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Encore un samedi de tiré.
Tu m'as réveillée.
Finalement, t'es allé travailler ?
Qu'est-ce que t'as, encore ?
Bref...
Hé, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
Vous voulez vraiment rien manger ?
C'est fini.
Pardon.
Au secours !
Y a personne qui peut t'entendre, là !
Je te cognerai jamais.
Je ferai tout pour que tu sois bien, t'auras ce que tu veux.
T'as compris ?
Une connerie et je te boucle pendant deux jours ! Une autre
et c'est 4 ! Et ainsi de suite.
Réponds-moi !
T'es sale comme un peigne, là.
Tu vas aller prendre une douche. Je t'ai tout préparé.
Je resterai dehors.
J'ai fermé le volet. Pas la peine de jouer avec la fenêtre.
Monsieur, vous allez me tuer ?
Non.
Je vais rentrer ?
Tu me vouvoies pas.
Tu m'appelles Vincent.
Qu'est-ce que tu fais ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Je trouve pas la crème hydratante.
Y en a pas. Dépêche-toi. Je t'en achèterai demain.
Tu sors, maintenant.
Steak frites, t'aimes ça, Gaëlle ?
Tu me tutoies, tu m'appelles par mon prénom.
Allez, viens.
Comment ça, tu sais pas ? Tu sais bien ce qui te manque.
Bon. Je vais t'aider.
T'as des marques préférées ?
T'as vu ce qui manque dans ta chambre ?
T'écoutes pas de musique ? Ben alors, mets-le : Walkman.
Tu dis "baladeur", toi ?
Mets les CD que tu veux, aussi.
Regarde-moi.
Tu as déchiré les livres que je t'ai achetés.
Je lis plus les Bibliothèque rose.
C'est pas une raison pour les déchirer.
- Tu lis quoi ? - Des BD.
Ben, mets.
- C'est tout ? - Je les ai lus plein de fois.
- Mets-en d'autres. - Lesquelles ?
Je te boucle pendant deux jours. Deux jours !
Toi aussi, ils ont peur que tu te défenestres ?
Peut-être.
Je suis comme eux ?
Comme qui ?
Eux.
Dans le parc.
Eh bien ?
Je suis folle ?
Tu n'es pas folle,
et eux non plus.
Mon cul, ils sont pas fous !
Moi aussi, je suis folle.
- Pourquoi tu penses ça ? - À toi de me le dire.
Si tu penses ça, c'est à toi de me dire pourquoi.
On n'a pas réglé la question, du coup.
- Laquelle ? - Je te tutoie ou pas, meuf ?
"Meuf" ?
Les autres fous te tutoient ?
Certains, parfois.
- Ils savent qui je suis ? - Non.
Et personne ne sait que tu es ici, à part tes parents.
Si quelqu'un trouve ?
La télé ?
On te cachera ailleurs.
Je retourne pas encore chez mes parents.
J'ai pas oublié.
Tu t'appelles Anne Morelli, c'est ça ?
"Morellini."
T'es mariée ?
Non.
T'as pas de mec ?
Non.
Comme quoi, ça fait pas tout.
Qu'est-ce qui fait pas tout ?
La beauté physique, ça fait pas tout.
Tu me trouves puérile ?
Non.
- Conne ? - Non plus.
Tu vas me forcer à te raconter ma vie ?
Non.
Et si j'ai pas envie de parler ?
Tu n'as aucune obligation de parole.
On se regarde dans le blanc des yeux et voilà ?
Ça va être gai.
Ma mère m'a offert ce pull.
Tu le veux ?
Je vais refaire ma couleur. Comme ça, j'ai l'air d'une pouffe.
Je n'arrive plus à lire, depuis que je suis là.
Je lisais sans m'arrêter,
sauf pour dormir, manger ou écouter de la musique.
Sans arrêt.
Tout et n'importe quoi.
N'importe quoi.
T'es là ?
Oui, je suis là.
Je vais répondre à ta question de tout à l'heure.
Moi aussi, je suis folle, comme les autres tarés.
Si j'étais pas folle, je me serais déjà foutue en l'air.
Demande pas, tu veux pas savoir.
J'ai entendu ça dans un film américain, aujourd'hui.
C'est pas mal, ça. Je m'en resservirai au boulot.
Demande pas, tu veux pas savoir.
Ben, moi, je veux savoir, justement.
En principe, blond foncé, mais sur moi, ça fait Alien.
Le bouquin sur le chef de gang n'est pas encore sorti.
Donc juste U2,
The Best of 1980-1990, c'est tout.
Tu veux pas qu'on commande en ligne ?
Ça craint rien, si c'est ça que tu crains.
Ça ne veut rien dire, et c'est non.
Je peux lire les journaux ?
Pas ce soir.
Les pages France ?
Pas longtemps.
Pourquoi ?
Ça va pas, non ?
Me zieute pas comme ça.
- Je te zieute pas. - Tu me zieutes, là.
Non.
Je te le répéterai pas.
Tu me zieutes pas, putain ! Baisse tes yeux.
Tes yeux ! Tourne pas la tête !
Est-ce que je t'ai dit de fermer tes yeux ?
Dégage ! Dégage !
Je viens de finir un truc vachement bien.
Ça se passe dans le Montana. Le héros, Wallace,
est guide de pêche à la mouche pour un gars plein de fric.
Y a un meurtre, un gars bourré de fric aussi,
que Wallace emmène pêcher pour son patron.
C'est sa botte secrète, au patron.
Wallace emmène les gars pêcher pour que lui signe des gros contrats
quand les gars rentrent de la pêche détendus.
Wallace fabrique lui-même ses mouches.
Elles ont des noms pas possibles : Grey Ghost, Serendipity,
Blue-Winged Olive.
Si ça t'intéresse pas, je peux me taire.
Ça finit comment ?
Ça finit bof, mais c'est pas grave.
Les parties de pêche rendent l'histoire captivante.
On t'explique quelle mouche utiliser pour quel poisson,
à quel endroit de la rivière, à quelle heure...
Tu le liras ?
Quoi ?
Moi non plus, si je te parle pas, à qui je parle ?
- Tu vas pas nous comparer. - Ben, si.
La vache !
Je me souviens, au début, tu parlais pas beaucoup.
- Et ça t'étonne ? - Non. Mais je préfère maintenant.
Je suis ravie pour toi.
Tu préférerais qu'on se regarde dans le blanc des yeux ?
- Toi, t'as tes collègues. - Mais on parle pas.
- Vous parlez pas ? - Pas comme toi et moi.
C'est sûr. Moi, je t'écoute, j'ai que ça à faire.
Je me suis engueulé avec Walter, aujourd'hui.
Je t'écoute, je t'ai dit.
On va passer à l'annualisation du temps de travail.
- C'est quoi, ça ? - La répartition des heures sur 1 an.
Ça s'ajuste en fonction des commandes.
Ça va faire des semaines où on bosse 45 heures,
d'autres 20... Ça changera tout le temps.
Walter veut nous donner le planning le vendredi pour le lundi d'après.
Pas moyen de prévoir. C'est pour ça qu'on s'est engueulés.
Donc il y a des semaines où tu finiras encore plus tard ?
Et je resterai bouclée encore plus longtemps ?
Il y a peut-être une solution.
Ils montent une équipe qui restera aux 35 h et bossera des week-ends.
En plus de la semaine ?
- De temps en temps. - "De temps en temps" ?
C'est le hic. Mais c'est mieux payé.
Tu sais combien ça me coûte, toutes tes merdes ?
Il faut que je remercie, en plus ?
Une autre ?
Tu me fatigues.
Après.
Si ça dépendait de moi, je resterais avec toi tout le temps.
Ça va jamais sécher.
- Tu pleures ? - Non.
Tu t'es essuyé la joue.
Non.
Tu pleures.
On va aller faire un tour, ça nous fera du bien.
Excuse-moi, pour les baffes.
Ça t'a soulagée, au moins ?
Un peu, quand même.
C'est bien.
Écoute ton moteur.
C'est ta mère qui t'a dit où j'habitais ?
J'aime bien les nuits comme ce soir.
Pourquoi ?
Parce que je peux rester dans le jardin jusqu'au matin,
à boire et à écouter de la musique à fond.
Il y a plus de musique, là.
C'est vrai. Tu veux que j'en mette ?
Tes voisins disent rien ?
Je connais pas mes voisins.
Tu les connais pas ou tu veux pas les voir ?
Les deux.
...mon colonel !
Tu dors quand, si tu passes la nuit dans le jardin ?
Le matin, un peu. Pas beaucoup.
Comme moi.
J'avais oublié que je te trouve beau.
Et à part ça ?
Je peux t'embrasser ?
Oui.
Tu arrives bourré au bahut ?
J'ai démissionné, ça fait longtemps.
Au début, on s'est battus ensemble, avec ta mère.
On a parlé à la télé, à la radio, à tout le monde.
On t'a cherchée partout.
Sabine appelait les flics tous les jours. On les harcelait.
On y allait sans prévenir. Ils nous ont presque foutus dehors.
Sabine les a insultés.
C'était quelque chose !
Nous deux, on s'engueulait de plus en plus pour un rien.
Sabine supportait déjà pas que je reste debout toute la nuit,
alors quand elle a vu que je buvais, je suis parti.
J'ai pris cette baraque.
Elle est trop grande pour moi tout seul.
Là, je corrige des copies.
Des cours par correspondance. Ça se passe bien.
Elle a continué à te chercher,
et je me suis cloîtré ici.
L'alcool me met la peau à vif.
Il m'endort pas, pas du tout.
Te justifie pas, je te demande pas ça.
Tu me demandes quoi ?
Tu peux pas arrêter de souffrir, maintenant ?
Toi, tu peux ?
Je suis vivante, papa.
- Elles te plaisent, tes lunettes ? - Oui. Merci.
- Ne me remercie pas, écoute ! - Oui.
- Tu reviendras bientôt à la maison ? - Oui.
Déjeuner ?
Même si on a peu de temps ?
Je t'aime, ma chérie.
Oui.
Je vais te payer le permis.
T'aimeras ça, conduire.
Je regarde si on n'est pas suivies. T'as vu des journalistes, chez Yves ?
Comment ça s'est passé ?
J'ai pas envie d'en parler.
Je t'ai dit du mal de ton père.
T'en dis pas autant que lui, lui-même.
Le mal qu'il dit sur lui-même, je veux dire.
- Je parle n'importe comment. - J'avais compris.
Un des journalistes a voulu que je lui vende une photo de toi.
Combien il t'a proposé ?
- 7 500 euros. - Ça fait combien en francs ?
50 000. Un peu moins.
Pour une seule photo ?
À ta place, j'aurais dit oui. On aurait fait moitié-moitié.
Je n'ai rien pu empêcher.
Je ne vois pas comment t'aurais pu empêcher quoi que ce soit.
Si.
Arrête.
S'il te plaît.
S'il te plaît.
Descends. Ils sont sûrement là. Tu vois où on est ?
Notre rue est parallèle à celle-ci.
T'attends que j'aie fait le tour.
Tu restes sur le trottoir d'en face et tu passes par-derrière.
Tu marches normalement, et tu parles à personne.
Et tu cries si quelqu'un s'approche de toi.
- Ramène-moi chez les tarés. - Non.
Garde-les.
- Mais non. - Mais si.
Maman, non.
T'as raison.
On a tout notre temps, j'ai pris mon après-midi.
T'es toujours chez le Dr Malaurent ?
Tu te souviens du Dr Malaurent ?
Il a pris sa retraite. Je travaille pour son remplaçant.
Dr Civu.
"Civu" ? C'est un Indien ?
Un Roumain. "Civu", avec un "C".
- "Civu" ? - "Chivou" !
- "Kivu" ? - "Chivou" !
On va manger quoi ?
- J'ai oublié de faire des courses. - J'ai pas faim.
Le regard profond de ma petite fille...
Sa bouche...
Tu souris toujours à gauche ?
Fais voir.
Fais voir.
Tu souris toujours à gauche !
Elle était pas là, avant. Elle a poussé.
- Mais non. - Si.
Je te reconnais.
Plus personne te fera du mal.
Oui.
T'as réussi à t'échapper.
Je me suis pas échappée.
Si.
Non, maman.
Je veux qu'il crève.
Et ?
J'irais mieux.
Il t'en faut peu.
- Est-ce qu'il t'a... - Tais-toi !
Je veux qu'il crève, ce salaud.
Cause dans le vent.
On l'a pas encore attrapé, que je sache.
Te fais pas voir !
Je viens juste de la refaire.
Je l'ai refaite plusieurs fois.
Je la refaisais entièrement à chaque fois.
Pour m'aider à choisir, je demandais aux parents de tes copines.
Ils osaient pas me regarder en face.
T'étais pas là pour en profiter, mais je le faisais quand même.
Des parents de l'association ont gardé la chambre telle quelle.
Quoi ? C'est trop rose ?
On peut s'en aller. Je m'en fous, de cette maison.
Je veux juste continuer l'association pour les enfants disparus.
Toi, tu pourras te reposer. Tu prendras tout ton temps.
Et moi, je serai là.
Si tu veux seulement lire, tu liras.
T'auras des moments durs.
Mais je serai là.
Personne saura jamais où on est.
Je t'aime.
Je te poserai aucune question.
On sera bien.
Et merde.
Mais ça, c'est pas mes marques !
Gaëlle ? Où tu vas, à cette heure-ci ?
Hé !
- Ne me touche pas ! - Calme-toi.
- Laisse-moi sortir. - Tu sortiras pas à 4 h du matin.
- Qu'est-ce que je fais de mal ? - Rien.
Tu vois ?
Tu devrais essayer de dormir.
Je dors jamais la nuit. Tu ne comprends pas, ça ?
Je te raccompagne à ta chambre, et j'appelle Morellini.
La pute, je veux pas la voir ! Tu comprends ça ?
Je suis en prison.
"En prison" ?
Vous entrez comme ça, et moi, je peux pas sortir.
Pas toute seule la nuit, Gaëlle.
J'ai pas demandé à te voir.
Je suis de permanence, ce soir.
On ira dans le parc.
- Quand il fera bien nuit ? - Oui.
Prévois une lampe torche.
D'accord.
C'était dans la voiture, bien en évidence.
Vincent Maillard s'est suicidé.
Des promeneurs ont retrouvé son corps pendu à un arbre.
Tu me le dis que maintenant ?
Je l'ai su qu'hier, quand la police a apporté le Dictaphone.
À toi de décider si tu veux écouter ce qu'il y a dessus.
C'était évident, qu'il allait se foutre en l'air.
Je sais pas.
Franchement, c'est pas ce qu'il avait de mieux à faire ?
Oublie pas la lampe torche.
C'est important.
Amis, chantons la fête
Du jour de Noël
Gaiement l'on s'achemine
Sur le sol enneigé
Un beau manteau d'hermine
Recouvre tous les prés
Si t'as eu un accident, je suis mal barrée.
J'ai oublié de te dire que j'avais un truc à faire.
"Oublié" ?
Excuse-moi.
"Excuse-moi" ? J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose !
Je sais.
Crève, ça me fera plaisir, mais pas quand je suis là-dessous !
Je sais.
- Tu sais quoi ? - Que ça te fera plaisir.
Ben tant mieux, si tu sais !
Sois patiente, ça arrivera un jour.
J'espère que je serai là pour profiter du spectacle.
Bien sûr que tu seras là.
Tu serais où, sinon ?
Maintenant tu te calmes, Gaëlle, sinon je te boucle jusqu'à demain.
Tu as compris ?
C'est ça que j'étais allé chercher.
Tu vas faire le test.
Je vais noter où tu vois flou et j'irai faire le test, moi aussi.
Je me ferai faire des lunettes à ta vue. J'ai pris rendez-vous.
C'est pas des sortes de microscopes, maintenant ?
Ils ont... je sais pas. Des projecteurs de tests.
Allons-y ensemble. Tu dis que je suis ta fille.
- Tu te fous de ma gueule ? - T'as peur que je te dénonce ?
Tu arrêtes, Gaëlle, maintenant.
Assieds-toi.
Mais c'est nul, ton panneau. Tu pourras jamais refaire le test.
Assieds-toi.
Allez. La ligne du bas, de l'oeil droit.
"Z, U"...
Cache ton oeil gauche avec ta main.
- Concentre-toi. - Je suis concentrée.
"Z, U, M, C, F, O..."
Plisse pas ton oeil.
"O, H, E, N,
"L, T, A, U..."
Non. C'est pas un U, là.
- C'est pas un U ? - Non.
- Plisse pas l'oeil. - J'arrive pas sans plisser.
C'est vrai ?
Recommence.
"N, L, T, A...
"V..."
Je vois flou, je te dis.
Tu comprends, maintenant ?
Je suis myope ?
Je sais pas. En tout cas, il te faut des lunettes.
Je te préviens, ce seront des lunettes d'homme.
Elles m'iront jamais.
Je te les retaillerai.
Comment ?
J'enlèverai les branches, je les mettrai à ta taille.
Donc ce sera une monture métallique.
Non, pas forcément.
J'aurai l'air d'une vieille bique.
Allez, l'autre oeil.
- On mange pas ? - Après.
- J'ai besoin de me vider la tête. - Après, Gaëlle.
- Je veux me vider la tête ! - D'abord tes yeux, puis on mange,
après, tes devoirs et après, tu te vides la tête.
Des "devoirs" ? T'as vu l'heure ?
J'ai prévu une dictée.
- Tu lis quoi, en ce moment ? - Rien. Je fais une pause.
Ben, t'iras chercher le dernier livre que t'as lu.
Mais on fait plus de dictées, après la 3e !
J'ai 14 ans. Je serais en 2nde, parce que j'avais 1 an d'avance.
T'es en seconde, là ?
- C'est nul, tes dictées. - Mais elles sont bourrées de fautes.
Allô, Maillard ? Ici Faroult. Les fautes, c'est pas ça qui compte.
Gaëlle, les calculs, y a des machines qui font ça très vite,
plus vite que nous.
Écrire sans fautes, personne peut le faire à ta place, donc ça compte !
Putain !
Pourquoi j'ai besoin de te répéter les choses 40 000 fois ?
Merde !
Merde !
À quoi ça sert, que je sache écrire, puisque je sortirai jamais ?
Je sortirai ou pas ?
Non.
Jamais ?
Je t'ai répondu.
"Z, U, M, C, F.
"O, H, S, U, E.
"N, L, T, A, V."
C'est bien.
C'est mieux, l'autre oeil, non ?
Virgule.
"...s'il vivait intensément chaque moment de la journée..."
Virgule.
"...il vivait aussi
"dans son sommeil..."
Deux points.
- Qu'est-ce qu'il y a encore ? - J'ai des crampes.
Tu mets deux "m", toi, à "intensément" ?
Un seul ?
Un paragraphe sans faute et on arrête.
Ils font 3 km, tes paragraphes !
Vas-y. À voix haute.
Les dernières phrases.
Allez, Vincent !
À voix haute.
"Et tout au fond, il sombra dans la nuit.
"Ça, il le sut encore : il avait sombré dans la nuit.
"Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir."
- Ça te plaît ? - Ouais.
Tu devrais le lire.
Plus la peine, je connais la fin.
N'importe quoi !
Tu cuisines comme un chef.
Salopard !
Je finis ?
Finis.
- T'as pratiquement rien bu. - Finis.
Je devrais pas.
- Je devrais pas, j'ai du bide. - Mais non.
Si.
Béatrice râle parce que j'ai pris une taille, cet hiver.
Tu bouges pas, toi. Comment tu fais ?
Une taille, c'est rien !
En plus, c'est du muscle.
Je m'en occupe.
- Il y en a pour une minute. - Je vais le faire. J'ai ma méthode.
- Pour remplir un lave-vaisselle ? - Je passe les assiettes sous l'eau.
"Ma méthode" ! Ça ira pas en s'arrangeant, tu sais.
Retourne là-bas et fous-moi la paix.
- T'as une panière ? - Non.
- T'as pas de panière ? - Non. Dégage.
Allez !
Bon. Maillard...
Walter aussi, il dit que t'es pas net.
Ce gros con ?
Il dit que c'est pas net, si t'es célibataire.
Qu'à ton âge, on est soit en couple,
soit divorcé, soit pédé,
mais pas célibataire.
Tu m'avais jamais dit ça.
Si je devais te raconter toutes les nazeries de ce con...
Un con avec une moustache en poils de cul.
Prends un cigarillo, vieux machin.
Je vais te foutre dehors, Frank.
Le vieux machin va aller se pieuter.
Excuse-moi.
Je suis crevé.
Tchao, vieux machin.
Tchao.
- Aïe ! - Gaëlle, c'est bon !
Mais tu pues de la gueule !
J'ai fumé un cigarillo.
Pourquoi t'as serré comme ça ?
Content de ta petite soirée de merde ?
Après manger, on sort.
Non, pas ce soir.
On sort, Vincent. Déconne pas.
À table, alors.
La prochaine fois, je mettrai un CD en boucle.
Quand ton copain reviendra, pour me faire passer le temps.
"En boucle" ?
À moins que tu descendes me le changer au milieu du repas ?
Tu vas te rendre folle, ma pauvre.
Je veux pas que tu t'abrutisses avec le casque.
Et je fais quoi, attachée sur le lit pendant que tu te bourres la gueule ?
Il reviendra pas, de toute façon.
- Tu l'inviteras plus ? - Je t'ai dit non.
Fin de ta grande phase d'invitations qui aura duré une seule soirée !
Vu ce que ça te fait, c'est pas plus mal.
Je vais me laisser pousser les cheveux.
Depuis le temps que je te le demande.
Et me les teindre.
T'as des beaux cheveux. Tu veux les bousiller ?
Je ferai attention. L'idéal, ce sont des couleurs proches de la mienne.
Comme quoi ?
Blond. J'ai le teint clair, ça ne peut que m'aller.
Je peux varier les nuances :
blond vénitien, blond doré, blond blé,
blond sale... - "Blond sale" ?
Tu sais, un blond plus châtain.
J'appelle ça blond sale, mais ça fait pas sale.
Ta couleur naturelle, c'est terminé ?
Pas du tout.
Comme il faut espacer, j'aurai mon roux la plupart du temps.
C'est ce que je te dis : c'est nocif, ces saloperies.
Mais non, elles le sont pas, mais c'est mieux de pas abuser.
Oui ?
Gaëlle !
Gaëlle !
Gaëlle !
T'en as pas marre, de tes conneries ?
Tu grelottes, là.
Allez.
Qu'est-ce qu'il y a, encore ?
On va faire l'amour.
On va faire l'amour.
Me tape pas !
T'arrêtes ça tout de suite, Gaëlle.
- Je fais rien. - Arrête !
- Crie pas. - Je suis pas un violeur !
- Crie pas. - Je suis pas un violeur !
T'as jamais pensé qu'on le ferait ?
Non.
Mens pas.
Pas comme ça.
Ça doit venir de toi, c'est ça ?
C'est parce que je suis pas amoureuse de toi ?
Si.
Je serai jamais amoureuse de toi. Tu rêves !
Je te toucherai pas.
Tu me toucheras pas, tu me feras pas de mal,
tu feras tout pour que je sois bien. Je connais !
Ne me mets pas enceinte, c'est tout.
Et c'est moi qui décide si on le refait, sinon je me tue !
T'as compris ?
Je me suis habillée en fille, aujourd'hui.
Les cheveux, c'est pas encore ça.
- La folle nous a piqué notre banc. - Elle a pas l'air d'être folle.
Moi non plus.
Ça ressemble à la colo où je bosse l'été.
Le panneau de basket, les tables de ping-pong, les pelouses...
Tu as donc eu un peu d'acné juvénile ?
- Tu me cherches ? - Oui.
Parce que j'ai mis 15 jours à te répondre ?
T'es venu, c'est l'essentiel.
- Et je t'aurais pas reconnu, Timi. - Plus personne m'appelle Timi.
J'ai changé ?
- Je me rends pas compte. - Tu m'aurais reconnue ?
Je t'ai vue arriver, je savais que c'était toi.
- Une copine ? - Je suis fiancé.
- Comment elle s'appelle ? - Marisol.
J'aime beaucoup ce prénom. Vraiment.
Ça va.
- Avec le bac, tu vas faire quoi ? - Licence STAPS.
Pour être prof d'EPS.
- Tout va bien, alors ? - À part l'argent.
Il faut que je trouve un boulot. Le soir, pour pas rater les cours.
Je fête mes 18 ans, ce samedi.
J'aimerais que tu viennes.
Ici ?
Y a toute la place qu'on veut.
Viens avec Marisol.
- Je dois répondre maintenant ? - Non, mais vite.
Il faut les noms, pour les badges.
C'est fliqué à ce point ?
Plus ou moins.
On marche ?
- Si je viens, je viendrai seul. - Bon.
Tu me demandes pas comment je vais ?
Non.
Tu sais, j'ai tout vu, quand il t'a enlevée.
J'étais dans la cour avec les autres de la classe.
Je t'ai vue discuter avec lui.
T'es montée dans sa camionnette.
Non. Il m'a poussée.
- Pourquoi tu lui as parlé ? - C'est lui qui m'a parlé.
Mais tu t'es arrêtée.
Je sais pas pourquoi je me suis arrêtée.
- J'étais contente. - "Contente" ?
On était mardi, y avait pas école le lendemain : j'étais contente.
J'ai souvent rêvé que je lui défonçais sa sale gueule.
Après, on rentrait chez moi, comme d'habitude,
pour voir des clips avant que mes parents rentrent.
C'est pas ta faute.
La tienne non plus.
Alors ?
Rien.
Il est mort, cette crevure.
- Oui. - C'est trop facile.
Je sais pas ce que je fais là, Gaëlle.
Est-ce que je peux partir ?
- Personne t'oblige à rester. - Je sais.
Pars.
Tiens, j'ai tout.
C'est pas la peine.
Tu pourras en faire demain. C'est le week-end.
Tu travailles pas ?
Non. Je me suis fait remplacer.
- T'en veux un ? - Non.
Ils annoncent du beau pour deux jours, là.
Ça va ? T'as pas l'air bien.
Si.
Laisse, tu feras ça plus tard.
- Je descends. - Je t'appelle pour manger.
J'ai pas faim.
Tu remontes ?
Non. Tu peux fermer.
- T'as bouquiné toute la nuit ? - Toute la nuit.
Ça se voit.
On repart de zéro !
Je te boucle en bas quand je sors !
J'irai plus loin !
C'est moi, Gaëlle.
C'est Vincent.
On a été heureux, je le sais.
Toi aussi, tu le sais, si t'es honnête.
Quand je t'ai vue t'arrêter et regarder vers la maison,
j'étais sûr que tu ferais demi-tour.
J'ai failli sortir et te prendre dans mes bras.
Mais tu t'es mise à courir.
J'aurais jamais dû te laisser partir.
J'ai déconné.
J'ai compris que je pourrais pas rester sans toi quand tu as couru.
Mais j'ai pas pu bouger.
Voilà, Gaëlle.
Au revoir.
Deux euros ?
Ils se touchent ?
J'ai dit : "Contrôle des billets, s'il vous plaît."
J'en ai pas.
Vous allez payer une amende en plus du billet. Pièce d'identité ?
J'en ai pas.
Vous allez devoir descendre.
L'amende et le billet, ça fait combien ?
Madame...
S'il vous plaît, ça fait combien ?
Vous allez où ?
Bordeaux.
92 euros.
Houlà !
Vous me donnez l'amende, je lui donne mon billet.
Non, madame.
Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
Tout le monde s'y retrouve. Inutile de la faire descendre.
- Ça vous plaît, de virer les gens ? - À votre avis ?
Je sais pas.
Pourquoi je m'emmerde avec ça ?
- Vous payez comment ? - Carte Bleue.
- Merci. - Voilà. Et votre titre de transport.
- Bonne continuation. - Merci.
Contrôles de billets.
Juliette.
Constance.
Écrivez-moi votre adresse, je vous rembourserai.
Non, non.
S'il vous plaît.
Je préfère.
Ben, voilà. C'est ça.
Merci. Pour le billet aussi.
Attention, au retour.
Je vais à un concert. Je reviens pas.
- Ne vous en faites pas pour moi. - Un peu, si.
Non.
C'est pas passé loin, tout à l'heure.
Si j'avais été toute seule, je l'avais dans l'os.
Ou si ça avait pas été vous, surtout. C'est surtout ça.
Je vous empêche de lire.
Vous me payez mon billet et je vous ennuie. Le boulet !
- C'est mon humour à deux balles ? - C'est votre humour tout court.
Vous pensez à quelque chose, là.
Je me demandais pourquoi vous rentrez pas chez vous.
Ne me répondez pas, Constance.
Ça me regarde pas.
Je peux pas rentrer chez moi parce que c'est plus chez moi.
C'est pour ça que je rentrerai pas.
J'ai les 60 euros que ma mère m'a donnés. Je verrai.
Votre mère vous a laissée partir avec 60 euros ?
Elle le sait pas. Mon père, non plus.
Mais ils vont s'inquiéter.
Je les appellerai pour les rassurer. Avec ça.
Bien rose.
J'aime mes parents, c'est pas la question.
Je vais vous laisser lire, Juliette. Pardon.
Je suis neuve, toute neuve.
Je commence par ça.
Sous-titrage : Eclair Group
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