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Monsieur Casanova, monsieur
Calzabitji, si vous voulez bien me suivre.
Messieurs, je viens comme C'est le frérot
Cazanova et Rani Simone Francesco Maria de Casabitji.
Messieurs, autant vous le dire directement,
nous n'avons pas beaucoup de temps.
MĂȘme si c'Ă©tait pour sauver la France ?
Deux aventuriers vénitiens au secours de la France.
Ne soyez pas si méprisant avec Venise, monsieur le comte.
Comme nous avons grandi sur les flots, nous avons une bonne
connaissance de la noyade.
TrĂšs bonne.
Et Ă propos de noyade, les comtes du pays sont au plus bas, n'est-ce pas ?
Alors, qu'avez-vous en tĂȘte ?
Collecter de l'impĂŽt, partir en guerre, course Ă cheval, vendre vos biens ?
Le roi n'a pas accepté de vous recevoir pour entendre vos pantalonnades, Casanova.
Si vous avez comme vous le prétendez une C'est une mission miracle.
Présentez-la et épargnez-nous tout le reste.
Nous l'avons dit, nous le savons tous ici, les caisses du royaume sont vides,
des années de guerre et de folie dispendieuse, le peuple de France souffre
le martyre, famine, disait un peu.
Les pamphlets circulent contre vous.
Les emprisonnements se multiplient, les mécontent encore plus.
Et pour couronner le tout, MajestĂ©, vous avez dĂ©cidĂ© de transformer le cĆur
de Paris pour y construire une école militaire.
Comment financer tout ça ?
Notre solution miraculeuse vous proposera de faire coup double.
Restaurer vos finances et redonner de l'espoir Ă votre peuple.
Et par quel miracle Celui de la Lautterie nationale.
Donnez à vos sujets l'occasion de devenir riches, prélever l'impÎt sur chaque billet
à acheter, déduisez notre commission, reproduisez le tirage tous les mois,
toutes les semaines et faites des gens riches et heureux.
Rendez-leur l'espoir.
Remplissez vos caisses et achevez votre école militaire.
C'est une immumination.
Je ne sais mĂȘme pas comment on a pu vous faire rentrer jusqu'ici.
Vous parlez d'une loterie populaire, mais ce n'est pas de l'argent
que le peuple réclame, c'est du pain.
Détrompez-vous.
L'argent est la valeur sublime.
L'argent est Ă la fin comme l'aboutissement de tout
ce qui est créé pour le recréer.
à choisir entre un pain une piÚce d'or, l'affamé prendra le pain, bien sûr,
mais offrez-lui la possibilitĂ© d'ĂȘtre demain couvert d'or.
Il vous cĂšdera jusqu'Ă son dernier quignon.
Ce monde, monsieur, votre monde, nous n'en voulons pas.
Choiseul, laissez Sire.
Vous allez voir, c'est diablement simple, diablement plaisant
et diablement rentable.
Pour la maudite somme de quelques sous, chaque habitant de ce pays aura la
possibilité de gagner fortune et richesse.
Il s'acquittera de son nouvel impĂŽt en vous baisant les pieds et de mon cĆur.
Et pour une raison trĂšs simple.
Parce que la loterie, Sire, excite notre penchant le plus vicieux.
Notre propension Ă nous raconter des histoires.
Tu t'intéressais pas à l'histoire ?
C'était pas trop mon truc.
C'était quoi ton truc ?
Moi, j'étais bon en maths.
Tu sais compter, quoi ?
Ouais.
Non, on s'en fout que tu sais que je comptais.
C'est vrai, tout le monde sait compter.
Mon téléphone, il sait compter.
T'as un milliard et demi de Chinois, ils savent mieux compter que toi.
Non, ce qui Ce qui compte, c'est l'histoire.
Parce que l'histoire, c'est les gens.
L'histoire, c'est les relations.
L'histoire, c'est la politique.
L'histoire, c'est le futur.
Si tu sais pas ce qui s'est passé, tu peux pas savoir ce qui va se passer.
Tout le monde autour de la mĂȘme pyramide sociale.
T'en veux ? Non.
T'as raison.
En haut, Tu as le roi, rang 1.
Puis, tu as la noblesse de cour qui méprise la non présentée.
Puis, tu as la noblesse d'épée qui méprise la noblesse d'Europe.
Puis, tu as les seigneurs qui méprisent les anoblis.
Et les anoblis méprisent qui eux ?
Ils méprisent les bourgeois.
Dans la bourgeoisie, tu as la haute bourgeoisie, haute banque,
haute sphĂšre, haute finance.
Des mecs un peu comme moi, si tu veux.
Alors attention, parce que nous, on bosse, donc on a les tunes.
Les nobles, ils ne vont rien.
La haute bourgeoisie méprise la moyenne bourgeoisie.
La moyenne bourgeoisie, c'est les marchands, c'est les savants,
c'est les avocats.
La moyenne bourgeoisie, elle méprise la basse bourgeoisie.
La basse bourgeoisie, c'est les commerçants, c'est les médecins
de campagne, c'est ce que tu veux.
Puis aprÚs, ça continue.
Rends 16, rends 17, rends 18, rends 19.
C'est lĂ , c'est les truands, les putes, les vagabonds, etc.
Ăa sent la Ch'touille.
Mais c'est romanesque, c'est un certain charme.
Fourier, il explique tout ça. La pyramide.
Chacun envie solité au-dessus et méprise solité en dessous.
Sauf le petit bourgeois.
Parce que le petit bourgeois, parce que le petit bourgeois Il a peur.
Il a peur de grimper et il a peur de tomber.
Et toi, tu vois, je te regarde depuis tout Ă l'heure, je te sens, je ressemble
à tout le monde ici et tu me détaches. Tu sais pourquoi ?
Tu as peur.
Tu pues la peur.
Excuse-moi.
ArrĂȘte, arrĂȘte.
ArrĂȘte, arrĂȘte.
Et lĂ , la galerie des glaces.
Avec tous ces fantĂŽmes.
Et nous, ce qui vous intéresse, c'est par là -bas.
Allez.
Tu sais oĂč on est lĂ ?
La chambre du roi ?
C'est ici que le soleil se lĂšve.
Je ne crois pas qu'on a le droit d'ĂȘtre lĂ .
Et vu que je suis que stagiaire, je n'aimerais pas que ça me...
T'imagines Ă quoi il pense, le roi ?
Quatre du mat Ă la poĂȘle sur son pieu.
Eh bien, le mec, il se dit que c'est plus qu'une affaire de jour, tu vois.
Il a compris, il sait.
Il a trop bouffé dans la main des bourgeois parce qu'il
avait besoin de cash.
Eux, ils vont demander un retour sans investissement.
Normal, c'est pas con.
Donc il sait que sa pyramide sur laquelle il trĂŽne, tient plus.
Il tient plus qu'Ă un fil.
Attention, c'est un putain de fil parce que personne n'ose imaginer
prendre la place du roi.
Mais tu vois, c'est ça la question.
C'est comment est-ce que tout ça s'effondre ?
Tu ne veux pas qu'on y retourne ?
Je vais te dire, c'est trĂšs simple.
à un moment donné, les mecs, ils se sont dit que cette piaule,
c'était qu'une piaule et que le roi, c'était qu'un pauvre
type allongé sur son lit.
Ă partir de lĂ , n'importe qui peut prendre sa place.
N'importe qui peut devenir roi. Il n'y a plus de rang.
Tous les hommes naissent libres et égaux en droit.
Rien n'a changé.
La pyramide, elle est toujours lĂ .
Les rangs, ils sont toujours lĂ .
Il y a toujours des gens au-dessus et des gens en dessous.
Aujourd'hui, toi, tu es en dessous, moi, je suis au-dessus, mais dans deux minutes.
On ne sait pas ?
Tu vois ce que je veux dire ?
Mets-toi Ă l'aise. J'arrive.
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