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Original subtitles

Merci d'�tre venus vous joindre � nous

pour vous rem�morer

et c�l�brer un des nombreux fils

que cette terre g�n�reuse

a donn�s

au monde de la culture et de l'art.

Rodolfo Guglielmi a appartenu...

Nous sommes � Castellaneta, dans la province de Taranto,

o� M. Semeraro, attach� aux affaires culturelles,

rend hommage

� l'illustre Rodolfo Guglielmi,

fils de Giovanni Guglielmi et Gabriella Bardin,

n� ici le 6 mai 1895 et d�c�d� aux Etats-Unis

le 15 ao�t 1926.

Son esprit d'initiative

et sa nature �nergique

se sont impos�s et ont retenu l'attention

du monde du cin�ma

qui n'en �tait alors qu'� ses balbutiements.

Il ne s'est pas agi

d'un chemin parsem� de roses.

Il y a eu des �pines, et m�me beaucoup.

Aux Italiens,

on confiait les r�les les plus ingrats :

le voyou,

le m�chant,

l'amoral,

l'homme � �liminer.

A Castellaneta, la communaut� est constitu�e

de familles, toutes parentes entre elles.

Il y a du sang des Guglielmi dans cette foule,

o� les proches de l'acteur disparu se comptent par dizaines.

Il est donc facile de trouver des traits de ressemblance

avec Rodolfo,

le tombeur des femmes du monde entier.

Je suis donc tr�s fier

de souligner ce qui a �t� dit

sur Rodolfo Valentino lors de...

Ici, pendant 30 ans,

les jeunes ont attendu que le cin�ma d�couvre parmi eux

l'h�ritier du disparu.

Ce soir, enfin, les projecteurs s'allument.

Les cam�ras s'activent.

Les regards se tournent vers l'objectif.

Eh oui,

dans cette ville rurale des Pouilles o� la terre est avare,

les perspectives d'avenir offertes par le cin�ma

sont plus all�chantes que celles offertes par la r�forme agraire.

Les nuits de Castellaneta, plus que de moissons,

ont une odeur de brillantine.

Et les jeunes r�vent,

berc�s et enivr�s par le doux rythme du tango.

H�las, c'est en Rossano Brazzi que Rodolfo Valentino

a trouv� son h�ritier, il y a bien longtemps.

C'est lui qui perp�tue en Am�rique le mythe de l'italian lover.

Le Mister Muscles de l'amour,

depuis 30 ans, 30 millions d'Am�ricaines

veulent � tout prix qu'il soit italien.

Pauvre Rossano !

Regardez ce qui lui est arriv�

quand il est all� se faire faire une chemise

au si�ge d'un grand magasin.

Les Am�ricaines ne rigolent pas.

Celles-ci encore moins.

Savez-vous ce qu'elles attendent du Rossano Brazzi du coin ?

Pas un autographe, en tout cas.

A l'est de la Nouvelle-Guin�e, il y a les �les Trobriand.

Voici Kiriwina, la plus grande,

bord�e de superbes plages et entour�e de la mer de corail

la plus belle du monde.

Ici, la terre est g�n�reuse et personne ne travaille.

L'humeur g�n�rale est donc naturellement � la joie.

Les femmes, tr�s belles et d�sinvoltes en amour,

pratiquent depuis des si�cles

un sport qui, m�me ici, est tr�s populaire :

la chasse au m�le.

Ce sport les a rendues tellement c�l�bres,

qu'aujourd'hui, tous les ethnologues

citent cet archipel comme �tant l'un des rares endroits

o� les femmes pratiquent encore la polygamie.

Comme on peut le voir, � Kiriwina aussi,

les r�gles du jeu sont les m�mes.

Le m�le captur� est d�mocratiquement jet� en p�ture

aux app�tits amoureux exp�ditifs de la communaut�.

A la diff�rence pr�s qu'ici,

on n'a pas � lui arracher sa chemise.

Et le m�le ?

Heureusement, ici comme ailleurs,

le m�le est malin et sait �viter le danger.

Mais ici aussi, le m�le, lorsqu'il est pris de panique,

commet toujours l'erreur de grimper sur quelque chose

o�, t�t ou tard, on le rattrapera pour le forcer � nidifier.

Comme vous l'avez vu,

la chasse au m�le est un sport qui trouve des analogies partout.

Ici, les femmes le pratiquent

de mani�re plus sportive : au grand air et torse nu.

Mais c'est la seule diff�rence.

Sur la C�te d'Azur, une r�gion riche en gibier,

la chasse au m�le se pratique �galement au grand air et torse nu,

sans vouloir �tre tatillon.

Le b�b� de cette femme a �t� tu�.

Elle allaite un cochon dont la m�re est morte.

C'est la loi, chez les Cimbu,

en Nouvelle-Guin�e.

Il y a encore un endroit sur Terre

o� la vie d'un b�b� vaut autant que celle d'un cochon.

Sous un ciel immense, sur la cime des montagnes

qui semblent soulever la terre aux sources de la lumi�re,

l'homme vit dans les t�n�bres.

La Terre, qui attend qu'on lui r�v�le

les secrets du labour et des semences,

est avare.

C'est le royaume de la faim.

Ces hommes ont mang� de la chair humaine,

qui, pour leurs anc�tres, �tait la nourriture habituelle.

Ils sont au village

o� va commencer une c�l�bration.

Cette tradition, impos�e par la mis�re,

ne se c�l�bre que tous les 5 ans.

Lors de cette c�l�bration violente, pendant 3 jours et 3 nuits,

ils vont ingurgiter de la viande

jusqu'� l'�clatement.

D'ici peu, des centaines de cochons, unique richesse accumul�e

pendant des ann�es d'abstinence, seront tu�s

et d�vor�s en quelques heures.

Puis retour � un long je�ne.

Il faudra � nouveau 5 ans d'enfer

avant que les survivants ne reviennent ici

pour f�ter ces 3 jours de r�pit,

orn�s de plumes d'oiseaux de paradis.

La cuisson des cochons

est plus sommaire encore que leur ex�cution.

Ici, cuire un cochon

signifie juste le br�ler �� et l�.

Le ventre des animaux contient encore les visc�res.

Mais pour ces indig�nes, peu importe les formalit�s.

Ils ont h�te

que les chefs de la tribu annoncent,

au bout de 5 ans d'attente,

que le repas est servi.

Les enfants n'ont pas �t� oubli�s, on leur a gard� les vessies.

Jouer au football est un instinct aussi vieux que celui de la faim.

Ici aussi, les chefs peuvent manger � sati�t�,

� condition de faire mine de ne pas avoir faim

et de montrer

qu'ils savent faire preuve de bonnes mani�res.

A l'instar des chefs,

les chiens ont droit � un traitement de faveur.

Peut-�tre s'agit-il d'un �lan de gentillesse,

impensable parmi tant de cruaut�.

Nous serions contents d'avoir fait cette d�couverte.

Ou alors s'agit-il

des chiens des chefs.

Auquel cas, nous n'aurons rien d�couvert de nouveau.

Mais l� o� l'amour pour les chiens d�passe l'entendement,

c'est bien les Etats-Unis.

Nous sommes au cimeti�re canin de Pasadena, pr�s de Los Angeles,

celui qui a inspir� � Evelyn Waugh son fameux roman.

C'est une journ�e sans soleil,

o� le ciel de la Californie

prend la couleur du d�sespoir.

L'�vocation de la mort,

de n'importe quelle mort,

est si joyeuse, et cette atmosph�re si path�tique,

que nous aussi pourrions verser une larme

sur ces petites tombes d'illustres cr�atures.

Sur les tombes de leurs cong�n�res,

les chiens ont une attitude que seuls les humains

pourraient qualifier d'irr�v�rencieuse.

En contrepartie, l'affliction des humains

ne semble inconcevable qu'aux yeux des chiens.

VIANDE DE CHIEN ROTIE

A Taipei, les chiens font l'objet d'une tout autre attention.

Ils sont s�lectionn�s, �lev�s

avec soin et engraiss�s. Puis ils sont cuisin�s

selon des recettes anciennes,

pour la plus grande joie d'un large public de gourmets.

Les restaurants o� les clients peuvent choisir

les chiots les plus app�tissants

sont tr�s r�pandus en Chine. Ici, on appr�cie

les caniches,

les bassets, les boxers et autres danois.

Mais en g�n�ral, on pr�f�re les chows-chows,

des gros chiens qui, ailleurs, sont surtout appr�ci�s

pour leur intelligence et leur fid�lit�.

A Rome, � l'approche des f�tes de P�ques,

des centaines de poussins

sont tremp�s dans un bain de couleur,

puis s�ch�s

dans un four � 50 degr�s.

S�lectionn�s, test�s

et garantis dans toutes les teintes,

ils vont �tre enferm�s dans les �ufs de P�ques.

On estime malheureusement

que sur 100 poussins soumis � ce traitement,

environ 70 sont victimes d'accidents.

A Strasbourg,

la capitale du foie gras,

500 000 oies subissent tous les ans ce traitement.

Leur foie, afin de grossir

jusqu'� atteindre le poids requis par les �leveurs,

a besoin d'�tre gav�.

Le personnel sp�cialis� r�ussit � lui faire ingurgiter chaque jour,

certes en usant de la force, une quantit� de nourriture

qu'une oie, m�me la plus goulue du monde,

ne peut normalement avaler qu'en une semaine.

Autrefois, pour �viter que les oies perdent trop de calories,

on leur clouait les pattes sur une planche.

Mais aujourd'hui, gr�ce � ces cages

et surtout gr�ce � l'entonnoir,

on peut obtenir la m�me quantit� de foie gras,

avec ce syst�me plus humain.

Au Japon, � environ 300 km de Tokyo,

se trouve l'�levage de b�tail le plus raffin� au monde.

8 heures par jour, les b�ufs

sont confi�s � des mains expertes qui doivent attendrir

leurs chairs.

De plus,

chaque b�uf boit quotidiennement

6 litres de bi�re

pour l'aider � engraisser.

La bi�re est administr�e directement � la bouteille

pour �viter qu'elle perde ses vertus dilatantes.

La viande de ces b�ufs

finira dans 3 ou 4 restaurants sp�cialis�s de Tokyo

et de New York. Son prix

est d'environ 7 000 lires le kilo.

Ici, on ne conna�t pas la bi�re, mais plut�t le tapioca,

une f�cule qui a les m�mes propri�t�s

d'engraissement que la pomme de terre.

Nous voici � Tabar,

l'�le principale de l'archipel Bismarck,

o�, traditionnellement, les plus belles femmes des tribus

sont enferm�es dans des cages

semblables � celles de Strasbourg pour le gavage des oies.

On les gave de tapioca

jusqu'� ce qu'elles atteignent les 120 kg.

Puis elles sont offertes en �pouses au dictateur du village,

Utame Alunda, connu dans tout l'archipel

pour sa force physique et son caract�re singulier.

Le gavage dure de 3 � 6 mois.

Pendant ce temps, Utame Alunda ne reste pas inactif.

Voici quelques-uns de ses derniers enfants

qu'il aime exhiber aux �trangers comme preuve de sa virilit�.

Voici sa derni�re �pouse.

8 enfants et 130 kilos.

Voici sa favorite.

10 enfants et 150 kilos.

Et voici le chef Alunda.

27 enfants et 34 kilos.

En revanche, pour trouver l'amour, la femme am�ricaine doit maigrir.

Nous sommes � Los Angeles, dans une salle Vic Tanny,

le c�l�bre centre de fitness sp�cialis�

dans la remise en forme f�minine.

Ici, des centaines d'Am�ricaines

viennent profiter de leurs veuvages successifs

pour �liminer les kilos superflus

accumul�s lors de leur dernier mariage

et se conformer � la loi de la pesanteur

en attente des in�luctables prochaines noces.

Vu la r�gularit� et le poids �conomique de sa client�le,

le Vic Tanny est une entreprise florissante,

un passage oblig� dans le long voyage

de la femme am�ricaine qui souhaite se marier.

C'est d'ici que part le prochain train

pour la prochaine lune de miel.

Ce train siffle, hal�te, s'essouffle, sue et expire

avant de freiner

pour s'arr�ter ici, une fois de plus.

A Hong Kong, o� il est plus difficile de grossir,

plus de 2 millions de Chinois affam�s

fr�quentent ces march�s

o�, pour 100 lires le kilo, il y a l'embarras du choix :

crocodiles, crapauds, serpents, tortues, l�zards, etc.

Le prix,

malgr� ce vaste choix,

est g�n�ralement consid�r� comme cher.

A New York, pour les grands d�pensiers,

il y a le Colony,

l'un des restaurants les plus chers et sophistiqu�s du monde.

Alors que l'Am�ricain moyen

doit se contenter de son steak quotidien,

ici, le riche Am�ricain peut s'en donner � c�ur joie :

fourmis frites, blattes farcies, �ufs de papillons, vers au gratin,

serpents � sonnettes, rats musqu�s, etc.

La client�le du Colony est compos�e

de gourmets de renomm�e internationale,

de chefs d'Etat, de diplomates,

de chefs d'entreprise, d'eccl�siastiques,

d'aristocrates, etc.

Ici, un repas l�ger co�te aux alentours de 20 dollars.

Mais vu le caract�re rare et exquis des ingr�dients,

le prix est g�n�ralement consid�r� comme honn�te.

Ouvrir un tel magasin � Singapour,

o� le serpent est le plat national, est toujours un d�fi.

Le Malais est un client difficile

qui, avant de faire son choix, inspecte la marchandise.

Pour �tre comestible, le serpent doit r�pondre � plusieurs crit�res :

poids, longueur,

couleur, �ge, �tat de la peau,

une saison particuli�re pour chaque esp�ce, etc.

Le Malais conna�t tout �a.

Et une fois que son choix est fait, il ne le perd plus de vue.

Sur 100 serpents mis en vente,

environ 50 sont mis au rebut car absolument immangeables,

et r�guli�rement envoy�s aux gourmets d'Am�rique et d'Europe.

Dans ce village des Abruzzes, les serpents

appartiennent � une tradition aussi ancienne que noble.

A Cocullo,

le jour de la Saint Dominique, il y a une procession

que les fid�les suivent,

les mains pleines de ces b�tes inoffensives.

Selon la l�gende,

les vall�es de cette r�gion �taient infest�es

de vip�res que le saint, par la force de son amour,

a priv�es de leur venin.

Au-del� de son apparence pa�enne et de son folklore singulier,

la c�r�monie met au jour un acte de foi envers la bont�.

Nous sommes � Nocera Tirinese

en Calabre,

un vendredi saint.

La police essaie en vain de faire respecter la volont� du cur�

qui, depuis quelques ann�es,

essaie de convaincre ses fid�les de renoncer au rite des flagellants.

Depuis des si�cles, ces derniers perp�tuent

une tradition aux origines obscures.

Ils se tapent les jambes avec des tampons de li�ge

h�riss�s de morceaux de verre

et r�pandent leur sang dans les rues o�, dans quelques heures,

d�filera la procession de J�sus.

Nocera Tirinese est un village

perdu de Calabre.

Aujourd'hui encore, c'est comme �a qu'on exalte

la flagellation du Christ.

Toutes ces jeunes filles �g�es de 16 � 20 ans

qui d�filent dans les rues de Sydney

appartiennent aux Life Savers Girl.

C'est-�-dire qu'elles sauvent

les gens qui sont sur le point de se noyer.

Les Australiens ont donc maintenant deux arm�es :

l'Arm�e du Salut, charg�e depuis longtemps

de sauver leurs �mes,

et cette arm�e, plus r�cente, charg�e de sauver leurs corps.

Mais afin d'�viter des �quivoques f�cheux,

les deux arm�es se diff�rencient par leur uniforme.

Aujourd'hui,

l'association c�l�bre sur Manley Beach

son 10e anniversaire par une d�monstration.

Naturellement,

les sauvetages sont imaginaires.

Toute ressemblance � de vrais noy�s est donc purement fortuite.

La phase la plus int�ressante

est sans nul doute le bouche-�-bouche,

jug� tr�s efficace par tous ceux qui en ont b�n�fici�.

Les ma�tres-nageuses jouent un r�le important sur ces plages.

L'oc�an est fourbe et les jeunes Australiens

deviennent de plus en plus imprudents.

Cela fait maintenant 4 jours que ces petites taches blanches

nous guident vers l'aventure suivante.

Il s'agit de papillons migrateurs

tu�s par la radioactivit� de ces eaux.

Nous sommes sur l'oc�an pacifique, vers l'atoll de Bikini.

Il y a 10 ans, lors de l'explosion de la derni�re bombe A am�ricaine,

quelques esp�ces d'oiseaux qui, en temps normal,

restaient dans leur nid souterrain uniquement pour couver,

ont appris que pour survivre, elles ne devaient plus en sortir.

Cet instinct, provoqu� par un incident d�sormais lointain,

s'est transmis de g�n�ration en g�n�ration.

Si bien qu'aujourd'hui,

plut�t que de sortir de leur trou, ces oiseaux pr�f�rent

se faire capturer.

Il ne s'agit que d'un exemple parmi tant d'autres

des mutations subies par la faune de cet archipel.

Partout, les animaux semblent se m�fier de leur habitat naturel.

Certains poissons,

comme par exemple cette esp�ce de p�riophtalme

qui, en temps normal, ne sort de l'eau que rarement,

a non seulement appris � abandonner

l'oc�an pollu� et radioactif pendant plusieurs heures,

mais il s'est m�me r�fugi� dans les arbres.

Des milliers d'�ufs qui n'�cloront jamais

recouvrent toute la surface des atolls.

Il s'agit d'�ufs de mouettes, de sternes ou de fous de Bassan.

Des �ufs st�riles, morts avant m�me d'avoir �clos.

L'oiseau marin est all� se chercher de la nourriture.

Mais tous les soirs,

il revient les couver.

Il ignore que l'atome a tu� en lui

la semence qui donne la vie.

La contamination atomique

a eu sur la tortue marine un effet encore plus tragique.

Elle a d�t�rior� son sens de l'orientation.

Epuis�e et perdue,

ce n'est pas vers la mer,

mais vers l'int�rieur des terres qu'elle se dirige,

o� le soleil et l'�puisement auront raison d'elle.

Ici, seuls quelques �ufs

de fous masqu�s ont �clos.

Les poussins assistent, �merveill�s, � son agonie.

La tortue, dans un ultime sursaut,

se croit en train de nager dans l'oc�an.

Des centaines de tortues meurent

dans ce d�sert br�lant de sable.

Les fous masqu�s ont fait leurs nids

dans les squelettes. Les petits cherchent, parmi les os,

quelques lambeaux de viande.

Les indig�nes de l'archipel malais

enterrent leurs morts dans ce vaste cimeti�re sous-marin.

Ici, la religion

veut que la mer nettoie le corps des d�funts

et le lib�re du p�ch�.

Ces eaux ne sont silencieuses que de jour.

Mais la nuit qui suit chaque enterrement,

les requins viennent commettre leur �uvre d�vastatrice.

Il ne reste plus que les os.

Et les proches des d�funts

en ornent, avec une compassion macabre,

les branches �tranges des coraux.

Les requins des c�tes malaises

ont appris � se nourrir de viande humaine.

Ils sont donc devenus mangeurs d'hommes.

La p�che aux requins est la seule ressource des indig�nes

de Raiputh, un village de la c�te malaise.

Les p�cheurs, estropi�s par les requins,

ramassent sur la plage les nageoires s�ch�es.

Ils les vendront aux riches communaut�s chinoises

qui leur attribuent de fortes vertus aphrodisiaques.

Chaque jour, � Raiputh, il manque un p�cheur

� l'appel.

Ou alors il revient estropi�.

Mais le village est pauvre,

et les Chinois donnent cher

pour leur marotte.

Ainsi, le sacrifice continue.

Seul rempart au d�sespoir

et � la douleur : la vengeance.

Aujourd'hui, il y a eu une nouvelle victime.

Un gar�on de 12 ans a �t� d�vor� par un requin.

Aujourd'hui, les p�cheurs de Raiputh renoncent � leur proie.

Ils la rendent � la mer

avec un oursin venimeux enfonc� dans la gueule.

Il souffrira une bonne semaine

avant de mourir.

Dans le cimeti�re romain des capucins,

aujourd'hui transform� en mus�e,

on a conf�r� � la mort une fonction d�corative.

Il a quelques si�cles, les moines

ont voulu donner � cet endroit le sens de l'immortalit�.

En d�pit de son c�t� macabre,

il y a dans cette �uvre s�culaire

une recherche du beau qui est toujours

le fruit de l'amour.

L'amour survit � la mort. La mort survit � l'amour.

A Rome, sur l'�le tib�rine,

la confr�rie des "Sacs Rouges"

continue de perp�tuer sa mission.

Cette confr�rie est n�e vers 1600

sur l'initiative de quelques �mes charitables

qui, durant la peste, voulurent offrir une s�pulture

aux cadavres abandonn�s des pauvres et des inconnus.

Plusieurs si�cles plus tard,

les Sacs Rouges veillent encore sur les restes mortuaires,

unique mais �loquent t�moignage de la compassion d'antan.

Les os sont prot�g�s des ravages du temps

par quelques familles du quartier

qui se rassemblent ici tous les vendredis

pour travailler et prier.

Faisons maintenant comme ces Allemands d'Hambourg

et noyons dans la bi�re

le souvenir des cimeti�res.

Loin du culte de la mort,

dans cette joyeuse brasserie de la Repabahm Strasse,

nous c�l�brons le culte de la vie,

la joie de vivre,

l'agilit� d'esprit, la souplesse corporelle,

le bien-�tre physique, la sociabilit�,

la s�r�nit�, l'oubli.

Et surtout, l'absence

de tout souvenir ou sentiment macabre.

Les buveurs de bi�re

ne vivent-ils pas centenaires ?

Les Japonais de Tokyo, apr�s une nuit bien mouvement�e,

viennent ici pour se remettre en forme.

Nous sommes aux bains thermaux,

une vraie station-service pour laver et masser les Tokyo�tes

qui, hier soir, ont un peu trop lev� le coude.

Le fonctionnement des bains

est confi� � une centaine de filles en sous-v�tements

pour que le client puisse, sous la torture,

profiter au moins du paysage.

Selon une coutume japonaise, le client, lui, est nu.

Mais nous l'avons couvert, selon une coutume � nous.

Le Japon est le pays le plus propre du monde.

Le bain et le massage repr�sentent l�-bas

des rites ancestraux.

A Tokyo, qui compte 10 millions d'habitants, 6 millions de femmes

s'occupent chaque jour de 4 millions de Japonais

en les bichonnant et en les massant,

afin de leur rendre la vie plus agr�able,

comme le veut une ancienne et admirable tradition.

Le Japonais, dont chaque partie du corps

est nettoy�e, purifi�e et mass�e

sans la moindre contribution de sa part,

peut profiter � volont� d'une d�tente

que son dieu lui promet seulement apr�s la mort.

Le Chinois aussi s'abandonne aux mains d'une femme

quand vient le jour de son dernier maquillage.

Il confie � ses talents r�parateurs

son incertain destin de d�funt.

Bouddha est un dieu capricieux

qui a ses t�tes.

Lorsqu'il ouvre les portes du jardin fleuri,

il privil�gie l'apparence

aux vertus du d�funt.

Nous assistons aux obs�ques d'un riche Chinois dans un temple

de Macao.

Les amis font des offrandes de nourriture,

pour que le d�funt se restaure durant le long voyage.

Puis ils se prosternent

devant la famille en deuil.

Dans un coin, une femme br�le son argent.

Il pourra ainsi conserver au paradis ce que les Chinois consid�rent

comme le bien le plus pr�cieux dans cette vie et dans l'autre :

la richesse.

Les h�ritiers assistent en pleurs

� la triste c�r�monie.

A Singapour et dans toute la Malaisie,

les Chinois repr�sentent les deux tiers de la population.

Toujours soucieux de trouver un moyen

de gagner de l'argent,

le Chinois est connu pour sa paresse physique.

Il ne danse pas, ne nage pas, ne court pas, ne saute pas

et ne joue pas au football.

Le Chinois ne d�pense donc ni son argent

ni son �nergie.

Il s'�conomise

pour la table et le lit.

Entre deux casse-cro�te,

le Chinois trouve le temps de faire des enfants ill�gitimes,

ce qui lui garantit des anniversaires qu'il pourra f�ter

autour d'un bon repas.

Le Chinois c�l�bre tout : les f�tes religieuses et nationales,

les bonnes affaires, l'�chec d'un concurrent,

un danger �vit�, les mariages,

les naissances... Et m�me la mort.

PHOTOS INTERDITES

Ici, les photos sont interdites.

Mais nous avons enfreint la loi

pour vous montrer le mouroir de Singapour.

Les malades en fin de vie

finissent tous dans cette affreuse pension

pour moribonds.

Dans les maisons chinoises remplies d'enfants,

ils n'ont pas leur place.

Dans la rue, les proches attendent

avec une certaine s�r�nit� le moment des obs�ques.

"Si tu ne meurs pas vite", prient les Chinois,

"ton repas va refroidir.

"En nous voyant manger,

"l'app�tit leur viendra."

La mort tarde encore et les Chinois encouragent les dieux

par la danse.

Pour les automobiles, le mouroir, ce sont les Etats-Unis.

A elle seule, la Californie en tue 3 toutes les 2 h.

Puis elles sont entass�es dans ces cimeti�res

o�, cependant, leur repos ne sera pas �ternel.

Compress�es pour des probl�mes de place,

des milliers de Ford, de Chevrolet, de Chrysler, d'Oldsmobile,

de Cadillac, de Lincoln et de Buick

n'ont d�sormais plus besoin de r�parations.

Mais leur destin d'automobiles n'est pas fini.

D'ici peu, elles seront envoy�es

aux entreprises automobiles europ�ennes.

La r�incarnation m�canique

leur donnera une seconde vie

en leur attribuant n�anmoins le nom plus modeste d'utilitaires.

Rectification :

elles ne redeviendront pas toutes des voitures.

Dans l'une des galeries d'art les plus courues de Paris,

nous avons reconnu les restes d'une Ford

rebaptis�s de mani�re suggestive

"Esprit de la Carrosserie".

Prix : un demi-million de francs.

Le peintre tch�coslovaque Yves Klein est pr�t.

La musique lui a donn� l'enthousiasme.

Ces mannequins enduits de bleu sont les pinceaux humains

gr�ce � qui Klein donnera forme et couleur

� sa fi�vre cr�atrice.

Vous aurez devin� que c'est le bleu, la couleur pr�f�r�e de Klein.

Sa forme pr�f�r�e est �galement le bleu.

En fait, le bleu

est son unique forme et son unique couleur.

Bleus sont

les tableaux qu'il vend.

Bleue, enfin, est l'�uvre que nous allons toucher du doigt

et que nombre de critiques consid�rent

comme le chef-d��uvre de Klein.

Les connaisseurs peuvent facilement deviner

que le bleu en est la couleur dominante.

Les pinceaux humains bleus

laissent leur empreinte sur la toile,

alors que Klein les dirige

gr�ce � l'�nergie de son g�nie cr�atif.

Le tableau que nous avons eu le privil�ge de suivre

durant chaque phase de sa cr�ation,

est en vente pour seulement 4 millions de francs.

A la recherche du cadre enchanteur de la nature tropicale,

et du pittoresque de la vie primitive,

3 000 touristes am�ricains arrivent � Honolulu.

Assoiff�s de romantisme

et impatients de vivre des aventures impr�vues,

ils vont suivre le programme

de la Hawaiian Travels Organization

qui, pour seulement 4 000 dollars TTC,

leur a concoct� 10 jours de "very exciting holiday",

des vacances tr�s excitantes,

au paradis de la danse et de l'amour.

Sur la premi�re page du programme d�taill�

de la Hawaiian Travels Organization,

il est indiqu� que le d�barquement

aura lieu dans une ambiance hawa�enne

et suivant les us de cette �le de l'amour.

Par cons�quent, la direction de la compagnie

se permet de demander aux dames

de ne pas �tre jalouses de l'innocente attention

dont les superbes cr�atures hawa�ennes

feront preuve � l'�gard de leurs maris.

Le photographe de la compagnie doit ensuite

immortaliser l'arriv�e des touristes.

Car comme l'avait pr�vu le programme,

il a lieu entre les sourires et les fleurs

dont les splendides Hawa�ennes

recouvrent litt�ralement leurs invit�s

avec une incroyable g�n�rosit�.

L'intervenant donne � pr�sent quelques informations

sur les us et coutumes de ce paradis tropical.

Il d�clare :

Mesdames et messieurs, le destin vous a g�t�s

en vous permettant de venir ici avant qu'il ne soit trop tard.

Les superbes cr�atures qui vous offrent ce spectacle

sont les derniers sp�cimens d'une race qui s'�teint.

Dommage

que vous ne sachiez parler leur langue.

Elles chantent :

"Sois le bienvenu,

"� robuste homme blanc.

"Sois la bienvenue, � s�duisante femme blanche.

"Tu m'apprendras les secrets de l'�l�gance

"gr�ce � laquelle tu s�duis tes hommes. Et moi,

"les secrets de la danse gr�ce � laquelle je s�duis les miens.

"Viens donc apprendre la Hula. "

Mesdames et messieurs, voici la Hula.

�a vous para�t difficile ?

Comme le disait Abraham Lincoln : dans la vie, rien n'est impossible.

Regardez cette danseuse.

C'est la meilleure de l'�le.

Quand elle �tait petite, elle �tait atteinte de poliomy�lite.

Et savez-vous ce qui a lib�r� ses pauvres membres paralys�s ?

La Hula.

La Hula et la volont�.

Ils ont �cout�, applaudi.

Ils se sont divertis et boug�s,

comme l'avait promis le programme.

Et comme celui-ci recommande la Hula,

ils vont apprendre la Hula, bien docilement.

Elle croit en la Hula, en son bonheur et celui des autres,

cette candide g�n�ration qui a travaill�, jeune,

et qui se permet un repos ext�nuant

pour r�veiller ses rhumatismes.

Elle croit encore en ce paradis qu'elle a elle-m�me d�truit

et en l'unique danse authentique � laquelle on peut encore assister.

Apr�s 6 h d'entra�nement � l'arme blanche,

le sergent Rhuba Narckikle

se fait maquiller en femme.

C'est une situation embarrassante

pour un guerrier

qui, lors de la guerre contre les communistes malais,

a tranch� la t�te � 36 partisans.

Mais aujourd'hui, c'est jour de f�te.

La tradition veut que la danse se fasse en costume de femme.

Les Gurkhas, ces montagnards n�palais,

sont des mercenaires de l'arm�e anglaise depuis 150 ans.

A leur f�te, comme le veut la tradition,

doivent assister les officiers anglais du r�giment

et leur commandant.

A les voir dans ces circonstances, habill�s en femmes,

on imagine mal que ces soldats sont les plus f�roces du monde.

Pourtant, pendant la guerre,

quand ils ont �t� faits prisonniers par les Japonais,

300 d'entre eux ont pr�f�r� �tre d�capit�s

plut�t que de trahir leur serment de loyaut�

envers la Couronne britannique. Aujourd'hui, justement,

on f�te ce jour m�morable.

Et les Gurkhas le c�l�brent avec grande solennit�.

Cette fois encore, la t�te du taureau est tomb�e

avec un seul coup.

L'honneur du bataillon est sauf.

L'esprit des soldats d�capit�s � Singapour est en paix.

Les officiers anglais regardent, satisfaits.

Le colonel anglais

entoure la t�te des champions avec un bandeau blanc,

symbole de force, de fid�lit� et de courage.

Un mois plus tard,

au Portugal, quelques taureaux se vengent.

Ils tuent 4 personnes � coups de cornes

et en envoient 18 autres � l'h�pital.

Nous sommes � Vila Franca de Xira,

o� le peuple f�te dans l'all�gresse la traditionnelle Forcada.

Dans l'ar�ne, m�me les nobles font preuve de courage.

Ces montagnes

de la r�gion de Goroka en Nouvelle-Guin�e

forment une fronti�re entre histoire et pr�histoire.

Nous y avons trouv� le dernier homme des cavernes,

encore arm� d'une massue.

Il ne conna�t pas le m�tal.

Il vit dans des grottes inaccessibles

avec ses femmes et ses enfants,

aussi sauvage et m�fiant qu'une b�te.

Comment aurait-il r�agi

s'il avait su que nous pointions notre t�l�objectif sur lui ?

Plus que par une cam�ra,

ces images, qui semblent provenir d'un t�lescope point� sur le temps,

pourraient �tre l'ombre ou la photo-souvenir

d'un �pisode de l'Age de pierre.

Ce jour,

cet instant pr�cis, semble �tre vieux de 4, 5 ou 10 mille ans.

Il ne se passe rien de sp�cial.

Aujourd'hui comme dans le pass�, tout est guid� par l'instinct :

le travail, les loisirs, les enfants, la nourriture,

la recherche du contact humain

et le besoin d'une vie ordonn�e et sociale.

A 75 km plus au nord, une mission catholique

marque le dernier avant-poste de la civilisation.

Au moins 5 missionnaires ont �t� tu�s ces derni�res ann�es

avant que le tintement de la cloche

ne r�veille dans ces vall�es l'instinct de la foi.

Ici,

apr�s des si�cles d'obscurantisme,

les hommes d�couvrent pour la premi�re fois le doute,

une question � laquelle ils ne savent pas r�pondre.

Cette angoisse jusqu'ici inconnue

n'est ni la faim, ni la soif, ni la douleur physique.

Mais elle fait pourtant aussi mal qu'une blessure.

C'est l'angoisse qui suit l'homme du d�but � la fin du monde.

Mais eux l'ignorent encore.

Ils n'ont d�couvert le monde et eux-m�mes qu'hier.

Et aujourd'hui, ils ont besoin d'une foi qui leur donne

l'espoir d'�tre meilleurs dans un monde meilleur.

Mais un beau jour, l'aborig�ne descend des montagnes.

Alors qu'il se rapproche de la c�te, son exp�rience acquiert

en quelques jours des centaines de si�cles.

Ici, aux portes de l'a�roport de Port Moresby,

o� l'aborig�ne ach�ve son voyage dans le temps

et o� il ne trouve aucune raison � ce qu'il a appris

et qu'il a vu trop en h�te,

a germ� en lui le "cargo cult",

c'est-�-dire le culte des avions-cargos.

Le long de la route oc�anique qui relie Hong Kong � l'Australie,

parcourue chaque jour par des dizaines de cargos

qui font halte � Port Moresby,

le "cargo cult" a presque partout son temple.

En voici un, avec son autel qui culmine � 3 000 m d'altitude.

L'avion leurre est � un bout de la piste.

A l'autre bout, se trouve la tour de contr�le.

Les indig�nes des tribus Rozo et Mekeo

attendent qu'un avion,

attir� par leur leurre de bambou,

atterrisse sur cette piste.

Pour eux, les avions viennent du paradis,

envoy�s par leurs anc�tres.

Mais les voleurs blancs, malins,

r�ussissent � s'en emparer en les attirant

dans le grand pi�ge de Port Moresby.

"Toi aussi, construis un a�roport",

dit la doctrine du "cargo cult",

"et attends, confiant.

"Un jour ou l'autre, tes anc�tres d�couvriront

"la supercherie et guideront les avions sur ta piste.

"Tu seras alors riche

"et heureux."

Ils attendent, immobiles, en scrutant le ciel.

Il n'y a rien au-del� de ces montagnes.

Ainsi, les grands oiseaux qui vrombissent

au-dessus des nuages ne peuvent venir que du paradis.

Et au paradis, il n'y a que leurs morts.

Donc, seulement leurs morts

ont pu les construire.

Les esprits des morts ne connaissent pas les Blancs.

Donc, toutes ces merveilles que les avions transportent,

ce sont les esprits qui les leur envoient.

Ils ont d�truit les villages et abandonn� le travail.

Et ils restent l�, � attendre, confiants,

aux portes du ciel.

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