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Ferme les yeux mon doux bébé, maman est là pour te protéger. Si maman
s'est déjà cachée, c'est qu'elle a vu le loup rôder. Et si le loup vient la
croquer, papa saura te rassurer.
Si papa est chez la voisine, rejoins ton frère dans la cuisine.
Si ton frère s'est fait dévorer, ta soeur saura te consoler. Si ta soeur est
attaquée, dans ta chambre, file te cacher.
Si tu n'as pas peur du noir, va t'accroupir dans le placard. Si tu l
'entends dans l'escalier, ferme le vieux placard à clé. Si le loup détruit ton
abri, pour te cacher sous le grand lit. Si le loup dévore le lit, tu n'auras
plus de soucis.
Avec tout ce qu'il aura à manger, il nous saura sûrement à jaser.
Élevé en plein air, nourri au grain.
On n'a qu'à prendre celui-là, c'est la Rolls du poulet.
Prends plutôt la Twingo du poulet. Ah bah non, c'est de l'industriel, lui. C
'est bon, du poulet, ça reste du poulet. C'est dommage, c'est moins bon.
Oui, bah t'en mangeras moins.
Faut mettre me dire un merci. Oui ? Ouais.
Alors, ils ont dit quoi ? L'année est demandée en caisse 3.
Oh non, c'est une catastrophe là.
Bon, on s'en parle lundi au bureau.
Oui, je sais, je sais.
Oui, je m'en occupe aujourd'hui.
Salut. Ça va ? Ben non, ça va pas non.
Non, des huissiers sont venus à l'imprimerie. Ah ben, je sais, c'est moi
qui ai l'air ouvert la porte.
Une fois que t'étais au bureau... Oh, excuse-moi, j'ai une vie moi. Un mari,
des enfants, un mi-temps, c'est déjà beaucoup.
Bien sûr, surtout qu'on joue à Candy Crush.
N'importe quoi.
Fanny, tu bosses tellement peu que tu dois poser des jours de travail. Oh là
là, t'es méchant. Je suis pas méchant, mais si ça continue, je vais finir à
poil. Ça va s'arranger pour toi.
C'est pas que pour moi que je m'inquiète. Et pour maman, on va faire
quoi ? On avait dit poulet, gratin dauphinois.
Ok, donc dès que le sujet est grave, je parle dans le vide.
L'avenir de maman, ça t'intéresse pas. Oh, t'en fais toujours des tonnes.
Mais j'en fais pas des tonnes.
Je pense à l'avenir et il est sombre.
Ouais.
Attention, ça glisse.
Merci, j'ai vu. Qu'est-ce qu'il fout, Ben ? Il reste toujours pas là.
Ah, Ben ! Je suis tombé, je me suis emmêlé les pieds.
C'est à cause de mes nouvelles chaussures.
C'est la sortie que t'arrives ? J'ai spiné, j'étais en plein boulot. Ah oui,
mais non. Parce que tu sais, boulot, c'est quand tu fais un truc contre de l
'argent. Toi, pour l'instant, tu dessines Grappos. Je prends du Perrier,
elle adore ça.
De la Perrier.
La Badoit, la Perrier. Maman a raison. Mais là, l'autre jour, elle m'a saoulé
pendant deux heures avec la Perrier, déjà. La Perrier.
12 ans de psy à cause de la Perrier.
Ça a une influence désastreuse sur ma vie sexuelle. La Perrier, alors c'est
bon. Au moins, t'as une vie sexuelle.
Oui, mais si tu prenais soin de toi, ça pourrait aider, Fanny.
Qu'est-ce que tu fais, toi ? Petit-déj.
Quoi ? Fais goûter.
Non, tu vas pas aimer.
C'est du light.
Ça me stresse, c'est déjeuner du dimanche, là. Ah bon ?
Moi, j'adore manger avec maman. Moi, j'adore manger avec maman. T'es vraiment
un faillant, toi.
Moi, un faillant ? Bon, allez, stop, stop, là.
Maintenant qu'on est tous les trois, je voudrais qu'on parle de maman.
C'est vrai qu'avec ses médocs, elle devrait faire gaffe à l'alcool.
Mais t'as raison.
Il y a l'alcool, en plus.
En plus de quoi ? Putain, t'as toujours pas réglé ton ODIB, toi.
En plus de ces assos à la con qui me coûtent un bras. Dès que ça boite un
peu, elle file du pognon. Elle est juste généreuse.
Très généreuse avec moins d'argent.
Ah, putain ! Maman vieillit.
La vue, Louis, ça range et ça va pas s'améliorer. Elle a complètement basculé
depuis son attaque. Elle a bien récupéré quand même.
Elle a surtout bien récupéré mon poillon.
Et si elle fait une rechute ? Ah non, parce que ça peut aller très très vite à
cet âge-là.
Ou très lentement.
Comme papa.
Papa, le pauvre. C'est triste à dire, mais son départ a été un soulagement.
On va faire quoi quand elle va se péter le col du fémur comme toutes les
vieilles ? On s'occupera d'elle.
À toi, tu vas t'occuper d'elle dans ton studio sixième sans ascenseur. Non, elle
ira chez Fanny, c'est les filles qui s'occupent de leur mère.
Maman chez moi ? J'ai pas envie de finir obèse et dépressive.
Donc je vais aussi payer la maison de retraite, c'est ça ? Ce serait pas
illogique.
Et ce serait pas illogique que tu payes toi-même ton loyer aussi.
Dès que je retrouve un éditeur. Oh là là, qui va s'intéresser à tes BD de
gladiateur ? 63,20 euros.
Voilà, c'est encore moi qui paye.
Regarde, j'ai trouvé ça en rayon.
Carte refusée, monsieur.
Putain de merde.
Bon Fanny, tu payes.
Quoi ? Oui, oui, allez.
Non mais José va pas être content si...
75 ans de vie.
De toute façon, elle nous enterrera tous.
Techniquement, il y a peu de chance.
Qu'est-ce que tu fais ? Tu vas me niquer les garnitures.
Ça va, elles sont nickels, mes chaussures. Elles sont surtout moches.
Ça y est, tu l'as ? Tu le mets 30 secondes au micro-ondes.
Tu l'ouvres un petit peu avant, surtout.
Et après, quand tu les sors, tu fais « Allô ? » « Allô ? » Alors, ça a
raccroché.
C'est normal, c'est parce que t'es chiante.
Mais non, c'est qu'elle n'a pas de réseau.
Sous-titrage ST' 501
Exagère, c'est pas si cher une maison de retraite. Pour toi, rien n'est cher, on
sait jamais ton argent.
Si je dois payer la maison de retraite de maman, je préviens, je paie plus ton
loyer Ben et toi j'arrête de financer ton emploi fictif.
Quoi ? Quel emploi fictif ? Il est même pas cher mon loyer.
Arrête, ça se ferme automatiquement.
En attendant, t'as eu assez d'argent pour te payer un jacuzzi.
C'est pas un jacuzzi, ça c'est un mini spa de luxe.
Un mini spa de luxe ? Monsieur se met bien.
Bien, mais à crédit.
Pardon.
Sérieux ? T
'es fou ou pas là-dessus ? Ça vaut la peau des couilles, ça.
Des petites couilles, alors.
Hé, hé, hé ! Touche pas à mes chaussures, toi ! T'es gentil avec M. le
prof, s'il te plaît !
Ah Jean-Bob.
Bonjour, bonjour, ça va, ça va ? Ça va, merci.
Alors, on déjeune en famille aujourd'hui ? On peut rien vous cacher. Ah bah oui,
c'est l'habitude, c'est l'habitude, c'est tout.
Dites-moi, madame, votre mère n'est pas encore arrivée ? Oh, car je lui aurais
bien proposé un petit double.
Un petit double.
D'accord.
Allez, restez là trois.
Et vous lui direz bien des choses de ma part.
Voilà, voilà.
Voilà. Mais qu'est-ce que vous croyez là ? J'ai fait moitié moins de chiffres
cette année. Avec Internet et les Chinois, j'ai trop de concurrents. C'est
fini l'époque de papa.
Sans oublier tes 5000 BD invendables, je suis à court de pognon.
Ça craint vraiment pour mon loyer alors ? Mais si ça continue comme ça, je vais
être obligé de vendre la maison.
Ou ils vont me la saisir. Ah non, pas la maison de papa.
L'ex-maison de papa.
Je te rappelle que je vous ai racheté vos parts, généreusement.
Ça veut dire que la maison vaut de l'argent.
La banque l'a bien compris.
C'est tout ce qui me reste dans la maison.
On peut t'aider.
Tu pourrais m'héberger ? Bah oui.
Si je décale ma table à dessin dans la salle de bain... Pourquoi ? Pourquoi
pas.
Je peux plus assurer pour tout le monde.
Surtout si je dois payer à la maison de retraite de maman.
Et l'argent de l'héritage ? Elle l'a cramé.
Avec celui de la maison, comme vous.
Ça va aller.
Je répète, je suis à sec.
Qu'est-ce qu'on va faire de maman ? On n'a qu'à la buter, tout simplement.
Elle a une belle vie.
Deux, trois cachetons dans sa perillée et hop ! Mais voilà ! Je savais que toi,
t'avais du bon sens.
Moi aussi, j'y ai souvent pensé.
Toujours avec énormément de tristesse, c'est vrai. Mais c'est la seule
solution.
Logique, viable, saine même.
Même pour plaisanter, je trouve ça limite.
Limite, limite.
Mais je plaisante pas de vous.
Faut prendre nos responsabilités.
Mais il déconne.
C'est quoi cette tête ? Putain, il déconne pas.
Il déconne pas.
Bah non, j'ai pas l'impression, non.
Tu sais, maman s'est beaucoup confiée à moi après la mort de papa. Et elle m'a
souvent supplié de l'aider à abréger ses souffrances quand elle déclinerait.
C'est un gros dodo. Et zou, elle rejoint papa.
Et pourquoi on ne tue pas de ses concurrents, plutôt ? Ça va pas, non. On
n'est pas des assassins.
Mais là, c'est très différent. C'est comme de l'euthanasie.
Oui, chéri, il faut mettre le maillot, le short, les chaussettes et les
chaussures. Oui, je sais que tu sais. On sera à la pointe.
De la modernité, un peu comme en Belgique, ou en Hollande, ou en Suisse,
mais sans le voyage.
Mais l'euthanasie, c'est quand on a une maladie mortelle. Fanny, la vie est une
maladie mortelle.
Sincèrement, qui a envie de vieillir ? Il y a quoi de bien ? Les rides ? Les
dentiers ? L'incontinence ? Le bridge ? Et le pompon ? Les petits-enfants ? C
'est pour son bien, moi, si j'envisage cette solution.
Son bien et le vôtre.
Mais elle adore ses petits-enfants.
Et eux ? Sans les cadeaux qu'elle leur fait avec mon argent, ils seraient
heureux de l'avoir.
Bon, elle leur fait peur. Voilà.
Tu vois, moi, aujourd'hui, je regrette de pas avoir d'enfant qui m'empêcheront
de venir à vieillir des crépilles.
Tu peux adopter.
Mon psy dit que je suis déjà ton père. C'est pour ça que j'ai pas eu d'enfant.
Et que maman est complice de ça.
Et il te dit de la tuer aussi ? D'une certaine façon, oui.
Mais symboliquement ? Peut-être, mais il me dit quand même de la tuer.
Tu délires vraiment, Nico.
C'est monstrueux comme idée.
Tu ferais mieux de changer de psy.
Voyez ça comme un vrai acte d'amour.
Un départ sans souffrance, entouré de ses enfants, autour d'un bon poulet.
Attends, attends, attends.
Est-ce que tu pensais faire ça ce midi ? Non, mais moi, je refuse d'écouter ça.
Mais quoi ? Mais qu'est-ce qui vous choque ? C'est juste un gros dodo.
Non, mais vous préférez quoi ? Vous préférez la voir croupir dans une maison
de retraite, abrutie de sudoku ?
Dans une chambre lugubre, sans Wi-Fi.
Sans Wi-Fi ! C'est ça que vous voulez ? Bande d'égoïstes.
Armel, vous me dégoûtez.
Mais vous avez enfin la chance de pouvoir faire quelque chose de bien dans
votre vie.
Saisissez-la ! T'es complètement malade. Ah oui, c'est n'importe quoi, là. Ah
ouais ? Tenez.
C'est quoi ?
Une rupture de bail.
Ma lettre de démission ? Bah ouais, désolé.
Tu peux pas nous faire ça ? Faut faire des choix.
Je suis morte ! Oh, maman ! Oh, mon chéri, enfin ! C'est vraiment le produit
des morts, ici.
Ça me vient à l'idée de ton père, ça aussi.
En tout cas, je suis ravie de m'habiter là, moi.
Oh ! Ce trajet m'a tué ! Oh non, non ! Pas encore.
Ça va.
Non, non, non, pas les tubes, ça vaut une glande, ça. Non, c'est juste que je
suis content de te voir comme ça.
Encore envie.
Qu'est-ce que tu racontes, mon chéri ? Ben, tu viens avec moi, s'il te plaît.
On va servir un verre à maman. Ah bon ? Oui.
Ah bah tiens, vous voulez pas me faire un petit burrito ? Oui maman.
Touche pas ! C'est pénible, hein ? Mais t'es complètement con ou quoi toi ? Je
peux pas, je peux pas, je peux pas, je peux pas. Ta vie se résume à cette
phrase ? Oui mais on peut pas.
Elle est même pas vieille maintenant, ouais. T'as envie de la voir dégringoler
pendant 20 ans ? C'est très long en tant que... Oui mais c'est notre mère.
Oui bah justement.
Ça va à la maison ? Ouais, c'est un peu dur avec le petit, il a du mal la nuit.
C'est compliqué à cet âge-là.
Ouais, c'est vrai. Mais ils sont tellement mignons.
Hier, le grand à l'école... Une de ses femmes, voilà.
Ah, le poulet est au four.
Je te disais, hier, le grand à l'école... Pourquoi il garde ça ? Il est
persuadé que ça va prendre de la valeur.
Donc, à l'école... Elle a toujours aimé ce qui était moche.
Il suffit de voir ses ex.
Non, mais je peux pas me passer d'elle.
Merci pour le split.
Franchement, je préfère devenir SDF.
Signe ta rupture de bail, alors.
Mais c'est notre mère.
Elle joue aux mimes avec nous.
Elle nous préparait des cocktails Casimir quand on rentrait de l'école.
Avec tout ce qui traînait dans le frigo.
T'es sûre que c'est raisonnable, ma chérie ? Juste un, ça va.
J'ai un régime en ce moment.
Ma fille, ta vie n'est qu'un long régime perdu d'avance.
Je te dis ça sans méchanceté.
C'est pas ton José qui oserait te le dire.
Mais il me le dit.
Enfin, il me le fait comprendre, à sa façon.
Tu veux dire qu'il te touche plus ?
Vraiment ? Vous le faites combien de fois par semaine ? Par mois ? Mais
évidemment, vous l'avez fait au moins deux fois pour avoir les monstres, mais
depuis ? C'est hyper gênant comme discussion.
Oh, qu'est-ce que tes vieux culs, alors ? Mais t'es une mère jeune et cool,
profites-en ! Tu voulais, je parle, croiser un tricot ? Bon, on peut changer
de sujet, s'il te plaît ? Oh, je dis ça, je dis rien.
En tout cas, avec ton père, on faisait pas que du tricot.
Elle nous a menés à la boule en vacances.
Elle sortait tous les soirs, pendant que nous, on se faisait chier tout seuls.
Elle nous jetait sa berceuse pour nous endormir.
Elle a jeté ma tortue dans les toilettes. Elle l'a jetée vivante. Et
toi, tu veux faire pareil avec elle ? Elle est vieille, elle. Oui, mais pas
elle. Pour l'instant, oui.
À part manger et se lécher les couilles, il fait quoi, son chien ? Il a toujours
eu des animaux. C'est vrai.
Il m'a tout fait.
Perruche, hamster, tortue, tout ce qu'il peut, il l'a eu.
Elle aime pas être seule.
Pourtant, il fait tout pour.
Au moins, toi, tu as quelqu'un.
Même si tu t'en sers pas beaucoup. Non, recommence pas, maman.
Le sexe est essentiel dans un couple.
Même avec José.
Au pire, tu fermes les yeux.
Ça doit pas durer bien longtemps, de toute façon.
Oui, on change de sujet, s'il te plaît.
Il y a de l'imagination, au moins, José ? Oui, oui, je sais pas.
L'imagination, c'est pas juste penser à quelqu'un d'autre.
Les positions aussi, c'est très important.
C'est bon, j'ai compris.
D'accord, d'accord.
Si tu faisais plus d'amour, tu ne grossirais pas autant.
La seule chose que t'avales, c'est les chamallows.
Fanny, une femme ne doit pas se laisser aller.
Mais c'est horrible ce que tu me dis.
C'est pas horrible, c'est vrai.
Attends, on parle d'un meurtre, là ? Les grands mots.
Non, c'est un généreux accompagnement familial.
Un acte courageux et digne, afin d'éviter une femme vie dégradante. T'es
vraiment fou.
Non, non, je suis pas fou, non.
Non, je suis le seul dans cette famille à être un tant soit peu responsable.
Mais bon, comme dame, c'est moi qui dois vous prendre en charge.
On peut se débrouiller autrement.
On peut habiter dans plus petit. Plus petit que chez toi ? Non, ça s'appelle
un placard.
Mais ça va, tu comprends ce que je veux dire.
T'as toujours été un modèle, le mec droit de la famille.
Tu vas trouver une solution.
De toute façon, tu as pris du côté de ton père.
Moi, j'avais beau être meuleuse de revue, j'ai toujours mangé ce que je
voulais. Non, ça va, je suis pas babarde non plus.
Non, toi tu serais plutôt céleste, sa femme.
Et José, lui, alors, est un parfait bavard.
Mais qu'est-ce que t'as contre José, à la fin ? Mais rien, justement.
Tu me mènes la vie de ma mère de famille que je voulais fuir. C'est une impotente
ambition. C'est essentiel pour moi, la famille.
La famille, le travail, tout est médiocre avec toi. Je sais, ouais.
Je sais. T'aurais voulu que je danse, comme toi.
J'ai passé toute mon enfance à essayer de rentrer dans un tutu.
J'aurais rêvé que tu prennes ma relève.
Malheureusement, tout le monde n'a pas la grâce d'une danseuse.
Je suis heureuse comme ça, moi.
Ça se voit pas quand on te regarde.
Tu vas ? Ailleurs.
N'en profites pas pour manger un cachette, Fanou.
Oui, bien sûr, sinon t'as qu'à lui filer ton appart, hein. Pas ton appart.
Oh non, ma chaussure ! Je vais la buter, la bioc.
Elles sont toutes neuves, c'est du dent.
Tiens.
Oh bah non, tu vas pas t'y mettre toi aussi, j'étais en train de le raisonner.
Quoi ? Ah non, ben non.
Non, non, non, ça fait des années que tu la joues couille molle. Là, t'as une
occasion d'en avoir des vraies, tu la rates pas.
Qu'est-ce qu'elle t'a dit encore ? J'en peux plus de sa méchanceté, là.
Mais c'est encore pire que d'habitude.
Je suis pas si nulle que ça, quand même.
Mais... Vous êtes comme elle, en fait.
Non, non, pardon, pardon, pardon, pardon, Fanny. Non, mais non, t'es
canon, Serrette.
Je vais même te dessiner dans ma BD.
J'ai une tête de gladiateur ou quoi ? Ah non, de fan de gladiateur. Non, ça
existe pas.
Ils couchent surtout entre eux, non ? Pas toujours.
Ah bah si.
Non.
Si, si, si.
Non. On te dit que si, c'est pas non plus... Ça va ? Puisque je vous dis que
non... Bon, l'écoute pas, t'es très très bien.
La méchanceté, c'est un des premiers signes d'Alzheimer.
C'est terrible l'Alzheimer, c'est comme ça.
Ouais.
Bon allez, on y retourne ? D'accord.
Bon, tu prends le plateau.
Oui.
Qu'est-ce qu'il est con, ce chien.
Hé, mon mojito.
Pardon, j'ai oublié.
Oublié ? Décidément, on ne peut pas compter sur toi, Nico.
Moi, je vais t'en faire un, maman. C'est nouveau, cette passion pour les mojitos
? Oui, depuis la soirée de charité pour Cuba.
Oh, la misère passe beaucoup mieux avec du rave.
Donc, mon argent sert aussi à te saouler ? Oh, fais pas de mauvais esprit, c'est
pour la bonne cause.
Ah, c'est ton foie, la bonne cause ? Ma foi.
On a un avenir meilleur et plus solidaire.
D'ailleurs, je veux bien que tu m'avances un peu d'argent.
Encore ? La semaine prochaine, c'est à Madzina.
Une caille périnée achetée, un arbre replanté au Brésil.
Laisse-moi te dire que je vais beaucoup jardiner.
Désolé, maman.
Il reste de là, Perrier, mais y a plus de rhum. J'espère qu'il reste à manger,
au moins.
Sinon, on va perdre Fanny.
Je crois qu'il me reste du rhum dans le garage. Fanny, tu m'accompagnes ?
Carrément, ouais.
Donne un peu d'air.
Ben, tu viens aussi.
Non, c'est bon, je suis servi. Tu viens aussi, je te dis.
On va en profiter pour choisir le ventre.
Je viens aussi, sinon tu vas radiner et sortir la piquette.
Con de chien ! T'as laissé mon jardin
dans un état.
En ce moment, j'ai pas le temps. Ça dépend pourquoi.
Pour le jardin, non, mais pour finir ton spa, oui.
Sans ce spa, je serais déjà en burn-out.
Quoi ? Laisse tomber, toi, tu peux pas comprendre.
Tu peux pas comprendre.
Bon, alors tu nous le fais visiter ton fameux spa ? Quoi, là maintenant là ?
Non, mardi à minuit.
Bon bah avec plaisir ouais.
Attends, attends, s'il te plaît.
Voilà.
Voilà, c'est le top du top.
C'est simple, il y en a pas deux pareils dans la région.
Donc moteur allemand, bois suédois, le tout assemblé en Italie. Voilà, ça monte
à 100 degrés en 2034.
Bon, je pourrais faire cuire des potes dedans s'il te plaît. Des potes au
chlore ? Ça doit pas être très bon.
Et je vous parle même pas du hammam, éco-responsable et détox de luxe. Moi, c
'est très inspirant.
Ça peut, hein. Tu me laisseras les clés de la maison ? Quoi ? Quoi ? Pour quoi
faire ? Un petit jacuzzi entre copines ? Ou un bain de minuit avec un ami ? Oh
non ! Rassurez-vous, je changerai de loi après.
Ouais. Bon, allez, on y va. Ben, tu fermes derrière toi.
J'espère que tu n'as pas bu toutes les bonnes bouteilles de ton père.
Tu devrais y aller mollo niveau alcool. A ton âge, on boit de la tisane.
C'est une fausse idée de la vieillesse.
On est vieux quand on décide de l'être. Oui, mais bon, t'as plus 25 ans quand
même. Dans ma tête, si. Ouais, que dans la tête alors. Tu as dit quelque chose ?
Je n'ai pas entendu, ma chérie. Tu as dû parler la bouche pleine.
T'aurais pu refaire ta cave aussi, dis donc.
J'ai déjà pas assez de fric pour terminer les travaux de la maison,
donc... Oh, t'as gardé mes BD ? Non, mais j'ai pas eu le soin.
Tout le monde s'en fout, personne en veut.
Personne en veut, n'importe quoi.
C'est bien, ça. Une seule bouteille ? Ça va, on va faire léger, surtout après ton
attaque. J'ai pas fait une attaque, j'ai fait un petit coma éthylique.
Oui, mais à ton âge, on se ménage.
Oui, t'es plutôt jeune.
Oui, mais regarde le vin.
Plus c'est vieux, plus c'est bon.
Oui, et quand c'est trop vieux, ça devient du vinaigre. Il faut le jeter.
Tu crois que je suis si près de la tombe ? J'ai toujours envie de voyager, de
danser, de regarder les hommes.
Et comme pour l'apéro, je n'en fais jamais un petit coup.
Arrête, tu parles comme une ado.
J'ai toujours été comme ça.
Excepté cette foutue parenthèse de 30 longues années à vous élever.
Ça veut dire quoi, ça ? Être une femme, c'est pas forcément être passionné par
la vie de mère de famille.
Ça en est bien placé pour le savoir.
Tu veux même changer des couches, toi ? Moi, pas. J'ai toujours préféré les
soirées vodka aux soirées caca.
On n'a pas passé notre vie à chier, non plus.
Ben, t'as quand même porté des couches jusqu'à 12 ans.
Non, au lit seulement.
Et que pour le pipi.
Enfin, plus jeune, tu rêvais de ne t'occuper que de tes enfants.
Sans une minute à toi, 24 heures sur 24 ? Je t'assure, ça m'épanouit.
Tu m'as l'air épanouie, ma pauvre fille.
Franchement, si, c'est pas... Tu passes ton temps à courir derrière tes mômes.
Parce qu'un môme, ça court tout le temps.
Même pour aller se laver les dents, ça court.
Sauf toi, Fanny.
T'étais pas du genre à courir.
Ni à te laver les dents, d'ailleurs.
Et vos pieds ? Ils poussaient tout le temps, vos pieds ! Tu fais du 44, t'as
commencé au 12 !
Tu réalises le fric que j'ai lâché en kickers ? Et tu voudrais que je revive
ça maintenant avec tes mômes ? Mais les gosses, c'est pas neuf mois d'enfer, c
'est perpète. Je hais les enfants.
Mais merde, c'est de nous dont tu parles quand même, là. Oh, ça va, tu vas pas
faire ta chachotte, non ? T'as pas aimé nous voir grandir ? Il y a eu de jolis
moments.
Mais putain, ça m'a pris beaucoup trop de temps, bordel.
Je suis choquée.
Une mamie, ça fait des gâteaux, ça dit pas des gros bouts.
Ah, mais je me sens pas une de toutes mamies.
Surtout avec tes gamines.
C'est des garçons.
Faut les envoyer chez le coiffeur, alors.
Et puis ils n'ont qu'une conversation.
Ils ont 4 et 6 ans ? Justement.
À cet âge-là, ça n'a rien à dire.
Moi, j'ai envie de profiter de ma vie maintenant.
Tu profites surtout de mon argent.
Et toi, t'as pas fait pareil avec le mien pendant 20 ans ? Tu me renvoies l
'ascenseur, c'est tout ? Mais fais attention, l'ascenseur, il est en train
de péter un câble.
Il est bientôt prêt, ce poulet.
Bientôt, oui.
J'ai long, j'ai faim, moi.
Tu l'as mis à 160, aussi, c'est pas assez.
On va pas manger la minuit, non ? Maman, je sais très bien ce que je fais.
Trop fort, ça dessèche.
Tiens, passe-moi l'eau gazeuse, s'il te plaît.
Oui.
Du Perrier ? De la Perrier.
Tiens. Merci.
Oh, avec ça, je peux lancer jusqu'au bout de la nuit.
Comme à la grande époque.
Tu vas pas encore nous saouler avec ton moulin rouge ? T'étais belle dans ton
costume à plumes. Une vraie princesse. C'est pour ça que tu les aimais, les
costumes. Tu les as tous essayés.
Tiens, hier, je suis allée à un cours de salsa.
Avec ta hanche, tu fais de la salsa ? J'ai dit que j'y étais allée.
J'ai pas dit que j'en avais fait.
Non, je suis allée pour voir Pedro, un très beau cubain avec un corps sublime.
Ah, maman ! Oh, il a une énorme queue.
Oh, maman ! Hyper gênant. Oh là là, quand j'étais menace d'enfant, il y
avait du monde dans les vestiaires. Si vous voyez ce que je veux dire.
Non, non, on veut pas voir ce que tu veux dire.
Bon, quelle bande de pisses froides.
Je vous l'avais dit, elle perd la tête.
C'est totalement incohérent, ces histoires.
La jeunesse retrouvée, les moritos, la danse sur cubain avec une queue énorme.
On est clairement en train de la perdre.
Au contraire, plutôt.
Mais tu vois ta mère avec un cubain monté comme un poney, toi ? Non. Non,
non, non. Mais c'est sûr, c'est Alzheimer.
Ça rend ordurier et obscène.
Mais t'as raison, c'est Alzheimer.
Elle va bien plus mal que je pensais.
Là, c'est le gouffre. Le puits s'en fond, la spirale. C'est... C'est
assassin de la laisser vivre plus longtemps.
On peut pas... Je parle d'une maman folle qui parle de Zizi tout le temps. C
'est pas notre maman, ça. C'est la maman de personne.
Faites-moi confiance.
On va la sauver.
D'accord.
Et pour la sauver, on va la buter.
Allez, on y va.
Attends, on le fait aujourd'hui, alors ? Mon corps défendant, ouais.
Ok, je suis avec toi.
Pour le bien de maman.
Pour le bien de maman.
Ben ? Ben ? Je peux pas.
Alors, on le prend cet apéro ?
Tiens mon chéri,
je t'ai préparé un petit cocktail Casimir.
Tu adorais ça quand tu étais petit.
Qu'est-ce que tu as ? Il est un peu fragile aujourd'hui.
Seulement aujourd'hui.
C'est Casimir.
Ça doit lui rappeler des souvenirs d'enfance.
Il exprime beaucoup ses émotions en ce moment.
C'est bien mon chéri, tu libères tes émotions.
France n'a jamais été le dernier pour chialer non plus.
Je suis sensible, c'est tout.
C'est bien, tu vas enfin sortir de ta coquille et vivre comme ton cœur le
veut. Pardon ? Enfin voyons mon chéri, on t'aime tous énormément.
Mais ça ne trompe personne.
Mais qu'est-ce qui ne trompe personne ? Mais tes goûts !
Ta sensibilité, ton célibat, ta façon de courir, les bras un peu écartés comme
ça.
C'est vrai que niveau sport, t'es pas très doué.
Je suis pas doué, j'aime pas le sport, c'est tout. Voilà, tu n'aimes pas le
sport, tu n'aimes pas les jeux de garçons, tu t'habilles comme... Qu'est
-ce qu'elles ont mes fringues ? C'est du vintage, tout est chiné. C'est hyper...
Hyper pédé.
Quoi ? Je suis pas homosexuel.
Tu pleures quand même pour un rien.
On est en plein stéréotype homophobe, là.
Et là, c'est quoi ça ? C'est des trucs de nanas, non ? Combien de bracelets ?
Fanny, on va arroser le poulet. On va le laisser en tête-à-tête.
C'est les nanas qui mettent ça. Le poulet. Une plume en plus.
Les mecs, ils mettent pas comme ça des colliers.
Le mec, ça met une grosse montre.
Et ça, ça fait beaucoup.
Et c'est dedans.
Encore un collier. Combien de colliers ? Trois ? Et ça, c'est une couille, non ?
Non, c'est pour mettre mon tabac. Ouais, mais pour mettre mon tabac. Que ça, qu
'est-ce que c'est ? Une couille molle.
Une couille.
C'est une blague à tabac.
Ça fait couille.
Elle est déchaînée. Je sais pas ce qu'elle va manger aujourd'hui. En tout
cas, je sais ce qu'elle va boire. Et ça va piquer.
C'est n'importe quoi. C'est pas parce que je suis looké et sensible que je
suis gay. Je connais plein d'homos malsapés. Mais tu mettais mes costumes
de sel.
Mais parce que j'étais fier de toi. Tu voulais faire de la danse. Mais pour
être un artiste comme toi.
Pour quel résultat, hein ? Ça va venir, je le sens.
C'est pas grave d'être gay, mon chéri.
La société a changé. Mais je te dis que je suis pas homosexuel. J'ai jamais
couché avec un garçon.
Pour l'instant.
On met ça dans son mojito et zou.
Et la police ? À son âge, un arrêt cardiaque, c'est insoupçonnable.
Ils vont pas autopsier toutes les petites vieilles qui ont dépassé la date
d'opération.
Ils disent pas combien faut en mettre.
Mais évidemment, y a pas de mode d'emploi pour tuer sa mère. Donne-moi
ça. Ça va, arrête de m'engueuler.
Je t'engueule pas, je t'explique. Mais tu me cries tout le temps dessus.
Oh là là, c'est pas parce que je crie que je t'engueule. Ah bah ça y ressemble
beaucoup quand même.
Mais c'est, t'es mommole quoi. En fait t'es un dictateur, tu décides toujours
de tout pour nous. Non, non, non, je suis pas un dictateur, je suis un homme
responsable, qui prend des décisions. Je suis un gros connard parfois.
Et bah en attendant le gros connard il pense à votre avenir. Et on va pas
régler tous nos problèmes familiaux en une journée, j'ai pas pris assez de
morora pour tout le monde.
Allez, morito.
On commence pas par citron. Tu vas m'apprendre à faire un morito ? Non, j
'ai pas dit ça. Non, non, je crois pas non. Bah vas-y. Merci.
Je rêve.
Jamais, jamais, jamais, même pas un petit baiser. Non, jamais.
T'as jamais eu de copine ? Parce que je suis timide.
Voilà, c'est bien ce que je dis. T'es un tout petit peu homo.
Si tous les timides étaient homos, il y aurait du monde dans les backrooms.
Et Kevin Perez, je vous avais surpris en train de vous toucher le sexe. On
prenait un bain, on avait trois ans.
Je lavais le zizi, c'est tout.
Bouge pas, bouge pas.
N'empêche que c'est cool, hein.
Cool. Mon premier meurtre.
Je suis toute excitée.
Non, c'est pas vraiment un meurtre. C'est plus un départ anticipé. Non, c
'est tout de suite moins sexy. Je préfère dire meurtre.
Pas pour Ben, alors. Il a pas encore vu le côté sexy.
On va être complices d'un meurtre. Tu réalises ou quoi le niveau de proximité
? Enfin, un truc qu'on fait ensemble.
L'an dernier, j'ai proposé à Grosbranche. Personne n'est venu.
Vous dites toujours non à tout.
Là, on commet un meurtre.
On est une équipe, comme quand on était petits.
C'est trop cool. C'est trop cool, ouais.
On s'invente un cri de guerre.
Oh, à la Fort Boyard.
Et un, et deux, on tue maman.
Comme ça.
Il y a toujours quelque chose de différent chez toi.
Un peu fragile.
C'est d'ailleurs pour ça que je t'ai toujours plus protégé.
Tu es un brave garçon.
Mais tu es nul en tout.
Je suis quoi ?
La danse, nul.
La musique, nul. Le dessin, alors là, n'en parle pas, alors là.
Enfin, un petit peu mieux quand même.
Mais c'est super de vouloir être un artiste, mais encore faut-il pouvoir en
vivre. Le temps passe vite, tu sais.
Tu as toujours été à la traîne de tes frères et sœurs, collé à mes jupes.
Il est temps que tu t'assumes, que tu trouves ta propre voix.
Quelle qu'elle soit, hein.
Je croyais que tu me mets plus que les autres, moi. Mais c'est pas la question,
mon chéri.
Ça y est, ça y est, ça y est, j'ai un début de migraine.
Sors du placard et tout ira mieux.
Je ne suis pas gay, merde ! Tu finis pas ton verre ? Non, ras le bol de Casimir.
Je vais prendre une vodka.
C'est assez viril, une vodka ? Ça dépend avec quoi ? Un jus de tomate ! Tellement
gay.
Ok, c'est bon, on va la buter.
Tu vois, ça lui a fait du bien de parler avec maman.
Non, non, non ! Qu'est-ce qu'il y a ? C'est le pot de départ de maman.
Oula.
Elle va bien comprendre.
T'as piqué.
Je peux pisser tant ? C'est quoi, ces messes basses ? Vous me préparez une
surprise ? Parce que moi, j'en ai une bonne pour vous.
Avant,
je prendrais bien un petit remontant.
T'inquiète pas, on t'a préparé un truc costaud.
Bon, allez, je me lance.
Je suis amoureuse.
Comment ça, amoureuse ?
Oui, oui, amoureuse. Comme quand on a le cœur qui bat, qu'on a envie de se rouler
des pelles tout le temps, qu'on s'envoie des textos jusqu'à minuit. Mais on a
compris. De qui ? Le cubain avec le gros slip ? Non. Il préfère le garçon, lui
aussi.
Si je choisis un homme, c'est pour m'en servir, moi.
Figure-toi.
C'est qui, alors ? Soyez pas choqués.
C'est trop tard.
Voilà. C'est Bertrand Sermann.
C'est qui ?
On le connaît.
Évidemment, il a son nom sur tous ces garages.
Attends, attends, Sermane, comme la chaîne de garage Sermane, va donc chez
Sermane. Oui, c'est lui.
Quoi ? Attends, c'est le type qui a fait le procès à papa ? C'est une pourriture,
ce type.
Non, pas tant que ça.
Tu plaisantes ? Ce pourri a mis papa sur la paille.
Il a été un peu procédurier, certes.
Non, mais il est sur scrupule. Mais il a failli couler l'imprimerie. Oh, trois
ans de procès. Tout ça pour un détail de couleur sur un prospectus. On avait fait
une erreur. Il a eu raison d'être vigilant.
Bon, il a peut-être été un peu agressif, c'est vrai. Mais bon, on ne devient pas
aussi riche sans être offensif.
C'est un exemple de réussite. Mais c'est à cause de lui que papa est tombé
malade. Bon, allez, c'est du passé.
Maman est amoureuse.
Oui, vrai.
Mais c'est un sale type.
Un sale type qui va s'occuper de maman et qui en a les moyens financiers, lui.
Je suis sûr que c'est un gros porc, avec des maîtresses dans chaque garage.
Et d'une autre génération.
Tu sais, à une époque, avoir des maîtresses, c'était une obligation
sociale.
Obligation, obligation.
Moi, je me suis jamais sentie forcée.
Tu trompais papa ? Tromper, c'est quand l'autre ne sait pas.
Je suis sous le choc.
Les vieux d'aujourd'hui ont été les jeunes d'hier.
Moi, je voulais surtout pas passer à côté de la libération sexuelle des 70's.
Mais t'étais mariée avec papa.
Même en plein régime. Tu refuserais une journée porte ouverte chez la durée ?
Pour moi, c'était pareil.
Mais avec les pâtissiers.
Et papa aussi ? Il moulait pas beaucoup de succès avec mes copines. Par contre,
il était très ami avec mes amants.
Avec tes amants ? Il y a Jean-Louis.
C'était un homme d'affaires sans scrupules.
Il était prêt à tout pour réussir. Il était tellement viril.
Et Jean-Marc, son petit frère, il partageait tout.
À l'époque, leur voiture.
Et puis il y a Gino, un Italien.
Enfin, je crois.
Gourmand ! Il fourrait la calzone comme personne.
Puis il y a le gontran.
C'est qui, ce gontran ? C'est avant ta naissance.
Gontran le jardinier, celui qui pleurait tout le temps ? Il avait deux neurones.
Il mettait une heure pour couper une fleur et encore, c'était pas la bonne.
Elle était différente, c'est sûr.
Il avait la larme facile, toujours dans la lune.
Il m'offrait des poèmes et des dessins. Une vraie âme d'artiste.
Il avait un collègue sénégalais formidable.
Un beau black, très musclé, un peu comme Pedro.
C'est bon, c'est bon, tu peux t'arrêter là.
Ah ouais, au moins en mémoire de papa.
Mais votre père s'en moquait.
Même pour Bertrand, je suis sûre qu'il serait ravi pour moi. Moi aussi, alors
je suis ravi, ravi.
Au moins Bertrand, lui, pourra s'occuper de toi. Tu as raison, il s'occupe très
bien des femmes.
Ah, il me dégoûte. Et encore, tu sais pas tout ce qu'il me fait.
Elle dégage toujours autant de cash, sa chaîne de garage ?
Il me courtisait déjà à l'époque du Moulin Rouge.
Ton père était le plus rapide, comme toujours.
Il manque de bol, je tombe enceinte le premier soir.
C'est de moi que tu parles ? Mais non, de toi pas personnellement, de la
situation. La situation, elle pique un peu, là.
Tu peux pas devenir émotif comme ton frère, non ? Non, mais c'est pas ça,
mais j'apprends que j'étais pas souhaité. C'est dur, quoi, même à mon
âge. Avec tout ce que je fais pour la famille... Justement.
Inconsciemment, tu le sais.
C'est pour ça que t'en fais autant, pour te faire aimer.
Aujourd'hui... Je t'aime bien, mais à 20 balais, j'avais d'autres envies que de
te changer tes couches.
Puis t'étais pas très mignon, non ? T'es né avec la face toute aplatie, t'étais
moche. Non, t'étais moche.
Merci, ça me touche beaucoup.
Et tu l'as revue où, Bertrand ? À la fête du cochon. Il a toujours adoré les
cochonnes. Il est tellement élégant, ça a tout de suite pétillé entre nous. La
piste de danse nous appartenait, l'obstacle à notre amour.
Bertrand, vous me faites tourner la tête, Bertrand.
C'est quoi ? C'est votre téléphone que je sens dans votre poche ? Ah oui, j'ai
ça chaud.
Mais pas comme ça, vous me faites... Elle nous fait quoi, là ? Je sais pas,
mais c'est pas bon pour son oedipe, ça.
Arrêtez, arrêtez.
Non, continuez, continuez.
Embrassez-moi.
Embrassez-moi, Bertrand.
Embrassez-moi.
Je veux que votre souffle me caresse.
Partout, partout, partout, partout, partout.
Ensuite,
il va emmener chez lui foie gras, caviar, champagne.
La routine.
Oh, le cauchemar. Tu as dit quelque chose, là ? Je te prends.
Retourne. Oh, Bertrand.
Je vais revenir.
Ensuite, il m'a démonté dans tous les sens.
Tu devrais essayer, Fanny.
Ça te ferait beaucoup de bien.
Nico, tu pourrais me donner le mot de ton psy ? C'est dégoûtant. Pourquoi ?
Parce qu'à mon âge, j'aurais pas le droit ? Je suis encore pleine de vie et
je suis très loin d'être morte.
Méfie-toi, ça peut arriver plus vite que tu crois.
Ça m'a donné soif, ces émotions ! Ah bah oui ! Ah oui, oui, oui ! Ah oui, oui,
oui ! Non, mais non, non, non ! Non, non, non, non, non, non, non ! On va
plutôt sortir le champagne pour fêter ça. Oui, champagne ! Champagne, allez,
champagne !
Viens, Ben. Allez, champagne.
J'adore le champagne, ça m'a fait peur.
C'est notre chance.
Fini les galères pour l'avenir de maman.
Et même pour l'imprimerie, ça peut être très bon, le mec est blindé. Mais il est
atroce, ce type.
Alors là, ça peut être un salaud qui saute ses fables de ménage. Je m'en
tape, il est pété de thunes.
On l'a tué pas, là ? Bien sûr que non, on l'a tué pas.
Mais je déconnais, Ben, réfléchis deux secondes. On va pas tuer notre mère. On
va pas tuer maman.
Non mais c'est trop marrant.
Tuer notre mère. Tiens, google-le, ce con, tu vas voir, ça va bien te remettre
les idées en place.
Je commençais à m'y faire, moi.
Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu m'as jamais vue ? À l'amour.
Oh, je suis contente que tu le prennes comme ça.
Mais je comprends plus rien.
Fanny, en plus de ses nombreuses qualités, tu seras d'accord avec moi.
Notre ami Bertrand va rendre maman vraiment, vraiment heureuse. Et surtout,
subvenir à ses besoins. Tu veux dire que maman est sauvée ? Oui. Et nous aussi.
Je t'ai pas voté, non plus.
On a prévu de faire un petit break au Maroc.
C'est formidable, ça.
Par contre, je suis un petit peu gênée.
Pourquoi ? Ben... Je voudrais pas avoir l'air de profiter de lui financièrement,
tu comprends ? Donc... Si tu pouvais, pour les billets.
Ah ! Euh... Évidemment.
Euh... Évidemment.
Il te reste des sous ? Non, c'est rien, ça. C'est un petit compte à part, ça.
Au pire, tu pourras prendre ça sur le loyer de Ben.
Ça le poussera peut-être à se bouger.
Si seulement.
Tu veux combien ? 3000.
3000 ? Ah oui, quand même.
Ah ben c'est un truc d'un mois.
Non mais ça me fait plaisir. C'est un investissement sur ton bonheur.
Ça te fait plaisir de donner de l'argent à maman ? Ce n'est pas à notre mère que
je donne de l'argent, c'est à l'amour.
Et voilà.
T'as pas signé ? Ah oui, ah oui.
Tiens, tiens.
Donc, à l'amour.
qui va te tranquilliser sentimentalement et financièrement. Si c'est au Bertrand
que ça va tranquilliser.
Depuis qu'il a vendu ses garages, il a tout perdu en bourse.
C'est parti tout seul.
Il lui reste quoi, alors ? Moi.
C'est tout ? C'est pas rien, quand même, non ? Il n'a même plus tant qu'on voit.
Il n'a plus rien que dalle.
Plus rien ? Du coup, on va avoir besoin de toi.
Oh, purée !
Je te promets de faire attention.
Je ne prendrai que les trois étoiles.
Non, il n'y a pas des campings, plutôt ? C'est fou de tout perdre, quand même.
Un mauvais placement, ça ne pardonne pas.
Je croyais que c'était un homme d'affaires génial.
Affaire, oui, mais finance, moins.
Comment on peut se planter à ce point ? Ça arrive.
Regarde-toi, l'imprimerie, c'est pas facile.
Ça n'a rien à voir.
Donc je me retrouve avec deux vieux sans un sou, maintenant.
Deux vieux, dont un garagiste lubrique.
Ça va m'aider à faire des choix, ça.
Vous avez de la chance de partir au Maroc.
Nous, avec les enfants, on peut plus. C'est trop cher.
Quoi ? T'as plus de forfaits, c'est ça ? Quoi ? Oh, tu joues au mime ! Comme
quand vous étiez petits.
Oh, cool, du mime, j'adore. Vas-y.
Vas-y, on joue.
Bah allez, commence.
Bah allez ! Attends, c'est quoi ? C'est une cravate ? Un homme ? Évidemment,
avec Ben.
Un volant ? Une voiture ? Fast and Furious ! Vin Diesel ! Je l'adore ! Bon,
change ! Vas-y, change ! Attends, j'ai trouvé !
Michel Grecoeur ! Évidemment, si ça parle de sexe, c'est pas à nous trois !
Une écharpe ? Un pendu ? Ah, j'ai trouvé ! Maman ! Non, non,
non ! On joue, on joue, mais...
Il est vraiment nul en mime aussi.
Tu veux qu'on te fasse gauler ou quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Arrête de
mimer, abruti ! C'est Bertrand. Oui, on sait, il n'a plus rien.
C'est pas qu'il n'a plus rien, il n'est plus rien. Le mec est mort il y a deux
ans dans un accident de voiture.
Regarde.
Mort ? Les morts sont Bertrand ? Elle vire folle, elle s'imagine des trucs, t
'avais raison. C'est Alzheimer.
Voilà, c'est ça, c'est Alzheimer.
Faut que je récupère mon chèque.
Tu comptais la buter et risquer pas de l'enquêter, ton chèque radin.
Quoi, moi, radin ? Qui c'est qui paie ton appart ? Moi, au 6e, sans ascenseur.
T'es sérieux, toi ? Oui.
Bon, on reste concentrés sur maman.
Qu'est-ce qu'on fait, alors ? On la retue.
Faudrait savoir.
L'important dans la vie, ma chérie, c'est le plaisir, le sexe, l'alcool.
José aussi devrait boire. Vous donnez un peu de courage.
Non, bois pas, bois pas. On n'a pas encore décidé.
Décider quoi ? Si je peux boire ?
Pourquoi ? Non, mais ne touche pas, je t'ai dit. Ça va, je ne suis pas saoule,
laisse-moi tranquille.
Non, les gars, venez, maman veut boire le mojito surprise.
Il est empoisonné ou quoi ? Non, les gars, vite, elle a tout compris.
Arrête. Donne-moi ce verre tout de suite.
Arrête. C'est que je veux. C'est quoi, ma mère ? Prends-moi mon verre. Non,
non, non, non, non, non.
Qu'est-ce que t'as foutu ? J'ai fait ce que j'ai pu.
Elle allait boire le mojito empoisonné.
Alors comme on veut plus la tuer, j'ai pas eu le choix. J'ai dû la sauver en
lui mettant un grand coup de pute dans la gueule.
Ça s'appelle une bifle.
Mais t'es timbré.
Vous vous foutez de moi ou quoi là ? Yes, mon chèque. On parle de la
cigouillée depuis une heure et elle va me saouler parce que j'ai juste un peu
biflé.
C'est bon, elle respire. Je vais aller chercher un linge humide pour le mettre
sur le front.
Elle allait nous balancer. Je lui ai réglé son compte avant qu'elle nous
règle l'autre.
Et comment tu parles ? Tu t'es crue dans un film ? Je baisse pas.
Ça laisse du temps pour la télé.
Bon, file-moi un coup de main. On peut pas la laisser comme ça.
Là, c'est bon.
Elle est en sécurité.
Ma statue ! Je suis tombé, je me suis en mes pieds. Tu sais combien
ça coûte, ça ? Là, plus rien.
Je vais te tuer, Ben !
Oh non mon David Morgan.
Il est foutu là.
C'est plutôt ton nez qui est foutu.
Oh non mon nez.
Oh non.
Ça va faire louche.
Une mort naturelle avec une fracture du crâne.
On s'en fout, on la tue plus. Mais si, si, elle a complètement perdu les
pédales. Non seulement son Bertrand n'a plus une thune, mais en plus, petit
détail, il est mort depuis deux ans.
Non. Si.
Donc faut la retuer ? Attention là, vous marchez sur maman. Mais saucissonne-la
toi au lieu de chouiner ! T'as été livrée sans couilles ou quoi ?
Merde, le voisin. Je peux me le faire.
Mais non, me le faire.
Occupez-vous d'elle, moi je vais le direr.
Allez.
Voisin, voisin.
C'était ouvert, je me suis permis.
J'ai aperçu votre mère, je suis venu lui présenter mes hommages. Oui, non, ça ne
va pas être possible parce qu'elle dort.
Déjà ? Aide-moi, on va la mettre sur le canapé. Oui, elle est vieille.
Oui, mais charmante.
Charmante. Ça, on ne doit pas parler de la même personne.
Ah,
elle s'est réveillée.
Qu'est-ce que je vais laisser poser là ? Voilà.
Moi, je vais vous laisser.
Oui, oui, c'est mieux. C'est mieux.
Vas
-y,
recule.
Attends.
Vas-y, pivote.
Tourne. C'est bon, je tiens.
Allez, on sera mieux pour l'attacher là. Tu l'as dégagé, c'est bon ? Ouais,
ouais. Ouais, il faut fermer là, j'ai pas envie que tous les voisins
débarquent. Passe ta ceinture. Oh non, non, c'est ma ceinture. Donne ou je te l
'arrache au pied de biche.
D'accord, d'accord, tiens.
C'est trop d'émotion pour moi ça.
Mais non, pas celui-là ! Oh ! Je vais mourir ! Oh non ! Attendez !
Je sens que je pars ! Oh mon Dieu ! Il a bu le mojito cet abruti ! Oh je pars !
Je pars ! Je pars ! Je pars !
Ça va, t'as bu juste une gorgée.
C'était court comme vie.
Ça y est, je vois le bout du tunnel.
Au pire, t'auras une bonne chiasse pendant deux jours.
C'est con qu'il ait arrêté les couches.
Oh, je t'aime.
Papa, j'arrive.
Ça va mieux, là ? Oui, oui, ça va mieux, oui.
Bon, qu'est-ce qu'on fait ? Je sais pas.
Ah non, hein ? T'as intérêt à savoir, hein ? C'est ton idée, tout ça.
C'est pas vrai.
C'est quoi ça ? Tiens, j'ai du diarhétile.
Ah, je prends.
J'ai pas envie de me vider par les deux bouts. De toute façon, on te filera du
poulet, ça va éponger. Ah bah certainement pas, on va manger quoi
sinon ? Non mais alors toi, je suis en train de crever et tu penses qu'à
bouffer quoi.
Me cherche pas, sinon je te finis au hachoir, cheveux de taquet.
Oh, je meurs.
Je sens que je meurs. Non mais c'est bon, tu vas pas mourir. Tu seras juste
un peu plus mou que d'habitude.
Plus mou que d'habitude, c'est mort.
Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Putain, mon chèque !
Très
bien ça.
Tiens, tu bois tout, ça c'est un anti-poison. T'es sûr ? Non, mais j'ai
que ça.
Et tu prises. Elle s'est réveillée.
Bon, allez, faut finir ce qu'on a commencé, là.
Moi, je suis plus en état. Ça fait longtemps qu'on le sait, ça.
Allez, Zou, on y va.
Excusez-moi, je suis plus en état, mais... Allez, Zou, avant un meurtre, ça
fait un peu amateur.
Zou.
Téléphone confisqué.
Qu'est-ce qui se passe ici ? Il est où, mon Jacques ? Aide-moi.
Aide-moi.
Attends. Ça va, ça va.
C'est vous qui avez piqué mon Jacques ? Ta gueule, la vieille.
Je ne te permets pas. Ta gueule ! C'est fini, je te permets. Je ne te permets
plus. Mange pas ci, mange pas ça.
C'est le bout du chemin pour toi.
C'était pas mon idée, tout ça. Tu t'en souviendras.
Et qu'elle s'en souvient d'où ? Au paradis, avec papa.
Il l'a bien attaqué, lui, Morito.
Ça suffit ! Détachez-moi ! Les enfants ! Détachez maman !
On n'est plus des enfants, merde ! Ah bordel, j'avais du bien ! Alors là, on
est dans le top 3 des meilleurs moments de ma vie.
Mieux que mon épouselage avec Kévin Pérez. Toi aussi t'as couché avec Kévin
Pérez ? Mais j'ai pas couché avec lui ! Ouais, d'accord, ouais. On avait 3 ans.
Je mesurais juste son zizi, c'est tout.
Ben, concentre-toi, là. On réglera tes problèmes de cul plus tard. Ouais, là,
on est en train de tuer maman ! Quoi ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Non,
maman.
Ce qu'on fait, on le fait pour ton bien.
Après avoir beaucoup, beaucoup réfléchi.
Tu te souviens quand papa était malade ? Un jour, tu m'as dit chéri.
Non, c'est Ben que j'appelle chéri, pas toi, jamais.
C'est vrai, Nico.
Chéri, c'est moi.
Bon, OK, tu m'avais dit chéri, mais bon, comme tu veux. Il n'y a pas de problème.
Donc tu m'as dit, Nico, si un jour je perds la boule, je te demande de m'aider
à en finir. Ben voilà.
Mais je perds pas du tout la boule. Ah ouais, tu perds pas la boule. T'es en
boucle, ma vieille.
Et sur quoi je suis en boucle, ma grosse ? Avec tes histoires de moulin rouge à
la con.
J'ai été meneuse de revue. C'est pas à toi que ça arrive.
T'as dansé trois fois au moulin rouge et tu nous saoules avec ça depuis 30 ans.
Dès qu'on dit revue, boum, elle lève la jambe au-dessus de son cul.
Hier, c'est qui j'ai revue, boum, elle lève la jambe. J'ai lu une revue de
mode, boum, la jambe. On a tout passé en revue, boum. Oui, c'est bon, on l'a
compris. Tu peux retourner avec tes chamallows.
Mais tu continues d'être méchante, même ficelée comme une dinde.
Tu m'as pourri ma vie de femme.
Tu m'as pourri ma vie tout court. On s'en fout que tu sois grosse, Fanny.
Tu vois ? Tu vois, maman, ton influence de merde ? Ta méchanceté me déforme dans
leurs yeux.
Tu me fais chier.
Et tu sais quoi ? Mes enfants, ils t'appellent la sorcière. Ouais, et ils
ont bien raison.
Reprends-toi, reprends-toi.
Voilà, voilà.
Prends un chamallow.
Tu respires.
Voilà. Pense à l'acrobrance. C'est bien l'acrobrance.
Voilà. Bon alors c'est quoi votre explication logique pour me flinguer ?
Ah non mais on veut pas te flinguer.
On va t'empoisonner.
Oh mais c'est beaucoup mieux ! Ah oui ! Non mais t'inquiète pas, c'est sans
douleur. Tiens, un peu comme une grosse cuite.
Oh, t'as l'habitude.
T'es déjà dit de pas parler à la bouche pleine, la grosse.
Allez, bois ça ! Bois ça, je t'ai dit ! Tu bois ! Non, non, non, pas comme ça
Fanny. Mais comment tu veux le faire toi la molasse ? Tu crois qu'elle va le
siroter en train de s'oliver ?
J'ai plus d'argent, j'ai le plus gros tissu ! Laissez-moi être chef de famille
! Non, mais n'importe quoi ! Ecoute, maman.
Bertrand, l'homme que t'aimes, on a appris qu'il était mort il y a deux ans.
Ça va ? Tu veux de l'eau ? De l'eau ? Je préfère un mojito, même empoisonné. C
'est Alzheimer, ça.
T'as oublié qu'il était mort ? Arrête de me parler comme une débile ! Mais je
sais très bien qu'il est mort.
J'avais besoin d'argent, c'est tout.
Comment ça ? Quoi, comment ça ? J'ai besoin de fric, de blé, de thunes, c'est
clair ? Arrête de nous parler sur ce ton ! Je suis ligoté, je parle comme je
veux. Mais qu'est-ce que t'en as fait, tout cet argent ? Je voulais vous faire
une surprise, mais vous avez tout gâché.
J'ai acheté une belle maison.
Pour toute la famille.
À la boule.
On y passait de si belles vacances, vous vous souvenez ? C'est une maison
sublime, face à la mer.
Avec un grand jardin pour les enfants.
Il y a même une cabane dans les arbres.
Et une jolie petite piscine au soleil.
C'est vrai ? Mais non, c'est pas vrai, grosse conne.
Qu'est-ce que vous croyez ? Je l'ai bu, tout ce pognon, bande de minables.
Salope. Tu voulais juste me piquer du fric. Ça te surprend ? Mais si on n
'était pas là pour te faire croire que ton pognon a un petit pouvoir sur nous,
elle ressemblerait à quoi, ta vie ?
Mais c'est ce que vous pensez aussi, là ? Hein ? D'accord.
Je peux arrêter de vous donner de l'argent, y a aucun problème. Non, non,
non, on t'aime, on t'aime. On t'aime ? On est avec toi, d'accord ? On va
recharger le mojito.
Oui, hein.
Heureusement qu'il reste de la perille. Ta gueule.
Sympa.
C'est horrible ce que tu me dis.
Et toi, c'est pas horrible ce que tu me fais ? Ça n'a rien à voir !
Je le fais pour le bien-être de Ben et Fanny, tes enfants.
Je peux plus les entretenir.
T'en as fait des handicapés de la vie. C'est toi qui en as fait des handicapés,
qui les achètes.
Regarde où tu en es.
Pas de femme, pas d'enfant, pas d'amis.
Même ton chien, il reste par intérêt.
Tout ce qui compte pour toi, c'est l'argent.
Mais moi, ce que je voulais, c'était réussir.
Pour que tu me regardes enfin, quoi.
Pour que tu m'aimes.
Il a beau beau, le petit garçon et sa maman ! Tu comprends ce que je te dis ?
L'argent n'a jamais été une de mes valeurs. Tu crois que c'est la vie dont
je rêvais ? Passer mon temps à bosser pour tout le monde ? Je suis le pigeon
de cette famille ! Je n'ai pas eu le choix ! On a toujours le choix !
Non, c'est vrai.
T'as raison.
Je vais m'assurer qu'ils me mettent bien la dose.
Chargez-le bien, j'ai pas envie de la finir la main. T'inquiète pas.
La pute se tire. Où est-ce que je l'ai mise ? Qu'est-ce que tu fous ? J'ai pas
de marché dessus.
Foutu pour foutu.
Et un mojito pour le paradis. Un !
Pousse-toi.
Mais tu fais quoi ? C'est son dernier cocktail, autant qu'il soit réussi.
Ben mets-le sur Instagram quand il y est.
Ben ouais, bonne idée.
Voilà, parfait.
Ah oui, il a un niveau virilité en bas des records.
Puis retire-moi ce truc du pif, t'es ridicule, c'est grotesque.
Qu'est-ce qui se passe encore là ? C'est la vieille.
Elle s'est barrée.
Bah oui, il y a son sac dans l'entrée. Mais tu l'avais pas attachée ! Bah si,
je l'ai attachée ! Elle m'impressionnera toujours.
Allez, bouge-toi, Udi ! Faut la retrouver avant qu'elle se tire ! Elle
peut pas être bien loin, j'ai tout fermé.
C'est bon, sa voiture est toujours là.
Attends, j'ai une idée.
Attends, tu vois.
Oh ! C'est une très bonne idée, bravo. Bravo.
Attends, j'ai entendu un truc.
Maman ? Elle est là-haut, elle est là-haut.
Voilà,
c'est un porte-manteau finalement.
Ah, ta gueule ! Maman ?
Maman ?
J'arrête jamais.
Putain, non, tu...
Maman
?
On l'a plumée pour vous ?
Madame
Morée ?
Oh non ! Oh non ! Aussi, aussi ! Oh
la coquine ! Oh la coquine !
Attendez
-moi, attendez-moi ! Elle est là, elle est là.
Maman, ouvre ! Maman, ouvre, c'était pour rire ! Vous avez changé d'idée ?
Ne m'étonne surtout pas. Un vieux garçon radin, un boudin mal baisé, un homo
refoulé, un artiste raté.
J'ai vraiment loupé un truc dans votre éducation.
Oui, mais par contre, nous, on va pas te louper.
Fais-moi la bite, là.
Fais un pied de biche.
Tu la tiens mal, faut la prendre par le bout.
Ah, putain, merci l'expert, elle s'est pétée.
Maman, pourquoi t'as inventé toutes ces histoires ? Mais parce qu'elle est
givrée. Je ne suis pas givrée.
J'ai pas envie d'être seule.
Alors je m'invente des histoires.
Je ne veux pas finir comme ces petits vieux, abandonnés de tous.
On déjeune avec toi tous les dimanches. Parce que bouffer avec vous, ça remplit
une existence.
Casse-toi de là et de m'ouvrir la porte, je vais te cheviner comme une fiotte.
Ça fait 40 ans que ça dure.
Où est ce con ? Je ne sais pas, vas-y.
Vous avez pourri ma jeunesse. Je n'ai pas envie que vous pourrissiez ma
retraite. Mais justement, on te propose une solution.
En me butant ? Je te remercie.
Putain, c'est où ?
Maman
!
C'est juste une question d'équilibre.
Comme à la danse.
Je crois qu'il y a un loquet à droite.
Pousse-toi ! J
'ai plein d'écharpes dans l'oreille.
C'est mort.
La peau de si je veux.
Non.
Pourquoi tu l'avais dit ? Tu vois, tu m'écoutes jamais.
Allez, venez, elle se fait la malle.
Tiens, vas-y ! Voilà, ça.
Regardez-la.
Mais t'as vu où ça t'a amené, tous tes mensonges ? Mais pourquoi t'as fait tout
ça ? Pour ne plus gâcher le temps qui me reste.
Je me suis juste inventé une vie.
Et Bertrand, parce que j'aurais aimé que ça arrive vraiment. Et Pedro, le cubain
? Oui, il existe vraiment, mais... Il n'a jamais voulu de moi. Ah ouais ? Et t
'aurais envie de toi, toi ?
Qu'est-ce que tu fais ? Tu fais chier, José ! Diverte-toi avec les gosses ! On
est en train de tuer maman ! T'es aussi con que Ben, en fait ! En attendant, le
con, il a pensé à prendre une asse ! Pour la planter dans le plafond ! C'est
pas son truc, le bricolage ! Lui, ça serait plutôt la couture ! Merde, merde,
merde ! Vous me faites tous chier ! Puisque je vous dis que je ne suis pas
gay ! Arrête ! C'est plutôt être impérieux, c'est pas ?
Gagne la gueule ! Il est malade, ce type ! Arrête !
Arrête enfin !
Non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non,
non,
Profitez de la vie, merde ! Sans plaisir, à quoi ça sert de vivre ?
Croyez-moi, je les ai faites avant vous ! Arrête-toi ! Nico, vends cette boîte à
la con ! Achète une maison plus modeste et amuse-toi au lieu de te pourrir la
vie avec ton pognon ! Fanny, arrête de bouffer ! Libère-toi et baisse, baisse
tant que tu peux ! Mais je demande que ça, moi ! J'en peux plus du bon manuel !
Et toi, Ben ?
Arrête de rêvasser.
Passe un cap.
Y a pas de mal à être homo. Prends-toi un bon coup de bite et une bonne fois
pour toutes.
Putain, tu vas voir.
C'est un tempérier ! T'aurais dû la garder.
Ça aurait pu te servir.
Bon, allez, on vote.
Grand morceau, on la sauve.
Petit, on la sauve pas.
Tiens.
J'ai deux grandes.
Surtout, vous pressez pas, hein ! J'ai tout mon temps ! T'as quitté du vote,
quand même.
C'est notre
berceuse, ça.
Si maman s'est déjà cachée, c'est qu'elle a vu le loup rôder.
Allez, on reste concentrés.
Allez. Allez !
C'est bon, accroche-toi.
Pardon maman. C'était pas mon idée mon loup.
Ben ! On
va
trouver une solution.
T'as raison, je vais réduire mon train de lit.
Vendre la maison de papa, peut-être.
Bon, Fanny, je vais réduire ton salaire.
Ben, je peux pas réduire ton appart, donc il va falloir que tu trouves un
vrai métier.
Stéphanie.
Ça, c'est pour m'avoir assommé.
Nicolas.
Ça, c'est pour ton idée.
Benjamin.
Ça, c'est pour les avoir suivis.
Oh ! Oh non ! Mais pourquoi deux, moi ?
J'en sais rien, ça me détend.
Quelqu'un a quelque chose à ajouter avant que j'y aille ? Un reproche à me
faire sur la petite enfance ? Une coupe de cheveux trop courte ? Une réunion de
parents d'élèves que j'aurais ratée ? Non ? Allez, dégagez maintenant.
C'est dingue, quand même.
Un trench tout neuf, hein ? Trois petits cons.
J'ai jamais dit que tu es maman.
Par contre, ce soir, on laisse les enfants à ta sœur et t'as intérêt à me
dégoûter dans tous les sens.
On va dire qu'on s'est tous un petit peu emballés.
Mais on va quand même attendre un week-end ou deux avant de se revoir.
Mon chèque !
Bon, et bien la semaine prochaine, comme d'hab.
Monsieur le prof, viens.
Monsieur le prof.
Là, il porte bien son nom.
Ah, j'ai raté ma manœuvre.
Désolé. Au revoir, les enfants.
Au revoir, maman.
Merde, ton chèque.
A priori, elle ne va pas l'encaisser.
Vous croyez qu'elle... Non.
Elle est cuite, le poulet.
Avec tout ça, elle n'a pas mangé.
Au fait, il faut que je vous avoue quelque chose.
On ne te casse pas. On a compris.
... ... ...
...
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