All language subtitles for Les.Caprices.De.L.Enfant.Roi.2026.French.WEBRIP

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Original subtitles

Musique mélancolique

Coups de feu

Été 1651.

C'est la Fronde en France.

Les princes se révoltent

contre Anne d'Autriche et son premier ministre, Mazarin.

Dans les rues de Paris, les morts se comptent par centaines.

Le Dauphin, futur Louis XIV, deviendra roi deux mois plus tard

à ses 13 ans.

Mais en attendant, sa vie est en danger.

Les frondeurs le menacent.

Cris Coups de feu

Maman !

Maman.

- D'Artagnan, Louis doit partir cette nuit et se cacher.

- J'ai tout prévu, Votre Altesse. Louis partira cette nuit et se cachera.

C'est ce que j'ai dit.

- Je me permets de clarifier votre pensée.

Cris

Maman.

Maman !

Maman !

- Qu'attendez-vous ?

- Votre ordre, Majesté, mais le voilà venu.

Cris

Maman !

Maman !

On n'appelle pas "maman" la reine.

- Maman. - Moins fort.

Maman.

- Qu'avez-vous ?

- Vont-ils nous tuer ?

- Vous allez partir dès ce soir. - Où ?

Voyager.

Il faut connaître le pays où vous règnerez.

Je ne pourrais vous quitter.

Quelques semaines. Venez.

Partez avec moi.

Mère !

- Je reste. Nous devons leur montrer que le pouvoir fait face.

Ne me touchez pas.

- Je vous confie le Dauphin de France. Gardez le secret.

- C'est un honneur, mais je crains d'éveiller les soupçons

en m'enfuyant subitement avec le Dauphin.

Pourquoi donc ?

Je suis trop célèbre.

Beaucoup suivent les aventures de D'Artagnan.

Il faudrait quelqu'un de moins exposé, mais tout aussi fiable.

- À qui pensez-vous ?

- À un ami sûr auprès de qui votre fils sera en sécurité.

Je vous fais confiance.

- Je ne peux pas finir ma carrière sur un échec.

Ce serait mauvais pour ma légende.

Maman.

Soyez courageux.

Vous partez en enfant, vous reviendrez en roi.

Musique d'aventure

- Tenez-vous à moi.

Allez, ya !

Sire, attendez-moi ici.

Savinien.

D'Artagnan.

Mon ami.

- J'ai besoin de toi pour une mission secrète.

Il s'agit de la protection de quelqu'un. Tu es mon seul espoir.

- N'importe qui sauf un enfant ou un roi.

Oui, alors...

Justement...

Il bredouille.

Musique cocasse

Je te présente Louis,

Dauphin de France.

Musique féérique

Sire, voici Savinien de Cyrano de Bergerac,

votre nouveau protecteur.

Votre...

Votre Majesté.

- Sa mère veut le protéger des menaces.

Cache-le, je viendrai le chercher après l'été.

Personne ne doit savoir qui il est.

Bien.

Sachez que je ferai tout pour que votre sécurité...

Reste là.

Sire ?

Tant de laideur.

Ce visage...

C'est impossible.

Peux-tu en changer ?

- Non, j'ai plus important à faire. - Comment ça ?

Tu vas refuser de protéger l'enfant roi ?

- Je ne m'occuperai pas de cette vilaine personne.

C'est le Dauphin ! C'est un ordre.

Personne ne me donne d'ordre.

- J'ai promis à la reine de revenir car elle est en danger.

Parole de mousquetaire.

- J'entends... - Oui ?

Mais non.

Tu le garderas, ordre royal !

- Laissons nos épées en décider. - Cyrano.

Pas de ça entre nous, mon ami.

Oh non.

D'Artagnan serait-il devenu lâche ?

Lâche ?

Quelle heure est-il ?

Bientôt midi. J'ai rendez-vous avec de vieux amis.

Allez Savinien, merci encore.

Et un pour tous !

Et tous pour toi.

- De quel droit part-il sans moi ?

Il n'a pas le droit.

- Si Votre Majesté veut bien entrer dans cette humble demeure.

- Le roi ne marche pas dans la boue. As-tu un tapis ?

Oui.

Bien sûr.

Voilà Sire.

Asseyez-vous.

Faites comme chez vous. Enfin, comme chez vous...

- Mon repas devrait déjà être servi. Je n'en rate aucun.

- Amène-le-moi. - Bien sûr.

Musique cocasse

Non.

- Qu'est-ce ?

Des Sélénites.

Les habitants de la Lune.

Goûte.

Goûte.

Délicieux.

Musique inquiétante

- C'est les assassins, ils viennent me tuer !

Finissez votre soupe.

Gentilhomme.

J'exige vos excuses.

Pour ?

Vous m'avez offensé

en qualifiant mon "ode à la rose" de purge pour les cochons.

Ah oui...

"L'ode à la rose".

Vous avez offensé l'art poétique.

Votre quatrain est trop mauvais pour les cochons.

Gardez plutôt le papier pour vous essuyer.

C'est tout ?

C'est trop.

Musique d'aventure

Derrière !

Musique dramatique

- Partons avant de voir d'autres offensés.

D'autres ?

J'offense beaucoup.

Changez-vous. Vos habits vous désignent.

Tu trouves ?

Vous devez m'habiller.

Non.

Vous ne pouvez m'y obliger.

Habillez-vous vite.

Une culotte,

un pourpoint.

La culotte va en bas. Le pourpoint va en haut.

Comme cela est bien fait.

- Normalement oui. Et dépêchez-vous.

Pourquoi risquer ta vie pour des vers ?

De mauvais vers.

Le monde est peuplé de pleutres, de flatteurs et de lèche-bottes.

Et de mauvais poètes. Je les déteste.

- Tu n'aimes pas les hommes ? - Quoi ?

Si, je les aime.

Avez-vous appris à monter ?

- Mon maître écuyer ne m'a appris que le trot espagnol et la jambette.

Ah oui... très utile.

- Entendez-vous ? - Quoi donc ?

D'autres méchants arrivent.

Hennissement

- Ça va trop vite ! - Voilà, détendez-vous.

Musique dynamique

En public, nous allons nous tutoyer.

- Je vous appellerai François. - François ?

- Vous allez rencontrer Madeleine. - C'est votre... ?

- C'est une cheffe de troupe et une grande comédienne.

- Pourquoi dois-je la rencontrer ?

Sa troupe vous cachera.

Une troupe est la meilleure cachette.

- Personne vous y cherchera. - Je ne fréquenterai pas de comédiennes.

Pire que des femmes de rue.

Commande-moi un attelage.

Votre langage !

Parlez sale comme un enfant des rues.

- Je parle comme je suis. Je n'y peux rien.

C'est aux sujets de se hisser à mon rang.

- Je suis le roi ! - Non !

Vous n'êtes pas le roi.

Tu es François, mon neveu.

Ne fixe pas mon nez sinon je t'en colle une.

Viens, François !

Assieds-toi.

Assieds-toi, François.

C'est très sale.

- Assieds-toi.

- Et les émeutes ! - L'Italien s'est enfui.

- Qui ? Mazarin ? - Oui !

Panique à Paris !

- Je parie que la reine et le Dauphin vont s'enfuir.

Ils apparaîtront tous les deux

demain matin au balcon.

Comment ça demain ? Je suis ici !

Ce sont de fausses informations.

C'est l'époque.

Nous avons eu une idée de génie.

C'était mon idée.

- Oui, bien sûr. On m'a dit cela. - Pourquoi dites-vous "nous" ?

- Vous avez eu l'idée, mais je l'ai mise en pratique.

Musique douce

Lève-toi.

Prodigieux.

Salut m'dame.

Il est fils de charcutier.

- Rendrais-tu un service au royaume ?

- Peut-être bien.

Apparais demain au palais.

Tu salueras le peuple de la main en tant que futur roi.

Putain, c'est tout ?

Tu ne parleras pas.

Moi qui ai toujours rêvé d'être roi.

C'est payé combien ?

Rien.

Et si je refuse ?

Tu es mort.

Ah.

Je vais accepter alors.

Merci.

Comment faites-vous, D'Artagnan,

pour toujours résoudre mes problèmes ?

- Certains disent le talent. Je trouve qu'ils exagèrent.

Savinien ?

Madeleine.

Toujours autant d'ennemis ?

Et toi d'amants ?

Viens, je te présente François.

Bonjour.

François qui est mon...

- Ton ? - Mon fils.

- Ton fils... Tu as un fils, Savinien ? - Il est là.

D'une ancienne union

avec...

C'était il y a longtemps.

- Ça date de 12 ou 13 ans tout au plus, non ?

Voilà. Donc, François...

Assieds-toi.

Assieds-toi.

Il veut être comédien.

Non...

- Tu n'as pas un rôle pour lui dans une pièce ?

On est endettés jusqu'au cou.

Inutile d'être payé.

- Il n'y a pas de rôle d'enfant dans notre pièce,

et on part demain.

Demain ? Eh ben très bien.

Nous venons. Il n'est pas que comédien.

Il peut peut-être

aider au quotidien ?

C'est quoi le quotidien ?

Non, je suis désolée.

Ah, Anatole !

C'est décidé, tu nous quittes ?

Désolé.

- Sire, laissez-moi parler. D'accord ? Juste, vous suivez, vous...

Voilà, ça ira.

J'ai une famille à nourrir.

Désolé.

L'hémorragie commence. Le costumier.

- Justement, François s'y connaît en costumes.

Ah bon ?

- François s'occupe des costumes, de l'habillement.

- Comment cela ? - Si.

Tu sais les mettre

rapidement ?

Bien sûr.

- J'ai eu une formation pour mettre des habits.

Voilà, il a eu une formation.

- Nous jouons au petit lavoir. Nous ferons un essai demain.

- Tu as prétendu que je suis ton fils alors que je suis fils de roi.

- C'est un petit mensonge le temps de l'été.

Neveu, ce n'était pas assez.

Personne n'y croira.

Pourquoi ça ?

Regarde ta figure.

Et ?

J'ai tout, mais mon père n'a rien ?

Je ne vois aucun endroit où dormir.

- Appelle l'aubergiste. - Lison ?

Lison ?

T'es où ?

Là !

Savinien, mon épouse.

- Enchantée. Quelle poussière ! Et tout ce travail, c'est...

- Fatigant ? - C'est ça.

- Tu peux les installer ? - Bien sûr, j'apporte des couvertures.

Faites comme chez vous. J'arrive. Ça va ?

Bon.

J'étais avec la femme de votre ami.

N'en faisons pas un foin.

Je ne dormirai pas ici !

Je comprends, Sire.

Venez.

Je comprends tout à fait, laissez-moi vous aider.

Bonne nuit !

Musique festive

- Vous êtes Cyrano. Je vous avais pas reconnu.

J'aurais dû m'en douter.

Je suis heureux de vous rencontrer.

Merci.

Vous avez un nez...

Un énorme prestige.

Jean-Baptiste Poquelin, Molière sur scène.

C'est un honneur.

Je ne suis pas sensible aux flatteries.

- On ne flatte pas un homme aussi nez...

- Aussi nez... ? - Nécessaire à son temps.

J'ai un ami qui a aussi un nez...

- Un nez ? - Un négoce de vin.

Et ?

Il a un nez aussi gros que le vôtre.

Vous avez un problème ?

- Moi pas, mais pour vous ? Vous avez un nez formidable.

Arrêtez de menacer tout le monde avec ça.

"Cessez de me parler de mon nez ou je vous embroche."

Ça en devient une passion.

Comment l'oublier ? On ne voit que lui.

Il ne nuit pas à votre charme.

Il y a de la noblesse dans votre visage.

Merci.

- Comment fait-on pour vous embrasser ?

Peut-on le replier pour atteindre

votre bouche ?

Rires

Eh ben...

quand même.

Vous en avez mis du temps à vous décider.

Désolé.

C'est moi qui ai pas été assez bon.

La prochaine fois, je vous énerverai plus tôt.

On boit quoi ?

À l'aide !

Au secours !

À l'aide !

- Où sont-ils ?

Que se passe-t-il ? Où sont-ils ?

Je veux ma maman.

Vous la reverrez.

Elle m'oubliera.

- Elle me remplacera. - Non.

Comment le pourrait-elle ?

Comment le peuple y a cru.

Il est facile à duper.

C'est pas si facile !

- Tu parles à la reine. T'es pas sur ton marché, hein.

La cour est plus difficile.

Tu vois le groupe de courtisans ?

Tu t'avances

d'un pas régulier, tu gardes le menton haut.

Le menton haut !

Regard droit.

Tu passes en majesté et tu reviens.

- D'accord ? - Pas de problème.

Musique majestueuse

Votre Majesté, je m'excuse

pour son vocabulaire ordurier.

Il se débrouille bien.

- J'ai été bon, non ? Putain oui, j'y retourne !

- Ne parle à personne. Le Dauphin n'en a pas besoin.

Et personne n'est autorisé à lui parler.

Oui, m'dame. J'y retourne.

- Surveillez-le.

- J'ai juré de donner ma vie pour celle du roi, pas celle d'un sosie.

- Demandez plutôt cela à un sosie de D'Artagnan.

Si vous en trouvez.

- Votre présence donne de la réalité à la supercherie.

Ils se diront...

"Si le grand D'Artagnan le surveille,

"c'est que c'est le roi."

Oui.

Je ne peux rien vous refuser, ma reine.

Sinon c'est l'exécution.

- Bien sûr, mais même sans cela, vous savez.

J'y vais. Où est-il passé ?

Musique majestueuse

- Louis ? - Mmh ?

Viens ici. Allez, avance !

Avance !

Allez !

Tu veux toujours qu'on se marie ?

- C'est-à-dire que...

- Qu'est-ce que t'as ? T'as perdu ta langue, cousin ?

Tu veux toujours qu'on se marie,

- oui ou non ? - Euh...

Ouh ouh !

Votre Majesté !

Ta voix a changé.

Ça y est, t'es enfin un homme.

Marions-nous. Je serai ta reine.

Tu feras ce que tu veux de moi.

Mets ta main.

Tu sens mon cœur ?

Ne sens-tu pas la sève qui monte en toi ?

Nos amours seront légendaires.

Mais j'ai pas l'âge.

- T'as 12 ans, l'âge idéal. Faut être moderne.

- T'es ma cousine. - Justement.

La couronne restera dans la famille.

À nous deux, le royaume sera craint et puissant.

Tu me dis oui !

Je...

- Marie-Louise ?

- Je jouais dans le labyrinthe avec mon cousin.

- Joues-tu à des jeux dangereux ?

- Qu'imaginez-vous, ma tante ?

Que tu veux prendre ma place.

Oui, on va lui prendre.

Rires

- J'avais les ferrets de la reine, je ne savais pas où étaient mes amis.

Milady surgit et ordonne à ses gardes de m'occire.

J'esquive l'attaque.

Un, deux et trois.

- D'Artagnan, j'ai retrouvé le roi. - Le roi.

Où était-il ?

Musique joyeuse

Applaudissements

Viens. Viens vite.

Voilà. Prends la robe.

Prends la robe de mousseline, et tu l'enfiles par le haut.

Très bien. Voilà, exactement.

Maintenant, tu la descends. Descends-la plus.

Mais François !

- Qu'est-ce que tu fais ? - Pardon.

Enfin.

- Veux-tu que je sois à moitié nue ? - Non.

Alors !

Voilà. Tu sais faire les nœuds ?

Euh... non.

Je vais me débrouiller. Mon Dieu.

Musique douce

Attention, derrière !

Rires

- Ça ne va pas être possible pour ton fils.

C'est important.

- Tu as des problèmes ? Tu peux tout me dire.

- La commedia dell'arte, c'est avec les masques !

Je m'en fous !

- C'est trois deniers d'amende. - Nous payerons.

Scandaleux !

- Jean-Baptiste, voici Savinien.

- Mais on se connaît déjà. - Ah oui ?

Mes dents s'en souviennent.

C'est vrai.

Ah bon ?

Eh bien...

- On aurait plus de liberté en jouant avec nos visages.

Le visage est l'expression de l'âme.

Les spectateurs seront perdus !

Mais non enfin !

Vous voyez ? Madeleine...

- T'es d'accord avec moi ? - Ben...

Votons. Qui est pour qu'on enlève les masques ?

- Qu'est-ce que cela, "voter" ?

Tu comptes pas.

- Qui souhaite garder les masques ? - Ouais.

Nous.

- Un, deux, trois. Voilà. Trois contre deux, désolée.

On les garde.

Tu sais que c'est une bonne idée.

- Tu te crois au-dessus des lois ? T'as qu'à créer ta compagnie.

- Qu'est-ce que tu as ?

Des dizaines de troupes jouent la commedia dell'arte.

- Il faut se démarquer. - La question est réglée.

Tu vois, chez Floridor,

ils jouent sans masque et ça marche.

- Chez Floridor, ils ont leur propre répertoire.

Nous, c'est la commedia dell'arte.

Écrivons nos pièces.

On serait beaucoup plus libres.

Oui, mais qui écrit ici ?

Moi.

Toi ?

- Ah bon ? - T'écris ?

Qu'écris-tu ?

- Des traités d'astronomie, de la poésie, du théâtre.

- Des pièces ? - "La Mort d'Agrippine".

C'est un personnage de femme forte.

Libre.

Ah oui ?

- C'est peut-être trop moderne, mais je peux vous écrire quelque chose.

Il la faut pour quand ?

Ce soir, on part demain.

Bien.

Allez.

On y va.

- Allons-y.

Comment ça ?

- Il faut monter. - Sans marchepied ?

D'accord.

Fouette, cocher.

Allez, obéis !

- Comment tu l'as élevé ? Il faut pas tout leur passer.

- C'est pas évident d'élever un enfant seul.

Musique intense

Ma nièce.

Oui ?

- Dis aux frondeurs que la fête est finie.

Le calme doit revenir sinon...

Sinon quoi ?

Y a pas de sinon.

Ma chère tante,

je ne suis pas sûre d'avoir le pouvoir de calmer mes amis.

Et le peuple est en colère contre vous. Qu'y puis-je ?

Tu l'as entendue ?

Le roi t'ordonne de la fermer.

- Compris ? - Calmez-vous, Sire.

Elle énerve le roi, là !

Je peux vous parler ?

Nous avons quelques semaines pour prendre le pouvoir.

- "Nous" ? - Oui. Nous, les femmes.

Dans un mois, votre fils sera roi.

Il aura tous les pouvoirs et il décidera de tout.

Il nommera un immigré premier ministre,

et ça en sera fini pour vous.

Au couvent.

Alors que si vous me mariez avec lui, et vous en avez le droit,

nous serons plus fortes pour résister au pouvoir des hommes.

À deux,

comme des sœurs.

Sorella.

Sorellina.

Annoncez notre mariage, et tout s'arrangera.

- Qu'est-ce qu'elle raconte ?

C'est une vipère !

Louis !

Chère nièce,

tu me fais réfléchir.

Voici ma décision.

Tu iras dès demain te retirer dans tes terres

avec l'interdiction de te mêler des affaires de l'État.

- Quelle erreur, on aurait pu gagner 300 ans

- pour la liberté des femmes. - Emmenez-la.

Elle sent mauvais.

- Je continuerai de me mêler des affaires de l'État.

L'État, c'est vous.

- Si j'étais vous, je l'aurais exécutée sur-le-champ.

Écartelée !

- Suis-je trop clémente ?

Je les connais, ces méchantes.

Elle reviendra vous mordre.

Si j'étais roi...

Tu ne l'es pas.

Tu es...

le fils...

d'un charcutier.

C'est dommage.

Ben ouais.

- François, tu nous aideras. La cuisine, le ménage, le décor.

On fait tout. D'accord ?

D'accord.

François ! Attrape !

- François ! - Il dort ?

Musique douce

Voilà. T'épluches les cartoufles et les coupes en morceaux.

C'est pour les animaux, ça.

François, t'épluches et tu coupes.

Savinien !

- T'épluches et tu coupes en morceaux. - François, j'ai entendu.

- Elle te l'a demandé. - Je ne sais pas faire.

Eh ben... tu peux apprendre.

Tu crois

que ça m'aidera quand je serai roi ?

S'il n'y a plus de roi un jour,

ça vous sera utile, non ?

Sire, allez.

Plus de roi ?

Qu'est-ce que tu racontes ?

Dieu me fait roi et me donne pouvoir sur tous mes sujets.

- Oui Sire, mais admettons que Dieu n'existe plus non plus ?

Je pourrais te faire exécuter.

- Je sais, mais vous n'êtes pas encore roi.

François ?

François, tu en es où avec les cartoufles ?

Mais ça avance pas du tout.

Attention à tes doigts.

- D'accord ? - Ouais.

Tiens.

Musique douce

C'est très bien.

Voilà.

Quand tu auras fini, tu feras les latrines.

Les latrines ? Non, c'est...

- Quoi ? - Il est un peu jeune.

J'ai l'âge de m'en occuper.

- Il a l'âge de s'en occuper. Je ne vois pas le problème ?

- Et puis je veux. - Tu vois ? Il veut s'en occuper.

- Tu veux t'en occuper ? - Oui.

Tu en as envie.

- Laisse-le prendre sa place. - Oui, en effet.

Quand ce sera fait,

viens me voir, tu auras une récompense.

Très bien.

Allez.

- Qu'est-ce que les latrines ?

Les latrines, Sire, ce sont...

Je vous laisse découvrir. Amusez-vous bien.

Musique calme

Savinien !

Savinien ?

Ça va ?

Dans la pièce que tu écris, il y aura un bon rôle de femme ?

Oui, bien sûr.

- Et le personnage de Jean-Baptiste ?

- Du coup ? - Quoi ?

- Ça pourrait... - Pourrait ?

- Je... - Restructure.

Je remonte.

- Madeleine, dis-moi. Je t'écoute.

- Le personnage de Jean-Baptiste pourrait-il tomber éperdument amoureux

de mon personnage ?

Je veux dire...

amoureux de moi.

- Que son "personnage" tombe amoureux du tien ?

- Du mien. - Oui, très bien. Bien sûr.

Pourquoi pas ?

- Mais vous n'êtes pas... - Amants ?

- Oui. - Non.

Il ne me voit plus. Quand il me regarde, il...

Il regarde derrière ou à côté.

Son attention n'est pas sur moi.

- Non. Crois-moi, il te regarde.

Sur scène, oui.

Il me voit.

J'ai l'impression d'être nue.

Ça te déplaît ?

- Beaucoup. - Non...

Musique douce

Pas

- Ça va ? - Oui.

Je peux...

Bien sûr, bien sûr !

Non, je...

- Je peux t'aider ? - Je me demandais...

Ça va parler de quoi, ta pièce ?

Ça se passera dans la Rome antique.

La Rome antique ?

Très bien.

Ça va parler de la vie des gens ?

- La vie des gens ? - Oui.

Non.

Ça va parler de la grandeur d'âme d'une impératrice,

des sentiments les plus...

les plus nobles de notre société.

- Les sentiments les plus nobles. D'accord, très bien.

- Je... ? - Oui.

Musique douce

C'est bien aussi, oui.

Et le titre ?

Hein ? Le...

- "Le sacrifice de l'impératrice". - Ah.

J'arrête de t'ennuyer. Un auteur doit écrire ce qu'il veut.

Elle serait pas coquette, ton impératrice ?

- Tu n'arrêtes pas donc. Non, elle ne sera pas coquette.

- C'est bien aussi, coquette... - Oui.

- Bon courage. - À demain.

Coquette.

- Alors ? - On ne peut pas jouer au théâtre.

- Il y a déjà une troupe. - Quoi ?

On n'a plus d'argent,

on peut repartir ce soir.

C'est quoi, leur pièce ?

- Iphigénie. Le problème, c'est Catherine de Brie.

- Ils viennent pour elle. - Elle a quoi de spécial ?

- Quand on la voit une fois, on a envie de la revoir.

- Elle est belle. - Mariée ?

- Au vieux Floridor. Ces beautés mariées à des vieillards...

- On va jouer notre pièce, et tout le monde viendra nous voir.

Il est prêt ton texte ?

- Euh... - Parfait !

Brouhaha

- Catherine de Brie ? - Oui ?

- Bravo pour votre Iphigénie. - Merci.

- Vous êtes merveilleuse d'intensité, de puissance.

- Vous rayonnez. - Avez-vous vu la pièce ?

- Ah non. - Ah.

Vous vous moquez.

- C'est mieux de vous imaginer dans le rôle.

Cette pièce est assommante.

Oui... c'est pas faux.

Elle ne vous mérite pas.

Je ne vous mérite pas non plus.

Laissez-moi maintenant.

Vous aimez jouer la comédie.

Je le sens, même si vous ne le savez pas encore.

Je fais partie d'une troupe, on cherche une comédienne.

Miracle, je tombe sur vous.

Est-ce le destin ? Qui sait ?

Attendez !

Regarde.

Il va lui dire que son visage est parfait.

Votre visage est parfait.

Au début, il voulait me séduire.

Je l'ai repoussé violemment.

J'ai laissé passer l'occasion.

C'est bon.

Elle joue avec nous demain.

Tu vas te la faire ?

Ben... oui.

Pourquoi pas ?

Pourquoi pas ?

- Elle joue avec nous demain soir, le public la suivra.

- Tu joins l'utile à l'agréable en quelque sorte.

Voilà.

Où est François ?

Il est où ? François !

- Mais laisse-le. - Il doit se balader.

Musique intrigante

Pardon, pardon.

Oh, toi !

C'est deux deniers.

Il faut payer ? Mais j'ai pas d'argent.

- Fouille-le.

- Attendez. J'ai un petit truc, je crois.

Tenez.

Ça suffira ?

Au revoir.

Musique intrigante

C'est à qui ça ?

C'est à moi !

C'était à mon grand-père Henri.

C'est qui ça, Henri ?

Henri, quatrième du nom.

La poule au pot, Ravaillac. Ça vous dit quelque chose ?

- Henri IV ? - Ben oui.

T'es le roi ?

Oui... Non, non !

Je suis pas le roi.

Il lui ressemble.

Musique épique

Non...

Mieux.

Beaucoup mieux. Allons-y.

Vous ne vous éloignez plus.

Je m'en sortais bien.

- Que faites-vous ?

Rien du tout !

- Donnez-moi ça.

- S'il vous plaît. - Non, lâche !

- Arrête, Savinien. - Sire.

Bon, tiens.

Ben non.

- En criant - Sire !

- Arrête ! - Donne !

Le petit roi me ressemble.

Ah bon ?

Ah oui, tiens.

Savinien ricane. Venez.

Ce n'est pas vous, mais vous allez le jouer.

- Que dis-tu ?

- Si la troupe aime ma pièce, vous pourriez le jouer,

plutôt que de nettoyer les latrines.

- Es-tu fou ?

Tu veux que le roi joue le roi ? On va me reconnaître !

- Mais non, croyez-moi.

Vous ne serez jamais aussi bien caché.

C'est sans les masques.

Ah bon ? Mais on avait voté pour.

- Oui, mais non. - Pourquoi ?

Venez !

- Voter ne marche que si le chef est d'accord avec le résultat.

- Notre histoire se déroule de nos jours dans un royaume.

T'as renoncé à la Rome antique ?

- Oui. Il y a un prince. - C'est moi.

- Son père, le roi, est parti à la guerre.

On l'imagine mort.

La reine est belle. C'est une maîtresse femme.

Comme moi.

- La reine loue les services d'un précepteur : Léandre.

Il n'est pas beau, mais son cœur est pur.

Et il a un grand nez ?

Rires

Non, il a pas de... Non.

Je suis Léandre ?

Léandre aime la reine.

La reine a tout

pour susciter les passions.

Et elle n'est pas insensible à Léandre.

Leur amour est impossible,

mais à force de persévérance,

le précepteur obtient ses faveurs.

- Est-ce crédible ?

Le précepteur devrait être irrésistible.

- Le précepteur, c'est moi. - Justement.

C'est ce que je dis.

Une reine comme elle céderait aux avances d'un gamin comme toi ?

Rires

C'est pas... C'est pas si drôle.

Oh !

Et pour Catherine ?

Je me vois pas dedans.

- Il y a le rôle de Dorine, la servante du prince.

Un petit rôle, mais bien.

On essaie ? Allez.

D'accord. Ben, je commence.

"Et Tacite, l'éloquent, le clamait au forum."

- "Et mon maître Léandre me l'apprend tous les jours, au palais parfois.

"À l'heure où le jour point, j'entends sa voix.

"Et j'entends ses vertus et sa bonté, je vois."

- Le petit roi pourrait faire un clin d'œil à la servante, non ?

- Le roi est sage, il n'a que faire de la servante.

- Quand il fait semblant d'écouter, je propose qu'il taquine la servante.

- Je ne l'ai pas écrit ainsi. La servante n'a rien à faire là.

Et le petit roi ne fait pas semblant d'écouter.

- Ce serait drôle. - Je ne veux pas faire rire.

Le roi ne fait pas rire.

Il me plaît, le roi.

- Il te plaît ? Mais pourtant il est si sage.

Toujours d'accord pour apprendre Tacite.

Quel enfant est si docile ?

Je l'imaginerais bien capricieux, insupportable.

- Comme le vrai, il est insupportable. - Quoi ?

- Non... - Comment oses-tu dire ça ?

Je dis ce que je veux.

Tu serais condamné à mort si...

- Si le roi en était averti, mais il y a aucune chance.

N'est-ce pas, François ?

- Y a-t-il des espions ? - Non.

- C'est drôle de jouer les insupportables.

Inspire-toi du vrai Louis.

On reprend. C'était formidable.

- Dis-moi, j'ai l'impression que ma pièce ne...

Enfin, tu en penses quoi ?

- Il bégaie. - C'est... C'est très beau.

Merci.

Non, je... j'adore !

Je déteste.

Ces sentiments nobles, ça me parle pas du tout.

C'est une belle histoire d'amour.

Le rôle de la reine...

avec cet amour pour Léandre au-delà de leur rang.

- Il y a de quoi faire. - C'est d'un ennui.

On sortira pas la tête de l'eau avec ça.

Et le personnage de Dorine, à quoi sert Catherine ?

- Tu voudrais pas qu'elle aime le précepteur ?

Dans la pièce, bien sûr.

- Ben non. J'ai dit ça ? - Non.

- Toi ? - Quelle drôle d'idée.

- Je pense qu'on ne sait pas encore si elle sait jouer...

Ah si. Moi, je le sais !

Bon.

Comment le dire à Savinien ? Ça va le désespérer.

Ça va aller.

Musique douce

Chuchotements

- Jean-Baptiste ?

- Tu vois la scène entre le petit roi et sa servante ?

Oui, avec son désir de vengeance.

- Exactement ! Il pourrait se chausser à ce moment.

Se chausser ?

J'ai réécrit une partie.

Tu as...

réécrit ma scène.

- On devrait la voir. - Tu vas voir.

Aïe, j'ai mal. Je meurs. À l'aide ! Je souffre.

Là, Dorine intervient.

Oui, voilà !

- Aïe, aïe ! - Messire, mais vous vous êtes trompé.

Vous avez mis la chaussure gauche à droite.

- Qu'est-ce que la droite et la gauche ?

- Ce sont des notions qui existent depuis des temps très reculés.

Et là, le petit roi s'agace,

vexé de ne pas connaître sa droite et sa gauche.

- Qu'est-ce qu'il dirait ?

- Savinien ? - Il pourrait dire...

François...

- "J'interdirai la droite et la gauche. Tout le monde aura des pieds droits."

- On la joue demain. - Elle n'est pas finie.

- Le reste, on l'improvise. - Oui, c'est si simple.

Les comédiens qui jouent les auteurs.

Savinien !

Savinien !

C'était un mot d'esprit.

"Il est difficile...

"de se commander à soi-même."

Répétez après moi, Sire.

- Euh... Qu'est-ce que c'est... - "Qu'il".

Qu'il est difficile...

Oh putain, je comprends rien.

Phrase de merde.

Porte

Alors ?

Nous progressons à vue d'œil.

Faites des efforts.

En public, votre langage doit être impeccable.

Oui m'dame. Euh, maman.

Sa gouvernante lui parlait ainsi.

J'ai manqué de vigilance. Maintenant, pour le récupérer...

Oui...

On y travaille.

- Reprenons. - Ferme-la, toi !

Je reprends si je veux.

Je suis le roi.

Comme il vous plaira.

Comment ça,

Louis a un accent des faubourgs ?

Comme un charretier des halles.

- Que racontes-tu ?

Ce serait sa gouvernante.

- Il a changé de voix et de vocabulaire ?

Et si le roi n'était pas le roi ?

Tu vois cette marque, là ?

- Marie-Louise !

- Mon cousin a exactement la même dans le bas de son dos.

On dirait la carte de France, non ?

- En effet. - Va vérifier le bas de son dos.

Allez.

Oui.

- J'aime la vivacité de votre esprit. - Moi aussi.

- Fais pas la tête. Il reste beaucoup de ton texte.

- Je ne veux pas faire rire. - Je sais.

Madeleine.

J'ai mal au ventre. J'ai chaud. J'arrive pas à marcher.

- J'ai quoi, tu crois ? - Oh là là...

Le trac ?

C'est ta première fois.

- Pardonne-lui d'avoir copulé avec des hommes.

Guide-le vers la lumière.

- Qu'a-t-il fait ?

- Rien. Il aime les hommes. Voilà son crime.

Toi !

Tu as volé ma bourse au marché de Saint Amand.

Laissez-le !

Viens ici, toi.

Tiens, prends ça.

Transperce-moi et fuis.

Allez.

Allez, bats-toi !

Allez ! Viens te battre.

Allez.

Savinien !

Musique triste

Ça va.

Tu n'as pas mal ?

- Non pourquoi ? - Pourquoi t'as fait ça ?

Madeleine ? Tu peux m'aider ?

Tu as risqué ta vie pour un inconnu.

Et alors ?

Je suis courageux si ça me sert.

- Le vrai courage, c'est de mourir les armes à la main.

Sans personne pour en témoigner. Désespéré, oui, mais avec panache.

- Le panache ? - Le panache !

C'est...

quand un dragon se dresse devant toi.

Tu fonces dessus tête baissée.

L'épée dressée.

Soit tu meurs, soit il meurt. C'est encore mieux si tu meurs.

Le panache, c'est la médaille du perdant.

Elle brille car personne ne la voit. Seul ton cœur vaillant.

- Ça ne sert à rien si personne ne la voit.

C'est ça qui est beau.

- Je comprends pas. - Tu comprendras un jour, peut-être.

- Jean-Baptiste.

Si un dragon

se dresse devant toi, tu fais quoi ?

- Je le flatte pour endormir sa vigilance.

Je le contourne, je passe derrière lui.

Je le frappe et je m'enfuis.

Tu serais prêt à mourir ?

Mourir ? Non, certainement pas.

Quelle idée ridicule. Je n'ai pas l'âme d'un martyr.

On meurt tous.

- Alors nous mourrons joyeux. C'est mon but.

Lève le menton, observe autour. Apprends, désire.

- Si celle qu'on désire est hors de portée ?

Tout peut arriver.

Vous m'aidez ?

Marteau

"La sublime

"Catherine de Brie a rejoint la troupe Béjart ?"

Et pourquoi pas la sublimissime, l'extraordinaire...

Ça rentrerait pas.

On dirait que tu regardes derrière moi.

Hein ? C'est parce qu'il y a François.

Où est mon nom sur l'affiche ?

En gros : "L'Enfant Roy, François de Bergerac."

- Redescends de ton escabeau, François. Personne te connaît.

- Personne ? J'ai des millions de suiveurs.

- Jean-Baptiste.

C'est quoi, ce titre ?

- Non, c'est rien. C'est juste pour ce soir.

On rechangera le titre après. Ne t'inquiète pas.

Bien.

Tu es diabolique.

- Je préfère être un diable angélique, Madeleine.

J'ai jamais eu aussi peur.

Ils vont vous aimer.

Il faut y aller, François. Prêt ?

C'est le moment.

La première fois, c'est sacré.

Tu l'oublieras jamais.

Allez, on y va.

Musique majestueuse

Il imite une trompette.

Le roi de France !

François !

- "Aïe, j'ai mal ! Aïe !" - Les pieds !

- Les pieds ! - Aïe, aïe !

- Parle ! - François !

Aïe ! Oh, mes pieds !

Oh, j'ai mal !

- Léandre, je compte sur vous pour lui enseigner ce que vous savez

et ce que vous ignorez.

C'est donc lui, ce petit roi ?

Aïe, aïe, aïe, mes pieds !

Servante !

Servante !

- Servante ! - Voilà, voilà !

Mais Messire, vous vous êtes trompé, vous avez mis

la chaussure gauche à droite.

- Qu'est-ce que la droite et la gauche ? - Ces notions existent depuis longtemps.

- Quand je serai roi, j'interdirai la droite et la gauche.

Tout le monde aura des pieds droits.

- Tu entends ces rires ? Quel succès. On est tirés d'affaires !

Je fais quoi ?

- Parle des pieds. - Quoi ?

Ils sont sales !

- Vas-y !

- Laissez-moi vous ôter votre chaussure.

- Qu'y a-t-il, Dorine ?

Scandale !

Floridor ! Mon Dieu.

Cris

- Floridor ? Le scandale par-dessus le triomphe.

Musique dynamique

- Lâchez-moi.

Rires

Attends.

Viens,

tu fais partie de la troupe.

Je vais pas venir avec vous.

Tu es la bienvenue.

- Je sais, merci. Je veux pas tout compliquer entre vous.

- Mais tout est simple entre nous. - Je voulais quitter Floridor.

Vous m'y avez aidée. Je reprends ma liberté. C'est mieux.

Bien.

Levons l'ancre. Je n'ai pas pu les occire tous.

Merci.

Merci.

Bien. Madeleine ?

Oui.

- Le monologue ? Vas-y.

D'accord.

Raclement de gorge

"Il est laid, me dit-on, ni bien né, ni vêtu.

"Quand il plante sur moi son doux regard,

"c'est comme si j'étais nue.

"Son cœur est d'une grande noblesse,

"dont je crains de ne pas être digne."

Et après ?

La scène d'amour ?

Oui.

Tu commences.

"-Je suis là depuis longtemps.

"Nous partageons nos vies.

"Il me semble que jamais tu ne me vis."

- "Qu'entends-tu par ces mots ?"

- "Regarde-moi.

"Regarde-moi vraiment.

"Comme je suis faite.

"Mon cœur bat.

"Mes tempes brûlent.

"Touche.

"Approche-toi."

- "Je ne peux pas, d'où je suis, m'approcher de toi.

"Tes yeux brillent.

"Ils cachent un secret."

"C'est comme si tu lisais mon âme.

"Que tes doigts sur ma peau parcourant les vallées,

"reliaient nos parfums emmêlés.

- "Tu es mon âme frère." - "Je suis ton cœur amant."

C'est bien.

- Cela vous plaît ? - Oui.

- C'est ton sujet, l'amour. - Oui.

Le manque, surtout.

- Bien. - Il y a une suite après ?

Non...

Ils s'embrassent, non ?

Enfin...

- C'est trop tôt. - Elle a raison.

Non.

- Oui, je crois. - Maintenant.

- On l'intègre demain. On la refait ? - Très bonne idée.

- Madeleine ! - Oui ?

- Le prévôt est là. Il veut savoir pour le partage de la recette.

D'accord.

Bon... je reviens.

Savinien, tu me donnes la réplique ?

Non... Comment ?

Tu connais le texte, non ?

Tu l'as écrit.

- Oui, mais je ne joue pas. J'écris. - Viens.

Viens.

- Je ne sais pas jouer. - Tu dis les mots.

- Je... - Allez.

Bien, bien.

Jean-Baptiste murmure.

Bien.

Je... C'est moi...

"Regarde-moi. Regarde-moi vraiment.

"Comme je suis fait.

"Comme... Comme je suis faite.

"Mon cœur bat. Mes tempes brûlent.

"Touche. Approche-toi."

- À toi. - Touche-moi.

On peut pas répéter à moitié. J'ai besoin qu'on fasse les choses.

Touche-moi. Ouvre les mains.

Voilà.

"Je ne peux pas, d'où je suis, m'approcher de toi.

"Tes yeux brillent.

"Ils cachent un secret."

Musique douce

- "C'est comme si tu lisais mon âme. Que tes doigts sur ma peau...

"parcourant les vallées, reliaient nos parfums emmêlés.

- "Tu es mon âme frère." - "Je suis ton cœur amant."

Et tu m'embrasses.

- Non... - Si ! Tu m'embrasses.

Savinien.

Non, Savinien.

C'est trop qu'elle s'évanouisse.

- C'est ton côté tragique. - Pardon. Reprenons.

Le cardinal

de Richelieu créa l'Académie française pour définir le bon parler.

C'était qui, ce cardinal, là ?

Vous l'ignorez ?

C'était le premier ministre de votre père.

Ah oui, bien sûr.

Son premier ministre.

- Nous pouvons passer à la suite. Tenez, votre petit matériel.

Nous allons pouvoir... Oh ! Pardon.

Quelle maladresse.

- Oh ! - Tu regardes quoi ?

Rien, rien. C'est...

Je vais ouvrir la fenêtre,

il fait très chaud,

Sire.

Musique angoissante

Il imite un oiseau.

Tu fais quoi ?

Ça va, cette leçon ?

Oui, très bien.

- Où est-il ?

Il a chuté.

Musique dramatique

Musique enjouée

C'est un message de votre espion.

"J'ai vu la carte de France en haut de son cul."

En haut de son cul.

Comment parle-t-il ?

Qu'importe. C'est bien le roi.

À force de comploter, on a l'âme trop méfiante.

C'est vrai.

Avez-vous entendu parler d'une pièce

que l'on joue dans la région,

qui se moque du Dauphin, de l'Italien et de la régente ?

- Ils ont du succès. - C'est intéressant.

- Quel est le titre ? - "Les Caprices de l'Enfant Roy".

Il paraît qu'ils font beaucoup rire aux dépens de ceux qu'on déteste.

Parfait.

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

Elle imite une trompette.

Le roi de France !

Oh j'ai mal, je souffre. Servante !

Servante !

Servante !

Voilà, Sire.

Oh, mais qu'avez-vous fait ?

Vous avez mis la chaussure gauche à droite.

Oh !

- Sais-tu, Savinien, que j'ai tout appris d'elle ?

J'aime le théâtre grâce à elle.

Ce don de faire rire,

c'est à elle que je le dois.

- Cela guérit de la maladie qui attaque l'humain par le pied.

La peste du gros orteil, le choléra du petit orteil,

- L'eau les fait fuir. - L'eau ?

Cette scène d'amour...

pendant un moment, j'ai cru que...

Que ?

- "Je suis ton âme frère". J'ai cru qu'elle pensait ces mots.

J'ai oublié qu'elle jouait.

Non...

C'est moi qui les pensais.

C'est toi qui les as écrits, je sais.

Mais son baiser...

J'aurais juré que ce n'était pas du théâtre.

J'exige qu'on soigne ma maladie.

- Qu'ai-je entendu ? Le mot "maladie" ?

Maladie.

Maladie.

Quel mot plus doux que ce mot ?

Maladie. Maladie. Maladie.

Maladie ! Maladie ! Maladie !

Maladie ! Maladie ! Maladie !

Dès que j'entends ce mot,

des pièces tombent miraculeusement dans ma bourse.

Vous voyez ?

Je l'aime.

Depuis toujours.

Comment ne l'ai-je pas compris ?

Le nez au milieu de la figure.

Musique dramatique

Allez.

Dis-lui.

Je suis là depuis longtemps.

Nous partageons nos vies.

Il me semble que jamais tu ne me vis.

Comme tu le regardes.

- Regarde-moi.

Il a l'art de donner vie.

Il est la grâce.

Chez lui, tout est...

Tout est joli.

Ce que je ne suis pas.

Comme tu en parles...

Tu es mon âme frère.

Je suis ton cœur amant.

Je n'avais pas écrit ce baiser.

Applaudissements

Je n'ai pas écrit ce baiser.

Bravo !

- Merci. - Je n'ai pas écrit ce baiser.

Sans toi, je...

Merci. Sans toi, je...

Applaudissements

- Cache-moi ! Elle ne doit pas me reconnaître.

- Qu'y a-t-il ?

Ma cousine est dans la salle.

Elle me tue si elle me voit.

Où ça ?

Je dois me cacher !

- Bravo ! Quelle audace. - Bravo. Oui, quelle audace.

- Je me suis follement amusée. - Follement !

Vous n'avez pas peur d'être arrêtée ?

- Nous n'avons jamais peur de rien. - Si le roi l'apprend...

- Il est loin, le roi. Au mieux, ça nous rendrait célèbres.

- Je suis Marie-Louise d'Orléans, cousine du roi.

- Ah. - Et mon ami, le prince de Conti.

D'accord.

- Je ne vous ferai pas arrêter, au contraire,

je veux vous inviter.

- Ah oui ? - Vous êtes libre cet été ?

- Nous sommes engagés par le comte d'Anjou cet été.

- Le comte d'Anjou ? - Ah oui.

Le comte d'Anjou.

- Sérieusement, je vous parle d'une invitation royale.

Le comte d'Anjou.

- Le comte d'Anjou. - Oui, j'ai entendu.

Il répète toujours ainsi ?

Oui, oui.

D'accord. Vous aimez ça ?

En tout cas, bravo.

- Qui est l'auteur ? - Justement, le voici.

- Non, c'est toi. - Moi, je la joue. Le marquis a adoré.

- C'est tout à fait charmant. Toutes ces rimes en "o", en "u".

Quelle trouvaille.

Ce sont les rimes les plus nobles.

- Votre esprit est aiguisé. "Ooo, uuu". Merveilleux.

- Venez jouer dans mon château. "Ooo, uuu".

Quel honneur.

Néanmoins, ce baiser à la fin,

ce n'est pas du meilleur goût.

Je vous conseille de l'enlever.

- Nous le ferons. - Hors de question.

Savez-vous où j'ai envie de glisser ces rimes en "ooo" ?

Dans votre "uuu".

Comment ?

- Vous faut-il les consonnes ?

Jean-Baptiste.

- Tu flattes un idiot pareil ? - Je ne vous permets pas.

Je n'ai pas besoin de ta permission.

Allez.

On remet ça proprement et on s'en va. Au revoir.

Allez !

Il pouvait nous programmer.

Il faut savoir mentir pour rester libre.

- Seule la vérité compte, même si elle blesse.

- Tu es l'auteur de la pièce. - Non, tu as changé chaque mot.

La gloire ne m'intéresse pas. Toi, elle te plaît.

Elle t'attire.

Je te la laisse.

- Savinien, Jean-Baptiste. - Bravo.

Je te présente la cousine du roi.

- Vous avez un talent rare. - Enchanté.

- Où est le petit comédien, que je le félicite ?

Dans sa loge.

Il a pris les attitudes de Louis.

Incroyable.

Je vous emmène.

Pour le féliciter.

Musique entraînante

Savinien.

- Il est impressionné de vous rencontrer. - Faut pas.

François ?

Sous les tissus !

Ou sous les draps. Je vais les retenir.

Juste là.

- François est là ? - Non.

Je tiens à le saluer.

Il n'est pas là.

- Où est-il ? - Je ne sais pas.

Ah ! Eh ben il est là.

C'est ti que vous m'voulez voir ?

- Laissez-nous.

Fascinant, cette ressemblance.

T'as un très grand talent de comédien.

Merci.

Tu incarnes Louis prodigieusement.

Moi qui le connais personnellement,

je l'ai reconnu.

C'est mon boulot, Vot'Altesse.

- Comment sais-tu que tu lui ressembles ? Tu l'as déjà vu ?

Euh... non. Sur les pièces de monnaie.

On dit qu'il est comme-ci, comme ça.

Alors, je l'imite.

- Si tu es le fils de Cyrano, pourquoi parles-tu comme un paysan ?

C't'une longue histoire.

Il m'a mis en nourrice à la ferme.

Alors, au fur et à mesure du temps, j'ai appris à parler comme eux.

J'ai pris l'accent.

- J'ai failli. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- J'ai failli ! - De quoi tu parles ?

- À ma mission, tu comprends ? - Je ne comprends rien.

- François, c'est Louis. - Oui, c'est lui, François.

- C'est Louis ! - C'est François, oui.

- C'est le petit roi. - Oui, il joue le petit roi.

- Mais parce que c'est Louis, le Dauphin de France.

- C'est Louis ? - Oui, c'est Louis.

Je devais le protéger de sa cousine qui veut le faire tuer.

- Ton fils est le Dauphin ? - Oui, mais c'est pas mon fils.

Ton fils est le Dauphin.

- Ce n'est pas mon fils ! - Oui, oui.

Mais c'est le dauphin.

François !

Assez traîné, va ranger les décors.

Excusez-moi, Votre Altesse.

Il ne faudrait pas qu'il se prenne pour le roi.

Je vous vois au château demain ?

- Je vais consulter la troupe. Nous aimons voter.

Vous pensez que vous avez le choix ?

Musique mélancolique

- "Ta vie n'a aucun sens. Seule la mienne lui en donne."

Et Dorine la servante,

approche le pied du roi de son nez et grimace.

À cause de l'odeur.

Et Dorine dit...

- "Il est des tribus où l'on trempe ses pieds dans l'eau..."

Assez !

Comment osent-ils ?

Qui est l'auteur ?

- C'est un certain Molière et un certain Cyrano.

J'ai pas compris.

Leur crime mérite la mort.

Arrêtez-les et faites disparaître cette pièce.

Et...

Qui joue mon fils ?

- Euh... on ne connaît pas son nom, mais c'est un enfant.

Et il nous a beaucoup fait rire.

Rires

- Non, un peu. - Parce que...

Il vous ressemble, Sire.

- En moins beau. - Vous êtes...

Qu'il meurt.

- Que dis-tu ?

On se fout de ma gueule.

Il faut le tuer.

C'est un enfant.

Et alors ?

On ne peut se moquer sans être puni.

Vous avez raison.

Trouvez-le et tuez-le aussi.

C'est le Dauphin ?

Chut !

- Ça fait un mois que le roi joue la caricature du roi ? Quel génie.

Tu prends ça avec légèreté ?

- C'est mon pays, la légèreté. - Tu te rends compte des risques ?

Je pouvais rien dire.

- Tu aurais pu nous faire tuer. - Et alors ? Y a pire.

- Il nous a offert notre premier succès. Ça peut être utile d'avoir un roi.

Et s'il lui prend de tous nous tuer ?

Mais non.

Je lui ai fait éplucher des cartoufles.

- Tu as senti ses pieds. - Et récurer les chiottes.

Et ton jupon.

Il est venu seul sous mon jupon.

Tu l'as mal élevé, cet enfant !

- On lui a sauvé la vie aussi. J'ai confiance en lui.

- C'est un bon petit. - Moins fort.

- Avec une couronne, ça peut devenir un monstre.

J'en ai un ! C'est quoi ?

C'est un gardon.

- Je suis trop heureux. J'adore pêcher. Bon, j'y retourne.

Quel monstre. Vous avez vu ce monstre ?

Musique légère

Vous m'avez demandé ?

Où est mon fils ?

En lieu sûr.

Mais où ?

Je m'en porte garant, n'ayez crainte.

Mais vous savez où il est ?

Bien sûr...

Je cloisonne. La cloison est la clé du secret.

- Il doit revenir pour sa majorité dans trois jours.

Il sera là très bientôt.

J'espère pour vous.

Musique féérique

C'est magnifique.

J'ai vu mieux.

Ah ! Bienvenue.

Bienvenue.

Vous êtes en sécurité.

Nous sommes en danger ?

- La reine a entendu parler de votre pièce,

et vu qu'elle ne brille pas par son ouverture d'esprit,

ça pourrait vraiment finir en massacre général.

Mais rien de plus, hein.

- Tu l'as reconnu ? - Quoi ?

Il protège le roi.

Il doit être caché ici.

Vos chambres sont à l'étage.

Tout, tout, tout en haut.

J'exige d'être bien portant.

- C'est la maladie qui part. Pouf, elle s'en va.

Vous êtes un génie, Sire.

Votre lumière céleste éclaire mon royaume endormi.

Et pouf, je suis guéri.

- Avez-vous remarqué

sa ressemblance avec Louis ?

J'ai un plan diabolique.

- Dites-m'en plus. J'adore ça.

- On enlève le vrai Dauphin au palais avant la cérémonie de sa majorité

et on le remplace par son sosie, à notre solde,

qu'on peut manipuler à notre guise.

On pourrait l'épouser.

Et enfin devenir la reine de France.

- Marie-Louise, mais quel esprit vous avez là.

J'adore quand vous me flattez.

Vous êtes prêts ?

Son Altesse n'aime pas attendre.

- Elle commence à nous chauffer. - Allez, petit, va te maquiller.

Porte

- Y a rien de mieux que de faire rire. J'aimerais faire ça toute ma vie.

- C'est impossible, il faut retourner au palais.

Je ne peux vous quitter.

Nous nous reverrons.

J'aime Madeleine.

Allez. On vous attend sur scène.

Tu peux me laisser un moment seul ?

Pour me concentrer.

Oh.

- Où est-il ? - Qui ?

- L'enfant roi ! Où est-il ?

- De qui vous parlez ? - Dis-le-nous ou t'es mort.

Eh bien, je suis mort.

François, fuis !

François !

François.

- Es-tu le Dauphin ?

- C'est mon fils ! - Réponds ! Es-tu l'enfant roi ?

Bien sûr que non.

- Tu mens. Retourne-toi.

Musique douce

Je suis François de Bergerac.

Comme il l'a dit.

Papa.

Vous nous laissez ?

- Et si je le gardais pour toujours ? - Oh, non.

Ce serait pas un cadeau.

Je suis pas ton fils,

mais j'aurais aimé.

- Ça suffit. Où est mon fils ? - Il arrive.

- Quand ? - Demain en fin de journée.

Je dois tuer le sosie.

J'ai condamné un de vos amis.

Vous ne m'en voudrez pas.

Qui donc ?

- Un certain Cyrano de Bergerac et des comédiens

qui nous ridiculisent.

Attendez. Des comédiens ?

- Oui. Un jeune comédien qui joue le roi, qui apparemment lui ressemble

et qui le tourne en ridicule. Il doit mourir.

- Cette troupe, où joue-t-elle ?

- En Anjou, du côté de chez Marie-Louise.

Je vais chercher le roi.

Je me hâte.

Ya !

Allez, Tornado.

J'ai déjà envoyé mes tueurs.

Madeleine, je voulais te dire...

Je...

Je t'aime.

Enfin...

Je t'aime.

Madeleine.

Je t'aimerai toujours.

- Madeleine. - Quoi ?

- Pourquoi tu te caches ? - L'habitude de l'amant.

Madeleine, je...

Je t'aime.

Et toi ?

Je sais qui vous êtes.

- Je suis le roi, rien ne nous empêche de nous marier.

C'est vrai. Rien nous en empêche.

Je t'aurai pour femme.

Vous m'aurez.

Mais pas vraiment.

Souhaitez-vous être ce roi ?

Qui force son peuple à l'aimer ?

Tu auras le plus fastueux des mariages.

Je te construirai un beau château. On m'a parlé d'un domaine à Versailles.

Je suis bien trop vieille.

- Aujourd'hui, ce n'est plus un problème.

- Un petit roi ne peut pas épouser sa professeure de théâtre

de 20 ans de plus que lui.

- C'est impossible. - Mais non ! Ça peut arriver.

Et puis...

J'aime Jean-Baptiste.

Le comprends-tu ?

Il n'y a que toi.

Je te jure.

Viens.

Les chagrins d'amour font grandir.

- On y va ? - Ne l'abîmez pas, je le veux intact.

Musique d'aventure

Où est-il ?

- Porte - Il s'est enfui.

C'est ma faute, il était sous ma responsabilité.

- On va le retrouver. - Il s'est enfui !

- Rattrapez-le, massacrez-le, mais ne l'abîmez pas.

Encore un magnifique oxymore.

Buvons pour fêter mon couronnement.

Acclamations

Demain, je serai Louis Donnadieu, quatorzième du nom.

Tu paies ?

- Pas besoin, tout est à moi ici. - Tu sors.

- Lâche-moi ! Je suis le roi. - Oui, moi aussi.

Je vous arrête

pour crime de lèse-majesté.

- Crime de lèse-majesté ? Mais je suis la majesté.

- François de Bergerac, comédien dans la troupe Béjart ?

- C'est moi. - Molière est-il avec vous ?

Oui, il est là.

Monsieur,

avez-vous écrit "Les Caprices de l'Enfant Roy" ?

C'est moi.

Non. C'est moi.

Me voilà.

- Tu disais que c'était moi. - Pour les coups d'épée, c'est moi.

- Je te reconnais bien là. Je suis l'auteur.

Non, c'est moi.

Prenez l'enfant.

Vous commettez une grave erreur.

Commençons.

Musique épique

Je suis navré.

Attention !

Sire !

J'arrive !

Ouh.

Je suis là !

- Ouh ! - C'est moi.

Bravo, la discrétion.

Il est en pleine forme.

Attention.

- Mets-le à l'abri. Je finis seul.

Tu vas t'en sortir ?

Hé oh.

Flûte.

Sûr ?

Oui.

- Allons-y.

- Allons-y, j'ai dit. - Lâche-moi !

Passe dessous.

Je n'avais pas fini.

- On rentre au palais. - Hors de question.

Votre mère l'exige.

Je veux pas.

Je veux pas !

Vous les reverrez. Toute la troupe.

Ils joueront pour vous.

Vous, vous les protégerez.

Bien.

Savinien ! Au secours.

Musique de suspense

François !

Savinien !

Petit comédien.

Je vais t'offrir un rôle prodigieux. Tu joueras un roi.

Mais cette fois-ci, un vrai.

Rires

Qu'en penses-tu ? Grognement

- Ah oui, il ne peut pas répondre. - Votre esprit est prodigieux.

- Conti, au bout d'un moment, trop de flatteries, ça fatigue un peu.

Louis ? Louis !

Ils l'ont tué.

François !

- François ? - Savinien ?

Savinien !

Allez !

Parle. Répète ce que tu m'as dit.

Le petit comédien

est avec Marie-Louise.

Elle l'emmène au palais.

- Je pars à leur poursuite. La mission de Savinien est terminée.

J'y vais.

Un pour tous !

Grognements de lutte

- Posez-le là. - Marie-Louise.

Le roi est dans sa chambre.

Procédons au grand remplacement.

Oui. Allez !

Musique cocasse

Bonjour le peuple. Ça va ?

Ça va.

Aujourd'hui, nous allons exécuter quelqu'un au choix.

Peuple !

Musique dramatique

François !

François !

François marmonne, bâillonné.

Ah !

Bienvenue, mon cher cousin.

Louis...

Je te présente celui qui va te remplacer et m'épouser.

Que penses-tu du roi,

jeune comédien ?

Profite, tu ne le reverras plus.

C'est qui m'ressemble. Pute borgne.

- Déshabillez-le.

Paroles étouffées Vite !

Arrêtez !

Au revoir, mon cher cousin !

Votre règne fut bien court.

C'est fou comme l'habit fait le roi.

Tu vas aller te coucher

et demain matin, au réveil, qui vois-tu ?

Je ne sais pas.

L'épouvantable reine, mais n'oublie pas que c'est ta charmante mère.

Bien sûr.

Tu fais le moindre faux pas...

J'entends tout.

Je vois tout.

Porte

François !

Pardon.

Pardon.

Hennissement

Louis !

Musique mélancolique

Il crie de rage.

Allez, Savinien. Bats-toi !

Allez !

Bats-toi !

- Débarrassez-vous du sosie, mon fils ne doit pas le voir.

Une dernière chose à dire ?

- Dites à Cyrano que grâce à lui, j'ai aimé le court passage de ma vie.

Ma mort est absurde, c'est encore mieux.

- Laissez-moi passer. Je suis D'Artagnan. Je dois prévenir la reine d'un danger.

- D'Artagnan est plus beau et plus grand.

- Ça, c'est ma légende. Je suis le vrai. Il y a un peu de perte.

Allez.

Merci.

Laissez-moi passer. Je suis le grand D'Artagnan.

Merci.

Le comédien était vraiment le roi, Marie-Louise l'a pris pour le sosie.

Elle l'a enlevé pour le remplacer par le sosie du roi.

Si bien que le vrai roi, qu'elle prend pour le sosie, est revenu.

Tout est en ordre. Le roi est dans sa chambre.

Dans sa chambre ?

Parfaitement.

Votre fils dort sagement dans son lit, Votre Altesse.

- Mais alors qui fais-je exécuter en ce moment même ?

Votre fils.

Musique dramatique

Louis !

J'arrive !

Cri d'effroi

Louis ! Oh, Louis !

Mon petit.

- Mon petit, comme tu as grandi. - Maman ?

Tu es beau. Tu es un homme à présent.

Savinien !

Savinien !

Savinien !

Bruits de pas

Savinien.

Qu'as-tu ?

Fatigue passagère.

- Il est mort ? - Non.

- Il a été enlevé... - Non ! Il est au château.

Il nous attend.

Bien.

Bien.

Vos sujets sont arrivés.

Et mes amis ?

On ne peut plus attendre, Sire.

- Le sosie a-t-il été exécuté ?

- Vos désirs sont des ordres, ma reine.

Et vos ordres sont des désirs.

Vous devez paraître.

Une porte s'ouvre.

Vous êtes venus.

Pour toi, François.

J'ai si peur.

- Mais non. La première fois sur scène, c'est sacré. Tu te souviens ?

Savinien.

Tu vivras avec moi ?

J'ai besoin de toi.

- Je goûte peu les ors et le faste, mais si tel est votre souhait, Sire.

Sire !

La cour attend son roi.

Il vous faut paraître.

- Savinien ? - Qu'as-tu, Savinien ? Tu es blessé ?

Ce n'est rien qu'une égratignure.

Allez.

Entrez en scène.

Louis !

Musique mélancolique

Savinien !

Le roi de France.

- Je vais chercher un médecin. - Faites en sorte que je meurs avant.

Je n'y survivrai pas.

Laissez-moi.

- Je n'en vaux pas la peine. - Savinien...

Tu n'entends pas qu'on t'aime ?

Mais je ne suis pas aimable.

Si, tu l'es.

Tu es le plus aimable.

Personne ne mérite autant d'amour que toi.

Sire.

Je vous remets aujourd'hui

le gouvernement de la monarchie avec grande satisfaction.

Tiens.

Ça t'appartient.

Vois nos écrits mêlés, comme ils se mariaient bien.

Ne parle pas au passé.

Tu m'as fait découvrir ce talent d'écrire.

Tu l'aurais découvert seul.

Je t'ai fait gagner du temps.

Regarde-moi vraiment.

Comme je suis fait.

Mon cœur bat. Mes tempes brûlent.

Touche.

Approche-toi.

Tes yeux brillent.

Ils cachent un secret.

Tu es mon âme frère.

Je suis ton cœur amant.

C'est beau. Et c'est toi.

Tu l'as écrit.

Tu me l'as dicté.

Savinien !

Nous écrirons d'autres pièces ensemble.

Nous triompherons partout. Et partout, notre génie sera reconnu.

Tu as du génie.

Je ne suis qu'un personnage.

Sanglots

- Ce 7 septembre 1651 marque le début du règne absolu du Roi-Soleil.

Ce jour-là, de l'avis de tous les courtisans,

le jeune roi fit forte impression par sa prestance

et son autorité.

Mais personne ne remarqua que Louis avait le cœur brisé.

Il avait tout perdu.

Sa vie rêvée de comédien, son premier amour,

mais au-dessus de tout, il avait perdu Cyrano,

son cher Cyrano.

Et il porterait ce chagrin toute sa vie.

Musique triste

Musique douce

- Quand Richelieu a ordonné de tuer Buckingham...

Ah, Buckingham.

- J'ai tué tous ses sbires avant qu'il ne soit trop tard.

- Vous étiez quatre, non ? - Oui, certains même disent trois.

Vous savez que l'amitié, pour moi, c'est à la vie, à la mort.

C'est le cœur, le cœur, le cœur, mais...

Mais ? Poursuivez, D'Artagnan.

Nous étions quatre, c'est vrai...

mais lorsqu'il s'agissait d'aller au feu, de risquer notre vie

pour sauver la vôtre,

j'étais bien souvent seul.

- Mais alors les trois mousquetaires ? - Eh bien...

C'est moi.

Musique cocasse

- Le roi n'est pas le roi, c'est un sosie.

Quelle effroyable erreur historique.

Qu'on m'amène un hachoir.

- Pour qui tu te prends, morveux ? Pute borgne.

D'Artagnan.

Musique féérique

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