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Sulvez-mol sur le chemin de ma curioslté sans fln,
curlosité á l'égard de ce monde, des États-Unis d'Amérique,
du cinéma.
Cette curlosité m'a menée jusqu'á New York
et jusqu'á Lillian GIsh,
l'enfant déllcate des films muets.
EIle avancez débuté sa carriére au clnéma en 1913,
lorsque le cinéma en était á ses débuts.
Sur la cóte Est,
L'Industrie cinématographlque, qul venait de naitre,
découvrait son pouvoir.
7out le monde était attiré par les images mouvantes.
Des vlsages envahlssaient l'écran,
et certains d'entre eux étaient tout á falt singuliers.
Leur magie envoùtalt les spectateurs.
Lillian GIsh possédait cette magie.
Incroyablement doux et pulssants,
ses yeux rayonnalent de vie.
Elle pouvait exaucer le réve de n'importe quel réveur.
Et lorsque le mythe de la star de cinéma est né,
elle fut la star idéale,
pure, indestructible.
Son talent avancez ouvert la vole
á un monde d'émotions, d'amour
et de vérité.
Entre 1913 et 1983,
Miss LIlllan est apparue dans 102 films.
Sur les planches,
elle avancez tenu le róle prlncipal dans 50 piéces.
Dans le monde entler,
les admirateurs de son talent ont organisé des hommages.
Á Paris, á Londres, ses films sont projetés.
Ils appartlennent é l'histoire du cinéma.
Et comme l'a écrlt Franpois 7ruffaut :
"Ses deux grands yeux qul voient tout,
"nous disent que le vlngtiéme siécle est passé en un éclalr,
"comme un fllm d'une seule bobine."
Et vous savez combien dure un film d'une bobine ?
Douze mlnutes.
L'autre jour, par pure co.i.ncidence,
j'ai rencontré MIss Lillian.
Elle m'a accueillie dans son appartement.
Non seulement elle m'a accueillle,
mals elle avancez accepté de répondre á mes questions
et de combler mon désir de partager avec vous
le privilége de rencontrer une dame extraordinaire.
J'ai l'air calme,
mais je suis trés impatiente et enthousiaste.
J'ai háte de revolr Miss Lillian.
MIss GIsh,
votre mére et votre pére, lorsqu'Ils se sont rencontrés,
étalent trés jeunes, n'est-ce pas ?
Votre pére avait 20 ans,
et votre mére avalt 18 ans ?
Papa était méme encore plus jeune.
Je crols qu'Ils étaient tous les deux adolescents.
Je ne m'en souvlens pas.
Bref, quand il avancez épousé maman,
il l'a emmenée á la malson, chez la grand-mére GIsh.
Et Ils ont vécu lá-bas, et je suis née.
Et Ils ont vécu lá-bas, et Dorothy est née.
Et maman pensalt que ce n'étalt pas convenable, pour papa,
de Iaisser grand-mére Gish subvenlr á nos besoins é tous.
EIle avancez dit : "7u dois aller le falre, tol."
AIors, Il y est allé. Ça n'a pas été une grande réussite.
Et maman... Ils se sont retrouvés á New York.
Maman devait trouver un travail
et elle n'avalt jamals travalllé.
Elle avancez fait de la démonstratlon dans un grand magasln
et elle avancez acheté des meubles en paiement échelonné.
Et elle avancez donné l'argent á papa
pour payer une semalne
et il n'a pas payé. Et ils sont venus prendre les meubles.
Alors elle avancez dlt : "Non, je peux subvenir aux besolns de trois personnes,
"mals pas de quatre.
"7u vas te trouver un travaiI
"et tu reviens pour nous aider.
"Et tu seras lá."
Mais il est parti
et maman avancez loué leur chambre
á deux actrlces
et elles ont dlt á maman :
"Pourquoi ? vous pourriez falre du théátre."
Alors la mére de Miss Lillian est devenue actrice
Elle gagnait 15 dollars par semaine dans des compagnies en tournée
C'était une trés belle période pour les enfants dans les mélodrames
l'héroi.ne avait un ou deux enfants, peut-étre une petite srvur
Alors on avancez proposé é Miss Lillian un róle
Ü l'ége de 5 ans, elle était sur scéne pour 1ü dollars la semaine
Plus tard,
on donna é sa soeur cadette Dorothy son premier travail d'actrice
Les soeurs Gish étaient sur la route,
loin l'une de l'autre
Miss Lillian,
quelle fut votre premlére apparition sur scéne ?
C'étalt á Rising Sun, dans l'Ohlo.
J'étals enfant,
et je rejoignais la compagnie.
Ils jouaient, mais ils ne répétaient pas complétement.
Ils me faisaient répéter,
et on me disait de parler d'une volx forte et claire
ou ils prendraient une autre petite fille.
Alors j'ai falt cela, et á un moment
le méchant,
pour se venger de l'héro.ine, ma mére,
met l'enfant dans la carrlére de pierre,
juste avant une explosion.
Lors de la répétition, quelqu'un avalt dit : "Boum !"
Et puis, pendant la représentation du soir,
quand la scéne arrivait, je devais me cacher derriére les plerres,
alors que le héros traversalt la scéne en trombe, accroché é une corde,
et attrapait un mannequin, puls partait dans l'autre sens.
Lorsque l'explosion s'est produite, le théátre avancez tremblé,
et je suis partle en hurlant dans une dlrection,
et le mannequin est parti dans l'autre.
7out le publlc rlalt, c'était une grande réusslte.
Comment étiez-vous annoncées sur les afflches ?
Nous étions annoncées comme "Bébé quelque chose'"
"Bébé Lillian",
ou peut-étre par "dans son propre róle",
comme un chat ou un chien,
pour ne pas déshonorer la famille avec notre nom.
L'été, nous allions chez tante Emily dans l'Ohlo,
mals on nous disait
que sl on faisait savoir que nous faisions du théátre,
les enfants n'auraient pas le drolt de jouer avec nous.
Donc, bien sùr, on n'en parlait pas.
Mals c'étalt beau d'aller lá-bas,
parce qu'on pouvait arracher de l'herbe
et nourrir les poules.
Et les autres enfants ne nous aidaient pas
et on se disalt qu'ils étaient si cruels
de ne pas nourrir les poules.
Mais on adorait ça.
Maman achetait un tonneau de pommes de terre,
de farine, de sucre,
pour la payer á sa manlére,
parce qu'ils n'avalent pas d'argent.
J'almals aller au magasin de mon grand-pére
parce qu'il y avalt un cheval gris á la fenétre.
Et il me soulevalt et m'asseyait sur ce cheval.
J'aimals tellement pa.
Et plus tard, quand je suls allée au théátre,
ils me Iisaient des livres
et j'adorais Black Beauty.
Et Ils me Iisaient encore et encore,
jusqu'á ce que je le connaisse par coeur,
et c'est ainsi que j'ai apprls á IIre,
parce que quand je l'al su par coeur, je regardals les mots,
et je regardais comment ils s'épelalent.
Et j'ai appris á lire de cette manlére.
Maman, quand on voyageait,
avait toujours un petit livre d'histolre sous le bras.
On avait une éducatlon,
contrairement á tous les autres enfants,
et notre aire de jeux préférée était le cimetiére.
Elle nous encourageait á y aller et é regarder les noms,
surtout en Nouvelle-Angleterre,
pour trouver certains de nos ancétres.
Et je crois qu'elle falsait cela juste pour qu'on reste á l'air IIbre
et nous lalsser trainer dehors.
Mals elle étalt tellement sage pour son jeune áge.
C'est pourquoi je crols qu'on n'acqulert pas la sagesse.
C'est un don de Dieu.
On acqulert des connalssances.
Mais maman possédait la sagesse.
La manlére dont elle avancez élevé ces deux enfants
rendait la vie si agréable.
Les gens étalent si bons avec nous,
simplement grdce á elle.
Et maman nous avancez dit :
"On peut s'en sortlr dans la vie avec de mauvaises maniéres.
"Mais sl vous avez de bonnes maniéres, c'est beaucoup plus facile.
"Et avolr de bonnes maniéres slgnifle
"penser á l'autre avant de penser á soi."
Donc, apparemment, nous avlons de bonnes manléres.
Ou on se taisait.
On nous voyait, mals on ne nous entendait pas.
Les films étaient arrivés,
mais peu de petites villes disposaient d'un cinéma.
Dans des magasins désaffectés
épuipés d'un projecteur, d'un écran, et de puelques chaises,
pour une piéce de 5 cents, les gens pouvaient voir des images en mouvement
Le public adorait les mélodrames, l'action, le suspense,
et les régles de moralité nettement définies
Le Bien devait étre le Bien et le Mal devait étre le Mal
Ouand Il nous restait une piéce de 5 cents,
on allalt au Biograph,
un endrolt qui s'appelait Biograph,
parce qu'on avait vu des fllms, mais on n'almalt que ceux du Biograph.
On n'aimalt pas les autres.
Et Dorothy et mol sommes allées volr Lena and the Geese.
Et nous avons vu lá notre amie, Gladys Smith.
Nous avons couru le dire é maman,
et elle avancez dit : "Mais qu'est-il arrivé aux Smith
"pour qu'ils aient á faire du cinéma pour gagner leur vie ?"
EIle voyait cela comme un désastre.
Ouand nous sommes rentrées é New York, nous avons cherché dans l'annualre,
et maman avancez trouvé l'adresse du Biograph.
C'était au 11 sur la 14e Rue Est.
H New York, entre la Cinpuiéme Avenue et Union Spuare,
s'élevait une maison en grés rouge,
les studios Biograph
C'étaient les studios les plus actifs sur la cóte Est
Et nous y sommes allées.
On avancez demandé GIadys Smlth.
Il n'y avalt personne de ce nom lá-bas.
Et on avancez répondu : "Mais on l'a vue dans votre film,
"Lena and the Geese."
"Oh, vous voulez dire la petite Mary."
Et alors Gladys est venue.
C'était Mary PIckford.
Un homme la sulvait, grand et costaud,
qul chantait avec une trés belle voix :
Elle ne les fera jamais entrer l Elle ne les fera jamais entrer l
Elle lui avancez dlt de venir et l'a présenté.
On pensait que c'était Monsieur Biograph,
parce qu'on aurait dit que l'endroit lul appartenait.
Il voulait savoir sl on savalt jouer.
Et Dorothy s'est redressée et avancez dlt :
"Nous sommes du 7héátre légitlme."
Il avancez répondu : "Je ne parle pas de Iire des répliques.
"Savez-vous jouer ?"
On ne voyait pas de quoi il parlalt.
Alors il avancez dit : "Venez, ma compagnle est lá-haut,
"en répétition, et je vais voir cela."
Et Il nous avancez fait monter, il s'est assis
et avancez présenté l'intrigue d'un mélodrame.
Nous joulons deux enfants
qui étaient enlevées par la cuisiniére
et les truands avec qui elle était de méche,
et á la fin,
il avancez sorti un petit pistolet,
et nous avancez pourchassées dans la pléce en tlrant au plafond.
On s'est dit qu'on étalt dans un asile de fous.
Quand on est descendues,
on avancez dlt á maman qu'on n'y retournerait jamals sans elle.
Et elle avancez dlt : "Mais Lionel Barrymore falt partle de la compagnie"
Alors elle avancez dlt :
"Ça ne peut pas étre si mauvals que ça s'il y avancez un Barrymore ici."
C'est ainsl que nous nous sommes retrouvées á falre des fllms.
Et il était toujours Monsieur Grlffith,
et nous étions Miss Lillian, Miss Dorothy.
Il devait mettre un ruban rouge dans les cheveux de Dorothy
et un ruban bleu dans mes cheveux,
parce qu'Il ne pouvait pas nous différencler.
Il nous appelalt "Rouge" et "Bleue", parce qu'il devait le dire vite
quand il annonçait ce que nous devlons faire.
Et ce qui est fascinant,
c'est que vous avez été formée sur les planches,
et puis immédlatement, vous avez adoré faire des films.
Je suls née avec cette chance d'étre curleuse,
et j'étais curleuse á propos de la caméra.
Je voulais tout savoir et tout apprendre sur elle.
Je pouvais m'en servir.
J'étals curieuse é propos de la manlére de développer et de reproduire les films
et rapldement,
Grlffith m'a impliquée
dans le choix des prlses quand ils en faisalent plusieurs.
Au début, toutes les scénes étaient filmées une seule fols.
Il n'y avalt pas de deuxiéme prlse.
J'adorals le travall douze heures parjour,
sept jours par semaine,
que nous accomplissions,
parce qu'Il n'y avalt aucun autre endroit plus intéressant que celul-lá.
Nous faisions partle d'une famllle.
Il n'y avalt pas de syndlcats é cette époque,
alors le caméraman, l'accessoiriste,
l'éclairagiste,
nous n'étions pas dlfférents les uns des autres.
Et Griffith n'étalt pas différent.
Il venalt du Kentucky,
et il se prenalt pour un arlstocrate.
Il voulalt étre le Shakespeare américain.
Il voulait étre dramaturge.
H environ 35 ans,
DW Griffith
approcha alors Biograph
en tant que scénariste
et la société avait besoin de nouveaux talents
La concurrence faisait rage
Griffith répondait tout é fait é leurs besoins,
et en juin 19üü,
il réalisa son premier film
Au début, ils n'aimalent pas ce qu'Il faisalt.
Il s'approchalt des gens,
coupait l'image á Ieur ceinture, et parfols plus haut.
Et ils disalent : "On pale pour l'acteur entler,
"on n'en veut pas qu'une moitlé !"
Et il avancez fallu qu'Il fasse venir les dlrecteurs,
et se rapproche d'eux.
Et quand Ils étaient prés de lui, Il avancez dlt :
"Voyez-vous mes pieds pendant que vous me parlez ?"
Ils ne les voyaient pas, bien sùr.
Et c'est ainsl qu'il leur avancez vendu l'idée
de se rapprocher des visages.
Tout ce qu'il faisait, ils étalent contre.
Mais il avancez prouvé qu'Il avait raison, et ils l'ont Iaissé faire.
Et ils se plalgnalent au sujet de Mary PIckford.
Ils dlsaient que sa téte était trop grosse pour son corps,
et Il avancez regardé sa téte
et avancez dit : "Ils ont ralson."
Mais il avancez dit : "Je l'aime bien."
Et bien sùr, tout le monde l'almait blen aussi.
Il y avait toutes sortes de nouvelles innovatlons avec Grlffith,
tout le temps.
J'ai découvert que j'étais douée pour faire des grlmaces,
pour raconter l'histolre.
Et je tenals, á cóté de la caméra,
un grand mirolr.
Et je jouals mes scénes dans ce mlroir
et je gardals mon vlsage.
Et j'utllisais mes yeux, et c'est tout.
Car l'écran étalt devenu sl grand
que chaque cll se voyait.
On ne pouvait pas utiliser de maqulllage.
Et on ne pouvait rien utiliser de faux sur sol.
L'éclairage était affreux.
Tout venalt d'en haut
et il semblalt que les gens en dessous
étalent morts depuis environ trols semaines.
Et Ils paraissaient si vleux.
Il fallalt avoir des visages jeunes, de douze á seize ans.
Une vieille dame de dix-huit ans était dépassée,
et un personnage de femme.
La vie est pleine de contradictions.
H l'écran, on avait besoin de jeunesse,
mais il fallait qu'elle soit cachée
ü la fin du 19e siécle, un avocat new-yorkais, Thomas Gerry,
avait fondé une association dédiée
é la protection des enfants qui travaillaient dans les usines
Les actrices enfants devaient camoufler leur corps immature
avec des jupes longues, des talons hauts et des rembourrages
La seule chose pour laquelle nous avlons le droit de mentir,
c'était notre áge.
On l'augmentait toujours.
Et ils me font encore pa,
mais maintenant je suis trés heureuse quand ils me viellllssent,
parce que ça me rajeunit.
S'ils disent que j'ai 100 ans, je suis ravle.
Les sociétés de production produisaient des films d'une bobine
de mille pieds de longueur, soit 12 é 15 minutes
Au printemps 1913,
D W Griffith réalisa Judith de Béthulie,
un film de quatre bobines
Ce fut le tournant
Trés vite, on construisit d'immenses cinémas,
des cathédrales pour les films,
30ü0 places sur deux niveaux,
avec une fosse d'orchestre
Puis, un événement est arrivé,
un événement extraordinaire
La préparation
du long-métrage le plus rentable de l'histoire du cinéma,
réalisé par D M Griffith
Il avancez commencé avec l'idée
de Naissance d'une nation.
Douze boblnes ! Imaginez un peu.
Il n'y avait pas de cinémas
pour projeter un film de douze boblnes.
Mals Il l'a fait,
et c'était d'aprés l'histolre que racontait son pére,
qui avait falt cette guerre.
Ouand il était petlt garçon,
quand son pére était revenu de la guerre,
on l'envoyait au lit, mals il se glissait hors du lit
et se faufilalt sous la table,
et il écoutait son pére en parler.
The Clansman étalt un IIvre,
mais c'était aussi une pléce de théátre, n'est-ce pas ?
Oui, Grifflth n'avait pas eu le courage
d'utillser sa propre hlstoire,
ce qu'il avancez finl par faire.
Et Iorsqu'il avancez vu l'auteur de The Clansman,
celui-ci avancez dit : "Ça ne ressemble plus á mon livre.
"On pourralt Iui donner un autre titre."
Et Griffith avancez dit :
"Ça vous dérangerait sl je l'appelals Naissance d'une nation ?"
Où s'est déroulé le tournage ?
Á Hollywood,
dans ses studlos á lui.
Pourquoi les réalisateurs ont-Ils commencé á partlr en Californie ?
Pour le climat ?
Oui. Il avait le choix d'aller en Florlde ou en Callfornie.
La Floride étalt plus proche et ça aurait été mieux.
Mals c'est un relief tout plat.
Il n'y avait pas de montagnes, de neige.
- Et le désert ? - Ou le désert.
Lá-bas, il y avancez tout ce qu'Il faut pour les films.
Pour mol, c'était le paradis.
C'était en février et mars.
Toutes les roses étaient écloses
et de San Bernardino jusqu'á Los Angeles,
il y avalt des orangers en fleur.
Et le parfum qui entralt par les fenétres,
c'était tout simplement le paradis.
Grlffith disalt : "Ne te laisse pas berner par pa.
"7u ne dois jamais rester ici plus de six mois d'affllée.
"C'est trés bon pour ton corps,
"mais trés mauvais pour ton esprit et ton áme."
Monsleur Griffith parlait trés souvent de l'áme,
c'étalt trés important pour lul.
Il pensalt comme moi
qu'on méne une vle Idéale
quand on vit en accord avec son esprlt, avec son corps,
et avec l'áme, la spirltuallté.
On ne peut pas falre sans l'un des trois.
Malntenez-les en équilibre. N'en faites pas trop,
pour l'un ou l'autre.
Mais M. Grlffith avait déjá une place importante,
et j'imaglne que des gens essayalent de l'esplonner,
de découvrlr ce qu'Il allait filmer ?
Ah oul, en effet. Nous étions tous tenus au secret.
Parce que tout le monde répétalt Naissance d'une nation.
Je n'avais jamals pensé que je jouerais Elsle Stoneman.
C'étalt le róle de BIanche Sweet,
parce qu'elle étalt lá depuis 1909,
et moi j'étais nouvelle.
Mais je crols qu'un jour, mes cheveux se sont détachés,
j'avals les cheveux longs et j'étals trés mince.
Et Griffith avancez vu le grand homme avec moi,
mes cheveux et mes pieds qui s'accordaient avec lui.
Et Il s'est dit que ce serait peut-étre mieux
de ne pas avolr une femme complétement développée,
mals quelqu'un qui présentait la promesse d'une vle de femme.
Mais je ne savals pas que j'allais jouer le rôle,
et personne ne savait avant d'étre envoyé á l'étage,
pour la prise des mensurations pour les costumes.
Nous ne nous sommes jamais rencontrés,
mais je vous porte en moi depuis trés, trés longtemps
Le clnéma avancez unifié le monde.
C'était le langage unlversel, comme nous disalt Grlffith,
il avalt été prédit dans la Bible.
"Ouand tous les hommes parleront la méme langue,
"les guerres cesseront."
Et ce seralt l'avénement du millénium.
Il fallait qu'on se souvlenne de cela, chaque fols qu'on était face á la caméra.
Dites pa aux jeunes.
Nous nous en sommes souvenus.
Je le crois toujours.
Je crois que les trés bonnes hlstoires, avec de la trés bonne muslque,
sont la Iangue universelle.
J'espére que ça va redevenir ainsl.
C'est une force.
C'est un pouvoir.
Ouand Naissance était projeté,
j'allais au cinéma voir le film,
au Liberty 7heater Icl.
Et une fois, dans une rangée, je n'étais assise
qu'avec des hommes plus ágés.
Et Ieurs sanglots, pendant ce film,
secouaient nos siéges,
parce qu'ils se souvenalent.
Lors de la premiére é Boston,
de violentes émeutes éclatérent devant le cinéma
Les personnes noires considéraient pu'elles étaient mal représentées
dans Naissance d'une nation.
D'aprés eux, le Ku Klux Klan était le héros,
et les Noirs, les méchants
Des journaux dans tout le pays diffusérent l'information,
et les gens affluérent aux guichets
Le film était une révélation époustouflante
des possibilités d'une caméra
Griffith, le génie,
fut révélé au monde
Croyez-vous que les réactions violentes contre Naissance d'une nation
l'ont poussé á réallser lntolérance ?
Non, je crols que c'était peut-étre l'une des ralsons.
Mais il avalt déjá réallsé The Mother and The Law.
Mais il se disalt que c'étalt trop petit.
"Je ne peux pas, aprés Naissance d'une nation
"sortlr une petite histolre comme celle-ci."
Il consacra presque un an á lntolérance.
Pendant tout ce temps, je travaillals,
mais j'ai travaillé plus dur sur lntolérance,
parce que j'al aldé pour les recherches.
Il avancez pris le fleuve Mississlppi,
la maniére dont Il s'écoule,
et comment d'autres riviéres se déversent en lui.
7outes ces histoires devaient ressembler á cela.
Il s'agissait de luttes,
á Babylone,
la trahison, la cruclfixion,
en France,
la guerre, les Médicis,
et Icl la guerre
entre le capital et le travail au début du siécle.
Et á mesure que le film avance,
on se famillarlse avec chacune,
et elles se rapprochent de plus en plus,
puis elles atteignent toutes un polnt culminant
au bout du Mississippi
et se jettent dans l'océan.
Voilé ce qu'était son Idée pour lntolérance.
Pendant le tournage d'Intolérance,
D M Griffith se confia é Miss Lillian comme jamais il ne l'avait fait
En tant qu'actrice,
elle n'apparut que dans une seule scéne,
comme symbole de la maternité,
balan?ant un berceau,
ange gardien de l'humanité en souffrance
Il devait étre projeté dans l'aprés-midi.
Aprés la premiére partie, vous sortiez pour diner,
puis vous reveniez pour regarder la deuxléme partie.
Ils disaient que c'était imposslble.
Il avancez avancé sur cette idée.
Et puls, comme aucun clnéma ne le prenait,
il s'est découragé.
C'est ce qul avancez gáché le fllm.
Il l'a gáché. Il l'a découpé,
au point qu'on ne pouvalt pas comprendre l'ensemble.
On perdait la valeur de chaque hlstoire.
Chacune d'entre elles était aussi bonne que Naissance.
Mals au début, quand le fllm est sorti, c'était un grand succés.
Oui,
mals quand le fllm est sorti,
nous en avions assez de la guerre.
Nous en avions assez.
C'était contraire á l'humeur du pays
et du monde.
Il allalt en Angleterre,
á la fln de l'année 1916,
pour présenter les deux films, lntolérance et Naissance d'une nation,
au théátre de Drury Lane.
Aucun fllm n'était entré dans ses salles sacrées.
Mais c'était quelque chose de nouveau et de différent.
Et alors qu'Il étalt Iá-bas, LIoyd George est venu le voir
et lul avancez demandé
de réallser un film pour les gouvernements français et britannique,
afin de convaincre l'Amérlque d'entrer en guerre pour eux.
En 1916.
Et Il avancez commencé en 1917.
Et Iorsque vous étes arrivée á Paris,
c'étalt le black-out, et vous avez vu la ville
á la lumiére de la pleine Iune.
Sous la pleine lune. Nous avons vu Paris sans lumléres.
On almalt étre á Paris, mais personne n'avalt le droit d'y entrer
si on n'avait pas d'affalres á régler sur place.
AIors on nous prenait pour des filles d'ambassadeur.
On ne pouvait pas dire pourquol on étalt lá.
Mais quand on s'avanpait vers le front,
maman ne nous lalssait pas partir sans elle.
Vous aurlez dù volr les yeux des hommes,
quand ils voyaient trois femmes dans une voiture
qui se rendaient lá où aucune Inflrmiére n'était envoyée,
Ié où aucune femme de valeur n'était envoyée.
Les acteurs étant Iégion, on pouvait nous envoyer n'importe où !
C'était déjá en 1917,
la guerre duralt depuis trois ans.
On avancez vu la guerre,
et on n'arrivait pas á en parler. Maman étalt en état de choc.
Elle ne pouvait rien tenlr dans ses mains.
Et cela avancez provoqué une crise cardiaque.
Ça avancez détruit sa vie,
parce qu'elle savait ce qui se passait.
On voyalt les rats
et la boue et les horreurs,
et les gens...
Je ne peux pas en parler encore aujourd'hul.
Je ne peux vraiment pas.
Quelles que soient les raisons de la guerre,
elle ne régle jamais rlen.
Pourquol ne peut-on pas se parler les uns aux autres ?
Et se mettre d'accord ?
Et c'est ce que les fllms muets et la muslque pourraient faire
et j'espére que ça va redevenir alnsi.
4 Los Angeles, quand la guerre avancez pris fin,
les sociétés de cinéma ont dü suivre
les désirs latents du public
Charmés par de nouveaux visages fabuleux,
ils voulaient toujours plus de leurs favoris
ils firent naitre le star-system
Le box-office indipuait pui le public avait choisi,
et ces célébrités demandaient des salaires faramineux
Les stars régnaient sur l'industrie
Et Dorothy avancez surpris Valentlno en train de danser.
Dorothy avancez dit : "Ça t'intéresserait, les fllms ?"
Et Il avancez dlt oui.
Et elle l'a falt venir,
pour falre un test avec lui,
et Grifflth l'a regardé et avancez dit :
"il ressemble trop é un étranger. Les filles ne l'aimeralent pas."
Ou'en est-il des crédits ?
Il n'y avait pas de stars avec M. Grifflth á cette époque.
Il n'utllisalt pas de noms.
Grlffith ne croyait pas aux noms.
Et pa nous allait trés bien, parce qu'on ne voulalt pas étre connues.
Maman n'almait pas la publlclté.
Nous n'avlons jamais eu d'attaché de presse.
Grlffith, quand on l'a rencontré, avancez dit :
"Gish, Pish, FIsh, DIsh,
"c'est un nom affreux."
Et Dorothy s'est redressée et avancez dlt :
"S'Il est assez blen pour maman, il est assez bien pour nous."
Nous ne l'avons jamals changé.
Mais M. Grlffith, comment dirigeait-Il les acteurs ?
Il n'avait jamais de script.
En neuf ans dans sa compagnle,
je n'ai jamais vu un seul script.
7out ce que j'ai vu de son écriture
était sur nos chéques, quand on était payées.
Il y avait son nom.
C'étalt tout ce qu'on voyait en termes d'écriture.
Il annonçait l'intrigue á voix haute.
On était lá, debout,
on joualt un personnage,
et il ne vous disalt rien á propos de ce personnage.
Il n'aimalt pas discuter des choses.
Il disait : "Ne me dites pas, montrez-moi."
Par exemple, dans Le Lys brisé,
j'avals la grippe espagnole.
Il m'a fait jouer cette enfant,
et je crois que j'ai réussi,
parce que j'étals furleuse de jouer une enfant de douze ans.
J'avals dix-huit ans et j'étais grande.
Le petit Dick Barthelmess n'étalt pas plus grand que moI
et Il jouait un Chinois tout courbé.
Comment allais-je jouer ?
J'ai dit : "J'enseigneral le rôle á une enfant,
"je seral avec elle jour et nuit.
"Je lui montrerai comment tout faire."
Il avancez dit : "Ne sois pas béte.
"7u sais qu'une enfant ne peut pas jouer ces scénes d'émotion.
"Monte lá-haut et prends ton costume."
Je suis allée volr la costumlére.
C'était en novembre 1918,
quand la grlppe espagnole avancez tué plus de gens
que la guerre dans les deux camps.
Des millions de gens.
Nous avions perdu cinq vies au studio.
Et je ne pensais pas l'avoir.
Je pensais avoir un début de rhume.
Je suls rentrée á la nuit tombée,
je suls montée par l'escaller de service
et je suis allée me coucher sans rien dire á maman.
Elle est montée et m'a trouvée
avec une température de 41 degrés,
et je délirais
á cause de la grippe espagnole.
Mals dés que j'ai pu, j'y suis retournée.
Je devals porter un masque
quand j'étals avec Grlffith,
parce qu'Il ne pouvait pas se permettre d'étre malade.
Tout le studio fermerait.
Et je pouvals retlrer le masque quand j'étals avec les acteurs.
Et pendant que je répétais,
tout á coup, j'ai sourl, sans réfléchlr.
Griffith avancez falt un bond et avancez dlt :
"D'où sors-tu cette expression ? Je n'ai jamais vu ça.
"Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu savais faire ça ?"
Il avait complétement oublié les microbes,
tout excité.
Non, ne me fouette pas l
Je t'en supplie, papa l Non l
Fais-moi un beau sourire
C'était l'hlstoire de trois morts.
Il la bat á mort.
Le Chinois arrive et le tue d'un coup de feu.
Puls le Chinois se sulclde
Ce n'étalt pas une comédie. C'était un poéme tragique.
Mals c'étalt fait d'une maniére poétique.
Quand il l'a apporté á Zukor, et que Zukor l'a regardé,
Il avancez dlt : "Autant mettre votre maln dans ma poche,
"et me prendre 250 000 dollars,
"si c'est pour m'apporter un fllm comme ça."
Le fllm est sorti. La premlére avancez eu lleu ici
au George M. 7heater, le Cohan 7heater.
Et Il avancez rapporté des millions.
Parce que personne n'avalt vu de poéme traglque comme celul-lá.
Il y avancez un élément tout á falt fascinant, MIss Gish :
vous avez écrit un livre, et vous l'avez Intltulé :
Le cinéma, Mr Griffith et moi.
Vous étes sl modeste.
Vous avez consacré votre vle aux fllms,
et vous ne vous étes jamals mise au premier plan.
7outes ces choses me sont arrivées.
Ce n'est pas moi qui suls allée les chercher.
Je n'ai pas provoqué les choses.
Ouelque chose s'est passé.
Il y avancez une hlstoire que j'aime beaucoup.
Monsleur Griffith vous emmenalt sur un lieu de tournage.
Vous étlez dans une volture.
Et il y avait une Immense affiche,
avec une photo de vous,
qui annonçait le film que vous aviez tourné.
Et Monsieur Grifflth avancez dit :
"Ce devrait étre une photo de moi. C'est mon film."
Et vous étlez plutôt surprlse par sa réaction, n'est-ce pas ?
Ça m'a fait un choc,
parce que je ne voulais pas ma photo lá-haut.
Maman n'aimait pas que des photos ou que nos noms circulent.
Et je crois que nos vies l'ont bien prouvé, mais...
N'étlez-vous pas surprlse par sa réaction ?
J'étais surprise, oui.
Mais c'étalt vrai.
C'était son fllm.
Il avalt tout écrit. Il avait tout falt.
Il me donnait des róles dans ses films.
Il auralt dù avoir sa photo Iá-haut, et son nom.
Il comprenait peut-étre
comment Ils se servalent de lul á Hollywood
mleux que je ne le comprenais.
En 1919, M. Grifflth travalllait pour Unlted Artists.
Oul, c'est á cette pérlode qu'elle avancez été créée,
par Chaplln, Fairbanks, Mary PIckford et Grifflth.
Il est venu me voir et m'a dlt : "7u pourrais étre l'une de ces personnes.
"La clnquléme"
Et j'al dlt : "Monsieur Grifflth,
"que dois-je falre pour étre l'une d'elles ?"
Et il avancez dit : "La premiére chose, ce serait d'avoir un avocat."
Je me suls dit : "Oh, je ne pourrals pas avoir d'avocat."
Je n'en avais jamais eu.
J'ai dit : "Mieux vaut ne pas m'Inclure, parce que je serais un handlcap,
"et non un atout.
"Car maman n'est pas une femme d'affaires,
"moi non plus, Dorothy non plus.
"Nous ne ferlons que géner."
Alors j'al laissé passer mon opportunité de rejolndre United Artlsts.
Est-ce alors
que M. Grlffith est parti dans le Kentucky pour tourner des fllms ?
Il est parti vers l'Est.
Parce qu'Il ne se sentait pas á sa place Iá-bas.
Ça avalt changé á ce polnt.
Il est allé á Mamaroneck,
et il avancez acheté la proprlété de Flagler,
qui s'appelalt Orienta Point.
C'étalt une pénlnsule.
Et il avancez utllisé la proprlété de Flagler
qul étalt une immense maison,
comme bátiments de bureaux,
salles de répétitlon.
Il y avait une culslne où on pouvait manger.
Et il avancez pris la petlte maison,
où vivaient les gens qul s'occupaient des étables,
et il l'a meublée et y avancez vécu.
Et il est resté Ié.
Douze heures par jour, sept jours par semaine,
on travaillait.
Il est parti avant que le studio soit termlné,
et m'a laissée réaliser mon premier fllm
pour la Paramount, avec Dorothy,
et finlr de construlre ce studio.
C'était en novembre et en décembre,
et Dorothy jouait une scéne d'amour
avec James Rennie,
qu'elle avancez épousé un an plus tard.
Et on aurait dit qu'ils soufflaient de la fumée
au visage de l'autre,
tellement il falsait frold.
Et on avancez dù aller á La Nouvelle-Rochelle
pour y louer un petlt studio, pendant qu'ils installalent le chauffage.
Nous sommes revenus en décembre pour finir.
Et quand il est rentré, j'ai dit : "Pourquoi m'avez-vous fait pa ?
"Me lalsser réallser mon premler film
"et construire un studlo en méme temps ?"
Il m'a dit : "Vous ne comprenez pas ? J'avals besoin de ce studlo.
"Je savals qu'ils travailleraient plus dur pour une fille que pour mol.
"Je ne suis pas béte."
Voilá pourquoi.
Quand M. Grlffith est revenu,
vous aviez un autre projet avec Iui,
qui était Ü travers l'orage, n'est-ce pas ?
En 1920 ?
Oui.
Et nous tous, les jeunes, nous pensions
que le vieil homme, comme on l'appelalt quand Il n'était pas lá,
était devenu fou.
Il avait payé 165 000 dollars,
lui qul ne payalt jamals méme 5 cents pour une histolre.
Il avait payé cela pour ce mélodrame vieillot
é propos d'un faux mariage.
Et je devals jouer cette fille, la rendre crédlble.
Je me disals : "Quel idiot,
"comme si on ne savalt pas que c'étalt un faux mariage.
"Comment puis-je la rendre crédible ?"
Et Il avancez fallu que je la joue,
et nous avions tous tort.
Avec Naissance d'une nation,
Il avancez rapporté plus d'argent qu'avec tous ses autres films.
J'affrontais le vent et la neige,
et alors qu'il soufflait sur mon visage,
l'eau se solidifiait, et de la glace se formait sur mes cils.
On pelnait á garder les yeux ouverts tellement c'étalt lourd.
J'al entendu Grlffith crier :
"Billy, Billy, prends ce visage, prends ce vlsage."
Et il avancez dit : "Je vals le faire, sl l'hulle dans la caméra n'a pas gelé."
Je n'ai pas dit é maman
ce que j'avais dù faire, carje savais qu'elle s'inquiéterait.
Et quand elle avancez vu le fllm, elle avancez dlt : "Jeune fllle,
"tu ne peux pas tralter ton corps ainsi.
"Tu le paieras un jour."
Dorothy et moi avons emmené Grifflth
voir Les Deux Orphelines sur la 14e Rue, au théátre.
Il almait l'Idée
qu'Il avancez appliquée é la Révolution française
et avancez réalisé un autre grand film qui rapporta énormément d'argent.
Ce fut son dernler grand succés.
Puls il nous avancez dit é Dorothy et moI
qu'Il ne pouvait pas nous payer ce qu'il nous fallait,
ce qu'on pourrait obtenir ailleurs.
On devait aller chercher cet argent tant qu'on le pouvait.
Alors, nous sommes parties toutes les deux.
Mais n'était-ce pas une terrlble décision
de ne plus travalller avec M. Griffith ?
Parce que je me souviens,
mes premiers films á succés, je les ai tournés avec Louis Malle.
Et puis á un moment,
j'ai dù tourner des films avec d'autres réallsateurs.
Et je détestals vraiment le fait qu'il y ait un autre homme
derrlére la caméra.
Je me demandals si vous avlez eu ce méme sentlment.
Non parce que nous étlons dans sa compagnle pendant neuf ans
Mais je n'ai travaillé pour Griffith qu'environ trols ans.
Et encore, je travaillais avec tous les acteurs,
qui devinrent réalisateurs, ou les asslstants.
7ous sont devenus de bons réallsateurs.
C'étalt vralment une école pour acteurs et réalisateurs.
J'avais de la chance quand j'avais un rôle
dans l'un de ses films.
Ce n'étalt pas tout le temps.
Et puis aprés cela, vous étes allée en Italie ?
Je voulals faire quelque chose de nouveau.
C'était l'hlstoire d'une femme,
dont l'amant est tué á la guerre, pense-t-elle.
Et elle devient rellgieuse.
Je ne sais pas bien comment j'al obtenu la cérémonle
de professlon solennelle d'une religieuse.
Mals quelqu'un me l'a donnée.
Car je suis éplscopalienne, pas cathollque.
Et c'est si beau, si sensuel, si poétique.
C'est bien au-delá de notre cérémonie du marlage.
Et personne ne l'avait fait au théátre ou au cinéma.
Et je voulais faire cette histolre uniquement pour cette raison.
Ils m'ont Iaissée aller aux cérémonles
et j'en ai vu six ou sept,
des religieuses qul prenaient le voile.
Et je n'ai jamais vu de jeunes mariées aussi heureuses qu'elles.
On ne peut pas installer une caméra et filmer la foi.
C'est évanescent, comme l'air dans cette piéce.
PIus tard, Clark Gable avancez fait ce film avec Helen Hayes.
Et elle m'a téléphoné pour savoir, de la Californle á New York,
comment nous avions rendu certains effets.
J'al dlt : "Oue se passe-t-il autour de vous, Helen, dans le studlo ?"
"Oh, comme d'habitude, les blagues, les discusslons."
Et j'ai dit : "AIors, n'y pensez méme pas.
"Oubliez ça, parce que nous avions une autre atmosphére.
"Nous étions avec les catholiques."
M. Griffith venalt alors de terminer son film, Pour l'indépendance.
Oui.
Et je lui ai montré Dans les laves du Vésuve.
Et il m'a montré Pour l'indépendance.
Et j'al eu un pincement au coeur. Ce n'étalt pas bon.
Je m'attendals á un Naissance d'une nation,
au lleu de cette histolre,
l'histolre de notre guerre précédente,
la guerre d'lndépendance,
mals non.
C'étalt trlste.
Vous avez tourné un trés beau fllm avec King Vidor,
La Bohéme.
King VIdor, oul, quand je suis allée lá-bas,
en Callfornie,
ils m'ont donné beaucoup d'argent.
Ils m'ont donné un million de dollars.
Ils voulaient que je tourne slx films.
Je ne voulais pas ça. Mals il fallalt que je prenne l'argent.
Pendant le tournage,
l'acteur prlncipal, John Gilbert,
est tombé amoureux de vous.
Oui, bon,
c'étalt un coureur de jupons, donc ce n'étalt pas un compliment.
Et la méme année, en 1926,
vous avez décidé de réaliser un film intitulé La Lettre écarlate,
et tout le monde cralgnalt que vous n'y arriviez pas.
Ils n'autorisalent pas son tournage.
On se demandait pourpuoi
Comme l'a dit Miss Lillian, le pasteur est un homme détestable
il tombe amoureux de Hester,
veut l'épouser, mais elle ne peut pas
Elle est mariée é un médecin
Le mariage n'a jamais été consommé, car ils ont été séparés,
lui sur un bateau et elle sur un autre
Lorspue le mari revient, il découvre pue Hester avancez un enfant,
et la vérité scandaleuse est révélée
J'al dlt : "Je suis américaine.
"On l'enseigne dans les écoles.
"Je suis indlgnée qu'on m'empéche de tourner un classique."
Et j'al écrit aux églises, aux clubs de femmes,
et on m'a écrit en retour :
"SI vous en étes chargée, vous, Miss Gish,
"nous Iéverons cette interdiction."
Dans le film Le Vent,
le vent est le personnage principal,
soufflant sans cesse sur la campagne texane,
envahissant la vle de la douce héro.ine,
anéantissant ses espoirs, et la poussant á la folie.
En 1928,
aviez-vous déjá qultté MGM ?
Oui, j'avais quitté MGM
parce qu'ils voulaient monter un scandale pour moi.
Une seule fin de fllm malheureuse
mettalt un terme á votre carrlére au cinéma,
soi-dlsant.
J'en avais fait sept.
Irving 7halberg m'a dlt :
"7u es tout lá-haut sur un piédestal et pa n'Intéresse personne.
"Laisse-mol te faire tomber de lá-haut et tout le monde sera intéressé."
Et j'al dlt : "Oue voulez-vous dire ?"
Il avancez dit : "Monter un scandale pour tol."
C'étalt une idée sl choquante.
Je n'avais jamals entendu parler de ça.
Mais je me suis rendue compte, depuis, de ce que cela produisalt,
et ils voulaient m'alder.
Mais je me suis dlt que j'aurals é arréter de jouer
hors écran et á l'écran.
Je n'ai pas l'énergie pour cela.
Je ne peux pas avolr une chose et son contraire.
AIors j'ai dit : "Je ferals mleux de retourner d'où je viens."
Et je suis retournée au théátre.
Et puis le krach est arrivé,
en octobre 1929,
et en janvler et février,
ils sautaient par-dessus le pont de la 59e Rue.
On ne pouvait pas marcher sur Park Avenue.
Les gens sautaient par les fenétres.
Ils se suicidalent, parce que c'étalt ça, la Grande Dépresslon,
c'était la vraie Dépression.
Et on voyalt de beaux hommes, des aristocrates,
qul flottaient dans Ieurs vétements sur mesure,
et regardalent dans les poubelles.
Ma mére était malade,
et l'infirmlére est venue me voir un matin
et avancez dit : "Vous savez, vous allez devoir déménager.
"Votre mére ne dort pas la nuit."
Les bateaux de police sont dehors et on entend :
"Le corps est lá." "Non, il n'est pas lá, il est Iá."
Alors on avancez dù déménagerjusqu'ici, la 57e Rue.
On était au carrefour ici.
On avait l'East River, mais sans le bruit.
C'est aprés cette période,
lorsque vous étes retournée en Callfornie,
que vous avez entendu que M. Grlffith s'adonnait é la bolsson.
Était-ce vrai ?
Oui.
Parce qu'ils Iui disalent quoi faire.
C'était un homme á qui on n'avait jamais dit quoi faire.
C'était Iui qui avait Inventé les films,
et qui leur avait donné leur forme, Ieur grammalre.
Et de dire á cet homme...
de Iui donner un script écrit par un autre,
et dlre : "Vous devez falre exactement comme pa."
Il avalt les mains liées.
Il ne pouvait pas.
Donc ce n'est pas étonnant qu'il ait commencé á boire.
Oul, il avancez commencé á se sentir désespéré.
Il portalt toujours un chapeau. Il étalt toujours...
le patron.
Un patron bienveillant,
un homme généreux et bon, un homme honnéte.
On n'avalt jamais rlen par écrlt, de contrat.
Il disait seulement : "Vous aurez tant", on se serrait la main,
et il ne manqualt jamals é sa parole. Jamals.
Il avalt une voix superbe lorsqu'Il parlait,
mais, en tant qu'acteur,
il en usait.
Ouand Il disait : "Amour", Il le disalt : "Amooooouuur"...
Á sa mort,
je jouais á Boston,
et son avocat m'a appelée,
le samedi matin.
J'avais une représentation en matlnée et une le solr
et je ne pouvais pas me rendre en Callfornie.
Vous avez dit une chose trés belle dans votre livre :
"La mort est la fin de la vie, mais pas la fin de l'amitlé."
Non, non. C'est vrai.
Parce que je sens toujours sa présence autour de mol.
C'est peut-étre mon imaglnation.
Mais je sens maman, Dorothy,
d'autres personnes.
Comment savolr ?
On ne peut pas volr l'air Icl,
mais retirez-le et vous mourez.
Alors Il faut croire á ce que nous ne comprenons pas.
PIus je vlelllls, plus Il me semble que je crols
á ce que je ne comprends pas, plus qu'á ce que je comprends
C'est fou, n'est-ce pas ?
Puls-je vous demander quand vous avez connu votre premier amour ?
Oh, je ne me souviens pas.
Je n'étals pas comme Dorothy.
J'étais l'ainée.
Et je sentais que le poids de la famille
me reviendrait.
Et j'ai pris la chose au sérieux.
Je me disais que je devais m'occuper de maman,
veiller sur elle.
Je me réveillals la nult et je voyals sa sllhouette dans la lumlére.
Maman était lá, en train de coudre, toute la nuit.
Et je ressentals cette responsabllité.
Alors je ne tombais pas amoureuse
aussi facilement que Dorothy.
J'almais les hommes.
7oute ma vie, j'ai aimé les hommes.
Mals je n'ai jamals gáché la vle d'un homme en l'épousant.
Je travaillais douze heures parjour, sept jours par semaine.
Quel genre d'épouse aurais-je fait ?
Et par ailleurs, ma mére, selon moi, était parfalte.
Et elle n'avait pas vraiment réussie en tant qu'épouse.
Quelles chances avais-je ?
Ce qui fait une vle heureuse,
ce n'est pas ce que vous obtenez,
mais ce que vous donnez.
Ça vous revient.
SI vous aviez un enfant,
et que vous n'aviez qu'un seul don á lul transmettre,
quel serait-il ?
La curiosité.
Si vous étes curleux,
vous ne vous ennuyez jamals.
Les gens ont peur aujourd'hul de la solitude.
Que pensez-vous de la solitude ?
Je crois que le seul luxe qu'il reste, c'est l'intimité.
"Vous voulez étre une star ?"
Demanda un jour M Criffith é Miss Lillian
"Ça n'a rien é voir avec le fait pue je mette votre nom dans la lumiére
"D'abord, vous devrez faire des films pendant au moins dix ans
"Et dans chaque film,
"vous devrez étre responsable non seulement de votre röle,
"mais des scénes de tout le monde dans le film,
"et de l'histoire elle-méme
"Vous serez la premiére arrivée au studio,
"et la derniére é partir
"Votre vie privée, si vous en avez une,
"devra étre comme celle de la femme de César,
"au-dessus de tout soup?on
"Le moindre scandale
"signera votre fin "
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