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...
- Sucre, lait?
- Ni sucre ni lait.
Vous vous habituez à cette vue ? - Non.
Je ne suis pas blasé, encore.
Ils me voulaient, ils ont mis le prix.
C'est flatteur, au moins.
- Et ça se passe bien ?
- Très bien.
Vous vous y ferez, vous aussi. Vous verrez.
- Je ne me vois pas dans le conseil en négociations internationales.
Je resterai dans le Renseignement, plutôt.
En bas, au ras des pâquerettes.
Vous êtes comme un poisson dans l'eau ?
- Je te propose qu'on se tutoie, maintenant.
J'ai toujours trouvé bizarre qu'on se vouvoie.
- Moi aussi, mais je croyais que vous y teniez.
- Je pensais que c'était toi.
Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- On est en train de me faire douter de moi.
- Je me demande qui est capable d'un tel miracle.
- Je suis entêtée, pas dogmatique.
- Je plaisantais.
Tu doutes de toi-même ?
- C'est très mauvais pour mon travail.
- "On", tu peux être plus précise ?
- Non.
- OK.
JJA, donc. C'est sa méthode, il est génial.
Il réussit à convaincre qu'on est nuisibles
pour la cause qu'on défend.
Un fils de dirigeant communiste. Tu sais, les années 70.
De l'époque où on s'accusait d'avoir des pensées petites bourgeoises.
Magnifique.
- Il a fait comme ça avec toi ? - Oui.
Et me voilà dans le privé, comme un coq en pâte.
- Il t'a convaincu de quoi?
- Il faut se demander si on peut prendre des décisions sereinement.
J'ai compris que je n'étais ni serein ni rationnel avec Malotru.
Je me suis senti coupable vis-à-vis de lui et de ce qu'il nous a fait.
J'ai pris des mauvaises décisions à cause de ça.
Il était temps que je m'en aille.
J'essaie de pas trop penser aux morts que ça a pu causer.
Aux secrets qui ont pu être divulgués.
Et aux dégâts que ça a pu engendrer.
La vue m'aide à ne pas y penser.
Tu as pris de mauvaises décisions aussi ? Tu as fait des dégâts ?
Je te souhaite d'avoir une belle vue quand tu seras partie.
Et un bon salaire.
Musique douce
- Merci.
- J'aurais fait la même chose que toi.
J'aurais baissé la garde.
Malotru se serait joué de moi, pareil.
Non, je t'ai pas envoyé en pensant qu'il t'amadouerait.
Je pensais juste qu'il avait besoin d'aide.
Et que toi, tu l'écouterais.
- J'ai pas idée de l'organigramme ? - Non.
- Pas de contact avec mon service ?
On frappe.
- Désolé.
J'ai pas pu faire plus vite.
- Viens, j'ai envie d'avoir ton avis aussi.
Je commence.
Tu es un officier français,
aux mains d'un service étranger.
Disons, pas un pays ami.
Tu leur as dit que tu voulais te vendre.
En fait, tu es un faux transfuge et tu dois recruter un membre cyber
de ce service étranger.
Comment tu fais ?
- Je leur ai vendu beaucoup de choses ?
- J'espère pas.
- Donc, ils se méfient.
Je suis spécialisé cyber ?
- Non.
- Donc, je n'ai pas affaire à des officiers cyber.
Faut que j'en appâte un.
Sachant que je suis pas attirant, j'y connais rien.
Je sais pas qui appâter, et je sais pas avec quoi l'appâter.
Je peux communiquer avec mon service ?
- Non, tu peux pas. Sinon, c'est trop facile.
- C'est impossible.
Sans aucune aide extérieure, j'ai aucune chance.
- Merci, Jonas.
Musique intrigante
Sonnerie
- Paul Lefebvre.
OK.
Musique intrigante
- Bonjour, Marie-Jeanne.
- Asseyez-vous.
- Je préfère rester debout.
- Ne faites pas l'enfant.
- Si vous attendez mon autocritique, vous allez être déçus.
On n'est pas en Corée du Nord.
- Trop tard pour l'autocritique, Marie-Jeanne.
C'est l'heure de la sanction.
Musique intrigante
- Excusez-moi. Sylvain, je dois te parler.
- Ca peut pas attendre ? - Non, Liz.
Ici, rien ne peut attendre.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Sur quoi elle te fait parler ?
- J'ai pas le droit de le dire.
- D'accord.
On va faire autrement.
Tu as participé à la recherche de Malotru déjà 2 fois.
On a tort de dépenser des ressources pour lui ?
- Je ne me pose pas la question. Je fais ce qu'on me demande.
- Bien.
Si tu devais décider quoi faire avec Malotru maintenant, tu ferais quoi ?
- Euh...
- N'esquive pas, cette fois.
La petite roue tourne toujours ? - Oui.
Soupir
C'est une question qui fait buguer.
Malotru, c'est un virus.
- Kendrick Lamar, "Humble"?
- C'est ça.
- Jonas, du CT.
Tu es Safia ?
- Oui.
- Analyste Egypte ?
- Exact.
- Tu fais dans le frère mus'. Moi, je fais dans le salaf'.
Je sais que tu travailles aussi sur la Lybie, donc...
Y a des types que j'ai interrogés que t'as dû voir.
- Probable.
- T'as déjà été au Caire ?
- Non.
- Benghazi ?
- Non.
- T'as jamais été sur le terrain, encore ?
Ca te dirait de commencer ?
- Où?
- Sevran.
Rania Belkebir.
Elle est suspectée d'envoyer de l'argent à son fils.
Elle a été arrêtée et relâchée, faute de preuves.
Elle est membre de cette ONG française,
Avenir d'enfance Syrie.
Qui dissimule un système de transfert d'argent type Hawala.
L'ONG envoie l'argent à un collecteur,
qui distribue les envois à différents djihadistes.
J'ai besoin de savoir où il est.
- Qu'est-ce que je dois faire ?
- Rencontrer cette femme.
Lui faire dire comment on procède pour transférer de l'argent.
- Elle vient d'où ? - Algérie.
Ghardaïa.
- Région du Mzab.
Deux communautés. Les Châambas sunnites et les Mozabites ibadites.
Elle est quoi ?
- Ibadite.
- Elle peut pas approuver son fils, alors.
Les ibadites sont à l'opposé des salaf'.
Pourquoi elle me parlerait?
- J'y serais bien allé, mais voilà...
J'ai l'air incongru.
Musique intrigante
- C'est Nour Benazer, Mme Belkebir.
Salam aleykoum. Merci de me recevoir.
J'ai lu votre histoire dans un journal.
J'ai appelé Avenir d'enfance Syrie.
Vous avez quitté l'association ?
- J'ai été arrêtée par la police.
L'association a été salie à cause de moi.
Ils méritent pas ça.
- Voilà, mon cousin Wahid est parti faire le Djihad en Syrie.
Il y a deux ans.
Au début, tout allait bien. Il était payé.
Il pouvait presque tout s'acheter.
Très vite, c'est devenu compliqué.
Il touchait plus que 40 euros par mois.
Il a demandé de l'argent à sa mère. C'est ma tante.
Elle lui a envoyé chaque mois 300 euros.
C'était dur. Elle s'est privée.
Elle disait que ça en valait la peine.
- Elle disait?
- Elle s'est fait arrêter. Elle est en prison.
Elle attend son procès.
Elle m'a fait promettre d'envoyer de l'argent.
Mais celui qui fait son Hawala, lui aussi s'est fait arrêter.
Moi, je sais plus vers qui me tourner.
J'ai pensé à vous.
- Si tu as lu mon histoire, tu sais que j'ai pas envoyé d'argent.
- Je sais, mais peut-être que vous avez hésité à le faire.
Peut-être que vous avez voulu le faire.
Que vous savez comment le faire.
- Non.
Je suis désolée.
- OK, pardon.
Alors je vous ai dérangée pour rien.
Soupir
- Tu connais Jabir ibn Zaid al-Azdi ?
- Oui, bien sûr.
Ma tante le cite souvent.
Dans ma famille, y a sunnites, chiites, ibadites, comme ma tante.
C'est elle qui m'a élevée.
Mon cousin Wahid, c'est comme mon frère.
C'est mon grand frère.
Ma tante a longtemps hésité avant d'envoyer de l'argent.
Daech, c'est contraire à ce qu'elle croit.
J'espère qu'Allah va me guider dans ma quête.
- Attends !
Elle soupire.
Vrombissement de moteur
Le moteur vrombit.
Sonnerie
Vu un homme du nom de Gary Antonov avec Igor Rijkov,
au Lounge.
La cinquantaine, 1m80, 90 kg.
Brun, dégarni, des lunettes en écailles.
Ai utilisé le logiciel dans l'ordinateur de Micha
pour vérifier s'il était déjà venu.
Cet homme ne vient qu'en compagnie d'Igor.
Il est venu plusieurs fois cette année.
Parfois pour déjeuner, parfois en fin de journée.
- Gary Antonov.
Psychosociologue spécialisé dans l'étude des processus électoraux.
Depuis 10 ans, il oriente ses travaux sur l'indécision.
Comment chaque élection dépend d'une minorité qui change d'avis.
Les switchers.
- Vous le connaissez ?
- Oui.
- OK.
- Si Igor Rijkov, ingénieur du Centre 21,
fréquente régulièrement ce Gary Antonov, psychosociologue,
c'est qu'ils travaillent sur l'IA autour de l'indécision en politique.
- IA ? - Intelligence artificielle.
- D'accord. - Un programme qui apprend seul.
- Ce sont des programmes qui traitent
des données et apprennent seuls à les utiliser pour leur objectif.
Je prends un exemple.
- Enfin.
- Ca, c'est vous qui utilisez votre ordinateur.
- D'accord.
- Vous cliquez, vous écrivez, vous utilisez la souris...
Des milliers de fois par semaine.
- D'accord.
- Moi, je mets dedans un logiciel qui va tout enregistrer.
Absolument tout.
Les liens sur lesquels vous cliquez. Les articles que vous lisez.
Même le temps passé sur chaque truc
au millième de seconde près.
Je demande maintenant à mon ordinateur
d'analyser tout ça.
Cherche là-dedans.
Il cherche et au bout d'un moment, il me dit :
"Aux élections, vous lisez des trucs sur les centristes,
vous regardez plus souvent les débats et surtout,
vous lisez tel analyste politique que vous lisez jamais autrement.
Mon programme dit que vous êtes une indécise.
C'est lui qui m'a appris ce programme.
Il m'a appris autre chose. Comment vous proposer des articles,
des forums, des fils, des podcasts, pour influencer vos opinions.
Je multiplie ce programme par un million.
2 millions.
Et je fais switcher quelques centaines de milliers d'électeurs.
- Igor Rijkov travaille là-dessus ?
- J'en sais rien. Mais il travaille sur quelque chose qui sait faire ça.
Avec un spécialiste mondial.
Et la puissance du Centre 21.
Musique intrigante
- Ce programme dont parle César,
ça intéresse la DT, par exemple ?
- Oui.
- Comment on ferait pour en savoir plus ?
Pénétrer le réseau du Centre 21.
- C'est les meilleurs cryptographes du monde.
- Alors comment on ferait?
- Informatiquement parlant, y a pas moyen.
- Informatiquement parlant?
- Informatiquement parlant.
- 1200 euros en liquide.
Cava?
- Oui.
- Tu as l'air nerveuse.
- Il peut rien t'arriver.
S'ils te soupçonnent, ils s'enfuiront avec tout.
Ils peuvent rien te faire.
- Et si jamais ?
- Décris-moi les voitures.
- Une Smart.
Une camionnette jaune.
Une Ford bleue. - Tout est à nous.
Micros directionnels, caméras, analyseurs de fréquences.
T'as rien sur toi, mais on saura tout.
S'il se passe quoi que ce soit, on intervient.
- OK.
- Où est le collecteur. C'est tout ce qu'on veut savoir.
- Je sais.
Elle soupire.
Avoue, c'est des conneries, l'histoire des voitures ?
- Ouais.
- Bien tenté.
Musique intrigante
Bonjour.
Je viens pour l'entretien. - Qui t'envoie ?
- Rania Belkebir.
Il frappe.
- OK, Nour. Avant de commencer, le code.
- Quel code ?
- Le code, putain ! Tu l'as pas ?
- Je suis désolée, j'ai pas de code.
- Ca va, je déconne.
Pour qui ?
- Mon cousin. Wahid Redjem.
- Parti il y a combien de temps ?
- Deux ans.
- Syrie ? - Oui.
- Vous étiez proches ? - Très.
C'est ma tante, la mère de Wahid, qui m'a élevée...
- Je m'en fous.
Wahid, il est mort. Il y a un mois, attaque de drone.
Stop!
Il est pas mort.
- Quoi ?
- Wahid est pas mort. En tout cas, pas à ma connaissance.
On se connaît pas. Rien me dit que tu vas pas m'embrouiller.
Je vérifiais que t'étais vraiment proche de lui.
- Je comprends.
Comment vous allez trouver Wahid ?
Comment être sûre qu'on va lui donner l'argent?
- T'inquiète, c'est mon taf.
OK?
J'ai le contact qu'il faut.
- Là, il y a toutes les économies de ma tante.
Elle a taffé dur pour ça, mon frère. Faut me rassurer.
- 8 km/h, je sais pas ? Et toi ?
- Tu fais du 8 km/h en courant?
- Ouais.
- Pendant combien de temps ?
- 3 minutes. Ensuite, je descends à 5 km/h.
Elle soupire.
- Le collecteur est à Mossoul.
De l'eau coule.
On frappe violemment.
Musique inquiétante
Musique intrigante
*- 06 95 00 06 95, merci de laisser un message après le bip.
Bip
- OK, c'est moi. Pourquoi vous faites ça ?
Je comprends pas.
T'es au courant?
On me propose un marché impossible.
C'est pas toi, ça !
C'est pas sérieux ?
Vous joueriez pas à ça ?
En fait, vous me dites d'aller me faire foutre.
C'est ça que tu veux ?
- Vous voulez que j'apporte quoi?
Rouge ou blanc ?
OK.
OK, ça marche.
Musique intrigante
*- OK, c'est moi.
Vous faites quoi ? Je comprends pas.
T'es au courant?
On me propose un marché impossible. C'est toi, ça ?
Vibreur
Henri ?
*- C'est Marie-Jeanne.
- Tu es directrice ? *- Oui.
*- Henri est à la retraite ?
- Non.
*- Il est directeur du Renseignement?
- Il est mort.
*- Quoi ?
*- Il est mort en mission.
- Mais c'est pas possible, quelle mission ?
*- Il est parti quelque part négocier ta libération.
Paul?
Paul.
* Paul?
Paul!
Il soupire.
- Pourquoi ils l'ont laissé partir ?
*- Il a insisté.
- C'est grâce à lui que j'ai été libéré ?
- C'est grâce à beaucoup de gens.
*- Comment tu vas ?
Elle soupire.
- C'est dur.
Et toi ?
*- J'ai laissé des messages à Henri.
- Ca a été dur pour tout le monde.
Très dur.
Il soupire.
- Comment tu vas faire ?
*- T'as entendu mon message ?
- Oui.
- Je peux rien faire. Je suis piégé.
Sans Henri, j'ai plus aucune chance de rien.
Je peux même pas rentrer.
Au revoir.
- Je peux t'aider.
- Non.
*- Vends-leur quelque chose.
- Quoi ?
- Sylvain Ellenstein.
Musique intrigante
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