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Original subtitles

...

Une voiture approche.

...

Un bébé geint.

...

Il se met Ă  pleurer.

...

Conversations disparates

...

-Attends, viens, on va se mettre par lĂ .

AllĂ´ ?

Oui ?

Elle respire profondément.

...

Elle sanglote, puis se met Ă  pleurer.

...

"Ballade numéro 4" de Frédéric Chopin

...

-Non, y a zéro probabilité pour qu'on coule, c'est un ferry.

-Le Titanic, c'était quoi ? -C'était un paquebot.

-Ça, c'est pire.

-Puis y a pas d'icebergs dans la Méditerranée.

-Très bonne observation.

-On peut couler de n'importe quoi, pas forcément d'iceberg.

-Oh ! LĂ , lĂ  ! ArrĂŞte de te plaindre.

-Ça bouge trop vite, là.

-Farah, c'est bon, stop.

T'es fatigante, en fait.

Tu es épuisante à te plaindre tout le temps.

Corne de brume C'est bon.

...

Il va rien t'arriver. -Oui, mais on dort pas ici.

Y a plus de Marseille, au revoir Marseille.

-On se met lĂ  ? -Question :

on va dormir par terre comme des clochards ou...?

-Assieds-toi. -Je dois me lever ?

-Non, reste assise. -VoilĂ , merci.

-J'aime bien quand maman est assise. -C'est mieux pour tout le monde.

-Je veux pas faire monter ta tension.

-Ma tension...

-C'est pour ton bien.

Thème solennel

...

-Regardez-moi.

-Attends, je vois pas maman.

Chant polyphonique corse

...

-Je vous ai fait des courses. Des pâtes, des fruits, des légumes.

Je ne savais plus si vous étiez thé ou café, j'ai rien pris.

-C'est gentil, merci.

-Les enfants, les vacances, ça change rien, ils se lèvent tôt.

Si vous pouviez commencer comme Ă  Paris, ce serait super.

-D'accord. -Je suis contente

que vous soyez lĂ , parce que lĂ , ils sont...

Ils sont insupportables. -Ils sont en grande forme ?

-Hyper en forme. Moi, je suis épuisée.

Ils vous attendent

avec impatience.

Je vous pose les courses ici.

-Il fait chaud.

-J'aurais préféré un camping plus près de chez nous,

mais vous avez tardé à vous décider.

-C'est parfait. -D'accord.

-Vous êtes déjà venues en Corse ?

-Ouais. -Non

-La mer est loin d'ici ? -Non, juste à côté.

La plage est très jolie.

Vous descendez, vous traversez la voie ferrée et voilà.

-Je passe vous chercher demain Ă  8h, devant.

-D'accord. -Les filles ?

-Oui ? -On a une piscine Ă  la maison,

venez quand vous voulez.

-Merci. -Trop bien, merci.

-Au revoir. -Au revoir.

-"Les filles..." -Oh, t'es chiante.

Je prends le lit du haut. -Non, c'est moi.

-Ah si. -Ella casse tout, là, dégage !

-J'ai léché l'oreiller. -Ça va, Mme Sciences Po.

Je te laisse dans les hauteurs.

-Maman, tu viens Ă  la plage ? -Non, je vais ranger.

-Et après, c'est où ?

-Je sais pas.

Les garçons lancent des cailloux.

Dégage, mais dégage !

Rires

-C'est ouf, on dirait une carte postale.

-J'avoue.

Allez.

Prends-moi en photo.

-Mais...

Mais tu fais quoi, en fait ? -LĂ , on adore.

Attends, il y a de l'eau.

Vas-y, sirène de Mako !

-OK, d'accord. -Y a trop d'eau lĂ  !

Elle crie.

-Vas-y, attends.

Déshabille-toi et viens !

-Non, merci. -Viens au bord, allez.

-Non, je décline.

Non, tu m'attrapes pas !

Thème bucolique au piano

...

-Ça va ?

-C'est trop bien.

Accent corse -Qu'est-ce qu'ils font ?

Sortez de là, dégagez ! Donnez-moi le ballon.

-Vous tirez sur les jet-skis, ça suffit.

Rentrez au bled, dégagez, bâtards. Me casse pas les couilles.

Ta gueule !

Dégage !

-Hé, d'où tu parles comme ça aux gens ?

Tu dis des trucs racistes.

-Toi aussi, retourne

chez toi. -Je suis corse.

-Toi ? -Tu veux voir ma carte d'identité ?

-Ta carte de séjour, plutôt.

-Je suis pas ta camarade, moi.

-T'as vachement l'air corse. -Me parle pas comme ça.

J'ai pas peur de toi.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Calme-toi.

-Me touche pas. -Ta gueule.

-Hé, hé, Farah !

-Dégage, bouffonne.

-Tu vas t'asseoir, tout de suite.

-Rentre chez toi ! -Ça suffit.

-Ta gueule !

-Le ballon, oh !

-Cassez-vous !

-ArrĂŞte de chercher les embrouilles. -Il m'insulte !

-Ferme-la.

-Il avait l'accent comme ça, papa ? -Ben oui.

Je l'avais, à la fin. -Ça devait être chelou.

-Accent de merde. -Toi, accent de merde.

-Ta gueule. -Quoi ?

-Stop ou on rentre. -Elle fout la honte.

-Stop, c'est bon !

-C'est oĂą ?

-C'est le village.

-C'est glauque, heureusement que papa est mort, j'aurais pas pu.

-T'es vraiment débile.

-Je rigole. -Tu trouves ça drôle ?

C'est hyper beau, en plus.

-Moi, je trouve ça moche, mais bon.

Je me serais flinguée si j'aurais vécu là-bas.

-"Si j'avais". -Si j'avais vécu là-bas.

-J'ai aucun souvenir du village. -C'est normal.

C'est l'amnésie infantile. -N'importe quoi.

-Tu te rappelles d'un souvenir

quand on était là-bas ?

Non, tu vois ? Parce que j'ai raison.

Et t'as la rage.

-Lâche-moi !

-On me pousse !

J'ai faim.

-C'est bientĂ´t prĂŞt.

-On pourra y aller quand, maman ?

-Où ça ? -Au village.

-On n'a pas de voiture.

-C'est dommage de pas y aller. -Ben, on verra.

Goûte.

-"On verra..." OK, on n'ira jamais.

-Non, on verra, je te dis.

...

Ne fais pas ça, d'accord ?

S'il te plaît, sois gentil.

Tu veux qu'on fasse un château ?

Non ? Tu veux faire autre chose ?

-Laisse-moi ! -Non, tu n'y retournes pas.

Assieds-toi.

Édouard.

-T'es pas ma mère !

-Tu n'as vraiment pas envie d'écouter, aujourd'hui.

-C'est ton journal intime ? -Non.

-Pourquoi tu le caches, alors ? -Vas-y, bouge, c'est bon !

-Oh ! LĂ , lĂ  ! Calme-toi.

*Morceau rap : "Popopop" par Gambi

*...

-Tu fais quoi, lĂ  ?

Ne me touche pas.

-On s'amuse, on danse. -Je travaille.

-Farah !

*...

C'est bon, baisse !

Baisse, putain. On va se faire engueuler.

-Et quand ils mettent Claude François, je parle, moi ?

-J'ai pas envie de rire.

*...

Farah crie.

Tu dégages !

*...

-HĂ©, on danse ! Vous avez le groove, j'adore !

Les gens, ils me kiffent.

*...

-On bosse au black, black. On fait des sous dans le bât', bât'.

Popopop...

-Non, ça me fait pas rire.

-Alors, pourquoi tu souris ?

Et on croise, on croise. -OK, OK.

OK, OK, OK !

-On descend, on croise ! -OK, on croise !

J'ai mal Ă  la tĂŞte.

-Avance.

-Maman, elle fait ça tous les matins ?

-Ouais. -À sa place, j'aurais démissionné.

-On t'aurait surtout pas engagée.

Farah, c'est bon.

-Ils font quoi, lĂ  ? Pourquoi ils s'enferment ?

-Maman répond pas, en plus.

Tu vas où ? -T'inquiète.

Non, Farah, descends !

Descends.

-Ils m'ont invitée, j'y vais.

-T'es sérieuse ?

Tu peux pas faire ça. -J'avoue, c'est pas...

-Descends. -Je descends.

Farah crie.

-Ça va ?

-Ouais, je suis en vie, viens.

-Tu me fatigues, hein !

-Y a personne.

-Un jour, j'en aurai une comme ça.

-Moi aussi. -Avec quelles études ?

-Pas besoin d'études, moi.

Je vais dans "Les Marseillais",

je m'embrouille avec Maeva, je suis milliardaire.

Jess, regarde la piscine !

Elle est trop bonne, viens.

Hé, lâche, c'est mon mec.

Lâche, il a pas envie de te voir.

Farah crie.

Tiens ! Tiens !

-Ça va, vous êtes tranquilles ?

-Pardon, on est les filles de Khedidja.

On devait la rejoindre ici. -Oui, mais elle est pas lĂ .

Ma sœur a marché sur un oursin, ils cherchent une pharmacie.

-On a été invitées.

-Mais vous êtes rentrées comment ?

-En escaladant. -Tu dis ça comme ça.

-Ben, t'es pas débile.

Si c'est fermé, c'est qu'on a escaladé.

-Faites comme chez vous.

-Viens, sors. -Elle casse les couilles.

-Mais sors. -Non, c'est ma piscine !

-Rentrer chez les gens comme ça,

c'est une habitude ?

-C'était son idée. -Non.

N'importe quoi. -Je lui ai dit : "Jessica, non."

-Farah, c'est bon.

-Mais elle a escaladé la voiture. -Ma voiture ?

-Elle est championne d'escalade.

-J'ai mal. -C'est fini, mon cœur.

Tu n'as plus mal.

-Tu t'en occupes ?

-Khedidja, vous pouvez leur mettre un film, s'il vous plaît ?

-Bien sûr.

-J'en veux bien un. Un portable sonne.

-Oh, et merde.

Oui, allĂ´ ?

Oh, quel connard !

-Va plus loin. -Non, je cèderai pas. Ça suffit !

Je m'en fous, c'est pas parce qu'il flippe qu'on va alléger

le dossier !

Qu'il se fasse pousser des couilles !

J'en ai marre ! -Désolé.

-Non, c'est pas possible. -Bravo pour Sciences Po.

-Merci.

-Ta mère

est fière de toi. -Je sais.

-C'est super d'avoir des enfants qui réussissent leurs études.

GaĂŻa, c'est l'inverse ! -Super.

Merci !

-J'ai mĂŞme cru qu'elle aurait jamais son bac.

-Ça me rappelle Farah, ça.

-GaĂŻa manque de motivation.

Elle s'intéresse à rien.

-Ça va, t'as fini ?

-J'aimerais que tu sois un peu comme Jessica.

Elle, elle a pas le choix,

elle travaille.

-Tu es condescendant. -Pas du tout.

Mais si tu éprouvais une nécessité,

tu te bougerais un peu plus.

Non ?

-Peut-ĂŞtre.

-Khadidja, vous avez de la chance de...

-Pas "Khadidja", "Khedidja".

-Je suis désolé. -C'est pas grave.

-Vous m'avez rien dit. -Ah si.

Mais t'écoutes rien,

comme d'habitude.

-En tout cas, Jessica,

j'ai des amis profs à Sciences Po, je pourrai te donner leurs numéros

si tu as des questions. -Merci.

-C'est qui, ces amis ? -Jean-Yves et Fred.

-Ils interviennent

Ă  Sciences Po, ils sont pas profs.

-Ils ont une expérience dont elle pourrait profiter.

-Elle t'a rien demandé.

De quoi tu te mĂŞles ?

-Commence pas. -Papa, viens te baigner !

-Non, pas maintenant.

Je prends un verre.

-ArrĂŞtez ! -Laissez la bouffe.

-Je les emmène ?

-Allez jouer lĂ -bas. -Oui, merci.

-Allez, venez.

-Désolée pour mon père.

Il est vraiment grave. -Non, t'inquiète.

-Merci.

-Jessica, Marc nous attend pour nous raccompagner.

-OK, j'arrive.

-Merci.

-Salut. -Salut.

Coups de klaxon

Salut. -Salut.

-Tu vas oĂą ? -Au camping.

-Je te dépose.

On peut se voir, si tu veux, pour faire des trucs.

-Comme quoi ?

-Comme...

Je te montre des endroits, je connais bien.

Tu vas oĂą Ă  la plage ? -Ben, Ă  la plage du camping.

-Ben, voilĂ .

C'est pas bien, il y a tout le monde. Je te montrerai des endroits secrets.

...

-Salut.

-Salut.

-Merci de m'avoir rappelée. -Tu débarques au bout de 15 ans,

je suis curieux.

Tu es en vacances ? -Non, je travaille.

-Tu fais quoi ? -Je garde des enfants.

Je suis assistante maternelle. -Hm.

-Marie-Ange va bien ? -On n'est plus ensemble.

Elle vit à Aix, elle a deux enfants, je crois que ça va.

Les petites ont quel âge ? -Jessica a 18 ans et Farah 15.

Ça leur ferait plaisir de te voir.

-Elles savent qui je suis ?

-Bien sûr.

-Vous êtes allées au village ? -Non.

-Elles veulent pas voir leur grand-mère ?

-Elle sait pas

qu'on est lĂ .

-Tu m'appelles, moi, et pas Michelle ?

-Ça recommence. Laisse tomber, c'est bon.

Putain... -ArrĂŞte.

J'ai jamais cru que c'était de ta faute, sa mort.

C'était un accident.

C'était dégueulasse de te culpabiliser comme ça.

...

Elle renifle.

Elle allume un briquet.

Quelqu'un frappe.

-Farah, tu fais quoi, lĂ  ?

-J'arrive.

Le chat miaule. -ArrĂŞte.

Tu lui fais peur.

Regarde.

-Mangiare !

-Qu'est-ce qu'elles font ? -Allez.

-Bonjour. -Vous avez trouvé un ami ?

-Non, c'est mon fils.

-Alors, euh... -Farah.

-Farah, Jessica. -Oui.

-Vous avez vachement grandi.

-Heureusement.

(Il va tout casser.)

Vous voulez des chips ? -Non, merci.

J'attends ta mère. -Un melon ?

-Regarde ce que j'ai ramené.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Moi aussi, je veux voir.

C'est quoi le but du projet capillaire, lĂ  ?

-"Le but du projet capillaire..." -Enfin, le...

C'est quoi ? -C'était la mode.

Coupe mulet, ça s'appelle.

-C'est moi, le bébé ? -Oui.

-LĂ  aussi ? -Hm, hm.

-Il est jeune papa, lĂ .

-C'est quand on s'est rencontrés.

-Vous aviez quel âge ? -Moi 21, et lui 23.

-C'était ton premier amour ? -Oui.

-T'as jamais pécho avant ? -Non.

Jamais. -Vous vous êtes rencontrés comment ?

-Dans le train, j'étais serveuse au wagon restauration.

Il m'a fait la cour

pendant tout le trajet. -La "cour" ?

-Tu veux que je dise quoi ? -Comme une reine ?

-Il était mordu.

Vous étiez beaux.

Vous aviez la classe.

-La classe ? -Oui, regarde les photos.

-Rien que ça.

-"La quoi ?"

-On dit pas "la classe". -Ah bon ?

-Pourquoi tu nous as jamais

raconté tout ça ?

-Je sais pas.

-Il jouait beaucoup avec moi, papa ?

-Tout le temps. Puis tu ne le laissais pas respirer.

-Oh, celle-lĂ .

-Je suis sur aucune photo.

On voit que Jessica et mes parents.

-Vous êtes partis juste après ta naissance.

-Comme si j'existais pas, quoi.

-C'est tout ce qu'il vous fallait ?

-Non, deux bières et deux Coca.

-C'était cool de rencontrer le pote de mon père.

Petite, j'étais persuadée que notre père n'était pas mort

et que ma mère nous mentait.

-Tu pensais qu'il était où ?

-Je sais pas, qu'il avait une autre famille.

Qu'il était parti et que ma mère préférait dire qu'il était mort.

-C'est chelou de penser ça.

-T'as jamais pensé ça pour ta mère ?

-Moi, ma mère, quand elle est morte, les journaux en ont parlé.

-Elle est morte comment ? -Elle était photographe de guerre.

Elle s'est pris une bombe.

J'ai fait des cauchemars pendant des années, après.

Je t'avais dit que c'était ouf !

...

-Tu parles corse ?

-Non.

Mais je parle wolof.

-Sérieux ? -Hm.

-Vas-y, fais voir.

-Rafet na.

-Redis.

-Rafet na.

-Ça veut dire quoi ?

-Je peux pas te dire, secret.

-Tu me le dis tout de suite.

Des garçons chahutent.

-Il va se réveiller. -Vas-y, arrête !

-ArrĂŞte ! -C'est en plastique.

-HĂ©, elle a le ballon !

Le ballon. -Comment t'as fait ? HĂ©, tenez !

-Il te l'a rendu ? -Non, je l'ai récupéré.

-T'as pas peur, toi.

-Peur de lui ? MDR.

Si je veux, je lui nique sa race. Il vous parle toujours comme ça ?

-Oui, on est les étrangers.

-Vous dites rien ?

-Tu connais pas les Corses.

Ils sont fous.

-Vas-y, passe !

Thème nostalgique au piano

...

Le train klaxonne.

...

-Tu avais quel âge quand il est mort, ton père ?

-Trois ans.

-C'est tout petit, trois ans. -Oui.

J'ai aucun souvenir, c'est pas facile pour oublier.

-C'est bizarre de dire ça.

C'est plus dur d'oublier quand tu as des souvenirs.

-Je suis pas d'accord.

Si j'avais des images en tĂŞte, je pourrais passer Ă  autre chose.

Mais lĂ , j'ai rien.

Ă€ part du vide que je sais pas comment remplir.

Conversations disparates, tintement de bouteilles

Quelqu'un joue de la guitare sèche.

...

-Salut. -Salut.

-Tu aurais une feuille à rouler, s'te plaît ?

-Oui. -Tu fumes du shit ?

-De temps en temps.

-J'en ai, tu en veux ?

-Tu en as lĂ  ? -Oui, j'en vends.

Je peux voir ?

Combien tu veux ? -Vingt.

Merci.

Farah crie.

-Chochotte.

-Moi ? Je suis une vaillante, moi.

-Je suis pas venu ici depuis des années.

-Genre quand ?

-À l'époque, je venais avec ton père, alors...

-Tu vas les prendre Ă  la main ? -Oui.

-MDR, genre...

-Tu vas voir.

Le truc, c'est de faire une petite retenue d'eau, d'accord ?

On va faire un barrage.

Comme les castors, pareil.

Donc, on va faire une retenue d'eau en amont

et on va libérer l'eau en aval.

Merci. -De rien.

Elle est lĂ , elle est juste lĂ  !

-Chut ! Tu me déconcentres.

Rha !

Je l'avais presque.

-Elle est lĂ  ! -Allez !

Elle crie.

-C'est dégueulasse, lâche-la ! -Elle est pas belle ?

-Mais lâche, la pauvre. -Non.

-Ah ! Regarde tout le sang. -Ben oui, mais...

VoilĂ .

-C'est dégoûtant. Ah, dégueulasse, je regarde pas.

-C'est rien.

-Non, c'est bon, enlève. -C'est rien, ça.

Regarde sa langue, regarde. -C'est pas sa langue.

-Ah...

-Tu vas la manger.

-Non, je mange pas les cadavres. -Ben si.

-On a fait des petits trucs, rien de méchant.

-Comme quoi ?

-On volait les portefeuilles des touristes, l'été.

Les casques de moto.

On avait des paintballs.

On attendait qu'ils garent leur camping-car et...

Trrrra ! Mitraillage. Et on partait. -Vous aviez quel âge ?

-14, 15 ans.

-Vous vous ĂŞtes pas fait attraper ? -Si.

Et on a arrêté parce que ton père, il a pris une rouste...

Parce que ton grand-père, il fallait pas l'emmerder.

-Et toi, tu t'es pas fait taper ?

-Non, moi, j'avais que ma mère.

Et elle me frappait pas.

-Je suis arrivée avant lui et j'ai chopé toutes les truites.

-On les prépare comment ?

-Merci.

Schtroumpf, Malabar, banane, Oreo, Nutella.

-Oh...

-Trop bon. -Ça me donne envie.

Toi, toujours pas ? -Non.

-OK.

-Il est cool, Marc-Andria. -Oui, il est gentil.

-J'aurais bien aimé que ce soit mon père.

*"Les Chants de Maldoror" par Léonie Pernet

Brouhaha

... ...

-Tous les ans, on se retrouve lĂ .

Et elle fait les meilleures fĂŞtes de l'Histoire !

-Oui, d'ailleurs, tu viens vendredi ?

Tu fais rien vendredi ?

On y va ?

On y va ? -Mais oui !

T'es malade, toi !

...

...

-Ça va pas ?

-Si.

-Pourquoi tu fais cette tĂŞte ?

-Quelle tĂŞte ?

-Je sais pas.

Tu as les yeux qui brillent.

Tu es vraiment belle.

-Toi aussi.

...

Brouhaha

-C'est ta sœur ?

-T'as vu la taille de ton truc ? -C'est 50, wesh.

-T'arrives comme ça...

-Tu fais quoi, lĂ  ?

-Rien ! -Mais je t'ai vue !

-Je fais rien, laisse-moi. -ArrĂŞte de foutre la merde.

-C'est toi qui fous la merde.

-Il vient d'oĂą ce shit ? -C'est Ă  moi.

-Tu as voyagé avec de Paris ? T'es débile ?

Si maman s'en rend compte, tu crois qu'elle va faire quoi ?

Donne-moi ce qui reste. -Non.

-Donne ou je dis tout Ă  maman.

-Je m'en fous. Lâche-moi, je te donnerai rien.

-Qu'est-ce qui se passe ? -Pourquoi elle fait ça ?

Elle va se retrouver avec un casier. -Tu dramatises, lĂ .

-Y a quoi comme option pour une meuf noire pauvre avec un casier ?

-Je sais ça, mais ta sœur,

c'est pas une racaille.

-Une racaille ? T'es sérieuse d'utiliser ce mot ?

-J'essaye de comprendre, c'est tout.

-Vous buvez un coup, les filles ?

-Je vais rentrer.

(Farah ?

(Je sais que tu dors pas. T'as rien Ă  me dire ?)

-(Non.)

-(Tu pourrais t'excuser.

(Tu fais de la merde.) -(T'es pas ma mère.)

-(Je suis ta grande sœur.) -(Je gère, merci.)

-(Si tu le dis.)

-(C'est ta meuf ?) -(N'importe quoi.)

-(Elle te drague, elle est bizarre.) -(Tu la connais pas.)

-(Je l'aime pas.

(T'es gouine, toi ?) -(Tu me saoules.)

-(T'es gouine ?)

-(Dégage.)

-(Juste réponds-moi.) -(J'ai pas envie de parler avec toi.)

-(T'es lesbienne ?) -(J'ai pas envie !)

-(Tu postillonnes.) -(Dégage ou je te crache dessus.)

-(T'es lesbienne.

(C'est pas grave.

(Jessica.

(Tu sais, tu peux tout me dire.

(Je vais te poser une question tout simple.

(T'aimes ses cheveux carrés ?) Jessica pouffe de rire.

-(Tu kiffes ? C'est ça ton style ? Les petites Corses ?

(Vous avez un souci avec les Corses dans cette famille.

(Gloup, gloup, gloup...) -Tais-toi, putain, tu me saoules.

-(Tu as galoché Gaïa ?

(T'as kiffé son petit débardeur ?

(Elle est nudiste.) Jessica éclate de rire.

*Bruitages de jeu vidéo

*...

-Rends-moi mon shit !

-Dégage ! -Toi, dégage !

-Lâche-moi !

-Te fous pas de ma gueule !

C'est toi qui as mon shit ?

-Mais non !

-Comment ça ? Oh, tout le monde t'a vue, débile !

Tout le monde t'a vue, réfléchis. -Lâche-moi.

Elle crie.

-ArrĂŞte de crier, putain de toi !

-Lâche-moi ! -Ta gueule, oh ! Me touche pas !

Ta gueule.

Ferme-la ! AĂŻe !

Putain, oh !

Putain.

...

-Grr !

-Quoi ? -Rien.

-Quoi !?

C'est fou, il y en a tellement, ce soir.

-Tu l'as vue ?

-Oui.

-Tu l'as pas vue.

Tu sais, j'ai jamais eu de copine avant.

-C'est vrai ? -Oui.

Tu trouves ça ridicule ?

-Non.

Pas du tout.

Et tu as déjà eu des copains ?

-Non.

...

-Pourquoi c'est moi qui nettoie les maillots de Jessica ?

-Pour une fois.

-Elle et GaĂŻa, tu t'en fous ? -Elle est gentille, GaĂŻa.

-Ta fille est lesbienne, tu t'en fous ?

-Elle est pas lesbienne, elles sont amies, c'est tout.

-Tu te voiles la face.

On est quand même très noires pour avoir un père blanc.

-Quoi ?

-On est plus noires que toi, c'est chelou.

-Qu'est-ce qui est bizarre ? -Notre père est blanc.

-Regarde Fatou, Matéo est plus foncé qu'elle.

C'est pas

une science exacte. -J'ai pas de chance, quoi.

-Quoi, encore ?

-Je m'appelle Farah, je suis renoi.

Jessica, avec son prénom de française, sa vie est plus facile.

-C'est pas à cause de son prénom qu'elle a réussi ses études.

-En fait, si.

Les profs, dès que t'as un prénom de rebeu, de renoi,

ils te mettent sur le côté, en fait, tu es : "Bref..."

Et quand ils entendent des prénoms bien français,

ils se disent :

"Elle a du sang français."

Alors que moi, Farah : "Allez, dégage."

Ah.

C'est réel ou c'est pas réel ? -C'est dans ta tête.

-Et là, ça confirme.

Je suis en train de laver les maillots de bain de la Française

qui s'amuse avec son amie riche, lesbienne et blanche

pendant que la Renoi, elle fait des corvées.

Ça fait beaucoup. En même temps, je m'ennuie ici.

Il n'y a rien Ă  faire.

...

-T'étais où cette nuit ?

Enfin, je le sais.

Tu te laisses trop influencer. -De quoi tu parles ?

-GaĂŻa est pas comme toi.

-Pourquoi tu dis ça ? -Tu le sais très bien.

Tu fais ce que tu veux.

Personne n'a besoin de le savoir. Bonne journée.

-Ce type était impossible, il disait

"maîtresse" au lieu de "maître".

-Deuxième fournée !

S'il vous plaît.

Tu sais ce que tu voudrais faire comme master ?

-J'avais pensé à journalisme.

Mais je vais tenter l'école de droit. -C'est différent.

-Le droit international me passionne.

-C'est la branche la moins lucrative.

-Je veux trouver un équilibre entre rémunération et engagement.

Je veux

que ça ait du sens.

-C'est bien, ça.

VoilĂ , je prends les deux et nous y sommes.

Khedidja, dépiautez-leur

les brochettes, ils y arriveront pas.

Alors, toi,

tu reveux une... Tiens.

-Tu restes à Aulnay ? -Oui. J'ai demandé

une chambre avec le CROUS, mais la province est prioritaire.

-On a une chambre de bonne vide, on peut te la prĂŞter.

-Euh...

Tu pourrais nous demander notre avis.

-Ben, autant qu'elle serve. -Je suis pas contre l'idée.

Mais tu nous mets devant le fait accompli.

-Non, mais...

-Attends.

Si tu veux pas, tant pis, je pensais que tu voulais aider Jessica.

-Mais volontiers. -Pour une fois que tu peux aider.

Je pensais que tu votais Ă  gauche, mais...

-Tu n'as jamais voté de ta vie, toi. -Mais si.

-Non, tu n'es même pas inscrite. -Mais elle m'a donné une procuration

l'an dernier. -Ouais...

-Elle a toujours voté. -Bien sûr que je vote.

-Oh, GaĂŻa, ta cigarette ! Tu te moques du monde !

-T'es complètement con, en fait.

-Quoi ? -Lâche-la deux secondes.

-Elle va pas fumer Ă  table ? -Laisse-la respirer.

-T'en mĂŞle pas, c'est ma fille.

-C'est mes déjeuners aussi.

-Ah, elle avait oublié la picole.

Khedidja, comment vous avez fait

pour élever si bien

vos filles ? Moi, mes enfants me détestent.

LĂ , ils font la gueule.

-Maman, de l'eau, s'il te plaît.

-Jessica, c'est une merveille.

-GaĂŻa aussi.

-Je te le dis. -Merci.

"Ballade numéro 4" de Frédéric Chopin

...

-Elle est perdue ?

-Non, c'est comme ça dans beaucoup de villages ici.

-OK.

...

...

C'est lĂ , non ? -J'ai l'impression.

-Tu fais quoi ? -Je vais demander si on peut entrer.

Elles discutent en corse. On frappe.

-HĂ©.

-Oui ?

-Bonjour, madame. -Bonjour.

-Vous habitez lĂ  ? -Oui, pourquoi ?

-Mon amie habitait lĂ , petite.

On voulait rentrer pour voir si ça lui rappelait des souvenirs.

-Si ça vous dérange pas.

-Comment tu t'appelles, toi ? -Jessica. Jessica Mattei.

-Tu sais qui je suis ?

-Non.

-Ton père...

c'est Jean-Noël Mattei ?

-Oui.

-C'était mon fils.

-Non, ma grand-mère est morte. -Comment ça ?

Morte ?

Qui t'a dit que j'étais morte, ta mère ?

-Je comprends pas.

Vous ĂŞtes pas morte ?

-J'en ai l'air ?

-Pourquoi ma mère

m'a dit ça ?

-Elle m'a toujours détestée.

-Et pourquoi ?

-Ça, c'est à elle qu'il faut le demander.

-Vous n'avez jamais essayé de venir nous voir ?

-Mais bien sûr.

J'ai tout fait, j'ai écrit, j'ai téléphoné,

mais ta mère vous avait fait disparaître.

Mais tu sais que tu peux me dire "tu".

Je suis ta grand-mère.

Et puis...

ton grand-père, il est mort.

Et moi, après, je n'avais plus le goût à rien.

Alors, je suis montée m'installer ici.

C'était votre maison, avant.

Comme ça, tu vois, j'avais un peu l'impression

d'être près de vous, de vous avoir toujours avec moi.

J'ai dĂ» "faire mon deuil", comme on dit.

Comme j'ai pu.

C'était la chambre de tes parents.

C'est ma chambre, maintenant.

...

Il est beau, hein ?

Ton arrière-grand-mère.

Ta tante, ton grand-père.

Ça, c'est ton cousin.

Viens.

C'est votre chambre avec ta sœur quand vous étiez petites.

Ça te rappelle quelque chose ?

-Jess ?

Putain, le fils de pute.

...

Rends l'ordinateur à ma sœur.

Je te parle, lĂ .

Oh, je te parle !

-Je sais pas de quoi tu parles.

-Pourquoi tu as fouillé le mobil-home ?

-C'est pas moi.

-Je te crois pas.

-Me crois pas, alors.

Des fois, les sangliers font ça.

-Prends-moi pour une conne. -Rends-moi

ce que tu m'as pris, après, on parle.

Tu parles français ? Rends-moi ce que tu m'as pris,

après, on parle.

Pas ici, mongole.

-AĂŻe !

-Cache ça.

Tu as bien bossé.

T'as intérêt

Ă  plus te foutre de ma gueule. -Merci.

...

"Pour la première fois, j'ai l'impression de rencontrer quelqu'un

"qui me comprend.

"C'est injuste.

"Si j'étais née dans une famille comme ça, ma vie serait mieux.

"Je ne comprends pas pourquoi je suis coincée avec elles.

"Elles me tirent vers le bas, elles ne me comprennent pas.

"Elles n'ont rien à dire à part des banalités qui me dégoûtent."

"Autumn song" de P. TchaĂŻkovski

"Je ne suis même pas sûre de les aimer.

...

"Si je ne les voyais plus, elles ne me manqueraient pas.

"Je pense que pour avancer, je vais devoir partir,

"tirer un trait sur mes origines.

"Oublier ma vie d'avant, cette ville, ce quartier,

"ma mère,

"ma sœur.

"Ce n'est plus mon monde, c'est le leur."

...

-Tu as fait quoi aujourd'hui ?

-Je suis allée à la plage.

-Toute seule ?

Pourquoi tu manges pas ? -J'ai pas faim.

-Tu sais où j'étais ? -Avec Gaïa, j'imagine.

-Au village.

Tu sais qui j'ai vu ?

Notre grand-mère.

Et elle est bien vivante.

Mais tu étais au courant vu que tu es une menteuse !

-C'est plus compliqué.

-Que quoi !?

Tu veux m'expliquer quoi ? Vas-y, je t'écoute.

-Tu sais pas

comment elle était avec moi. -C'était pas une raison !

Elle nous aurait raconté des choses. Tu nous as privé de père, de famille.

On a grandi seules, sans rien.

Tu as grandi sans père, toi ?

Tu as grandi sans père,

oui ou non ?

Tu as grandi sans famille ?

Tu as grandi dans un mensonge, toute ta vie ?

Tu me dégoûtes.

Je suis venue prendre mes affaires. -Jessica.

Attends. -Putain, lâche-moi !

Lâche-moi !

Je vais chez notre grand-mère.

Tu viens ? -J'irai nulle part avec toi.

-Maman a été horrible. -Je m'en fous.

-T'as pas de cœur ! -Toi, t'en as un ?

J'ai lu ton journal, la merde

que tu as écrite. -Tu as fouillé ?

-Tu nous insultes

et tu m'engueules ?

-C'est privé !

-Privé de quoi ? Tu t'énerves, en plus ?

Tu dis que je te dégoûte et que je suis bête.

Ça fait ça, une sœur ?

Je suis bête ? Je te dégoûte ?

Je te fous la honte ?

C'est ça ou pas ? Dis-le !

Mais dis-le !

Je suis bĂŞte ou pas ? -Non !

-ArrĂŞte de mentir, en fait ! Tu mens, tu mens

et tu mens encore !

Fais pas ta tĂŞte de victime.

-C'est que des mots. -Mots de quoi ?

Tu l'as pensé, assume.

Je te libère d'un fardeau : je ne suis plus ta sœur.

C'est bon ou pas ?

Vas-y, casse-toi.

Va avec la famille de ton père.

Prends tes affaires et casse-toi.

Dégage !

-Jessica.

-Tu vois ? C'est ça ta fille chérie, ta fille parfaite.

Tu vois que le mal en moi.

Est-ce qu'à un moment, tu m'as félicitée dans ma vie ?

Jamais, tu vois que par elle.

Tu me connais pas.

T'en as rien Ă  foutre de ma vie.

...

-Allez, ça va aller.

-Hm.

Pourquoi j'ai fait ça ? -Arrête.

Tu es une très bonne mère. -Non, tu me connais pas.

C'est une formule toute faite.

-Bon, j'en ai pas pour longtemps, je reviens vite.

Le vent souffle de plus en plus fort.

...

Oh !

Choc

-Merci. -Je t'en prie.

Viens, c'est par lĂ .

-Merci.

-Tu n'as pas de vertiges ? -Non.

-Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça ? -Je sais pas.

Je suis fatiguée.

J'aurais jamais dĂ» revenir.

J'ai l'impression de voir son fantĂ´me partout.

Comment tu fais pour rester ici ? -C'est chez moi.

-Tu es comme lui, en fait.

Il n'y avait plus que la Corse.

Ses amis, ses affaires, ses activités politiques.

-Ă€ un moment, il a voulu tout arrĂŞter.

Ça le rendait malheureux d'être loin de vous, de pas vous voir.

Mais c'était pas possible.

-Pourquoi ? -Parce que.

C'est comme ça.

Il y a des services que tu dois rendre.

Jean-Noël était trop gentil, il savait pas dire non.

Puis ça aidait à faire tourner la boîte.

Il décrochait pas mal de chantiers.

Voilà. Tu veux un café ?

...

-C'est bizarre. -Quoi ?

Je sais pas, ça fait tellement longtemps que j'ai pas...

-Moi aussi, ça fait longtemps.

...

Elle pouffe de rire.

Qu'est-ce qu'il y a ?

-Excuse-moi, c'est nerveux.

-Putain, tu me fais chialer, en plus.

-Pourquoi tu pleures ? -Ben, je sais pas !

-Jessica ? -Oui ?

-Tiens.

-Merci.

-Ouvre, c'est pour toi.

C'est l'alliance de ton père.

Elle est gravée.

Il y a la date du mariage de tes parents.

Ta mère a la même.

-Je l'avais jamais vue.

-Normal, elle a dĂ» la vendre.

GaĂŻa, viens, je vais te montrer ta chambre.

Allez, viens, suis-moi.

Vous ĂŞtes trop grandes pour dormir ensemble.

Il avait ton âge à peu près, là.

-Je peux la prendre ?

-Oui, vas-y.

Il vous adorait, tu sais.

Avec ta sœur, vous étiez tout pour lui.

-Et ma mère, il l'aimait ?

-Oui, je crois.

Mais ils étaient trop différents. Ils se sont jamais vraiment compris.

Ils étaient pas faits pour être ensemble.

Dis à ta sœur de venir me voir, la prochaine fois.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Elle veut pas me voir, c'est ça ?

Ta mère a dû vous raconter des horreurs sur moi.

-Non, elle a juste dit qu'elle ne t'avait pas vraiment connue.

Pourquoi elle nous aurait dit des horreurs ?

-Elle a des choses Ă  se reprocher.

C'est quand même à cause d'elle que ton père est mort.

-Il n'a pas eu un accident de voiture ?

Quel rapport avec ma mère ?

-Elle partait avec vous

sur le continent.

Elle ne lui avait rien dit.

La grand-mère sanglote.

Il a pris la route pour vous rattraper.

Il a eu peur de plus jamais vous revoir.

Tu comprends ?

-Elle est où ma mère ? "On sait pas."

Elle est au travail. On dirait, elle a pas d'enfants.

J'ai l'impression, je suis venue en Corse seule.

C'est grave d'en arriver lĂ .

C'est bon.

Je vais à Calvi, je vais me la péter.

Je sais pas faire quoi.

J'ai besoin de personne.

Tu le dis pas, hein ? Je te fais confiance.

Ou je te fous Ă  la poubelle. Rien Ă  foutre.

VoilĂ .

Et après...

Tu veux que je t'en mette un peu ?

Ouh... Piou... Piou...

Brouhaha

...

En anglais

Eh, toi !

ArrĂŞte-toi !

-Attrape-la.

-Vide tes poches.

-Mais arrĂŞte !

...

C'est Ă  moi !

-Tu sais ce qu'on fait aux voleuses, chez nous ?

Tu veux jouer ? -Déshabille-la.

-ArrĂŞte !

Elle hurle.

-Oh, lâchez-la, bâtards !

Tu veux quoi, toi !?

Dégage ! Dégage !

-C'est bon.

-Sors.

Dégage !

Ça va ? Ta mère et ta sœur, où elles sont ?

Elles te laissent seule ?

-Laisse-moi.

-Non, y a que des fous ici.

-Laisse-moi, je t'ai dit.

Jessica respire fort.

-Tu fais quoi ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

(Jess, ça va pas ?

(Attends, attends.

(Attends.

(Qu'est-ce qu'il y a ?)

Elle sanglote.

...

(Ça te fait bader d'être ici.

(On se casse.

(Viens, rhabille-toi.)

-Attention, qu'est-ce que tu fais ? -Je gère.

-Tu gères rien du tout. -Je gère.

Les garçons crient, chahutent.

...

-Qu'est-ce que tu fais, débile ?

...

-Je me baigne pas. -Pourquoi, t'as peur ?

-On sait pas y a quoi dans l'eau. -Ben, la même chose que la journée.

-Il est chargé ?

Ah, mais t'es un malade !

Je me retrouve par terre. J'ai eu la peur de ma vie.

-C'est le but.

Tu veux tirer ?

-Ouais.

Prends-la, attention, mets pas le doigt à l'intérieur.

Tiens-le bien. -HĂ©, il la fait tirer !

-Mets ton doigt dedans. Quand tu es prĂŞte, tu tires.

Les garçons crient.

Ça suffit. -Je suis trop forte.

...

*Musique techno

Cris d'encouragement

*...

-Tu es lĂ , tu es venue !

*...

-Allez !

*...

-Vous avez de la D ? -Non, de l'ecsta.

-Et de la coke ? -Non, que de l'ecsta.

-D'accord. Super.

On tient qu'Ă  l'alcool, lĂ .

-Elle est bizarre, cette meuf. -C'est une Parisienne.

*...

-C'est toi qui en cherches ? -Ouais, grave.

-Combien t'en veux ?

-Un, s'il te plaît.

-Oui, t'as combien ?

-20 balles. -OK, 20 balles, s'te plaît.

-Non, deux.

Tu es sûre ? -Deux, oui.

-Combien vous en voulez ? Dépêche. -Ça va, deux.

-Bon, je vous en donne deux. -Merci.

*...

-Merci. -Merci.

-Bonne soirée.

-Bonne soirée à toi.

Tu es sûre ? -Oui.

-T'en as déjà pris ? -Non.

-Voilà. -Mais je veux faire ça avec toi.

-Attends, attends.

Le prends pas en entier.

*...

-Maintenant ça fait quoi ?

-Ça monte à la tête, ça donne chaud.

Ça met bien. -J'ai chaud.

-Ça monte pas de suite.

Ça va monter lentement. -Non, mais je le sens.

-Panique pas. -Elle sent quoi ?

-Rien, on a pris un ecsta.

-C'est ta première fois ? -Non.

-Non, ça fait pas effet maintenant. -Si, je le sens.

-Non, ça se peut pas.

Allez, waouh !

*Morceau planant : "Run from this world" - DJ Traytex

*...

*Le rythme s'accélère et devient électro.

*...

-Un, deux, trois !

Cris de joie

-La douche que tu t'es pris, toi !

-On s'en va quand ?

-Quand on aura tout vendu, je te ramènerai.

OĂą tu vas ?

-Prendre un verre. -Tu m'en ramènes un ?

*Morceau techno

*...

Soupirs

...

-Ah !

Elle pouffe de rire.

*...

-Ça va ?

-Ils sont bizarres les gens ici, ils sont tous foncedés.

-Ça va, c'est rien. -C'est pas drôle.

-Arrête d'être vénère, t'es pas sexy.

-J'ai pas envie d'ĂŞtre sexy, c'est mon droit, non ?

-C'est dommage, c'est tout.

Tu veux boire un truc ? -Non, je bois déjà.

-Si, bois un truc.

-Aide-moi, putain !

-Nage avec moi ! Quelqu'un frappe.

-HĂ©, j'ai besoin de pisser, lĂ  !

-Estelle ? -Oui, ouvre !

-C'est Estelle.

C'est Estelle.

Elle tambourine Ă  la porte.

-Je dois pisser !

Les filles !

-Oh, putain, ça marche ! -Je le tiens.

-J'ai besoin de pisser !

-J'ouvre, mais y a un petit problème.

Panique pas, s'il te plaît.

-Oh...

Ah...

*...

-J'ai vu.

On s'en fout.

HĂ©, on s'en tape du lavabo.

Pose-le.

Je lui nique sa mère

au lavabo.

-C'est pas vrai. -Et si, c'est vrai !

Ah...

-HĂ©... Jess ?

-C'est pas beau, ça ?

-Blanc, comme toi. -T'es drĂ´le.

-Je sais.

-Ouvre la bouche.

-Ah non. -Ouvre la bouche, c'est marrant.

Ouvre la bouche.

-Ah !

-Putain, t'es dégueulasse.

-Tu m'en as mis partout. -C'est ça.

-Ă€ toi. -Tu vas voir.

T'es pas douée, hein ?

Qu'est-ce tu fais, oh !?

Qu'est-ce tu fais ?

Oh, tu es débile.

Qu'est-ce tu fais ? -Tiens, tiens.

-Qu'est-ce tu fais ? -Je te mets du champagne.

*...

Tu as des paillettes. -Tu m'as pailleté la gueule.

-Personne t'a forcé, hein.

*Sonnerie de portable : chant polyphonique corse

-AllĂ´ ? Ouais.

Oui, il m'en reste.

J'étais occupé, me casse pas les couilles.

Je dois les rejoindre.

*Morceau électro planant

*...

-Jess ?

Jess !

Qu'est-ce que t'as ?

T'es touchée ou quoi ?

Vous faites flipper.

-T'es lĂ  ? -Farah, pourquoi tu m'aimes pas ?

-Tu pues l'alcool.

-Je t'aime tellement, je te jure. Je t'aime, je t'aime.

Tu es tellement belle.

-Tu me fais flipper, lâche-moi. -Tellement belle.

T'es trop belle.

-C'est bon, tu me saoules.

-Farah...

Jessica tente de se lever, mais tombe.

-Putain ! -Farah, tu m'aimes ?

-Lève-toi.

-Tu m'aimes ou pas ?

-Oui. C'est bon, lève-toi, allez.

Jess !

-Elle m'aime plus...

Pourquoi j'ai bu ?

-Lève-toi, c'est dégueulasse, là.

-Je te dégoûte ? Moi, je me dégoûte.

Je te dégoûte ?

Je te dégoûte ?

Jessica pleure.

Je me dégoûte tellement.

-Jess.

-Dis-lui que tu l'aimes.

Dis-lui que tu l'aimes.

Elle grelotte.

-Ça va ?

-Jess, ça va ?

-Qu'est-ce qu'il y a ? -Elle a froid. Prends un truc.

Jess !

-Je me sens pas bien.

-Jess !

Jess ! -Laisse-la.

-Mais laisse-la de quoi ? Regarde comment elle est !

-Je vais mourir. -Dis pas ça.

Elle a pris quoi ? -Des drogues, mais ça va.

-Jess, regarde-moi.

Regarde-moi !

Mais fais un truc, toi !

-Ça va pas.

-Jess ! Jess !

Ouvre les yeux !

Jess, réveille-toi !

*...

S'il te plaît.

*...

Quelqu'un sanglote.

Petites tapes

-Tu es sa grande sœur

ou sa petite sœur ? -Sa petite sœur.

-Ça va aller. Tu vas garder le panache.

Elle est inconsciente, mais elle respire.

On va l'emmener à l'hôpital pour qu'elle voie un médecin.

La petite sœur, tu peux monter.

Tu t'assois sur le siège, tu mets la ceinture.

Non, c'est pas possible.

-S'il vous plaît. -C'est complet.

-Y a la place ! -Stop ! Va t'assoir lĂ -bas.

...

-Ça va ?

-Oui.

-Tu m'as fait peur.

Quelqu'un entre.

-Ça va ?

Tu vas bien, chérie ?

-Je veux pas te voir.

-Chérie, s'il te plaît.

-Va-t'en.

Je veux que tu partes.

-Dis-moi que tu vas bien. -Va-t'en, putain.

Vas-y, bouge !

Sors.

...

-Je peux dormir avec toi ?

-Viens.

-Pardon, maman.

-Non, c'est hyper cher.

-C'est cher et loin.

-Loin de quoi ?

-Loin de Sciences Po, de chez moi.

-Mais on habitera chez toi si on habite ensemble.

-Oui, mais j'ai tous mes amis rive gauche.

Autant aller en banlieue. -En banlieue, ce sera moins cher.

-MDR, tu crois que mon père va me payer un appart en banlieue ?

Il va flipper. -Je paierai une partie du loyer.

-Non. -Comment ça, non ?

-Non, tu es en première année à Sciences Po,

tu vas pas travailler. -Ben si.

-Non.

Laisse-moi faire, s'te plaît. -Mais moi, ça me gêne.

-Mais mon père sait pas quoi foutre de son argent.

Il a les moyens de nous offrir un appartement, point.

J'ai envie de te prendre en main, en charge.

-Super. -Ben oui, super.

Accepte ce qu'on t'offre. C'est bon, tu le mérites.

-Les enfants !

C'est l'heure d'aller au dodo, on y va, allez.

Vite.

On se brosse les dents et on va se coucher.

-GaĂŻa, je suis vraiment content

que tu aies pris cette décision.

C'était une belle connerie

de vouloir arrêter ton école.

C'est grâce à toi, Jessica. Tu as une bonne influence sur elle.

-Papa, c'est lourd. -Oh...

Et je l'ai pas dit à ta mère,

je sais que c'est tendu en ce moment,

mais tu peux rester chez nous autant que tu veux.

C'est dit. -Merci.

-C'est pas mes histoires, mais sois conciliante avec elle.

-Non, c'est pas tes histoires. -Je lui parle.

Elle a fait ce qu'elle a pu.

-J'en peux plus des gosses.

-Ben, on va les jeter. -C'est ça.

-Tu connais Khedidja, tu as parlé avec elle.

-Peu, elle est pudique.

-C'est culturel, ça.

-Toi, ça te ferait pas de mal de l'être un peu plus.

-Tu me trouves impudique ? -Un peu.

L'autre soir, tu as raconté notre première fois à tes amis.

-J'étais bourré. -Ben, tu es souvent bourré.

-Et hier soir, qui a terminé à poil dans la piscine ?

-Oui, ben, j'avais chaud.

-J'ai un pressentiment, Jessica.

Tu vas aller loin, je me fais pas de souci pour toi.

-Moi non plus.

-Eh ben voilĂ .

Je trouve ça beau.

Ma fille embrasse son amie Jessica.

-Mon "amie" ? -Je l'accepte.

J'en suis heureux. -Ma femme.

-Ta femme, ah bon ?

...

Un portable vibre.

Khedidja :

-"Ma chérie.

"Je ne sais pas si je vais réussir à t'expliquer.

"J'étais à peine plus âgée que toi quand j'ai rencontré ton père.

"C'était mon premier amour.

"Nous nous sommes mariés quand nous sommes venus vivre en Corse.

"J'étais enceinte de toi, mais personne ne le savait.

"C'était notre secret.

Chant polyphonique corse

...

"Très vite, j'ai eu l'impression de ne pas être chez moi,

"mais de vivre chez lui.

"D'être invitée.

"Invitée dans ma propre maison.

"Étrangère.

"Je n'ai pas su lui dire ce que je ressentais.

"Sûrement parce que je n'avais pas confiance en moi.

"Pas d'estime de moi.

"Je sais que toi, tu en as,

"et je t'admire pour ça.

"Quand j'ai décidé de partir, c'était aussi pour vous.

"Je voulais faire réagir ton père.

"Inventer un endroit Ă  nous.

"Je pense qu'on y serait arrivés.

"Quand ton père est mort, tout s'est comme figé.

"Je ne voulais plus penser.

"Penser, c'était me sentir coupable.

"Coupable, je l'étais aux yeux de sa famille.

"Alors, j'ai disparu.

"Je me suis tue.

"Ce silence m'a permis de tenir debout, d'avancer.

"Je dois réapprendre à parler et ça commence par te parler.

"Je ne te demande pas de me pardonner.

"Je te demande d'ĂŞtre indulgente."

Un scooter approche.

-Tu voulais me dire quoi ?

-Je voulais te dire au revoir. -Au revoir.

-Au revoir.

Tu vas revenir ?

-On verra.

-Ça va.

...

Le scooter démarre et s'éloigne.

-Farah, tu es prĂŞte ?

-Farah, tu es prĂŞte ? -Ouais !

-Tu es sûre ? -Me mettez pas la pression, les deux.

-Allez.

-Je suis prĂŞte.

-Tu as des nouvelles ? -Non.

...

"The seasons N°6 - June" de Piotr Tchaïkovski

...

-Maman, viens, on va ĂŞtre en re...

tard.

...

-On y va ?

...

"Les Chants de Maldoror" par Léonie Pernet

...

-Regarde, l'aubépine explore

Malgré ses racines, son corps.

À l'orée des cimes, j'aborde

La prose comme un infime trésor.

...

Géante aux pieds d'argile, féminine malgré mes efforts.

Sous mes pieds, les mines entonnent "Les Chants de Maldoror".

Géante aux pieds d'argile, la morphine soulage la métaphore.

À l'orée des cimes, la prose comme infini trésor.

...

...

...

...

Sous-titres : Denis Poudou

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