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...
-Salut !
Ca va ?
-Ca va.
*-Patrick Boyer, pour le planning.
-Salut, Flavie !
-On se voit tout à l'heure ?
Salut. -Salut.
Pardon.
Je t'ai cherchée à la fête de la prod, samedi.
-J'étais nase.
-T'as rien perdu.
La musique était pourrie.
A minuit, il n'y avait plus une goutte de champ...
La voix de la maquilleuse s'estompe.
Ca va, Flavie ?
-Hein ? -Je te demande si ça va.
-Oui.
-Tu es toute pâle, d'un coup.
-Ah bon ?
Je ne me sens pas très bien ces derniers temps,
depuis que mon grand-père est mort.
-C'est normal, vous étiez proches. -Oui, ça doit être normal.
Vas-y, rajoute un couche de fond de teint et fais péter le blush.
-Ah, Flavie.
Il y a un changement au niveau du placement des invités.
On a eu un souci
avec le décor...
Les propos de l'homme s'entremêlent.
...
-Attends, je reviens.
-On t'attend ?
Respiration saccadée.
...
Flavie... Réveille-toi.
Ca va ?
-Oui, je...
J'ai dû faire une crise d'hypoglycémie.
-J'appelle un médecin ? -Non, l'air m'a fait du bien.
-L'émission va commencer. -OK.
Générique.
Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous accueillons
Stéphane Dupré, spécialiste des médias.
...
Oui !
Ca va, mon chéri ? C'est maman.
Ca me fait plaisir de t'entendre.
Ca se passe bien chez papa ?
Ah, super ! Moi aussi, super, ça se passe bien.
Je sais pas. Peut-être. Oui, demain.
OK. Oui, on fait ça.
Bisous, mon amour ! Plein de bisous. A demain.
Soupir.
...
Respiration oppressée.
...
Oh...
...
Allô, Bertrand ? Tu es toujours au cabinet ?
Il faut que tu viennes, vite. Ca ne va pas du tout.
-Bonsoir.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu ne pouvais pas rester chez toi ? -Je me sentais trop mal.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Ca fait quelques semaines que j'ai ce genre de crises.
Mais là, c'est pire.
J'ai le coeur qui bat trop fort, j'ai du mal à respirer...
Tu crois que c'est un infarctus ? -Non, t'as pas les lèvres bleues.
Tu as mal dans le bras gauche ? -J'ai mal partout.
-Tu dois faire
une attaque de panique. Tu sais d'où ça peut venir ?
-Je voudrais prendre rendez-vous avec le Dr Dufour.
Ca fait comme si un éléphant avait posé sa patte sur ma poitrine.
-Prenez du millepertuis et du magnésium, ça vous détendra.
-Faites une cure de radis noir.
-Les radios montrent que vous avez un décalage entre les deux hanches.
Elle crie.
-Voilà, quoi.
J'ai tout essayé. Médicalement parlant, je n'ai rien.
Toutes mes analyses sont bonnes. Je suis en train de devenir folle ?
-Non. -Comment vous pouvez en être sûr ?
-Une certaine expérience de la folie.
Je dirais que vous avez disjoncté
émotionnellement depuis la mort de votre grand-père.
-Donc c'est normal ? -Je ne dirais pas ça, non.
-Et... on peut faire quelque chose ?
-Oui.
-Ah.
Quoi ? -On va chercher et on va réparer
votre compteur électrique
émotionnel. -L'électricien, je n'ai pas essayé.
-On dit de l'humour que c'est la politesse du désespoir.
Vous pourrez m'apporter des photos de vous, enfant ?
-Pourquoi ?
-Pour identifier d'où viennent vos flashs.
Vous avez peu de souvenirs
de votre enfance, m'avez-vous dit.
-Parce que j'ai eu une enfance tout ce qu'il y a de plus normale.
-Vous avez entendu parler de l'amnésie traumatique ?
-Non. -Le cerveau humain est étonnant.
Il peut enfouir certains souvenirs lorsque votre survie psychique
est en danger, mais ces traumas sont toujours là, bien cachés,
et ils continuent leur travail de sape invisible.
Bon. On va s'arrêter là.
-Déjà ? -Oui.
...
-ELLE EST BELLE, ELLE EST MIGNONNE. C'EST UNE BIEN JOLIE PERSONNE.
MAIS LES FEMMES, CA N'A PAS DE RAISON. QUAND CA DIT OUI,
CA VEUT DIRE NON.
MAINTENANT ELLE VEUT PLUS QUE JE L'AIME.
MAIS JE L'AIMERAI QUAND MEME.
ET JE N'OUBLIERAI JAMAIS LE CHIGNON BIEN COIFFE
DE LA BELLE CAISSIERE DU GRAND CAFE. ET JE N'OUBLIERAI JAMAIS
LE CHIGNON BIEN COIFFE DE LA BELLE CAISSIERE DU GRAND CAFE !
-C'est dommage que tu n'aies pas pu venir avec nous au Cap.
-C'est comme ça quand on bosse. -Ma pauvre Isabelle,
il faut savoir se reposer.
-Tu as un nouveau bolide, Hubert ? C'est un V8 ?
-C'est ma nouvelle Jaguar. Tu veux l'essayer ?
-Avec plaisir. -Non ! Pas aujourd'hui, Pierrot.
Pour une fois que tu n'es pas au foot...
Et vous avez picolé, en plus ! -Pratiquement pas.
Hein ?
-Laisse-le vivre un peu, Pierrot. -Mais je le laisse vivre !
-Moins de bruit, Ghislaine.
J'entends rien. -Gigi a raison.
On fera ça une autre fois.
-Alors les vacances ?
-On a vécu des moments incroyables avec Flavie.
Hein, ma biche ? Raconte à ta tante !
-Patricia m'a raconté.
-Elle a eu l'air d'accuser le coup.
Flavie, elle, elle s'est vraiment éclatée.
Regarde. C'est une photo qui va peut-être valoir beaucoup d'argent
dans quelques années.
C'est David Hamilton, quand même.
Il emmène ses mannequins à Tahiti.
(Je sais pas ce qu'elle a.)
*Commentaires diffus de la course hippique.
-Maman !
Tu veux voir la photo ?
-Oh ! Elle est belle, ma petite poupette !
-Les chevaux te broutaient la tête. -Tu me dis ça à chaque fois.
Hé, Hippocorne ! Ca va, Amarante ?
Hennissement. Tu as une nouvelle jument ?
-Elle n'est pas à moi.
Comment tu la trouves ? -Magnifique.
Elle a un problème à la jambe.
-Elle s'est blessée en course.
C'est une championne.
-Comment elle s'appelle ? -Naltina.
Elle te plaît ? -Oui ! Elle a le regard doux.
-Elle est à toi.
-A moi ? Toute seule ? -Oui. Toute seule.
-Merci, papy !
Il va falloir qu'elle fasse du fond si elle veut recourir un jour.
-Tu as bien grandi, toi, cet été.
C'était bien,
les vacances ?
T'es pas bavarde, ma poupette, aujourd'hui.
-Et un cheval, maintenant !
Il n'était pas comme ça avec moi. Ca te fait rigoler...
C'est dingue, quand même.
Tu as vu la tête d'Isabelle quand j'ai parlé d'Hamilton ?
Elle était verte de jalousie.
Il faut se rendre à l'évidence. Patou, c'est plus Miss Boudin
que Miss Mannequin.
Et mon frère, ça s'arrange pas.
Nouvelle voiture, nouvelle maison... Il ne parle
que de pognon !
Evite de parler de ta prime d'entraîneur.
Ma mère m'a filé 500 F,
mais c'était moins une. -Tu devrais les envoyer chier.
-Ils sont gentils, papy et mamie !
-Flavie...
Mêle-toi de tes affaires. C'est des discussions
d'adultes.
Chanson anglo-saxonne de la fin des années 80.
...
-Quelqu'un peut m'apporter les restes, dans le coffre ?
Le père : -Oui, c'est bon, j'y vais !
...
-Arrête !
-C'est Thomas qui a commencé.
-Arrête
avec ce regard par en dessous. Et c'est quoi, cette frange ?
-On a les moyens
d'aller chez le coiffeur pour une frange ? Non. Alors voilà.
Hé... T'exagères pas un peu ?
-Oh...
Allez. Ca va aller comme ça ?
-Tu viendras me faire un bisou ?
-Va te coucher, je suis fatiguée. -Bonne nuit, papa.
-Bonne nuit, Flavie.
...
La mère : -La porte, merde !
C'est quand même pas compliqué ! -Ca va, c'est bon.
-(Ne te laisse pas faire, papa.)
-Si tu t'en étais occupé depuis le temps...
Tu ne fais rien... -Dans cette baraque.
Bruits de pas.
Le père : -Bonne nuit, les garçons.
-BONNE NUIT, PAPA.
Les pas s'éloignent.
-Bonne nuit, Tonnerre.
Bonne nuit, Apache.
Bonne nuit, Argentine.
-Tu as 10 F, pour mon déjeuner ? -Tu as une boîte de cassoulet.
-Donne-moi 5 F, alors.
-Tu vas aller picoler ?
-J'ai le droit de voir mes copains.
-Qui se tape tout le boulot ?
-C'est moi qui bosse, quand même.
-Dis-le que je fous rien.
-Tu sais très bien que je ne pense pas ça. Allez...
-Tiens.
-Merci, ma chérie. A ce soir.
-Et la boîte de cassoulet ? -Je l'ai prise !
-J'ai feuilleté l'album, mais je vois pas en quoi ça va m'aider.
On ne va rien trouver là-dedans. J'ai l'air heureuse sur les photos.
-Vous avez le souvenir
de l'avoir été ?
-J'ai peu de souvenirs de moi petite fille.
On avait une vie plutôt monotone. Une famille assez banale.
-"Banale"... La dernière fois, vous avez dit "normale".
-Vous voyez ce que je veux dire...
Un schéma classique, quoi.
Thomas, le plus petit,
était le préféré. Benjamin, celui qui se prenait le plus de baffes.
Il faut dire qu'il faisait pas mal de conneries. Et moi...
-Quelle était votre place ?
-Déjà, j'étais l'aînée.
La seule fille.
Ma mère focalisait beaucoup sur moi.
J'étais la chouchoute de mon grand-père.
J'ai manqué de rien.
Peut-être...
de marques d'affection de la part de mon père.
C'était comme ça à l'époque, non ?
-Je ne sais pas.
Vous croyez ?
-Souris !
Tiens-toi droite.
Encore une.
Super !
-Je vais me baigner. -Tu nous attends, Benjamin.
Celui-là qui tient pas en place... Prends exemple sur Thomas.
Tu as mis le sac bleu dans notre chambre ?
-Oui.
T'es pas encore un homme ! Coups de klaxon.
-Salut ! -Vous avez fait bonne route ?
-Génial !
-Vas-y, lâche.
-J'ai pas pris l'eau. Et toi ? -Non.
C'est les vacances. Tu pourrais filer un coup de main.
-Et les sacs-poubelle ?
Tu as vu comment il t'a regardée ? Tu lui fais de l'effet.
C'est vrai qu'il a du charme. -Il est un peu vieux, non ?
-Vieux ?! Il a à peine 30 ans.
Tu verras dans quelque temps si on est vieux à 30 ans.
Quelle bourrique !
C'est bon, ces virées entre filles.
Ne dis rien à ton père.
Il ne comprendrait pas.
Tu connais
les hommes.
Tiens-toi droite.
Tu es tout le temps vautrée. Cambre-toi un peu,
c'est plus joli.
Quelle classe !
Tu as vu ça, Flavie ?
Cris et rires.
...
-Regarde, Martine, le maillot de bain.
Elle rit.
Bloqué années 60. L'autre, elle se prend pour Bardot.
Il y en a qui n'ont peur de rien. Oh là là...
Non, mais c'est pas possible,
des fesses pareilles.
Non ?!
Oh, ben, merde.
Elle doit avoir des talents cachés.
Mais bien cachés, alors. -Très bien cachés.
Tu devrais rentrer le ventre. C'est pas joli comme ça, ça plisse.
Soupir.
Quel foutu caractère ! On ne peut rien lui dire, à celle-là !
Je te jure, elle n'est pas facile !
-Qu'est-ce qui se passe ? -C'est encore ta fille.
Même en vacances,
mademoiselle fait la gueule !
Ne mettez pas du sable partout. Benjamin !
Tu entends ce que je dis ? -C'est pas moi, c'est Thomas !
-Comme si je n'avais pas compris leur petit manège...
(Prends-moi
(pour une conne.)
T'as pas compris ?!
Ca a commencé
l'année dernière.
Quand tu la vois, tu comprends que ça peut pas être bien sérieux.
Un coup vite fait comme ça.
Ils sont tous comme ça.
Ton grand-père s'est tapé quasiment toutes les femmes
qui ont bossé au haras. Eh oui !
Mais comme disait ma mère : "C'est avec moi
"qu'il dort tous les soirs."
-Ta canne...
Là, c'est bon. Tiens.
Prends ton appareil photo.
Allez.
-Je peux venir ? -Allez, viens.
-Tâchez de ramener quelque chose.
Aujourd'hui, je ne fais pas de courses.
-Les garçons, c'est fini le bordel ?
Vous croyez qu'on peut attraper des poissons comme ça ?
-Papa... Papa !
-Vas-y !
Mouline !
Vous avez vu, les gars ? La fille de son père, je vous dis !
-Une championne ! -Va chercher l'appareil photo.
Elle l'a pris sans l'aide de personne.
-Maman... -Oh !
On a compris, Flavie. Mets-moi ça dans la glacière.
-Hé, Flavie ! T'as pris du cul, non ?
-Papa, arrête ! -On dit ça pour ton bien.
-Je disais ça pour rire. -Tu veux avoir l'air d'un boudin ?
-Non ! -Il va falloir se ressaisir alors.
(Elle a pris au moins 2 kg.)
-Et nous donc !
-Elle te plaît ?
-On dirait une soucoupe volante.
-C'est de la technologie de pointe. C'est au gramme près. Monte.
48 kg
et 600 g. Je le disais !
On va te donner un objectif. On se dit quoi ?
46. -47.
-Tu fais tout à moitié, toi.
C'est pas comme ça, la vie.
Crois-moi. Un effort à faire,
et y a plus personne.
Ton poids de forme, c'est 46 kg.
-C'est bon, 46. -Voilà !
Elle a compris !
Oh, toi, je te jure...
Bon.
Si t'es pas capable de résister...
-J'ai piqué une frite, une seule ! -Arrête de faire la gueule.
-Je fais pas la gueule. -Elle fait encore la gueule.
-Laisse-la tranquille. Viens manger, ça va être froid.
Qui reprend des frites ? -Tu es vraiment une mauvaise.
Les frères se chamaillent.
-Arrêtez, ou c'est moi qui les mange.
-"Mauvais : qui ne convient pas,
"qui présente un défaut, une imperfection essentielle,
"qui a une valeur faible ou nulle, qui rapporte peu,
"mal conçu,
"qui ne fonctionne pas correctement,
"qui cause ou peut causer du mal, qui déplaît ou qui peine,
"qui présente un vice moral,
"qui fait ou aime faire le mal.
"Synonymes :
"abominable,
"dégoûtant,
"détestable, épouvantable,
"exécrable, horrible,
"ignoble, imbuvable,
"immangeable, infect,
"laid, méchant."
-Bon.
Arrête de me baratiner.
C'est pas possible que tu aies pris 500 g dans la nuit.
-Je comprends pas. -Tu as mangé en cachette ?
-Non. C'est peut-être la balance... -Non.
Jure-moi sur la tête de papy que tu n'as rien pris en douce.
-Je te jure, maman, je n'ai rien mangé,
sur ta tête.
Je suis prête !
-Tu veux aller à Codec avec moi ?! -Ben, oui.
-Ben, non.
Ca t'aidera peut-être à réfléchir. -J'ai réfléchi. S'il te plaît !
-Non. T'es grosse, t'es moche... Tu finiras caissière.
J'ai honte de me trimbaler un boudin comme toi.
Reste dans ta chambre. C'est là que tu seras le mieux.
Claquement de porte.
Une voiture démarre.
Elle éclate en sanglots.
...
-Ca va pas, ma chérie ? -C'est maman.
Elle veut pas m'emmener à Codec avec elle.
Elle dit qu'elle a honte de moi. -Si elle fait ça,
c'est pour ton bien.
-En me disant que je suis moche et grosse ?!
-Elle dit ça justement parce que tu es très jolie.
-Elle me déteste.
-Mais non.
Elle t'aime, mal, mais elle t'aime.
Nettoie ça avant qu'elle revienne.
Ca va encore faire des histoires.
...
-Ca peut s'apparenter à de la maltraitance.
-Il faut pas exagérer. C'est juste qu'il avait peur de ma mère aussi.
-Je parlais surtout de votre mère.
-C'est vrai qu'elle faisait la pluie et le beau temps à la maison.
On ne savait jamais à quoi s'attendre.
On était prêts à tout pour qu'elle aille bien,
pour lui décrocher un sourire. Mon père le premier. Moi ensuite.
-Tu as été présélectionnée ! Tu fais partie des 224 !
-Présélectionnée ?
-Pour le 1er tour du casting de Miss OK Magazine.
C'est pas génial ? Je suis fière ! On va faire les boutiques. Salut !
-Au revoir,
Ghislaine ! -"Gigi" ! Je te l'ai déjà dit.
-OK, Gigi. -Il va falloir voter pour Flavie !
Non, non, non...
-Bonjour.
-On cherche une tenue spéciale. C'est pour faire des photos.
L'élection de Miss OK.
Ma fille a été sélectionnée.
-Elle est jolie. -Vous ne l'avez pas vue au réveil.
-Maman... -Ca va !
Je plaisante.
-Et l'élection, ce sera à Paris ? -Oui. On va faire ça entre filles.
-Génial.
-Rien que nous deux.
Ca a l'air bien, ça.
Impec.
On va essayer ça.
-Ca a l'air serré.
-C'est parfait. Ca se détend.
-J'arrive pas à le fermer.
-Tu vas
perdre encore un peu.
Vous allez bien nous faire un prix ?
Chanson anglo-saxonne.
...
-C'est quand même quelque chose, Paris.
-Comment tu me trouves ?
T'aimes pas ?
-Tu sais ce que ça va être, ton problème, dans la vie ?
C'est de choisir un seul homme. -Un seul homme ?
-Hum. Avec ton coeur d'artichaut et les sollicitations,
ce sera difficile
de choisir un seul homme.
Souviens-toi bien de ça.
Et n'oublie pas une chose : sois indépendante,
gagne ton argent.
Ne fais pas la même erreur que moi.
-Promis, maman.
...
On a une vue à couper le souffle !
Le photographe d'OK Magazine a dit que Flavie pouvait aller très loin.
Je sais qu'il ne faut pas qu'elle prenne la grosse tête.
C'est encourageant après tous les efforts qu'on a faits.
Ce soir ? On va dîner au restaurant de l'hôtel...
La voix de la mère s'estompe.
Hum !
Je viens de tacher mon pantalon.
Euh... Oui.
Il faut que je te laisse.
Oui.
Elle rit.
Bisous. Toi aussi, tu me manques.
(Merde.)
Qu'est-ce que tu as ?
-Rien.
Non, je ne lui ai rien dit.
Je savais pas comment lui raconter. Et elle avait l'air si heureuse...
Elle l'était quand on était loin de la maison,
seules toutes les deux. -Surtout quand des hommes
vous regardaient.
-Oui...
Jusque-là, ça me plaisait qu'on m'admire. Enfin, je crois.
-Vous croyez ?
-Sur celle-ci, j'étais plus vieille.
C'était l'année d'après. J'avais 15 ans.
C'est là que c'est devenu quasi professionnel.
-Tourne.
Super.
Elle est
assez chaude comme ça !
Il faut qu'on fasse attention. J'ai pris 500 F sur ton livret A,
pour se faire plaisir
à Paris.
Tu te feras ton masque pour les cheveux. N'en mets pas une tonne !
N'oublie pas les aisselles.
Les moustaches sous les bras,
c'est immonde !
Je le fais bien, regarde. Ca ne déborde pas.
-Les filles vont encore traîner leur cul à Paris ce week-end ?
-Tu as nos billets ?
Oui !
Mon frère a tiqué quand je lui ai demandé
qu'il nous prête son studio.
C'est dingue !
Quand on voit tout le fric qu'il a. -Tu vas pas le changer.
Alors arrête.
Tu crois que je ne lui aurais pas emprunté sa Jag, moi ?
J'aurais déboulé, grand prince... -Tu peux courir !
-C'est sûr.
Eclats de voix des garçons.
-Les garçons !
-Ce week-end va me faire un bien fou.
Je le mérite, non ?
Hein, Flavie ? Je le mérite.
-Ben, oui, bien sûr.
-C'est fou, l'effet que tu leur fais.
Ils tombent comme des mouches.
Si tu souriais plus souvent, ce serait une hécatombe.
Tu m'écoutes ?
-Oui. C'est quoi, une hécatombe ?
-Il est connu, lui, non ?
-Je sais pas. -C'est qui ?
C'est qui ? -Je sais pas.
-Christian ! -Christian !
-Va devant ! Allez, vas-y !
-Christian !
-Il faut entrer avec lui !
Parle-lui !
-Aïe ! Tu m'as fait mal.
-Attention, reculez !
Du calme !
Reculez !
-Pas de souci, vous voyez ? -(J'ai mal au coeur, maman.)
-(Il faut toujours que tu gâches les choses. Souris !)
-On arrive à ce qu'elle ne se voie pas.
-La caméra était sur toi !
Applaudis !
-Je suis pas bien. -Arrête ton cinéma.
-J'ai mal au coeur.
-Si j'avais eu ta gueule et toi, mon intelligence...
-Maman...
-Merde.
Flavie, merde.
Tout le monde te regarde.
Tu t'arranges pas en grandissant.
-"Tu t'arranges pas..."
Je me suis retrouvée dans des bistrots poisseux,
à l'arrière d'une voiture de sport,
avec un producteur véreux et ma mère en train de négocier
un contrat bidon. Elle se sentait importante.
Ce qui est dingue, c'est qu'elle n'a jamais supporté ma réussite.
Elle voulait s'amuser, mais pas je lui échappe.
T'en as pas marre, des Champs-Elysées ?
On pourrait voir la tour Eiffel,
la Seine... -C'est juste un fleuve.
Et puis y a personne. J'ai besoin de voir du monde.
Ma vie, c'est entre la maison et le Codec.
-Alors Notre-Dame de Paris. -Y a que des touristes !
Sur les Champs,
on croise des célébrités. Souviens-toi, "Hélène" Medeiros.
On s'est quand même bien marrées. -Oui.
C'est pour découvrir autre chose.
C'est comme ça qu'on a rencontré cet homme, une petite célébrité.
Ma mère a flashé sur lui.
Lui a flashé sur moi...
-Il avait quel âge ?
-La quarantaine.
Des fois, j'allais passer des week-ends chez lui.
-Vous aviez des rapports sexuels ? -Oui.
-A 15 ans ?
-Oui.
-Ca vous plaisait ?
-Non.
Enfin, je sais pas comment vous dire.
Je ne me posais pas la question.
En y allant, je n'avais pas le choix. Je me laissais faire.
Il avait l'air triste.
-Vous saviez que c'était
du détournement de mineur ? -A l'époque, non. Maintenant, oui.
-Votre mère le savait.
-Oui.
-Je suis désolé
de vous demander ça : vous étiez vierge ?
-Non. J'avais déjà eu un petit copain.
-Et quand vous alliez retrouver cet homme, vous fréquentiez toujours
votre petit copain ? -Oui, mais il ne savait rien.
Je l'aimais trop pour lui raconter des choses comme ça.
C'était comme une autre vie.
C'est lui sur la photo.
Il s'appelait Hari.
C'était mon premier amant.
-Alors jeune homme,
prêt pour ton CCE ?
-Pour le cross et le saut d'obstacles, ça ira.
C'est le dressage qui m'inquiète.
-Demande conseil à la poupette.
Naltina s'était blessée.
Eh bien, elle l'a remise sur pattes,
avec les conseils de son papy :
douceur et fermeté.
(Fais attention au matou.)
-Flavie, j'ai besoin de ton avis. -Ghislaine, non.
On ne parle pas de ça devant des enfants.
-Tu me racontais bien comment papa se tapait les écuyères, toi.
-C'est pas pareil.
-Après la douche, ta grand-mère se fait la toilette intime
à l'eau de Cologne. -Ca, c'était dans le temps.
Je ne le fais plus. -C'est immonde, tu es d'accord ?
-Euh... Oui, c'est vraiment dégueu. C'est bizarre de faire ça.
-Tu vois, c'est dégueulasse ! Ta petite-fille préférée le dit.
-Tu es méchante. Tu l'as toujours été.
J'espère que tu ne deviendras pas comme ta mère, ma petite poupette.
-Ca lui passera avant que ça me reprenne, va.
-Tu es sûre de toi ? -C'est juste un rendez-vous.
-Non. Tu connais son âge, sa réputation...
Tu vas passer à la casserole.
-Laisse béton ! On s'aime.
-Tu le connais depuis 15 jours.
-Aux âmes bien nées, l'amour n'attend pas le nombre des années.
-Vas-y, la poète.
-Pardon.
...
-Si t'as pas envie, on peut juste s'embrasser.
-Je sais pas.
-Tu ne l'as jamais fait, c'est ça ?
On n'est pas obligés.
-Oui, je sais.
Mais avec toi, j'ai envie.
-Tu vas me manquer.
-Je pourrai venir te voir et je t'écrirai aussi.
-Je te répondrai.
-Oh, ce sentimentalisme...
J'étais comme toi, à ton âge.
Ca va te passer.
-Moi non plus, j'aime pas la fin des vacances.
Mais je pleure pas. -Elle pleure son Hari.
-C'est qui, celui-là ?
-Bon, à cet aprèm. -Salut.
...
-T'es pas contente ?
-Je croyais que c'était Hari. -Mais regarde qui c'est !
-J'ai vu.
-Il se souvient de toi.
C'est dingue !
-C'était l'homme dont je vous avais parlé.
Il voulait me revoir.
-Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait ?
-C'est quoi ?
-Il faut lui répondre.
J'ai écrit une réponse. -Pourquoi tu écris à ma place ?
-Ah, mais c'est un exemple.
A toi de voir. Je t'aide, là. Mais c'est comme tu veux.
-Mais je vais dormir où ?
-Je ne te laisse pas partir
sans surveillance.
C'est la condition sine qua non.
Je l'ai écrit, d'ailleurs. Lis.
Il doit bien avoir une chambre d'amis.
-Je suis capable de répondre moi-même.
-Ah.
Ca m'aurait étonnée. Mademoiselle veut la jouer à sa manière.
Très bien. Vas-y.
Ecris ta réponse. On verra s'il te trouve
toujours aussi intéressante.
...
Séquence sans son.
...
Elle frappe à la porte.
-Faut pas que je rate mon train.
...
-Alors ?
-C'était sympa. Il a un jeune chien
qui s'appelle Fantôme. Il est trop marrant.
Il te saute dessus. Il a les dents hyper pointues...
-Et sa maison,
elle est comment ? -Grande,
avec un grand jardin aussi.
Un salon avec un immense canapé. Il y a même la photo
qu'on lui a envoyée. Il a un studio d'enregistrement
au sous-sol, et ça sent son parfum partout.
-C'est fou...
Oh...
Tu te rends compte de ce qui t'arrive ?
Tu as couché avec lui ?
C'était bien, au moins ?
"Chaque séparation est pour moi un déchirement.
"Je pense à toi, Flavie.
"Faire l'amour avec toi a été comme l'éclosion de deux fleurs..."
C'est pas à nous que ça arriverait.
Et puis c'est pas n'importe qui ! Bruit de porte.
-Salut ! -C'était bien avec ton Hari ?
-Super.
-Tu as fait tes devoirs ? -Non, j'y vais.
-Hari...
Il monte à cheval. Tu parles d'un avenir !
(Et tu verrais la mère.)
Infirmière à domicile, baba cool, jamais revenue des seventies...
Et les chiens par-dessus tout ça. Ca doit puer là-dedans !
Quand je la dépose là-bas,
je me dis : "Mais qu'est-ce qu'on fout là ?"
Pourvu qu'elle réagisse à temps. -C'est peut-être ton futur gendre.
-Oh là là, chut !
-Hé !
-Bonjour, Flavie. -Bonjour.
-Tu vas bien ? -Oui, ça va.
-Ravie de vous rencontrer enfin. -Moi aussi. Bravo pour ton CCE.
-Merci, madame.
-Hari aimerait emmener Flavie
voir la Mano Negra.
-C'est quoi, ça ?
-Un groupe de chansons.
-C'est quand ?
-Dans 15 jours, à l'Olympia. -A l'Olympia ?!
Je ne peux pas laisser ma fille aller à Paris.
Ils sont mineurs tous les deux.
-Hari a 17 ans et demi.
-Dis oui ! -T'es marrante.
Où est-ce qu'ils vont dormir ? -Mon grand frère vit à Paris.
On ira chez lui.
-Je ne suis pas très emballée.
Paris, la nuit...
Le concert... Ca me fait un peu peur.
-Tu m'as déjà laissée y aller toute seule, à Paris.
-Je comprends. Flavie n'a que 15 ans.
Je ne veux pas vous forcer la main.
-C'est bon...
Elle peut y aller.
-Merci, maman ! -Merci, madame.
-Celle-là, quand elle a une idée derrière la tête...
-Le quoi ?
-Le pogo !
Tu danses et tu te rentres dedans. -Ca doit faire mal !
Et vous avez dormi où ? -Chez son frère. C'est un squat.
C'est sale, et on dormait tous dans la même pièce.
Faut sortir de ta campagne, ma vieille !
-T'as du bol que ta mère veuille bien.
-Des fois, elle est cool.
-Elle t'emmène à Paris, elle t'achète des fringues...
Moi, ma mère rentre du boulot, elle est crevée, elle fait la gueule...
-On parle de nos mères ou bien... -Non, raconte la suite.
-Ca, c'est parfait !
Printanier... Et maintenant que tu as perdu, ça te fait un beau cul.
C'est parfait !
Parfait !
-Maman.
-Hum ?
-Je peux te demander un truc ? -Oui. Pourquoi tout ce cirque ?
-Je voudrais que tu arrêtes
d'ouvrir mon courrier.
-Qu'est-ce qui te prend ?
Tu crois que c'est le moment
et l'endroit ?
-Mon courrier, c'est mon intimité.
-C'est dingue, ça.
On fait des courses pour toi, et tu me parles du courrier ?!
Tout va bien pour toi ? Flavie, je te parle.
A quoi tu joues ?
-Mon courrier,
c'est mon intimité ! -OK. Tu as du talent, toi.
Tu es très forte
pour gâcher les bons moments. Merci. Super.
...
-Merci.
...
-Tu sais ce que Christelle m'a dit, ce matin ?
-Je m'en fous, de tes histoires.
C'est des affaires de gamines.
Débrouille-toi avec ta copine.
T'as pas besoin de toi. -Tu me fais la gueule ?
-Tu me fais cher ! Tu ramènes toujours tout à toi !
Toi, toujours toi !
Tu crois que le monde tourne autour de ta petite personne ?
Tu penses qu'à ta gueule !
Tu penses à moi, parfois ?
-Mais bien sûr.
-Tu sais ce que je te souhaite ? De pas avoir une vie de merde
comme la mienne. Je te le dis, même si je ne devrais pas.
Y a des jours où j'en ai tellement marre de cette vie de merde,
que j'ai envie de me faire sauter. J'ai envie de mourir, Flavie !
-Maman... -Je veux crever... Merde.
Je veux mourir, tu comprends ?
Je sais pas
ce que je ferais sans toi.
-Ca va aller, maman.
Je suis là.
...
Elle étouffe un sanglot.
...
Ca fait plusieurs mois qu'on se voit, et je sais pas où on va.
Je suis un peu découragée.
-C'est normal.
-C'est
toujours normal avec vous.
Pardon.
-Il ne faut pas vous décourager à ce stade de la thérapie.
-J'ai envie d'arrêter.
-C'est un processus de défense émotionnelle classique.
Ca veut dire qu'il commence à se passer quelque chose.
C'est dans ces moments de doute qu'il faut au contraire persévérer.
Vous ne m'écoutez plus.
-Il m'a violée.
-De qui parlez-vous ?
-Le photographe qui a pris cette photo...
C'est David Hamilton.
David Hamilton m'a violée.
Comment j'ai pu oublier ça ?
J'avais 13 ans...
Mon oncle avait loué un appartement au Cap.
Avec ma mère,
on n'est pas allées en Charente-Maritime comme d'habitude.
Elle m'avait parlé de David Hamilton.
Tout le monde savait qu'il travaillait là.
-C'est pas mauvais, hein ?
C'est bon, les glaces ?
Freddy People fait un concert sur la plage, ce soir.
Si ça vous dit ? -C'est qui, ça ?
-Les filles le connaissent.
-Excusez-moi.
Bonjour. Ca va ?
-Oui. -Je suis
avec David Hamilton.
Il trouve vos filles très jolies. Il voudrait faire des essais.
Demain, 14 h, ce serait bon pour vous ?
-Pour moi, oui. -Ca te dit ?
-Oui.
-Oui, alors.
Merci.
-Bon après-midi !
-Au revoir.
-J'en étais sûre !
David Hamilton...
C'est une star ! -C'est une chance énorme.
-C'est génial. Il va falloir assurer, les filles.
Tu m'étonnes qu'il vienne passer l'été ici.
Je n'ai jamais vu autant de belles gamines.
Elle sonne à la porte. Chut.
-Bonjour !
-Bonjour. -Bienvenue ! Entrez.
-C'est charmant. Ca fait longtemps que vous...
-Quelques années, oui. Voici ma femme, Gudrun.
Gudrun n'est jamais très loin.
-Ah... Ah oui.
Vous allez rester là ? Très bien.
Je n'ai plus besoin de rester.
A quelle heure je reviens ?
-Dans une heure.
Ca suffira.
Je vais faire quelques Polaroïd. Comme ça, vous pourrez voir
ce qu'on a fait.
-Ah, j'oubliais. Pas de nu.
De la transparence, sans problème. C'est pas grave si on devine.
Mais pas de nu.
-Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer.
Au revoir.
Alors, vous avez déjà fait des photos ?
Non ?
Bon.
Déjà, ça,
on va le changer. Viens.
Euh...
Attends.
Laquelle ?
Ca, non.
Plutôt ça.
Oui.
Tiens, mets ça.
Tu peux te changer là.
Garde ta culotte.
...
C'est parfait.
Tu es parfaite. Viens.
On va se mettre juste là.
Stop. Bien.
Ne bouge pas.
OK...
Regarde-moi.
C'est joli.
Vraiment, c'est très joli.
Non, ne souris pas. Je veux une bouche fermée.
Baisse la tête un petit peu. Regarde-moi. OK, ne bouge pas.
C'est superbe. Reste là.
Reste là.
Déclic.
Ca, c'est magique.
On va passer
aux choses sérieuses, maintenant. Alors...
-Et moi ?
-Toi, on verra après.
Ne bouge pas.
Baisse la tête un petit peu... Stop.
Superbe.
-C'est un des photographes les plus célèbres du monde !
(Et c'est toi qu'il a choisie.)
En même temps, y a pas photo !
Elle rit.
-Alors, ces photos ? -Regarde.
Oh, je suis fatiguée, moi ! Ton oncle et ses amis
m'ont entraînée hier dans une boîte à partouze. C'est pas mon truc, ça.
Je suis restée une heure et après, j'en avais ras le bol.
Tous ces corps sens dessus dessous... Je suis rentrée.
Gudrun, sa femme, elle était là quand vous faisiez les photos ?
-Non. Je l'ai vue en même temps que toi. Après, elle a disparu.
Sonnette.
-Bonjour !
Comment allez-vous ? -Bien.
-Bon...
Je viens la chercher à quelle heure ?
-On va travailler.
Revenez dans deux heures et demie. -Hum.
-Au revoir.
A nous, maintenant.
Bon...
Déshabille-toi.
Ca va ?
Tu es contente ?
Tu vas voir,
on va faire des très belles photos.
Tu as quelque chose de spécial.
Oui...
Tu sais, j'aime pas trop ces choses-là.
C'est pas joli sous les robes.
Ca va pas avec le tissu. Enlève-la, s'il te plaît.
Si tu la gardes,
on ne verra que ça.
-Oui, mais... -Tout le monde est nu, au Cap.
C'est sans aucune importance.
...
C'est joli. C'est très joli.
Hum...
Je sens que tu vas sourire.
Hein ?
Qu'est-ce que je disais !
Bien.
En revanche, le haut de la robe, c'est pas très joli.
Pince tes tétons pour voir.
Non, à l'intérieur. Très bien.
Pince bien fort.
Déclic. Très bien.
C'est très bien. Mets le chapeau,
maintenant.
Bien. Attends, comme ça.
Avec les cheveux derrière.
Regarde-moi.
Déclic.
Ferme la robe, maintenant.
Bien. Ferme un peu plus.
On sonne à la porte.
Ma préférée, c'est celle-là.
-Ah oui, celle-là.
Vraiment.
-Bon.
Je vous l'offre. Et je vais vous la signer.
Voilà.
...
-Il faut que j'y aille.
Sonnette.
-Bonjour. -Bonjour.
Je reviens à quelle heure ? -A 5 h et demie.
Bon... On va changer un peu, aujourd'hui. Viens.
Allonge-toi sur le lit.
Comme ça, oui. Mets ta tête, là. Parfait.
Attends.
Mets le bras comme ça. Ouvre la main.
On va mettre ça là.
C'est bien.
Je vais te confier
un secret.
Tu sais que je suis connu dans le monde entier.
"Le flou hamiltonien", tu en as déjà entendu parler ?
C'est ça, le secret.
Tu ne dis rien.
Voilà.
Ferme les yeux.
La belle endormie.
Déclic.
...
Hum...
Bon... On va essayer sans la robe, maintenant.
On sonne.
-Maman.
Maman. -Oui, quoi ?
-Faut que je te pose une question.
-Hum ?
-Je voulais savoir... Parce que tu comprends...
Je me demandais si, éventuellement, vous aviez parlé ensemble...
-Dis les choses simplement. Vas-y, accouche.
-Ca va durer encore longtemps,
les séances photo ?
-Tu en as déjà marre ?!
-C'est pas ça, mais... -T'es pas contente ?!
-Si, enfin... On fait tout le temps les mêmes choses.
J'ai pas le droit de sourire. C'est les vacances.
Je préférerais... -Voilà, ça y est.
On y est.
Je l'aurais parié.
Au bout de quelques jours, mademoiselle en a marre.
Non, mais je te jure !
Je veux bien entendre que tu préfères être avec tes copains...
Ca te prend 2-3 heures par jour.
Je comprends tes trucs de gamine, mais c'est comme ça !
Et retiens bien la leçon pour plus tard.
Quand on prend un engagement, on va jusqu'au bout.
Sonnette.
Bonjour ! -Bonjour.
-5 h 30 ? -Oui, parfait.
-Je mets quelle robe ?
-Aujourd'hui, on sort. Ca fait du bien d'aller dehors.
Dépêche-toi, on part en promenade.
Aujourd'hui, je vais t'apprendre quelque chose.
On cherche des "mouses".
Tu sais ce que c'est ?
Non ?
C'est ce qu'il y a de plus joli au monde.
C'est la souris... la petite souris des femmes.
Moi, j'adore les "mouses".
Je les regarde et ensuite, je les photographie.
Regarde.
Ca, c'est une vieille. C'est pas très joli.
Par contre, regarde-moi ça.
Ca, c'est vraiment joli.
Et toi,
quel genre de "mouses" tu aimes ?
Hum ?
C'est pas difficile de choisir
avec toutes ces "mouses" qu'il y a sur la plage.
Regarde autour de toi ! Il y en a partout !
Alors, dis-moi.
Tu prendrais quelle jolie petite "mouse" ?
Bon, j'en ai marre
de perdre mon temps !
...
-Je suis désolée, David.
Je ne suis pas bien, aujourd'hui. Ca doit être la chaleur ou...
-Oui, c'est vrai, il fait chaud.
Bon, allez. Allons sur le balcon.
Pas de photos, aujourd'hui.
On va parler.
-Elle est pas là, Gudrun ?
-Non.
Regarde comme tu seras bien là.
Allez...
Installe-toi. -Je suis pas sûre que ce soit bien
que je m'allonge, là. -Si, si.
Je suis persuadé que tu seras vraiment bien.
...
Oui...
Elle est jolie.
Je vais te faire "mouse",
et tu vas aimer ça.
...
Tu vas voir comme c'est bon. Tous mes modèles me le réclament.
Elles me disent : "David, donne-moi une douche, s'il te plaît."
Elles adorent les douches, tu sais.
Bruit d'eau qui ruisselle.
Sèche-toi.
Je vais prend une photo de toi avant que ta mère revienne.
Sonnette.
C'était la dernière séance. -Ah bon ?
-Elle a très, très bien travaillé.
...
Le chemin fut long et douloureux pour que Poupette et moi
nous consolions.
Il nous aura fallu des années de soutien et d'analyse,
des nuits, seules, immergées dans un silence assourdissant,
à lutter contre des angoisses venues du tréfonds,
comme les requins qui remontent le long des tombants.
Il m'aura fallu demander pardon à Poupette de l'avoir abandonnée,
puis, oubliée, trop longtemps, car la législation condamne aujourd'hui
les enfants comme elle à une vie de silence
et libère les criminels du poids de leurs ignominies.
Il fallait s'y prendre avant, se réveiller plus tôt...
Ca s'appelle "la prescription". Tu as raison, Poupette,
le temps qui passe n'ôte rien à la gravité de ce que l'on t'a fait.
...
Sous-titrage MFP.
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