Afrikaans
Amharic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Polish
Punjabi
Quechua
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
La hideur chez une femme es! un péché mortel.
Vous êtes belle,
vous êtes celle qu'on regarde pour sa beauté.
Vous êtes bide,
vous êtes celle qu'on regarde pour sa laideur.
- La porte !
L'argent !
- Voilà ! C'est tout ce que j'ai pu sauver.
- Où étiez-vous ? Je me suis fait un sang d'encre.
Je vous ai dit que vous en emmeniez trop.
À cause de vous, j'ai passé 3 nuits en prison.
- Grâce à votre absence, j'ai travaillé comme jamais.
- Vous m'avez donné l'adresse pour le gigot.
- L'avidité, ma chère Violette,
c'est votre vice, pas le mien.
Sans moi, vous seriez à Paris, à crever de faim,
comme les autres !
- Du bœuf, tu peux en avoir ?
- C'est cher.
- À titre d'avance.
Je peux beaucoup pour toi, tu sais.
- Vous faire tuer, c'est ce que vous voulez ?
♪ avais lavé mes cheveux pour vous.
Tenez, sentez.
Quand je vous aurai quitté, ce sera trop tard.
Vous en mourrez.
Faites-moi plaisir, lisez plutôt mon manuscrit.
♪ ai besoin de savoir ce que vous en pensez.
Alors ?
Ça vous plaît pas ?
- Y en a que pour vos amis célèbres.
Vous parlez jamais de moi, jamais.
Si j'écrivais, je parlerais de vous.
De mon amour POUF VOUS.
- Ecrivez.
Depuis le temps que je vous le dis.
- Je peux pas.
Prenez-moi dans vos bras. Touchez-moi !
- Vous n'allez pas recommencer !
- Fermez les yeux, imaginez que je suis quelqu'un d'autre.
- Vous êtes folle, faites-vous soigner !
- Vous êtes un monstre !
Un manipulateur!
Voilà ce que vous êtes.
Qui a eu l'idée de me faire passer pour sa femme ?
Qui m'a poussée à jouer Iesjeunes mariées ?
Je suis prise au piège.
- Nous sommes venus pour manger.
Je pouvais penser que cette guerre allait durer ?
Parlez-moi de ce que vous avez lu.
Votre avis est important pour moi.
- Je vous dirai rien !
Vous êtes comme ma mère.
Egoïste, perverse.
- Et vous, une horrible femelle.
Conformiste et stupide.
Entre nous, il ne se passera jamais rien.
Mettez-vous ça dans la tète.
- Je suis capable de me tuer, vous savez.
- Prenez ce cahier.
Allez vous foutre au frais, sous un pommier.
Vous cracherez sur papier ce qui vous rend aussi insupportable.
Tout le monde s'en portera mieux.
Ma mère ne m'a jamais donné !a main.
Elle m'aidait à monter, à descendre des trottoirs,
en pinçant mon vêtement là où Femmanchure est saisissable.
-"Ecoute-moi. Essaie de comprendre."
- Cela m'humiliait.
Je repoussais la main.
-"J'étais qu'une bonniche."
- Elle me pinçait et me soulevait
comme un poulet qu'on enlève par une aile.
Je devenais molle.
Je rÿavançais plus.
Ma mère voyait mes larmes.
"Tu veux te faire écraser .7
"Tu pleures .7"
C'était e!!e qui mécrasait.
- Ma pauvre enfant...
Je n'ai qu'une chose à vous dire.
Il ne vous reste plus qu'à continuer.
- Maurice !
Vous partez ?
Comme ça, sans me prévenir ?
- Faut que je trouve de l'argent pour vivre.
- Laissez. Je retournerai à Paris.
- Je vais essayer de soutirer des sous à la NRF
en échange de mon manuscrit.
Vous ne l'avez pas trouvé mauvais ?
♪ irai voir mes amis riches.
Ils vont pas me laisser.
- Vous m'avez dit qu'ils vous détestaient.
- Que racontez-vous ?
- On va vous faire du mal !
- Vous divaguez, je n'ai tué personne.
- Et la jeune fille juive à la gare ?
Vous la connaissiez bien.
Elle vous a donné de l'argent?
- Arrètez de me harceler !
Dans une semaine, je suis rentré.
Je ne peux pas me passer de vous.
- Vous mentez !
Vous ne reviendrez pas.
Vous m'abandonnez, vous aussi.
- Qui estlà ?
- L'amie de Maurice.
- Une seconde.
Mon fils veut vous voir. Je vous ouvre.
Entrez.
Ne bougez pas, je reviens.
Tenez.
- Simone de Beauvoir, qui est-ce ?
- C'est une amie de mon fils.
- Un femme, écrire un si gros livre ?
Vous l'avez lu ?
- Une histoire de ménage à trois ? Non, merci.
- Une femme entre deux hommes ?
- Une femme entre un homme et une femme.
Ah, voilà mon fils.
- C'est vous l'amie de Maurice ?
- C'est moi.
- Il est coincé en Allemagne, près de Hambourg.
Un certificat de grossesse le ferait revenir.
♪ ai trouvé un médecin.
Ça sera pas un problème.
- Qu'est-il allé faire là-bas ?
-Il s'est engagé comme travailleur volontaire.
Ça a mal tourné pour lui.
- Mal tourné, ça veut dire quoi?
- Je n'ai pas à le juger.
C'est mon ami.
- C'est non. Trouvez un autre pigeon.
- Vous signez sa mort.
- Vous rigolez. Il s'en est toujours sorti.
Il s'en sortira sans moi.
On frappe.
C'est qui ? - C'est moi.
- J'arrive.
- T'es couchée en plein milieu de l'après-midi ?
Qu'est-ce qui va pas encore ?
On fattendait, hier, à déjeuner.
C'est toi qui as écrit ça, L'Asphyxie ?
- Touche pas à ça !
- C'est gai, comme titre.
- Tiens, de la joue de bœuf.
Fais-la bouillir.
C'est pour Michel. Tu rendras le torchon.
- Tu penses à ton frère, maintenant?
Je veux bien des œufs.
Ah !Tu vois. Tu lui diras que c'est moi.
- Tu peux pas trouver un vrai travail ?
La guerre est finie.
Tu vis encore comme une voleuse.
- T'en profites comme les autres, non ?
Pour une fois que je me fais du fric.
- Patou ?
Ah bah, dis donc...
Tu te prives de rien.
Avec tout l'argent que tu gagnes,
tu peux pas louer quelque chose de plus convenable ?
- J'ai d'autres projets.
'Ça f)
- Oui ?
- Mlle Debaralle ?
- C'est moi. Bougez pas.
Voilà. - Merci. Le compte y est.
- Debaralle, quelle idée ?
- C'est pour les affaires.
C'est le nom de mon père.
- Faudra pas que ça te monte à la tète, Debaralle.
Debaralle, ça alors...
Si la police t'arrête ?
Tu leur diras que tu t'appelles Debaralle.
Ça les ferait chier à Valenciennes.
Elle rit.
- Mademoiselle ?
Oh, non.
Bonjour, madame.
Chère madame ?
Bonjour, madame.
♪ ai lu L'invité, merci d'avoir osé.
Tenez, j'ai mis toute ma vie là-dedans.
- Je suis pressée, maisje vais le lire.
C'est promis.
- J'ai tout vendu.
- Tu m'avais promis ! - Va voir Marcel.
- Marcel.
- Ah !
- Du café et du sucre.
- Oublie, les Halles ont rouvert ce matin.
♪ ai 1 kg de lard.
Du pâté de tète...
- Je prends le tout. Combien ? -2000.
- T'y vas pas avec le dos de la cuillère.
1500.
- Ouais, c'est bon.
Viens !
- Mon argent ! J'ai perdu mon argent.
- Bonjour, Violette. - Bonjour, madame.
- Vous m'autorisez à vous appeler Violette ?
Entrez.
Je dois d'abord m'excuser.
Je vous avais prise pour une bourgeoise
dont l'enfance allait m'ennuyer.
Je me suis trompée.
Vous avez écrit un beau livre.
Puissant.
Intrépide.
C'est cela qui compte.
Vous écrivez depuis longtemps ?
- Non.
Enfin, pas grand-chose, quelques articles.
C'est Maurice qui m'a poussée.
- Le Maurice du livre ?
- Oui, Maurice Sachs.
- Ah, Maurice Sachs...
“am?
- Le début, mais il est parti en Allemagne.
- Je suis au courant. Vous avez de ses nouvelles ?
- Non, et je n'en attends pas.
- Maurice Sachs est le contraire de vous.
Il se cache.
Surtout derrière les mots.
Enfin, il vous a donné l'élan et le goût de l'écriture.
Les pages qui lui sont consacrées me plaisent moins.
Il serait préférable de les enlever.
Gardez-les pour un autre livre peut-être.
♪ ai l'intention de donner votre manuscrit
à Albert Camus.
Il crée sa collection à la NRF.
Faites les coupes au plus vite.
Vous devriez travaillez certains passages.
Votre père, par exemple.
On ne sait rien de lui. Un fantôme.
C'est sa lâcheté qui a fait de vous une bâtarde.
Approfondissez.
Il me faut le manuscrit dans une semaine,
10 jours au plus tard.
Nous nous reverrons, alors.
Bravo, Violette.
Nous allons bien travailler ensemble.
- Non I
Me faire ça, à moi !
Salaud !
Non,non!
Non I
Va voir !
- Ma mère est là ? - Sois gentille avec elle.
- Simone de Beauvoir a aimé mon livre!
Je vais être publiée.
- Je quitte Paris. Ernest a vendu.
Il a acheté une ferme en Charente.
Sans me consulter.
- Je te l'avais dit !
Fallait pas l'épouser.
- N'en rajoute pas ! C'est déjà assez dur comme ça.
- Oh, non.
Pardon, pardon.
Pardon.
Je te demande pardon.
Pardon, pardon.
Viens vivre avec moi.
Laisse-le, il te mérite pas.
- Et ton frère ?
- On s'en occupera toutes les deux.
Je vous ferai vivre.
- Et où on habitera ?
Dans ton trou à rats ?
- Je trouverai plus grand.
C'est fini le marché noir.
Je reprends ma vie en main.
Tout va changer, maintenant.
- Tu rêves, Violette.
Rien ne changejamais.
- Vous méritez davantage.
Il disait cela avec douceur.
Rentrez, calmez-vous.
Cette pitié m'humiliait pour ma mère.
Je vous promets de réfléchir.
Je la voulais dure, décisive.
Pourquoi il la plaignait .7
Des années que je traîne un boulet!
Elle voulait se jeter sur lui.
Mais il s'enfuit.
Il partait s'abriter dans sa maison au parc bien peigné.
- C'est arrivé pour vous, tantôt.
- Merci, Mme Moustier. - À votre service, Mlle Leduc.
- Ah, Violette.
- À demain. - À demain, Nathalie.
- Bonjour. - Bonjour.
- Désolée, je suis occupée.
- J'ai terminé.
- Vous êtes rapide, c'est bien.
- Tenez.
Du foie gras.
Un camembert, il est à cœur.
Et du pâté de tète, voilà.
- Du marché noir ?
- J'en faisais, c'est terminé.
- Je vais vous payer, y a pas de raison.
- Non, rien. Pour vous, c'est cadeau.
- Merci.
Je vous laisse, je ne suis pas seule.
À très vite.
- À très vite.
- Bonjour.
Vous êtes au courant?
Maurice. - Quoi, Maurice ?
-Il est mort en Allemagne.
On l'a éliminé, une balle dans la tempe.
- J'ai dit .-
"Mon ami est mort."
Je !'ai répété.
♪ ai dit .'
"La mort."
Jèssayais d'avoir le mot.
Une syllabe, ce n'est pas long à traverser.
Prononcez celle-là comme vous voudrez.
- Oui?
- Bonjour, j'ai rendez-vous avec M. Albert Camus.
- Qui dois-je annoncer ?
- Violette Leduc.
Je viens pour la signature.
- Vous êtes en avance. - Oui, un peu.
- Suivez-moi.
- Pourquoi je ne suis pas éditée dans la collection Blanche ?
Cette couverture est sinistre, avouez.
- C'est pour une grande diffusion à moindres frais.
Voici la liste desjournalistes.
M. Camus passera dans un instant.
Enfin, c'est ce qu'il a dit.
- Maisje n'en connais aucun.
Qu'écrit-on à quelqu'un qu'on ne connaît pas ?
D'habitude, on écrit: "hommage de l'auteur".
- Hommage de l'auteur ?
C'est pas un hommage d'envoyer son texte à un critique.
- Vous recevrez vos exemplaires par la poste.
- Attention, j'ai la crève.
- J'ai quelque chose pour toi.
- L'Asphyxie.
- Ça sort la semaine prochaine.
- Chez Gallimard, rien que ça.
Collection Espoir, je connais pas.
- C'est une nouvelle collection.
Créée par Albert Camus.
Grande diffusion.
- Albert Camus, bah dis donc!
Je suis contente pour toi, Violette.
Toi qui pensais ne jamais y arriver.
- Tu le liras, hein ?
Et on se reverra ?
Dis-moi qu'on se reverra, Hermine.
On est restées loin trop longtemps.
Et toi?
Raconte-moi.
- Pas grand-chose.
Toujours pareil.
Beaucoup de travail. Et toujours les élèves.
Je me plains pas.
Il y a les vacances.
- Et l'autre ?
Ça va.
- Tes mains.
Elles ont changé.
- C'est la vaisselle.
Faut quej'y aille.
- Toujours à St-Lazare ? -N'insiste pas.
- Je veux te revoir. - Tu me fais mal, lâche-moi.
- Tu m'en veux encore ?
- Parlez-moi de votre avortement.
- Rien à dire là-dessus. Vous le savez comme moi.
- Vous en étiez à combien ?
-5 mois et demi.
♪ ai failli crever.
Le bébé a dû être extirpé bout par bout.
C'était lui ou moi.
Mon mari voulait le garder.
- Vous étiez mariée ?
- Pas longtemps.
Avant, j'ai vécu avec une femme.
Mais ça n'a pas marché non plus.
♪ ai cru que le statut d'épouse effacerait l'ardoise,
me rendrait identique aux autres.
- L'enfant, vous le regrettez ?
- Oh... Non.
Il m'aurait ressemblé.
Il aurait souffert, je l'aurais tué.
Ma mère ne m'a pas tuée, je lui ai assez reproché.
- Le mariage est une imposture, Violette.
Pour les femmes, le début de l'esclavage.
Vous l'avez compris avant les autres.
Pas de liberté pour elles sans liberté économique.
Mais on en est encore loin.
- Ma 1re histoire d'amour, c'était en pension.
Elle s'appelait Isabelle.
Ça a duré une année scolaire.
On a été découvertes, ma mère nous a séparées.
Je l'ai jamais revue.
♪ imagine que je vais la croiser.
Dans la rue, dans le métro...
- Faudra raconter tout ça.
- Je pourrai pas.
- Si, je serai là, à vos côtés.
Faudra aller encore plus loin.
Tout dire.
Vos trafics, vos amours et surtout, l'avortement.
Vous rendrez service à bien des femmes.
- Bonsoir, Castor.
- Ah, Genet, vous tombez à pic.
Voici Violette Leduc dontje vous ai parlé.
Jean Genet.
- Vous êtes le plus grand.
- Sans blague.
Castor m'a dit du bien de votre bouquin.
- Je vous arrive pas au mollet.
- Allons, pas de fausse modestie.
Vous avez dîné avec Sartre ?
- Oui, comme d'habitude on a trop bu.
Il a voulu rentrer se coucher.
Moi, c'est l'heure où je m'éveille. Scotch !
- Non, c'est pour moi.
Monsieur, 3 scotchs.
- Excusez-moi. - Oui?
- Je cherche un roman.
L'Asphyxie.
- Quel auteur?
- Une certaine Leduc, je crois.
Violette Leduc.
C'est sorti chez Gallimard.
Collection Espoir.
- Jamais entendu parler.
- J'ai fait les librairies, il est nulle part.
Vous trouvez ça normal ?
- C'est souvent pour les auteurs de moindre importance.
L'éditeur aura fait un petit tirage.
Je vous le commande ?
- Non, merci, je suis de passage.
Que voulez-vous dire par "petit tirage" ?
Pardon ? - Soyez précise.
Que sous-entendez-vous ?
Ça ne mérite pas le même traitement que les autres ?
Non, mais dites-le !
Il y en a que pour Julien Green, ici !
- Calmez-vous, vous n'êtes pas dans votre état normal.
- Pas dans mon état normal ?
Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ?
♪ ai compris votre petitjeu.
Vous pensez que je suis Violette Leduc!
Je ne suis pas Violette Leduc.
C'est une amie très chère.
Violette Leduc a des amis, elle !
Et du talent !
Heureusement qu'elle a des amis pour le dire !
Je n'ai plus envie de vivre.
*- Je vous connais, vous vivrez.
*.J'y veillerai.
- J'en ai parlé à tout le monde autour de moi.
Tout le monde le cherche et on ne le trouve pas.
*- J'appellerai Gaston Gallimard demain, promis.
- Mais ça changera quoi?
Et de quoi je vais vivre, maintenant?
Pour moi, tout a toujours été plus dur.
Depuis petite, tout est dur.
Ça ne s'arrête pas, ça ne s'arrêtera jamais.
*- Pensez à l'écriture, à ce qu'elle vous a déjà donné.
*Elle vous donnera ce que la société vous a refusé.
*Ça demande du temps.
*Continuez, travaillez.
- Si seulementje pouvais vous tenir la main.
*- Je vous la tiens.
*Je vais devoir raccrocher.
- Je vous aime.
Les cloches sonnent.
- Que faites-vous là ?
- C'est parce que je suis laide que vous ne m'aimez pas ?
- Pour moi, le physique compte peu.
- Le mien vous déplaît.
Avouez-le.
- J'ai encore beaucoup de travail.
On en parlera une autre fois.
- Que faire pour que vous m'aimiez ?
Je suis une bonne personne.
Je peux être très gentille.
- Arrêtez de geindre.
- De quoi je vais vivre, maintenant?
♪ ai dépensé tout mon argent.
Remettez-vous au travail.
- Ecrivez vos obsessions.
Les solutions viendront.
- Ecrire pour qui?
Je n'intéresse personne.
- Pour vous à défaut de le faire pour moi.
L'Asphyxie est un 1er livre, il y en aura d'autres.
Donnez-vous cette chance.
Ça suffit, maintenant.
Sortez !
- Non.
- Si vous avez du temps à perdre.
- Qu'elle mbrdonne d'ôter mes chaussures,
de courir sur les cailloux, les clous,
!e verre, !es épines,
je saurai le faire.
Elle n'a pas besoin de mes pieds nus
sur !e verre, !es épines,
les clous, je le comprends.
Je crie car je le comprends.
♪ ai rêvé que vous m'aimiez, madame.
Je savais que je rêvais
pendant que vous m'aimiez.
Ma place est en moi-même.
Le reste est vanité.
Arrive, solitude.
Arrive avec tes longs cheveux défaits sur ton visage.
Commencez de ronfler, les orgues de mon désert.
Mon cœur, madame, c'est ma croix d'honneur.
Comment concevrais-je de vous saluer d'une autre façon 7
Je voyage-
Je suis un glacier qui se déplace.
- Je dérange ?
Voici quelqu'un qui a aimé votre Asphyxie.
- Vous l'avez trouvé ?
Il n'intéresse personne.
-Il m'a beaucoup plu.
- Le genre de livre qui vous déchire le cœur.
- Ça, c'est gentil.
- Jacques aime les écrivains.
Il est assez fou pour collectionner les manuscrits.
- Jacques Guérin, enchanté.
- Le prénom de mon mari.
- Mariée ?
- Je l'ai été pour mon malheur.
- T'aimes les femmes, toi.
- Pas seulement.
Vous avez des cigarettes ?
Je suis à sec.
Merci.
- Vous travaillez, nous ne voulons pas vous déranger.
- Calva ?
Calva, c'est tout ce que j'ai.
- Regarde.
- On se soûlera pas.
- C'est lui, le mari?
- C'est lui. Vous gênez pas.
- Gringalet.
Crevette.
- Que faites-vous dans la vie ?
-Il travaille dans les parfums.
-Il est grand, il peut répondre seul.
- Les parfums d'Orsay, c'est moi.
- Vous êtes riche, alors ?
- Oui.
Et bâtard, comme vous.
- Un bâtard riche.
- Ça existe ?
- Mon père ne m'a jamais reconnu.
Il n'est pas sur mon état civil.
♪ ai passé mon enfance caché avec mon frère.
Ma mère passait nous voir de temps en temps.
- Elle vivait où ?
- Ailleurs, avec lui.
- Lui qui i?
- Mon père. Il l'ajamais épousée.
Il ne voulait pas quitter sa femme.
Vous voyez, je suis riche
et je suis bâtard.
- Oh !
On est trois, je me sens moins seule.
- En ce qui me concerne,
je sais pas si j'y ai droit.
Je n'ai ni père ni mère.
À vos Asphyxies.
Cocteau l'a beaucoup aimé.
Tu es au courant?
On t'emmène dîner quelque part ?
- À cette heure ? Je suis pas en état.
Mais allez-y, vous.
- Non, on dîne ici. T'as ce qu'il faut?
- Je vais voir.
- Vous viendrez à la campagne.
Ma maison vous est ouverte.
Je veux que vous vous y sentiez chez vous.
- Les week-ends à Luzarches sont épatants.
On écrit des saynètes, on fait les idiots.
Jacques voudrait qu'on joue au Cinématographe.
Tu jouerais la mère dans mon film ?
- La mère, pourquoi la mère ?
♪ ai des pommes de terre.
C'est tout.
C'est fini, l'abondance.
Alors ?
T'es gonflée.
Il rit.
Elle est au courant?
Va au bout.
Tu lui donneras. C'est une femme intelligente.
- Elle me laissera tomber.
- Non, je crois pas.
Elle a besoin de toi.
Sartre s'est entiché de moi. Elle de toi.
C'est dans l'équilibre.
T'as besoin d'argent? J'en ai.
Tiens.
Te gène pas.
Je vous le rendrai, promis.
- Tu peux taper Guérin.
Il t'aime bien. - Comment?
- Arrête, t'es amoureuse de Simone.
Il est pas pour toi.
Elle non plus.
Je te ferai bientôt lire quelque chose.
Une pièce. Des bonnes.
Tu m'inspires, tu sais.
Je te le dédierai.
Les bonnes, merci. C'est ma mère qui va être contente.
- Et le cruel amour que j'accuse a changé
en constante douceur l'amertume de vivre.
- Pétrarque.
- J'étais sans famille, j'ai trouvé une sœur.
- Pourquoi ne pas me donner vos 1res pages ?
Je pourrais peut-être demander à Gallimard une avance.
- C'est trop tôt. Je veux aller au bout seule.
Que vous le lisiez d'une traite.
- Vous êtes têtue.
Vous voulez pas me dire de quoi il s'agit?
- Non.
- Au moins, ça a le mérite d'être franc.
- Et vous ?
Vous ne parlez jamais de vous.
- Je suis dans mon essai sur la condition des femmes.
Je me suis lancée à l'aveuglette.
Je me rends compte de la montagne à laquelle je me suis attaquée.
♪ étais à une réunion avec Sartre,
un type m'a encore dit:
"Vous pensez ça car vous êtes une femme."
♪ allais pas lui rétorquer
qu'il pensait comme ça car il était un homme.
Je vérifie partout et tout le temps
qu'un homme est dans son droit
et que la femme est dans son tort.
Je ne sais pas comment mon livre va être accueilli,
mais il appuie où ça fait mal.
Je suis habituée à prendre des coups.
- Vous avez trouvé un titre ?
- Je suis pas sûre encore, mais...
Le Deuxième Sexe, peut-être.
Et vous ?
- Moi, je sais.
L'Affamée...
- Violette, Violette !
Tu es une actrice exécrable doublée d'une emmerdeuse.
On reprend !
- Non, on reprend pas, j'en ai marre !
- Si tu continues, je te remplace.
- Et tu m'as fait mal, regarde !
- T'avais qu'à marcher droit.
- Je vous ai dit que je peux pasjouer une mère!
- Ne t'en prends pas au landau !
- Si, justement !
Je suis grotesque.
Jacques, prenez ma défense.
Il me persécute.
Il est devenu méchant.
Dites-lui qu'il est méchant.
- Genet, tu es méchant.
Cris et rires
- Oh!
Violette.
- Je ne peux pas être une mère.
Même pour rire, je vous l'avais dit.
- Je comprends, Violette.
- Non, vous comprenez pas.
Vous n'êtes pas une femme.
Vous ne savez pas ce que c'est de tomber enceinte.
- Vous prenez tout au tragique, c'est un jeu.
- Un jeu ?
Pour vous, c'est un jeu ?
Moi, je me suis sentie maltraitée.
Utilisée, pire que ça, humiliée.
Je vous croyais moins superficiel, Jacques.
- Je suis vraiment navré.
Tout vous blesse.
Nous cherchions à nous amuser.
À vous faire plaisir.
- À me faire plaisir ?
Elle rit.
Mais rien que ça ?
Mais qu'est-ce que vous en savez de mon plaisir ?
Vous savez ce qui me ferait plaisir, là, maintenant?
Vous savez de quoi j'aurais le plus envie ?
- Violette, c'est ridicule.
♪ aime les hommes, vous le savez.
- Les hommes, les femmes...
Il n'est pas question de ça.
Moi, je vois l'enfant grave qui est en vous.
- Oh, arrêtez !
Violette, ne nous quittons pas
sur un malentendu.
Laissez-moi faire un geste.
Je vous offre une édition de luxe pour votre prochain livre.
Un tirage limité sur beau papier.
♪ ai fait la même chose pour Jean et son Miracle de la rose.
Pauvert fait ça très bien, n'est-ce pas, Jean ?
Où en êtes-vous de votre livre ?
- J'ai presque terminé.
- Parfait. Pour cette publication, je vous donnerai 100000 francs.
Pour vous, évidemment.
Le reste est à ma charge.
S'il vous plaît.
- Simone de Beauvoir ne va pas aimer ça.
- T'es pas obligée de lui dire.
- Je vais réfléchir.
- Très bien, très bien.
Bonne route et à bientôt.
- Tu t'es bien débrouillée, dis donc.
Pour Le Miracle de la rose, j'ai eu que 70 000.
T'es pas près de les voir, tes 100000.
C'est un radin.
Elle rit.
- Ce Jacques Guérin est un parfumeur, non ?
- Et un grand collectionneur.
Je me méfie des collectionneurs. -Pourquoi ?
-Ils collectionnent les choses mortes.
Ces choses sont mortes, vous le savez.
Les mots sont vivants.
Ils vivent, ils agissent.
Le culte des objets est morbide, non ?
-Il a quand même sauvé les manuscrits de Proust.
- Bonjour, M. Meyer. - Mme Beauvoir.
- Je vous laisse les clés.
- Parfait, Mme Beauvoir.
- Merci beaucoup. - Bon voyage.
- Bonjour.
- At'tendez !
Tenez.
- Vous l'avez enfin terminé.
Je le lirai dans l'avion.
- Guérin veut publier une édition de luxe.
- Ah bon ?
- Oui, contre de l'argent.
100000 francs.
- Vous n'aurez jamais une telle avance de Gallimard.
C'est le bienvenu, non ?
- Bientôt, je pourrai plus payer mon loyer.
- Le livre est là.
Ne faites pas cette tète.
Je ne suis pas morte.
- Vous revenez quand ?
- A l'aéroport du Bourget, s'il vous plaît.
- Et si l'avion s'écrase avant d'arriver a New York ?
- M. Guérin est très occupé.
C'est bientôt la saison des roses.
- Oui, entrez.
- M. Guérin, Mlle Leduc.
- Ah, Violette. Quelle bonne surprise !
- Comment allez-vous ?
- Bien, merci.
- Et votre livre ?
- Ça y est, c'est terminé.
- Vous en êtes contente ?
- Oui, j'en suis contente.
- Et Simone de Beauvoir ?
- Je viens de lui donner.
- Que puis-je pour vous ?
- Je viens chercher les 100000 francs.
Si vous n'avez pas changé d'avis,
bien sûr.
- Oh, mais pas du tout, pas du tout.
Vous préférez un chèque ou des billets ?
- Des billets.
Il est doux, votre tapis.
C'est une vraie ?
- Une vraie quoi?
- Panthère.
- Elle est belle, n'est-ce pas ?
C'est un cadeau de ma mère.
- J'ai pensé à ce que vous m'avez dit.
Nous nous sommes comportés comme des imbéciles.
- N'en parlons plus.
- Si vous voulez les recompter.
- Ce n'est pas la peine.
Je vous fais confiance.
- Voilà.
C'est pas plus compliqué que ça.
Voilà...
Vous avez du charbon ?
- Juste ce qu'il faut. ♪ en monterai demain.
- Laissez faire les hommes.
Je vous en monterai avec le mien.
- Au plaisir. - Allez, au plaisir.
- Au revoir.
- Et bien des choses à votre dame.
Et à la petite.
- J'y manquerai pas.
- Laissez faire les hommes.
Tu parles.
Si on les laissait faire...
Au fait, ton livre...
- Quoi, mon livre ?
- L 'Asphyxie. Merci.
C'est pas vrai ce que tu racontes.
Ça fait de moi un monstre.
- Tu trouves ?
- La dame sur le mur, c'est elle ?
- Oui, c'est elle.
Comme si tu le savais pas.
- Tu vas pas recommencer avec tes bêtises.
À faire honte à ta mère.
- Faut toujours que tu rabaisses tout à ça.
- Les waters sont sur le palier ?
- Oui.
T'oublieras pas le papier.
Hé!
- Oh, tu me désoles, Violette.
Tu vis encore au Moyen Age.
- T'inquiète pas de ça, va.
Merci.
- Les œufs,
je les vends au volailler.
Ils sont bons, tu verras.
On me redemande.
Maisje peux pas inventer les douzaines.
Je fais aussi les poulets.
Les œufs, je les mets à couver près du fourneau.
Tu verrais ça, quand ils cassent leur coquille
avec leur petit bec...
Ça me donne envie de pleurer.
Ernest dit que c'est l'instinct maternel.
-Il a bon dos, Ernest.
- Mais...
Violette, qu'est-ce que t'as ?
- Je sais pas, mais ça tourne.
Ça m'est arrivé, l'autre jour, dans la rue.
Tu crois que c'est grave ?
- Sotte.
Tu devrais être contente.
- Contente ?
- C'est le retour d'âge.
Enfin.
À quelque chose malheur est bon.
Tu vas pouvoir en profiter.
- Profiter. Profiter de quoi ?
- Prendre quelqu'un.
-Il faudrait que je sois autrement que je suis.
Qu'est-ce qui te manque ?
Sois femme.
Et tu trouveras. Sois femme, bon sang.
C'est pourtant pas sorcier.
Regarde ta mère.
Où tu vas ?
- Mme de Beauvoir est rentrée ?
- Toujours pas.
- On a ouvert la fenêtre. - C'est la femme de ménage.
- Vous êtes sûr ?
- Elle est pas rentrée.
- Vous avez son adresse. Elle fait suivre son courrier.
- Non.
- Ça fait 3 mois qu'elle est partie. Elle rentre quand ?
- J'en sais pas plus que vous. - Vous en savez pas plus ?
Vous cachez quelque chose.
- C'est pas bientôt fini !
Mme Beauvoir, elle est pas là.
Elle est pas là!
Qu'est-ce que c'est ?
- Mme de Beauvoir ? - Non, y a personne.
- Je peux entrer ?
Laissez-moi entrer !
- Vous êtes folle !
- N'oubliez pas que ces femmes se haïssent.
Elles haïssent leur condition.
Et surtout, elles se détestent elles-mêmes.
Incapables de s'aimer, elles sont incapables d'aimer.
Il n'y a plus que le rituel érotique.
- Je ne comprends pas bien.
Leur haine de Madame,
c'est leur haine d'elles-mêmes ?
- Évidemment.
Si vous voulez bien reprendre vos places.
Il s'agit d'un rite qui doit atteindre
le sublime de la tragédie.
Nous sommes chez Racine, entendez bien.
Ces femmes n'arriveront pas à leurs fins
mais se détruire elles-mêmes.
Regardez ce gant.
Ce n'est pas n'importe quel gant.
Il s'agit d'un gant en caoutchouc.
Ce gant doit être au cœur de vos préoccupations.
Quant à vous, je vais pas vous dire ce qu'il doit représenter.
- Un objet érotique. - C'est vrai.
En un geste, vous lui faites quitter l'eau de vaisselle
pour devenir peau, douceur, fantasme.
Réfléchissez-y, c'est important.
On reprend.
- Si vous n'avez pas aimé L'Affamée,
ayez le courage de me le dire.
- Ah, Violette.
♪ allais vous appeler.
- À la bonne heure! Où étiez-vous ?
- Aux États-Unis.
Pour un cycle de conférences à Chicago et en Californie.
Je suis rentrée il y a 2 jours.
- Vous mentez !
Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
Enfin, Simone.
- Un peu de silence.
S'il vous plaît.
- Je n'ai pas à me justifier ainsi.
- Vous avez rencontré quelqu'un ?
- Oui, un Américain. Ça vous va ?
- Vous l'aimez ? - Ça ne vous regarde pas.
♪ ai lu L'Affamée.
C'est ce que vous avez écrit de plus beau.
Je ne m'attendais pas à tant d'amour.
C'est pas si facile pour moi.
Sartre trouve que c'est un grand livre.
Gaston Gallimard va vous signer le contrat.
Nous sortirons ensemble.
Le Deuxième Sexe et L'Affamée.
La collection Blanche.
Ça vous va ?
- Si seulement je pouvais vous haïr.
- Qu'y a-t-il ? On entend que vous.
- Que veux-tu ?
Personne me déroule le tapis rouge.
Que veux-tu qu'il se passe !
- Ce que tu peux être mélodramatique.
- Genet, j'ai lu ta pièce, c'est de la merde!
On demande à Racine d'être Rimbaud ?
On demande à Rimbaud d'être Racine ?
- Mlle Leduc, s'il vous plaît.
- Dernière porte à gauche.
Au fond du couloir.
- Merci.
- Oui?
C'est moi.
- Je ne suis pas présentable.
Je m'inquiète, j'ai pas de nouvelles.
Vous ne répondez pas, que se passe-t-il ?
- Je n'ai pas fait mon ménage.
Je ne fais pas le mien tous Iesjours non plus.
Il fait bon chez vous.
- Bientôtje n'aurai plus de quoi mettre du charbon.
- Vous travaillez là ?
- Vous me trouvez ridicule ?
- De collectionner les photos de moi?
- Franchement, oui.
Maisje ne suis pas venue parler de ça.
- Merci.
Bravo, quel foin !
- On ne parle que de vous.
- Je suis décontenancée par certains.
Les communistes, par exemple.
Camus, queÿestime,
qui dit que je ridiculise le mâle.
Un type m'a dit que j'étais humiliée d'être une femme
et que j'humiliais les hommes...
Il faudra du temps.
- Un verre de vin ? C'est tout ce que j'ai.
- Je ne refuse jamais du bon vin.
-Ici, c'est de l'ordinaire.
- Je ne suis pas venue parler de L'Affamée.
Vous savez ce que je pense de l'échec d'un livre.
Je ne l'attribue pas au fait que vous décriviez
votre amour pour moi.
Otez-vous ça de la tète.
Le livre est là.
Il est bon.
Il vivra.
Je suis venue pour parler de votre avenir.
♪ espère que vous allez vous mettre au travail.
- Je n'y crois plus.
- Où en êtes-vous de ce projet dont on avait parlé ?
Cette 1re expérience sexuelle.
Avec cette élève quand vous étiez jeune pensionnaire.
- Isabelle ? - Oui.
- Ça nîntéressera personne,
ces coucheries entre filles.
Je ferais aussi bien de faire le trottoir.
Mais avec ma tète, personne veut de moi.
Qui irait payer en plus ?
Je suis une vieille névrosée, tarée, ratée.
- Mais non.
- Si...
♪ ai 40 ans passés.
Rien devant moi.
Personne...
Seule, toujours seule.
♪ ai pas d'argent.
Pas de vie amoureuse, rien.
- Gallimard est prêt à vous verser une somme tous les mois.
Je ne sais de combien...
Mais suffisante pour vivre et écrire en paix.
À condition de se mettre au travail.
- Vous plaisantez ?
- C'est le rôle d'un éditeur
de faire entrer de l'argent
grâce à des écrivains médiocres qui vendent
pour redistribuer aux talentueux qui vendent moins.
- Ou pas du tout.
- Parlons de votre projet.
-Il y a cette 1re expérience en pension.
Il y a aussi Jacques, mon mari.
L'avortement, tout ça.
- J'avais même un titre. - À la bonne heure.
- Ravages.
- Ça vous ressemble.
- C'est un vrai ravage, ce que j'ai vécu.
- Rien que de la démolition.
- Raison de plus pour faire quelque chose de constructif.
Je vais partir quelque temps en voyage.
- Retrouver votre Américain ?
- Pas du tout, nous avons rompu.
Je vais en Norvège. - Avec qui ?
- Sartre.
- Emmenez-moi.
Ne me laissez pas seule.
- Pourquoi ne partez-vousjamais ?
Vous n'aimez pas les voyages ?
- On m'a pas appris, on n'avait pas les moyens.
- C'est une question de curiosité.
Ça vous ferait du bien.
♪ attends vos 1res pages, ne me décevez pas.
- Courrier.
-"Mlle, révisant la comptabilité de la NRF
"à l'occasion de la fin de l'année,
"je me fais un phisir de vous annoncer
"que nous vous verserons
"une mensualité de 25000 francs."
- La pieuvre dans mes entrailles frémissait.
Isabelle buvait au sein droit,
au sein gauche.
Je buvais avec elle.
Je m'allaitais de ténèbres quand sa bouche s'éloignait.
Je conduisis !a main jusqu'aux larmes rares de la joie.
Je creusais dans son cou avec mes dents,
ÿaspirais !a nuit sous le col de sa robe.
Les racines d'un arbre frissonnaient.
Je la serre, fétouffe l'arbre.
Je !a serre, ÿétouffe !es voix.
Je la serre, je supprime la lumière.
L'orage éclate.
Faites qu'elle vienne.
Qu'elle me prête son épaule
ou qu'elle emprunte la mienne.
Faites que j'aie son visage près du mien.
!! faut échanger de l'innocence avec elle.
Elle me sortait d'un monde où je n'avais pas vécu
pour me lancer dans un monde où je ne vivais pas encore.
Elle me donnait une leçon d'humilité.
Je Veffrayais.
Je suis chair et sang.
Je suis vivante.
Je ne suis pas une idole.
"Chère Simone de Beauvoir.
"Ravages avance.
"J'ai quitté Isabelle
"et me voici avec Jacques, mon mari.
"J'écris pour !es aimer,
"pour les retrouver, pour ne pas les perdre."
"Et je vois se creuser le gouffre
"entre la vie que je mène et l'érotisme du livre que j'écris. "
C'est bientôt, Roussillon ?
- C'est loin derrière, ma petite dame.
On approche de Vaison.
- Je vous avais dit que je descendais à Roussillon.
C'est quoi, le village, là-bas ?
Je suis perdue.
On est où, ici ?
- Faucon, vous êtes à Faucon.
-Il y a un hôtel?
- Un hôtel à Faucon ? Ah ça, non.
- Et où puis-je trouver une chambre ?
Elle est à qui, cette maison ?
- Le propriétaire est mort, les enfants ne viennent plus.
- On se sent bien ici.
C'est quoi, cette montagne ?
- C'est le mont Ventoux qui nous protège de tout.
- C'était la 1re fois que je pénétrais dans l'intimité
d'une lingerie d'homme.
Ma main effleurait un amas de tendresse
comme dans le sein d'une femme.
Sur lui, je cherchais, je tâtonnais.
Je trouvais.
Je touchais !a peau fripée,
fragile comme une paupière.
Il s'offrir.
J étouffer' mon on'.
C'est la 1re fois.
À aucun prix il ne te faut de ça, a dit ma mère.
- Simone.
Revenez à la raison.
- Violette Leduc est un grand écrivain.
Vous la traitez bien mal.
Vous étiez moins pointilleux avec Genet.
- Peut-être faudrait-il supprimer l'érotisme et...
garder l'affectivité.
Faire un récit à part avec ces deux collégiennes.
Si l'auteur consentait à entourer d'un peu d'ombre
ses techniques opératoires.
- Vous ne pouvez supporter
qu'une femme parle ouvertement de sa sexualité.
C'est votre regard qui est sale.
- Que pense Sartre ? - Comme moi.
Que Violette Leduc est un grand écrivain.
- Et ce passage sur l'avortement ?
Ça passera jamais.
La censure sanctionnera.
-Il faut bien que ces choses-là soient dites.
Grasset et Albin Michel ne veulent pas.
Ou avec des coupes drastiques.
Avec Gallimard, on sauve le passage sur l'avortement.
Vous serez la 1re à en parler ouvertement.
- Que me conseillez-vous ?
- Cédez.
- Et si je résiste ?
- Je sais ce que vous ressentez.
Nous nous rattraperons un jour.
Violette, regardez-moi.
Vous parlez de la sexualité féminine comme aucune femme ne l'a fait.
Avec poésie, vérité et plus encore.
Un jour, on vous remerciera pour ça.
- On me mutile.
C'est affreux.
♪ ai mal au ventre.
- Avez-vous bien dormi ?
C'est important, le sommeil.
♪ ai évité de faire du bruit en tournant les pages.
- Bonjour.
- Je suis désolée, on a interdit les visites.
- Elle dort.
- Je suis furieuse.
- On lui a fait des électrochocs malgré mon opposition.
Excusez-moi, je dois parler au Dr Fouquet.
- Voulez-vous que je vous accompagne ?
- C'est inutile.
-Il y a dû avoir des dépenses importantes.
Je veux y participer.
-Il n'en est pas question.
- Je suis reconnaissant
de l'amitié que vous lui portez.
De votre aide constante.
- On ne peut pas être ami avec Violette.
- Vous le savez comme moi.
C'est un devoir que j'accomplis.
Excusez-moi, je suis pressée.
Il y a des lettres aussi.
Vous le lirez quand vous pourrez.
Ecoutez ça.
"Il faut sauter dans Ravages comme dans le feu.
"Violette Leduc n'a peur de rien,
"n'a pitié de rien.
"Son personnage est possédé d'un frénétique besoin d'aimer
"qui transforme en bourreaux les êtres qu'elle aime.
"Elle ose ce qu'aucune femme n'a encore dit,
"ces choses tues,
"ces anges arrachés aux entrailles."
Violette.
Vous avez fait la moitié du chemin.
Je ne vous Iâcherai pas comme ça.
*- Fidèles à un demi-siècle de tradition littéraire,
*les Goncourt vont décerner leur prix annuel.
*Les 9 parmi lesquels Francis Carco, Roland Dorgelès, Pierre Mac Orlan,
*Philippe Hériat et Armand Salacrou
*ont couronné Les Mandarins de Simone de Beauvoir
*qui demeura invisible.
*Musique entraînante
*Moins timide Jean Reverzy, lauréat du Renaudot,
*a fait face aux obligations de la gloire en signant...
- Elle était drôlement bien, cette clinique.
Mme de Beauvoir a payé tout ça ?
♪ ai vu le prix de la chambre.
♪ ai jamais dormi à ce prix-là.
Même pas pour ma nuit de noces avec Ernest.
Appuie-toi sur moi, allez !
Prends appui sur ta mère.
Mon Dieu !
Ce capharnaüm !
Oh!
Je voulais passer faire le ménage,
maisj'ai attrapé que le train de 11 h.
Tu devrais te déshabiller et l'allonger un peu, ma Violette.
Et la poubelle même pas vidée.
Tu devrais aller au lit.
-"Mlle, nous vous confirmons le versement de votre mensualité
"d'un montant de 25000 F, ce jour. La comptabilité."
- J'en peux plus d'ici !
♪ en peux plus de vivre ici.
- Ça sert à rien de se venger sur les choses.
- Tiens, tu le donneras à Michel.
C'est fini, j'écrirai plus.
- Demain, t'auras changé d'idée.
Allez, au lit!
- Non. Non !
♪ écrirai plus.
- Avale.
Hop !
Ton ami M. Guérin est venu plusieurs fois
pendant ta cure de sommeil.
Avec des bouquets grands comme ça.
Ton ami Genet aussi.
Vous étiez fâchés ?
Mme de Beauvoir venait une fois par semaine.
Parfois avec M. Sartre.
Qu'il est laid !
Une si belle femme, vivre avec un homme si vilain.
Enfin!
On a eu des attentions pour ma petite chérie.
Les fleurs sont fanées.
Mais il y a les cadeaux. Je les ai mis dans ta valise.
Tu veux les voir ?
Tu vas pas pleurer alors que j'ai fait ce voyage
pour être avec ma petite chérie.
- Tu vas te taire !
Une fois pour toutes, est-ce que tu vas te taire ?
- Pourquoi t'es méchante ?
Qu'est-ce que je t'ai fait ?
- Tu m'as faite !
Voilà le problème.
Tu m'as faite alors que tu voulais pas de moi,
ni mon père ni personne !
Je suis une bâtarde !
Voilà le problème.
Et personne ne veut de moi.
Personne ne veut de moi.
- Voilà.
- Violette, quelle bonne surprise!
Comment vous sentez-vous ?
Ça va.
♪ ai ma mère sur le dos.
- Vous partez ? - Non, je déménage.
♪ ai pas l'instinct de propriété,
maisj'ai acheté près de Montparnasse.
Mes Mandarins se vendent bien.
- Je sais.
Bravo pour le Goncourt.
- Merci.
- Mme Beauvoir ?
Que fait-on pour le bureau ?
- On se retrouve quelque part ?
Je viens.
- Je vais vous aider.
Laissez-moi vous aider ?
Pour une fois que je peux être utile.
Et les rideaux ?
Vous avez oublié de décrocher les rideaux.
- J'en ferai faire d'autres. Prenez si ça vous intéresse.
- Je disais pas ça pour ça.
- J'ai laissé des choses, le vieux réchaud...
Ne vous gênez pas.
- Je demande pas l'aumône.
- Enfin, Violette.
Ne vous vexez pas, nous n'en sommes plus là.
- Nous n'en sommes plus là ?
Nous en sommes où, alors ?
Vous le savez, où nous en sommes ?
Vous avez raison.
On se verra plus tard.
Je m'en vais.
Au fait...
La pension...
- Ne vous inquiétez pas, ils paieront. Je m'y engage.
- Gaston Gallimard,
verser une pension à Violette Leduc.
Vous me prenez pour une imbécile.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
- Je sais que c'est vous.
Jalouse, aigrie, malheureuse,
voilà ce que je suis à cause de vous.
Je reste attachée à vous.
Vous me dites que je vais réussir.
Je vous crois, je vous obéis.
Je finis dans une clinique, droguée, folle, sans avenir,
pendant que vous accumulez les succès.
Sortez de ma vie !
- C'est vous qui m'avez donné cette place !
Donnez-m'en une autre.
- J'y arrive pas l
- Reprenez votre plume, vous changerez le cours des choses.
Pas autrement.
Les cris ne font pas avancer, l'écriture oui.
- Je n'ai plus rien à dire.
- Reprenez depuis le début, depuis votre naissance.
- Ça changera quoi?
- Tout puisque vous n'êtes plus la même.
Votre regard sur vous a changé !
- Vous avez du feu ?
Pourquoi vous galopez ?
- Je suis pressée.
- Je m'appelle René. Que faites-vous là ?
- Je suis venue prendre l'air.
Et vous ? Moi ?
- Vous vous appelez comment ?
- Violette.
C'est ici que nos chemins se séparent.
Ça vous amuse de suivre les vieilles biques ?
- Je veux vous revoir.
- Vous êtes venu comment ?
- Quelle question ? En métro.
C'est bien chez vous, ça sent bon.
- Le rosbif.
- C'est qui, sur les photos, une actrice ?
- C'est Simone de Beauvoir.
Ça vous dit rien ?
- J'ai lu des choses sur elle.
Des articles.
- C'est mon amie.
- Elle a pas la grosse tète ?
- A table n
- Oh, oh !
- Je peux ?
- Oui, mais pas de fioritures, hein ?
C'est baroque.
C'est un sexe d'homme dans une main de femme.
Pourtant c'est la racine du monde.
- Qui est-ce ?
- C'est moi, Violette.
♪ ai téléphoné du bistrot d'à côté.
Je voulais le déposer.
Je l'ai enfin terminé.
Je veux pas vous déranger. Voilà.
Ça fait 1000 pages.
♪ ai fait comme vous m'avez dit.
♪ ai gardé que l'essentiel.
Ces messieurs de l'édition le charcuteront.
Allez, on verra bien.
De toute façon, je m'en fiche.
- Je vais le lire très vite.
Excusez-moi, je me sens pas très bien.
- Je veux pas vous déranger.
- Violette.
Entrez, on va boire un verre.
Ça nous fera du bien.
- C'est rudement bien chez vous.
C'est grand.
- Tenez.
- Merci.
- J'ai enterré maman, hier.
- Ah bon ?
- Dans la plus stricte intimité.
Je ne voulais personne.
Rendez-vous compte, c'est moi qui pleure.
-Il fallait me prévenir.
Je serais venue vous soutenir.
- C'est allé tellement vite.
Pauvre femme.
Je suis pétrie de remords.
Dire que je lui faisais peur.
Un jour...
Moi aussi je serai là.
♪ ai beau le savoir, cette idée me révolte.
- Pourvu que ça ne m'arrive jamais.
Perdre ma mère.
Je n'y survivrai pas.
- Où en êtes-vous de vos amours avec votre maçon ?
-ll est marié alors c'est compliqué.
Il m'envoie son frère pour que je couche avec lui.
Que faire ?
- Son frère vous plaît?
- Non.
Mais le temps passe.
Et je suis seule.
Toujours seule.
Rien ne changejamais.
Je suis un désert qui monologue.
- Je vais le lire maintenant, ça me fera du bien.
- Je peux rester un peu ?
- Pour La Bâtarde, je vais écrire la préface.
Ça tourne dans ma tète depuis un moment.
Je mets toutes les chances de notre côté.
- Mon cas n'est pas unique.
♪ ai peur de mourir e! je suis navrée d'être au monde.
Je n'ai pas travaillé.
Je n'ai pas étudié.
♪ ai pleuré, j'ai crié.
Les larmes et les cris m'ont pris beaucoup de temps.
Je m'en irai comme je suis arrivée.
Intacte.
Chargée de mes défauts qui m'ont torturée.
♪ aurais voulu naître statue.
Je suis une limace sous mon fumier.
Les vertus, les qualités,
le courage, la méditation, la culture,
bras croisés, je me suis brisée à ces mots-là.
- On me reproche aussi
De n'avoir pas aimé
Ce qui s'appelle aimer
Qu'ils appellent aimer
Mais qu'est-ce qu'ils en savent .7
Et qu'est-ce que j'en sais .7
A chacun son amour
Et son besoin d'amour
Peut-être que le mien
Est un besoin d'amour.
Qui ne peut tout à fait se fixer
Dans un corps
Et qui reste le chant
Que je jette vers vous
Que je n'oserais pas
Si je manquais d'amour
4964, la réforme du régime matrimonial est en cours.
La femme a droit à un compte en banque,
de gérer elle-même ses biens.
D' exercer une profession
sans l'autorisation de son mari.
Simone de Beauvoir, bonjour.
- Bonjour.
Vous venez de préfacer La Bâtarde de Violette Leduc.
Elle incarne avec bonheur et poésie
le combat d'une femme pour sa liberté.
Il semble que la société est à la veille de profonds bouleversements
qui modifient de manière irréversible
le rapport des femmes à la littérature.
Dites-nous-en un peu plus
sur votre relation avec l'auteur.
En quoi l'écriture a été fondamentale
dans son processus d'émancipation.
- Tout écrivain aspire à la sincérité.
Chacun a la sienne qui ne ressemble à aucune.
Je n'en connais de plus intègre que celle de Violette Leduc.
La Bâtarde montre avec clarté
qu'une vie est la reprise d'un destin par la liberté.
Inlassablement elle interroge
et recrée ce qu'elle a découvert.
*À la fin des années 50, sur mon conseil,
“Violette Leduc a entrepris de raconter sa vie.
*Je venais de publier mes mémoires.
*Je l'ai encouragée à en faire autant.
*Elle a ri d'elle-même,
*comme si elle ne méritait pas ma confiance.
Je l'ai détrempée etj'ai insisté.
Elle était accablée de solitude,
de désillusions, de pauvreté.
Je ne croyais ni à sa solitude ni à sa pauvreté intérieure.
Un jour, elle a découvert la Provence.
Le paysage doux et sauvage convenait à cette fille du Nord.
Sensuelle, curieuse, émotive,
elle trouvé dans ce décor la sérénité
qui lui a permis de se comprendre,
d'isoler le motjuste,
de construire une œuvre qui a enfin rencontré le public.
Elle mêlait la vraie vie et la vie rêvée.
Ses rêves, à sa grande surprise, n'étaient plus l'occasion
de se couper du monde, mais de le révéler à ses lecteurs.
Je ne connais pas de plus beau salut par la littérature.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.