Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Danish
Dutch
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Leur premier album a changé notre vie à tous.
On se demandait: "Qu'est-ce que c'est que ça ?"
Les Doors parlaient de la mort, du chaos et de la révolution.
C'est un des premiers albums les plus prometteurs et intéressants
que j'aie jamais entendus.
C'était comme ouvrir un Playboy pour la première fois.
Il était teinté de nervosité, d'incertitude, de morosité.
C'étaient des chansons écrites par un type qui s'était entouré d'un groupe
trés soudé et réactif qui le suivait quoi qu'il fasse.
Il parlait de révolution intérieure. Break On Through (To The Other Side).
Sors de ta coquille.
C'est certainement le titre le plus représentatif de leur carrière musicale.
Celui qui a distingué les Doors de tous les autres groupes.
Les paroles de Jim Morrison, parfois, se réduisent à un petit poème
qu'il reprend deux fois, et le refrain est répété trois fois.
En gros, le refrain est un vers extrait du poème.
"Sars de ta coquille
"Sars de ta coquille
"Sars de ta coquille, yeah."
C'est un bel encouragement.
William Blake a dit : "La route de I'excès mène au palais dela sagesse."
Le même William Blake a également dit:
"La prudence est une riche et laide Vieille fille à qui I'incapacité fait la cour."
Jim a I'air de manquer de prudence.
C'est une chanson géniale. Des paroles géniales. Un riff génial.
Tout est génial dans cette chanson.
Mais ce qui la fait décoller, c'est la façon don't Morrison la chante.
C'est son premier album, et c'est le poète qui s'exprime plus que le chanteur.
Quelle exubérance !
- Nom ? - Raymond Daniel Manzarek.
- Âge ? - Né le 12 février 1939.
- Activité ? - Musicien, clavier.
♪ ai fini mes études à DePaul University, à Chicago, en 1960,
et je suis allé à I'UCLA, à Los Angeles. ♪ ai tenu deux semaines en fac de droit,
après quoi j'ai dit: "Erreur. J'ai fait une grave erreur."
♪ ai donc abandonné la fac de droit pour intégrer celle de cinéma.
Et c'est là que j'ai rencontré, fraîchement débarqué de Floride,
le seul et I'unique James Douglas Morrison.
- Nom ? - Jim.
Activité ?
Je ne crois pas que c'était un passionné de cinéma.
Il préférait la poésie.
Jim, comme Dylan, était un poète-né.
Je ne crois pas qu'il aurait pu être autre chose.
Jim a été influencé par les poètes dela Beat Generation
comme Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Michael McClure.
Jim et moi avons beaucoup parlé de Rimbaud,
et il s'intéressait à Nietzsche.
♪ étais en fac de cinéma à I'UCLA en 1964,
en même temps que Jim et Ray.
On a fini nos études à peu près en même temps,
et on s'est tous dit:
"Bon, on a assez été sérieux.
"À présent, soyons fous."
On s'est vautrés dans la débauche psychédélique de Venice Beach.
C'était comme un aperçu de I'Éden. Absolument idyllique.
J'étais à Venice Beach, en Californie,
à me demander ce que j'allais faire de ma vie
quand Morrison a débarqué. Je lui ai dit .'
”Tu es encore là ? Je te croyais à New York."
”Non, j'ai décidé de rester ici. J'écris des chansons."
"Fais-les-moi écouter."
Il était intimidé et m'a dit: "Je n'ai pas une grande voix."
Et moi : "Peu importe.
"Bob Dylan n'a pas de voix non plus et il a un succès fou."
Alors lui .' ”Bon, d'accord.”
Il ferme les yeux, il se met à se balancer d'avant en arrière et il chante :
Nageons jusqu'à la lune, ah ha
Et il me demande : "Alors, ça te plaît ?" Moi : "J'adore !"
Et là, je lui dis : "Mon vieux,
"on va monter un groupe de rock and roll et on va allerjusqu'au bout."
- Nom ? - John Densmore.
- Âge ? - Vingt-trois ans.
- Activité ? - Percussionniste.
Ray est venu me voir et m'a dit: "Je vais monter un groupe.
"Rejoins-nous au garage de mes parents à Manhattan Beach."
J'y suis allé, j'ai rencontré Jim et je me suis dit : "Ce type est magique."
On a fait des démos de chansons de Jim, enfin, des Doors,
avec mon frére Rick àla guitare, mon frére Jim à l'harmonica,
qui est formidable à cet instrument,
John àla batterie, moi au piano et Jim àla voix.
Voilà la démo qui a été faite à partir d'un enregistrement acétate.
Ces démos étaient brut de décoffrage.
On les apportait aux maisons de disques,
et ils les passaient sur leur tourne-disque
pendant 20 secondes.
"Non, ça ne va pas le faire."
"Bon."
À partir de là, mes frères Jim et Rick ont dit:
"Ça ne marcherajamais." Et ils sont partis.
John a dit .' "Il nous faut un guitariste."
Et il a fait venir Robby.
- Nom ? - Robby Krieger.
- Âge ? - Vingt-deux ans.
- Activité ? - Guitariste.
Le premierjour où on s'est réunis, on se croyait aussi bons que les Stones
et que n'importe qui.
Enfin, en tout cas, on croyait en notre potentiel.
Et je crois qu'on avait raison.
On a répété dans un petit local de Santa Monica,
et plus tard, chez Ray.
À Venice Beach, sur la promenade en planches qui longe North Point Avenue.
On répétait dans la pièce toute en baies vitrées.
On ouvrait la porte et on avait les pieds dans le sable.
On peaufinait nos chansons. On voulait écrire les meilleures chansons qui soient.
On a travaillé tous les jours pendant un an et demi.
Je les ai entendus quand ils m'ont apporté leur disque en acétate, etj'ai adoré.
J'ai trouvé ça génial, et je les ai fait signer
un contrat de base avec Columbia Records,
qui prévoyait un délai de six mois
pendant lequel il fallait produire un single.
Au bout de trois, quatre mois, on est allés voir Billy
et on a demandé : "On enregistre quand ? On va voir un producteur ?"
Je leur ai présenté Larry Marks, Bruce Johnston,
Terry Melcher et Alan Stanton,
qui travaillaient au service artistique.
C'étaient des producteurs, mais ils n'étaient pas intéressés.
Billy James a dit : "Attendez la fin des six mois et vous recevrez 1000 $."
Morrison a dit : "Peu importe. On s'en va." Et voilà. On est partis.
On était tous dépités. Mais on s'est remis à travailler nos chansons,
parce que c'était notre but, alors on a persévéré.
Puisqu'on n'allait pas faire de disque avec Columbia,
il fallait qu'on fasse un concert.
On en a fait un au London Fog, sur Sunset Strip.
C'était un quartier très branché,
mais le plus beau, c'est qu'on était à côté du Whisky.
En 1966, tout le monde voulait jouer au Whisky.
C'était la boîte àla mode.
Tous les groupes, qu'ils viennent d'Arizona,
d'Angleterre, ou d'ailleurs, voulaient jouer au Whisky.
On espérait qu'au Whisky, ils entendraient dire:
"Il y a un super groupe qui joue au London Fog"
et qu'ils nous feraient jouer. Et c'est exactement ce qui s'est passé.
Un soir, au printemps 1966, j'ai pris l'avion pour Los Angeles
et je suis allé directement au Whisky en espérant voir le dernier concert.
C'était Love qui jouait.
Et au cours d'une conversation, Arthur Lee m'a dit:
"Il y a un groupe enfin de soirée
"que tu devrais vraiment rester écouter."
J'avais une haute opinion de l'opinion d'Arthur.
Je suis donc resté écouter les Doors.
Je n'ai pas été impressionné.
Ils n'ontjoué aucun de leurs titres mythiques ce soir-là.
Mais j'y suis retourné quatre soirs de suite.
Et le quatrième soir,
ça a été formidable, et j'ai eu la révélation.
Holzman sondait la nouvelle tendance dela côte ouest
et était ouvert à...
Il aimait les paroles de Jim et sentait que quelque chose se tramait.
Il est revenu deux ou trois fois, il a amené sa femme
et il a dit : "Vous allez signer avec Elektra Records."
Quand j'ai su qu'on allait signer avec Elektra Records,
j'étais au septième ciel.
Et quandj'ai su qu'on allait être produits par Paul Rothchild,
j'ai trouvé ça presque normal,
vu qu'il avait produit tous les albums que j'écoutais.
Et puis on a travaillé avec Bruce Botnick, qui avait produit les disques de Love,
et la Paul Butterfield Band avec Paul.
II y avait donc une part de destin dans ces décisions.
Je ne les connaissais pas plus qu'un autre groupe.
Et puis tout à coup, ils sont arrivés.
Quand on a signé avec le studio, on avait déjà écrit l'équivalent de deux albums.
Une bonne trentaine de chansons. Dont on était vraiment contents.
Et voilà. On a passé sixjours passionnants.
La première chanson, c'était Break On Through.
Elle commence avec John Densmore qui joue un rythme de bossa-nova.
C'était inhabituel de mélanger la bossa-nova à un rock and roll aussi intense.
La bossa-nova venait d'arriver du Brésil.
Avec une baguette et un balai, ça donnait ça...
Ça me plaisait beaucoup, alors j'ai décidé de l'utiliser
en lui donnant une tournure plus rock and roll. Ça donnait ça...
On entend Ray Manzarek qui accompagne John au piano bass.
Latino.
Ray Charles.
Mais je joue...
On n'a pas peur de plagier...
Je vais mettre Robby et Ray plus fort. Ils étaient sur la même piste sonore.
Le riff de Break On Through est inspiré d'une chanson de Paul Butterfield,
Shake Your Moneymaker, qui était une de mes préférées.
Ils jouaient ça plus ou moins comme ça...
On ajuste modifié un peu le rythme, et ça donnait…
Solo.
Et après, on arrive à un passage interdit
qu'on n'avait pas le droit de mettre sur le disque.
Le fameux : "Elle est défoncée."
À l'époque, si on voulait passer à la radio,
on ne pouvait pas dire "défoncée".
Parler de marijuana et de drogue… Oh, mon Dieu !
Le monde court à sa perte à toute allure, si bien que...
Utiliser ce mot, à l'époque, c'était comme dire ”fuck” aujourd'hui.
On a donc dû s'abstenir de prononcer ce mot.
Ce qui a retenu mon attention chez les Doors,
très jeune, c'était la voix de Jim Morrison.
Sa maîtrise, son intensité.
Et sa façon de passer
de quelque chose de trés maîtrisé et de très doux
à quelque chose de sauvage, de féroce, d'animal.
Ça va peut-être vous paraître étrange,
mais le musicien qui, selon moi, a le plus de points communs avec les Doors,
c'est Frank Sinatra.
J'ai l'impression que Jim Morrison était du genre à adorer Frank Sinatra.
Il chante avec cette façon très masculine de dire:
"J'ai vécu tout ça, écoutez ce que ça donne."
Quand Jim est arrivé au studio,
il n'avait jamais rien enregistré. C'était la première fois.
Je ne savais pas ce que ça allait donner.
Mon micro préféré était un Telefunken U 47.
Je le lui ai montré etj'ai dit .' ”Tu vas utiliser ce micro. " Il était bouche bée.
Et puis il a dit .' ”C'est génial. " Et moi .' ”Pourquoi ?”
Lui .' ”C'est le micro qu'utilise Frank Sinatra."
C'est là que j'ai réalisé qu'il était fan de Frank Sinatra.
Il adorait les crooners comme Bing Crosby et Elvis. Tous les crooners en général.
Il chantait de façon innée.
Il pouvait faire ce qu'il voulait de sa voix.
Il lui a fallu peu de temps pour la maîtriser.
Je vais vous passer Crystal Ship. C'est un bel exemple de Jim qui chante
de sa voixjeune et douce dans le U 47.
C'était inné chez lui. Paroles et mélodies.
Mais il ne savait jouer d'aucun instrument.
Il disait que pour se souvenir des paroles, il pensait à une mélodie.
Before you slip into unconsciousness
I'd like to have another kiss
Il fredonnait ça, et nous : "Attends, attends !"
Mi diése.
Je disais un truc du genre : "C'est une mesure de 4 temps, ou une valse…"
Et on mettait tout ça en forme ensemble.
C'est comme ça que procèdent tous les groupes dignes de ce nom.
On n'était pas là, à dire:
"C'est mes accords, personne n'y touche."
Si quelqu'un avait une meilleure proposition, on l'écoutait.
Et c'est ce que le groupe avait de super,
cette capacité à travailler aussi bien ensemble.
Le premier album des Doors, c'est presque un album live.
Il y a trés peu d'overdubbing.
C'est le concert des Doors au Whisky A Go Go reproduit en studio.
On n'avait ni le temps ni l'argent de s'attarder en studio.
En fait, Jim chantait en live même au studio.
Il aimait ça. Surtout sur scène.
Il s'imprégnait d'un rôle,
et dans ce cas, c'était celui du Back Door Man.
Écoutez.
Quand Jim montait en scène, personne ne pouvait prévoir
ce qui allait arriver.
Je ne sais pas combien de concerts il y a eu,
mais au moins 150 ou 200, et on ne savait jamais à quoi s'attendre avec lui.
II y avait beaucoup d'impro, surtout dans les débuts.
Des tournures imprévues qui suivaient les aléas dela musique.
C'était sûrement lié au genre, àla drogue et à l'état d'esprit de l'époque.
Les chansons, c'était la structure, comme pour une pièce.
On avait une suite d'accords ajouer, mais les nuances qu'il apportait
ajoutaient un élément de danger
qui était à la fois enivrant et effrayant.
C'était génial de jouer avec lui.
D'accord, on ne savait pas à quoi s'attendre, et ce n'était pas rassurant
de ne pas savoir ce qu'il allait faire,
mais c'est justement ça qui était enivrant.
Par exemple, pour Back Door Man, Jim...
Aprés le solo, la tension baissait,
mais parfois, Jim partait dans un délire.
Du coup, ça donnait quelque chose de totalement différent.
Et à la fin, on revenait à Back Door Man.
Vu sa façon de chanter, on comprenait qu'il avait vécu ce qu'il racontait :
"Vous, vous mangez du porc et des haricots.
"Moi, je mange plus de poulet que personne."
On a l'impression qu'il s'explose les cordes vocales.
Et puis tout à coup, il prend une voix de crooner.
Ils vous faisaient ressentir des émotions qu'aucun autre groupe ne faisait ressentir.
c'étaient des garçons d'excellente éducation, trés instruits et intelligents.
Ils ont fait une musique qui ne reposait pas simplement sur quelques accords.
Vous remarquerez que les rôles sont répartis différemment,
par rapport à Break On Through. Ici, Robby mène le jeu.
John établit le rythme, un bon rythme funky bien stable.
Mais c'est Robby l'âme de Soul Kitchen.
James Brown.
Où est ma pélerine ?
Ce que j'essayais de faire, avec ce riff,
c'était de simuler un air de trompette à la James Brown.
Et je fais...
Ce qui est intéressant ici, c'est que John s'est lui-même overdubbé.
On avait deux pistes de batterie.
Une où il faisait ses riffs, l'autre où il marquait la mesure.
On a fait pareil avec Larry Knechtel à la basse.
Écoutez.
Larry Knechtel est venu jouer dela basse au studio,
parce qu'il faut de la basse dans un disque.
Ils faisaient venir un bassiste pour tous les albums.
Mais en concert, c'était Ray.
On a auditionné plusieurs bassistes. Enfin, au moins deux.
Avec l'un d'eux, on se faisait l'effet des Rolling Stones.
Avec un autre, on se faisait l'effet de The Animals.
On était en audition,
et là, on avait le piano bass Fender Rhodes.
Je me suis mis àjouer.
Bon sang, mais c'est une basse!
Quand j'ai réalisé ça, j'ai dit: "C'est décidé, je jouerai la basse.
"C'est moi le bassiste des Doors."
Larry reproduit tout ce que Ray joue au piano bass.
Ça, c'est Ray.
Et maintenant, les deux ensemble.
Les Doors aimaient finir leurs concerts sur cette chanson.
Une fin typique de concert. Mais en studio.
Ce qui m'impressionnait, c'était cette profusion de styles différents
qu'ils réussissaient à réunir en un genre unique,
ce qui est trés difficile.
Mais ils y arrivaient.
Parmi les disques de Ray, il y avait un opéra intitulé Mahagonny,
de Bertolt Brecht et Kurt Weill.
Il nous a joué Alabama Song,
et j'ai trouvé ça bizarre.
"Attends, tu veux qu'on joue des flonflons allemands ? L'idée ne me botte pas."
On se disait : "C'est quoi, ce truc ? Ça fait quoi, comme accords ?"
J'ai trouvé quelques accords plus ou moins appropriés.
Il a dit: "On passe dela mineur à mi mineur."
Et moi : "Nom d'un chien ! Et après ?" Fa diése.
Ré, fa diése, ré.
Et tous ensemble.
Paul Rothchild a peut-être participé.
Ça lui arrivait.
Levez vos chapes de bière.
Les gens ignoraient que c'était de Brecht et Weill.
Ils pensaient tous que c'était des Doors.
Avant de savoir qui était Kurt Weill, je pensais
que c'était une chanson comme les autres.
C'est vrai qu'elle était particulière, mais et alors ? Tant mieux.
C'est Jim qui écrivait. C'est lui qui composait les chansons.
Je n'envisageais pas d'écrire moi-même.
Mais un jour, il a dit : "Vous savez quoi ? On n'a pas assez de titres.
"Pourquoi vous n'essaieriez pas d'en écrire, vous aussi ?"
Robby a accouché d'une chanson qui était plus folk qu'elle ne l'a été au final.
On a tous travaillé dessus,
et Densmore a dit: "Si on y mettait une touche latine ?"
Comme ça.
Mais comment on commence ? On ne peut pas faire…
C'est le riff de la chanson.
Et je ne sais pas, du plus profond de mon inconscient, est sorti ça...
Et tout le monde...
Jim a écrit le deuxième couplet, qui parle de bûcher funéraire.
Je lui ai demandé : "Pourquoi faut-il toujours que tu parles dela mort ?"
Et lui : "Non, mon vieux, c'est parfait.
"D'abord, on parle d'amour,
"et après, on parle de mort." Et il avait raison.
Ça sonnait vraiment bien.
Le hic, c'est qu'elle durait plus de six minutes.
Dave Diamond, le DJ. local, a dit .'
"On me demande Light My Fire.
"Comme mon show est tard dans la soirée, je peux passer la version longue,
"mais il faut que vous fassiez un single de ce titre.
"Ça va cartonner."
Ils ne voulaient pas la réduire.
J'ai dit : "Voyons ce que Paul pense pouvoir faire,
"et si ça ne marche pas, on ne le fera pas."
On a dit : "Non, on ne veut pas.
"C'est notre chanson préférée. On ne peut pas la réduire."
Mais on a fini par céder, et...
Ça a déclenché une avalanche.
Je me souviens d'un soir oùj'allais à un concert à New York, en limousine.
Light My Fire venait de sortir,
et elle passait toutes les trois ou quatre minutes à la radio.
Une chanson, une autre, et puis Light My Fire à nouveau.
On était dans la limousine, et on souriait béatement.
On était aux anges.
On n'entendait plus que ça.
Les Beatles chantaient : ”All you need is love.”
Et Morrison chantait : ”Light my fire, honey."
C'est très différent. Il est toujours question d'amour, mais d'un genre différent.
Après ça, ils ont fait I'Ed Sullivan Show.
C'est la que les Beatles avaient débuté.
C'est une émission familiale qui passait le dimanche soir.
Tout à coup, la petite Sally était à quatre pattes,
intriguée parle Roi Lézard.
Son papa l'a regardée et s'est dit: "Oh, non, c'est pas possible.
"Il ne faut pas."
Et il avait à peine fini de dire ça
qu'elle était déjà en train d'acheter tous les albums des Doors.
Bien sûr, on n'a pas écouté ce qu'on nous disait.
Ils ne voulaient pas qu'on dise: "Chérie, tu es complétement défoncée."
Jim l'a dit quand même, et ils ont dit: "Vous ne referez jamais cette émission."
Et nous : "On vient de la faire. On voulait juste la faire une fois. Salut."
TOP 100
Light My Fire a été le numéro un du top 100 en juillet 1967.
Je crois que c'est avec le recul qu'on la considère comme la chanson parfaite
de cet été-là, ou de l'époque.
Car les choses commençaient à s'embraser, à s'enflammer, à exploser.
C'était l'époque des grands bouleversements sociopolitiques.
C'était fantastique,
mais ça dégénérait aussi dans la drogue.
La guerre du Vietnam était la toile de fond des abus dela culture hippie.
"Perdu dans un désert de souffrance romaine
"Où les enfants ont perdu la tête"
Quel beau commentaire sur la love generation.
Et c'est peut-être vrai.
Les Doors parlaient de la réalité.
Il y avait les hippies, le flower power et tout ça.
Mais il y avait aussi le revers dela médaille.
Les Doors étaient le yang du yin dela génération flower power.
Mais on ne parlait pas de flower power. Le groupe parlait du pouvoir de chacun.
Il soulevait la question: "Qui peut-on être ?"
Ils ont provoqué et fait réfléchir le public comme personne ne l'avait encore fait.
Tout ça est lié aux paroles de Jim.
"J'ai voyagé au fin fond dela nuit
"Certains naissent dans la volupté
"Certains naissent dans la plus grande joie D'autres naissent au fin fond dela nuit"
C'était tout Jim.
Ça me plonge dans un état d'esprit assez morose,
comment dire...
une sorte de mélancolie.
Comme...
Comme quand on n'a pas toute sa tête.
Jim passait par des états successifs.
Quand je l'ai connu, c'était sa période psychédélique.
Il a fait cent fois ce que tout le monde faisait
pour voirjusqu'où il pouvait aller,
et il est passé à autre chose.
Jim ne se droguait pas tant que ça. Il fumait des joints,
mais il n'était pas accro. Par contre, il buvait pas mal.
Ce que j'ai tout de suite compris,
c'est que Jim allait essayer de repousser toutes les limites.
Il conduisait en état d'ivresse rien que pour voir ce qu'allait dire la police.
Et il le faisait vraiment.
C'était difficile.
Je me disais souvent: "Pourquoi il ne peut pas être normal ?"
On peut écrire des chansons sans être complètement fou
et faire ce genre de choses.
Mais je savais qu'il ne pourrait pas.
Les gars comme lui sont ceux qui...
C'est eux qui fixent les limites.
J'aimerais faire une chanson ou un morceau
qui soit une pure expression de joie.
Pure... comme une célébration
de l'existence.
Comme l'arrivée du printemps, le lever du soleil ou quelque chose comme ça.
Juste de lajoie, pure et illimitée.
Je ne crois pas qu'on ait déjà fait ça.
Quand on est une star, on nous pardonne tout.
C'est l'indulgence suprême.
Et bien sûr, c'est cette indulgence qui l'a perdu à 27 ans et demi.
Qui l'a envoyé au ciel.
L'autodestruction et la créativité ne font pas toujours qu'un.
Je veux que les jeunes comprennent ça.
Ce n'est pas parce qu'on s'habille en cuir et qu'on boit qu'on deviendra une star.
Picasso a vécu jusqu'à l'âge de 90 ans, et c'était un génie.
Donc... Et moi, j'ai 62 ans.
Je suis la preuve qu'on peut être musicien et tenir longtemps.
Dans le cas de Jim, la créativité et l'autodestruction allaient de pair.
Le dernier titre de la deuxième face et de l'album, c'est The End.
Tout ça a été enregistré en direct en studio, sans aucun rajout.
Voilà ce que ça donne.
Ray à son piano bass.
"C'est la fin." On se demandait:
"De quoi il parle ?
"Est-ce qu'il parle dela mort ?
"On peut faire ça, dans une chanson ?
"Ça ne ressemble pas à Ob-La-Di, Ob-La-Da. Qu'est-ce qui se passe ?"
The End avait commencé comme une chanson... pas d'amour...
Disons d'adieu à l'amour. "C'est la fin, chère amie."
Jim nous l'a chantée a cappella.
On s'est dit : "Ouah. D'accord. C'est pas gai."
La section intermédiaire, 10 longues minutes de poésie,
a évolué au fil des concerts.
Il y avait des moments où il improvisait
pendant qu'on plaquait des accords.
Au Whisky A Go Go, Jim a sorti un truc génial.
On ne l'avait encore jamais entendu. C'était la première fois qu'il disait ça.
Sur scène. Le Whisky A Go Go était bondé.
Il avait cette espèce d'aura qui se dégageait de lui et qui envoûtait tout le club.
On aurait dit que le temps s'était arrêté.
Tout était figé, sauf nous.
La batterie de Densmore, Robby qui jouait un air de sitar,
et Morrison qui disait: "Le tueur s'est réveillé avant l'aube."
Oh, mon Dieu, qu'est-ce qu'il fait ?
"Il a mis ses bottes.
"Il a pris un visage dela Vieille galerie
II a traversé la salle, chérie
Ce n'est pas ce que vous vous imaginiez.
C'était incroyablement séduisant, la douceur du début,
et cette façon d'entrer en éruption et de partir dans un délire œdipien.
C'était dynamique, c'était du théâtre de premier cru.
The End, c'est Œdipus Rex, c'est Freud.
Le complexe d'Œdipe. C'est très sombre.
Bien entendu, à l'origine, il a fallu éliminer ça au mixage,
mais rythmiquement, ça fait partie du tout. C'est un instrument.
On ne trouverait pas ça dans Ferry 'Cross the Mersey.
C'est une sorte de long vrombissement de 10 minutes,
comme pour traduire un malaise.
On sentait qu'ils expérimentaient.
Et c'est ce qu'on attend des vrais artistes.
Qu'ils essaient des trucs. Et on se dit:
"Je ne sais pas si c'est moche ou si c'est bizarre,
"mais je trouve ça beau, d'une certaine façon."
Quand on a fini cet album,
on était conscients d'avoir fait un disque excellent.
Mais pour ce qui est de l'impact qu'il aurait
ou de son succès, on n'en avait aucune idée.
Ces albums sont des classiques, des albums parfaits.
Quand je dis parfaits, je veux dire qu'on ne voudrait rien y changer.
Ça ne se résume pas au fait que c'est
un disque presque parfait.
C'est aussi une histoire de contexte.
C'est lié à l'époque, à sa place
dans l'histoire du rock.
Les Doors, 40 ans plus tard, continuent à émouvoir profondément tous ceux
qui cherchent à se définir en tant qu'individus,
et non en tant que produits de leurs parents.
Cette musique vous propose un voyage,
et si vous ouvrez vos oreilles et votre cœur,
vous ferez ce voyage.
Ces chansons interpellent la psyché, la perception.
Et là où vous voyez un mur, on voit une porte.
Quand mes enfants seront plus grands, je leur passerai ce disque
et je leur dirai : "Écoutez ce disque.
"Il a énormément compté."
On écrivait sur... Jim disait toujours:
"Parlez de sujets universels qui, dans cent ans,
"continueront à interpeller les gens."
Jim disait toujours: "Notre musique est primitive.
"Elle vient des marécages primitifs."
Ce disque est magique. C'est difficile à décrire.
La magie, c'est quelque chose qu'on ne contrôle pas.
Disons qu'une muse veillait sur nous, et je lui en suis reconnaissant.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.