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Musique orientale
---
Chant oriental grec
---
-Oh, Aman ! Aman ! Aman !
Aman, amour !
L'homme siffle.
Il parle grec.
Quelqu'un travaille sur le chantier.
Coups de marteau
Odyssea !
Ils rient.
Il soupire.
---
-Je t'envoie
à Istanbul.
Je connais une forge où ils peuvent refaire la bielle.
Ne montre jamais l'argent.
Tu y vas, tu paies la pièce et t'embrouilles personne.
Tu vas dans un hôtel une étoile près de Kasimpasa,
l'adresse est dans l'enveloppe.
et ils n'auraient pas tort.
Tu achèteras 20 couteaux dans la boutique
face à la tour Galata.
-Pourquoi t'y vas pas, toi ?
-Les charognards de la banque menacent la taverne de Maria.
Ils sont capables de tout.
Et qui va garder le bateau ? Toi ?
Tu prendras aussi des lokoums chez Haci Bekir.
Maria !
Djam imite Kakourgos.
On les interpelle.
Oh ! Où tu vas ?
Viens me voir.
Tu reviens avec ma bielle, compris ?
Au retour, passe par Kavala, dans la maison de ton grand-père,
et ramène tout ce que tu trouves, disques, livres, photos.
-J'ai compris.
-Va, va !
Et te promène pas sans culotte !
Ambiance festive
---
---
---
Un marchand appelle les clients.
---
-Merde ! Putain !
-Ca, c'est français !
---
-Tu peux m'héberger ?
-Qu'est-ce que tu fous à Istanbul ?
-Je suis venue avec mon mec pour aller à la frontière syrienne,
travailler dans un centre de santé volontaire.
-Viens. Viens !
Plusieurs prières proviennent de différents minarets.
---
Tu t'appelles comment déjà ?
-Avril.
-Tu viens d'où ? -De la banlieue.
-Moi, c'est Djam.
Je suis grecque.
-On aurait été mieux dans un parc.
-Dans un parc, on te choure tes pompes quand tu dors.
Ici, personne vient te faire chier.
On est libre sur les toits.
-C'est un instrument pour les Barbie ou quoi ?
-Baglamadaki.
Djam rit.
Elle joue.
---
-C'est de la musique turque ?
-C'est du Rébétiko,
un mélange de grec et de turc, c'est très vieux.
---
On a une taverne de Rébétiko à Mytilène. Tu connais ?
Lesbos, tu connais pas ? -Comment ?
-Lesbos. -Non !
Elle rit.
Djam joue et chante.
---
-No.
Chant oriental
---
-Musique !
Musique orientale
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Donne-lui le passeport !
---
Ca me casse le dos !
J'en peux plus, j'ai une pièce en fer de 15 kg. Enlève !
Fais attention.
-C'est quoi ? -Une bielle de merde !
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Des enfants parlent arabe.
---
-Quand je leur donne l'argent avec l'élastique, crie "police".
-Police ! Police !
Ils parlent arabe.
Ils rouspètent.
---
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Quoi ?
-Tu paies comment ?
T'as de quoi payer ? -Je savais pas que c'était payant.
-Tu savais pas ? -Non, limite s'il me les a retirées.
-T'as vu sa baraque en or ?
Tu penses qu'il bosse gratuitement ?
-Je sais, mais... -Je négocie pour la bielle,
et toi, tu te fais cirer les pompes ?
-Je suis désolée. -Oui, moi aussi je suis désolée.
On fait comment ? -Je savais pas !
---
Chant d'un coq
-Arrête de me suivre.
Je te fais cadeau des vêtements et de ce que tu me dois.
---
Arrête de me suivre je te dis !
---
---
---
T'es mal coiffée. -Tu trouves ?
-On dirait un épouvantail.
-Je veux venir avec toi.
-Pourquoi tu fais toujours la gueule ?
Je vais en Grèce. Toi, t'as rien à y faire.
T'es venue pour rejoindre la Syrie, alors vas-y !
L'argent, ça se trouve. -J'ai peur.
Je sais pas où aller !
-Putain ! Fait chier !
Djam parle anglais.
-Gare. -Tchou tchou !
L'homme répond en arabe.
En anglais
Moteur
---
Elle chante.
---
-Qu'est-ce que t'as ?
-Il y a un truc qui me gêne, là.
J'ai changé trois fois de slip. Tu peux regarder ?
-Non, non. -Vas-y, on est entre filles !
-Non. -Moi, je peux pas voir.
Une nana de la banlieue qui fait des chichis. Regarde !
-Je fais pas de chichis.
Je vois rien.
T'es en friche !
Elles rient.
Il y a quelqu'un ! Vite, vite !
Djam, c'est quoi une bielle ?
-C'est un godemichet pour bateau.
Ca sert à monter les pistons. En haut, en bas,
en haut, en bas...
Elle grogne.
Un chien aboie.
Ils parlent anglais.
T'as un billet de retour ?
-Euh... Oui. Non.
-La vérité. -Non.
---
Tu dois avoir un billet de retour.
-Je dois en avoir un ? -Ouais.
-Why? -Pourquoi ?
-Will you come back here? -Sorry?
-Here? No. -Can I have your passport?
-On est en Grèce, là ? -Non.
On est dans le No Man's Land. -Le quoi ?
-Ca appartient à personne, ni aux Grecs ni aux Turcs.
-Donne.
-Nous, on passe à pied, on a nos passeports.
Beaucoup de réfugiés passent par la rivière,
dans des bateaux pneumatiques, dans la nuit.
Les passeurs appellent ça "la route de la soie".
-Tu sais Djam, je m'en fous.
-Quoi ? -Qu'il m'ait pris mes affaires.
-C'est aux réfugiés ça ? -Quoi ?
-Ils ont écrit sur les murs, ils sont passés par là.
-Tu parles arabe ?
-J'aimerais bien.
Je trouve ça beau.
Où t'as appris le français ? En Grèce ?
-J'ai travaillé à Paris dans le resto de mon oncle, Kakourgos.
C'est mon beau-père, le mec de ma mère.
Moi, je l'appelle tonton.
Ma mère était une grande chanteuse de Rébétiko.
Elle est morte à Paris.
Elle sanglote. Pourquoi tu m'as parlé de ça ?
-Pardon.
Attends !
Attends ! -Va-t'en !
Cris de joie
---
-Viens. Avril. Seray et Panayotis.
Musique traditionnelle
---
---
-Tu viens ?
-Qu'est-ce que tu fous ? -Je vais me la raser.
-Non. Non. -Allez, vas-y !
Viens, allez. -Non !
Avril soupire.
Allez, vas-y.
-Vite, j'ai froid.
-Attention, stop !
Non, non !
Djam rit. Arrête !
-C'est froid.
Aïe !
-Je te fais un ticket de métro ?
-Non, en pointe. -En pointe ?
-Ouais. -Attends.
-Tu vois quelque chose ? -Ouais.
-Quoi ? -C'est un grain de beauté.
-Quoi ? -Là.
-Un grain de beauté ? -Ouais.
C'est sexy. C'est canon.
---
Des hommes parlent au-dehors.
Le compresseur souffle de l'air.
---
Une mobylette s'éloigne.
Respiration haletante
---
---
Elle chantonne.
---
Quelqu'un hurle au loin.
-Djam !
Djam !
Djam !
Djam !
Soupir plaintif
La portière claque.
-Stop, s'il vous plaît. Stop !
Djam !
-Avril ? -Pourquoi t'es descendue du bus ?
-T'as mes affaires ? -Dans le coffre.
-Pourquoi il y a le fou ?
-Il s'est jeté sur la voiture en pleurant.
Il est rentré tout seul.
Doucement ! Putain !
Ils crient.
Le père sanglote.
---
Respiration haletante
Hurlement
---
---
---
-Toilettes ? -Les chiottes, c'est là-bas.
Là, là.
Qu'est-ce que tu fais ?
Oh !
Non, non, non ! Oh, reviens !
Reviens ! Oh !
Ouvre ! Ouvre !
Que ta bite rétrécisse, bâtard !
Avril tape aux vitres.
Au secours !
-Tu fous quoi, là ? -Il m'a enfermée, ce bâtard !
-Il est où ? -Il est parti pisser.
Ca en est où, les autres ? -Ils gardent le père aussi.
-Le père aussi ? -Ouais, il allait pas bien.
La porte claque.
T'as de l'argent ? -Non, j'ai pas d'argent.
-Pourquoi t'as pris un taxi ? -Pour te chercher.
-J'ai pas d'argent moi, j'ai tout dépensé.
Je lui propose de payer en nature.
On tire au sort celle qui commence. -Qui commence quoi ?
-Baiser avec le mec.
-Maintenant, je suis sûre que t'es folle !
-Attends ! Avril !
Avril !
Le coffre claque.
Respiration haletante
---
Qu'est-ce que tu fais ?
Où tu vas par là ?
Tu sais pas où tu vas, tu retournes en Turquie, là !
On fait comment pour tes dettes ?
Mon pantalon, mon blouson,
mon gilet.
Attends.
Arrête ! Mais arrête !
-Ca, c'est à moi ! -Tu fais quoi, là ?
J'ai payé le string aussi !
-C'est un tanga !
-Putain, merde ! Attends !
-Tu me soûles avec ta chatte, parle d'autre chose !
-Attends !
-On va où, là ?
J'en ai marre de bouffer de la route !
On est même pas en Grèce. T'es sûre qu'on y est ?
-Tu me soûles ! J'en peux plus !
Si ça te plaît pas, l'Arabie, c'est par là.
On va au village de mon grand-père à Kavala.
T'as quel âge ? -Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
-T'es mineure ? -Non.
-Montre-moi ton passeport.
Pourquoi tu me suis ?
C'est quoi ton plan ?
Tu caches un truc, toi.
Tu fais toujours la gueule ?
Tu veux que je chante ta chanson préférée ?
Musique orientale
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---
Djam crie.
---
---
Avril rit aux éclats.
Tu m'attends là, OK ?
---
Mais barrez-vous, les chiens ! Oust !
Oust ! Filez ! Lève-toi, toi !
Putain d'ouzo ! Tais-toi sinon ils nous accepteront pas là l'hôtel.
-OK. -Putain d'ouzo !
---
-Y'a plein de chiens ! -Calme-toi.
Tiens.
Y avait pas de poubelle quand on est arrivées ?
-J'crois pas.
Djam sanglote.
-Putain, y a pas d'eau !
Air de cithare
Avril frisonne et gémit.
---
Ah, c'est froid !
---
---
Putain !
Putain de système à la con !
Oh, c'est le pied !
Ah, ça fait du bien !
Qu'est-ce que tu fais, là ?
Qu'est-ce que tu fais, je t'ai dit ? -J'aime quand tu ris.
-Putain, mais tu fais quoi ?
-Qu'est-ce qu'il y a, ma petite chatte ?
Djam rit et crie.
---
---
Djam grogne.
---
Djam chante à tue-tête.
Où es-tu, petite chatte ? -Je suis pas lesbienne !
-Moi non plus.
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Ecoute.
Ambiance festive
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-Hé !
Cris de joie
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Il rit.
-Il part en Norvège.
Ambiance festive
---
---
---
-Pano ! Tu vas où, là ?
Pano !
T'as oublié tes clopes.
---
-Tu connais les colonels ? -Non.
-Mon grand-père bossait pour eux, c'étaient des fascistes.
Il était dans la police.
Prenons tout ce qui est intéressant.
Tout ça, c'est un goût de sang dans la bouche.
-Djam ! Regarde.
Trop bien.
-C'était à ma grand-mère.
Respiration difficile
---
Aboiements
Le portail grince.
C'est la tombe de mon grand-père.
-Tu pisses sur la tombe de ton grand-père ?
-Je pisse sur ceux qui interdisent la musique et la liberté.
Elle renifle.
Corne de brume
C'est le bateau de Kakourgos, Aman Doktor.
Il fait 18 mètres
et il a emmené 80 touristes autour de l'île.
Depuis qu'il est cassé, c'est la misère.
Et puis, de toute façon, il n'y a plus de touristes.
Là, c'est la Turquie.
-Là ? -Ouais.
Il crache.
La porte grince.
-Pourquoi tu arrives que maintenant ?
-Il y avait la grève partout, y avait pas de bateau ni de train...
-Tu me prends pour un con ?
Où est ma bielle ?
-Je l'ai pas.
-Quoi ? T'as pas ma bielle ?
-On m'a tout volé.
A l'hôtel de rat là,
à Kasimpasa.
C'est toi qui m'as envoyée.
-Tu es malhonnête.
Elle frappe au carreau.
A partir de maintenant, toi et moi, on peut porter le même slip.
Elle l'imite.
-Viens voir Solon, la mémoire de l'île !
Conversation en grec
Le moteur démarre.
Cris de joie
---
-Où tu vas ? Reste.
Viens t'asseoir, ici viens.
Ce sont les chansons de ta mère.
Ces disques n'ont jamais quitté la Grèce.
Il soupire.
Quand ta mère est venue à Paris, elle a tout laissé derrière elle.
Pendant toutes ces années,
c'est resté dans la cave de ton grand-père.
Elle t'a pris sur son dos et elle est venue me voir.
Enfin, "me voir"... Elle est venue.
Un jour, j'ouvre le restaurant et je la vois.
"Je cherche du travail. Vous êtes un restaurant grec ?"
"Oui, c'est écrit."
Elle me dit : "Je peux travailler ?" Je lui ai dit : "Viens.
Serveuse ?" Elle a dit : "Oui, serveuse."
Un jour, dans la cuisine, je l'entends chanter.
Mon coeur s'est arrêté. Je l'ai entendu.
J'ai dit : "C'est toi qui chantes comme ça ?"
Elle a dit : "Non, c'est mon exil qui chante.
C'est pas moi qui chante."
Le lendemain ou le soir même je crois, elle a chanté.
Elle a chanté et le lendemain déjà, il y avait du monde,
tous venaient l'écouter.
Tous.
Soupir
Les Arméniens, les Kurdes,
les Algériens, qui avaient fui aussi leur fascisme à eux,
les Assyro-Chaldéens... Tous venaient la voir,
comme des animaux dans une forêt en feu qui viennent vers l'eau.
Eux venaient vers la voix de ta mère.
C'est ça. C'était leur patrie à eux, la voix de ta mère.
Ils retrouvaient leur patrie à eux, leur sud à eux.
C'est l'exil qui lui a mangé le coeur.
C'est l'exil qui a empoisonné sa vie.
C'est lui qui l'a tuée, c'est l'exil.
Elle disait toujours :
"J'ai moi-même pleuré la mer sur laquelle j'ai navigué."
C'est elle qui a fait de moi un homme, tu sais.
C'est elle qui a fait de moi un homme.
Soupir plaintif
Il renifle.
J'ai vendu le restaurant,
je suis venu ici avec toi pour ça.
Je l'ai ramenée avec moi, elle est là, et là.
Elle est là.
Katalaves.
Il soupire.
Ambiance festive et rires
---
Musique traditionnelle
---
---
Ressac
---
-Salut. -Salut.
-Je peux t'aider ? -Oui, merci.
Non, prends les pommes de terre, s'il te plaît.
Tu viens d'où ? -De France.
-Ca s'entend, mais d'où en France ?
-Châtenay-Malabry, la cité de la Butte-Rouge.
Il chante bien, ton grand-père. -Non, c'est mon père.
-J'ai vu plein de bateaux cassés là-bas, sur la plage.
-Ca, c'est rien.
L'année dernière, il y en arrivait des centaines chaque jour.
C'était comme un cauchemar.
---
Chant traditionnel
---
---
Air de cithare
---
---
-Avril !
Avril !
Tu te caches ?
-Quand on a la foi,
on vient en aide aux autres.
Quand je t'ai rencontrée, j'étais perdue.
Je sais pas pourquoi, mais je t'ai suivie.
Aujourd'hui, je sais.
---
Fracas
---
Respiration haletante
---
-Arrête, Djam. -J'ai pas envie,
je vais jamais m'arrêter, t'as compris ?
-Arrête, Djam. -Je peux pas m'arrêter.
-Il est pas pour toi ce fusil, pose-le. Ca te salit.
-Arrête ! -Tu veux faire quoi avec ça ?
Lâche ce fusil ! On vaut mieux que ça !
Regarde-moi ! Regarde-moi ! Djam proteste.
Lâche ce fusil ! Lâche-le !
Lâche le fusil ! Lâche le fusil ! -Ca va rien changer!
-Lâche-le. S'il te plaît, lâche-le. La voiture s'éloigne.
---
C'est que de l'argent. C'est que de l'argent.
On leur laisse les murs. On s'en fout des murs.
On va continuer à chanter,
à faire de la musique, à vivre tous ensemble.
On ira de port en port.
Musique traditionnelle
---
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On existe, on est là !
On est là !
Katalaves !
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