � sa place.

- Tu devras donc fournir un travail assidu.

Mais si tu es s�rieux, si tu fais des progr�s,

alors nous reviendrons ici.

- C'est bien vrai?

- �a d�pendra de toi. - Maman...

- Bon, Rose... Allez, voil�. Mais attention...

- Lili!

- Alors tu retournes � ta ville? - On s'�crira.

- Oui, mais pourquoi on s'est pas connus plus t�t?

Et que le meilleur est toujours � la fin?

- Marcel, allez! - Oui.

- Fermez bien cette porte � clef. - Pour ce qu'on a laiss� dedans.

Allez, crapaud, en voiture! Adieu, petit Lili!

N'oublie pas le certificat d'�tudes, un paysan instruit en vaut 2 ou 3!

- Adieu, Marcel.

- Adieu.

- Allez, hue!

- On m'emportait de ma patrie,

et de douces gouttes de pluie pleuraient pour moi sur mon visage.

- Attendez!

Attendez, M. L'instituteur!

Un souvenir de vos vacances. - Oh, merci.

- Au revoir, M. Le cur�! - Dieu vous garde!

- Oh, par exemple!

- Ah, c'est beau! - Que c'est ressemblant!

- Le tirage est r�ussi.

C'est du papier au citrate d'argent qui noircit � la lumi�re.

Oui, oui. L'�clairage est excellent.

Mais avec la hauteur du soleil, j'ai le nez un peu long.

- Je trouve pas, non.

- La mise au point est parfaite, ce cur� conna�t bien son affaire.

Puisque nous en avons 3, j'en enverrai une � grand-p�re

pour qu'il voie Marcel.

- Il �tait tout fier de lui. Il enverrait une photo � grand-p�re

et montrerait l'autre � toute l'�cole, comme M. Arnaud.

J'avais surpris mon surhomme en flagrant d�lit d'humanit�,

et je sentis que je l'en aimais davantage.

Et dans mes petits poings d'o� pendaient 4 ailes dor�es,

je haussai vers le ciel la gloire de mon p�re,

en face du soleil couchant.

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