All language subtitles for I.Walked.with.a.Zombie.1943.480p.x264-mSD

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Original subtitles

VAUDOU

J'ai rencontré un zombie.

Cela semble étrange à dire.

Si on m 'avait dit ça il y a un an,

je ne pense pas que j'aurais su ce qu'était un zombie.

J'aurais eu dans l'idée

qu'ils étaient étranges et effrayants.

Et même un peu bizarres.

Tout commença si simplement.

- Vous êtes célibataire ? - Oui.

- Où avez-vous été formée ? - Á l'hôpital Mémorial.

Une question que je ne pose pas d'ordinaire.

Je ne sais pas par où commencer.

Croyez-vous à la sorcellerie ?

Eh bien...

On ne nous l'apprend pas à l'hôpital,

mais je soupçonnais notre directrice.

Le salaire est intéressant.

- 200 dollars par mois. - En effet.

J'aimerais en savoir plus sur la malade.

Je ne peux pas vous renseigner.

Je sais qu'elle est la femme de M. Holland,

avec qui nous traitons.

- Une autre entrevue ? - Non, je décide.

M. Holland a des plantations de canne à sucre.

Il vit à Saint-Sébastien, aux Antilles.

Aux Antilles ?

Ce n'est pas si mal, se reposer sous un palmier,

nager, prendre des bains de soleil.

Des palmiers.

Peu de temps s'était écoulé avant ma rencontre avec M. Holland à Antigua.

Nous prîmes le bateau pour Saint-Sébastien.

Tout était comme je l'avais imaginé.

Je regardais les étoiles,

et sentais le vent chaud sur ma joue.

Je respirais profondément et tout en moi disait:

"Comme c'est beau !"

Ce n'est pas beau !

Vous avez lu dans mes pensées.

C'est facile de lire dans les pensées d'un nouveau venu.

Tout vous semble beau parce que vous ne comprenez pas.

Ces poissons volants

ne sautent pas de joie, mais de peur.

De plus gros poissons veulent les manger.

Les reflets de cette eau

proviennent de millions de cadavres minuscules.

C'est le scintillement de la putrescence.

Rien n'est beau ici. Tout n'est que mort et putréfaction.

Vous ne pouvez pas vraiment croire ça.

Tout ce qui est bon meurt ici. Même les étoiles.

Il avait interrompu mes pensées de façon étrange.

Sa voix était cruelle et dure.

Pourtant, quelque chose me plaisait en lui.

Une certaine franchise,

mais blessée, profondément blessée.

Autrefois, Fort Holland était un fort, mais plus maintenant.

La famille Holland est très ancienne,

ils ont amené les Noirs sur l'île,

les gens de couleur et Ti-Misery.

Qu'est-ce que c'est ?

Un homme, mademoiselle, un vieil homme qui vit dans le jardin à Fort Holland.

Des flèches plantées dans son corps. Le regard de ce Noir est triste.

Il est vivant ?

Non, mademoiselle. Il est comme il a toujours été.

Á l'avant d'un énorme bateau.

- C'est une figure de proue. - Si vous le dites, mademoiselle.

Et ce bateau a amené nos pères du temps passé,

et nos mères du temps passé, enchaînés dans la cale du bateau.

Mais c'est un endroit merveilleux.

Si vous le dites, mademoiselle, si vous le dites.

Le Fort Holland.

Il semblait étrangement irréel.

Le jardin avait sa propre vie.

J'allais connaître tous les coins et recoins de cette demeure,

les aimer ou les détester selon les événements.

Ici, j'allais entendre une étrange confession,

que seule la folie aurait pu arracher à une personne saine d'esprit.

Pourtant, ce fut dans la même pièce

que je découvris mon propre amour

et le bonheur au plus profond de mon cœur.

Ma chambre.

Je me souviens de ma joie à défaire ma valise, me préparer à dîner.

Et pourtant, le calme de Fort Holland m 'intriguait.

Je n'avais vu personne. Ni dans les allées, ni dans les bois.

Oui ?

- Le dîner est servi, mademoiselle. - Merci.

- MIle Connell ? - Oui.

Je suis Wesley Rand. Paul voulait que je me présente.

Nous dînerons en tête-à-tête,

mais je vais vous présenter la famille.

Dans cette chaise s'assoit le maître, mon demi-frère Paul.

Mais vous l'avez déjà rencontré.

Oui, sur ce bateau.

Cette chaise appartient à Mme Rand,

notre mère, bien trop bonne pour chacun de nous.

Trop sage pour vivre avec nous.

- Elle préfère le dispensaire. - Elle est médecin ?

Elle s'en occupe seulement.

Une femme étonnante, vous l'aimerez.

Je l'aime déjà.

Voilà ma chaise. Celle de MIle Connell, qui est belle.

Merci.

Qui s'assoit ici ?

La femme de mon frère.

Tenez. Ce n'est pas du tout confortable.

Je suis tout sauf distant.

Vous êtes américain ?

J'ai étudié à Buffalo, Paul en Angleterre.

Vos accents différents m'intriguaient,

comme vos noms d'ailleurs. Rand et Holland.

Nous sommes demi-frères.

Paul est le premier fils de mère.

Quand son père mourut, elle épousa mon père, Dr Rand, le missionnaire.

Les tam-tam de la jungle. Mystérieux, étranges.

Ça vient du moulin.

La sirène de Saint-Sébastien.

Cela signifie que le sirop va être versé.

Vous devrez m'excuser.

Bien sûr.

C'était aimable à vous de m'accorder votre temps.

Mon absence importe peu. Seul le propriétaire compte ici.

- M. Holland ? - Oui, le redoutable Paul.

Il a la plantation, et vous avez dû remarquer, j'ai le charme.

Je ne sais pas. Il m'a parlé sur le bateau, je l'ai trouvé très agréable.

Ah oui, notre Paul.

Fort, silencieux et très triste.

Un vrai personnage de Byron.

Peut-être devrais-je m'y adonner.

- Vous devriez aller au moulin. - Ça attendra.

J'allais justement au moulin.

- Bonne nuit, MIle Connell. - Bonne nuit.

- Les domestiques vous ont installée ? - Oui, merci.

Bien, Clément. Je l'apporterai à Mme Holland.

- Puis-je le porter ? - Non, merci.

Vous commencerez à travailler demain.

Mme Holland.

Mme Holland ?

Mme Holland.

Mme Holland ?

Je ne voulais pas vous réveiller.

Mme Holland.

Jessica !

Emmène Mme Holland dans sa chambre, Alma.

Venez, mademoiselle, venez avec moi.

J'ai entendu une femme pleurer.

Une femme pleurer ? II n'y a pas eu de pleurs ici.

M. Paul, quelqu'un a pleuré ce soir.

C'était Alma. Sa sœur a mis un enfant au monde.

Merci, Clément.

Je reste avec MIle Jessica,

au cas où l'infirmière se mette à rôder.

Ne pleure plus. C'est ça qui a effrayé MIle Betsy.

Elle ne m'a pas apaisée à brailler comme ça dans la tour.

Pourquoi pleurait-elle ?

Je ne sais pas si vous comprendrez.

Savez-vous ce que c'est ?

- Un symbole de Saint-Sébastien. - Oui.

Ce fut une figure de proue d'un bateau d'esclaves.

Nos gens en viennent.

De la douleur et des souffrances de l'esclavage.

Ils considéraient la vie comme un fardeau.

Donc ils pleurent à une naissance et s'amusent à un enterrement.

Je vous l'avais dit, cet endroit est triste.

Bonjour, mademoiselle.

Merci de m'avoir réveillée.

Je ne voulais pas vous effrayer,

je vous ai touchée loin du cœur.

Ne vous levez pas. J'ai apporté le petit-déjeuner

comme pour MIle Jessica.

Alma, tu n'es pas obligée de faire ça pour moi.

Je sais, mais j'aime le faire.

J'aime servir MIle Jessica et je veux vous servir.

Vous vous installez, je vous prépare votre café.

Merci.

MIle Jessica disait que c'était le seul moyen

de rompre le jeûne.

Au lit, un coussin de dentelle pour soutenir la tête.

Si vous l'aviez seulement vue, MIle Connell.

Elle était si jolie.

Elle devait être très belle.

Que lui est-il arrivé, Alma ?

Elle a été très malade, et puis elle a perdu l'esprit.

Nous essaierons de la guérir, Alma. Toi et moi.

Je fais de mon mieux.

Chaque jour, je l'habille comme si elle allait bien.

C'est comme si j'habillais une grande poupée.

Qu'est-ce que c'est ?

J'appelle ça un bouffi. MIle Jessica dit toujours "brioche".

Ça a l'air copieux.

Je ne pense pas en venir à bout.

J'ai écrit que ce travail ne convenait pas

à quelqu'un de peureux.

Je n'ai pas peur.

Pourtant, votre réaction hier soir...

Si j'étais peureuse,

je ne serais jamais allée dans la tour.

Et qu'est-ce que cette tour a d'angoissant ?

Rien, à vrai dire.

Mais, admettez que cet endroit est étrange, si sombre.

Les infirmières ont peur du noir ?

Non, bien sûr.

J'avais peur du noir quand j'étais petite.

Mais je n'ai plus peur, maintenant.

J'ai été choquée de rencontrer la malade de cette façon.

Je ne savais pas que Mme Holland était une malade mentale.

Malade mentale ?

- Excusez-moi. - Pourquoi ?

Ma femme est une malade mentale.

MIle Connell, retenez bien.

Surtout quand certains fous sur l'île

vous régaleront de légendes indigènes,

vous verrez que la superstition est contagieuse.

Bien des personnes se laissent prendre.

- Je ne crois pas que vous succomberez. - Non.

Venez. Je vais vous présenter le Dr Maxwell et votre patiente.

Comme je suis heureux de vous avoir.

Vous aider sera un plaisir.

Je respecte les infirmières. La plupart d'entre elles m'effraient.

Je les sens derrière mon dos. Elles compulsent leur manuel de stage,

relèvent mes erreurs.

Je vous aurai à l'œil.

N'est-ce pas un beau zombie ?

- Elle fait pitié. - Jessica et moi étions amis.

Quand il n'y a pas d'espoir, il vaut mieux rire

que s'apitoyer.

Oui, je sais.

Mais, je ne sais rien des zombies, docteur. Qu'est-ce qu'un zombie ?

Un fantôme, un mort vivant. C'est aussi un apéritif.

J'y ai goûté. De quoi réveiller un mort.

Son état est grave.

Voulez-vous en savoir plus ?

S'il vous plaît.

Je vais vous expliquer simplement.

Mme Holland a eu une fièvre tropicale.

Très violente.

On peut dire que la moelle épinière a été brûlée par la fièvre.

Vous voyez le résultat.

Une femme sans volonté,

incapable de parler ou même d'agir seule.

Pourtant, elle obéit.

- Est-ce qu'elle souffre ? - Je ne sais pas.

Je préfère croire que c'est une somnambule qui ne se réveillera pas.

Qui ne sent rien, qui ne sait rien.

Nous pouvons juste l'empêcher de souffrir

par un régime, de l'exercice.

Elle ne guérira jamais ?

Je ne connais pas de remède.

Dites-moi en quoi consiste son traitement.

- J'ai préparé ça pour vous hier soir. - Merci.

Je viendrai dans un ou deux jours voir si tout va bien.

Votre patiente ne vous a pas effrayée à la lumière du jour ?

Mme Holland devait être très belle.

Beaucoup de personnes le pensaient.

Dites-moi, MIle Connell. Vous trouvez-vous jolie ?

Je ne sais pas. Probablement.

Et charmante ?

- Je n'y ai jamais songé. - N'y songez pas.

Vous vous épargnerez des ennuis,

et aux autres beaucoup de chagrin.

- Betsy, où allez-vous ? - Jour de congé.

Que faites-vous à Saint-Sébastien ?

Je ne sais pas.

N'y a-t-il pas des magasins, des choses à voir ?

"Des choses" est ce que vous trouverez.

Je vais vous faire visiter.

Pas de travail ?

II se trouve que c'est aussi mon jour de congé.

Certains parlent d'Alexandre Et d'autres d'Hercule

D'Hector et de Lysander Et de si grands noms

Mais tous les grands héros du monde Ne peuvent pas

Ti-Joseph, apporte-m'en un autre. Je dois divertir la dame.

Ce doit être difficile de me divertir s'il faut 18 cl de rhum.

- 18 centilitres ? - Mathématiques supérieures.

6 cl pour un verre, trois verres, 18 cl.

Comment le savez-vous ?

Je suis infirmière. J'observe les gens servir.

J'ai observé Ti-Joseph, et il a versé exactement 6 cl.

Sur l'île de Saint-Sébastien

vivait une famille, depuis très longtemps

Holland était le chef

Et le plus jeune frère se nommait Rand

Ah, malheur

Vous ai-je raconté l'histoire de la mule sur la plantation ?

Une minute, je veux écouter.

Holland gardait dans une tour

une femme aussi jolie qu'une fleur blanche

Elle vit le frère et vola son cœur

Et c'est comme ça qu'ont commencé les malheurs.

Ti-Malice, tu m'as fait faire une gaffe. Tu me mets dans l'embarras.

Tu as vu M. Rand. Pourquoi tu me le dis pas ?

Je vais aller m'excuser.

Je vais me faire tout petit et gagner sa sympathie.

Je n'aurais pas écouté si je m'étais rendu compte.

- M. Rand, je suis venu pour m'excuser. - Bien.

C'est une vieille chanson,

- je ne sais pas qui l'a inventée. - D'accord, d'accord.

Certains chanteurs de l'île, ils jasent.

Je n'aurais pas chanté ça si j'avais su que vous étiez avec une dame.

Sors d'ici !

Ne vous laissez pas tourmenter.

Vous l'avez entendu.

Choquée ?

- J'aurais aimé ne pas entendre. - Pourquoi ?

Tout le monde le sait. Paul s'en est chargé.

Je pense qu'il a tout manigancé

pour me mettre mal à l'aise.

Ça m'étonne de lui.

C'est ça. Il vous fait le coup du mari généreux, n'est-ce pas ?

Cela ne durera pas.

Nous ferions mieux de partir. Vous me ramenez ?

Un de ces jours, il vous fera ce qu'il lui a fait.

"Tu trouves que la vie est belle, Jessica ?"

"Tu te trouves belle, n'est-ce pas, Jessica ?"

Ce qu'il arrive à faire avec ce mot "beau".

C'est la fameuse arme de Paul, les mots.

Il s'en sert comme les autres hommes utiliseraient leurs poings.

Wes, il est temps de rentrer à la maison.

La femme et le frère, ils veulent s'en aller

Mais M. Holland, il a refusé

La femme tomba, et le mal apparut

Et brûla son esprit dans une fièvre de feu

Wes, nous devons rentrer à Fort Holland.

Honte et chagrin pour toute la famille

Ses yeux sont vides, elle ne peut pas parler

Et une infirmière est venue pour la faire marcher

Les frères sont seuls et l'infirmière est jeune

C'est à vous maintenant de faire connaître ma chanson

Ah, malheur, ah, moi

Honte et chagrin pour toute la famille

Ah, malheur, ah, moi

Honte et chagrin pour toute la famille.

- Vous avez besoin d'aide ? - Je crois, oui.

Ti-Joseph,

mets M. Rand sur son cheval et fais-le partir.

Mais il n'est pas en état.

Je ne pense pas qu'il pourra tenir en selle.

Ne vous inquiétez pas, un cultivateur

irait à cheval à son enterrement.

J'avais l'intention de venir vous voir au Fort, MIle Connell.

Je suis Mme Rand. La mère de Wesley.

Mme Rand...

J'espère que ça ne vous ennuie pas de me rencontrer comme ça.

Cet incident nous aura permis de faire connaissance.

Croyez-moi, il ne boit pas souvent.

Allons donc. Je sais qu'il boit depuis quelque temps.

J'en sais plus que vous ne croyez sur ce qui se passe au fort.

Je sais tout à votre sujet.

Que vous êtes une fille bien, compétente

et bonne pour Jessica.

Le fort a besoin d'une fille comme vous.

Je vous raccompagne.

Je resterai pour la nuit.

- Le changement me fera du bien. - Merci, Mme Rand.

Je crois que vous êtes aussi gentille que Wesley le dit.

Il dit ça ? Lui aussi est un bon garçon,

un très bon garçon.

Mais il boit trop, et ça m'inquiète.

Rendez-moi service.

Avec plaisir.

Usez de votre influence sur Paul,

demandez-lui d'enlever la carafe de whisky de table.

- Je n'ai pas d'influence sur lui. - Essayez.

Vous en avez peut-être plus que vous ne croyez.

Ce n'est pas une sécheresse. Les pluies ont un peu de retard.

J'ai déjà vu la sécheresse.

Mais, la canne à sucre est trop sèche. C'est dangereux.

- Bonjour. - Bonjour.

On m'a raconté votre mésaventure. Votre premier jour de congé.

- J'ai passé un bon moment. - Wes peut être amusant.

Oui, il peut. Mais pourriez-vous

ôter la carafe de whisky de table ?

Elle a toujours été là.

Du temps de mon grand-père et de mon père.

C'est une tentation supplémentaire pour Wesley.

Votre frère n'est pas un alcoolique,

mais je sais que ça ne saurait tarder.

Je vous ai engagée pour vous occuper de ma femme, pas de mon frère.

Désolé, la carafe restera où elle est.

Ils recommencent.

Bayard m'a dit qu'ils allaient demander de la pluie à Damballa.

Les champs sont très secs.

Qu'est-ce que c'est ?

C'est un grand coquillage.

Ils en font un clairon pour appeler les fidèles au houmfort.

Qu'est-ce que "houmfort"et "Damballa" ?

Du vaudou. Le houmfort est un temple

et Damballa un des Dieux. Le grand Dieu.

Ça ne vous dérange pas ?

Je croyais que tout le monde en avait peur.

Le vaudou n'est pas effrayant.

Ils chantent, dansent, entrent en transe,

et à ce que j'ai compris

un dieu parle par la bouche d'un fidèle.

Ils choisissent toujours ce genre de nuit.

Ce vent chaud me rend nerveux, moi aussi.

Clément, tu as oublié la carafe.

Á partir de maintenant, nous dînerons sans.

C'est curieux.

Tu essaies de faire bonne impression ?

Sans whisky, tu plairais.

Merci.

Tu t'es toujours inquiété pour moi. Et pour Jessica.

- N'en parlons pas. - Pourquoi ?

On ne se dispute pas devant les dames.

Ah, je vois. Soyons discrets et galants.

Tu étais si discret, si galant, si poli ce soir-là avec Jessica.

- Je me souviens... - Wes !

MIle Connell,

il vaudrait mieux que vous finissiez de dîner dans votre chambre.

Je vous ai entendu jouer.

Je joue souvent.

Vous avez souffert ce soir.

J'ai pensé à ce que vous m'aviez dit.

Que tout ce qui est bon mourait ici, soudainement.

Pourquoi êtes-vous entrée ?

Je ne sais pas.

Je voulais vous aider,

mais je ne sais pas comment faire.

Vous m'avez aidé.

Je suis désolé de vous avoir fait venir ici.

Je pensais qu'une infirmière était sensible, impersonnelle.

J'aime beaucoup Fort Holland.

Et ce que vous avez vu ce soir,

deux frères qui s'affrontent

et une femme rendue folle par son propre mari.

Vous aimez ça ?

Vous ne l'avez pas rendue folle.

Avant que Jessica ne tombe malade, il y a eu une scène,

une scène horrible.

Je lui ai dit

que j'userais de ma force pour l'empêcher de partir.

Vous n'avez pas connu Jessica.

Je pense qu'il vaudrait mieux ne plus en parler.

Je sais que vos intentions étaient bonnes.

Je ne sais pas comment les femmes découvrent l'amour.

Dans les bras de leur bien-aimé, peut-être.

L 'amour m 'apparut cette nuit,

quand Paul me fit sortir de sa chambre.

Et probablement de sa vie.

Je me suis dit: "Je l'aime".

Tout en le disant, je savais qu'il aimait encore sa femme.

Et, parce que je l'aimais, je me sentais obligée de la lui rendre,

de la faire revivre,

de le rendre heureux.

Tout ce que vous dites revient au même.

Je dois décider de sa vie ou de sa mort.

Le traitement à l'insuline est exceptionnel,

comme MIle Connell me l'a fait remarquer, mais...

Vous admettez que c'est dangereux. Pourquoi le suggérer ?

Je l'ai déjà utilisée. J'ai vu des guérisons. C'est notre dernier espoir.

C'est le danger lui-même qui rend la guérison possible.

L'insuline provoque un coma.

Puis, un choc sur les nerfs ranime le malade.

Ce choc peut tuer, mais il peut aussi guérir.

Je ne sais pas.

Une grave décision. Mais votre responsabilité est d'ordre technique.

D'ordre technique ou réelle,

la question est: "Vivra-t-elle ou non ?"

Ce n'est pas une question de vie ou de mort.

Votre femme ne vit pas.

Elle vit dans un monde dénué de joie et de sens.

Nous avons une chance de lui rendre la vie.

- Alors ? - Elle est vivante, c'est tout.

Ne le prenez pas tant à cœur, Betsy.

Je voyais ça autrement.

J'ai attendu des heures. J'essayais d'imaginer Jessica guérie.

Et je ne vous apporte rien.

Au lieu de cela, vous m'apportez de la compassion

et un cœur d'or. N'oubliez pas ça.

N'appelez pas ça rien.

Très triste. Très mignon.

Le mari et l'infirmière aux grands cœurs se consolant.

Parce que la malade est encore vivante.

Moi aussi, j'ai imaginé, Paul.

Mais moi, je savais ce que je ressentirais.

Je savais.

Je ne suis pas amoureux d'une autre femme.

Excusez-moi, MIle Betsy, je l'emporte.

Ça ne fait rien. C'est le bébé de ta sœur ?

Oui, mademoiselle, c'est Ti-Victor et ma sœur Mélisse.

Je voulais te rencontrer, Mélisse.

Moi aussi, mademoiselle.

C'est un bébé merveilleux et très beau.

Il vous a choisie.

C'est ce que nous disons.

Ceux à qui il sourit seront ses amis.

J'en suis très fière.

Tiens, Ti-Victor.

Tu sauras qu'on est amis.

Merci, MIle Betsy.

C'est bon de voir des gens heureux.

Ils ne le sont pas toujours.

Probablement pas.

Des choses si mauvaises que personne peut aider, même pas le Dr Maxwell.

Les docteurs font leur possible, Alma.

Tout ne se guérit pas.

Ceux qui sont des gens ne peuvent pas guérir.

"Ceux qui sont des gens" ?

II y a d'autres docteurs, oui, d'autres docteurs,

de meilleurs docteurs.

- Où ? - Au houmfort.

Tu dis des bêtises.

Ils soignent même la folie.

Mama Rose avait perdu l'esprit.

J'étais au houmfort quand le houngan a ramené son esprit.

- Mama Rose était comme Jessica ? - Non.

Elle avait perdu l'esprit, mais pas comme MIle Jessica.

Le houngan l'a guérie.

Tu penses que le prêtre vaudou pourrait guérir Mme Holland ?

Oui, MIle Betsy. Je le pense vraiment.

Le houngan parlerait aux tam-tam.

Et les tam-tam parleraient à Damballa.

De meilleurs docteurs.

Ti-Peter, comment espères-tu aller au paradis avec un pied

au houmfort vaudou et l'autre à l'église ?

Allez, va-t'en.

Les absurdités de ces indigènes.

Le houngan prescrit des ordonnances, et le docteur et moi, les nôtres.

Vous n'avez jamais parlé du vaudou.

Non, je suppose que je trouve ça normal.

- Nous vivons avec. - Vous y croyez ?

La veuve d'un missionnaire ? Non.

Je ne veux pas dire croire comme à une religion.

Je veux dire, croyez-vous en son pouvoir ?

Pensez-vous qu'il peut guérir un malade ?

Franchement, je ne m'attendais pas à ça,

venant de quelqu'un comme vous.

Où voulez-vous en venir ?

J'ai entendu les domestiques parler de Mama Rose,

dire qu'elle avait perdu la raison.

Son fils s'est noyé, ça l'a rendue folle.

Le houngan l'a guérie avec de la psychologie appliquée.

Et si j'emmenais Jessica le voir ?

Je ne sais pas ce qui se passe au houmfort.

Il pourrait être dangereux de l'emmener là-bas.

Dangereux pour vous deux.

Ce sont des primitifs.

Vous pourriez vous choquer de choses qu'ils trouvent normales.

- Je ne suis pas peureuse. - C'est bien dommage.

Je vais au houmfort, Alma.

Vous allez à droite du moulin jusqu'à un écriteau obi dans les cannes.

Là, vous vous retournez et verrez un figuier sur la colline.

Dirigez-vous vers cet arbre et marchez.

Vous arriverez à une croisée de chemins.

Là, il y a un dieu, Carre-Four. Il garde le carrefour,

mais il ne vous fera pas de mal. Quand il verra les insignes vaudou,

il vous laissera passer.

Où sont mes fidèles ?

Les gâteaux de riz. Qu'ils dansent et qu'ils soient heureux.

Damballa ! Cette femme est malade.

Mme Rand.

Je savais que vous viendriez.

Il fallait que je vous parle.

Je suis venue vous dire que Jessica ne peut être guérie.

Mais que faites-vous ici ?

...et quand mon mari mourut, j'étais désemparée.

Ils me désobéissaient.

Puis, par hasard, je découvris comment traiter avec eux.

Une femme avait un bébé.

Je la suppliais maintes fois de faire bouillir l'eau. Elle ne le faisait pas.

Je lui dis que son dieu Shango

tuerait les esprits du mal de l'eau, si elle la faisait bouillir.

Dès lors, elle fit bouillir l'eau.

Cela n'explique pas votre présence ici.

Peut-être pas. Mais je suis ici.

Je trouvais aisé de laisser les dieux parler à travers moi.

J'aurais dû savoir qu'il n'était pas facile de faire le bien.

- Elle ne saigne pas. - Zombie.

Elle ne saigne pas.

Ramenez-la au Fort, Betsy.

Allez-y, ils ne vous feront aucun mal.

Laissez-les. Laissez-les partir.

Où étiez-vous, MIle Connell ?

- Je voulais vous aider. - M'aider ? Comment ?

J'ai emmené Mme Holland au houmfort.

Je pensais qu'il pourrait la guérir.

On ne sait pas où nous aurait mené cette folie.

Parce que vous vouliez me rendre ma femme ?

Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Vous savez pourquoi.

Vous l'avez compris l'autre soir, près du piano.

J'ai compris quelque chose que j'avais du mal à croire.

Je croyais voir une femme compatissante,

qui m'aimait.

Et, vous avez emmené Jessica au houmfort

pour me la rendre.

Vous, l'infirmière qui a peur du noir.

Oui.

Vous pensez que je veux qu'elle me revienne ?

Ça vous ressemble d'avoir de saines pensées.

J'aimerais que ce soit vrai.

Peut-être dans votre intérêt.

Fais attention à moi, cheval.

ÉIoigne-toi de là.

Tu es toujours si têtu.

Comme le vieux balafré au houmfort.

Il fourre son nez où il ne faut pas

et cause des ennuis.

Alma.

Essaie comme ça.

Tourne-lui le dos.

C'est ainsi qu'il faut traiter les chevaux.

Tu ne peux pas le regarder et le mener.

Ça a l'air d'être comme pour un homme !

- Á qui est ce cheval ? - Á la police.

Il y a un policier ici ?

Que le cheval.

Ils ont demandé au préfet s'il voulait un policier.

Il a dit: "Mon cheval est le seul policier nécessaire."

Le préfet ?

Je crois qu'il y a des problèmes.

Pas un petit problème comme quand M. Rand

a bu un peu trop. Mais de vrais gros problèmes.

Parce que j'ai emmené Mme Holland au houmfort ?

Je ne sais pas. Ils n'ont pas parlé assez fort.

Mais ça fait une heure que je tiens ce cheval.

Ils ont parlé et parlé.

J'ai le pressentiment que c'est très mal.

Tu as un cheval à tenir,

et Mme Rand m'a invitée à prendre le thé.

Cheval, tu restes tranquille.

Vous restez avec Jessica ce soir ?

- Mme Rand pense que c'est mieux. - Elle a raison.

Je vous ai causé des ennuis.

Oh non, cela devait arriver.

Je suis venu pour ça, je voudrais vous parler.

Quand vous aurez fini, venez dans le jardin.

Le préfet était ici cet après-midi.

Jeffries ? Oui, il était ici. Lui et Maxwell.

Ils sont dans tous leurs états.

Les gens au houmfort

ne s'arrêteront pas de danser tant que Jessica n'aura pas subi

les épreuves rituelles ou quelque chose comme ça.

Pour sa sécurité, Jeffries et Maxwell veulent l'envoyer à Saint-Thomas.

Á l'asile.

- Il vaudrait mieux. - Peut-être.

Mais Wesley insiste pour qu'elle reste ici.

Il n'a aucun droit.

Vous voulez dire qu'il n'a aucun droit légal.

Il me tient responsable de la maladie de Jessica.

Il dit que je l'ai rendue folle à dessein.

Vous n'avez pas pu faire ça, Paul.

Je ne sais pas.

J'y ai pensé maintes fois et je ne sais pas.

Je ne veux pas que vous soyez mêlée à ça. Retournez au Canada.

Pourquoi ?

Á cause de Jessica, à cause de moi.

Je refuse que vous soyez malheureuse.

Mais je veux rester.

Je ne vous crois pas. Je veux que vous retourniez au Canada.

Vous avez le droit de me renvoyer.

Ne dites pas ça. Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Vous vous rappelez le premier soir,

vous regardiez la mer. Vous étiez fascinée.

Je devais détruire ça,

vous montrer la laideur et la cruauté.

- Vous essayiez de me mettre en garde. - Non.

J'essayais de vous blesser,

comme Jessica. Je la blessais,

je lui reprochais tout ce qu'elle faisait ou disait.

Il faut que vous partiez.

Vous voyez, Betsy,

depuis que vous êtes ici,

j'ai compris que dans un couple, il pouvait y avoir de la douceur.

Que l'amour pouvait être calme et bon.

Je préférerais ne pas avoir cet amour, car je le détruirais.

Il faut que je vous quitte ?

Et je veux que vous partiez.

Il n'est pas bon pour vous de rester. Tant que j'aurai peur de moi-même.

Paul.

Que fais-tu ici ?

Sors d'ici.

Carre-Four !

Carre-Four ! Pars !

N'essaie pas de l'arrêter.

Je peux l'expédier par le prochain bateau.

Si vous avez des lettres, vous devriez les préparer

et les envoyer avec ce colis.

Les nouvelles que j'ai attendront mon retour.

Elles seront défraîchies d'ici là.

Peut-être pas, mère.

Betsy nous quitte.

Nous ne pouvons pas nous défaire de vous, Betsy.

Nous avons appris à compter sur vous, moi, Paul aussi.

Mère, Betsy a ses raisons.

J'espère que vous ne penserez pas du mal de moi.

Penser du mal de vous, Betsy ?

Dr Maxwell a de mauvaises nouvelles.

- Un accident au moulin ? - Il s'agit de Jessica.

Des suites de notre discussion.

Quoi, Jessica ?

Vu les circonstances, certaines choses dites par Wesley,

et qu'un fidèle ait pénétré chez vous,

le préfet a ordonné une enquête.

On va me juger.

Je ne dirais pas ça, Paul.

Mais les langues sont allées bon train. On ne contrôle plus rien.

Joli tableau, la moitié des habitants

nous regardant laver notre linge sale.

Attends, Wes, parlons-en avec le...

Parle, maintenant, Paul. Dis-leur que tu n'es en rien responsable.

Que tout cela ne repose pas sur tes épaules.

Docteur, pourriez-vous m'emmener chez le préfet ?

Je pense qu'une enquête ne sera pas nécessaire.

Pourquoi, Mme Rand ? Que pourriez-vous lui dire ?

Jessica n'est pas folle.

Emmenez-moi chez le préfet.

Je peux tout lui expliquer.

Que voulez-vous dire ?

Elle est morte.

Voyons, Mme Rand.

Elle est morte,

vivante et morte.

Vous voulez me faire croire que ma patiente est un zombie ?

Je ne suis pas folle.

C'est vrai.

- Je l'ai fait. - Mère.

Wesley, laissez-moi vous expliquer.

J'ai voulu tant de fois le faire. Maintenant, il le faut.

Betsy, parlez-leur du houmfort. Dites-leur ce que vous avez vu.

Il le faut. Ils devront vous croire.

Mme Rand était au houmfort.

Il n'y a aucun mal à ça.

Elle y est depuis longtemps,

elle essaie de soigner ces gens, de les aider.

Je crois comprendre.

Il m'est arrivé de parler vaudou pour qu'ils avalent un médicament.

Je suis allée plus loin, docteur. J'ai participé à leurs cérémonies.

J'ai feint d'être possédée par leur dieux.

Mais ce que j'ai fait à Jessica,

c'était quand elle voulut partir avec Wesley.

Je me rendis au houmfort.

Son sourire m'obsédait. Elle se savait assez belle

pour détruire ma famille de ses mains.

Les tam-tam, les chants, les lumières.

J'entendis une voix briser le silence.

Ma voix.

Je parlais au houngan.

J'étais possédée.

Je lui demandai de transformer

la femme de Fort Holland en zombie.

Qu'arriva-t-il ?

Je me suis détestée.

Sur le chemin du retour, je me répétais

que ces gens n'existaient pas,

ni ces drogues bizarres,

- ni les zombies. - C'est exact.

Je le dis et je m'en persuadais.

Mais, quand j'arrivai, Jessica était fiévreuse.

Elle avait une fièvre violente.

Une fièvre qui porte un nom latin et qui est réputée pour ses séquelles,

une sorte de démence.

Dr Maxwell a raison.

Votre imagination vous a joué des tours.

Je ne suis pas imaginative, docteur.

J'ai cru comprendre

que pour transformer une personne en zombie,

avec du poison ou des tours de passe-passe,

il fallait d'abord la tuer.

Est-ce exact ?

Oui.

Elle a été fiévreuse, elle a déliré.

Mais je ne me souviens pas de sa mort,

ni d'un état s'approchant de la mort.

Pas de coma, rien.

Je crains que vous n'ayez de l'imagination, Mme Rand.

Bien sûr.

Bien sûr.

Jessica.

Jessica.

Jessica.

Elle ne m'obéit pas.

Jessica !

C'est le houmfort,

ils essaient de la reprendre.

Comment peuvent-ils lui faire ça ? Et lui faire comprendre ?

Comment le saurait-elle ?

Ils savent comment ?

Leurs sortilèges peuvent mener un homme à l'autre bout du monde.

Les tours obi, la magie,

tout le monde sait ça.

Nous avons pu croire ça étant enfants,

maintenant nous savons que ce sont des sottises.

- Vraiment ? - Oui.

- Tu as oublié... - Je n'ai pas oublié.

Je savais à quoi tu pensais quand le docteur parlait.

Comme il n'était pas au courant du coma de Jessica,

tu pensais que tout ce qu'il disait était faux.

Tu croyais à l'histoire de mère.

- C'est ridicule. - L'histoire est vraie.

Pourquoi est-elle sortie ?

Ils lui font faire ce qu'ils veulent,

comme n'importe qui.

Tu penses comme ils veulent que tu penses.

C'est à ça que servent

les clairons, les simagrées.

Laisse-moi entrer.

Venez avec moi, Jessica.

Tu as vu ça.

Je n'ai rien vu qui puisse convaincre un homme sobre.

Tu ferais mieux d'aller dormir, Wes.

Allez vous coucher, Wes. Ça a été une dure journée.

Je suis désolée, Wes.

Je crois savoir ce que vous ressentez

et j'en suis désolée.

J'aimerais pouvoir vous aider.

Il faut la délivrer.

Vous pourriez la délivrer.

Vous êtes infirmière. Avec des médicaments,

ça agirait vite.

Son cœur bat. Elle respire. C'est la vie, Wes.

J'ai fait le serment de protéger la vie.

Oublions ça.

Vous ne voulez pas croire

qu'elle est déjà morte.

Un instant.

Encore une chose.

Vous aimez Paul ?

Qu'obtiendrez-vous si Jessica reste en...

Wesley.

J'ai bien peur de trop l'aimer pour faire ça.

Excusez-moi.

Ô Seigneur, Dieu tout-puissant,

délivre-les des douleurs amères de la mort éternelle.

La femme était mauvaise,

et elle était morte de son vivant.

Oui, Seigneur,

morte de l'égoïsme de son âme,

et l'homme la suivit,

ses pas le menèrent au mal,

ses pieds se dirigèrent vers la mort.

Pardonne-lui, Seigneur,

qui connaît le secret des cœurs.

Oui, Seigneur,

aie pitié de ceux qui sont morts,

et donne la paix et le bonheur aux vivants.

Fin

French

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