All language subtitles for Dernier.vol.2026.VOF.1080p.CNLP.WEB-DL.H.264.EAC3.2.0-Caren

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French Download
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

Le vol Hexagon Air 6445 à destination de Bergerac.

Embarquement immédiat à la porte 52.

on ne peut pas le contrôler on

ne peut pas le contrôler on ne

peut pas le contrôler

Et qu'est-ce qu'il y a comme monde ? Au T3, 8h du matin, 9 novembre ? Alors là,

il faut qu'on m'explique.

Par contre, il y a beaucoup de passagers échos.

Non, alors vous, c'est les passagers. Il y a pas mal de passagers business class,

là. Vous allez où, vous ? Où ça ?

Charleville-Mézières ? Vous avez de la famille, là-bas ? Non, parce que vous

allez vous faire chier.

Et vous, vous allez où ?

La Corse ? Vous avez prévu le gilet pare-balles ? On déconne un peu.

Et où est-ce qu'elle va aller, la Soli Burton, pour son dernier vol ? Mystère,

ça fait deux mois que je réclame des précisions.

Sur mon planning, seulement voilà, personne ne veut rien me dire.

Alors là, je vais vous dire un truc, ça sent la surprise.

Mais alors là, bide, bide, grosse surprise.

Allez, on y va, je vais au briefing.

Oh, merde, le téléphone ! Oh là là là là là !

Je réponds ou je ne réponds pas ? Si c'est ma mère, je ne réponds pas.

Si c'est la banque, je ne réponds pas non plus.

C'est Betty, je réponds.

Salut Betty ! Ah oui, c'est sympa de dire ma pensée, c'est mon dernier vol.

Demain, je serai une jeune femme à la retraite.

C'est honteux d'être aussi jeune à la retraite.

32 ans, on n'est pas fini fini.

Combien ? 53 ? J'ai 53 ans ?

Tu es sûr ? Ça m'avait échappé.

Parce que ça change tous les ans.

Où est-ce que je vais aller ? Je n'en sais rien.

J'en sais absolument rien.

J'espère qu'ils m'ont gâté.

Ah ben oui, je suis quand même l'égérie d'Hexagon Air, la légende vivante de la

compagnie. 32 ans que je vole pour eux.

J'ai sollicité un genre de pèlerinage, tu sais, sur les lieux de masse Flandre

passée, un petit Los Angeles, un Shanghai.

Ce serait pas pour me déplaire.

Comment ? Ah, tu parles. Ah, ben, tu parles, ils vont tout me faire.

Un dernier vol, c'est la tradition.

Oh, ben, je les vois d'ici, moi.

La cabine décorée, le shippendal gonflable, peut-être même la chemise.

Ben, nous, on l'a assez fait pour les autres, le dernier vol.

Tu te rappelles le départ à la retraite de Sonia ?

Oh là là ! La fiesta ! Tout le monde était bourré dans l'avion.

Il n'y en a pas un qui a débarqué à Jean.

Ben oui, ça l'a foutu mal, c'était quand même un palérinage à la Mecque.

Oui, ma chérie, là, il faut que je te laisse. C'est le briefing.

Salut, je t'embrasse fort.

À très vite ! Et allons enfin déchirer le voile de cette destination mystère.

Shanghai, à nous deux.

Los Angeles, I'm arriving !

Mesdames et messieurs, bienvenue en salle d'embarquement à Roissy Charles de

Gaulle. Nous vous rappelons que pendant toute la durée du vol, vos téléphones

portables devront rester en mode avion.

Hexagone Air vous remercie d'avoir choisi ces lignes et vous souhaite un

agréable voyage.

Oh je ne crois pas ! Oh les pourris ! Les salauds ! Bergerac !

Pour mon dernier vol, ils m'envoient à Bergerac. Alors ça, c'est la cerise sur

le pompon du gâteau.

Alors, pour finir votre carrière, allez à Bergerac-Romagnères. Et en plus, ils

me refilent une hôtesse premier vol.

Une hôtesse en cours de dépucelage.

Elle va payer, la fille.

Ils vont être contents du voyage.

Elle n'a pas dit son dernier mot, la Solimberton.

Ce vol, ça va être une boucherie.

Oh, les salauds, les pourris.

Même pas un ballon, pas une guirlande. 32 ans que je bosse pour eux.

Alors ça, ils vont me payer.

Ça.

Je vous demande pardon.

Qu'est-ce que t'as, toi ? Faut vraiment désinfecter tous les accoudoirs avant

chaque embarquement ? Bien sûr que tu crois.

C'est crevant, ils ne nous l'avaient pas dit ça au stage.

Tu m'étonnes, ils ne vont pas tout vous dire non plus.

Sinon, il y aurait beaucoup moins de postulantes.

Je regrette, mais nous étions tout de même 800 candidates à passer l'examen.

Et même que j'ai été reçue 7e.

Moi, j'ai été reçue 2e.

Alors tu frottes et tu la boucles.

Oui, oui, bien sûr.

Et il y a beaucoup de corvées comme ça, obligatoires ? Oui, il y en a un paquet,

oui. Genre ? Genre les toilettes, ma fille.

Il faut les récurer aux produits inox et à la brosse à dents.

Oh là là, c'est la croix et la canne bière.

Oui, c'est ça.

C'est les vols hexagonaires.

Comment ça ? Comme c'est du low cost, évidemment, c'est des chiottes à la

turque.

Et pendant les turbulences, il y a des dégâts.

Non, vous me faites marcher ? Mais oui, je déconne.

Qu'est-ce qu'elle est conne.

Mais il y a quand même les hublots.

Il faut nettoyer les hublots ? Eh oui.

De l'extérieur.

Et sur un escabeau.

Un escabeau ? Oui, alors en Norvège, tu te les gèles.

Et en Afrique, tu te les transpires.

Oh là là, et on le trouve où l'escabeau ? Sur tous les tarmacs.

Oh, mais dis donc, c'est inouï, je ne savais pas.

Eh oui, ce n'est pas le pire.

Le pire, c'est leur nouvelle loi à la con sur l'écologie et l'environnement.

C'est-à-dire ? C'est-à-dire, il faut tous les finir.

Mais finir quoi ? Les plateaux repas.

Et vas-y, le pain, le fromage entamé, le hachis parmentier. C'est bien simple, ma

copine Catherine, elle a pris 10 kilos en deux mois.

Oh là là, non mais moi je pourrais jamais. Oui tu pourras, bonne Alka

-Seltzer et tout passe.

Allez, tu frottes et tu la boucles. Ah oui, oui, pardon, excusez-moi, vous avez

raison. Et arrête de me bouvoyer, j'ai pas 100 ans non plus.

Ah bah non mais quand même, respect, vous pourriez être ma mère.

Alors ça, c'est pas des trucs à dire, tu vois.

Tu as ta brosse à dents sur toi ? Oui, pourquoi ? La tuticole, tu vas me faire

briller les chiottes. Oui, oui, tout de suite. Sa mère, je t'en foutrai, moi, de

sa mère.

On va payer l'hôtesse encore de dépucelage.

Elle va payer pour tous les autres, d'ailleurs.

Bon ! Sa mère.

C'est OK pour moi, les filles. Je viens de terminer le check machine.

Ça sera quand vous voudrez pour l'embarquement.

Elle est où la nouvelle ? Elle récure à la brosse à dents.

Déjà le bizutage.

Ah, tu commences fort, Soli.

Souviens-toi de nos débuts, sois pas trop vache quand même.

Je vais me gêner.

Dis donc, il y a Michel, le copilote, il a une migraine épouvantable. Tu n'aurais

pas de l'aspirine pour lui dans la trousse de secours de l'avion ? Il a

mal, très mal, un peu mal, coché la case.

Apparemment très mal.

Très mal. Alors j'ai un produit que j'ai fait venir des Etats-Unis. Eh bien tant

mieux. Qu'est-ce qui se passe, mon Pierrot ? Rien, rien.

Petite douleur.

Ça va.

Alors ça y est ma grande, c'est le tout dernier vol.

Eh oui, et je ne suis pas mécontente, mais contente.

C'est dingue ce que ça passe.

Je nous revois encore sur le premier rio qu'on avait fait tous les deux.

Un 747 tout neuf.

Quelle machine.

Moi j'étais encore que copilote, mais toi, toi, qu'est-ce que t'étais mignonne

dans ton petit uniforme en 38.

Mais je fais toujours du 38, je te signale.

Sans doute, sans doute.

J'ai l'impression que c'était il y a quoi ? Six, sept ans ? Oui, c'est ça. À

part que c'était l'année où Mitterrand tamait son deuxième mandat à l'Elysée.

Moi, je travaillais encore au fond comme porteuse d'eau.

Eh bien, n'empêche que t'étais canon.

Et dis-moi...

Tu t'en souviens aussi de notre petit dîner en tête-à-tête au méridien de

Copacabana ? Je m'en souviens très bien, j'ai une très bonne mémoire.

Et j'ai sûrement pas oublié que tu m'as largué deux semaines après pour une

cheffe de cabine qui faisait la Polynésie. Ah, ben faut pas m'en

vouloir, j'ai toujours adoré la plongée sous-marine. Oui, mais là c'était la

plongée sous Nicole.

Zève tes pattes de là.

Mais tu veux me prendre en viagé ou quoi ? Ben, te prendre oui, mais pas

forcément en viagé.

Oh, le Pierrot, toujours à sauter sur tout ce qu'il bouge. Eh bien, il n'y a

pas de mal à se faire du bien.

Alors, écoute-moi, on a trois heures de béton à Bergerac. En plus, c'est ton

dernier vol.

Alors, je me disais qu'un petit déjeuner romantique, régional, ça pourrait être

sympa. Oui, je te vois venir. Tu ne me proposerais pas une petite levrette

entre le foie gras et le confit de canard ? Tout de suite, le grand mot,

une levrette. Non, tu es missionnaire, tout au plus.

Allez, Soli, à Bergerac.

Une petite partie ? Une petite partie, oui, mais de tarot.

Parce que je te signale que ça fait trois ans que ma libido s'est

transformée en jeu de société.

Oh, mais il n'y a pas de mal à faire du bien joli. Une dernière fois.

J'ai dit non ! Je vais aller chercher les médocs pour ton copilote. Ouais,

fais ça, ouais.

Ah, bonjour, commandant. Je suis Audrey, la nouvelle hôtesse.

Un peu de jeunesse.

Ça, ça va nous faire du bien.

Alors, ça va, mon petit ?

Pas trop stressée pour ce premier vol ? Ah, ben si, un peu quand même.

D'autant que je ne savais pas qu'il y avait autant de corvées.

Là, je viens de terminer les toilettes à la brosse à dents, ça me dégoûte.

J'en ai tiré au cœur. D'ailleurs, c'est ça, ma brosse à dents, je vais l'acheter

tout de suite.

C'est toujours comme ça ? Mais non, mais non.

Ça, c'est un bizutage signé Soli Burton.

Ah bon ? Mais moi, j'ai cru tout ce qu'elle m'a dit.

C'est une très bonne comédienne. Je la pratique depuis 32 ans, alors vous

voyez. Oh là là.

J'ai vraiment l'impression d'être une vraie courge. Ça, c'est exact.

Non, non, je veux dire, ça a un charme fou, l'innocence de la jeunesse. Alors,

c'est comment votre prénom ? Audrey.

Audrey. Quel âge avez-vous, Audrey ? 26 ans. 26 ans ?

Bah dites-donc, vous avez pris votre temps avant de devenir hôtesse. Vous

faisiez quoi avant ? Ah oui, c'est parce qu'en fait, avant, je travaillais en

agence de voyage.

Et un jour, je me suis dit, tiens, Audrey, pourquoi tu t'enverrais pas en l

'air toi aussi, finalement ? Alors j'ai fait toute la petite formation. Oui,

oui, oui, on s'en tape complètement.

Et dites-moi, trois heures de stop à Bergerac, vous avez des projets ? Euh,

oui, bah si mon tout premier vol s'est bien passé, je vais le raconter sur les

réseaux sociaux.

Ah, d'ailleurs, commandant, vous accepteriez qu'on fasse un selfie

ensemble ? Un selfie, mais commandant, avec plaisir.

Non, attendez, pas comme ça, reculez.

Reculez. Voilà, reculez encore.

Serrez-vous bien contre moi. Oui, non, alors pas trop près quand même, parce qu

'alors ça, ils nous l'ont bien dit aux ressources humaines. Il faut être très

vigilant, gare au harcèlement.

Audrey, est-ce que j'ai une tête de prédateur sexuel ? Non, c'est sûr, vu

votre âge.

C'est agréable, je vous remercie. Apparemment, vous êtes très à la mode,

vous. Me too, me too, balance ton porc, hashtag.

Non mais vraiment, tout fout le camp, dans l'aérien comme ailleurs.

J'ai pas compris.

C'est pas grave, moi si.

J'avais d'aller m'édoquer pour ton copilote. Ah sympa.

Voilà.

Merci.

Il en prend 8, t'es sûre ? Oui, c'est mieux qu'un seul.

Bon, ben merci pour lui.

Alors les filles, à vos postes.

Embarquement dans 2 minutes. Ah, évidemment, nous ne sommes pas au

contact. Alors embarquement par les portes arrières. Évidemment.

Bon, voilà vous les filles.

Évidemment, c'est du low cost.

Il y a autant de bus que de temps de vol.

Allez, on embarque.

Oui, mais alors autant vous le dire tout de suite, j'ai fait une bêtise. Allez,

accouche, vas-y.

En fait, comme c'était mon premier briefing, j'étais très impressionnée.

Alors, j'ai regardé les gens, les lieux.

Mais alors, je n'ai pas regardé le manifeste et du coup, je ne sais même

pas ce qu'on a.

Mauvais point pour toi, ma fille, ce sera noté sur ton rapport.

Vraiment ? Alors, repêchage.

Sur ce vol de rêve, nous avons les cœurs de l'armée rouge.

La garde républicaine avec les chevaux.

Et l'archevêque de Reims avec son épouse.

Mais tout ça ? Mais t'es vraiment une bleue, toi.

Et en plus, reste pas la bouche ouverte comme ça, on va te faire avaler n

'importe quoi.

Oui, pardon.

C'est parce qu'en fait, je suis nouvelle. C'est mon premier vol.

Précise pas, ça se voit.

Alors. En vrai, nous avons un club mille, une mamie 75 ans et un Ugly

Monster.

C'est quoi ça ? Nugli Monster, c'est un enfant qui entre 4 et 14 ans, ça bouffe

toutes les fraises Tagada, ça court de partout.

C'est bien ça, moi j'ai ma recette. Ah oui, oui.

Pendant le décollage, une bonne louche de Fenergan et on est tranquille jusqu'à

l'atterrissage.

Et c'est tout ?

Bien sûr, c'est tout.

On n'a que trois passagers. Qui aurait l'idée d'aller à 9 novembre à 8h du

matin à Bergerac ? En même temps, on a un Club 1000. Ça, c'est bien. Ça va me

permettre de m'exercer un peu au service VIP.

Les Club 1000 sur les vols domestiques en semaine, ça ouvre son mag pendant qu

'on roule.

Quand il lève la tête, c'est pour te critiquer ou t'engueuler. Les seules

fois où il te parle, c'est pour te descendre.

Les Club 1000, c'est des thénardiers. Nous, on est leur causette.

Alors, qu'est-ce qu'on dit ? Bonjour madame, bienvenue à bord.

Bonjour monsieur, bienvenue à bord.

On peut dire aussi bienvenue sur Hexagon Air, la compagnie qui vous envoie en l

'air.

Non mais je ne pourrais jamais dire ça.

Mais il faut le dire parce que c'est les nouveaux slogans.

C'est du low cost, il faut fidéliser le bateau.

D'accord.

Allez, on y va.

On en va.

Ici, ici, décolle, décolle.

Allez, décolle, décolle.

Bonjour monsieur, bienvenue sur Hexagon Air.

La compagnie qui vous envoie en l'air.

Bonjour,

je suis Club 1000.

Tenez, débarrassez-moi. Tout à fait, mais avec plaisir.

Je vous confie ça aussi. Mais bien évidemment, monsieur.

Prenez-moi aussi les journaux, vous me les donnerez pendant le vol.

Alors là, nous allons marquer un petit temps de pause, parce qu'il se trouve

que la maman de ma jeune collègue, n'ayant pas forniqué avec une pieuvre,

celle-ci n'a donc que deux bras.

Donc, nous vous proposons d'aller vous asseoir, nous vous débarrasserons plus

tard. Ça change pas chez vous, hein ? Toujours un service lamentable. Même

navigant, même passager, on ne change pas une équipe qui gagne.

Bon vol à vous, monsieur.

Si vous voulez bien me suivre.

Votre siège est là, c'est le 1A.

Et ça continue en couloir. J'avais pourtant demandé un hublot.

Perdu !

Alors, il se trouve que le vol n'étant pas complet, vous pourrez changer de

place après le décollage.

Doucement, doucement la nouvelle.

Ça c'est seulement après l'extinction des signaux lumineux, si le capitaine

est d'accord et si je suis de bonne humeur.

C'est-à-dire quand ? Qui peut le savoir ? Allez, regarde, tiens,

ils sont indictés à leurs écrans. Je lui fais éteindre ? Non, laisse tomber, on

le fera pendant le vol. Allez, en place, en place.

Bonjour madame, bienvenue sur Hexagon Air.

La compagnie est bien pire qu'elle en a l'air.

Pardonnez-moi, j'ai pas bien compris, je suis un petit peu dur d'oreille. C'est

pas grave, on a l'habitude, on parlera plus fort.

Oh, le bel avion.

C'est grand, dites donc.

Puis alors, ça a l'air confortable.

Oui, rassurez-vous, ça a seulement l'air.

C'est la deuxième fois que je prends l'avion.

La première fois, c'était en 75, pour aller au Balear avec mon mari.

Puis alors, l'avion, s'il vous plaît.

C'était une caravelle. Alors, je me souviens plus très bien.

C'était pas à vous, l'hôtesse, par hasard.

Ah ben non, madame, c'est pas possible, parce que moi, en 75, j'étais pas née.

Ah oui, c'était pas à vous, donc, oui.

Ah, alors, c'était peut-être vous.

Ah non ! Moi, en 75, j'étais pas née non plus.

Ah oui.

Est-ce que je peux voir votre carte d'embarquement ? Alors, dur d'oreille,

mais pas sourde.

Qu'est-ce que j'en ai fait ? Placement et profit, c'est pas ça.

Alors voilà.

Alors, ils ne l'ont pas marqué dessus, mais je vais au 66 avenue des Tilleuls,

à Bergerac. Je vais chez ma fille.

Sauf que je suis moi, je vais partir là-bas avec mes petits-enfants. Ils me

manquent, si vous saviez comme ils me manquent, mes petits-enfants.

La Bergerac, ça fait loin, alors forcément, je ne vois plus beaucoup.

Bien sûr, bien sûr. Alors, votre siège est là, c'est le 2D. Le 2D, merci.

Pourtant, je l'avais dit à ma fille.

Choisir un compagnon qui habite en province ? Mais ce n'est pas une bonne

idée ! Vous croyez qu'elle m'aurait écouté ? Postule. Bien sûr, bien sûr.

Je viendrai parler avec vous après le décollage. Non, vous ne dérangez pas, c

'est gentil. Parce qu'il faut que je vous dise... Ah si ! On s'assoit, on la

ferme et on la bougle ! Bonjour, monsieur.

Bonjour.

Nous allons être compagnons de vol, alors ? C'est ça.

Sans indiscrétion, vous allez aussi à Bergerac ? J'espère bien, chère madame.

Mais au train où ces deux gourdes procèdent à l'embarquement, croyez-moi,

nous sommes pas arrivés.

Oh non, moi je trouve qu'elles ont l'air gentilles.

Oh, pensez-vous.

Alors ce sont des robots aux sourires peints sur le visage. Or les hôtesses ne

pensent qu'à deux choses, leur Rolex et leur jour de récupération.

Oh, elles ont bien raison.

Alors moi, je suis bien d'accord avec elle.

Ça ne m'étonne pas.

Bon voyage à vous, madame.

Mais alors, à l'école à quelle heure, votre poubelle ? Mais quand elle sera

pleine, monsieur.

C'est vrai que c'est long, cet embarquement, ça n'en finit pas.

Quand on pense qu'on n'a que trois passagers.

Oui, trois. Alors trois, c'est comme ça, avec les doigts.

Alors ne cherche pas, ça c'est à cause de l'UM.

Ah bon ? Ah oui, avec les mômes, on est toujours à la bourre. On est toujours à

le merci d'une rage de dents, d'une diarrhée intempestive, d'une diarrhée

verbale. Les mômes, c'est comme ça. Tiens, je vais appeler l'embarquement et

on va régler ça. Allez.

Allô ? Ici Sully Burton.

Oui. Vol HA 6445 pour Bergerac. 47.

Ta gueule.

Vous nous le livrez quand, le nain ? Ah, c'est toi, Cathy ? Et alors ? Le

môme, là, tu l'envoies quand ? Non.

Non ! Non, sérieux ? Non !

Non, envoie-le quand même.

Oh là là, qu'est-ce qu'elle a dit ? C'est pas un UM, c'est un OVNI.

Un OVNI ? Mais ça rentrera jamais, ça c'est sûr.

Ah ! Mes hommages, madame.

Vicomte Charles-Alexandre, coudée du Mont-Joli. Je vous prie de bien vouloir

excuser ce léger retard qui fut le mien à l'embarquement, mais le personnel de

comptoir ne voulait pas admettre le fait que je voyage en UM.

Et on veut le comprendre.

C'est parce qu'en fait, monsieur, généralement, les UM sont des enfants

non accompagnés confiés à la surveillance du personnel navigant. Oui,

j'entends bien, mais il se trouve que mon père, le comte Jean-Alexandre Coudé

du Mont-Joli, est un ami de votre président.

Alors bien sûr, pour rassurer ma mère, folle d'inquiétude à l'idée que je

voyage seul, ils sont intervenus plusieurs fois et me voilà. Bien sûr,

bien sûr. Alors dépêchez-vous parce que nous sommes en fin d'embarquement. Mais

alors votre siège est là, c'est le 1C.

Merci. Un petit coussin pour l'UM ? Un petit peu de coloriage, de pâte à

modeler peut-être ? Parce qu'on a tout ça.

Non, je vous remercie madame, ce ne sera pas nécessaire. Je n'ai pas terminé cet

excellent ouvrage du biographe de Louis XIV.

Et dis donc, il est drôlement mignon l'UM, vous trouvez pas ? Il a surtout

besoin d'un bon relocage. Oh non, moi je le trouve plutôt canon.

Et doucement, la nouvelle.

Parce que tripoter un UM avec un bon avocat, ça va chercher dans les 7 ans.

N'importe quoi.

Est-ce que vous désirez retirer votre veste avant le décollage, monsieur ?

Certainement pas. Ce ne serait pas bien séant.

De ? Bien séant.

C'est de l'anglais.

Je connais pas.

D'accord.

Bien séant.

Non. Fermeture des portes et armez les toboggans. Non, mais fais l'annonce

quand même. Je fais une annonce, attendez.

Attendez, commandant, je fais l'annonce. Oui.

Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen, signores et signorines,

wahalili, wahalilou, tanguizion, tanguizion.

L'embarquement est enfin terminé. Nous vous demandons d'attacher vos ceintures

en vue d'un prochain décollage.

Bon, alors cette fois, PNC, fermeture des portes et armez vos toboggans.

Ah oui, du côté.

Fermeture. Veuillez vérifier vos vis-à-vis et rendez compte.

Non, non, non, monsieur, s'il vous plaît, asseyez-vous parce que nous

sommes en train de rouler. Oh, ça va bien, je vous rappelle que je suis le

Club 1000.

Et Mimile, on s'assure, on la ferme et on la bougle.

C'est clair comme ça ?

Ah bah dis donc, vous y allez fort, hein ? Bah alors, moi j'ai arrêté de faire du

commercial, je fais du dressage.

Alors qu'est-ce qu'on fait, les démonstrations ? C'est ça, tu t'y colles

et moi je vais faire les commentaires.

Et tu y vas soft, hein ? Oui, fais-moi confiance.

Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen, signores et signories.

Ici Soli Burton, votre chef de cabine principale.

Au nom de la compagnie Hexagon Air, ça secoue mais c'est pas cher, et du

commandant Pierre Blanchard, entre nous, l'agité du caleçon, nous vous souhaitons

la bienvenue à bord.

Nous allons solliciter votre attention pour les quelques consignes de sécurité.

Je sais, tout le monde s'en fout en général, mais on les fait quand même, c

'est comme ça, c'est obligatoire, c'est la partie du règlement.

En cas de dépressurisation de la cabine, des masques à oxygène tomberaient à

votre portée.

Ajustez-les sur votre visage et respirez calmement.

On a dit calmement, la nouvelle.

Ben oui, mais là, t'es déjà morte.

Des issues de secours... Ah ben tiens, on va faire un jeu.

C'est à vous de les trouver, les issues de secours. Il y en a quatre.

On rigole.

Allez, les gilets de sauvetage se trouvent coincés sous votre siège.

Bon courage à vous pour les sortir de là.

Bien qu'un amérissage reste peu probable sur un vol Paris-Bergerin.

Quoique, avec Pierre Blanchard au manche, on peut s'attendre à tout.

Et enfin, la tradition hexagonaire, nous allons chanter tous ensemble la chanson

anti-crash.

C'est pas du tout ce qu'on a appris au stage.

Ah oui, mais il faut personnaliser les annonces.

Ah oui, il faut les personnaliser. Moi, c'est ce qui a fait ma renommée en 32

ans de boîte. Mais qu'est-ce que je fais maintenant ? Tu fais comme tout le

monde. Tu t'assoies, tu pries et tu la boucles.

Mesdames et messieurs, Pierre Blanchard, votre commandant au micro.

Après cette annonce quelque peu originale de votre chef de cabine, je

vous informe que la tour de contrôle nous autorise un décollage dans un peu

plus d'une minute.

J'en profite donc à mon tour pour faire une annonce spéciale, afin de rendre

hommage à votre chef de cabine principale, Soli Berton, qui effectue

aujourd'hui son tout dernier vol avant une retraite bien méritée. Merci mon

Véro, c'est sympa, merci ! Soli Berton qu'on n'oubliera pas, non, sûrement pas.

Elle s'appelle en fait Solange Berton, elle est née en 1957 dans un bled paumé

des confins du Var à Colobrière, où elle a été parait-il élue Miss Crème de

Marron en 1977.

Qu'est-ce qui lui prend ? Il a pété les plombs ou quoi ? Après une scolarité

relativement médiocre, elle a raté trois fois son examen d'entrée à la compagnie

nationale avant d'être repêchée à l'issue d'un entretien privé, paraît-il

même très privé. C'est même pas vrai ! Je l'ai raté que deux fois l'examen,

foiré ! Elle aurait inauguré en pionnière bien des destinations long

-courrier. C'est ça, oui. Il n'y avait pas l'électricité, on était encore à

Montgolfière peut-être. Et la légende voudrait qu'elle ait connu de nombreux,

nombreux, nombreux commandants de bord.

On applaudit Solange Berton.

Oui, c'est tout, ça va, ça suffit. Notre temps de vol aujourd'hui sera d'à peu

près une heure et cinq minutes. Le ciel sera couvert pendant tout le vol, avec,

c'est possible, quelques turbulences à l'arrivée.

C'était votre commandant, l'agité du caleçon. Bon vol à vous.

Alors ça, mon Pierrot, ça va se payer très cher ! Ouais.

Ce dernier vol... Euh... Ben... Son dernier

vol...

Elle est déjà grand-mère, la Mado ? C'est vrai qu'elle est beaucoup plus

âgée que moi.

Pendant dix ans, mais ça a été le bonheur. Vous pensez ? La brasserie de

ma fille et de mon gendre était au rez-de-chaussée de mon immeuble, à nos

ans sur Marne, alors forcément je voyais tous les jours.

Même plusieurs fois par jour.

Ah ben ça devait être drôlement pratique, hein ? Oh que oui, c'était

pratique.

Je descendais le matin pour voir s'ils n'avaient besoin de rien.

Je redescendais vers onze heures, comme ça, à midi et quart, pile.

Je flânais dans le bar.

Mais sans m'imposer. Ah ben non, non, non, non, juste pour voir s'ils m

'invitaient à manger avec eux.

Et puis, et puis l'après-midi, je descendais dans le café pour tricoter

trois, quatre heures, mais toujours discrètement.

Ah ben oui, pas question de déranger.

Ben tout se passait bien alors.

Mais très bien, très bien, surtout avec ma fille.

Et puis quand ils ont eu les deux petits, je m'en suis beaucoup occupée.

Mais oui, parce que...

Dans le commerce.

Les parents ne sont pas toujours disponibles.

Il devait être drôlement content de vous avoir.

Je pense bien.

Pour tout vous dire, je faisais les choses un peu à mon idée.

Surtout pour les nez, mon petit Pascal.

Si vous l'aviez vu avec ses petites boucles, son petit nez.

Son père l'avait inscrit au judo pour l'endurcir.

Endurcir quoi ? Je vous demande un peu.

C'est moi qui devais l'emmener.

Moi, je n'ai rien dit, mais je n'ai jamais aimé ça, le judo.

Eh bien, on n'y est jamais allé.

Non, en cachette, je lui ai fait prendre des cours de couture.

Il adorait ça.

Et puis, à 12 ans, c'est moi qui lui ai appris à se maquiller. Ah, il est très

doué, hein.

Très doué.

C'est pour mon petit Pascal que je fais cette écharpe.

C'est lui qui a choisi les couleurs.

Ah ben, dis donc, c'est très... très gay.

Non, néanmoins, plus jamais.

Mademoiselle, pourrais-je avoir un café, s'il vous plaît ?

Mademoiselle, je vous

ai demandé un café.

Ah non, ça ne va pas être possible parce que là, je suis en pause, monsieur. En

pause ? Ça fait à peine dix minutes qu'on a décollé.

Ah oui, c'est très fatigant, le décollage.

Non, ce que je peux vous proposer, moi, c'est une petite coupe de champagne,

tiens. Bien frais. Ça le tente le glammy, le champagne ? Du champagne sur

hexagonaire ? Ce serait bien la première fois. Oui, et la dernière.

Surtout gratos.

Tenez, du champagne bien frais. Allez. Enfin, c'est votre verre. Mais alors ? C

'est mon verre, je ne suis pas malade, vous non plus, on se détend. Allez, hop.

Je peux vous poser une question ? Oui, allez-y. Alors, ça fait quoi de quitter

son job ? Plaisir, ça fait très plaisir.

Enfin, hé.

Arrêtez tous ces voyages, ces escales, ces chopis-barteaux dans d'immenses

doutiferies. Oui, surtout le terminal locos de Bordeaux. C'est un must, je

vous le recommande.

Moi, j'ai du mal à réaliser que vous êtes déjà à la retraite. Vous me

paraissez bien jeune.

C'est sympa. Vous avez quel âge ? Oh, mais dites donc, ça se dit pas, ça.

Allez, vous avez un physique qui permet encore de poser la question.

Oui, c'est pas faux.

Alors, vous voulez l'âge que je donne sur Mythique ou l'âge de la sécu ?

Allez, sérieux.

Alors, si on compte les heures récupérées en décalage horaire, la

petite cinquantaine.

Pas mal, hein ? Mariée ? Non, pas passé, pas vraiment.

Et vous ? Encore un peu mariée, mais surtout pressée, stressée.

Je viens la prendre.

Cocu. Comme la plupart des clammes milles.

Vous avez dû me trouver odieux tout à l'heure, non ? Non, j'ai l'habitude.

Non, ce que je m'explique un peu moins, c'est ce virage sympathique à 180

degrés. C'est parce qu'il me semble qu'aujourd'hui, on vit un peu la même

chose tous les deux. Ah bon ? Vous partez à la retraite ? Non, pas

exactement, mais dès la semaine prochaine, je crois bien que je vais

prendre beaucoup moins souvent l'avion. Oh là là ! Faites gaffe aux baisses de

miles.

Chez les chlamyles, ça peut provoquer des éruptions du tanné.

Hélas, je crois que je ne vais pas avoir trop le choix.

Mais, hé, il n'est pas mauvais, votre champagne.

Eh bien, tenez.

Hop, allez-y. La bouteille, c'est la compagnie qui régale.

Oh, merci.

Soli, s'il te plaît, j'ai un problème.

Oui, alors ? Vas-y, couche. C'est l'UM, il veut aller aux toilettes. Oui, alors

? Dans le règlement, c'est marqué qu'on doit accompagner l'UM jusque dans les

toilettes. Et alors, tu y vas, c'est pas la guerre ? Tu y vas, mais tu secoues

pas.

T'es sûre ? Mais je déconne ! Tu y vas, mais tu restes devant la

porte. D'accord.

Si vous voulez bien me suivre... Entendez bien, mademoiselle, que je

voyage en UM.

Certes, mais je suis parfaitement autonome. Je n'ai nul besoin d

'assistance. Ah oui, oui, c'est juste que je dois respecter la procédure,

quoi. Très bien, alors allons-y.

Et dites-moi, alors, vous êtes parisienne, c'est ça ? Oui, tout à fait.

Oui, oui, je suis même née dans le 3e arrondissement.

Mais j'ai visité le 3e, formidable ! Le mari historique, les merveilles du 18e

siècle, la beauté de la place des Vosges ! Ah non, excusez-moi, mais alors là,

moi, j'ai une urgence ! Ah bah zut, l'UM ! Alors, la 2D, ça se passe bien

? Oui, très bien.

Dites donc, on en a encore pour longtemps ? Oh, une petite heure, une

petite heure. Et vous savez quel temps il fait à Bergerac ? Frais et pluvieux.

Ah bon ? C'est toujours comme ça ? Ah ben non, pensez donc.

Il y a une très belle saison à Bergerac.

Tenez, par exemple, l'année dernière, l'été, c'est tombé un mardi.

Et alors, vous avez beaucoup aimé Paris ?

Ah oui, j'ai tout bonnement été emballé.

Mais alors, comment ça se fait que vous n'y soyez pas allé plus tôt ? Parce que

je veux dire, Bergerac, c'est quand même pas dans les dom-toms de l'étranger.

En fait, voyez-vous, dans ma famille, nous sommes accrochés à nos terres,

comme des arapèdes à leurs rochers.

Ah oui, les arapèdes, je vois, ouais.

Ouais, ouais, un genre de musulman gay, quoi.

Ouais, et alors, qu'est-ce qui a fait que cette fois-ci, vous vous décrochiez

? Les angoisses de ma mère concernant ma santé.

Depuis huit générations, les coudées du Mont-Joli sont affligées de souffle au

cœur. Elle m'a donc contraint d'aller passer un check-up à l'hôpital Pompidou

en cardiologie.

Et ça s'est bien passé ? Oui, Dieu merci, tout va bien. Il semblerait que

je sois l'exception qui confirme la règle.

En même temps, il est facile de voir que vous avez un physique de sportif.

Mais que des nifs ! Je ne pratique aucun sport.

Non, pour tout vous dire, nous n'en avons plus les moyens.

Non, plus de chevaux pour chasser à court.

Notre tennis ressemble à la banlieue de Sarajevo en fin de guerre.

Et l'eau de la piscine est un paradis pour grenouilles et nénuphars. Alors

bien sûr, pour maintenir la forme, je débroussaille, je répare, je cimente, je

défriche, je bêche beaucoup aussi, oui.

Vous bêchez ? Oui. Vous devriez apprendre à biner aussi.

Je vous demande pardon.

Mais enfin, moi je me suis comprise.

Euh, qu'est-ce que vous foutez là tous les deux ? Vous attendez le bus ou quoi

? Ah non, non, c'est que le commandant est dans les toilettes. Depuis longtemps

? Oui, ça traîne et moi aussi j'ai une urgence.

Euh, qu'est-ce que je fais ? Je frappe ? Non, on frappe personne ici. Allez, et

champagne pour tout le monde.

C'est la compagnie qui régale. Allez, on y va.

Allez, hop, champagne.

Champagne à vos amours, à vos voyages et à ma retraite.

Santé ! Santé ! Santé ! Alors...

Santé. Santé. Je bois aux longues années de vacances qui vous attendent. Vous

verrez, la retraite, c'est formidable.

Moi, j'ai tout à découvrir. Ça fait longtemps que vous l'avez prise, la

vôtre ? Oh ! À vrai dire, j'ai jamais vraiment travaillé.

Ah bon ? Non, non, mon premier mari était boucher.

Oh, quel joli métier. Oui, oui, place de la mairie, nos gens sur marne. Ah, il

était très travailleur, ça, oui, mais c'était une vraie brute.

Ah oui, comme mon gendre.

Dire que je suis... Ah oui.

Lui, je peux vous dire que c'était pas le genre à aimer Mozart ou Debussy.

Comme la plupart des gens dans la boucherie.

Dire que je suis restée 21 ans avec lui. Et c'est avec lui que j'ai eu ma fille

Céline. La maman des petits-enfants que je vais voir à Bergerac. Et c'est à

cause d'elle que vous êtes restée mariée 21 ans, je présume. Ah non, non, non,

pas du tout. C'est à cause de l'auto-école.

L'auto-école.

Alors là, je suis perdue. Je vous explique. Quand l'auto-école qui était

mitoyenne de notre boucherie a été à vendre, moi, j'ai poussé mon mari à l

'acheter. On a cassé les murs. On s'est agrandi pour ouvrir le rayon charcuterie

-traiteur. Ça a marché, ma pauvre, mais ça a marché tellement qu'au bout d'un

an, on avait doublé notre chiffre d'affaires.

Ah non, non, non, dira ce qu'on voudra, la charcuterie, c'est rentable. Mais ça

ne m'étonne pas.

Le dérage de la compagnie le dit toujours, c'est les boudins qui

sauveront la compagnie.

Mais pour tout vous dire, le boucher, il était autant cavaleur que travailleur.

Ah, et vous avez divorcé.

Moi, j'aurais fait pareil. Parce que porter des cornes dans une boucherie...

Oh, mais disons que ce divorce, il était bien rentable. Je me suis bien

débrouillée. Avant la procédure, je l'ai fait pincer trois fois en adultère.

Une fois avec le café du commerce, une fois avec coiffure et beauté. Alors,

celle-là, elle est là.

Et puis alors, la troisième...

Avec la mercerie Fildard, dis donc.

Dites-moi, ce n'était plus un mari, c'était la redoute.

Eh bien, c'est comme ça que j'ai pu avoir la moitié du commerce.

Et vous étiez nantie. Et après, vous avez refait votre vie.

Eh bien, oui, bien sûr que oui.

J'ai refait ma vie deux ans après j'ai épousé Marcel, qui était en fait le

propriétaire des murs de la boucherie.

Alors lui, il était feignant comme une couleur, mais il aimait la musique

classique. En plus, sa famille possédait la moitié du pâté de maison. Et ben cinq

ans après, non mais vous allez rire, il est mort.

Et j'ai tout hérité. Oui, un genre de happy end, quoi.

Ah ben je pense bien, j'étais veuve, j'étais riche, et je suis devenue la

propriétaire de Gaston. Et qui c'est ça, Gaston, encore ? Mais mon ex, le boucher

! Je peux vous dire qu'avec moi comme proprio, il en a bavé.

Dites-moi, votre histoire, c'est un peu les feux de l'amour en bord de marbre.

Je te l'ai harcelé sans arrêt et que je t'augmente le loyer et que je chipote

sur les réparations et que je te coupe les chauffages en plein hiver.

À la fin, il a craqué et il est parti.

Et c'est comme ça qu'on a pu installer la brasserie sur l'emplacement quand ma

fille a épousé mon gendre.

Et c'est eux que vous allez voir, Bergerac.

Ah non, pas du tout.

Non, Dieu merci, j'ai réussi à faire divorcer ma fille.

J'ai mis trois ans, mais j'y suis arrivé.

Elle était mariée à un abruti, pire que son père.

Et là, je descends à Bergerac pour voir quelle tête il a, son nouvel amoureux.

Ah, parce que vous ne le connaissez pas encore ? Non, c'est bien ça qui est

terrible. Parce que, comprenez ?

À nos gens, je pouvais la surveiller de près, certes, mais c'était sans compter

avec les réseaux, l'Internet et tous les sites, Badoo, Paye-toi un mec,

Mythique et compagnie.

Ah, parce qu'elle l'a rencontrée sur Mythique ? Oui ! Oui, bien sûr que oui.

Puis alors ça n'a pas traîné.

Deux mois après, elle partait avec mes petits-enfants s'installer avec lui à

Bergerac. Alors quand je pense que moi ça fait neuf ans que j'y suis sur

Mythique.

Et le plus loin qu'ils m'ont amené les candidats au bonheur, c'est à la

cafétéria d'Auchan à Bretigny.

Ah bon ? Mais alors dites donc vous... Vous qui connaissez tout ce bazar-là,

franchement, franchement, qu'est-ce qu'on y trouve sur ces sites-là ? Ben c

'est comme à nos gens sur Marne, hein.

Avec en plus des pensions alimentaires en retard, des dépressions chroniques et

des découvertes bancaires. Et ben voilà.

Ah c'est bien ce que je pensais. Non, non, non, mais j'ai pas dit mon dernier

mot, hein. Je vais aller voir ça de près, moi.

Je vais lui montrer, moi, ma fille, si le bonheur est dans le pré.

Dites-moi, allez-y, continuez l'histoire parce qu'elle est passionnante, mais moi

il faut que j'aille voir mon trollé de service.

Mais j'arrive.

Continuez, hein, c'est très intéressant.

Ah ! Tu tombes bien, toi.

Tu sais que j'ai pas trop apprécié l'annonce que t'as faite tout à l'heure.

Eh ben toi aussi, tu tombes bien.

Parce que je sais pas ce que t'as refilé comme médoc au copilote, mais alors, il

roupille comme un bienheureux et j'arrive pas à le réveiller. Oui, mais

sa migraine, ça va mieux. Comment tu veux que je le sache ? Il est dans un

demi-coma.

Oh là, mon Viet ! Sur la notice, il y a marqué « Petit risque de somnolence ».

Tu nous auras vraiment emmerdés jusqu'au dernier jour, toi. Ah ben c'est gentil,

c'est gentil. Allez, rendez service, merci.

Allez, c'est pas tout ça, mais l'espoir passé, j'ai trop mal.

T'as mal où ?

T'as mal où ? Aux dents.

Ah, t'as mal aux dents.

C'est pour ça que toutes les 5 minutes, tu vas aux chiottes.

Mais alors, ça doit être les dents du fond ! Arrête et laisse-moi passer.

Tu peux même pas envisager ce que j'endure depuis ce matin.

Dis-moi quoi, t'as mal où ? Eh ben, j'ai mal au... Ah, t'as mal au cul ? Alors,

j'ai connu comme ça un steward.

Tous les vols retour Afrique, il avait l'arrière-train à feu.

Mais lui, ça n'avait rien à voir avec les dents.

On savait d'où ça venait.

Mais toi, mon Pierrot, toi, t'as changé à ce point-là.

Mais t'es de la fanfare, maintenant.

Mais arrête tes bêtises. C'est juste une crise d'hémorroïdes. Mais laisse-moi

passer.

Sois discrète pour une fois.

Fais-moi confiance pour la discrétion.

Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen, j'aimerais vous informer d

'une grande première mondiale.

En effet, le commandant Pierre Blanchard va piloter sa machine debout.

Nous nous excusons auparavant des quelques turbulences que cela pourrait

occasionner. En effet, le commandant Pierre Blanchard souffre actuellement d

'une inflammation artériovineuse dans la région du rectum.

En un mot, il a très mal au cul !

T'es vraiment une salope, toi ! Dites, c'est fou

de penser que vous avez déjà fait autant de vols long courrier.

Non, parce que quand on y pense, vous comptabilisez presque autant d'heures de

vol qu'un navigant qui aurait 10 ans de compagnie.

C'est bien pour ça que je suis Club 1000.

Et vous volez souvent vers les USA d'Amérique ? Non, les Américains sont

trop compliqués pour les importations alimentaires. Alors depuis 5 ans, je ne

travaille que sur l'Asie. Ah mais vous travaillez dans l'épicerie ? Oui, enfin

de luxe. Je suis directeur pour l'Asie des foie gras du Périgord.

Oh là là, et ça se vend bien ça ? Ah ben les Chinois adorent.

Alors avant, bien sûr, nous n'avions que Hong Kong, mais aujourd'hui, nous avons

conquis les parts de marché de Shanghai et Pékin. D'ailleurs, notre bureau de

Shanghai est devenu la structure majeure de notre société.

Et tout ça, ça part de Bergerac ? Oui, enfin, disons que c'est resté le siège

historique de la boîte, mais que je suis obligé de m'y rendre au moins trois fois

par an.

Tout se passe bien alors ? Pas vraiment, non. Sur les derniers exercices, j'ai

été en chute libre sur le marché japonais.

Aïe. Et c'est grave, ça ? Ah ben oui, hein.

Apologique d'affaire, oui, ça c'est sûr. Ah oui.

Oui, non mais ça va redémarrer.

Ben, j'aime à le croire, mais malheureusement, ma direction est dans

le périgord.

Il voit pas les choses comme moi.

Ils sont persuadés que je porte la responsabilité de ces mauvais résultats.

Roh ! Ah ben ça, c'est pas sympa, hein. Ouais, comme vous dites.

Ouais, ouais, ouais. Non mais ça va repartir. Bon, ça, j'en doute fort.

Ah bon ?

Et alors, il y a combien de temps que vous travaillez pour eux ? 21 ans.

21 ans ? C'est pas rien, ça compte.

Vous savez, mon petit, en 2025, ce qui compte, ce sont les bilans comptables et

les résultats.

Il n'y a plus beaucoup de place pour l'humain dans les grands groupes.

Quand même, vous exagérez un petit peu. Regardez, tenez-moi par exemple,

personnellement.

J'ai 15 mois de compagnie, mais alors ça, ils nous l'ont bien dit aux

ressources humaines. Ah oui ? Et qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?

Que l'engagement personnel, les efforts et la motivation, ça finit toujours par

payer. Ça, ça s'appelle de la communication interne. Et le tout, c'est

d'y croire.

En tout cas, moi, j'y crois.

Vous êtes gentille, vous me faites face à ma fille.

Quel âge elle a ? Le vôtre, à peu près.

Et elle fait quoi ? Elle termine son master en communication et marketing.

Comme quoi, vous voyez, les chiens ne font pas les chats.

Et elle fait ça où ? Aux USA.

Ah, les USA d'Amérique.

Vous ne devez pas l'avoir souvent.

Non, et j'en souffre car c'est ma fille unique.

Et vous êtes marié ? Très peu.

Car apparemment, il n'y a que moi qui m'en souvienne.

Dis donc la nouvelle.

Tu travailles au bouchon ? Tu es entraîneuse ou hôtesse de l'air ?

Hôtesse de l'air. Bon, très bien.

Eh bien, tu vas venir m'aider à remplir le trollet de service. Oui, d'accord.

Je viendrai parler avec vous tout à l'heure. Très bien. Et n'oublie pas que

c'est moi qui fais ton rapport.

Oui, oui, oui. Alors, tu te mets au boulot. Madame, s'il vous plaît. Oui, c

'est pourquoi ? Eh bien, c'est long. J'ai faim. Oui, minute.

Mais enfin, c'est insensé. Je vous dis que j'ai faim. Oui, et moi, je vous dis

minute. On n'est pas aux pièces.

C'est inouï. Je vous rappelle quand même que je suis coudée du manjoli.

Alors ça, moi, j'y suis pour rien.

Alors ?

Capitaine ! Ça va ? Tu vas survivre ? Fous-moi la paix, c'est l'heureur !

Tiens, toi t'as pensé en copilote. Mais qu'est-ce que c'est ? La

vodka ! De la vodka ? Mais enfin, mais t'es folle, ils ont pas le droit de

boire de l'alcool pendant un vol, hein ? Oui, oui, mais là, là il y a urgence, ma

fille. Ah oui, oui, là on est mal barré, là.

Pourquoi ? Eh ben, il faut le réveiller, le gars. Mais qu'est-ce qu'il se passe ?

Ben, il se passe... Tu lui apportes... C'est pas pour toi, c'est pour le

copilote ! Qu'est-ce qu'elle est con, celle-là !

Alors, qu'est-ce qu'on a sur ce trolley de service ? Il y a tout. Allez, c'est

bon, on y va.

Et les petits objets fabriqués par les orphelins chinois, à 22,50 euros, on est

bon. Allez, c'est parti.

Bon, ben, j'arrive pas à le réveiller, hein.

Mais on est mal barrés, là.

Allez, on attaque le service, on fait semblant de rien. Allez, vas-y, vas-y.

Bonjour.

Qu'est-ce qui vous ferait plaisir comme boisson à boire ? Eh bien...

Un café, s'il vous plaît. Ah non, je suis désolée, monsieur, mais la

compagnie hexagonaire ne sert plus de boisson chaude sur les vols domestiques.

Qu'est-ce que tu racontes ? On a quand même deux frigos en panne.

Alors, nous avons de la bière bien chaude, si vous voulez.

Ah, et c'est gratuit, la bière ? Ah non, monsieur, là, une canne bien chaude est

à 10,70 euros.

Oh, mais c'est un véritable scandale, votre système. Ah, mais c'est les vols

hexagonaires. Alors, gratuitement, je n'ai droit à rien, même pas un verre d

'eau du robinet.

Alors, comme il se trouve que nous n'avons pas l'eau de la ville à bord, ce

qu'il y a de gratos sur ce vol, c'est rien.

Bon, alors donnez-moi un coca, alors. Un coca ? 19,50 euros, ça c'est du vol.

Ah oui, non. Et avec ceci, vous souhaitez un élément sucré ou un élément

salé ? Et ça, c'est payant aussi.

Je suppose ? Ah non, monsieur, c'est compris avec la consommation facturée.

Ah, quand même.

Alors, vous me proposez quoi ? Un sachet de crackers.

Une grosse daube, mais au goût bacon.

Oh, alors merci, je ne prendrai rien.

Ah, si, donnez-moi le FT.

Pardon, vous avez dit l'ICET ? Non, non, non, j'ai dit FT, Financial Tribune.

Il croit qu'on a ça sur un vol Paris-Bergerac, l'autre.

Non, nous, tout ce qu'on peut vous proposer, c'est un NM.

C'est quoi ça ? Nice Matin.

Alors vous, c'est clair.

Non seulement c'est votre dernier vol, mais en plus, vous vous en foutez

complètement.

Alors là, le mot est faible.

D'ailleurs, il y a une idée qui vient de m'arriver là.

Aujourd'hui, tout est gratos. Vous entendez tout le monde ? Aujourd'hui,

tout est gratos. Allez, tu... Le vieil fille, là, tu lui mets un sandwich

tomate, gratos.

Un paquet de saucisses... Oh, de saucisses... Mets-lui une tablette de

chocolat, plutôt.

Un quart champagne, deux quarts champagne, la bouteille entière de

champagne. Ah, mais merci, dis-donc, c'est Noël, hein ? Non, c'est les adieux

de Sonny Burton.

Et qu'est-ce qui lui ferait plaisir à la veuve joyeuse ? Mais je sais pas, je

voudrais pas abuser.

C'est si abusé. Vous avez combien de petits-enfants ? Deux.

Alors tu lui mets les maquettes Airbus A380, tous les paquets de bonbons en

ribot, une grosse foignée de porte-clés hexagonaires.

C'est gentil, mais comment je vais transporter tout ça ? Alors tu lui mets

le gros sac Besace hexagonaire.

Non mais là, c'est n'importe quoi.

Non, c'est pas n'importe quoi. Aujourd'hui, je suis un genre de RBCC.

Mais qu'est-ce que c'est ? Robin des bois des chefs de cabine.

De quoi ?

Je t'explique.

Toute ma vie, j'ai ramé en tant qu'hôtesse de l'air.

Toute ma vie, je l'ai passée avec les fesses en l'air.

Aujourd'hui, c'est fini, je mets le pied à terre.

Servez-vous, c'est gratuit.

Merci, merci, merci.

Il y a quelqu'un qui aurait des glaçons ? Non, mais là, celui, t'as beau être ma

chef, mais ça va pas être possible. Moi, je te dis que ça va être possible.

Mais non, mais ça va pas être possible.

Vous savez bien que c'est possible.

Non, non, non, arrêtez de vivre.

Mais moi, je veux les bonbons ribots.

Moi, je veux la bière bien chaude. Non, non, non, arrêtez de vivre. Fin de

service, tout le monde se rassoit.

Mais qu'est-ce que je vais prendre au débriefing ? Rien du tout.

C'est facile à dire pour toi, mais moi, ils vont sûrement te virer. Mais non,

ils ne vont pas te virer.

Je vais t'arranger ça, moi.

Qu'est-ce que tu comptes faire ? Parce que c'est grave quand même. Pour t

'arranger ça ? Oui.

Je vais détourner l'avion.

Solange, tu me fais peur. Oui, mais tu ne vas pas avoir peur longtemps, parce

que si tu continues à m'appeler Solange, je t'éclate.

Tenez, mademoiselle, je vous rends tout.

D'une part, il est impensable qu'un coudé du Mont-Joli consomme de la

marchandise volée. Et par ailleurs, je ne supporterai pas que vous ayez des

ennuis avec vos responsables. Merci, ça va me permettre de limiter un peu les

choses. Tenez, reprenez aussi mes cadeaux. De toute façon, avec ma

tendance au diabète, les produits gras et sucrés me sont interdits.

Oh, les faux culs, on les arnaque toute l'année, ils en redemandent. Oh, n

'exagérons rien.

C'est pour la petite. Pour son premier mot, si on peut lui éviter des

problèmes. Moi, je garde tout.

Parce que dans ma vie, bien mal acquis, il m'a toujours profité.

Soli ! Soli, aide-moi, j'en peux plus.

Qu'est-ce qu'il y a ? T'es pas arrivé à réveiller le copilote ? Non, non, mais

ça encore, je vais m'en sortir. Non, c'est pour mon... C'est pour quoi ? Pour

ton quoi ? Oui, oui, oui. Pour ton fion ? Oui.

T'aurais rien dans la trousse de secours qui puisse me soulager un peu. Ah, mais

bien sûr, j'ai une trousse de secours spéciale fion.

Alors... Qu'est-ce qu'on a dans notre trousse de soupe ? Tiens, Van Velpo,

non, c'est pas bon. Van Velpo, c'est pas bon.

Doliprane, non, c'est pas bon non plus.

Allez, hop, on chauffe, immodium. Non, ça va pas non plus, attends.

J'ai un petit truc dans mon sac à main, là.

Ah, bah tiens, vieux tube de crème solaire anti-brûlure.

Tiens, va essayer ça.

Tu crois vraiment ? Oui, tu vas te faire tout... Tu t'en fumes, quoi, tu t'en

fumes.

Mais tout le tube ? Tout le tube, j'ai tout entubé, oui. Bon, ben, je vais

essayer.

Merci. Allez, courage.

Allez, vas-y.

Voilà.

Très bien. Mais alors, si vous commencez une carrière d'hôtesse de l'air, ce ne

sera pas très facile pour vous d'engager une relation amoureuse, à moins que vous

ayez déjà quelqu'un.

Non, pas cette semaine, non.

Non, non, mais de toute façon, ça n'a pas d'importance parce que j'ai décidé

de privilégier ma carrière.

Bien sûr, oui, oui, oui. Mais vous savez, une vie sédentaire, un joli

potager, un feu de cheminée dans le salon de musique du château familial, ça

peut avoir aussi beaucoup de charme. Oui, oui, oui, je vous vois venir, vous.

Disons qu'on en reparlera d'ici une vingtaine d'années.

Et d'ici là, j'espère que vous ne voyagerez plus en UM.

Ça, ce n'est pas sûr. On voit bien que vous ne connaissez pas ma mère.

En revanche, est-ce que vous connaissez la vie privée de Louis XIV ? Oui, le

rappeur.

Vous savez que je l'adore.

Alors,

ça soulage ?

Vous parlez de quoi ? Tout ce que vous faites là.

Bouleverser les procédures, offrir tous les produits, foutre en l'air votre

dernier vol.

Je ne sais même pas pourquoi je fais ça.

Moi, je crois que je sais.

Ah bon ? Expliquez, vous êtes fort. Vous êtes morte de trouille. Ah non, moi j'ai

peur de rien.

C'est très simple.

Vous êtes debout au bord d'une falaise et face à vous, le grand vide. Moi je m

'en tape, je n'ai pas le vertige.

Bien sûr, vous l'avez.

C'est bien normal, moi aussi je l'ai.

Tenez. J'ai la cinquantaine comme vous.

J'ai pris ce vol pour me faire confirmer que je suis viré de ma boîte.

Je n'ai plus l'insouciance de mes 20 ans, dont je sais très bien que je vais

être difficilement recasable.

Et comme vous, j'ai peur.

Moi j'ai peur de rien.

Moi j'ai ma retraite.

Alors je peux faire ce que je veux, quand je veux, je vais avoir mon salaire

tout le mois.

Par exemple ? Par exemple, je peux voyager quand je veux où je veux parce

que j'ai les billets gratos. Je peux aller par-ci, par-là, sur les îles.

Non, non, non, c'est pas possible. Vous auriez l'impression d'aller au bureau.

Alors, quoi d'autre ? Je vais retaper mon appartement parce que je suis très

bricolose et j'adore ça. Ah, ok. Alors, combien de pièces l'appart ? Deux.

Ok. Alors, temps de relooking égale deux semaines en comptant les temps de

séchage.

Et après ? Et après, j'irai voir ma famille, mes amis, à Colobrière, dans le

Var. Oh, ben oui ! Mais ça, ça va vous changer beaucoup, hein, de Los Angeles.

Qu'est-ce que vous proposez, alors ? Que j'ouvre le gaz, que je désarme les

toboggans et que j'aille faire un tour sur l'aile ? Ah, ben, moi, j'ai rien du

tout à vous proposer.

Vous êtes une grande fille.

Seulement voilà, je suis un garçon pragmatique à l'habitude d'analyser les

situations. Formidable, formidable.

Et si on parlait un peu de vous ? Qu'est-ce que vous comptez faire une

fois que vous aurez bouffé toutes vos indemnités de licenciement ? Dans un

premier temps, je vais divorcer.

Ah bon ? Plus d'amour ? Surtout des habitudes et un peu de lassitude.

Ah bon ? Et qu'est-ce qu'elle en dit, votre femme ? Je crois qu'elle s'en fout

complètement. On va faire ça à l'amiable.

De toute manière, ça fait 20 ans qu'elle picole et qu'elle me trompe.

Oh là là, elle fait les deux en même temps ? Non mais moi je trouve que c'est

pas sympa.

Dites mademoiselle, je pourrais vous voir 5 minutes ? Oui, alors attendez un

petit moment madame, parce que là je suis déjà en consultation.

Alors, pardonnez-moi d'insister, mais c'est assez urgent.

Je suis en train de mettre au point une tactique pour faire revenir...

Vite, très vite, ma fille. J'aimerais bien voir votre opinion.

Oui, alors je vous ai dit d'attendre.

Vous allez vous rasseoir, sinon je reprends tous vos petits cadeaux. Oh

non. Monsieur est prioritaire.

Il est chômeur et cocu.

Ah bon ? Ah, alors là, bien sûr.

Donc, ma femme a eu de nombreuses aventures, éphémères, des passades.

Je le savais, mais je ne disais rien.

Et puis après tout, elle a des excuses. Je n'étais jamais là.

Mais, depuis que notre fille est partie aux États-Unis, alors elle y va souvent,

même très souvent,

mais je me suis aperçu qu'elle était allée à Boston deux, trois fois cette

année, sans même contacter notre fille.

Elle n'aurait pas quelqu'un là-bas ? Ah oui.

Elle est tombée amoureuse d'un stew de la Paname.

Un stew world de la Paname ? Non mais alors ça, c'est pas de chance.

Pour une fois qu'il y en a un qui n'est pas fédé, ça tombe sur vous.

Ça ne fait que précipiter une échéance qui était prévue depuis longtemps.

Alors finalement, je suis en train de me dire, vous êtes comme moi, beau, jeune

et libre.

On peut voir ça comme ça, oui.

Charlie ! Charlie ! Ah putain, est-ce que ça brûle ? Charlie, t'es où

? T'es mort, tu m'entends ? T'es mort ? Tiens, regarde la crème que tu m'as

refilée. Ah mon Dieu !

Il me fatigue, lui. Qu'est-ce qui me fatigue ? Qu'est-ce qui me fatigue ? Qu

'est-ce qu'il y a ? K2R détachant surpuissant.

Ne pas utiliser sur les fibres délicates.

Mais pardon, Pierrot, je me suis bourré de tubes.

Tiens, t'as le bonjour de la Polynésie. Tu l'as fait exprès, salope ? Oui, je l

'ai fait exprès. Je suis sûr que tu l'as fait exprès. Oui, je l'ai fait exprès.

Tu as le bonjour de la Polynésie. Tu vas te mettre un peu d'eau fraîche, ça va te

rafraîchir les idées et les fesses. Allez, vas-y.

De l'eau fraîche ? L'eau fraîche, très fraîche.

Allez, on y va.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser, madame, mais là, je souhaiterais

vraiment intervenir.

Qu'est-ce qu'il a, lui ? Il s'y connaît en hémorroïde ? Non, pas du tout, mais j

'ai quelques connaissances en géographie.

Je viens de regarder par le hublot et il me semble bien que depuis cinq minutes,

nous sommes en train de survoler la mer. Est-ce que ça vous paraît normal ? La

mer ? Oui, il a raison, tu sais, parce que j'ai regardé aussi et oui, on est au

-dessus de la mer. La mer, mais laquelle ? Euh... La bleue.

Ça nous éloigne de Bergerac.

J'ai peur, mademoiselle. Je vous l'avoue, je suis mort de peur.

J'entends bien qu'un coudé du Mont-Joli doit pouvoir se montrer fort en toutes

circonstances. D'ailleurs, mon bisaïeul, le con de Jean-Albert, coudé du Mont

-Joli, avait fait preuve d'un courage incroyable à Austerlitz.

la station de métro ? Qu'est-ce qu'il y a comme marche, hein ? Vous les avez

comptés, puisque moi, je les ai comptés. Non, mais là, vraiment, je suis

terrorisé. Vous croyez qu'on va mourir ? Mais non, mais calmez-vous.

Voilà. Alors, allez-y.

Respirez tout doucement. Vous allez voir, ça va ralentir votre rythme

cardiaque et ça va diminuer votre stress.

Ça va ? Bon.

Tenez, vous permettez ? Je vais poser ma main sur votre diaphragme.

Voilà, bon.

Et vous allez la repousser en expirant tout doucement comme ça.

Voilà, comme ça.

Ça va mieux ? Oui, oui, merci.

Ça va un peu mieux, merci mademoiselle.

Je vous en prie, vous pouvez m'appeler Audrey.

Après tout, on a quasiment le même âge.

Ah, tenez, moi je vais vous appeler Renaud.

Ah non, Charlie.

Charlie ? Oh non, mon Dieu, quelle horreur. Ma mère en aurait des vapeurs.

Mon prénom est Charles-Alexandre. Je sais bien, mais moi je trouve ça mignon,

Charlie.

Et d'ailleurs, je trouve que ça vous va très bien.

Ah bon ? Eh bien, va pour Charlie, après tout.

C'est que j'ai reçu une éducation très stricte, très à cheval sur les

principes. Ah là là, oui, ça se voit, oui.

Et il y a des jours où ça doit être un peu lourd, non ? Oh oui, je le

reconnais. Oh mon Dieu, il y a encore une turbulence, non ? Oh, on a bougé, j

'ai pas rêvé ! Oui, oui, mais un tout petit peu. Oh, évidemment, on est au

-dessus de la mer. Les pressions atmosphériques ne sont pas les mêmes. On

va bouger plus !

Alors venez là, Charlie, je vais faire de mon mieux pour la remplacer.

Et la bougère, on lâche le club mille ! Voilà, comme ça.

Ça va mieux ? Oui, oui, c'est bien.

Ça vous calme ? Absolument.

Mais... C'est curieux tout de même.

Ça provoque un genre d'émotion en moi.

Tout à fait nouvelle.

Pas du tout comme avec maman.

Oui, oui, je le sens bien, oui.

De toute façon, pourquoi je m'inquiète ? Mais pour rien du tout, vous savez, on a

suffisamment de carburant, même si on devait traverser la Méditerranée.

Ah, bon, tant mieux alors.

Et bien voilà, alors détendez-vous Charlie, calmez-moi tout ça.

Voilà, on va tenter de s'asseoir quand même.

Et puis je viendrai parler avec vous après le... C'est promis. Oui, oui,

promis.

Bon alors, à ton avis, on est où ? La mer, la mer, toujours la merde.

Oh là là.

Et en même temps, c'est ce que je disais à l'UM, pourquoi on s'inquièterait ? Il

y a suffisamment de carburant, quoi.

Oh, crois-le.

Alors chez Hexagonaire, ils font le plat avec une cuillère entremets.

C'est du goutte à goutte, ma fille.

Ah bon ? Mais alors, on a combien d'autonomie au-delà du temps de votre...

Très peu, très peu, très peu d'autonomie. D'ailleurs, prépare-toi à

faire ton baptême de planeur. Oh là là ! Ah, pourvu que ça soit la Garonne, juste

en dessous. Alors, si c'est la Garonne, elle est drôlement encrue, hein.

Ah non, mais qu'est-ce qu'on va devenir ? Elle est où ? T'es où ? T'es là ? Qu

'est-ce qu'on peut faire ? Alors, on va extirper le capitaine des toilettes.

Oui. Et toi, tu vas essayer encore une fois de réveiller le copilote. D'accord.

Allez, on y va.

Capitaine ! Oui !

Tu sors de là et vite, s'il te plaît.

Je ne peux pas. Comment ça, tu ne peux pas ? Non, je ne peux pas. La porte est

coincée, je n'arrive pas à débloquer.

Alors, je te fais le topo.

Le copilote est dans un coma profond.

Le GPS doit être HS parce qu'en dessous, c'est la mer.

Alors, si tu ne sors pas de là tout de suite, tes hémorroïdes, elles ne vont

pas tarder à tremper dans l'eau salée.

Je ne peux pas.

Comment ça tu peux pas ? Tu vas sortir de là, oui.

Mais j'arrête pas de tirer, de pousser, etc.

Alors, tu pousses et je tire. Je profite que vous attendez aux toilettes. Ce que

je voulais vous dire tout à l'heure, c'est que mon idée pour faire revenir ma

fille, ce serait de lui faire croire que j'ai un cancer.

Non, c'est pas le moment, madame. Alors, l'autre idée, mais je crois qu'elle est

moins bonne, ce serait de lui dire que je vais me remarier et que je vais

dilapider tout son héritage.

Pousse plus fort, mon Pierrot, pousse bien toutes tes forces. J'arrive pas.

Mais qu'est-ce qu'il fait ? Il accouche ? Non, il est enfermé dans les

toilettes. Vas-y mon Pierrot ! Mais enfin, c'est quand même moins urgent que

la décision que je dois prendre.

Mais vous ne comprenez vraiment rien, vous.

C'est le capitaine qui est enfermé dans les toilettes. Alors si on ne le sort

pas de là tout de suite, votre fille, elle va pas tarder à s'éclater avec tous

les abonnés de Mythique grâce à votre pognon. Ah non, ça c'est pas possible.

Non, d'ailleurs, ça c'est affreux.

Il n'y a rien à faire, j'arrive pas à le réveiller.

Et tu sais que j'ai tout essayé, je l'ai pincé, je l'ai mordu jusqu'au sang.

On ne se réveille pas. On est mal, on est mal.

Et tu ne ferais pas une annonce là ? Je fais une annonce.

Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen, vous connaissez.

Votre attention, s'il vous plaît, ceci est une annonce technique.

Le copilote est dans un coma profond. Là, j'y suis pour quelque chose. Peut

-être 10 comprimés, c'était beaucoup.

Le capitaine est enfermé dans les toilettes.

Si quelqu'un parmi vous avait un pied de biche ou une barre à mine...

Qu'ils veuillent bien me la porter à l'avant de l'avion, ils me

reconnaîtraient, je suis habillée en bleu et blanc.

Vas-y, mon Pierrot, on va te sortir de là ! Il n'y a pas de baramine ? Personne

n'a un pied de boue ? Alors,

qu'est-ce qu'on fait ? Commandant, poussez très fort sur la porte et nous

allons tirer de notre côté. Mais j'arrête pas de pousser ! Ça fait déjà

10 minutes qu'on essaie.

Alors,

essayez avec un grand coup d'épaule. Attention à mon signal.

3, 2, 1, go !

Ah ben ça y est ! Ça y est, je me suis niqué les peaux ! Dites, j'y pense, en s

'armoutant avec les mains contre la paroi, il pourrait pousser de toutes ses

forces avec les fesses ! Non, non, pas les fesses ! Pas aujourd'hui, en tout

cas ! Bon, vous permettez, j'aimerais essayer quelque chose. Ah,

allez-y.

Faut tout essayer, là.

Qu'est-ce qui fait le goût des cambrioles ?

Bravo le goûter. Joli travail et sans rien casser.

Bravo le goûter. Ah bah oui, mais comment vous avez fait ? Oh, vous savez,

dans ma famille, nos vieux meubles sont pleins de tiroirs secrets.

Pas toujours facile à crocheter, j'ai souvent eu l'occasion de m'entraîner.

Là, c'était juste le pen qui avait bloqué. Ah bah je comprends, moi je me

bloque souvent avec le pen.

Alors mon Pierrot ? Tu vas pas le croire. Comment ça va ? En ton

détachant, c'est quasiment miraculeux. J'ai presque plus mal.

Ça a décapé tout.

Tout, tout, tout. Alors, écoute-moi, on n'a pas de temps à perdre.

Je retourne dans le cockpit. Je reprends le manche. Je vais amorcer à demi-tour,

mais à 180 degrés. Et là, on pique, on piquait sur Bergerac.

Toi, tu fais asseoir les passagers et qu'ils s'attachent serrés parce que ça

va sûrement bouger.

Allez, c'est parti.

Hé, mon Pierrot.

Ouais. C'est pas là, le cockpit.

Oh, pardon.

L'habitude.

Quelle ambiance sur ce dernier vol.

En tout cas, c'est un vol qui va rester dans les annales.

Mesdames et messieurs, mesdames et messieurs, mesdames et messieurs, le

capitaine Pierre Blanchard nous propose un nouveau style de vol.

Il va tenter pour la deuxième fois une descente en piqué sur Bergerac. Quoi ?

Oui, oui, elle descend en piqué avec un double salto arrière, suivi d'un...

périlleux, sur un sous-périlleux vrilleux.

Non, je déconne ! Mais attachez vos ceintures quand même, ça va bouger

! Ben

oui, mais je devrais vous gronder, hein ? Vous devriez être

assis et attachés. Je ne peux pas.

J'ai trop peur, je suis mieux debout, ça me calme.

Et dites, on vole toujours au-dessus de la mer.

Ah oui, mais rassurez-vous, plus pour longtemps.

Le commandant a rétabli le cap et nous avons retrouvé le bon couloir aérien.

Oh, tant mieux, parce qu'il faut que je vous fasse une confidence.

En plus, je ne sais même pas nager.

Ah oui, alors ça, rassurez-vous, en cas d'amérissage, c'est pas le plus

important.

Vous avez sans doute raison, c'est idiot d'avoir peur comme ça.

Surtout qu'en résumé, à part pour ma mère, mon décès ne serait pas une

catastrophe nationale.

Non, je viens d'avoir 26 ans et je ne sais rien faire de mes 10 doigts. Jusqu

'ici, ma vie a été confinée aux 17 hectares de notre propriété.

Bon, vous êtes bien allé à l'école quand même.

Ah non, même pas. J'ai eu des précepteurs au château. Mais alors, vous

n'avez pas d'amis ? Ah si, si, si.

Jean-Claude, le fils de l'homme étayé.

Je l'aime beaucoup. Nous avons été élevés ensemble. Mais lui, c'est tout le

contraire de moi.

Il est grand.

Il est sportif.

Il a un corps de rêve.

Et en plus, il sait nager.

D'accord, mais les filles, Charlie ? Je veux dire, vous avez bien eu des flirts,

des petites amies ? Non, non.

J'y sais, lui, oui.

Tandis que qui est J.C. ? Eh bien, Jean-Claude. Le fils de Métier ? Bien

sûr, mon ami d'enfance.

Bon, il faut dire qu'il est très beau, alors évidemment, il n'a pas eu de mal à

séduire Sophie, la petite blonde du guichet de la poste au village.

Je l'aime pas du tout, cette fille. Quand ils ont rompu, j'étais pas

mécontent. Attendez, Charlie. Vous êtes en train de me dire que vous n'avez

jamais embrassé cette fille ? Non, jamais.

Ah non, mais allô, quoi ! Non, mais j'allustine ! Ah ben non, mais c'est

parti, premier baiser ! Mon Dieu.

Vous êtes sûre ? Oui.

Disons que ça fera partie des prestations d'hexagonaire.

Mais je ne vais pas vous déshonorer, au moins.

Non, rassurez-vous Charlie, il m'en faudrait un peu plus que ça.

Dès que je suis rentré, je vais le raconter à Jean-Claude. Allez.

Alors, qu'est-ce que ça vous a fait ? Écoutez,

je ne peux pas dire que je n'aime pas.

C'est tout à fait nouveau.

En tout cas, c'est à vivre.

D'accord, mais entre nous, ce serait plutôt mieux qu'avec Jean-Claude.

Qu'entendez-vous par là ? Oh non, s'il vous plaît, Charlie, pas à moi.

Non, s'il vous plaît, moi j'ai pas grandi sur des hectares de murs et

boulettes. Mais Dieu merci, j'ai beaucoup plus vécu et je devine très

bien les choses.

Ah non, non, non, non, non, mais pas du tout. Mais alors là, pas du tout, vous

vous fourvoyez totalement.

Charlie, s'il vous plaît.

Bon, je ne dis pas.

À l'éveil des sens, enfin à la puberté, Jean-Claude et moi, il est vrai que nous

avons batifolé quelques fois dans la grange, mais rien de bien sérieux.

Et de toute façon, ce ne serait même pas envisageable, une telle déviance chez un

coudé du Mont-Joli. Oui, bien sûr, bien sûr. Et je m'en remets tout à fait aux

arguments de maman.

Il faut que je trouve rapidement une épouse installée au château.

Oui, mais ça, Charlie, c'est ce qu'elle veut, elle.

Qu'est-ce que vous voulez, vous ? Non, là, il faut couper le cordon.

Impossible.

Bon.

Bon courage à vous, Charlie.

Moi, je vais préparer... Non, non, non, restez près de moi. On peut bien

bavarder encore cinq minutes.

Auprès de vous, je n'ai plus peur et je peux dire des choses...

dont je n'avais jamais parlé.

Bon, d'accord, mais alors restez assis et attachés, parce que je vous rappelle

que la consigne lumineuse est toujours allumée.

Dis.

Euh, je me disais, un doigt ? Euh, pardon ? Non, je veux dire, un doigt

vous ferait plaisir ? Un doigt de cognac, j'entends. Ah, oui, oui, bien

sûr, bien sûr.

Je peux, monsieur Fableux ? Vert.

Oh, vert ou bleu, qu'importe quand on a votre charme.

Voilà.

Alors, ça y est, tout est rentré dans l'ordre.

Vous parlez de quoi ? Du vol ou de ma vie ? Le vol.

Pour votre vie, soit d'être un peu plus compliqué.

Vous commencez à m'agacer, vous, à me décortiquer comme une gambasse.

Pourquoi ? C'est douloureux ? Un petit peu, quand même.

Donc, c'est que j'ai mis dans le mille.

Vous croyez que je ne sais pas tout ce que vous m'avez dit tout à l'heure ? Je

le sais.

Dans 20 minutes, on va atterrir sur Bergerac.

Après, je vais fermer le rideau sur 32 années de ma vie pour l'ouvrir sur quoi

? Je n'en sais rien.

Bienvenue au club.

Je ne sais pas vraiment où je vais moi non plus.

Vous encore ? Vous avez un appartement à retaper.

C'est très excitant comme perspective.

Peut-être, mais moi je suis en location et de plus je n'y retourne que pour

faire mes valises.

Et me tirer. Je sais, Audrey m'en a parlé.

On ne joue pas dans la même cour. Vous, vous avez une fille.

Exact. Un point pour vous.

Seulement, elle a 23 ans et elle a déjà brisé les barreaux de la cage.

Et je ne suis plus là que pour le chèque des étrennes. Soigner par téléphone les

petits bobos et les peines de cœur.

On est mal barrés tous les deux.

Exact. Dites-moi.

N'y voyez aucun vieux plan de drague de ma part, mais avoir votre dynamisme,

votre pêche, moi ça me motive, j'aurais presque envie d'avoir des projets. Ça

fait plaisir ça, tiens.

On pourrait peut-être se revoir nous deux.

Ah mais volontiers. Après tout, deux éclopés de la vie, ça c'est un choix.

Bonne idée, on pourrait aller à Colobrière, dans le Var.

Colobrière, je ne connais pas du tout, je serais même incapable d'y aller sans

GPS.

Ne rigolez pas, parce que Colobrière, c'est peut-être votre avenir.

Ah, expliquez-moi.

Colobrière, c'est la capitale mondiale de la crème de marron.

Et mon cousin Robert, c'est le patron de la boîte. Et alors ? Alors, Colobrière,

Robert, Favère, l'Asie. Ah, mais c'est très bien développé. Suivez-moi.

Alors, non, suivez-moi, c'est une expression.

Mon cousin Robert, il est en marché asiatique, il ne sait même pas où est la

Chine. Alors ?

Pourquoi on leur ferait pas bouffer de la crème de marrons aux chinois ? Ah,

mais c'est que là, vous devenez très intéressante. Je sais, c'est le drame de

ma vie. Tous mes fiancés m'ont toujours vue comme un comté parent. Nous ne

sommes pas encore fiancés.

Oui, c'est vrai, je me calme.

Non, mais je ne vous lâche plus.

Ah, je suis pour ! Je n'ai pas vos coordonnées.

Ah, mais j'ai tout prévu.

Sur la carte, j'ai une carte pour vous.

Toutes mes coordonnées, il y a même mes mensurations.

Bien.

C'est qui B.A.J ? B.A.J, c'est Bombe Atomique en Jachère.

C'est mon pseudo sur Mythique.

Vous êtes vraiment un phénomène.

En fait, il n'est pas si pourri que ça, ce dernier vol.

Mademoiselle, ça a l'air bien démarré pour vous.

Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? J'ai bien vu vos travaux d'approche avec

le petit Vicomte, là.

À mon avis, il est bien ferré, là.

Ah non, mais alors moi, ça ne m'intéresse pas du tout.

Ah bon ? Vous êtes sûre ? Absolument.

Eh bien, dommage pour vous.

Eh bien, peut-être, mais c'est mon choix.

Ah,

qu'est-ce que tu manges ? Une banane ? Oui, une banane jaune, toujours une dans

mon sac. C'est très bon pour le transit.

J'ai cru que tu t'entraînais pour la retraite.

N'oublie pas que c'est moi qui vais te faire ton rapport.

Et d'ailleurs, tu ne vas pas être trop vache. Ah non, non, non, pas du tout.

Je vais dire que la vérité.

En un, elle a fait boire le copilote et elle a essayé de le tripoter pendant son

sommeil. En deux, elle a enfermé le capitaine dans les toilettes. Et le

bouquet final...

Elle a organisé un genre de resto du cœur avec le trollé de service et ça

hexagonaire. Ça va pas leur plaire.

Attends, mais c'est dégueulasse, c'est toi qui a fait tout ça.

Mais qui va le croire ? Que vaut la parole d'une hôtesse en cours de

dépucelage contre celle d'une CCP qui a 32 ans de boîte ? Tu sais quoi, tu peux

écrire ce que tu veux, je m'en fiche.

Ils peuvent me virer, ça n'a pas beaucoup d'importance. Ah bon ? Je te

ferai dire que j'ai qu'un mot à dire pour me retrouver vicomtesse d'un

château dans le Périgord.

Il t'a kiffé l'UM ? Mais grave ! Il voulait même m'inviter le week-end

prochain pour la présentation aux familles.

Mais vas-y, fonce ! Moi j'aurais adoré flâner sur les créneaux avec un hymne

sur la tête.

Non, non, mais très peu pour moi. Moi tu sais, je rêve d'être hôtesse depuis que

j'ai 8 ans.

Alors je dis pas, il est mignon Charlie, mais quand même, je vais pas renoncer à

plusieurs tours du monde, côtoyer les people de la planète, vivre une vie de

princesse quoi. Descends du carrosse, cendrillon.

C'est une citrouille.

Et tout ça, c'est du bidon. Qu'est-ce qui est bidon ? La vie d'une hôtesse de

l'air, c'est pas voyage en terre inconnue.

Même sur les longs courriers ? Surtout sur les longs courriers.

Tu visites tout au pas de charge.

T'es toujours en jet lag, tu sais plus si t'avances, si tu recules, quelle

heure il est, l'heure qui est passée, l'heure qui est... Tu crois que le Taj

Mahal est en plein milieu du bouche australien.

Et c'est pas là qu'il est ?

Non, là où elles sont les meilleures, les hôtesses de l'air, c'est pour

rédiger un guide des duty-free internationaux.

Mais quand même, ça doit être hyper romantique, les histoires d'amour, comme

ça, aux quatre points de la planète. Oh, c'est ça, oui, crois-le, les histoires d

'amour. Les histoires d'amour, c'est bonjour, au revoir et à bientôt.

Faut pas confondre les histoires d'amour et les TGV du cul.

Ouais, mais on peut avoir des histoires avec les navigants.

Oh, les navigants.

C'est deux qui la tiennent, un qui la coiffe.

Non, crois-moi, si j'avais comme toi l'opportunité d'un château à Périgord,

lors d'un premier vol... Ouais, t'aurais fait quoi ? J'aurais continué de voler.

Eh ben, tu sais quoi ? Ma décision est prise, si ton rapport est pas trop

pourri, je continue.

Sans regret ? Sans regret, ouais.

Et en plus, je t'ai pas tout dit, mais avec le Vicomte, il y avait de la

concurrence. Bon.

Genre ? Genre le Charlie, il sait pas trop où il habite, quoi.

Et moi, je vais péter les plombs si à chaque câlin, il m'appelle Jean-Claude.

Attends, je ne comprends pas.

Le Charlie, il est auto-reverse.

Ça, ça doit faire mal.

Non, non, c'est pour ça, tu vois, moi, je ne regrette rien.

Non, rien de rien, non, je ne regrette rien.

Il a bien convaincu.

Oh là là, ces allées, elles sont étroites, c'est incroyable. C'est le

problème des allées. Oh, pardon. Excusez-moi.

Excusez-moi. Dis donc.

Pardon.

Mais je te vois avec le Club 1000.

Dis, il n'aurait pas un petit château dans le Périgord pour toi ? Tout ce qu

'il a, c'est deux valises et des pensions alimentaires en retard.

Il y a l'air que tu ne donnes pas de suite.

Je ne sais pas parce qu'il a quand même du charme.

Et puis avec lui, au moins, pas de surprise à l'après-vente.

Tout est déjà affiché en vitrine.

Eh bien, bon courage à toi, alors. C'est pas du courage, il faut trouver les bons

dessous qui vont avec les bons... Et tu vas terminer mon rapport ? Je vais

terminer le rapport.

Un petit bonbon, cher jeune homme.

Avec plaisir, merci, madame, oui.

Je bête, hein ?

Nous sommes compagnons de vol et nous n'avons pas été présentés. Alors

permettez-moi, je suis Raymond de Mercier, veuve d'une boucherie dont je

suis resté propriétaire.

Mes hommages, madame.

Charles-Alexandre Coudé du Mont-Joli, vicomte en Périgord.

Oui, oui, j'ai entendu tout à l'heure. Bien que je n'ai pas écouté vos

conversations, c'est pas du tout mon genre.

Bien sûr, je n'y pensais même pas.

Alors, où se trouve-t-il votre château ? Sur la commune de Mont-Joli, entre

Bergerac et Sarla.

Très bien, très bien. Et votre famille, on est donc propriétaire. Ah oui, oui,

depuis 1489.

1489. Alors ça, c'est parfait. En cas de revente, il n'y aura pas de plus-value.

Quand bien même il y en aurait une, Morble, loin d'un coudé du Mont-Joli, l

'idée de vouloir se séparer de ses terres, non. Tant mieux, tant mieux,

tant mieux.

Vous êtes nombreux dans la famille.

Hélas, non, depuis le décès de bonne maman, nous ne sommes plus que trois.

Mon père, le comte Jean-Alexandre Coudé du Mont-Joli, ma mère, la comtesse Marie

-Adélaïde, née baronne du puissantier de la Roche-Brochamp, et moi, leur unique

descendant. Formidable ! Mais dites-moi, alors vu votre jeune âge, vos parents

doivent être encore assez jeunes, non ? Mère, oui, mais père est beaucoup plus

âgé. Il m'a eu sur le tard.

Tant mieux, tant mieux, tant mieux. Et... ça va ?

Il est en forme.

À vrai dire, je m'inquiète un peu.

Comme tous les mâles de la famille, il a quelques faiblesses au niveau du cœur.

Ah, le pauvre ! Oh, le cœur, c'est grave.

Vous le pensez aussi ? Ah oui, tant mieux, tant mieux.

Je vous demande pardon.

Non, non, je vous ai dérangé quelques instants parce que j'aimerais bien avoir

l'opinion d'un jeune homme comme vous sur la personne qui est sur cette photo.

Écoutez, à première vue, elle est forte.

Très fort. C'est Céline, ma fille, ma fille.

Unique. Oui, depuis 10 ans, elle fait le yo-yo, elle grossit, elle maigrit, mais

elle maigrit.

Apparemment, elle est en pleine phase ascendante, là.

On a vu pire. Enfin, toujours est-il que grâce à moi, elle a une grosse dot.

Ah, c'est formidable.

Oh, j'y pense. Mais je vais pouvoir vous la présenter. C'est elle qui vient me

chercher à l'aéroport.

Je vous la présenterai.

Écoutez, avec grand plaisir.

Vitale en Périgord.

Non, à Bergerac. Mais c'est pas loin, c'est pas loin.

Et dites-moi, chère madame, votre fille est-elle célibataire ? Oui.

En fait, c'est tout comme les veuves.

Veuve ? Aussi jeune ? Toutes mes condoléances, chère madame. Non, mais ça

va, ça va. Ça fait quatre ans que je m'en suis remise.

Mais en ce moment...

Je me fais beaucoup de soucis pour elle.

Serait-elle souffrante ? Oh oui, jeune homme, oui, d'un mal bien étrange.

Le mal d'amour.

Vous pensez à la quarantaine.

À peine dépassée.

Elle aimerait bien tourner la page.

Tourner la page, c'est si difficile.

Dans ma famille, nous nous cantonnons aux vraies valeurs. La religion, le

respect et l'amour des siens. Oh, taisez-vous, je crois entendre ma

Céline.

Écoutez, je la rencontrerai avec beaucoup de plaisir.

Je vais vous laisser ma carte. Et mes parents se feront une immense joie de

vous recevoir au château pour un thé. Eh bien, ce sera un immense honneur pour

nous. Et mes petits-enfants adorent les vieux châteaux.

Vos petits enfants, ce sont les enfants de qui ? Eh bien, ceux de Céline.

N'oubliez pas qu'elle est veuve.

Ah oui, elle a eu deux garçons avec l'autre con, avec son défunt, avec son

défunt. Mais quel âge ont-ils, vos orphelins ? Quinze et douze.

Ah, ah, ah, ah, dis donc, oui, vu l'âge que vous annoncez.

Ah, elle a dû les avoir bien jeunes.

Oh, beaucoup trop jeunes. Alors là, je suis bien de votre avis.

Alors, c'est entendu pour un thé.

Disons mardi, j'apporterai des gâteaux.

Il serait peut-être préférable que vous téléphoniez d'abord.

Mes parents et moi risquons de bouger beaucoup dans les jours à venir.

Eh bien, disons, disons, disons, mercredi ou jeudi, si ça vous arrange.

Non, mercredi, c'est le jour du confesseur de maman. Et jeudi, jeudi,

jeudi, ça ne va pas être possible non plus.

Ah, je vois.

Je vois le genre.

C'est la présence de mes petits-fils qui vous empêche de rencontrer ma fille.

C'est tout de même un gros handicap.

Un handicap et pourquoi ça ? Parce que cette rencontre, aussi sympathique soit

-elle, ne pourrait en aucun cas aboutir à quelque chose.

Et on peut savoir pourquoi ? Écoutez, je ne suis pas nanti, c'est vrai, mais j'ai

un titre. Et en 700 ans, il n'y a jamais eu de bâtard chez les coudées du Mont

-Joli. Des bâtards ? Mes petits-fils ?

Alors là, je ne vous permets pas.

Parce qu'on n'est pas du genre de famille dévorée par la consanguinité,

nous. Je vous rassure, nous non plus, chère madame. Alors là, permettez-moi d

'en douter.

Il n'y a qu'à vous regarder.

On dirait la comtesse de Ségur déguisée en scout.

Puçon, va.

Fin de race.

Brisons-la, madame, voulez-vous ? Vous dépassez les bandes. Je ne vous adresse

plus la parole.

Eh ben, moi non plus.

Pédé.

Oh non, mais détendez-vous, madame.

Vous savez, l'atterrissage, c'est scannement dangereux. Ah, mais j'ai pas

peur, je suis énervée.

Ah bon, pourquoi ? À cause de votre prétendant, là.

Mon prétendant ? Oui, oui, oui, oh.

Vous croyez que j'ai pas vu le manège, là ? Pendant les turbulences.

Je vous ai dit que j'étais pas intéressée.

Mais ça aussi, je l'ai bien vu. C'est bien pour ça que j'ai tenté ma chance.

Pour vous ? Mais non, pas pour moi. Où est-ce que les bêtes ? Il est châtelain,

pas archéologue.

Non, c'était pour ma fille. J'ai bien vu que c'était un beau parti.

Peut-être, mais moi, ce n'est pas du tout ce que je recherche.

Oui, on peut savoir ce que vous recherchez.

Écoutez, moi, j'ai 26 ans.

Je suis du 21e siècle.

Moi, ce que je veux, c'est m'éclater, me réaliser toute seule et surtout, tomber

amoureuse quand je l'aurai décidée.

Eh bien, voilà.

C'est exactement ce que disait ma fille à votre âge. Et tout ça pour se

retrouver 15 ans après avec 20 kilos de plus en deuxième main à Bergerac.

Non, non, non.

Non, les jeunes, je ne vous comprends plus.

Oui, laissez-nous vivre nos vies.

Je ne sais pas pourquoi, je m'épuise à donner des conseils. Ça ne sert à rien.

Non, non, non.

Il vaut mieux que je garde mon énergie pour affronter Bergerac.

En attendant, restez assises et attachées. Elle m'agace, celle-ci.

Dites-moi, mademoiselle, je ne vois plus Soli.

Elle aurait débarqué avant nous.

Pourquoi, elle vous manque déjà ? Non, non, elle est en train de terminer de

rédiger mon rapport.

N'ayez pas peur, je suis persuadé qu'au fond, c'est une vraie gentille.

Je pense exactement comme vous.

Et d'ailleurs, j'ai cru comprendre que vous allez vous revoir.

Alors allez-y doucement parce qu'elle va vivre une période pas fastoche.

Je sais bien et c'est ce qui la rend plutôt attachante.

Bon courage à vous ma petite Audrey.

Merci. On se reverra peut-être sur un Paris-Boston ? Qui sait, ça me ferait

très plaisir. Moi aussi.

Et moi, qu'est-ce que tu fous là, toi ? Les annonces pour l'atterrissage, elles

vont pas se faire toutes seules. Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu pars en

camping ? Ah non, j'ai vidé les placards du galet. Oh, c'est pas du vol, c'est de

la récup.

Tiens, d'ailleurs, j'ai fait ton rapport, là. Il est dans ma poche. Ah

oui, là. Chope-le. Voilà.

Très bien.

Et... Arrête de focaliser sur le Club 1000.

Il est déjà en main.

Bah, dis donc, vous êtes fortiche, hein. Elle est déjà jalouse.

Pourvu que ça dure.

Alors, ce rapport.

Attendez, je lis.

Ah,

apparemment, il n'est pas mauvais.

Ah, mais c'est même mieux que ça. Attendez, écoutez.

Audra Dubois, c'est moi.

Bien qu'un peu niaise.

C'est trop gentil.

A fait preuve lors de ce tout premier vol d'une efficacité d'un sens

commercial et d'un dévouement digne d'une future chef de cabine. Mais dis

donc, vous ne pouviez pas rêver mieux.

C'est clair.

Cette Soli, c'est une sacrée bonne femme tout de même. Mais voyez, moi j'ai quand

même un regret, c'est que j'aurais fait qu'un seul vol avec elle.

Tenez, c'est pour vous.

Ah non, non, je suis désolée, monsieur, mais même sur les compagnies low-cost,

le personnel ne peut pas accepter de pourboire. Ah non, non, c'est pas un

pourboire. C'est pour combler le trou dans vos ventes du trolley. Parce qu

'apparemment, la vieille bouchère, elle sait garder tous les bonbons.

Oui, et je vous emmerde.

C'est gentil à vous, merci.

Nous aussi.

Je ne sais pas si je peux. Bien sûr, vous pouvez.

Pas un mot à Soli, on va pas lui compliquer les choses.

D'accord, bon bah merci et je vous laisse, je vais faire la caisse.

Entendu.

Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen, signors et signorilles, wa-ha

-lili-wa-lilou, tant que les lions, tant que les lions.

Votre attention s'il vous plaît, décidément ce vol ne nous aura rien

épargné. Le commandant Pierre Blanchard vient de m'informer que nous allons

tenter pour la deuxième fois la descente sur Bergerac. Quoi ? En effet, il est

nul de toute façon.

En effet, il semblerait que le train d'atterrissage refuse de sortir.

Nous allons vous demander de vous mettre au centre de l'appareil et de sauter à

pieds joints pour tenter de le faire sortir.

Qu'est-ce que c'est encore cette histoire ? Restez près de moi, vous

savez bien que j'ai peur. Si jamais je meurs, vous direz à Jean-Claude que je l

'aimais ? Mais il le sait déjà.

Attendez, je vais sauter avec vous avec tous les bonbons que j'ai mangés. Je

vais vous le faire descendre, moi, le train.

À mon commandement.

3, 2, 1, sautez ! J'ai dit à pieds joints, tous ensemble.

C'était une blague !

Il était déjà sorti le train d'atterrissage

! C'était mon baroude d'honneur ! Les adieux de Soli Burton !

... ... ...

...

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.