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- M'en bats les couilles. - C'est bon ?
Hm...
Les oignons frais, hm...
Frais, franchement...
Franchement, il est exceptionnel.
Hm !
Ça se voit que c'est des produits sains.
Bip
C'est un des meilleurs burgers que j'ai mangés.
- Parfait, tu pourras payer de bon cœur !
- Ma carte passe pas, elle passe pas.
Qu'est-ce que tu veux ?
- Ça fait longtemps qu'elle passe pas. - T'insinues quoi ?
- J'insinue rien, je t'accuse ouvertement de mentir.
Sors ta carte, va payer, je suis sûr qu'elle marche.
- Ça doit être sordide dans ta tête pour avoir autant de pensées
mal orientées comme ça.
Ça doit être un enfer. Il y a des cafards dans ton cerveau ?
- Arrête la psychanalyse. - Des rats ?
Sors ta carte.
- Tu devrais pas voir ça des hommes. - T'en fais trop.
- Manger avec ton ami, ça vaut rien pour toi ?
T'accordes pas de valeur à la communion de deux âmes
qui se réchauffent autour d'un sandwich ?
Pense grand. Pense générosité. Pense charité. Pense partage.
Tu penses partage toi ?
- J'ai trop pensé partage dans le passé.
Ne pense pas aussi petit que le commun des mortels.
Ne t'abaisse pas aux considérations pécuniaires
qui n'ont déjà que trop nui à l'Homme avec un grand H.
Et qui n'ont jamais cessé d'entacher sa noblesse.
- Tu dis n'importe quoi, tu fais une vulgaire diversion
- de 45 min. - Moi...
- J'ai payé ton kebab. - J'ai toujours dit ce que je pense,
et même plus souvent ce que je pense pas.
C'est l'apanage des acteurs.
- L'acteur, qu'il aille payer son grec pour une fois.
- L'acteur, c'est un intermittent du spectacle.
L'intermittent du spectacle, c'est une situation précaire, en France.
Je me fais un devoir de te donner une leçon
- et de faire en sorte que tu payes. - Comme par hasard.
- Je vais même partir, te laisser seul. - Non, non, non.
- Le temps que tu ranges tes affaires...
- Je pars pas tant que t'as pas payé. - Je serai déjà loin.
- Je vais leur dire que t'es là. - Tu fais quoi ?
- Je m'en vais comme un prince. - Non, non ! Frérot !
- Allez, vas-y. - T'es relou !
Lui, c'est Raphaël.
Moi, c'est Hugo.
On s'est rencontrés lors de notre 1er tournage.
Je devais réaliser le making-of
et je savais pas trop ce que je faisais là.
À la base, ma vie, c'est celle d'un gars à la campagne, en Touraine.
Un petit introverti qui se fait discret.
Une enfance heureuse,
animée par une passion dévorante pour les dinosaures.
S'en suivit une adolescence peu constructive,
où on s'occupe comme on peut, loin du cinéma.
Hélas prématurément déscolarisé,
je faisais des vidéos de mariage amateurs.
Un jour, j'ai filmé celui d'un producteur,
qui a dû être touché par ma sensibilité artistique
puisqu'au lieu de me payer, il m'a proposé de réaliser gratuitement
le making-of de son prochain film.
Bref, je me suis retrouvé sur ce plateau
et j'ai rencontré Raphaël.
- Ça va, Hugo ? - Et toi ?
Et au début, j'avais l'impression qu'il n'avait pas sa place non plus.
Tout est dans ce livre.
Il y a des considérations géographiques, météorologiques,
cosmiques, cosmogoniques
et des notions de la fin du monde.
Ça sera pas une apocalypse avec le prophète qui revient. Ça sera pas ça.
Ce serait, normalement, un végétal.
- Son enfance avait été comme la mienne, sans l'introversion.
Une enfance heureuse en banlieue de Grenoble.
Une fratrie soudée, une mère affectueuse,
un père aimant,
et une équipe de Poussins qui peinait à s'imposer.
S'en suivit une adolescence banale, où on s'occupe comme on peut.
Bref, rien ne le prédestinait à une carrière dans le cinéma.
Pourtant, son rêve était de devenir comédien.
Après toutes sortes de figuration et de courts-métrages audacieux...
Air de western
Il avait réussi à se hisser jusqu'à ce plateau.
Au départ, je filmais tout le monde, puis je filmais plus que lui.
Pesto Fiorini. Ma que bella !
- C'est contractuel. Je suis obligé. - Oui, bien sûr.
Il m'est apparu avec évidence...
- Pesto Fiorini. - Qu'on allait bien s'entendre.
Rires
J'ai cru que c'était ce gars en soirée avec qui on rigole
sans arrêt, et qu'on revoit plus jamais.
Comme un coup d'un soir amical.
Pourtant, j'ai continué de le suivre.
Comme il était comédien et que je voulais être réalisateur,
je le voyais comme une porte d'entrée dans ce milieu fermé.
Il avait une chance de réussir.
Une chance sur des millions,
mais la seule qui s'offrait à moi.
Au grand désarroi de mon entourage, persuadé que je perdais mon temps,
j'étais tout le temps avec lui.
- Un rapport franc et sincère, c'est les piliers d'une amitié.
T'es mon ami.
- À tel point qu'il est arrivé un moment où je filmais tout.
Tout le temps. Vraiment tout le temps.
- J'aurais pas dû reprendre du poulpe. Pets
Bon, allez, vas-y.
Filme bien ça. Filme bien.
- Pourquoi tu veux toujours être filmé ?
Les acteurs, c'est fait pour ça.
Comme disait mon père,
l'extraordinaire, c'est pas les choses grandioses,
c'est de voir les gens, tous les jours, faire des choses ordinaires.
La magie est partout. Tout est poétique.
Par nature, elle est insaisissable.
Quand elle frappe, il faut pouvoir ouvrir et s'en faire les témoins.
- S'il était très généreux pour la poésie...
- L'art, c'est bien, l'argent, c'est mieux.
- Il avait un rapport plus compliqué aux finances.
- Tu peux me prêter ta carte ? - T'as jamais de carte.
Il pouvait déployer des trésors d'ingéniosité pour éviter la note.
T'es relou ! Arrête de prendre ma carte en photo.
Même petite.
- Si t'as pas confiance, passe-moi pas ta carte.
Vas-y.
- T'es vexé que je paye pas ta machine ?
Non, non. Raccroche. Ferme ta caméra.
- Cette pingrerie était largement compensée par d'autres qualités.
- La vie est un voyage, voyageons harmonieusement
avec les compagnons qu'on nous offre.
Je me lassais jamais.
Je veux être tout cela,
à la fois serpent, colombe et cochon.
Sa sagesse me fascinait...
- Si Hitler avait déployé autant d'énergie à faire le bien...
Et sa bêtise encore plus.
- Il aurait pu créer Google ou un truc bien, tu vois ?
Des fois, je regarde une chaise,
on dirait que c'est elle qui me regarde.
Qui regarde qui ?
Quand on parle, on a le pouvoir. Mais il faut écouter pour s'amender.
- T'écoutes pas beaucoup. - J'écoute pas.
- Il a fallu attendre une nuit d'hiver 2021
pour que, dans un élan assez rare pour être souligné,
il daigne enfin payer un bol de frites.
Mon grand-père a fait la guerre d'Indochine.
Devine qui était dans son régiment ? À mon grand-père ?
Devine qui était... Raph ?
Devine qui était dans le régiment de mon grand-père.
Tu vas jamais trouver.
Eddy Mitchell !
Le chanteur.
C'est stylé, non ? En vrai, c'est stylé.
Eddy Mitchell, c'est stylé.
Faire la guerre avec Eddy Mitchell,
c'est quand même plus stylé que la faire tout seul
ou sans Eddy Mitchell, tu vois ?
Tu m'écoutes, l'artiste ?
Même ma mère est pas aussi belle.
C'est un coup de foudre.
Coup de foudre. Sérieux, je l'aime.
- T'es amoureux ? - Je te jure.
Excusez-moi. Je peux avoir deux cafés, s'il vous plaît ?
- T'en penses quoi ? - Pas sûr.
- Bonsoir. Des cafés. - On en a pas commandé.
- Je suis pas serveur. C'est pour... pour vous offrir.
Ah, OK. Ben, merci.
- Si vous voulez sucrer. - OK...
Ça semblait mal engagé.
Mais comme a dit Shakespeare, ce que l'amour peut faire,
l'amour ose le tenter.
- Ça va ? - Et vous ?
On faisait même des sorties tous les trois.
Meuglement
C'était sympa.
Ils étaient mignons.
- Tu manges où ? - Chez toi ?
Ils s'étaient bien trouvés.
- Il y a des trucs gratuits aux dégustations.
- Elle aussi, c'était une vieille crevarde.
- Raphaël va pas toujours tout te payer.
- Il t'a dit qu'il me payait tout ? - Hein ?
- C'est quoi cette histoire ? - Elle a raison.
Pour les dégustations. Tu peux prendre des trucs, fromages, miel, aux stands.
- Tu picores. - Des petits trucs.
Si tu picores, au total, ça te fait mieux qu'un repas.
- Dans le travail, il était obsessionnel
et il ménageait pas ses efforts.
Il passait ses soirées à répéter ses textes.
"... en pleine crise d'angoisse."
- Attends. Raphaël ! Ça, c'est une crise d'épilepsie, pas d'angoisse.
Je l'aidais au mieux.
La crise d'angoisse, c'est plus un truc intériorisé.
Tes émotions te dépassent, etc.
Non ! Non !
Grognements
Tu veux pas y aller ?
- Pas mal ? - On peut en refaire une, je pense.
En le suivant,
j'avais accès aux plateaux de tournage.
- JP ! - Pour moi,
c'était l'occasion rêvée de faire un film unique
sur les coulisses du cinéma.
- T'es à côté de moi, tu joues à côté de moi,
je te laisse marcher à côté de moi...
C'est pas gratuit.
- Il avait pas les codes, ça lui a coûté cher.
Merci.
On fait une photo ?
Ouais, pour mon gars, Quenard.
C'est des gars, c'est des acteurs du cinoche.
- Tu vois ? - "Le futur."
On va pas mentir aux gens non plus.
- Mais... - "Le futur." Dis "le futur".
Futur, le futur des seconds rôles.
Raphaël Quenard en second plan.
Pas de souci.
Non...
- On peut faire une photo ? - Viens.
- On est là. - Ça va, les gars sûrs ?
- Les gars sûrs. - Ça va ?
Cool. Eh, vous le connaissez ?
- Non. - Non.
Ça sera ça toute ta vie.
Tu seras à côté des gens qui prennent des photos, personne te prendra.
- Une dernière, s'il te plaît. Fais ça pour moi.
- Une photo et me casse pas les couilles.
- "Pour mon gars sûr, Raphi." - Pour mon gars sûr,
Raphi. On a confiance en toi.
T'es un second rôle, mais tu peux avoir une belle vie.
Plein d'acteurs qui sont derrière ont de belles carrières.
Tu vois ? La lumière, c'est pas pour toi.
Vrai conseil : reste derrière, dans l'ombre.
C'est ta place.
- Faut que j'y aille. - Mais...
Non, faut que j'y aille.
OK. Je t'embrasse.
- Ce que j'adorais, c'est qu'il était prêt à tout.
- C'est Raphaël qui me... Je sais pas ce qu'il veut.
Vraiment désolé de te déranger.
Tu présentes les César ?
J'en remets trois.
- OK. Moi, je te dis, avec tout le respect et tout,
moi, j'aimerais vraiment en avoir un.
Et je... Non, sérieusement. Désolé de te demander ça.
Tu peux leur dire de ma part...
- Raphaël... - Tu leur dis : "Je connais Raphaël,
"j'ai fait un film avec lui.
"Il aimerait trop avoir le César, il a besoin..."
- Raphaël. - Je ferai ce que tu veux.
- Une petite dédicace ! - Personne te connaît.
- S'il te plaît, sérieusement. - Mais ça marche pas comme ça.
- Essaie pas de trop monter, c'est pas ton truc.
Avec ta gueule du marché de Rungis, tu veux un César ?
Les mecs veulent être acteurs avec des têtes lambda.
Pourquoi te prendre toi, s'il y a 10 000 têtes comme toi ?
Pourquoi t'as été mis à cette place ?
- Parce que je fais rêver. - Qui ?
- Les Français. - Quels Français ?
Tous.
Le prof de philo,
le mec des cités, le bourge...
- J'ai un physique qui réunit. - Les taulards ?
Si sa carrière semblait pas décoller,
côté cœur, il avait trouvé l'harmonie.
Resto avec mon homme.
- Ferme ta gueule, ouvre ton wrap. - Pourquoi ?
Même avec elle...
Elle s'exclame. Il arrivait à se faire filmer.
Elle rit.
C'était mieux de pas toujours être avec eux.
Quand ils sont ensemble, l'ambiance est bizarre.
Je crois qu'ils s'aiment vraiment. Rires
Tu m'aimes ?
Je t'aime trop fort.
Je t'aime plus que moi.
- Elle est comment, la bite de ton père ?
Et la chatte de ta mère ?
Franchement...
je crois que je préfère la tienne.
- Pour sa carrière, il n'hésitait pas à provoquer sa chance.
Sur les plateaux de tournage,
il profitait de la présence de comédiens pour initier des projets.
Il y a un rôle de fou.
T'as une petite coupe
- qui me fait penser à la mienne. - C'est vrai,
on est un peu coiffés pareil.
- Si jamais, tu me donnes ton num, je t'envoie le script.
Il manquait pas d'idées.
- Ça va ? - Ouais.
- Avant, tu faisais Éric et Ramzy. - Oui.
- Peut-être qu'on pourrait faire Éric et Raphi.
Mais de bonnes idées.
- Des caméras cachées où on montre nos bites dans le métro,
- des trucs comme ça. - Je vois... Je vois le truc.
- C'est une comédie romantique zoophile, à Charleville-Mézières...
- Ah, putain. Vous tournez quand ? Je vais pas pouvoir.
- C'est un biopic qui va jusqu'à mes 50 ans.
- De toi ? - Pour me faire connaître.
Comme t'as une certaine fanbase,
si tu acceptes de m'incarner au cinéma,
ça peut aider le public à m'identifier.
C'est un gars qui fait une forme de thérapie, de l'"apithérapie".
C'est du soin par les abeilles.
Philosophiquement, je détourne le message
en disant que ce personnage a une ruche intérieure.
- Les plus gros évènements de ta vie. - Les piliers.
- La mort de ma femme. - Elle est morte de quoi ?
Un poids lourd.
Du coup, pour jouer l'abeille, j'ai pensé à Mimi Mathy.
Elle est toute petite.
Vous tournez quand ?
- Peut-être l'année prochaine. - Non.
L'année prochaine, je peux pas. Une prochaine fois.
2025, sinon. On s'adapte aux dates...
2025, c'est mort.
- 2026 ? - À la limite, 2026, c'est mort.
Je vais pas le faire
- parce que... - Il y a du nu ! Il y a du nu !
- Il y a du nu. - Il y a du nu ?
- Tu t'écoutes ou pas ? Se coincer la bite et tout ?
Reviens me voir en 2027.
Mais ce sera mort. Ce sera mort aussi.
- Comment on appelle une abeille qui aime le miel ?
- On l'appelle pas... - Une salope.
- J'y retourne. - Allez.
- À force, la profession avait du mal à le prendre au sérieux.
J'ai un truc, si ça t'intéresse.
C'est entre comédie et film un peu choc.
Ça se passe dans les régions
où les mecs sont un peu...
un peu consanguins, genre Grenoble,
Lorraine, Ardennes...
Tout le Nord.
Incident déclencheur : le mec viole sa fille.
- Ça, c'est le début. - OK.
- OK ? - C'est mon perso ?
- Oui, le père. - OK.
- En même temps... - Il se protège ?
Capote, tu veux dire ?
- Il se protège ? - Quand il la viole.
On voit pas à ce point.
T'es le 1er qui me demande.
Personne m'a posé cette question.
Mais bon...
Bon, alors, la fille, très mignonne. Elle a...
je sais pas... 13-14, un truc comme ça. Et...
- Elle est déjà formée. - Oui. Elle est formée, oui, oui.
On peut pas se dire qu'on le comprend.
- C'est sa fille. - Bien sûr.
Mais elle est mignonne.
Une jolie petite fille.
Là où ça doit être troublant, c'est qu'il est amoureux
de sa fille.
- C'est une comédie ? - C'est une comédie...
On se poile ?
- Si tu veux, mais c'est pas genre "on se poile"...
- On se poile vraiment à la fin. - OK.
- Le mec a fait tout ce chemin de rédemption et à la fin,
il recraque,
il reviole sa fille.
- Moi, c'est banco. - Ah, c'est chaud.
- T'es gogole, en fait. - Pourquoi ?
T'étonne pas si on se fout de ta gueule.
- Pour le meilleur ou pour le pire, il refusait d'abandonner ses rêves.
Je sais, c'est une minute.
Merci à... à maman.
Merci également à...
à papa.
- Ça fait plus d'une minute. - Alors...
Je voulais y croire.
J'entends que la musique retentit...
Il crache.
- Il a essayé de créer du lien avec les autres.
- Arrête avec les photos. Concentre-toi.
- Mais tous ne semblaient pas partager mon enthousiasme à son égard.
Clics d'appareil photo
- Enlève ta main. Enlève ta main, je te dis.
- Enlève ta main. - Enlève ta main. Fais pas ça.
On y va.
- Décale-toi. En fait, là, il est...
- Mets-toi dessus. - Remets-toi comme t'étais.
- Colle-toi plus à François. Comme la... la prise d'avant. Voilà.
- Sans le bras ! - Enlève le bras.
François,
- sur ta gauche. - Merci.
- Encore, à peine. - Ouais, ouais.
- Ouais, c'est pas mal. Par contre, ton bras, Raph...
- Raph, on fait le cadre. Regarde devant.
On se décale un peu et c'est bon.
Pourquoi tu mets ton bras ?
C'est pas dans la scène ! On te dit de pas le mettre.
- 15 fois. - Je peux plus le supporter.
- En règle générale, les gens du cinéma,
ils m'ont fait du mal.
Les autres acteurs...
qui parfois,
je sentais, étaient pas forcément dans une dynamique de partage,
qui m'ont fait ressentir une forme...
de rejet.
Alors que je ne demandais qu'à...
être gentil,
intégrer...
le cercle, en être.
- Malgré tout, les tournages se sont multipliés
et il a rencontré des gens compréhensifs.
- Si tu te sens seul, tu tapes à ma porte. C'est la 36.
On est des bonhommes ou pas ?
Allez, putain. Allez ! Te laisse pas abattre.
- Certains étaient même un peu trop compréhensifs.
- Reposez-vous bien, soyez en forme demain.
Attends, fais voir.
Ah ouais.
Clic d'appareil photo Voilà.
C'est dans ma photothèque.
C'est le bien-être des acteurs, le plus important pour moi.
Si t'en reveux, tu reviens.
- Ses relations avec l'industrie devenaient étroites.
- Tu sais avec quoi rime Quenard ? - J'ai peur.
- Avec art. Rire
Et "nar", à Grenoble, ça veut dire "bien dur".
Avant la bouche,
c'est mon trou de balle
qui me sert davantage pour avancer
et progresser dans ce monde.
J'ai un trou de balle qui...
affiche une élasticité débordante.
Les constructeurs de plastique et polymères s'en étonnent.
Dentifrice, pot à savon, brosse à chiotte...
Tout rentre avec une facilité déconcertante.
C'est plus un trou de balle,
c'est un gouffre sans fond.
À disposition de l'industrie, bien sûr. Pour son plus grand plaisir.
- Il a décroché un rôle principal.
Applaudissements Puis deux.
Puis trois.
Après ça, les gens se sont intéressés à lui.
Je n'aurais pas pris Raphaël
si c'était pas un immense technicien, un comédien rigoureux...
- Il a donné ses 1res interviews. Au début, c'était en caleçon.
Très vite, il a enchaîné les journées de promotion,
il répondait à tous les micros qui s'offraient à lui.
Il flottait comme un parfum de revanche.
Je vais te dire.
Aujourd'hui, au jour d'aujourd'hui, t'as 4 enfants ?
- T'as un César ? - Oui.
Moi, je vais avoir 4 Césars
et un enfant, que je vais faire avec ta femme.
- Retire ce que t'as dit. Retire ce que t'as dit !
- Retire ou je t'en fous une. - Arrête.
Je t'en fous une !
- Tu gâches tout ! - Retire ce que t'as dit !
- Retire. - Nique ta fille. La pute.
Ton père la cave à sperme. Dédicace à te femme et tes enfants.
- Les gars, ils vous attendent aux loges.
Apparemment, dans le cinéma,
il n'y a qu'une règle,
celle des trois L.
On est d'abord léché,
ensuite, lynché,
enfin, lâché.
Chaque chose en son temps.
Pour l'instant, ce salaud se faisait lécher.
Mon pote était en train de réussir.
J'avais misé sur le bon cheval.
Au milieu de cette agitation...
- J'ai pris à manger. - Il gardait ses vieux réflexes.
- Ça va ? T'as mangé ? - Non.
T'as mangé, toi ?
Je t'ai de venir en ayant mangé.
Raphaël aussi, il doit partir.
OK !
- Il n'était généreux qu'avec ses nouveaux amis.
- Ta carte. - L'écoute pas.
Lui paye pas... Lui paye pas à manger.
- T'es fou. - Tu veux un truc ?
- Tu veux quoi ? - Je sais pas, une formule.
- Donne-lui les sous pour qu'il se paye à manger.
- Ça me gêne. Non, vas-y...
- Vas-y. - 34 combien, tu dis ? 80 ?
- 3880. - Bon, j'y vais rapide.
Ciao !
Il a un plafond, il peut même pas tirer 20 balles.
Garde ta carte, c'est pas grave.
Je vais manger à mes frais. Je vais manger à mes frais.
- Un beau matin, il a décroché son ticket pour les César.
- On y est. Meilleur acteur. - Non !
- J'étais heureux pour lui et pour mon film, qui allait changer.
- Oh là là ! - T'y es. La totale !
- Historique ! - Exceptionnel.
"Historique", il a dit.
Il a lâché le mot comme une bombe.
Il a dit "historique", comme Nagasaki, comme Hiroshima.
Génie ou prophète, appelle-moi comme tu veux,
ne garde à l'esprit qu'une chose : mon ambition,
c'est la seule qui vaille, c'est la grandeur.
Les millénaristes ont dit que le prophète,
il allait revenir dans les années 2000,
moi, je suis né en 91.
- Je suis né en 2000. - Comme par hasard. Hein ?
- Je suis né en 2000 tout pile. - Mais t'as pas une tête de prophète.
Tu as trop d'images mentales de moi, à force de me filmer,
qui t'empêchent de me voir comme un prophète.
Ça t'est impossible.
Pour repérer un prophète,
il faut être soi-même un prophète.
Seul un prophète a un radar à prophète.
Si Jésus, ou Moïse ou Mahomet,
ils se croisent dans la rue,
ils se reconnaissent direct, ils se flairent.
Toi, t'es miro. Le peuple, miro.
Les Romains sont allés le foutre sur une croix, Jésus.
Ah, oui.
Il soupire.
Applaudissements
Le César est attribué
à Raphaël Quenard.
N'étant pas convié,
je le regardais briller depuis mon canapé.
Il avait atteint son objectif,
il était enfin en pleine lumière,
tout le monde le regardait.
Après, c'est parti en couilles.
Des journalistes répètent son nom.
Sonnette Niveau planning,
il a commencé à être difficile à attraper.
- Ça va, l'artiste ? - Ça va ?
- Ça va et toi ? Tu te caches ? - J'avais zappé.
T'avais zappé que je venais ?
Même quand on se voyait,
c'était plus comme avant.
Mastication bruyante
Raphaël !
- Nos moments privilégiés devenaient rares.
Faut qu'on attende Hugo ?
En plus de son métier de comédien,
les sollicitations se multipliaient.
- Ouais, poto ? - Je suis à l'entrée.
C'est pas possible, ça.
Pose-toi dans un café, frérot.
- S'il était toujours au centre de ma vie,
il me mettait plus au centre de la sienne.
Raphaël Quenard, il est invité au défilé.
- C'est un comédien. Raphaël Quenard. - Peut-être.
Bonjour.
- Let me check. What's your last name ? - David.
- Impossible que je rentre ? - Ah non.
- Il a pas dit que je venais avec lui ? - Non.
- I'm not on the list. - Then I can't let you inside.
It's privatised tonight, I'm sorry.
Tonalité
Musique triste
- Je ne le voyais plus qu'à travers un écran, et pas celui de ma caméra.
Je l'ai pas vu venir, ou je voulais pas le voir venir,
mais un soir, ce qui devait arriver arriva.
Bonne nuit, l'artiste. Bonne nuit. À lundi.
Là, je sais pas quand on va se revoir
parce qu'avec les César et tout, ça va être un peu...
le bazar.
- T'as pas de créneaux de libres ? - Avec la campagne,
je vais être un peu de droite et de gauche.
Il y aura l'été, les shootings... Ça va être le bordel.
- Je peux filmer, ça. - Oui, mais c'est pas...
Il y a pas de grâce à tirer de ça.
C'est vraiment de la vanité, de la vacuité...
- Ça a pas d'utilité. - Tu dis que la grâce est partout
que je dois avoir mon filet à papillons
pour l'attraper au vol. Moi je...
Le filet est là.
- Le filet est là, mais malheureusement,
le papillon a besoin d'être tout seul, de se concentrer, je crois.
- OK. OK, ben, vas-y, je... Je te laisse.
Bon...
- Bon courage, alors. - Toi aussi. Je te fais un bisou.
Ils se font la bise.
- Bisous. - Vas-y.
- À bientôt. - Oui, on reste en contact.
- On dit que l'amour s'évanouit toujours dans la douleur.
- À bientôt, bisou. Ciao. Et merci, hein.
- J'apprenais que ça valait aussi en amitié.
Mes proches avaient raison. J'avais perdu mon temps,
mais aussi mon film.
Sonnerie de téléphone
Hugo soupire.
Allô ?
- Tu dors ? - Oui, je dors.
Ah, merde.
Tu... tu veux aller au Pérou ?
C'est sérieux ?
J'ai fait des rêves bizarres.
J'étais un condor,
je survolais des paysages et tout, un peu mystique...
- Attends, attends. C'est super, mais on en parle demain, non ?
- Ben... L'avion, il part demain. - Qu'est-ce que tu dis ?
Ça fait 6 mois que j'ai pas de nouvelles,
tu crois que je vais prendre un avion demain ?
- Je devais y aller avec Anaïde à la base...
- Ben, vas-y avec Anaïde.
Elle est partie, frère.
- T'es sérieux ? Raphaël acquiesce.
Il s'est passé quoi ?
- Ben, j'ai fait... J'ai fait de la merde.
Qu'est-ce que tu veux. Je lui ai pas donné assez de...
d'attention.
J'ai pas vu qu'elle était triste.
Tu l'as lâchée, quoi ?
Raphaël acquiesce.
Tu veux aller au Pérou, du coup ?
Mais...
Frérot, je suis désolé pour Anaïde,
mais je peux pas, j'ai des trucs de prévus.
- Tu m'appelles au milieu de la nuit... - Hugo, s'il te plaît, viens.
C'est des vacances. On y va, on mène l'enquête,
on récolte des infos...
Peut-être qu'il y a des chamans, je sais pas.
Je me sens bien qu'avec toi. S'il te plaît.
Accompagne-moi au Pérou, s'il te plaît.
- Laisse-moi... Viens, on en reparle demain matin.
- Non. Rendors-toi pas trop profond,
il faut être à 6h30 à Roissy.
- T'es sérieux ? À 3h, tu me dis "rendez-vous 6h30 à Roissy" ?
- Oui, ben oui. C'est un peu... last minute.
Là, regarde, il reste 3 heures pour que tu te rendormes...
- Il reste 2 heures si je dois y aller en métro.
Oui. Oui, bien vu. C'est ça.
C'est un cycle. C'est des cycles de 2, le sommeil.
C'est mieux de dormir 2 heures que 3. Hugo souffle.
- J'ai pas d'affaires, j'ai rien... - Pour quoi faire ?
- On va pas au Pérou en slip, ça s'anticipe.
- Ne viens avec rien d'autre que ton énergie pure,
ta petite magie à toi
et ta naïveté en bandoulière,
un slip, un passeport, c'est banco.
Tapis roulant
Me demandez pas pourquoi j'étais là.
Je sais pas si j'étais un pigeon ou si je voulais juste finir mon film.
Ça va ? Impeccable ?
- Tu tiens ta bouche si je te... - Si tu me dis ton rêve ?
- Tu me fais confiance ? - Oui.
- Ben alors ? - Tu sais très bien le circuit...
Un pote d'un autre pote, qui parle à un autre pote,
qui avait déjà dit au pote d'enfance avec qui il est cul et chemise.
Ça se prolifère et à la fin,
ça revient à toi, on te dit que t'es un pédophile.
- C'est aussi des trucs... - Attends, pourquoi pédophile ?
- On t'a dit que t'étais un pédophile ? - Non.
- On m'a jamais dit que j'étais pédophile.
J'ai pas... J'ai pas...
- Attention. - Du coup,
- t'as rêvé d'un condor. - Oui.
Non, j'ai rêvé que j'étais un condor.
- OK, t'étais un condor. - Nuance.
- Du coup, Pérou ? - Du coup, Pérou.
Musique mystérieuse
Battements d'ailes
L'avion atterrit.
15 heures après son appel,
j'étais au Pérou.
Propos en espagnol
J'avais pas tout compris à son histoire de condor,
mais j'étais au Pérou.
Raphaël chante en anglais.
Dis-moi autre chose en anglais qu'un morceau de Daft Punk.
Hi, Miss.
Why do you like squirrels ?
- "Pourquoi tu aimes les écureuils ?" - Oui.
OK.
- Are you squirrels ? Are you squirrels ?
If I am a squirrel ? No, I'm not.
And you like squirrels ?
- Yes, I do. - Oh, yeah. It's good.
It's good thing.
- L'idiot que j'avais rencontré le 1er soir m'avait manqué.
Si je suis honnête,
même si on avait traversé l'Atlantique pour traquer un oiseau,
j'étais heureux d'être là.
- Alors ? - T'es sérieux, frère ?
- Quoi ? - Ton t-shirt, t'es sérieux ?
- Tranquille. Qu'est-ce qu'il y a ? T'aimes pas ?
C'est pas ça, c'est...
"I love Peru", au Pérou.
- Et alors ? - C'est écrit "touriste" sur ta gueule.
Ça fait pigeon, ça ?
- Ça fait t-shirt que tu peux porter qu'au Pérou.
Tonalité
- Bonjour, c'est Anaïde. Laissez-moi un message.
Musique mélancolique
- J'ai remarqué un truc chez les Péruviens...
Tu regardes, on dirait qu'ils ont pas de cou.
On dirait... C'est de cous de max, max, max...
quelques centimètres.
On dirait qu'on a posé la tête sur les épaules
et qu'ils se promènent comme ça.
J'ai capté aussi.
- Truc de fou. - C'est marrant, on dirait des toupies.
- Je t'interdis de railler les Péruviens.
Tu dis qu'ils ont pas de cous,
- je confirme... - Tu veux que... Les Péruviens,
c'est un peuple ingénieux, qui a formé des agriculteurs,
qui a inventé la culture en terrasse, qui a inventé le...
- le calendrier solaire... - Je dis pas qu'ils ont rien inventé.
- T'as lu une fiche Wikipédia... - Je te le dis. Je te le dis.
Je te le dis. T'as inventé la flûte ?
- J'ai jamais dit... - T'as inventé
les systèmes de murs antisismiques ?
- Non, mais je vois pas le rapport. - Voilà.
Ils ont inventé tout ça sans cou.
T'as fait quoi avec ton cou, toi ?
- Quel rapport ? - T'as fait quoi avec ton cou ?
Et toi, t'as fait quoi avec ton cou ?
Ben voilà.
Ben oui, voilà. Donc...
Belle leçon d'humilité.
- Tu dis n'importe quoi depuis tout à l'heure.
Belle leçon d'humilité.
Belle leçon d'humilité que tu me donnes.
J'accepte. Bien joué.
Gazouillis d'oiseau
C'est pas un condor, ça ?
- Rien à voir, tu vois bien que c'est pas...
- Comment t'es sûr que t'étais un condor ?
L'ampleur. Regarde...
- OK, mais... - Beaucoup moins ample,
beaucoup moins de majesté.
Je pesais lourd.
J'étais dans un corps, c'était pas un petit corps comme ça.
- Tu voyais ton corps ? - Ben oui.
- Je pensais que sa réussite professionnelle lui ferait du bien.
Pourtant, à le regarder chercher son oiseau,
je l'avais jamais senti aussi perdu.
Temps mort.
Ça sert à rien, les condors volent pas la nuit. Allez.
- Il est 22h, frère. - Tu veux pas aller te coucher ?
- Non, je veux pas, c'est ça, le problème.
C'est pas drôle les vacances avec toi.
Laisse-lui sa liberté. Tu peux pas être une enclume
qui l'empêche de prendre son envol, d'avancer.
C'est fini depuis combien de temps ?
- 2 mois. - Ça fait 2 mois ?
Il acquiesce. Faut passer à autre chose.
Je te dis ça, je vois que ça va pas. Ça se voit, on va pas faire semblant.
Viens, on en parle.
On en parle. T'es là, tu verbalises pas,
- t'es enfermé. - J'ai pas envie.
- Je n'ai pas envie. - Parles-en.
- Comprends que j'ai envie de garder ça pour moi
- et de pas remuer... - Je te jure...
Je te dis ça parce que...
Tu crois que ça me fait pas mal de te voir comme ça, anéanti ?
Je veux bien, on se change les idées, je te...
Je t'aide à passer à autre chose, mais faut que t'y mettes du tien.
- Là, t'es un fantôme. - Elle me manque, frérot.
Je croise
un être humain dans la rue, je cherche dans son regard
pour voir si elle se cache pas dedans.
Je rêve qu'elle a gardé mes clefs.
Qu'elle a gardé mes clefs, qu'elle rentre chez moi,
sans me prévenir, et que quand j'arrive dans la chambre,
je la vois dans les draps et je...
Je sais pas...
C'est comme si mon esprit,
il veut se barrer, frère,
mais mon ventre, il me...
il me ramène à elle.
Comme s'il y avait un spectre qui rôde autour de moi,
et que j'arrive pas à m'en défaire.
Je savais qu'avec elle...
En vrai, en vérité, avec elle...
Ce qui est magnifique, c'est que c'est la seule personne
avec qui les silences ont du sens.
C'est la seule personne
avec qui... Sa simple présence
me remplit de tout ce dont j'ai besoin,
de tout ce dont j'ai...
Moi, je suis le condor.
Je sais pas pourquoi j'ai fait ce rêve à ce moment-là,
mais c'est pas un simple rêve.
Et c'est pas des visions
qui m'ont hanté de façon anodine.
Ça, je suis sûr de ça.
T'es un beau condor, frère.
Je vais t'aider à comprendre ces rêves.
Mais viens, s'il te plaît,
ce soir,
on oublie les condors, on oublie Anaïde,
et laisse-moi t'aider à penser à autre chose.
Viens, ce soir, on kiffe.
- Dis que t'es chaud. - Je suis chaud.
- "Je vais me bourrer la gueule." - Je...
- Vas-y. - Je vais me bourrer la gueule.
- Señor. Dos piscos sour, s'il vous plaît.
C'est... Por favor.
Voilà !
Ça, c'est un homme qui prend sa vie en main.
Petit sourire.
T'as un peu une tête de condor, parfois.
Top, merci.
- Tu trinques pas, chacal ? - Tchin.
- T'es lancé. Tu fais pas les choses à moitié.
- Vas-y, vas-y.
- C'est quoi, Hugues, le dicton sur le pisco ?
- Tu me cites pas, s'il te plaît. - Non, je te cite pas.
- Le pisco, c'est comme les seins des femmes.
Un, c'est pas tout à fait assez.
Deux, c'est bien.
Trois, c'est un peu trop.
Musique festive
Musique mystérieuse
Battements d'ailes
3 mètres à 3,20 mètres d'envergure,
il atteint 100 km/h dans le vol. Sonnerie de téléphone
Il préfère les grandes carcasses
telles que le cerf ou le lama.
C'est le symbole du Pérou. Attends, une seconde.
- Allô ? - Oui, monsieur Quenard ?
- Oui. Désolé, j'ai pas le numéro. C'est qui ?
- Lucile Colonna, je travaille à l'ambassade de France à Lima.
- Ah oui. - Vous êtes parmi nous au Pérou ?
Ouais, ouais, ouais.
- J'organise le Festival du film français qui a lieu actuellement.
OK.
- Je vous appelle car l'ambassadeur serait ravi de vous revoir
et il aurait souhaité vous inviter à déjeuner,
si jamais vous êtes disponible.
Un repas ?
Un repas, tout à fait.
OK. Pris en charge ?
- Tout à fait, à nos frais, aux frais de l'ambassade.
- C'est une invitation. - Ah.
Je peux vous envoyer un taxi à 13h ?
Oui, oui. Taxi pris en charge aussi ?
- Également. Également. - Ah.
OK.
- J'en profite de vous avoir au téléphone,
seriez-vous d'accord pour donner une conférence au festival ?
Oui.
Ça s'adresse à qui, la conférence ?
On a pas mal de personnes âgées,
mais aussi beaucoup de jeunes, car Lima a son lycée français.
- C'est parfait. Comme ça, je pourrais leur montrer ma bite.
Allô ?
Oui.
Aux lycéens, je parlais.
Hm.
- Je vais pas leur montrer ma bite, c'est une blague.
Comme il y a une rumeur comme quoi je suis pédophile,
ça m'arrive de faire des petites plaisanteries.
- Mais je vais pas leur montrer ma bite. - Donc...
Pour la conférence, le taxi viendra à 19h
et je vous en envoie un, aujourd'hui, à 13h
pour le déjeuner avec l'ambassadeur.
- C'est... Ça vous convient ? - OK.
Et vous, vous serez là ?
Comme moi, ma femme est partie, qu'elle m'a...
brisé le cœur,
je suis complètement disposé, si vous de votre côté...
- Non. Non, non, non. Enfin, non. - Bon.
- Je serai pas là, ce sera mon collègue.
13h, c'est bon pour vous ?
Bon, ben, OK.
- Super, merci. - Merci.
- Bonne journée. - Au revoir.
Évite les blagues sur...
- Elle a pas l'air d'avoir compris la blague.
- Rappelle-la, dis-lui que... - Je la rappelle ?
- Ouais, explique-lui bien. - Je lui dis.
- C'était pas clair. Même moi, tu m'as mis un doute.
Ça m'a fait peur. Je rappelle.
- Allô ? - Allô ? Pardon de vous déranger.
Je vous rappelle. C'était une blague sur ma bite,
quand je disais
que j'allais la montrer à tout le monde à la conférence.
D'accord, pas de souci.
Pas de souci. Merci pour votre rappel.
Merci à vous.
- Au revoir. - Au revoir.
J'espère que je vais pas contribuer à faire proliférer la rumeur.
- Mais j'ai l'impression que c'est vraiment toi
qui la répands, cette rumeur.
Moi, je l'ai entendue de ta bouche,
- comme quoi tu serais pédophile. - Ah oui.
- Il y a des trucs, faut que tu les dises qu'à moi.
Ouais.
Oui parce que tu veux désamorcer une rumeur,
mais en fait, en désamorçant, tu fais que la faire proliférer.
Il y avait rien à désamorcer.
C'est toi qui as dit que t'allais montrer ta bite à des lycéens.
- Tu vois ? - Oui.
Dans la chronologie du truc,
c'est toi qui dis : "Je vais leur montrer ma bite."
Oui.
Laisse tomber.
De toute façon, j'avais même pas envie de montrer ma bite.
- Les Japonais l'ont protégé, entre guillemets,
- ils l'ont pas extradé. - Il est devenu un politique au Japon.
Vous avez déjà vu un condor ?
- En vrai... - De loin.
De loin ?
Mon animal totem, c'est un condor.
Je veux aller voir un chaman pour éclaircir le truc.
Et un chaman en Europe, il va pas avoir le...
- le bagage pour éclaircir. - Il faut faire gaffe.
Tu dois faire gaffe ici. Il y a plein d'arnaques.
Si tu trouves un mec avec des plumes
qui te dit : "Je vais te faire voir ton 3e œil", fais gaffe.
Tu vas probablement te faire violer. Ça arrive tout le temps.
- Ils violent les gens qui viennent leur demander de l'aide ?
- Il y a des histoires... affreuses. - Non !
Vas-y.
- J'ai entendu l'histoire d'une touriste
qui voulait faire son truc d'ayahuasca,
et ils lui ont dit : "Tu peux pas filmer ce qui se passe."
Un de ses potes a mis une caméra en cachette
- et a tout filmé. - Un pote du chaman ?
- Non, un pote à elle. - Ah, OK.
- Après tout le machin, quand ils se sont réveillés,
ils ont vu la vidéo
et ont vu que le chaman les avait tous violés.
- Non ! - Le chaman les avait tous violés.
- Il y a pas des chamans qui violent pas ?
- Si ! - Il y en a ? Oui.
Toi, t'as pas de contacts ou de trucs avec des chamans ?
- Non, pas que je puisse recommander, non.
- Le chaman attend le touriste. - C'est quoi qui vole, là ?
Les urubus noirs.
- C'est pas des condors ? - Non.
C'est plus petit, mais c'est de la même famille.
- C'est le petit frère du condor, ça ? - Là-haut,
t'en as un perché sur l'église.
Gazouillis d'oiseaux
Rires forcés
- Je lui envoie ? - Attends, c'est pour elle
que tu te filmes en train de golri tout seul ?
C'est un peu malsain d'envoyer à son ex des...
Je la refais, je la refais.
T'aimes pas ?
- C'est pas trop la question, c'est plus... c'est bizarre.
C'est réaliste, mais c'est pas normal que ça le soit autant.
- Quand je fais pour de faux, c'est plus naturel ?
La vraie vie, ça t'empêche de jouer.
- Le but, c'est que ce moment de rigolade,
ce soit un truc vrai, pas un truc joué.
Le mieux, ce serait que juste, tu poses ton téléphone...
- Mais le problème, c'est que c'est plus vrai quand c'est faux.
- On s'en fout. Vrai pour qui ? Pour nous, c'est pas vrai, ce moment.
- Mais on s'en fout. Ce qui va rester, c'est pas le moment qu'on passe.
Il s'est déjà évanoui.
Celui imprimé dans la vidéo va rester.
Laisse tomber, c'est pas des condors.
- Je sais que ton truc, c'est les condors,
mais c'est pas pour ça que tu peux pas profiter d'autres oiseaux.
C'est bizarre comme raisonnement.
- C'est comme les femmes. Quand t'es amoureux d'une femme,
les autres, tu les regardes même pas.
- T'es pas amoureux des condors ? Quel rapport ?
Il rote.
C'est mon préféré.
Comme elle, c'était ma préférée.
Un chien aboie.
Ils sont beaux, hein.
Ils sont beaux, au sommet de leur amour,
à nous le jeter à la gueule.
Ils s'aiment, ces fils de putes.
Propos en espagnol
Rire forcé
- Elle va kiffer la photo de la fleur ? - Ben ouais.
Non ?
Je comprenais pourquoi j'étais là.
Un comédien sans spectateurs,
c'est juste un mec qui parle tout seul.
Et j'étais son spectateur.
Musique mélancolique
Musique mystérieuse
Battements d'ailes
Rire forcé
Il se racle la gorge.
Elle m'a bloqué, je crois.
Putain.
- Je me demandais parfois si à force de jouer des personnages,
il avait pas fini par en devenir un.
Musique mélancolique
La magie.
- Elle est où ? - 2e tour de magie, voilà un cadeau.
- Une phrase dit : "Méfie-toi de ce que tu veux,
"tu pourrais finir par l'avoir."
Il avait eu ce qu'il pensait vouloir,
mais il avait perdu le plus important.
Applaudissements
Propos indistincts
David Duponchel est avec nous.
Réalisateur, historien français.
Nous avons Raphaël Quenard en tant qu'invité d'honneur.
- Explique-nous un peu
ton parcours, celui qui t'a mené jusqu'au César.
Mi spanish...
Mi español ! Mi español...
est très mauvais.
Rires Et...
Bonjour.
Hola.
David, David !
- Ça s'est bien passé ? - Ça a été.
- Tu vas faire quoi, là ? - Je vais aller prendre un verre.
On peut se voir après, si tu veux.
Non, je voulais juste te demander...
J'ai eu une vision dans un rêve,
je voulais éclaircir ce mystère.
Je me suis, peut-être si t'as un contact
d'un chaman dans le secteur...
- Chaman ? - Un chaman, oui.
Si t'as un truc.
- Ça peut peut-être se trouver
mais il faut que je me déplace, c'est un peu...
Faut aller dans le centre de Lima, c'est un peu chaud.
Je peux peut-être t'en trouver un qui est bien.
Faudrait que tu me files un peu de sous.
J'ai ça.
Je vais pas aller loin avec ça.
Donne.
- C'est combien ? - Ça fait combien ?
- Tu m'en donnes encore un... - Ça vaut combien ?
Et deux, j'ai mes petits 200 dollars,
- c'est pas mal. - C'est combien ?
- C'est pour le chaman ? Ça paye le... - Voilà.
Puis donne-moi pour le taxi.
Comme je vais me barrer en taxi.
De toute façon, on prendra un verre avec lui après.
D'accord ?
- Ça marche ? - OK.
- OK. - Cool.
Voilà. Bon, écoute, je t'appelle ?
Ciao. À toute.
Plus qu'à prier pour que la magie opère.
- Pour ce prix-là. - Ce serait bien.
- À ce prix-là, ça va peut-être opérer.
Musique triste
- Tu veux aller voir quoi ? - Je sais pas, les temples.
T'as une passion soudaine pour la culture inca,
viens, on va visiter, on bouge. Notifications
Message de David.
- Rendez-vous dans 15 minutes. - C'est qui David ?
Le gars du chaman.
- Ton t-shirt est à l'envers. - Ah oui, merde.
Je vais passer pour un con devant le chaman.
T'es sûr que c'est pas une arnaque ?
- David, juste pour savoir, tu sais si c'est un...
un chaman violeur ?
J'aime autant que ce soit pas violeur, si possible.
- Je prends un taxi ? - Prends un taxi.
Tu veux pas que je le commande et tu vas te changer ?
- Pourquoi ? - Je te jure, va te changer.
Ce t-shirt... Le gars t'a pris 700 balles pour un numéro de téléphone,
t'y vas en touriste, le chaman va t'ouvrir le cul.
Je le prends, va te changer.
- Reviens. Dépêche-toi. - OK.
Aboiements Propos en espagnol
Hola.
Hola.
- Qu'est-ce que tu veux lui demander ? - Je veux lui demander si...
Ma femme m'a quitté.
Depuis qu'elle m'a quitté, je fais des rêves
où j'ai l'impression d'être un condor.
Je veux lui demander la signification de ces visions.
Et savoir si ma femme va revenir.
C'est pour ça que je suis venu au Pérou,
pour élucider ce mystère.
Muy bien.
Propos en espagnol
Si elle va revenir.
¿Cómo se llama ?
- Anaïde. - Hm, hm.
- Il dit que le condor symbolise la solitude.
Si tu rêves de cet oiseau,
c'est parce que cette solitude t'oppresse, te poursuit.
Elle est partie parce qu'elle est tombée amoureuse
d'un ornithologue. Elle est heureuse avec lui.
- Elle va pas revenir. - Y a-t-il
- une chance qu'elle revienne ? - Non.
- Il a dit "c'est terminé" ? - C'est le point de rupture.
Caminos.
- "Caminos", c'est... - Les 2 chemins se séparent.
C'est terminé. C'est terminé.
Voilà.
Propos en espagnol
Craquement Raphaël gémit.
Musique mystérieuse
Battements d'ailes
Je sais que t'en es persuadé,
mais peut-être que c'était pas la bonne.
Je sais que t'as pas envie d'entendre ça,
- que je la connaissais pas tellement... - Tu la connaissais pas du tout.
Donc arrête de... Si tu veux bien,
viens, on s'épargne les phrases toutes faites et les...
et les banalités sans nom.
Musique mélancolique
Sonnette
- Hola. - Tu fais quoi ?
Je repars pas les mains vides.
Je ramène un cadeau à son ornithologue.
Propos en espagnol
Euh...
Mí, fusil...
para ca... chassar
la... le... le condor.
- OK. - Que je vais dehors et boum, boum.
Claro.
C'est bon ?
Pointe pas avec le fusil à pompe.
- ¿Como esto? - Sí.
- Si el es condor... boum boum ? - Ouh !
Boum, boum ! Propos en espagnol
C'est...
OK. OK.
¿Cuántos para fusil?
- ¿Cuánto cuesta? - ¿Cuánto cuesta?
Sí.
Propos en espagnol
- Faut que tu passes un permis de port d'armes.
Mí no licencio. Solo para...
Il essaie de parler espagnol.
Propos en espagnol
¿Si 1 000 euros más?
- No. No. - ¿2 000 ?
Propos en espagnol
Taille, taille, taille.
Sans que je sache trop comment,
mon film sur le cinéma m'avait conduit dans cette voiture,
en direction de la montagne, un fusil à pompe dans le coffre.
J'étais embarqué dans une obscure histoire de vengeance
impliquant un ornithologue, un oiseau en voie d'extinction
et mon ami devenu fou.
Je n'avais rien à faire dans cette voiture ni dans ce pays.
Et pourtant, pour rien au monde j'aurais voulu être ailleurs.
Musique mystérieuse
- Tu veux pas faire une pause ? - Encore 1 heure 30, 2 heures.
Regarde ça.
C'est leur maison, là-haut.
On se poste ici. S'il y en a qui vadrouille
dans cette portion de vallée... boum.
Soupir d'effort
Musique douce
Je crois qu'il viendra pas.
Tu sais ce qui me brise le cœur ?
C'est que je sens
que je vais la détester.
Et j'ai pas envie, en fait.
- Tu penses qu'elle te déteste, elle aussi ?
Je lui souhaite.
Si elle veut pas finir comme moi,
c'est ce qu'elle a de mieux à faire.
Le mieux, c'est que...
tu la laisses un peu tranquille.
Tu la laisses t'oublier aussi de son côté.
Hm...
Cri d'oiseau
Il est là !
Battement d'ailes Coup de feu
Battement d'ailes
C'est Raph. On vient d'atterrir à Paris, là.
11 heures de vol...
c'est jamais une sinécure.
En tout cas, je voulais te dire que...
le Pérou, c'était super.
Évidemment, ça aurait été incomparablement mieux avec toi.
Euh... Je t'appelle surtout pour tout dire que...
je m'engage à ce que...
ce message soit le dernier que je t'envoie.
J'espère que...
tu m'en veux pas trop.
Et voilà.
Si toi, t'as besoin de m'appeler,
n'hésite surtout pas.
Même si c'est pour me dire "allô" et me raccrocher au nez,
je suis à ta disposition.
En tout cas, prends soin de toi. J'espère que tu iras bien,
que tu vas bien et que...
j'irai bien aussi.
Voilà. Je t'embrasse.
Et je t'aime.
Au revoir.
Merci pour le voyage.
Avec plaisir.
Tu fais un truc ce soir ?
Non.
- Tu veux que je t'accompagne à la campagne ?
- Tu veux ? - Ouais, vas-y.
- Ça te dérange pas ? - Ben non.
- Tu préfères ? Sinon, je rentre. - Oui.
- Tu préfères ? - Je préfère.
Soupir
Sonnette
Bonjour, Raphaël.
Je sais que tu m'entends.
Toujours pédophile ?
Je plaisante. Mais trêve de balivernes.
Toi qui pensais chasser l'oiseau roi,
symbole de la majesté silencieuse,
tu te fourvoyais grossièrement.
Ce que tu pourchassais, en réalité,
c'est cette solitude qui te malmène et que le condor incarne.
Sois tranquille, désormais.
Le message que je viens te délivrer
est un message d'abandon salvateur.
Quand la difficulté de vivre s'intensifie,
l'envie nous prend d'aller ailleurs,
mais on comprend toujours que la peine est partout la même.
L'acceptation est la seule issue qui vaille.
Ne cherche pas à tuer le condor.
Accepte de fendre les cieux à mes côtés,
ne me fuis pas !
Je suis la solitude enveloppante,
la solitude fertile !
Ma grâce détient un pouvoir
à déplacer les montagnes !
Plane, contemple, embrasse ces grands espaces
que jamais nous n'aurons fini d'explorer.
Vole au gré du vent.
Laisse-toi charrier par ses courants qui te mènent plus loin.
J'ai traversé terres et mers pour te le dire.
Ne crains plus jamais le vide.
C'est le refuge de ceux qui volent.
Il ouvre la porte. Grincement
Entre.
Musique douce
Attention, tu baves.
Bave pas sur le parquet de la chambre ! Ah, putain.
- Ce que mes proches m'avaient pas dit,
c'est que parfois, on gagne du temps à en perdre.
Moi qui avais toujours rêvé de faire un film,
j'avais fini par en avoir un.
Un film à notre image,
celle de deux solitudes
réunies par un gros oiseau.
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