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Je peux débarrasser madame ? Oui, s'il vous plaît, c'est là.
Le gastère est plus fort, j'ai besoin d'être maintenue.
Vous devriez manger, madame.
Monsieur le maire, veut-il avoir la complaisance de me rappeler ses prénoms
? Vautier Eugène Pierre-François. Mais ne m'acculifiez pas de maire, s'il vous
plaît. Ma profession seulement, pharmacien.
Merci.
Pardon, excusez-moi, monsieur.
Bonjour, Desgrange. Bonjour, M.
Pompagnon.
Ah, Guette, je vous en supplie, faites taire ma mère.
Monsieur, ça fait quatre fois que j'y vais depuis ce matin. J'arrive tout de
suite.
Guette, au petit peu plus d'elle.
Excusez-moi, c'est monsieur qui m'a demandé.
Excusez-moi.
Huguette m'a dit que tu t'étais trouvée mal. C'est rien, sans doute la chaleur.
Il faut que tu te reposes, que tu prennes soin de toi.
En même temps, rien ne me fatigue vraiment.
Tu es si belle ma petite.
Fais-tu lire ces balibères ? Tu sais...
Juste
une question, maman. Ça va être comme ça tous les matins ? Que je me prépare ?
Demain, ça va être quoi ? Un corps de chasse ? Un trombone à coulisses ? Peu
importe, ça va te donner des idées.
Écoute, je voudrais que tu cesses de harceler Guette.
Je sais que tu adores qu'elle te masse le dos, mais rester dans l'eau aussi
longtemps, c'est le meilleur moyen de te rendre malade.
Alors tu vas me dire qu'on te fera enfin débarrasser de toi, mais ça aussi j'en
ai marre.
D'accord ? Dans le bon sens.
Hein ? Si, pourquoi ? C'est bien suffisant ? Suffisant.
C'est assez, non ? C'est moins qu'un assez.
Je pourrais être méchant, tu sais.
J'en aurais le droit.
Et moi, j'aurais le devoir d'être gentille.
D'ailleurs, c'est toi qui préfères dormir seule pour pouvoir fumer la pipe
à n'importe quelle heure.
Ça t'arrange bien.
Regarde-moi.
Ça, c'est tant de beauté.
Regarde-moi.
Tu m'aimes ? Oui.
Il faut m'attendre un peu.
J'ai besoin de... Je serai trop délicate.
Qu'est-ce qui se passe ? C'est la tisane de madame.
Merci, Marie.
Euh... Céleste, pardon.
Ça fait presque un mois que tu l'appelles encore Marie ? Si je confonds
avec l'ancienne, je n'arrive pas à m'y faire.
Ah, pauvre.
Tu vas te lever toute la nuit. Qu'est-ce que ça peut te faire puisque tu vas
dormir seule ? Non, écoute, pas ce soir.
Tu vas renverser ma tasse.
Tiens, oublie pas ton journal.
Je t'ai fait peur.
Oui, monsieur.
Merci.
Ah non, mais moi, les affaires banales, ça va comme ça.
Vendre et acheter, on a vite fait le tour.
Par contre, créer quelque chose, l'initier.
Tenez, une mine au Venezuela.
Par exemple, je ne sais même pas où ça se trouve, j'ai lancé ce truc-là il y a
deux ans.
On n'avait même pas remué un pouce de terrain.
Et là, je le trouve bien pâle.
Est-ce que tout va bien ? Oui.
Est-ce que tout fonctionne bien ? Quel âge avez-vous ?
J'ai 24 ans.
J'ai déjà 24 ans.
Quel
dommage
d'avoir abandonné la flûte.
C'est la sévérité de votre tante Yvonne qui vous en a détourné.
Je n'ai pas abandonné.
Ça va, ça gère la musique.
C'était toujours un film merveilleux.
Vous étiez si doué, surtout avec Eind.
Eind, c'est la grâce rhétoricienne. Une petite musique chevrotante de vieille
aïeule poudrée.
Et Beethoven, alors là, Beethoven, c'est la puissance, la
force dans la douleur sereine.
Et puis voilà Rossini, évidemment le don naturel, si gai, libre, se
moquant du monde. Il n'est pas mon préféré, mais quel étonnant personnage
quand même, dans l'abondance.
la même inquiétude que tu avais quand tu étais petit garçon.
Je l'ai bien connu quand il était tout petit haut comme drop-off.
La fidélité à l'enfance.
Le cœur de l'existence.
À propos, comment va ta douce maman ? Elle se remet.
Tu parles d'Alphonse Lajardy ? Qu'est-ce que tu me reproches ? Je n'aime pas qu
'il te tripote.
Je n'aime pas ses yeux.
Il te regarde comme si c'était de la viande.
Qu'est-ce que tu racontes ? Il pourrait être mon grand-père.
Il n'y a pas à rougir d'un peu de connivence et d'amitié ? D'amitié ? Il
voulait t'épouser.
Mais j'ai refusé, c'est du passé tout ça.
Il a été ton amant ? Arrête ! Pourquoi discuter ? C'est toi qui a raflé la
mise. De quoi tu te plains ?
Il a été ton amant ? Je n'ai eu qu'un amant avant de t'épouser, je te l'ai
dit.
Oui, ton cousin Edgar.
Tellement invraisemblable. Pas du tout invraisemblable.
C'est arrivé qu'une seule fois et j'en garde un très mauvais souvenir.
Bref.
Non mais c'est fou que tu puisses pas envisager un peu de tendresse entre un
homme et une femme autrement que dans un lit.
Tu admets donc qu'il y a de la tendresse entre Alphonse Lajardie et toi ?
Assurément.
Et pas qu'un peu.
Tu l'as bien mérité.
Il me répugne sur la jardine avec ses dents toutes jaunes, son haleine de
clapier.
Toute sa vie, il s'est comporté comme un mendiant avec mon père, avec ses airs d
'aristocrate.
Je dors mal.
Est-ce que tu me manques ? Tu sens si bon.
Toutes ces épaisseurs.
Je ne t'ai jamais vu entièrement.
J'ai tout gâché.
Non, non.
Je m'agris pas.
Beaucoup de bons esprits blâment la démission des biens.
Ils disent que c'est immoral.
Ils l'accusent de détruire les liens de famille. Mais je sais que vous avez de
bons enfants, honnêtes travailleurs.
Et avec eux, il n'y a aucun danger de s'en repentir un jour.
Qu'est-ce que t'as ? T'es toute pâle.
J'ai attrapé froid, j'ai mal dormi.
Il est où le linge ? En bas.
Mais je l'ai ramassé.
Je le repasse tout de suite.
Coupez-vous des brochets, je t'attends tout de suite.
Très bien.
Décarpissez et ne vous avisez plus de fouilles dans mes affaires.
Ne me chassez pas madame, je vous en supplie.
Ça fait combien de temps ? Quoi, madame ? Ne vous moquez pas de moi.
Combien de temps et de qui ?
Cette
conversation n'est pas terminée.
Ah bah te voilà toi.
Tiens, prends le relais là-dessus.
Faut que j'apporte ça à la vieille.
Il faut que vous voyez Sarah Bernard sur scène un jour. C'était
incroyable. C'est comme si elle exprimait ce que j'ai au plus profond de
moi-même.
D'ailleurs, depuis cette soirée-là, je ne veux plus m'appeler Odette, mais ça
va. Odette est passée à la trappe.
Et d'ailleurs, votre corset aussi est passé à la trappe.
Ces manières ont beau être un peu fantasques, crois-moi, elle sait s
'adapter.
Elle peut tout aussi bien dîner à la table d'un paysan que celle d'un
ambassadeur.
Et ses tours s'arrêtent pas là.
Si tu vois ce que je veux dire.
Elle m'en a appris.
Même à moi.
Mais avec ça, infatigable. On devrait plus ensemble.
Elle est balancée, mon vieux.
T'as vu, elle purtait les attaches.
Vous laissez de la conduire ? Je peux vous donner un petit cours, c'est très
facile.
Allez, victoire ! Mais venez ! Il est toujours là, lui.
C'est presque dangereux, au vu de tous.
C'est une des seules choses que Victoire a gardé de sa main.
Ça lui plaît de le voir tous les jours.
C'est pas un défunt.
Moi, je sais ce que ça vaut.
Une petite fortune.
Pas comme le soi-disant corot dont tu as essayé de me faire croire qui était
vrai. Cette croûte infâme que tu as piqué sur la succession de la veuve
Michaud. Arrêtez-toi, c'est une très bonne reproduction.
Pour ça, il n'y a qu'à prendre les eaux au source même,
avant qu'elles aient reçu la moindre souillure, et à les monter au moyen de
machines élévatoires dans des réservoirs construits au château des Tourelles, d
'où, en suivant les coteaux de la Seine ou en les coupant, elles couleraient
jusqu'au Havre.
Alors évidemment, il y aurait des travaux considérables à exécuter, mais
comme d'autre part, ces sources n'appartiennent à personne, il n'y
aurait aucune indemnité à payer à des usiniers.
En gros, l'affaire se présente dans des conditions telles qu'elle fera la
fortune de ses promoteurs.
Ce que je ne comprends pas, c'est en quoi je peux te servir dans cette
affaire ? D'abord, en dressant l'acte constitutif de notre société, puis sous
condition, en négociant l'achat des quelques terrains qui bordent les
rivières.
Tu as tes sociétaires ?
J'en ai un certain nombre qui en amèneront d'autres.
Au reste, sois tranquille.
L'affaire est sérieuse, très étudiée, avec de très gros bénéfices à la clé.
Tiens, je me posais une question.
T'as beaucoup de clients juifs ? Quelques-uns, oui.
Ça se passe très bien.
Dans l'ensemble, je suis assez content. Le plus dur, c'est de persuader mes
clients que je réduis leurs frais.
Ce qui est vrai jusqu'à un certain point dans le détail, mais alors...
Complètement faux pour le total.
Canaille, va ! À propos, vous ne connaissez pas la dernière ? Céleste,
notre petite bonne, est enceinte. Enfin, qu'est-ce que je fais ? Quel terrorisme.
Pour une fois que ce n'est pas moi.
Ah ben, mon vieux, t'en as pas eu, non ? C'est rien, c'est rien.
Savoir de qui n'est pas le problème, mais il va s'en dire que cette grossesse
est dans notre maison.
Et il va de soi qu'elle ne peut pas aller à son terme.
N'est-ce pas, Céleste ? Nous sommes d'accord.
Huguette, je compte sur vous pour faire venir Madame Berthe le plus vite
possible. Sa réputation n'est plus à faire et elle résoudra les choses avec
toute la discrétion nécessaire.
Vous pouvez reprendre votre travail.
Comment tu as pu oser ? C'est monsieur, hein ? C'est ça ?
Déjà ? Ça s'est bien passé ?
Madame, je ne peux rien faire.
Votre bonne est enfin de plus six mois.
Hé ! Mon chéri, qu'est-ce que tu fais ici ? J'avais besoin de te voir.
Mais attends, je peux... Il faut que je te parle.
De la situation.
De la situation, c'est-à-dire ? C'est-à-dire ? De quoi parles-tu ?
Arrête, gagnons du temps.
Tu sais et tu sais que je sais.
Est-ce que tu sais aussi que je pourrais divorcer ?
Est-ce que tu sais que j'en serais capable ? Et capable d'affronter le
regard sentencieux des autres ? Toi ?
J
'ai fait venir Mme Berton.
Mme Berton ? Qui était-elle ? On arrête de jouer ?
Madame Berton, tu sais très bien ce que fait Madame Berton.
Tu veux dire que c'est réglé ? Céleste est enceinte de plus de six mois.
Et moi qui finissais par me croire stérile ? Bon.
Il faudra la chasser.
Bon sang.
Tu comprends pas ce que je te propose.
que tu ne t'approches plus jamais de mon lit.
C'est où, madame ?
Ma petite, ne vous inquiétez pas, nous ne vous voulons pas de malheur.
Tout va aller.
Tout va aller, mais comment, madame ? Céleste, nous n'allons pas vous chasser.
Nous voudrions garder l'enfant.
Vraiment, mais... Madame...
J'ai eu cette idée pour votre bien.
Pour le mien aussi.
Je vous propose de garder l'enfant.
De rester ici.
Mais que vous nous laissiez, André et moi, l'élever.
Vous le verrez.
Vous serez ici, vous le verrez grandir près de vous.
Mais il sera le nôtre.
Vous voulez dire qu'il ne saura jamais que je suis sa mère ?
Pensez à toute autre solution.
Pensez-y.
C'est réglé.
Victoire est enceinte.
Voilà.
Le médecin l'a vue cet après-midi.
Et ça fait même déjà six mois, elle n'en était même pas aperçue.
Elle pensait que son corps s'est lacerré, elle pensait même qu'elle avait
pris du poids.
Moi qui disais de manger davantage.
Non, c'est même pour ça qu'on a mis tout ce temps à s'en rendre compte.
C'est heureux, ce monde.
Elle se repose.
Recommandation du médecin.
Mais elle va venir te voir.
On peut vraiment pas la voir ? Quel dommage.
Je suis désolé, monsieur Lagardier. Elle se repose. Consigne du médecin.
Ah, le docteur Claude.
Non, alors, docteur Ballard.
De Rouen. C'est un vieil ami de la famille.
Voilà.
Mais tout se présente bien, j'espère.
Tout va pour le mieux.
Je ne peux même pas vous offrir un cognac. J'ai des clients qui attendent.
C'est une de ces journées infernales.
Et comment elle va ? T'as si gentil, maman.
Toujours aussi gentil.
Je peux débarrasser madame ? Oui merci Céleste.
Si c'est un garçon,
Comme toi ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? Je sais pas.
Il serait préférable qu'il ait sa propre identité.
Tu crois pas ? Au contraire, j'aurais voulu renouer avec cette tradition.
Elle se perd et c'est bien dommage.
Ou sinon Félix, comme mon père.
Dans ce cas, je préfère Félicien, c'est plus doux.
Félix, c'est élégant, mais c'est un peu sec. Ça claque trop.
Félicien, c'est démodé.
J'ai cédé sur André, je ne céderai pas sur Félix.
Félix, c'est une fille.
Moi, j'ai plus faim.
La poussière, un ciel d'azur et de lumière, les murs enflammés, les longs
soirs, et rien de vert.
A peine encore un reflet rougeâtre décore les grands arbres aux rameaux
noirs. Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
Ce n'est qu'après des jours de pluie, que doit surgir en un tableau, le
printemps, verdissant et rose, comme une nymphe fraîche et close qui, souriante,
sort de l'eau.
J'ai l'impression que je vous ennuie.
Vous préférez lire toute seule ? Je comprends.
Je vous laisse le livre. Vous verrez, il y a des passages saisissants.
Permettez.
C'est un garçon.
Non, non.
Madame veut le voir tout de suite.
Tout va bien, madame ?
C'est pas raisonnable, madame, de lui faire appel à une nourrice. Je veux pas
de nourrice.
Céleste est sûrement encore du lait. Je vous ai déjà dit non, je vois qu'il s
'habitue à moins.
Il vient me manger.
Le mépa est devenu pour Céleste ? Oui,
la fièvre est pratiquement tombée, mais il faut qu'elle reste au lit.
La sage-femme reviendra jeudi.
Le premier jour, on lui a donné de l'eau sucrée. Après ça, on a utilisé les
biberons Robert.
Il a vendu depuis une semaine. Je le reconnaîtrai pas.
C'est quoi, les biberons Robert ? C'est les meilleurs.
Et les plus chers.
Pourtant, ils bouffent d'eau moins en moins.
Toi aussi, d'ailleurs, tu ferais bien de manger un peu.
Tu peux te monter d'avoir du peau, moi qui te crois une tuberculeuse.
J'ai bien cru que t'allais y passer.
Je me voyais déjà m'agiter dans tous les sens pour prévenir la famille.
Sont pas du coin tes parents ? Non.
Ils sont d'Alsace.
Ah ouais ? T'es une boche ? Bah non.
A ton nom, demain.
Est-ce qu'il a mangé, finalement ? Juste un peu.
Ne t'inquiète pas, monsieur. Demain, il fera chaud.
Luguette, madame, vous pouvez aller vous coucher.
C'est le bon bal.
Bonjour madame. Bonjour Huguette.
Il a l'air matinale ce petit bonhomme. Ah oui ? Il est beaucoup mieux.
Il était bien là, il n'arrête pas de pleurer, tu fais pleurer à chaque fois.
C'est sûr qu'à ce stade c'est plus une affaire de femme, mais tu verras.
Quand il parlera, qu'il marchera, je serai là pour lui.
Tiens, vas-y, prends-le.
Mets ton bras sous sa tête.
Fais un effort s'il te plaît.
Il est pas bien là.
C'est de bonne guerre, non ? Allez, c
'est pas bon.
Qui ne connaîtra jamais Félix ?
Et c'est bien triste.
Pourquoi trop ?
J'aimais mon père, oui.
J'adorais.
Tu te souviens, il disait, moi ce qui me plaît dans la chasse, c'est pas tant le
trophée, mais la préparation.
La meute qui nous suit, la nature qui se réveille, le petit matin, le spectacle,
les couleurs qui changent.
Il disait, on se sent à la fois homme et animal.
Ça devait te plaire, ça.
Le animal, c'est tout ça.
Mais pourtant... Moi, je
veux rien savoir de plus.
Je veux savoir qui je m'en fous.
Ça ne change rien.
Ça n'a jamais rien changé.
Un dernier.
Un dernier pour la route.
C'est pas très difficile.
T'avais deux amants.
Le marquis de Saint-Aubin et Pierrot.
Le cocher des ruchettes.
On peut pas faire plus différent. L'un est mort sur un tas d'or.
Et l'autre a fini en prison pour voler avec violence.
Tu sais quoi ? Les deux me vont.
Je parle, je parle, mais... Je sais.
ce qu'on m'a transmis.
Je sais ce que j'ai construit.
J'étais un vrai fils.
Et j'ai eu un vrai père.
Et le reste, c'était une miette de brioche.
Tu devenais cette méchanceté.
Cette méchanceté qui coule dans tes veines.
C'était quoi, ton seul recours ? Ta seule façon d'être libre ?
Tu es devenu pire laide.
Ça doit te changer.
En tout cas, ce que je voulais te dire, c'est qu'aujourd'hui, c'est pas toi qui
vas me faire la leçon.
Regarde, mon garçon, ce que Dégrange t'a rapporté du Havre.
C'est vraiment trop gentil, M.
Dégrange. C'est amusant, non ? C'est une poupée, mais pour les garçons.
On appelle ça Teddy Bear.
Ils font les mêmes en Allemagne, mais celui-ci est américain.
Bear, ça veut dire ours.
Il est presque plus grand que lui.
Alors, Félix, il te plaît ton ours ? Il te plaît, Félix ?
Oh, il est content.
... ... ... ...
oui j'ai regardé mon père et tout c'est déjà beaucoup
il est mort quelques mois plus tard
puis ensuite la
musique, le banquet les allusions grégoises et enfin
la nuit de noces
Et toi, les hommes ? André, c'était le premier ?
Comme ça, oui.
Il y avait des gestes que je connaissais à cause d'un de mes frères.
Mais ça faisait pas mal comme avec lui.
Il y a beaucoup de preneurs.
On est huit en tout.
Mes parents sont d'Alsace.
Tu parles allemand ? Je comprends un peu.
Ma sœur a épousé un Allemand.
Du coup, ils ont été chassés.
À cause de la guerre ? Chassés par qui ? Par mon père.
Ils ont traversé les Ardennes et ils ont pris le bateau jusqu'au Canada.
T'en as pas marre de m'empêcher de vivre ? Hein ? Qu'est-ce que tu veux ?
Non, ça fait pas une heure que tu sonnes ou guettes, t'exagères.
Arrête ton raffut, elle va venir te voir.
Qu'est-ce qui te prend ? Rien, ça me fait du bien, ça me tient éveillée.
Pourquoi t'as besoin de rester éveillée à cette heure-ci ? Justement, pour
encore mieux dormir.
Monsieur ? Bougez pas, bougez pas.
T'as mal au dos ? C'est le lit de camp.
On est vieux et usé, alors forcément.
Mais ça va.
J'explique ma faute.
C'est étrange ce chemin, toi.
Bucket va bientôt arriver.
T'inquiète pas, il y a encore tout.
Le jour m'intimide.
Moi aussi.
J'ai peur qu'on nous entende.
Tu en parles si bas.
Tu nous as déjà entendu parler, André et moi.
C'était à propos d'un vieux monsieur.
Alphonse Lagarde.
Oui, c'est ça.
Je sais pas comment dire, mais j'ai deviné que vous lui mentiez.
Je l'ai compris tout de suite.
C'était pour avoir la paix. Je faisais pareil avec mon père.
Alors c'est bien vrai, il a été votre amant ?
C'est trop vieux.
Trop fatigué du monde.
Pour le reste, ce ne sont que des terres qui valaient encore 20 000 hectares il y
a quelques années et qui n'en valent plus que 500 aujourd'hui.
Mon père disait des enfants.
Moi, je ne m'aimerais pas vivre en Paris.
Cette démesure.
On doit finir par perdre le sens des choses.
N'est-ce pas, chérie ? Oui, probablement.
Vous n'aimez pas le lapin, M. Bouillaud ?
À propos du Havre, mon ami Joseph m'a présenté ses associés ce matin.
L'affaire se présente rudement bien.
Victoire, ma chérie.
Pourquoi tu t'enfermes ? Victoire !
T'enfermes maintenant ? Victoire ! André
? Qu'est-ce que tu veux ? Je dois te voir.
Mais tu avais le petit, là.
Mais écoute, moi, j'ai encore tout marié.
Il y avait un pacte entre nous, un contrat.
Un contrat de mes fesses, là. Ouvre, ouvre.
Ouvre. André, arrête.
Ouvre cette porte ! Arrête, André, s'il te plaît !
Ouvre ! André, s'il te plaît, arrête ! D'accord, ouvre cette porte, je vais
devenir fou, là. Je vais devenir fou !
Lequel des deux ? Hein ? Saint-Aubin ou Pierrot ? Dis-le. Dis-le.
Martin le Cossé.
Dis-le ! Bordel de merde ! Dis-le ! Je le sais que papa était terrible, alors
dis-le-moi.
Bye bye.
Qu'est-ce que... Je ne sais pas.
Félès est parti chercher un double de la clé.
Monsieur Boisvaillon !
Pardon.
Monsieur, je suis allé dans dix minutes.
Guette, laissez-nous une minute.
Vous m'apporterez une grande tasse de café à l'étude.
Désormais, cette porte restera sans clé de jour comme de nuit.
Et si tu divorces, je te prendrai Félix.
Tu sais que j'en ai le pouvoir.
Tu ne me laisseras pas le choix.
Guette, vous pouvez revenir.
Celeste, il ne faut pas revenir dans ma chambre, s'il te plait.
Alors, demain ? Il ne faut plus.
Tirez mes doigts.
Plus fort.
Serrez fort.
Merci encore de vous être dérangé, docteur. Vous vous méfiez d'elle. C'est
une farceuse.
Pas si farceuse que ça.
Surtout après deux attaques en moins d'un an.
Elle m'a avoué que ses maux de tête duraient depuis plusieurs semaines.
Elle a beau être un roc, elle est très fatiguée, votre maman.
Pas de choc récemment ou d'émotion ?
D'émotion.
Ma mère, c'est pas vraiment son terme.
Je ne suis pas naïf.
Je sais qu'il nous faudra du temps.
J'ai beaucoup pensé à Céleste, tu sais.
Elle nous a rendu un immense service, un service.
Mais la situation devient franchement troublée.
Il faudra bien se résoudre à la chasser un de ces jours.
Et je la dédommagerai en conséquence.
Ça me paraît une solution élégante.
Qui est le père ? André.
Ma petite, tu n'es ni la première, ni la dernière, mais crois-moi, pour la
tranquillité de ton foyer, tu dois chasser cette bonne.
C'est une tentation inutile pour ton mari et elle voudra toujours revoir
Félix.
Méfie-toi, Victoire.
J'en ai connu d'autres qui ont eu le cœur trop bon et qui l'ont amèrement
regretté. Mais Céleste m'a tout donné.
Tu veux dire tout pris ? Mais elle n'est qu'amour.
Elle... Ma petite Victoire, je te connais depuis si longtemps.
Fais-moi confiance.
Ton âme est troublée en ce moment. Cette découverte de la maternité est un moment
de fragilité pour toi. Il y a autre chose.
voit tout.
Il sait déjà les mots que tu ne peux pas dire.
Tu dois les libérer.
As-tu pensé à tes parents ? À tes parents qui te regardent depuis leur
place au ciel ? Ressaisis-toi, Victor.
Élève, Félix.
Et rapproche-toi d'André.
Dieu vous a unis. Il vous guidera vers le bonheur, le vrai.
Je sais que tu as la force de caractère suffisante pour t'en sortir.
Ta foi en sera renforcée, ton foyer aussi.
Et quand tu regarderas en arrière, tu seras heureuse d'avoir vaincu le vice.
Tu te demanderas même comment il a pu vous dévoyer.
Je voudrais me rendre à Saint-Ferru, s'il vous plaît. Oui, montez madame. La
pâtisserie.
Comment, tu n'es pas encore prêt ? Ça le sera, madame.
Vous n'êtes même pas une heure.
Tout voilà. Pardon, j'ai été longue. J'ai trouvé des pâtisseries
supplémentaires.
Mais quelle folie, il y en a déjà pour un régiment.
Moi, j'avais l'air bonne.
Comment va ta mère ? Elle est pénible.
J'ai fait un premier calcul de dédommagement pour Céleste.
Je voulais tout montrer pour que vous les parliez.
Mais les invités vont pas tarder.
On verra ça plus tard.
Les gens me prennent tout le temps de penser. Alors ils font des commentaires.
Je ne parle pas que de Paris.
Quel étage ! C'est très siffon, c'est incroyable. On dirait un petit dessin
chinois.
qu'elle était enceinte.
Oui.
Ou bien apporter un télégramme pour madame.
Excusez-moi, le film n'est pas terminé.
Voilà. Mille excuses, il faut que je m'arrête. Là, la suite est au-dessus de
mes compétences.
Oh, mais non ! Vous n'êtes pas sérieuse. Je vous ai parlé d'une catastrophe, je
vous assure.
On vous applaudit, tout de même.
Je ne pense pas que c'est déjà fini, la musique.
On ne peut pas s'arrêter comme ça. Moi, ça me transporte. Ma petite poulette.
On prendra bien quelques gâteaux, mes amis. Oui, oui, servez-vous.
Je viens de recevoir ce télégramme pour toi. C'est le docteur Louvier.
Ta tante Yvonne est en plus mal.
Pour être anti-homme ? Que dit-il ? Rien de plus, regarde toi-même.
Faites-moi un petit repas, s'il vous plaît, Marianne.
Je ne veux pas me laisser pleurer, mais je tâcherai de me tenir.
Je vous prie de m'excuser un moment.
Que se passe-t-il ? Tout va bien. Je reviens tout de suite.
Jouez, madame Céline.
Jouez.
Tu disais qu'elle était très sévère.
C'est pas une raison.
Tu sais que je n'ai plus qu'elle.
C'est gentil pour moi.
Quel rapport ? Tu es mon mari, ça n'a rien à voir.
C'est vrai ? Je suis toujours ton mari ? Tu voudrais que nous nous
y rendions ? Ce serait... On peut partir demain matin, juste après la vente de la
maison des foins.
Et puis je pourrais réorganiser ma semaine sans trop de difficultés.
Demain, j'ai peur qu'il soit trop tard.
De quand date le télégramme ?
Ce matin ? Non, franchement, partir aujourd'hui, ça me paraît impossible. On
ne va pas abandonner nos invités. Oui, c'est sûr.
Mais... Pourquoi ? Tu ne vas pas partir toute seule ? Pourquoi pas ?
Tu sais ce qui me ferait plaisir ? C'est que tu me rejoignes là-bas demain matin
avec Félix.
J'aimerais tellement qu'elle ait le temps de le rencontrer.
Mais ce n'est pas un si long voyage pour lui.
Moi, voyager seul avec le petit... Je l'emmène aujourd'hui et tu nous rejoins.
Tu ne vas pas partir seule avec Félix.
À moins que... Oui, que Huguette t'accompagne.
Excellente idée.
Huguette ! Non, écoute, je vais me débrouiller.
Merci, Huguette.
Très bien.
J'irai seule avec lui et tu nous rejoins demain.
C'est mieux que Huguette reste avec ta mère. Et là-bas, j'aurai tout l'aide
nécessaire sur place.
Ils ont au moins cinq bonnes.
C'est un reproche déguisé que tu me fais là.
Et demain, essaye au moins d'arriver pour le déjeuner.
Céleste ? Céleste ? Ah,
Céleste.
Vous irez chercher Gaton, on va avoir besoin de lui.
Vous n'avez pas peur d'être trop chargé ? Vous
prenez tous vos bijoux ? Oui, je crains toujours de m'en séparer. C'est idiot.
Peut-être que Céleste pourrait transporter mes bagages dans la voiture.
Envoyez-la moi.
Non, non, madame. Je préfère le faire avec Gaston.
Céleste est en bas avec les invités.
Déjà, un, ça me paraît que très vagant. Céleste ! Toute une tribu ! Ah, c'est le
recul, c'est le départ.
Je suis vraiment confuse de vous abandonner. On va vous présenter.
Je t'ai mis un peu d'argent.
Il y a des pierres à la gare de Montvilliers.
Tu as pris les papiers des petits ? Oui, ils sont dans la poche dans la vallée.
J'ai pris les visites.
Attention aux guettes.
Je volerai doucement, Gaston, s'il vous plaît.
Prenez soin de vous, surtout.
Toute ma sympathie et ma bienveillance à votre tante.
Toutes nos pensées vous accompagnent.
Bon voyage.
Et pas trop de tourments.
À demain, Félix.
J'ai cru qu'il ne partirait jamais.
Guette, moi, je te ferai la fraise de lapin.
Oui, monsieur.
Guette ? Guette ? Oui, monsieur.
C'est vous qui avez déplacé le petit téléphone ? Non, monsieur.
Comment ça ? Mais... Céleste ?
Vous pouvez m'expliquer pourquoi le petit téléphone a disparu ?
Non, il a disparu.
Il était là, tout à l'heure, au moment du concert.
Je me rappelle l'avoir épousé ce matin avec le reste.
Non, mais je rêve.
Si vous avez quelque chose à m'avouer toutes les deux, c'est maintenant qu'il
faut le faire.
Je vous écoute.
La vérité, je la saurai tôt ou tard.
Dis-moi, l'éléphant du salon, l'éléphant en or, sorti de rubis et de diamants, tu
vois lequel ? Fille-toi qu'il a disparu.
Ce ne sera pas encore une de tes fardes ? Un stratagème pour faire chasser
Huguette, par exemple.
Permets que je fouille.
J'aurais rien à me dire toutes les deux.
Non, monsieur.
Je vous le jure devant Dieu.
Toi, tu jures ? Oui, moi aussi.
Toi aussi ? Je t'entends pas.
Tu penses que ça suffit de dire moi aussi ? Viens avec moi.
Viens, avance.
Capuche-toi.
Je ne serais pas assez crude pour l'avoir cachée. Tâche-toi, moi !
C
'est pour moi.
T'imagines que je vais te croire ? Je sais pourquoi, moi.
Parce que tu écoutes aux portes.
Parce que tu sais qu'on a décidé de te chasser, madame et moi.
De me chasser ? Oui, de te chasser, tu le sais très bien.
Tu m'as oublié !
Je te demande pardon, Céleste.
Attends, s'il te plaît.
Je suis pas un monstre.
Tu n'as plus de raison d'avoir peur cette nuit.
Approche.
Malgré ce que je t'ai dit, je voudrais que... que tu gardes ta place ici.
Et je voudrais que tu restes avec moi.
avec votre maman dans la maison.
Est-ce que tu me pardonnes ? S'il te plaît, dis-le-moi.
Où tu vas ? Je vais éteindre les lampes en bas.
Je reviens tout de suite.
Fermez les yeux.
T'as dormi où ? Juste en face, à l'auberge.
Comment il va ? Il va bien.
C'est lui qui a veillé sur moi.
Tout s'est bien passé ? Il s'est pas aperçu de ton départ ? Alors qu'il est,
je n'en sais rien.
Mais pour l'éléphant, il s'en est rendu compte très vite.
Mais comment t'as fait ?
Attends.
Il faut que je te dise, sa mère est morte cette nuit.
C'est arrivé d'un coup.
Après le coup du faux télégramme, j'ai eu peur que... Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu penses à nous ?
Tu sais qu'on reviendra plus jamais ici.
Tu l'as bien compris ? Toi aussi, tu l'as bien compris ?
Ça fait 4 600 kilomètres.
Entre le Havre et le Canada.
J'avais jamais aimé ta voix.
Qu'est-ce que t'as dit ?
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