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Original subtitles

Hé ! Où vas-tu, Tunin ?

Un beau matin, il est parti, Tunin

Pour faire la guerre

Mais de guerre, y en avait pas

Les gens disaient :

"Il est fou, celui-là"

Mais non, il est pas fou du tout

Mon Tunin

Combien de nuages

Ont dû défiler

Les années passent

Elles s'envolent à jamais comme ça

Le dimanche

Tout le monde va danser

Peut-être que ça ne sert à n'en

De se battre comme Tunin

FILM D'AMOUR ET D'ANARCHIE

ou "Ce matin à 10 h rue des Fleurs

"dans la maison de tolérance notoire..."

Maman, c'est quoi un anarchiste ?

Quelqu'un qui tue les rois, les princesses,

qui fout des bombes et finit au gibet.

C'est le socialisme qu'il nous faut et pas ces cons d'anarchistes.

Au gibet, tout ça !

Tous les hommes devraient être frères,

égaux et libres comme quand ils sont nés,

pareils que la nature les a faits.

Je suis revenu pour tuer Mussolini ! Turlututu !

Turlututu !

Les années passent

Elles s'envolent à jamais comme ça

Amour, amour...

C'est fermé, mon gars.

C'est une maison de 1ère catégorie. On ouvre à 11 h. Rien à faire.

Apporte-moi tant de roses

Encore et toujours

Choisis les plus épineuses

Va finir les chambres.

- S'il vous plaît... - T'es sourd ? Pas avant 11 h.

Pas la peine d'insister.

Mon Dieu que tu es laid et que tu es maigre. D'où tu sors ?

T'as du pognon, au moins ?

Ici, c'est cher. C'est une maison de 1ère catégorie.

Tu sais combien coûte la passe ?

Sept grosses lires.

Ça te fait peur, hein ?

Ça te fait débander, hein ?

- Je suis là ! - Où est le linge propre ?

Ça fait une heure que je le cherche. Quelle pagaille !

Elles trouvent jamais rien.

Excuse-moi,

si tu bandes bien, va plutôt à Pace ou à Pellegrino.

C'est moins cher. Un conseil :

Va te faire une belle branlette, tu feras des économies.

Je cherche Mlle Salomé.

C'est une parente.

Mais où t'es ?

Zoraide, t'es folle de cirer ces marches.

On va toutes s'estropier. Mais où il est ?

Ah, le voilà, mon cousin !

Seigneur, ce que tu as grandi !

Quel beau gosse tu es devenu !

Il était temps que tu arrives.

Excuse, je peux pas t'embrasser,

je me suis tartiné la figure. Cure de beauté... Zoraide !

Pas vrai qu'il est mignon ?

Et la tante, ses varices l'empoisonnent toujours ?

Viens, on va causer à l'aise.

Zoraide, dis à Madame que je suis pas libre. Je reçois de la famille.

Par là, c'est plus rapide.

Ma chambre aux miroirs est la plus belle. Mille et une nuits...

On l'appelle "Avec toi, une nuit à Madère". Tu parles...

Suis-moi.

Admire un peu. C'est la maison la plus luxueuse de Rome.

C'est qui, ce con ?

Ta gueule ! Je te présente Carmela, l'adjudant de service.

Bonjour.

Bonjour, mon cul !

Dis, qui va faire la permanence à 11 h ?

T'inquiète, je vais demander à Ivonne.

Oui, à Ivonne.

- Mon cousin est arrivé. - Cousin, tu parles...

Il vient réchauffer le plumard...

Je vais demander un service à une amie.

Ivonne !

Ivonne !

Tu parles... Elle ronfle comme un bimoteur.

Ivonne !

Qu'est-ce que t'as à gueuler ?

Pardon, baronne. J'ai une voix pas possible.

- Le repos, c'est sacré. - Je te présente Mlle Jacqueline.

- Mon cousin. - Enchantée.

Tu veux quoi ?

Que tu me remplaces. Mon cousin est là. Obligations familiales.

Je te présente Mlle Ivonne, mon cousin.

Enchantée.

Cousin ou pas, en attendant, c'est moi qui l'ai dans le cul.

- Casse pas les couilles. - A charge de revanche.

T'es ensorcelé ou quoi, Tunin ?

Allons...

Entre. Mets-toi à ton aise.

- Pardon. - Laisse-le tranquille.

Un peu de tenue...

Regarde tout ce bazar sur le lit.

Te gêne pas.

Fais comme chez toi.

Je t'ai présenté comme mon cousin pour être plus tranquilles.

Ferme la porte, va.

Avec ces connes qui n'arrêtent pas d'aller et venir dans le couloir.

Alors, c'est toi Soffiantini, alias Tunin. Pas vrai ?

Moi, c'est Salomé.

Enchanté !

Le voyage s'est bien passé ?

Viens. Assieds-toi.

Mets-toi à ton aise. Ne te gêne pas.

Regarde, de vraies bohémiennes. Le personnel n'a pas fait la chambre.

Excuse-moi. Allez, assieds-toi.

Oh, pardon.

Maintenant, on va se commander un bon café.

Ça te va ?

Odette, deux cafés pour le 9. De suite, s'il te plaît !

Alors, les nouvelles sont confirmées. Tout est réglé.

Mercredi 8 juillet, c'est sûr.

Demain, on va sur les lieux.

Les fenêtres dont j'ai parlé aux camarades

donnent en plein sur la grand-place.

Au cas où tu préfères le fusil.

Non.

Je suis plus habitué au pistolet.

Le fusil, j'ai pas confiance.

La rumba.

Tu sais même pas ce que c'est, la rumba !

Fous-moi la paix, salope ! Tu te prends pour qui ?

- Permettez ? - Je vous en prie.

Moi, j'en ai marre.

Honte de notre pays !

Putains !

Entre, viens, Odette.

Ah, enfin, le moka !

Moi, le matin, tant que j'ai pas bu mon café, je pue de la gueule.

T'as vu Mme Aida ?

Non, c'est Mme Carmela qui trône.

Je dois lui dire quelque chose ?

On réveille pas un chien qui dort, mais si elle demande,

dis-lui que j'ai de la visite.

Qu'est-ce que tu regardes ?

C'est mon petit cousin. Je suis presque sa tante. File !

Toujours l'esprit tordu, ces espionnes.

Ferme bien la porte !

Combien de sucres ? Un ou deux ?

Deux, merci.

Bon. Tout est dit.

Les informations doivent être assez fiables

parce qu'ici, on a des dignitaires,

des officiers de la milice.

Tous des salauds, des dégueulasses, des fanfarons

qui adorent parler des cérémonies.

Qu'ils crèvent d'un cancer !

Si tu savais les porcs lubriques que c'est...

Bonne chance. Au 8 juillet, alors ?

Au 8 juillet !

Tu arrives vraiment de Paris ?

Si c'est secret, ne me le dis pas.

Ces trucs-là...

Moins on en sait, mieux on se porte.

Espérons qu'on s'en sortira.

Qu'est-ce que je fous là-dedans, moi, purée !

Pour moi, vous êtes tous fous.

Ceux qui raisonnent si bien ne font que pourrir ce monde et me gonflent.

Toi, c'est pas pareil,

tu es si jeune.

Pourquoi tu fais ça ?

Ben...

J'ai horreur des tyrans.

Dis donc...

Dis-moi la vérité, Tunin,

c'est pas au tyran que tu penses.

- Que regardes-tu ? - À vrai dire...

Tu me regardes les cuisses.

T'as le regard d'un mort de faim devant une rôtisserie.

Je peux pas Voir ces yeux-là.

Mais dis-moi un peu...

T'as jamais été au bordel ?

Jamais.

Quand je faisais mon service à Cuneo, il y avait des filles...

qu'on allait Voir sous un pont. Mais au bordel, jamais.

Même pas à Paris. Là-bas, j'avais à faire.

Putain, qu'est-ce que t'attends ?

Fallait le dire tout de suite.

Au lieu de rester planté là comme une momie,

sans rien dire avec des yeux de chaton affamé.

Enfin !

Vu le joli programme qu'on a,

tirer un bon petit coup, ça te ferait pas de mal.

Et j'aime faire plaisir

à des types dans ton genre.

Ça nous portera peut-être chance. Allez, viens.

Mais qu'est-ce que t'attends ?

Tu vas quand même pas faire des manières.

Si tu veux pas, tant pis.

Non. C'est que je dois encore me chercher une pension.

Me trouver une piaule.

Plus tard, peut-être.

Si ça vous dérange pas. Merci bien.

Bien sûr. Penses-tu !

On trouvera bien un petit moment. Tu me diras quand.

Merci bien.

À propos, la pension Margherita est juste derrière.

- Je t'ai réservé une chambre. - C'est très gentil.

Rue Manziana, c'est la première à droite en sortant.

Si je peux t'aider, ne te gêne pas.

Merci de me le proposer.

Et quand tu seras installé,

tu pourras venir manger ici.

Merci.

Bon, alors je t'attends. Salut.

Tout réfléchi...

Quoi ?

À vrai dire,

je pourrai toujours m'installer après. Si ça vous dérange pas.

Bien sûr, je te l'ai proposé. Il faut bien se faire un peu plaisir.

Avec toutes ces filles qui circulent...

Comme ça, tu penses plus au reste.

C'est vrai. Merci bien.

Courage !

Anteo Zamboni.

L'attentat contre Mussolini à Bologne.

- Tu y étais aussi ? - J'étais avec Anteo.

On n'avait rien à Voir là-dedans, nous deux.

On était là-bas, rue Rizzoli.

Il devait être 17 h 30.

La voiture de Mussolini est passée.

Je me souviens qu'il était debout, entouré des chemises noires.

Soudain, un coup de feu si fort

que je l'entends encore. Sur le coup, tu comprends pas ce qui se passe.

Un type d'une trentaine d'années, c'était lui qui avait tiré,

jette le revolver aux pieds d'Anteo et se met à crier :

"C'est lui qui a tiré ! À l'assassin !"

Et il a disparu, ce lâche !

Tu sais, même si je vis encore cent ans,

jamais je n'oublierai Anteo. Le pauvre...

Avec sa petite mèche et son acné juvénile.

Ce gamin de 15 ans qui me regardait,

tout pâle, suant à grosses gouttes...

Il avait même plus la force de crier :

"Au secours ! C'est pas vrai !"

"C'est pas moi qui ai tiré ! "C'est pas moi !"

Alors, ces hyènes,

ces sales bêtes en chemise noire se ruent sur lui comme des molosses

et moi qui criais, ils m'ont éjectée.

Et ça suffit...

Ils l'ont tellement massacré que le soir à la préfecture de police,

quand le ministre Balbo l'a vu, il a failli vomir.

Un milicien s'est évanoui en voyant l'état où ces brutes l'avaient mis.

Après, ils ont monté toute une histoire

pour tenir tout le monde en bride.

Désormais, il y a plus de policiers que de civils.

Quant à sa famille, ils l'ont pulvérisée.

Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

Le père, Mammolo Zamboni,

et la sœur, Virginia Tabaroni étaient des ex-anarchistes, bien sûr.

30 ans de prison. On sait même pas s'ils sont encore en vie.

La mère est morte à l'asile, l'an dernier.

C'est mieux comme ça.

Et moi, qui étais en quelque sorte un peu sa fiancée...

on me regardait comme si j'avais la lèpre. J'ai tout laissé tomber.

Je suis entrée au bordel.

J'ai changé de nom et me voilà.

Ici, je suis devenue Salomé.

Ici, oui.

Pour te faire à manger.

Pour préparer ce 8 juillet que je me suis promis d'offrir à Anteo.

À ses yeux qui m'imploraient, je l'ai juré.

"Mon amour, quelqu'un doit payer. Ce porc doit crever !"

Maintenant, ça suffit. Parler, ça sert à rien.

Je chante pour moi

Je chante toute ma rage à cette lune

Contre toi

Salomé !

- Oh, Jésus Marie, je vous dérange. - Penses-tu...

Excuse-moi. Je dérange ?

Non, c'est mon cousin.

- Très honorée. - Pardon. Enchanté.

Moi, c'est Tripolina.

Reprends encore un peu de poulet.

Et même de la salade. Mange, ça te fait du bien, Tunin.

Un grand gaillard comme toi habitué à vivre à la campagne.

C'est pas souvent qu'un parent vient, j'allais pas l'envoyer au resto.

Oh, Madame Aida, merci !

C'est gentil de l'avoir laissé manger ici.

S'il est correct avec les filles...

- Ne lui sers pas trop de vin. - Ça fait trois heures que j'attends.

Je disais "Merci, Madame".

Vierge Marie, encore une fois, cet œuf n'est pas frais, Madame.

Quelle enquiquineuse...

Les œufs,

ils viennent directement de la ferme. Ils sont du jour.

Du jour... Il est prêt à éclore, le con.

Qu'est-ce qu'elle dit ?

Que d'un moment à l'autre, le poussin va sortir.

Charmant !

Le poussin, c'est là que tu l'as.

Ici, dans cette maison, on mange très bien.

À Florence, chez Madame Sapho,

Valeria a pris un cuisinier de Paris pour satisfaire les filles.

Qui sait ce que ça cache...

Comment s'appelle ce cuisinier ? C'est pas René ?

Oui. Vous le connaissez ?

Ma fille, René n'est pas là pour la cuisine.

Mais plutôt pour dormir.

Il travaille de nuit, dans le lit de Valeria.

Il gagne du fric.

En plus, il mange.

À Turin, 13 rue Fratelli Calandra, là, on mange divinement.

Non, non. Jeune homme, c'est dans cette maison qu'on mange le mieux.

Mieux que quoi ?

Vous qui êtes l'invité, vous trouvez pas ?

Eh ben...

C'est vrai.

Je trouve le repas excellent et copieux.

Oui, comme le rata à l'armée.

Tu parles...

Quelles chichiteuses !

Vous, les princesses du gland !

Voyez-vous, jeune homme,

quelle ingratitude !

Le dimanche, elles ont même un sorbet de Faraglia.

D'après Madame, on mange mieux qu'au Danieli de Venise.

Ne me parle pas du Danieli. C'était mon royaume.

Oui, quand tu y faisais la plonge.

Toi, que le cancer t'emporte !

C'est toi qu'il emportera, connasse !

J'ai rien à Voir avec elles, M. Tonino,

car moi, je suis une artiste.

Au salon Margherita, on m'appelait Ivonne, la Joséphine Baker italienne.

Rien que ça.

Taisez-vous, pouffiasses ! Qu'est-ce que vous savez de ma vie ?

J'entrais en scène avec mon costume d'argent

et mes plumes d'autruche,

les princes applaudissaient à tout rompre.

Ô Seigneur ! Elle va se mettre à chanter, maintenant.

J'ai toujours ma voix. Écoutez-moi ça.

Connasses !

Depuis qu'elle a chopé la syphilis, elle a plus sa tête.

Elle est folle. Mais qu'est-ce qu'elle croit ?

Nous aussi, on sait chanter. Allons-y !

On est comme les lucioles

On brille dans les ténèbres

Connes !

Crève !

Allez vous faire foutre !

Comme elles crient !

Elles me fichent la migraine.

Ivonne, pour l'amour du ciel, tu fiches la migraine à la baronne.

La baronne Forniquetti, la baronne des culs pourris !

Bon, ça suffit !

Mais enfin, où est-ce que vous vous croyez ?

Mais dans un bordel, Madame.

Non, ma belle.

Pas un bordel.

Une maison.

Que celle qui ne comprend pas ça

prenne ses cliques et ses claques.

Elle a raison.

Tiens !

Tu peux aller lui dire. Je m'en tape, moucharde !

Tu me fais pas peur.

Je vais aller lui dire. Va te faire Voir !

C'est ça, va lui dire, putain de matrone !

Va te faire enculer !

Continue à manger. T'occupe pas de ces pouffiasses.

C'est là-dessus que tu as copié la coiffure de Jean Harlow.

Regarde.

Fous-toi ça dans le cul et sans vaseline.

Ces méridionales me les cassent avec leurs chansons sentimentales.

À moi, ça me plaît.

Chantes-en une autre. On a le temps.

- Chante "Amara Me". - Elle est belle et romantique.

Te fais pas prier.

Tiens, prends la guitare.

Mlle Salomé, on vous demande au téléphone.

J'arrive. Viens avec moi, ça doit être l'oncle.

Quel gros cochon tu fais !

Dis pas ces choses-là. On est au téléphone.

Mais j'en sais rien moi, mon chéri.

Le dimanche, c'est mon jour de repos, trésor.

Comment ? Non, j'ai dit "de repos", idiot.

Mais arrête avec ça...

Oui, d'accord, si tu me promets d'être sage.

Mais j'ai mon cousin, ici en ce moment.

Le pauvre garçon est de la campagne.

On dirait Alice au pays des merveilles.

Je vais pas l'abandonner dans le boxon.

Je peux pas lui faire ça.

Entendu, ça veut dire que j'emmène aussi Tripolina.

Bon, alors on est d'accord, hein ?

Tais-toi. Tu es un gros dégoûtant.

Oui, salut.

C'était justement lui.

Tu sais qui c'était ? Spatoletti !

Demain, on va sur les lieux avec lui.

C'est qui, ce Spatoletti ?

Tu plaisantes !

C'est lui qui est responsable de la sécurité du Duce sur la place.

Ça fait 3 mois que je le travaille au corps, ce gros porc.

Ce fils de pute était dans les bandes armées de la première heure.

Dis donc !

Tu nous prends pour des morues à nous laisser sécher au soleil ?

Y aura tellement de monde qu'on verra que dalle.

C'est con, j'aurais tant voulu Voir Mussolini.

Rassure-toi, Spatoletti est là. Tu l'auras, ta place d'honneur.

Non, moi je veux être à côté de toi,

ou au moins à côté d'un de tes agents secrets.

Ils passeront plus inaperçus avec une dame. Y en aura ?

Y en aura, y en aura 35 ! Imagine...

35, tu te rends compte ?

- C'est trop. - J'en ai la responsabilité.

Avec moi, l'ltalie peut dormir tranquille.

Qu'ils essaient, ces fils de chiens et je leur mettrai dans le cul,

s'ils touchent au Duce.

Taverne des trois mousquetons

Tralala, tralalère...

Avec Spatoletti, nous arrivons

Si vous nous donnez pas à manger On vous enverra chier

C'est la dernière fois que je viens en moto avec toi. Y en a marre !

Romoletto, regarde les beautés que je t'amène !

Fiche-moi la paix !

Avance, cuisses en or !

Arrête de me toucher le fion !

Vous appelez ça le fion ?

Tu me tripotes même quand je marche.

J'ai l'estomac dans les talons.

Allez, tout le monde assis !

Qu'y a-t-il aujourd'hui dans ton auge, Romoletto ?

Bucatini alla matriciana !

Y a de tout ici, Romoletto. Bravo ! Qui c'est ?

Elles, c'est qui ? Tes filles ?

Superbes !

Fesses bien fermes. Elles étaient pas encore consommables en 1922...

Parce que sinon...

On était 2000 dans la bande armée.

On a bivouaqué ici pour la marche sur Rome.

- Tu t'en souviens ? - Oui. Depuis, on m'appelle 5 + 3 = 8

Qui c'est qui t'appelait 5 + 3 = 8 ? Chiusini ou Govoni ?

On était affamés, saouls de cette vinasse des Castelli.

On était pas difficiles.

Il revenait tard avec des poulets et il me disait :

"Commandant, un peu de patience."

Zac ! Un coup de couteau lui a tranché deux doigts.

Attention avec nous, les fascistes.

Romoletto ! On avait les couilles qui bouillaient comme des chaudières.

En attendant, on faisait la révolution.

On faisait l'ltalie de Mussolini.

Et si tu y as perdu deux doigts, sois-en fier.

C'est comme une grosse médaille.

Bien sûr, je suis très honoré,

mais il y a un petit inconvénient, si vous excusez mon impertinence.

Quand je fais le salut romain, j'ai l'air de faire les cornes.

Je voudrais pas vexer Mussolini.

Sacré fils de pute !

- On mange ? - Sacré Romoletto, va !

Salomé, ne te mets pas comme ça,

sinon je te saute dessus, je te massacre.

Cochonne, tu le fais exprès.

Car je te plais aussi, ma Salomé. Je te rends folle. Pourquoi ?

Tu sais que j'ai un faible pour les grands gaillards comme toi.

Mufle, arrogant, dégoûtant... Qui pourrait te résister ?

- Romoletto ! - Pourquoi tu cries ?

Dépêche, Romoletto, sinon moi, je te fous en taule.

Ramène-toi !

Tunin.

- Je m'absente deux heures avec lui. - Avec ce con ?

Idiot, je vais le cuisiner sur la cérémonie. Toi, explore les lieux.

On y va, cuisses en or ?

Si c'est vrai que t'as un faible pour moi, prouve-le-moi.

Oui, mais il faut payer avant.

Si je te plais, tu pourrais quelquefois faire l'amour gratis.

Cette fleur, je l'ai faite à 16 ans et mon amoureux m'a plaquée enceinte.

Gratis, même pas avec le pape.

L'exception confirme la règle.

Pas question, commandant, je te le répète.

Gratis, même pas avec Pie XI. Le tarif du dimanche, c'est 12 lires.

Pourquoi tu veux pas me faire plaisir ?

12 lires, à prendre ou à laisser. Alors ?

Alors, je te les donne ces 12 lires.

- Comme tu es généreux... - Pour une fois, tu pouvais accepter.

- Pour un fieffé Toscan comme toi ? - Par amour.

- Quel amour ? - Cynique !

Ça suffit ! Tu vas finir par me ramollir les fesses.

Je sens que tu m'aimes.

- Je vais te baiser ici même. - T'es malade.

Te voilà. Ouf ! La voix du commandant m'a fichu mal au crâne.

Pas à toi ? - Si, Madame.

Madame ? Je m'appelle Tripolina.

Eh oui... Tripoli, terre d'amour.

Je cherchais un nom excentrique, j'ai trouvé Tripolina.

Parce que j'ai toujours aimé L'Afrique, les palmiers...

Et Rudolph Valentino qui faisait le cheik. Je suis bête.

Quelle idiote !

Tu aurais plutôt dû t'appeler Bouclette.

C'est ça... Bouclette.

C'est beau, la campagne.

L'air est pur. Tout est vert.

Ça me plaît.

Comme le soleil tape. C'est un temps à se baigner. Tu aimes la mer ?

Je l'ai jamais vue.

T'as jamais vu la mer ?

J'ai toujours vécu à la campagne.

C'est pour ça que t'as une si bonne tête.

Tu danses très bien.

Un tout petit peu.

Ne me regarde pas comme ça. Ça me fiche le cafard.

Mais je te regardais pas. Je pensais.

Tu me regardais sans me Voir ?

On peut pas mettre un truc plus gai ? Un fox... un one-step.

Tiens, celui-là.

Mademoiselle !

Si vous voulez bien, je vais changer le disque.

Très bien. Occupez-vous-en. Je retourne à mon fiancé.

Ah, t'es là !

- Tu t'en vas comme ça ? - Et toi ?

- T'es fâché ? - Je voulais...

- Je t'ai fait quelque chose ? - Non.

Et alors ?

Mamma mia !

Je veux comprendre. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Pourquoi tu t'es sauvé sans rien dire ?

Ben, j'ai été faire un petit tour.

- Pourquoi, ça t'a contrariée ? - Oui, un peu.

Je m'excuse.

- Tu t'es pas vexée ? - Bien sûr que si.

Excuse-moi.

T'es un beau salopard.

Tant pis.

Tu sais ? Y en a un qui voulait me conter fleurette.

Tu sais ce que je lui ai dit ? Que t'étais mon fiancé. Ça t'embête ?

Peut-être.

Comment ? Tu veux plaisanter ?

Mais regarde-toi !

Qu'est-ce que c'est que cette mine triste ?

- Qu'est-ce que t'as ? - J'ai rien. Ça me vient comme ça.

- Ça doit être le printemps. - Le printemps...

Les belles vaches.

J'adore l'odeur du citron !

Tiens.

Sens, toi aussi.

Ça te plaît ?

C'est bizarre...

Ce matin, je me disais... Dommage que tu sois le cousin de Salomé. Sinon...

Sinon quoi ?

T'es niais ou quoi ?

On aurait pu... se passer une fantaisie.

Alors que là, j'en ai plus envie.

Plus du tout et je sais pas pourquoi.

Pourquoi ? Parce qu'on a envie ou on n'a pas envie, c'est tout.

Ça veut dire que moi, je te plais pas.

Non, au contraire. Toi, tu me plais bien.

Même trop.

C'est pour ça qu'il vaut mieux pas.

Comment ça, non ? Oh que si !

Je peux entrer ?

Pardon de déranger.

La chambre de mon beau-frère est libre.

Nous, on fait pas ce genre de choses, mais pour le commandant Spatoletti...

si ça vous convient, ça me ferait bien plaisir.

Si mes filles passent par là... Ce sont des gamines, voyez-vous...

Si ça vous dérange...

Je vous en prie, c'est sans façon.

Je vous en prie, suivez-moi. Venez.

On se croirait chez mes parents.

Regarde. Ma mère aussi faisait ce boulot-là.

Elle reprisait.

Elle tirait l'aiguille. À la fin, il y avait plus que des reprises,

il y avait plus de chaussettes.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Viens.

Allez... Fais pas l'idiote.

Tu vas pas pleurer, quand même.

Seigneur Jésus ! Qu'est-ce qui m'arrive ?

Écoute. Déshabille-toi, on va faire l'amour.

Ça rime à quoi, toutes ces cérémonies ?

T'as oublié qui je suis ? Je suis la Tripolina !

Qu'est-ce que t'attends ?

Allez, déshabille-toi. Au lit ! On va faire l'amour. Tout de suite !

- Ça va faire passer ma folie. - Qu'est-ce qui te prend ?

- Calme-toi. - C'est ça.

Allez !

T'attends quoi, là ? Au bordel, on fait la queue pour la Tripolina.

Bouge-toi ! Faisons l'amour.

Faisons l'amour.

Après, tu me feras peut-être un cadeau.

Allez, viens ici ! Enlève ton pantalon.

Vite ! Comme ça, t'arrêteras de me regarder avec ces yeux ronds.

Déshabille-toi !

Sans tant d'histoires et de regards. Je suis bonne.

Arrête !

Ça suffit.

Écoute-moi bien.

T'as pas besoin de faire comme ça.

Parce que comme ça,

tout devient moche.

Alors que ça pourrait même être beau. Tu trouves pas ?

Ne me fais pas mal.

Pourquoi tu veux que je te fasse mal ?

Toi et moi, on va se faire du bien, Bouclette.

Ça fait trois heures qu'ils sont dans la chambre.

T'as vu ton cousin ? Ça fait trois heures qu'il danse la carioca.

Sous ses airs de corniaud...

Tais-toi !

À la campagne, on manque de distractions. Qu'il se défoule.

Tu vas pas me faire croire qu'il tire 12 coups ?

C'est qui ? Le champion de la baise ?

C'est un corniaud, je te dis.

Un artichaut sans vinaigrette. Il doit roupiller. Cousin !

Si tu dors, réveille-toi !

Et si tu baises, remets ton froc. Il est déjà tard.

Au trot ! On se magne le train !

On remet son slip !

Moi, ce gars-là, je lui casserais la figure.

Il est tard.

Zoraide, on va l'entendre, si on la tire du lit à cette heure.

Mince ! Mon bas a filé.

Tu m'en achèteras une paire.

Repose-moi, idiot !

Cuisses en or, t'as le cul ferme.

Salomé, ça te fait du bien de baiser.

Tu viens demain ?

Viens après 23 h, après la fermeture.

Je t'attendrai.

Allez ! Je bande quand je suis contre toi.

Je suis crevée.

Va te faire foutre !

Putain de ta mère !

C'est cet enfant de chœur qui va vous défendre ?

Fais pas le malin ou je te pète la gueule. Ne me provoque pas.

Arrête. Viens par là.

On peut même plus dormir !

Voilà, t'es content ? T'as réveillé Zoraide.

- Va te coucher, toi.. - Je te touche encore un peu.

Qu'est-ce que tu fais demain ?

Arrête, tu m'as touché le cul toute la journée.

- Viens un peu ici. - Ça suffit !

Qu'est-ce que tu veux ?

Tu te crois dans une église ?

C'est un bordel, ici.

Et les filles sont des putes !

Sache que l'heure, c'est l'heure. Pédé !

Pédale !

Hé, salope !

Cette insulte, tu la gardes pour ton fils. Saleté !

T'as entendu ? Elle m'a traité de pédé.

Zoraide peut me dire ce qu'elle veut. Ça fait dix ans qu'elle me connaît.

Je vais boire un coup.

Aïe, aïe... Pauvre de moi !

On a passé une bonne journée.

On a mangé, on a bu,

on a ri, on a roté,

on a baisé, on a pété, on s'est disputés...

Qu'est-ce que tu veux de plus ? C'est le dimanche idéal.

Tu sais ce qu'on va faire, toi et moi ?

On va se faire une belle balade.

Il est un peu tard.

Ne nous casse pas les couilles !

Tu sens pas cette brise rafraîchissante ?

À cette heure, j'ai envie de me balader

et de matraquer comme au bon vieux temps,

quand on allait avec la bande armée,

faire avaler de l'huile de ricin aux anarchistes.

Ça oui, que c'était le bon temps !

Salut à toi, ô Marc Aurèle, empereur !

D'où tu es, tu vois le Palazzo Venezia ?

Non. C'est là qu'il est. Il travaille pour nous tous. Même pour toi...

Duce ! Ô toi, notre lumière !

C'est vrai, ça.

À ta place, je serais pas si tranquille sur ce cheval.

Un de ces jours, il pourrait prendre ta place.

Quel homme, nom d'un chien !

Tu l'as déjà vu de près ? Non, alors tu peux pas piger.

Il me fait frémir.

Il a des yeux qui feraient ressusciter les morts.

Tu verrais aussi qu'il a des couilles qui peuvent baiser le monde entier.

Un surhomme comme lui, y en a qu'un par siècle.

De vrais hommes avec une paire de couilles en cuir, y en a très peu.

Et les autres, c'est quoi ? Des petites merdes... La populace !

La masse, des gueux, des pygmées, des crève-la-faim !

Des trouillards prêts à baisser leur froc.

Ils vendraient leur sœur et leur cul pour un quignon de pain.

C'est ça, le peuple !

Ces porcs de socialistes en ont plein la bouche quand ils disent le peuple.

Le diable les emporte !

C'est la misère, commandant.

Le courage, c'est un truc de riches.

Moi, par exemple, je viens d'une famille de paysans.

Et à moi,

ma mère, le curé et tous les autres,

ils m'ont toujours appris que dans la vie,

vaut mieux plier l'échine et rester en vie

que rester debout et crever.

La voilà, la belle philosophie des petites gens !

Ceux qui n'ont pas de couilles, on leur en accroche.

Et pour ça, faut une poigne de fer.

De l'autorité et pour ceux qui pigent pas, des coups !

File-moi la fiasque.

Bien sûr...

Mais, commandant, c'est dangereux,

ça pourrait finir comme l'aubergiste.

C'est quoi, cette connerie ?

Dans mon village, l'aubergiste,

avait un chien tout pelé à qui il foutait tous les jours,

des coups de pied au cul.

Et le pauvre chien

revenait quand même chez son maître.

Il lui léchait la main

pour avoir les restes, parce qu'il avait faim.

Et le type continuait de le battre,

jusqu'au jour où le bon chien

s'est rebelle et au premier coup de pied, a commencé à mordre.

Et alors ?

Vous me croirez pas, il n'a plus lâché son maître,

jusqu'à ce qu'il soit à terre

et crève la bave à la bouche.

Moi, ce que je veux dire, c'est que...

Disons qu'un soir, un miséreux comme moi,

en a plein le cul et vous arrivez avec votre poigne de fer,

et lui, il vous file un coup de couteau dans le ventre.

Il est pas né celui qui étripera Spatoletti.

Moi, je te le dis.

En ce bas monde, on sait jamais...

Non, je dis pour de vrai.

Car il y a tant de pauvres gens,

qui y ont même pas pensé. Au coup de couteau, je veux dire.

Un jour, l'idée pourrait germer.

Vous savez, il y a tellement de gens désespérés.

Et le désespoir, ça rend fou.

J'en ai rien à branler !

Nous sommes du courant électrique

Du courant très fort

Celui qui touche un fasciste est en danger de mort

De la mort, nous nous moquons

Comme on est bien

dans les bras du dieu Tibre !

Tu te sens comme Jupiter, patron de Rome.

Rien au monde n'est au-dessus de Rome.

De Là-haut, on voit tout Rome.

Laxisme, trahisons, saloperies, combien en caches-tu ?

Rome, la capitale.

Sept collines pleines de merde et de vipères.

Plutôt que nettoyer dans les coins, et s'il suivait mon conseil,

opportunistes, anarchistes, révolutionnaires, traîtres...

Je te nettoierais tout ça !

Un signe me suffirait.

Pour moi ce serait un vrai plaisir.

J'en ai tué plus de cent de mes mains.

Mais maintenant, il faut être sages.

Selon lui, il faut jouer les politiciens.

Tu sais ?

J'irais bien réveiller Salomé.

La belle goulue.

Quelle femme !

Parce qu'un fasciste ne paie pas les femmes, il se les tape.

Mais avec elle, c'est différent.

Celle-là, on la paie.

Parce qu'elle, elle te fait bander.

La preuve, ils font la queue pour elle au bordel.

C'est une vraie femme et une salope.

Je sais pas si toi,

son cousin, tu comprends ça.

Ta Tripolina est un plat sans sauce.

Je l'ai déjà tirée

et en putes, je m'y entends.

Dis donc, toi !

Ferme-la !

Tu m'as gonflé toute la soirée !

Maintenant, ça suffit.

Casse pas les couilles.

Fiche le camp delà !

Enculé !

Ne parle plus jamais de ces deux-là. T'entends ?

- C'est à cause de Tripolina ? - La merde, c'est pas les pauvres.

C'est les gens comme toi.

Notre bébé est tombé amoureux.

Je t'aurai averti !

Si tu continues,

moi, je vais te bouffer les couilles.

Je vais te péter la gueule.

C'est des putes !

Mais t'es fou. Regardez-moi ce corniaud !

Il est amoureux et s'en prend à moi.

Tu me fais pitié.

T'es saoul comme une grive.

Tire-toi, bouvier !

Si je t'attrape, je te fous dans la fontaine

et tu vas vite dessoûler.

Sauve-toi ! C'est des putes !

Mon amour, mon amour

Pourquoi tu fais la pute ?

Caruso, tu m'entends ?

Tripolina ! Salomé !

Tais-toi ! T'es encore là, toi ?

Je peux entrer ?

Jésus Marie, encore ce plouc ! Tu vas nous laisser dormir ?

Tripolina, mon cul. Va-t'en !

J'appelle les carabiniers.

Il est saoul. Flanquez-le dehors ou il va vomir sur les tapis.

Allez, ouste !

Fichez-le dehors. Fermez la porte.

Mais tu vas sortir !

Vilain boutonneux. Tu fais le malin ?

- Claque la porte. - Je peux pas, il a mis le pied.

Enlève ton pied delà !

Non, Madame, je veux Tripolina.

C'est pas le cousin de Salomé ?

Si, laissez-moi entrer.

S'il vous plaît, Madame.

Entrer ? À cette heure-là ?

Mais vous êtes fou ?

Dehors ! Fermez-lui la porte au nez.

Dehors ! Sur tes deux pieds !

Et même sur un seul !

Putain ! En plein sur l'orteil !

Misère !

Tu m'as fait très mal.

C'était fait pour.

- Sale mégère. Tu m'as frappé. - Tu marches.

Alors va te coucher, dors et reviens demain Voir Salomé

à l'heure du déjeuner.

La sale guenon ! Elle m'a fracassé le pied.

La chaussure me faisait déjà mal.

J'ai l'ongle qui se barre.

Putain ce que j'ai mal !

Va-t'en !

Fous le camp, idiot !

Qu'est-ce que tu veux ?

Hein, qu'est-ce que tu me veux ?

Qu'est-ce que tu cherches ?

Allez, tire-toi !

Salut, mon minet. Salut, idiot.

Tu insistes, hein ?

Retourne chez toi, mon minet. Pourquoi tu me suis ?

Petit con !

Je suis pas une chatte, tu sais.

T'es un peu jeune pour ces trucs-là.

T'es toujours là, toi !

Les chattes t'ont peut-être chassé, comme moi.

Tu te sens seul, hein ? Mon minet.

Il fait si noir.

Dieu qu'il fait noir.

C'est sûrement à cause de toutes ces lanternes.

Ici en ville, la nuit,

ça fait plus peur qu'à la campagne.

Il fait plus sombre.

Tu ronronnes. Tu te sens bien

dans mes bras.

Crois-moi. Trouve-toi un coin bien au chaud, tu sais.

Parce que moi, je te le dis,

vaut mieux me perdre que de me trouver.

Tu es seul, tu es si seul...

Mon Dieu, Rome...

Regarde-moi ça...

Rome, c'est pas rien, mon minet.

T'as une maison, toi ?

Je suis dans une pension. Je t'emmène, mais je te préviens,

tu fais une mauvaise affaire. Ne te fais pas d'illusions.

Parce qu'aujourd'hui, j'y suis, mais demain, va savoir...

Compliments, jeune homme, tu vises bien.

- Tu as appris à l'armée ? - Non. Encore des balles.

Dieu te bénisse ! Tu as tiré toute la matinée.

Ça me change les idées.

C'est une fiancée qu'il te faudrait.

C'est vrai.

Je te lis les lignes de la main ?

Non. Il vaut mieux pas.

En tout cas, merci de le proposer. C'est très gentil.

T'as une fiancée ?

Plus ou moins.

Pourquoi elle est pas avec toi ?

Elle travaille.

Elle fait quoi ?

On peut savoir quel travail elle fait, ta fiancée ?

Du commerce.

Allons-y, mes belles ! En piste ! Le bordel est ouvert !

- Bonjour, les prostituées. - Et ta sœur ! Va te faire foutre !

Ah, "professeur tapisserie" !

Quel malotru !

Ils sont tout ramollos, ce matin. On va avoir que des pédés.

Allons dans nos chambres.

Allons-y, le premier coup, c'est le meilleur.

Si tu restes là, il se passera rien.

J'ai pas de temps à perdre. Je vais me mettre là.

Alors, tu te décides ?

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, ce matin ?

Il y a un rassemblement des troupes d'élite du fascisme.

Pourquoi ils finissent tous au bordel après la parade militaire ?

La fanfare, sans doute.

La matinée se présente bien.

Il y a du mouvement, Madame.

Quelqu'un veut se compromettre ?

Avec une pénétration.

Espèce de saligaud !

On fait encore tapisserie ?

Allez, monte avec moi.

Salut à vous ! Que Dieu vous bénisse !

À quoi ça rime ? Mais vous vous croyez où ?

Tu me reconnais pas ? Quel beau cul !

Qui va effeuiller ma marguerite, ce matin ?

Merci, ma belle.

En provenance de Bologne sur le quai N° 4!

Et voilà !

Tu me connais pas ? Je suis la Salomé de Bologne, jeune homme.

J'ai un quart d'heure de libre.

S'il y a des connaisseurs...

Quelle barbe ! Qui m'aime me suive.

Viens que je t'emmène au paradis, trésor.

Tant de belles filles, et la journée est si moche.

Tripoli, terre d'amour

Tripolina est arrivée !

Tiens, toi, t'es là ?

Tu as une belle barbe, professeur. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

On y va.

Dieu le maudisse !

Il touche même pas terre, il vole.

Il passe directement du salon à la chambre.

On va le décorer comme Balbo.

T'es dans les nuages.

Petit, qu'est-ce que tu fous là, ce matin ?

- Tu devrais être en classe. - Soyez gentille.

T'as même pas une lire en poche.

Sors d'ici !

Dans les chambres, messieurs.

On a des belles pouliches bien fraîches, ce matin.

M. Tonino, vous êtes là pour quoi, pour le petit déjeuner ?

Vous venez pas comme client.

Pour la famille, je fais un traitement de faveur.

Je suis à votre disposition. En dehors des heures d'ouverture.

Je dois y aller. Aujourd'hui, travailler c'est un plaisir.

Profite de l'occasion, je suis si nerveuse aujourd'hui

que je te fais une demi-heure que... Vous désirez ?

Comme rien ne va, je te fais tout le répertoire. Tout le cinéma.

Qu'est-ce que tu veux ? Fous-moi la paix.

Alors, t'es revenu, toi ?

Jeune bite, on se fait un soixante-huit ?

L'expert en agriculture est de retour !

Suivez-moi, jeune homme.

Amiral !

Matelot...

Pédé !

Regardez qui est là. Le petit cousin.

Tu cherches Salomé. Elle se restaure. Elle s'envoie un gros morceau.

Le fils du député Pezzotto.

Elle l'a embarqué dans sa chambre et se le dorlote.

Ça fait déjà une demi-heure.

Elle, ceux qu'ont du pognon, elle les sent de loin

Une vraie sourcière. Mais où est le capitaine de frégate ?

Capitaine de frégate !

Au revoir, Féfé !

Et reviens me Voir, je m'occuperai bien de toi.

Il fait une chaleur...

Je crève.

Pire qu'à Catane. Vous connaissez Catane ?

Vous connaissez ou pas ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Voilà. Au revoir, beau gosse et reviens me Voir.

La Tripolina est arrivée !

Où tu vas comme ça ?

Voilà !

Bordel de Dieu ! Je paie et j'y ai droit comme les autres.

Sept lires, bordel de merde !

On se magne, hein ? C'est l'heure de pointe,

il y a du passage, on est pas là pour rigoler.

Non, Tonino. Ici, c'est privé.

Voyons, qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ?

Excuse-moi.

Écoute... Laisse-moi.

- Ça me regarde. - Comment ça, "laisse-moi" ?

Tunin, attends ! Écoute, Tunin !

Le petit cousin est avec Tripolina.

C'est la meilleure ! Il en est mordu.

Hé, Salomé, tu serais pas un peu jalouse ?

Arrête de me les briser sinon je te casse la gueule.

Pourquoi tu fais ça ? Qu'est-ce qui te prend ?

Je supporte pas de te Voir faire ce boulot.

Reste deux jours avec moi.

Qu'est-ce que tu racontes ?

Rien que deux jours avec moi.

Deux jours. Et après ?

Et après, je devrai partir. Il faudra que je parte.

Ne me demande rien, nom d'un chien !

Tu resteras deux jours avec moi ? Juste avec moi ?

Écoute. Tu m'as fait perdre la tête..

Je ferai ce que tu voudras. Mais dis-moi la vérité.

Y a rien à dire. Rien du tout.

Bien sûr. Tu me prends pour une idiote ?

Tu caches quelque chose.

Je l'ai senti dès que je t'ai vu.

Parfois, tu as l'air d'un fou. Dis-moi la vérité.

Arrête. De toute façon, je peux rien te dire.

Tu restes 2 jours avec moi ou non ?

Tu me fais pas confiance. Moi, je t'aime.

Mais non... C'est pas que j'aie pas confiance.

Mais avec ces choses-là, moins on en sait, mieux c'est.

Après tout... Ça fait rien.

Voilà ! Tu la vois, cette balle ?

Avec ce "B" et ce "M" ?

Attention, Tripolina.

Regarde-la bien.

Parce que je suis venu ici

pour fourrer cette balle dans la tête de Benito Mussolini.

Bonté divine ! Tu es un anarchiste.

Maintenant, mon amour...

ma vie est entre tes mains.

Qu'est-ce qu'il y a ? Où tu vas ?

Qu'est-ce que tu veux ?

Si tu veux tuer des fascistes, alors va-t'en !

Va-t'en tout de suite.

Je retourne au boulot

me faire tripoter par ces gros dégoûtants. Et ne plus y penser.

Va-t'en !

Oublie-moi. Ça, c'est pire que tout.

Mais non, c'est pas pire.

Je me suis dit ça aussi.

Tu sais, Tripolina...

Deux jours d'amour, c'est une chose

que beaucoup n'ont jamais eue.

On va pas s'en priver.

C'est toi qui nous en prives. Pour quoi ? Pour la politique.

Mais en quoi ça nous regarde, tout ça ?

En quoi ?

Parce qu'il arrive un moment

où on se dit "maintenant, ça suffit"

et qu'il faut faire quelque chose.

Et cette chose que je dois faire, je la ferai.

Tu comprends ?

Non.

Je comprends seulement que quand on naît malheureuse,

on l'est pour toujours.

Calme-toi, petite.

Sois gentille, Bouclette.

Comment ?

Deux jours de congé en période de pointe !

Bon Dieu, Tripolina !

Ça, ce sont des histoires de midinettes.

Dans ce cas, désolée...

Je prends ces 2 jours, je m'en vais.

Tu t'en vas ?

Très bien.

Parfait !

Je te préviens, si tu me fais cette crasse, je te perdrai.

Tu pourras faire une croix dessus pour de bon.

Finie pour toi la 1ère catégorie. C'est Mme Aïda qui te le dit.

Tout ça pour quoi ?

Pour ce corniaud de paysan à la face criblée de taches de rousseur.

Je te jure...

Tu connais pas les hommes... Ils viennent, baisent et s'en vont.

Tu parles... En plus, souviens-toi que tu es sous contrat.

Fais bien tes comptes.

Ce sont des coups de tête qui coûtent cher.

Moi, dans la vie, j'ai rien eu pour rien.

J'ai vu tant de filles finir sur le trottoir par amour.

Je m'en fiche.

Idiote, couillonne !

Cruche ! Tu crois encore au Père Noël ou quoi ?

T'es pas contente de bosser dans un bordel à ton âge ?

Le commendatore a un malaise.

Je le travaillais, il a pris un coup de sang.

Il est blanc comme un linge, il tremble.

Mettons-le sur le lit.

Attrape-le, faisons doucement.

Bon Dieu qu'il est lourd !

Allez, pousse ton petit cul.

Putain, il pèse son poids !

Un peu plus près.

Il paraissait plus maigre.

Appelle Zoraide. Ne dis rien à personne.

- Giuliana ! - C'est qui ?

C'est sa femme, bien sûr. Elle est morte il y a peu.

Autrement, je vous chasse toutes. C'est clair ?

Comptez sur moi, Madame, Soyez tranquille.

On va le masser avec du vinaigre.

Malheur de malheur...

Ses papiers.

Et toi, continue tes massages au vinaigre.

Mais ça me fait peur à moi.

Peur... Si tu faisais bien ton travail, ces choses-là n'arriveraient pas.

C'est jamais qu'un petit vieux qui se sent mal.

Tout est là ? Rien d'autre dans les poches ?

C'est vrai que sa femme est morte l'an dernier ?

Et comment ! Pas plus tard que l'an dernier.

Le pauvre, lui qui était si affectueux...

Il venait exprès pour être avec nous, les petites jeunes.

Il disait que le parfum de la jeunesse le faisait rajeunir.

Oh, il est glacé !

Il agonise. Il faut le sortir d'ici.

Si on prévenait un gros bonnet ?

Le neveu du préfet, un général.

Tous des clients fidèles.

Tu trouveras personne qui va se mouiller pour nous.

Non, il n'y a rien à faire. Faut s'en débarrasser tout de suite.

Qu'il crève où il veut, mais pas ici. Je veux pas de cadavres. Exécution !

- Comme si c'était facile. - Facile ou pas, il faut le faire.

Me voilà, Madame.

Vous m'avez appelée ?

Madame veut te parler.

Dieux du ciel ! Il est mort.

Dis-moi, Zoraide.

Ton frère a toujours son fiacre dans les parages ?

Il stationne juste derrière. Vous en avez besoin ?

Va le chercher.

Vous avez vu comme il sue...

J'ai l'impression qu'il va mieux.

Vaudrait mieux le ramener chez lui.

À vrai dire, Rome...

moi, je connais pas trop.

Bon, où faut-il que je l'emmène, celui-là ?

Juste derrière, au Forum.

À cette heure-là et avec la canicule, il y a pas un chat.

Pour lui, ça change rien.

Pour moi, par contre,

tu m'évites

un tas d'emmerdes.

Et après, Nini, si tu me rends ce service,

je mets à ta disposition

Tripolina.

La Tripolina qui pour nous,

tu sais,

est une mine d'or, jusqu'à après-demain.

Nourri, logé, blanchi,

à l'œil et avec amour.

Je t'assure, Nini, que cette faveur

je ne la ferais à personne, pas même à Mussolini.

Écoutez-moi bien.

Je savais qu'il était fou, mais vous... Quelles manières !

Entuber mon cousin dans mon dos.

Carmela, j'avais exigé la plus grande discrétion.

Mais qui a parlé ? J'ai même pas ouvert la bouche !

C'est ça. Tu parles !

Ici, tout se sait.

En tout cas, Tunin, ne fais pas ça. Vu ?

Tu te prends pour sa gouvernante ?

En tout cas, il est majeur et vacciné.

De plus, s'il me rend service, je lui rendrai service à mon tour.

Bien sûr ! En lui apportant des oranges en prison.

Inutile de discuter. Mon cousin trempera pas là-dedans.

C'est risqué, Tunin.

Mais non, voyons...

Avec la canicule, la dame a dit

qu'il y a que des chats qui traînent.

- C'est elle qui le dit. - C'est vrai.

Et alors ?

Si un flic te voit avec le mort dans les bras, tu lui racontes quoi ?

Je te défends de faire ça. C'est dangereux.

Ça suffit !

Pas besoin de discutailler.

J'ai dit que j'irai, alors j'irai.

Et c'est tout. On y va.

Attends, Tunin.

Allons-y. Suis-moi.

- Ne nous emmerde pas. - S'il y va, je vais avec lui.

Tu es folle. Carmela y va.

Je dis quoi aux jeunes s'ils demandent Salomé ?

Que les trompes de Fallope de Salomé se sont bouchées !

Venez ! Vite !

Laisse, je m'en occupe.

- Allez, monte ! - Allez, vite !

Allez, voilà qui est fait.

En route, vite !

S'il quelqu'un vient, siffle.

Mais non, je viens avec toi.

Il est lourd et Carmela a des varices, la pauvre.

Je préfère rester. Je me sens pas bien.

- Soulève-le. - Fais attention.

Allons-y.

Vite !

Encore un effort.

Déposons-le derrière la colonne, c'est plus discret. Magnons-nous !

Dis donc, pourquoi tu me fais cette gueule ?

Si tu m'en veux, dis-le-moi tout de suite.

Je rigole !

Faut bien rigoler un peu avec cette vie de merde !

Si on rigole pas, autant se foutre tout de suite une balle dans la tête.

Mais avec ce que tu dois faire, c'est très différent...

- Je sais comment me conduire. - Non ! Je te prenais pour un saint

qui ne pense qu'à ceux qui souffrent ou qui sont morts pour cet idéal.

Je souffre déjà, je veux pas crever pour ça.

Et tu fais ces conneries !

T'es tombé amoureux.

Emmène Tripolina en France et oublie tout le reste.

Giuliana, pardonne-moi !

Courage ! Appuyons-le sur la colonne.

Debout, commendatore !

Debout, c'est rien. Juste un coup de chaleur.

Courage, commendatore.

C'est rien du tout.

Vous allez Voir, vous allez beaucoup mieux.

Il est mort.

Allez, viens. On y va !

Dépêche-toi !

Ça a été ?

Bien, très bien ! Une vraie balade touristique.

J'ai eu si peur.

Excuse-moi...

Je dois dire deux mots à Salomé. Attends.

Attends ! Tonino !

Tu fais quoi, là ? Ça te réussit de baiser Tripolina.

Dans deux jours, tu seras tout ramollo.

Même plus la force d'appuyer sur la gâchette.

Fous le camp. Je te parle plus.

Écoute, je vais sûrement crever dans deux jours.

- J'ai besoin de rester ici. - Je te lâcherai pas.

Mais qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

Je peux plus rester tout seul dans cette pension à tout ressasser.

Regarde comme ma main tremble.

J'arrête pas de penser au moment où je devrai tirer.

Putain de Dieu ! Je me sens mourir. J'ai la peur au ventre.

Je me chie dessus tellement j'ai peur. Tu comprends ça ?

C'est pour ça que j'ai voulu transporter ce pauvre gars la-bas.

Je voulais Voir si je pouvais le faire.

Tu y es arrivé.

Ça sert à rien de t'exciter. La peur, c'est naturel.

Les fascistes ont pas peur d'assassiner des gens. Mais toi,

t'es un anarchiste.

Oui... un anarchiste.

Laisse tomber, va.

Je suis pas Michele Sgaravento.

Moi, je suis Antonio Soffiantini, un point c'est tout.

T'es un camarade, non ?

Oui, en quelque sorte.

Ça fait pas longtemps que je suis dans ce genre de truc.

Je suis dedans

depuis que j'ai vu Michele Sgaravento tué

de trois coups de fusil dans le dos par les carabiniers.

Avant ça, jamais.

Antonio Soffiantini était... un paysan, et c'est tout.

Il faisait partie du troupeau. Alors que lui...

Ce que je veux dire, c'est que moi...

Bougre de Dieu ! Michele, c'était autre chose.

Moi, je sais juste faire rire les poules.

Alors que lui...

accroché dans ce buisson, abattu comme un perdreau, la bouche en sang,

il avait l'air d'un roi.

Nom d'une pipe !

Pourquoi les camarades t'ont envoyé ?

Sois un peu plus clair.

Qui es-tu au juste ?

Du groupe Brighenti ou seul ?

Je suis rien du tout. J'étais un ami. Ça oui !

Michele, c'était comme un frère pour moi.

Quand il est revenu,

il ne s'est confié qu'à moi.

"Je suis revenu pour tuer Mussolini", qu'il m'a dit. Comme ça.

Et il m'a tout raconté.

Il m'a laissé la mallette.

Lui, il faisait confiance qu'à moi.

"S'il m'arrive quelque chose,

"porte-la aux camarades." C'est comme ça qu'il a dit.

Comme s'il s'en doutait.

Qu'as-tu à Voir Là-dedans ?

J'ai à Voir parce que...

quand j'ai vu comment on l'a tué,

j'ai vendu la vache, pris la mallette et j'ai été à Paris chez Brighenti

et je leur ai dit que c'est moi qui tuerai Mussolini.

Alors, ils m'ont appris à tirer.

Et me voilà.

Écoute-moi, toi.

Tu as bien réfléchi à cette affaire,

parce que Michele était un anarchiste qui avait consacré sa vie à un idéal,

mais toi, tu voulais le venger sur le coup, à chaud. Peut-être que...

Si tu te sens pas de taille, t'es pas obligé.

Parce que c'est un acte désespéré auquel on n'échappe pas.

Pourquoi ? Tu crois que je vais finir comme Anteo ?

Oublie Anteo.

Si on t'arrête, on te fusille. Ou pire : Sant'Antonio.

Sant'Antonio ?

Ils te tuent en te rouant de coups comme Bresce.

Comme tu y vas...

Tu veux me faire peur ou quoi ?

Tu te fatigues pour rien.

Parce que moi, j'ai déjà tellement la trouille

que tu peux pas imaginer à quel point.

Mais ça, faut absolument que je le fasse.

Même si je suis pas un anarchiste, j'en deviendrai un.

Je me suis juré que vivre comme un esclave,

jour après jour, pour crever après comme un chien,

j'en pouvais plus.

On a une sale vie, un rat de grenier vit mieux que nous.

Assez de se traîner dans la merde ! Agir est la seule solution.

J'ai besoin de ça pour me sentir un homme moi aussi.

T'as plus confiance ?

Non, c'est pas ça.

Mais qu'est-ce qu'on fout dans ce combat ?

Tu sais pas non plus pourquoi tu fais ça.

Tu dois te sacrifier alors que tu y es pour rien.

Quand j'aurai tué Mussolini, j'y serai pour quelque chose, non ?

Bien sûr.

Assez parlé. Tout ira très bien.

Va retrouver ta nénette. Elle se morfond derrière la porte.

Quand elle te regarde, on voit que des étoiles dans ses yeux.

La pauvre en a pris aussi des coups dans la vie.

Va la Voir.

Bonjour. C'est la meilleure, celle-là !

Je savais que le petit cousin avait le béguin pour toi.

L'autre soir, ce corniaud a failli me casser la tête avec une fiasque.

Je l'ai pas lynché, il m'a fait pitié.

Il était fin saoul.

Eh bien, Tripolina, on sait jamais...

Tu l'as peut-être trouvé, le corniaud qui va t'épouser.

Félicitations et ayez des garçons.

Pardon.

Tiens, voilà nos passeports que nous ont fait avoir les camarades.

Vaut mieux passer la frontière comme émigrés

que comme clandestins, car si tout va bien, Mussolini mort assassiné,

tu verras le merdier qu'il y aura à la frontière.

Oui, si tout se passe bien. Après on verra.

Je te réveille à 6 h. Tu verras, tout ira bien.

Range bien tout ça, maintenant.

Fais pas attendre cette petite chatte. C'est pas merveilleux, l'amour ?

Regardez-moi où ça va se fourrer !

Excuse-moi, ma beauté,

mais moi, il faut au moins que je dorme un peu.

Mon amour...

Dis donc, fillette,

t'es une vraie pleurnicharde, toi. Écoute-moi.

Viens ici.

Tu dois pas faire comme ça.

Autrement, c'est pire.

En tout cas,

Bouclette,

avoue...

Nom de Dieu que c'était bon !

Nous deux ici tout seuls.

Comme en voyage de noces.

Deux jours rien que pour nous.

Ils se sont envolés. Et maintenant ?

Maintenant ? Maintenant, il faut dormir et c'est tout.

Et tu te remets à pleurer...

Écoute. Bouclette !

Écoute-moi.

Moi, il y a une chose que je voudrais te dire.

Tu es la plus belle chose

qui me soit arrivée de toute ma vie.

Qu'est-ce que tu fais debout ? Il est réveillé ? Faut le réveiller.

Non, tu le réveilles pas.

Tu es devenue folle !

- J'ai à te parler. - Non, il est tard.

Si tu le réveilles, je fiche tout en l'air.

Je vous dénonce tous les deux.

Viens, on va parler dans la salle de bains.

Alors ?

Alors... Tu le réveilles pas.

Quand il se réveillera, il sera trop tard.

Te mêle pas de ça, petite fille. T'as rien à Voir dans cette histoire.

C'est pas un roman à l'eau de rose. La clé !

Non, je suis au courant.

L'idéal et tout le reste. Mais tu le réveilleras pas.

Il y a pas d'idéal contre l'injustice d'un jeune gars

qui va crever comme un chien.

Bien sûr qu'il va crever,

comme d'autres avant lui, plus jeunes que lui.

Tant d'autres plus innocents que lui, que j'ai vus de mes yeux.

Mais plutôt que vivre comme un chien, il préfère crever comme un chien

quand il l'aura fait. Oui, on peut mourir pour ça.

On est tous prêts à crever.

Laisse-moi passer, tu peux pas comprendre.

- Donne-moi cette clé ! - Non, Salomé !

Donne-la-moi, Bon Dieu !

T'es folle à lier !

Tu vas me lâcher !

Charogne, tu sortiras pas d'ici parce que je vais te tuer.

Mais t'es complètement folle !

Je vais te tuer !

Je vais te tuer pour de bon.

Je vais te tuer et me tuer ensuite. J'en ai plus rien à foutre.

Avec ton cœur de pierre, il te fait pas de peine. C'est un enfant.

Il s'est mis cette très belle idée en tête.

Bien sûr, c'est l'idéal. "Un jour viendra !" Et s'il vient pas ?

C'est pour ça qu'il faut qu'il meure ce matin.

Si tu le réveilles, c'est toi qui le tues, de tes propres mains.

Tais-toi, idiote ! Ne crie pas comme ça.

Tu crois lui rendre service ?

C'est sa décision. Il te haïra à son réveil.

Je sais, il me voudra plus et me haïra.

Mais il vivra et ça me suffit.

Pas à moi, je ne peux pas.

Ce porc doit crever.

Un garçon mort, les camarades et lui aussi ont confiance en moi.

Je refuse de t'écouter.

Tu vas m'écouter. Tu as une bonne raison de le réveiller :

tu es jalouse ! - Fous-toi ça dans le cul !

Oui, tu es jalouse.

Pitié, ne l'envoie pas à la mort. Je sais que tu l'aimes aussi.

Bien sûr que je l'aime aussi, ce garçon.

Pauvre de lui. Toutes ces histoires de politique...

Il est tombé dedans la tête la première.

Pire qu'Anteo. Il est si jeune que ça me brise le cœur.

Si je savais tirer, c'est moi qui irais. Trop tard.

J'ai pas droit à ces pensées. Les sentiments, c'est un luxe.

Et on est en guerre !

Et si les mères et les fiancées barraient la porte aux soldats ?

Mon père est mort à la guerre. Que toutes les mamans le fassent !

Et pourquoi pas ? Pour quoi ? Pour l'histoire ? Pour la justice ?

Ils n'arrêtent pas de se battre depuis que le monde est monde.

Toute cette justice, elle est où ?

Des morts qui sont sous terre et rien d'autre.

Pauvre de toi. Pauvre de moi...

On n'est que d'affreuses putes sentimentales.

Va ouvrir cette porte, je peux plus vivre avec ces conneries.

Je me dégoûte. Va-t'en !

On a raison de dire qu'il faut jamais faire confiance a une pute.

Pourquoi tu m'as pas réveillé ?

Pourquoi tu m'as pas réveillé ? Saloperie de merde !

Il est 10 h, je suis foutu !

Pourquoi tu m'as pas réveillé ?

Et toi ? Sale pute, tu m'as trahi !

Pourquoi vous m'avez pas appelé ?

Parce qu'à cette heure, tu serais mort, criblé de balles.

Maintenant, c'est pire que si j'étais mort.

Je suis comme un ver de terre qui rampe dans le lit des putes.

C'est tout ce que vous êtes pour moi, des putes !

Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ?

Je vais me tuer !

Le revolver, où vous l'avez mis ? Où elles ont mis le revolver ?

Je me fous une balle dans la tête.

Arrête !

Fiche le camp, pouffiasse !

Qu'est-ce que t'attends ? Faut l'arrêter.

Où vous l'avez mis ? Je me colle une balle dans la tête.

Lâchez-moi !

Arrête, Tonino !

Rendez-moi ce revolver. Il faut que je me tue.

- Où il est ? - Tais-toi, je t'en prie.

Entrez, qu'est-ce que vous voulez ?

Mais enfin, on peut plus discuter en famille, maintenant ?

Bande de putes ! Toutes derrière la porte à caqueter comme des poules.

Occupez-vous de vos oignons !

La question n'est pas là. Ici, je ne tolère ni scandale ni bagarres.

- J'en ai rien à foutre. - Tu sais pas te taire.

L'autre jour, avec son amie espagnole, pour une culotte,

elles se sont engueulées comme des chiffonnières.

Me cassez pas les couilles !

Qu'est-ce qu'il y a ?

Mon Dieu, c'est pour moi qu'ils viennent.

Calme-toi.

Tu dois te calmer.

Maintenant, ils viennent me chercher.

J'ai été trahi ! Vous m'avez trahi !

Sois pas bête, personne t'a trahi.

- Calme-toi. - Je peux pas finir comme ça.

Ils arrivent, je le savais. Qu'est-ce que vous m'avez fait ?

- Mon amour ! - Amour, mon cul ! Je me sens mal.

Je fais dans mon froc tellement j'ai peur.

Écoute, ici, personne ne t'a trahi.

C'était uniquement pour te sauver et par amour.

Moi aussi, je vous aime, toutes les deux.

Ne m'abandonnez pas.

Ça suffit ! Fais pas comme ça, Bon Dieu !

Je vais les retenir. Sauve-toi avec Tripolina par la porte de la cour.

Elle a un peu d'argent, prenez aussi le mien dans ce tiroir.

Le pistolet est là. Allez ! Vous allez y arriver.

Va à Paris chez Saverio Brighenti. Tu entends ?

Saverio Brighenti !

Je t'en supplie ! Ne m'abandonne pas.

Tunin, c'est marre ! Ne perds pas de temps et arrête de te torturer.

Tout le monde n'est pas obligé d'être un héros. Bordel !

Allez Tonino, l'argent est là. Les passeports aussi.

Tiens, voilà le pistolet. Vite, habille-toi. Jésus Marie !

Qu'est-ce que tu fais ? Vite ! Je vais t'aider.

Pourquoi t'es comme ça ?

Ne t'inquiète pas. Tu verras que tout ira bien.

Tu verras qu'on y arrivera.

- Non, ma petite. - Je t'aime tant. Calme-toi.

Sois tranquille. Maintenant je suis calme.

Tu vas voir comme je suis calme.

Non ! Qu'est-ce que tu fais ?

Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Non ! - Sauvons-nous !

Non, je me sauve plus, maintenant. Va-t'en !

Toni, non !

- Attends ! - Non !

C'est fini ! Je me sauve plus.

Je me sauve plus !

La visite médicale sanitaire a lieu le jeudi, maréchal.

En tout cas, toutes les filles sont en règle et dans leurs chambres.

Vous êtes chez vous. Vous connaissez le chemin ?

Oui, Madame, on le connaît.

Hé, mais qui c'est ?

Je voulais tuer Mussolini.

Non !

Malheureux !

Qu'est-ce que tu fais ?

Sauve-toi, Tunin, sauve-toi !

Tunin, sauve-toi !

Vive l'anarchie !

Non !

Je t'abandonne pas.

Tunin, sauve-toi !

Tunin, c'est fini, ça sert à rien !

Mettez-le dans la voiture !

Pas comme ça ! Pas comme Anteo !

Je voulais tuer Mussolini !

Pour vous tous, camarades et frères !

Égaux et libres, comme la nature vous a faits.

Faites-le taire !

Je voulais tuer Mussolini.

Arrêtez ! Non ! Pas comme Anteo !

Pas comme Anteo !

Emmenez-le au commissariat !

Arrêtez ces bourreaux !

Mon pauvre amour...

Au secours ! Faites quelque chose.

C'est pour vous qu'il a fait ça. Charognes ! C'est pour vous.

Pour vous qui êtes des esclaves

et vous le savez même pas, moutons de bourgeois !

C'était un pauvre garçon au cœur pur.

Bien meilleur que vous. Charognes !

Ça suffira comme ça. Pardon, commissaire.

Installez-le bien sur la chaise.

Tiens, trésor, prends une cigarette.

Alors, M. Soffiantini.

La prison pour toi est à 10 mètres sous terre.

L'air entre par un tuyau. Peu d'air et pas de lumière. Obscurité totale.

On va t'y enfermer. Tu restes en silence et personne à qui parler.

Tôt ou tard, tu deviens maboule.

Passanente a fini par bouffer son caca. Il est devenu vert,

amorphe et chauve, comme un ver.

Quelques noms et adresses t'épargneront ce triste sort.

Je m'y engage. Et t'en prendras que pour dix ans. Qui t'a envoyé ?

Tu fais partie de la bande des Brighenti ? Avoue !

Tu viens de Paris ? D'Amérique ? Qui t'a envoyé ?

Tu vas pas me dire que tu es venu tout seul pour tuer Benito Mussolini.

Qui t'envoie ? - Vive l'anarchie !

Répète un peu !

Je sais rien de personne. Fusillez-moi, ce sera mieux.

Sale porc !

Anarchiste de merde !

Je vais t'apprendre, moi !

Vive l'anarchie... Putain de ta mère !

Emmenez-le !

Faites-lui subir le traitement. À la dure !

Parce qu'il faut qu'il parle !

Commissaire Fautasso.

Oui, Excellence.

Oui, Excellence.

Bien sûr. Soyez tranquille.

Mes hommages, Excellence.

Il préfère qu'on ne l'ébruite pas.

Ces derniers temps, le nombre de ces fous a triplé.

Que me chantez-vous là ?

Les Italiens adorent le Duce.

On n'entend plus parler de ça.

Bien sûr. Au lieu de les liquider, il les gracie.

Mon pauvre ! Comment ça, il les gracie ? Pensez donc...

Qui a-t-il gracié ? Les deux derniers car ça s'est su. Mais les autres ?

C'est un héros, mais il n'est pas idiot.

Certains, il vaut mieux les faire disparaître sans publicité.

Procédons ainsi dans le cas présent.

C'est plus rapide et plus diplomatique, pas vrai ?

Nom d'un chien !

Allez-y.

Ce matin à 10 h rue des Fleurs,

dans la maison de tolérance notoire,

un homme non identifié,

en proie à une subite crise de folie,

a tiré sur une patrouille de carabiniers

dans l'exercice de leurs fonctions.

En état d'arrestation,

l'inconnu a mis fin à ses jours

en se frappant violemment la tête

contre le mur de sa cellule.

Je veux redire l'horreur que m'inspirent les attentats

qui non seulement sont atroces mais stupides

car ils nuisent à la cause qu'ils devraient servir...

Mais ces assassins sont aussi des saints et des héros...

que l'on célébrera lorsqu'on aura oublie' la brutalité de l'acte

pour ne se souvenir que de l'idéal qui les anima

et du martyre qui les sacralisa.

Adaptation : Michel DEPIGNY

Sous-titrage : ÉCLAIR VIDÉO

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