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501
Écoutez-moi tous, écoutez-moi tous, écoutez-moi tous, imaginez si nous, les
nègres, nous débarquions sur les côtes françaises, arrachés, femmes et enfants,
vos pères et vos mères, pour les conduire en Afrique marquée au fer, vous
les blancs, vendus, achetés par le crime, volés.
Forcés au travail à coups de triques Chaque jour serait un bourreau Un pas de
plus vers votre tombeau Seule consolation quand existence, désolation
aussi Blasphémant leur Dieu en plus Nous prétendons que c'est du ciel Que vient
notre mission Quel cri de désespoir, quel cri d'horreur Retentirait en France
Et dans vos cœurs Songez-y en blanc Voyez ce que vous nous faites Ce que je
viens de vous conter C'est un abbé blanc de métropole L'abbé Grégoire qui l'a
affirmé en fait Mes frères Mes soeurs, Furcy est un exemple pour nous.
Donnons-lui la force de rompre ses chaînes pour nous. Mes frères et mes
soeurs, Furcy est un exemple pour nous.
Donnons-lui la force de rompre ses chaînes pour nous. Mes frères et mes
soeurs, Furcy est un exemple pour nous.
C'est parti !
Première question que je pose au juré. L'esclave Fursy est-il libre parce que
sa mère, Madeleine, aurait été affranchie il y a 30 ans, alors que
cette dernière est demeurée toute sa vie sur la propriété de ses maîtres, qu'il
entretenait parfaitement ? Oui, levez la main.
Non, levez la main.
Décision adoptée.
Deuxième question.
L'ordonnateur de Bourbon, Philippe Desbassins, a-t-il le droit de faire
arrêter et incarcérer un esclave qui fuit la propriété de son maître pour
acte de rébellion et fait de marronnage ? Oui, levez la main.
Passez-lui les fers. Non, attendez, c'est incompréhensible. Furcy se
retrouve dans la position d'accusé alors qu'il vient réclamer sa liberté.
Monsieur le Président, vous n'avez pas pris en compte les conséquences
juridiques de l'acte d'affranchissement de sa mère que Furcy a trouvé à sa mort
et qui prouve, monsieur le Président, il est dans le dossier, vous n'avez même
pas mentionné clairement ce document. Un esclave n'a pas à assigner son maître en
justice.
La suspension.
La suspension ? Ah oui.
Le substitut du procureur, Jacques-Sully Brunet, doit-il être suspendu de ses
fonctions pour avoir reçu et conseillé un esclave à agir en justice ? Oui. Bien
évidemment.
Il y avait des liens très forts entre nous. Merci.
La trahison est impardonnable.
Tu as toujours fait partie de notre famille, avec ta mère, ma Madeleine. Je
remercie l'assistance. L'audience est levée. Monsieur le Président, pardonnez
-moi.
Vous savez bien que je suis autorisé à prendre la parole après ce verdict.
Faites vite, monsieur le procureur. Je prendrai le temps qu'il faut.
C'est un jour sombre pour la justice de notre pays.
Je devrais normalement me taire face à une décision du tribunal, mais aujourd
'hui c'est impossible.
Ce à quoi nous venons d'assister est une sentence arbitraire.
Fursy devrait être libre, car sa mère a été affranchie il y a des années.
D'autre part, maître Sully Brenet n'a fait que son devoir et rien d'autre.
La résolution qui le frappe est injuste.
En tant que procureur général du roi, je demande que cette ordonnance ne soit pas
enregistrée. Car M. Joseph Laurie étant jugé parti dans cette affaire, il n'est
pas légalement qualifié pour voter une ordonnance de renvoi et d'exil, même s
'il est juré.
Je ne sais pas combien de temps je vais rester sur cette île, mais tant que j'y
serai, mes facultés seront employées à garantir avec fermeté la loi et l
'honneur des femmes et des hommes de l'île, quels qu'ils soient.
Je demande donc au greffier de noter ce qui suit.
Je fais appel de la décision qui vient d'être prise concernant le dénommé
Furcy. Je vous rappelle, messieurs, que l'appel étant suspensif, on doit retirer
les chaînes de Furcy et lui rendre sa liberté immédiatement.
Retirez-lui ses fers.
Vous
êtes
contents ?
D'un simulacre de procès ? Franchement, non.
Vous ne m'empêcherez pas de penser que vous êtes la personne qui se cache
derrière la tentative pathétique de rébellion de mon esclave.
Vous savez, ici, dans cette île, les esclaves n'attaquent jamais leur maître
en justice.
Et l'acte d'affranchissement de sa mère, qu'en faites-vous ? Je ne le connais
pas. Peut-être que c'est votre substitut qui en est l'auteur.
Vous savez, lorsqu'on est jeune, on est avide de célébrité.
Qu'est-ce que vous cherchez exactement ? La seule chose qui m'importe est de
savoir si Furcier est libre.
Pour moi, la réponse ne fait pas de doute.
Reconnaissez la liberté de cet homme et vous n'entendrez plus parler de moi dans
cette affaire. Vous êtes un étranger ici.
Vous ne connaissez pas nos usages. Vous vous fichez de l'avenir de Bourbon.
Vous êtes imbu des principes démagogiques de la Révolution. En fait,
j'ai l'impression que vous vous inspirez de Saint-Domingue.
Une république d'esclaves, c'est ça que vous voulez ? Une révolte comme celle de
Saint-Leu ? Parfois, une petite révolution a du bon.
Vous savez, Sadomane n'est pas Bourbon.
Les esclaves sont heureux ici.
Visiblement pas tous.
Votre Excellence, Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies, ainsi ce
magistrat, Gilbert Boucher, qui devait prêcher le respect des lois et des
décisions de justice, Transformez le palais de justice en une assemblée d
'insubordination et de révolte.
Je ne crains pas de le dire.
Boucher est le véritable auteur de la rébellion de mon esclave. C'est lui qui
très probablement a fabriqué les écrits présentés.
Le principal coupable peut-il rester impuni ? Et les troubles à l'ordre
public doivent être évités.
Votre très humble et très obéissant serviteur, Joseph Laurie.
C'est là.
Nous avons le mandat. Oui, Constance.
En français, madame. Oui, Constance.
C'est magnifique.
C'est un grand endroit. Ici, il y aura une chambre.
Ici, une autre chambre.
Et là où tu es, un grand salon.
Qu'en dis-tu ?
J
'ai parlé au fils de Turpin.
Son père mettra le terrain en vente dès son retour de Madagascar en avril.
Il en veut combien ? 200 francs.
Le terrain va jusqu'à la plage en contrebas.
Plus tard, rien n'empêchera de construire un étage.
Et tu crois que Turpin acceptera d'être payé en papaye et en noix de coco ? Je n
'ai pas en sous.
T'en fais pas pour ça.
Je pourrais avancer une bonne partie de la somme.
Et le fils de Turpin m'a dit qu'il me ferait crédit pour le solde.
Tu penses vraiment à tout ? Oui.
C'est toi qui as appris à lire et à écrire à ton demi-frère.
Je t'avais pourtant défendu.
L'instruction est un poison pour les esclaves.
Ça gangrène l'obéissance.
Et finalement, c'est toi. C'est toi qui lui as mis ces idées de rébellion dans
la tête.
Rien que pour ça, je pourrais te traîner au tribunal.
Tu baisses les yeux, c'est bien.
C'est bien.
Quand on a été esclave, on l'est toute sa vie.
Tu le sais bien.
Lâchez-moi ! Un acte d'affranchissement, c'est rien qu'un petit bout de papier.
Tu veux rester la même, ta couleur de peau.
Tu pourras jamais la changer, tu comprends ? Si mon beau-père t'a
affranchi il y a 30 ans, c'est parce qu'il avait honte d'avoir engrossé ta
mère.
Et toi, maintenant, tu te pavanes en ville ?
Tu fais la fière et la femme indépendante.
On n'oublie pas d'où tu viens.
Ne croyons pas que Fersi ait monté seul un tel dossier contre M.
Laurie. Qu'en penses-tu ? Réponds.
Réponds à l'ordinateur de Lille. Nous sommes certains que derrière celui de
Brunei, il y a le procureur Boucher.
Allez, réponds ! Réponds !
Nous te demandons de signer cette lettre. Elle confirme, par écrit, ce qu
'a fait ce procureur et le complot qu'il a organisé.
Voilà. En échange, je ne porterai pas plainte contre toi.
Pour complicité d'atteinte à l'ordre public. Ça t'évitera la prison.
Et ça évitera la prison à Montchurcy.
Je suis désolé.
Bravo. Non.
Non. Non, non, non.
Calme, calme, calme.
On
recommencera
jusqu'à ce que tu signes.
Et Jean fait la fille.
Maman ? Maman ? Maman
?
Vous
goûtez
?
Maître Laurie te croyait différent des autres esclaves ? Mais non.
Menteur.
Faux.
Traître.
Je l'avais prévenu pourtant.
Tu es pire qu'un chien, Brabant.
Tiens pour le chien, bouc d'eau de main.
Ça m'aime où t'es, EF, quand t'écailles le goût.
Non, lâche-le ! Vous n'avez pas le droit à lâcher ! J'ai le droit de circuler
librement jeter à mon nouveau procès ! Fallait demander au procureur du roi !
Bravo ! Espèce de joug là !
Bonjour, Furcy.
Je me demandais où vous étiez passé.
Ne m'en voulez pas, mais les choses se sont terriblement compliquées pour moi.
De Bassin et le gouverneur de Bourbon ont fait en sorte de m'interdire l'accès
à la prison.
Depuis plusieurs semaines, j'ai réussi à venir ici grâce à l'aide de certaines
personnes qui soutiennent votre cause.
Mais mon emprisonnement est illégal. Je sais.
Mais Laurie et De Bassin font peur à tous les propriétaires et au gouverneur.
en leur martelant que vous causez des troubles à l'ordre public.
C'est des bassins qui mènent la danse désormais.
Il utilise votre cas à des fins politiques.
Il a réussi à faire exilier Sully Brené il y a trois jours.
J'ai moi-même reçu des menaces physiques.
Ils refusent tous de me payer mes émonuments. Tout cela est ignoble.
Mais comment allez-vous faire pour le nouveau procès ? Je me suis organisé
avec un avocat installé à Saint-Pierre depuis dix ans.
Maître Godard des abonnés.
Il s'occupera très bien de votre défense. Il connaît parfaitement l'île.
Cela permettra de calmer les esprits.
Il est au courant du dossier ? Oui, oui.
Et il est confiant.
Je lui ai remis des copies certifiées de toutes les nouvelles pièces.
Les originaux seront transmis chez Tchian Yuar du site justice de la rue
Bertin. J'ai prévenu Virginie Béga ainsi que votre sœur.
Je leur ai dit d'en faire de même avec tous les nouveaux documents officiels.
Ça va bien se passer.
Quand aura lieu ce nouveau procès ? D'ici deux mois, je pense.
Ça vous laisse le temps de le préparer.
Il faut que je vous dise, Furcy, Constance a signé des aveux écrits
contre moi.
C'est impossible.
Ils l'ont contrainte physiquement.
J'ai d'abord pensé faire un rapport écrit à la chancellerie, puis écrire au
ministre des colonies, leur garantir que votre démarche n'est pas celle d'un
émeutier ni d'un agitateur.
Mais cela va prendre des mois.
J'ai alors pris la décision de me rendre à Paris.
Je pars mardi prochain à bord du Télémac.
Cela me permettra une fois sur place d'alerter directement le garde des
Sceaux de toutes ces pratiques illégales et d'être entendu rapidement.
Lorsque je vous ai abordé l'acte d'affranchissement de ma mère, vous m
'aviez assuré de votre soutien à mes côtés.
Et maintenant, vous fuyez.
Je vous assure, c'est ce qui est le plus efficace à faire.
Mais je ne vous abandonnerai jamais, Furcy. Vous n'êtes déjà plus là,
Boucher.
Pour vous.
S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Silence !
Est-ce vrai qu'avant d'être mis en prison, vous ne vous
étiez pas rendu chez votre maître depuis plus de 30 jours ? Vous pouvez le
répondre.
Oui, c'est vrai.
Mais je n'avais plus à m'y rendre, sachant que j'étais libre.
S'il vous plaît, je vous prie de respecter cette audience et de taire vos
réactions intempestives.
Maître Paul Satin, je vous laisse le soin de nous faire part de votre analyse
de cette affaire. Merci, Monsieur le Président.
Messieurs, je ne veux pas vous abreuver de textes de loi, mais je tiens juste à
en rappeler quelques-uns à votre connaissance qui me semblent
particulièrement propices à notre affaire.
Ils sont évidemment issus du Code noir.
qui est entré en vigueur à Bourbon depuis près d'un siècle, pour protéger
nos esclaves.
Eh bien, que dit-il, messieurs les magistrats ? D'abord, son article 2431,
qui stipule clairement « Les esclaves ne pourront pas agir en justice, seuls
leurs maîtres pourront défendre en matière civile et poursuivre en matière
criminelle. » L'action en justice de l'esclave furci en instance et en appel
sont tout bois de moitié recevables.
L'esclave furcier n'a tout simplement aucun droit de se présenter devant vous,
messieurs les magistrats, et encore moins d'assigner son maître.
Un esclave n'est pas une personne, c'est un meuble.
Depuis quand une armoire peut-elle demander justice ? Nous pourrions
évidemment nous arrêter là, mais les faits sont graves.
Il crée un précédent irréparable, susceptible de donner des idées à tous
les esclaves de Bourbon. C'est une atteinte dangereuse à l'ordre public.
S'il vous plaît, silence.
Nous irons donc plus loin au fond de l'affaire, avec l'article 3944 du Code
noir. Je cite.
Les esclaves sont des meubles, et comme tels, ils entrent dans la communauté,
ils se partagent également entre les co-héritiers.
Messieurs, la mère de Furcy, Madeleine, était aussi un meuble.
propriété de la veuve Routier, qu'il avait acquise en 1770 en bonne et due
forme. Le meuble a bien été légué par testament à la famille de Joseph Laurie,
son beau-fils, et j'ai ici les documents qui attestent qu'en citoyen honnête, ce
dernier a réglé légalement les droits de succession à la mort de sa belle-mère.
Alors, le dénommé Furcy invoque un vieux bout de papier.
trouvée dans les affaires de sa mère, qui attesterait l'affranchissement de
cette dernière il y a près de 30 ans, et donc, selon lui, la prétendue liberté de
Fursy.
Si ce papier n'est pas un faux, j'aimerais du reste pour cela que l'on
prouve son authenticité.
On ne peut de toutes les manières rien reprocher à Joseph Laurie, qui n'en
avait jamais eu connaissance, et qui, depuis plus de 10 ans, a une possession
régulière et paisible de son meuble Fursy.
Je tiens absolument à souligner l'humanité.
et la confiance de Joseph et de sa femme, Eugénie Laurie, pour Furcy, qui a
toujours été bien traité.
Il en avait fait son serviteur dévoué en lui confiant les meilleures tâches, les
moins fatigantes. Furcy n'a jamais eu à se plaindre des comportements de son
maître. Et je vais vous révéler quelque chose.
Joseph Laurie a su, il y a très peu de temps, qu'il avait appris à lire
clandestinement et qu'il dissimulait aussi des liens secrets avec la
préceptrice de ses enfants.
Virginie Béga.
Et voilà qu'aujourd'hui son pitoyable esclave trahit plus gravement sa
confiance en l'assignant en justice, en prenant la fuite.
Que dit le code noir déjà sur la fuite d'un esclave ? L'article 31.
L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que
son maître l'aura dénoncé en justice aura les oreilles coupées et sera marqué
d'une fleur de lys sur l'épaule.
Esclave Fursy, estimez-vous chanceux et heureux que votre maître ne vous ait pas
infligé ce traitement.
Alors que votre fuite ne faisait qu'ajouter de nombreux troubles à l
'ordre public, il a trouvé plus sage de vous faire emprisonner dans l'attente de
ce procès.
Il a eu grandement raison.
Maître Godard des Zaponais, vous avez été désigné pour défendre l'accusé
Fursy.
Qu'avez-vous à dire ? Messieurs les juges, depuis quelques semaines, hors de
ces murs, Et aujourd'hui, dans l'enceinte de ce tribunal, on veut nous
faire croire à une affaire susceptible de remettre en cause les fondements de
notre société coloniale.
La demande de furci serait une atteinte grave aux droits des propriétaires d
'esclaves, donc à l'ordre public.
Eh bien, cela est faux.
La partie adverse cherche à politiser l'affaire pour faire peur. Il est temps
d'arrêter cette argumentation outrancière.
À ma connaissance, dans les faits, il n'existe aucun nègre dans la même
position que Furcy. Son cas est unique.
Et il ne peut nuire aux intérêts de quiconque dans cette salle.
Et sur cette île.
Messieurs, je veux juste vous démontrer que Furcy est un homme libre.
Car sa mère a bel et bien été affranchie, tout simplement.
Voilà le certificat d'affranchissement de Madeleine.
Je vous en donne lecture.
Ayant été requis par Mme Veuve Routier de lui accorder l'affranchissement de la
nommée Madeleine, née indienne du Bengale, âgée de 30 ans, son esclave, en
reconnaissance des bons services qu'elle lui a rendus, nous lui accordons la
liberté et voulons qu'elle soit reconnue comme telle en toute occasion,
sans qu'elle puisse être troublée ou inquiétée par qui que ce soit.
Saint-Denis de Bourbon, 6 juillet 1789.
Chers confrères, vous aviez l'air de sous-entendre qu'il s'agissait peut-être
d'un faux.
Eh bien, sachez que ce vieux papier, disiez-vous, a bien été certifié par un
notaire et a bien été signé par la main de la veuve routier qui était
propriétaire de Madeleine à cette époque. Elle a été affranchie 27 ans
avant sa mort.
Alors, évidemment... On se demande pourquoi elle a continué à vivre comme
une esclave, attachée à la veuve Routier, puis à la famille Laurie, tout
au long de ces années.
Joseph Laurie, qui était l'exécuteur testamentaire de sa belle-mère, l'a-t-il
contrainte et menacée lorsqu'il l'a reçue dans l'héritage de sa femme ? A-t
-elle eu peur de partir ? Les deux, peut-être.
Ou bien...
Joseph Laurie lui a-t-il tout simplement caché ? Ce sont des extrapolations
insupportables. Je demande que rien de tout ce salmigonné ne soit retenu. C'est
une pratique courante dans l'île.
En tout cas, il y a là un secret que Madeleine a emporté avec elle dans sa
tombe. Mais une chose est bien certaine, elle a bien été affranchie et donc son
fils Furcy, qui était né quelques années plus tôt, a suivi la condition de sa
mère. Automatiquement, il est devenu libre au même instant.
C'est la règle.
Alors, chers confrères, les articles 24, 39 et 31 du Code noir réservé aux
esclaves sur lesquels vous avez articulé votre brillante démonstration ne le
concernent en aucune façon.
C'est donc en homme libre et non en esclave que M.
Furchy s'est rendu au tribunal de Saint-Denis.
Votre honneur, est-il possible que je consulte le certificat d
'affranchissement, s'il vous plaît ? Vous avez un doute sur son authenticité
? Tous les colons en ont chez eux des actes d'affranchissement comme celui-là,
signés et gardés dans les tiroirs au cas où l'esclave se blesse et ne puisse plus
travailler.
Ainsi, l'esclave n'est plus à charge.
Ce qui est plus étonnant, c'est comment il est arrivé entre les mains de la mère
de Furcy.
Peut-être l'a-t-elle dérobée à ses maîtres ? Ou bien est-ce Furcy ? En tout
cas... Le fait qu'elle se trouvait en possession de ce certificat d
'affranchissement atteste de son réel renoncement à ces mêmes privilèges qu'il
lui octroie.
Jamais elle n'en avait parlé à son fils.
Il est donc très clair que Madeleine a choisi librement de rester dans sa
condition d'esclave au service de Madame Routier, puis de la famille Laurie.
On ne peut tout de même pas changer d'avis 30 ans et une génération plus
tard. Ma mère n'était pas instruite, elle ne savait pas lire.
Je ne vous permets pas d'intervenir sans mon accord.
Mais ce n'est pas le plus important. C'est la date de ce certificat.
qui est importante.
Le 6 juillet 1789.
Furcy, puisque vous vous êtes levé devant la cour, dites-nous en quelle
année vous êtes né.
Je suis né en 1786.
Parfaitement. Nous sommes d'accord, vous aviez donc... Trois ans.
Cher confrère, ce code noir que vous décriez tant, depuis toutes ces années,
son application a pris bonne forme.
Vous avez raison, il est vrai que c'est son article 9 qui prévoit que les
enfants d'esclaves affranchis suivent la condition des parents.
Mais il est communément admis par la jurisprudence des tribunaux de nos
colonies que cette règle ne s'applique pas aux enfants d'esclaves de moins de 7
ans.
Il y a sur cette question plusieurs décisions des cours d'appel de Port
-Louis, à Île-Maurice, de Fort-de-France, en Martinique, qui
définissent une jurisprudence sans équivoque.
Notre droit est très bien fait.
Il n'oublie personne.
Alors, s'il vous plaît, ne cherchons pas à en ébranler ses fondements.
L'audience est levée.
Considérant que Madeleine a choisi de son propre gré de rester au service de
Mme Marie-Thérèse Routier, considérant que son gendre, Joseph Flory, s'est
dûment acquitté des droits de succession sur le leg Routier,
Considérant que l'esclave Furcy avait 3 ans au moment etc.
etc. Il s'ensuit que le code noir est bien applicable et que Furcy est aujourd
'hui sans droit à réclamer l'état d'homme libre.
Son appel n'est donc pas fondé.
Il a choisi de fuir son état d'esclave. Il est donc considéré comme un marron.
Sa place est en prison jusqu'à nouvel ordre.
La séance est levée.
Fursy ? Fursy ?
Je suis venu pour toi, je suis là.
Maintenant, dites-moi la vérité.
Vous étiez au courant de son affranchissement ? Toi et ta mère,
Madeleine, vous avez toujours fait partie de la famille.
C'est des liens très forts, ça.
C'est ça, la vérité.
Et cet acte d'affranchissement, même s'il existe, c'est qu'un bout de papier.
Qu'est-ce qu'elle serait devenue ta mère, Madeleine, sans nous ? Et toi,
Furcy, qu'est-ce que tu vas devenir sans moi ? On t'a toujours aimé.
Je te parle comme à un fils.
Tu sais, Eugénie et moi, nous sommes d'accord pour tout effacer,
pour tout oublier.
Reviens. Reviens.
C'est ton jour de chance aujourd'hui.
Tu retournes travailler, mais pas ici.
Tu pars parler de Maurice, tes cousins déloirés.
Romain, là-bas, tu vas me pleurer le ciel chaque jour pour revenir ici dans
ta case.
Ah bon ? Fais un bruit de faveur, s'il vous plaît.
Viens, Virginie et Constance, qu'elle compter, mais ça va.
Viens, j'ose surtout, ne te raclasse pas.
Allez, avance ! Je t'en supplie, sois un frère !
Tu nous as trahis.
Tu te crois plus rusé parce que tu sais lire.
C'est dommage que tu aies cru ça.
Alors écoute bien les trois mots qui vont suivre.
Tédésias, Syrien, Tantel, Ravate, Etilage,
Jolimont, Abeille, Zéphirin,
Taille-Pierre, Duboyau, Bouboune,
Jésiquel, Fronton, Roubaud,
Jean-Marie.
Joseph, avance.
Toi aussi, Zébulon.
Garbo, plus fort.
Bien, Madame Laurie.
Toi, là, viens ici.
Allez.
Allez.
C'est toi, Furcy ? Oui.
Tu as fait beaucoup de grabuges à Bourbon.
Ici, t'as un terrain marché droit.
Et baisse les yeux quand on te parle !
Merci.
Je sais écrire.
Allez, en place !
Sous-titrage MFP.
Continue.
...
Retrace ça, retrace !
Au revoir.
... ... ...
– Sous-titrage FR 2021
Ma chère et douce Virginie, après toutes ces années, j'espère enfin que ces mots
te parviendront un jour.
Donne-moi de tes nouvelles, je t'en supplie.
Ici, l'année dernière, un cyclone a détruit le domaine des cousins Loï.
Il a été ma bonne fortune.
Par avidité, ils ont vu trop grand pour la reconstruction de la fabrique et
leurs dettes accumulées ne leur ont pas permis de terminer les travaux.
Dans l'année, une bonne partie des esclaves ont été vendus ou affranchis.
Mais moi, ils n'ont pas voulu.
Je leur ai proposé de fabriquer, sous surveillance, des confiseries comme je
le faisais à Bourbon, mais pour réussir à Port-Louis, afin de leur apporter plus
d'argent.
Ils sont tellement cupides que cela les arrange.
Étrange transaction.
Mais au moins, j'ai repris des forces.
Et il est temps de reprendre mon combat.
J'ai absolument besoin que tu m'envoies tous les documents de mon dossier qui
ont été déposés chez l'huissier de justice Huard.
Il doit sûrement y avoir de nouveaux points juridiques à utiliser pour mon
affaire.
Mon ami, ici je suis en relation avec Aimé Bouchvin, un négociant qui
appartient à la Société Française pour l'abolition de l'esclavage.
Il m'aide dans mes démarches.
Je te laisse son adresse.
Celui qui a encore ton bien-aimé si tu ne l'as pas oublié.
Furcy.
Face le ciel qu'on voit, les puissances de l'Europe d'un concert unanime
déclarer que la traite étant une piraterie, ceux qui tenteraient de la
faire doivent être saisis.
juger et punir comme fort bon, admettre comme principe fondamental l
'émancipation progressive des hommes de toutes couleurs, et proscrire à jamais
un commerce qui a fait couler tant de larmes, tant de sang,
dont le souvenir perpétué dans les fastes de l'histoire
est la honte de l'Europe.
A M.
Gilbert Boucher, procureur général, je suis sûr que l'infortuné à qui vous vous
êtes intéressé à Bourbon ne peut être entièrement effacé de votre mémoire.
J'ai appris que vous aviez été nommé procureur général à Poitiers et que
votre combat contre l'injustice de l'esclavage était toujours d'actualité.
Est-il encore imaginable que vous puissiez m'aider en intervenant auprès
des bonnes personnes ? J'aurais peut-être une chance alors de rentrer
dans mon droit.
Je magnifie la guerre des papiers.
Je veux récupérer ces documents administratifs qui prouvent que je suis
né libre.
Ces pièces avec un tampon qui sont les seules preuves de la justesse de mon
combat.
J'espère que vous me répondrez.
Permettez à un homme toujours dans les fers de la servitude que vous seul
pouvez faire tomber de vous assurer de sa respectueuse et éternelle
reconnaissance.
Furcy, né libre.
Esclave maintenu par la cupidité des hommes.
Pas mal.
Mais ne te repose pas sur tes lauriers.
Signez-moi un reçu.
Ma mère est passée par la France avant de venir à Provence.
Es-tu sûr que ce soit vraiment la meilleure chose à faire que de relancer
cette affaire ? Pourquoi tu me dis ça ? Pour
toi.
Pour nous.
Qu'est-ce qui va ?
Le simple fait d'aller chercher ces documents a été difficile pour moi.
J'ai été humiliée par toutes les calomnies suite à ton procès.
Tout le monde m'a tourné le dos après ton départ.
Impossible de travailler pendant longtemps.
Il m'a fallu des années pour retrouver une vie normale à Bourbon.
Ça a été terrible pour moi.
Terrible ? Et pour moi ?
Si tu t'entêtes dans ton affaire, je vais être obligée de quitter Bourbon. Tu
n'as qu'à venir ici.
Fursy, comprends-moi, j'ai besoin de stabilité.
J'ai acheté ce terrain que nous avons aimé.
Il t'attend.
Vu ta nouvelle situation ici, je suis allée parler à Joseph Laurie pour que tu
puisses revenir à Bourbon bientôt.
J'ai retissé des liens avec eux.
Il faut le tenter.
Pourquoi tu as fait ça ? Pour nous.
Je suis sûre que les Laurie seront prêts à te pardonner si tu acceptes de
retravailler pour eux. Te pardonner ?
Après toutes ces années de souffrance, cette injustice, cet insultant, tu me
demandes d'abandonner, c'est ça ?
Je suis en retard.
Tiens.
Tiens, va t'amuser.
Mais attention, tiens-toi un carreau.
Je pense que j'ai la tête pour remettre.
C'est vers cela, madame ? Tout à fait.
Comment tu les trouves ? Oui, ça vous va bien.
Merci.
et non
C'est la meilleure solution pour les négro-rebelles, ça évite les frais de
justice.
Monsieur Gilbert Boucher, je me permets de vous supplier de me répondre car
lorsqu'on est seul et malheureux, on aime à se rappeler les âmes charitables
qui nous ont porté de l'intérêt.
J'ai découvert un élément important.
Ma mère est venue en France avant d'arriver à Bourbon.
J'avais demandé à Virginie Béga d'aller chercher les pièces qui l'attestent au
tribunal de Saint-Denis.
Elle a essayé de se procurer une copie du testament routier, mais on lui a même
refusé de les consulter.
J'ai absolument besoin de votre aide, car ce combat est désormais mon unique
raison de vivre.
En attendant une réponse que je n'ose plus demander à votre bonté, mais à
votre justice, recevez ma respectueuse et éternelle reconnaissance, Furcy.
Cher Furcy, vos courriers ont mis beaucoup trop de temps à me trouver.
J'en suis profondément désolé.
Je me suis effectivement retrouvé un temps en procureur général à Poitiers,
mais les aléas de la justice étant ce qu'ils sont, j'ai été rapidement muté à
plusieurs reprises.
Je puis vous assurer qu'il ne s'est pas passé une seule semaine sans que je ne
pense à vous.
J'ai repris votre affaire.
La cour de cassation a finalement cassé l'arrêt de la cour de Bourbon.
Cette décision n'existe plus, mais la justice doit définitivement régler votre
cas.
C'est la cour royale de Paris qui va s'en charger.
J'ai donc adressé une requête au tribunal de Saint-Denis afin d'obtenir
les documents manquants sur votre mère.
Son passage en France est un élément fondamental.
Mais une partie des archives du greffe du tribunal d'instance ont été brûlées
dans un incendie.
J'ai encore espoir qu'après toutes ces années de combat, vous recouvrerez la
liberté qui vous est due.
Avec la Société des Amis des Noirs, nous faisons tout pour organiser votre venue
sur le continent dans les prochains mois.
Votre dévoué, Gilbert Boucher.
Décidément, ces Anglais ne font rien comme les autres.
God save the Queen.
Moi, je ne comprends rien à votre histoire.
Ne fais pas l'idiote.
Tu sais bien que toutes les marchandises entrantes ou sortantes de l'île doivent
faire l'objet d'une déclaration.
Or, le nom de Furcy ne figurait pas au registre des passagers du Clély lors de
son arrivée. José Fleury a oublié de me déclarer quand il m'a envoyé à Maurice.
Il s'est mis en infraction.
Et l'administration anglaise, après toutes ces années, vient de se rendre
compte, puis tu les connais, ils sont intraitables. La preuve.
J'ai été saisi comme une marchandise.
Et donc, il appartient ou il n'appartient plus au lorry ? Pour l
'instant, je dirais que tant que ce sont les Angliches qui nous administrent, il
est libre sur Maurice, mais toujours esclave à Bourbon. L'ambiguïté
française. En attendant, rien ne vous empêche d'aller à Paris.
Avec madame, on va s'occuper de votre voyage. N'est-ce pas, chérie ? Allez, à
l'administration anglaise.
Furcy, quand je vous vois boire ce vin, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce
roman de Stendhal.
Le rouge et le noir.
Non.
Merci.
Monsieur le procureur.
Impressionnant, toute cette pierre blanche, hein ? Cette ville s'est
enrichie avec la traite des esclaves.
Ici, avant, c'était des marécages. Maintenant, les négriers pullulent et
dorment bien au chaud derrière ces façades.
Pour comprendre une époque, il faut observer son modèle économique.
Voir comment il fonctionne, et là tout s'éclaire.
Tout a été bon pour justifier la traite.
C'est un redoutable système, sans doute le plus rentable qui ait jamais existé.
Il a été bien habillé du vernis de la morale, de la religion.
Avec ces beaux hôtels, il n'est question que de fortunes amassées.
La pourriture sous les moulures.
Tout cela est insupportable et doit définitivement cesser.
Que vous est-il arrivé durant toutes ces années ? Ils m'ont usé jusqu'à la corde.
La chancellerie m'a déplacé comme un vulgaire épouvantail.
Mes idées abolitionnistes ont fait ma réputation.
Parfois bonne, souvent mauvaise.
Je n'ai cessé de me battre, mais ils ne m'ont jamais autorisé à revenir à
Bourbon.
Il faut que je vous avoue quelque chose.
Je ne suis plus procureur.
J'ai repris la robe d'avocat de ma jeunesse.
Ça fait des années que je me prépare.
C'est moi qui vous défendrai.
La révision de votre procès a lieu dans un mois.
Il nous reste quelques points à éclaircir concernant votre mère.
Vous connaissez la jurisprudence négroque ? C'est de 1770.
J'en ai entendu parler, oui.
La plaidoirie d'Henriot de Pensée.
Vous êtes sûre qu'on la dérange pas ? Non, non.
On va vous conduire auprès de Sœur Clarisse.
Vous ne venez pas avec moi ? Non, je vous attendrais ici.
Je pense que c'est bien si vous y allez seul.
Votre ami Gilbert Boucher nous a parlé de vous à plusieurs reprises.
Vous avez eu la même intuition.
Alors ma mère est vraiment venue ici.
Le Seigneur n'oublie jamais ceux et celles qui lui rendent grâce.
Nous avons retrouvé la trace de son passage.
Ça, c'est la liste des passagers du navire Lector, qui a transporté
Madeleine en 1770.
Elle est inscrite ici.
Je n'ai pas connu cette dispense, mais elle avait ramené plusieurs petits
domestiques d'un douce temps.
Combien de temps était-elle restée ? Je ne peux vous dire exactement, mais nous
ne gardons pas les enfants ici trop longtemps.
Un ou deux ans maximum.
Elle avait appris à lire ? Franchement, je n'en sais rien.
J'ai demandé à Sœur Blandine, qui était là à l'époque, et qui a bien connu Sœur
Dispense et votre mère, de venir vous parler.
À les couloirs de l'Assemblée, il paraît que l'on parle beaucoup de vous
désormais. Je suis ravi de vous revoir.
Vous savez, j'ai souvent repensé à cette période passée dans nos colonies.
L'affaire de Furcy était donc le meilleur prétexte pour nous retrouver.
Furcy ? Vous vous souvenez ? Ah oui, oui, bien sûr.
Cet esclave nous avait donné du fil à retordre. Il n'était pas esclave.
Vous vous rappelez de son cas ? Je me souviens surtout de mon exil forcé.
Les humiliations qui ont subi son procès et les années perdues à cause de cette
histoire rocambolesque.
Mon père contraint d'écrire à la chancellerie pour que je puisse
retrouver mes fonctions à Paris, ça.
Je m'en souviens, oui.
Furcy m'a écrit plusieurs lettres il y a quelques années pour m'informer de sa
situation.
Il est maintenu depuis tout ce temps en esclavage de façon illégale.
J'ai réussi à ce que son procès passe à la Cour royale de Paris. C'est moi qui
le défendrai. Nous cherchons à l'aider du mieux que nous pouvons.
Et je me suis demandé si... Si quoi ? Si vous ne pouviez pas nous accorder votre
soutien.
De quelle façon ? En intervenant auprès d'Etienne Pasquier, de Guizot, la
chancellerie.
Rien que ça.
Vous n'êtes pas sans savoir que dans ma situation actuelle, il m'est difficile d
'interférer sur ce sujet-là, précisément.
Pour quelle raison ? C'est un choix politique.
J'ai beaucoup bataillé depuis avril contre le projet de loi de Tocqueville
sur la réforme des prisons. Nous sommes en train d'obtenir gain de cause.
Non, il serait incompréhensible que je soutienne des abolitionnistes.
Notre monarchie connaît trop de troubles depuis dix ans.
Et vous savez que la sécurité est essentielle pour nos concitoyens.
Il ne s'agit pas là de légiférer, nous parlons de la liberté d'un homme.
Oui, mais esclave, au demeurant.
Je ne reconnais pas le jeune substitut et pris de droit et de justice.
Eh bien, j'étais jeune, effectivement, et naïf.
Nous avions dépassé nos prérogatives en incitant cet esclave à se rebeller
contre son maître.
Les propriétaires n'ont aucun intérêt à maltraiter leurs esclaves. Au contraire,
ils les assistent dans leur faiblesse. Et je sais de quoi je parle. Ma famille
a investi dans le domaine de la réserve de Sainte-Marie. 500 acres qui sont
parfaitement exploités, sans une once de maltraitance. C'est donc cela.
Bien. Vous aurez compris que je ne peux pas accéder à votre demande.
Il lui-même était préférable pour vous qu'elle n'ait jamais eu lieu.
Profitez bien de vos petites affaires.
Ma mère a vu le jour vers l'an 1760, à Chandernagore, sur les bords du Gange.
Là-bas, dans ce pays que je ne connais pas,
elle portait un nom et un prénom que je ne connais pas.
Elle avait moins de huit ans, lorsqu'un marchand portugais l'a enlevé,
pour la vendre ensuite à Madame Dispense, une Française qui habitait
dans ce comptoir.
qui en a fait son esclave domestique.
Elle n'a presque rien coûté.
28 roupies.
Madame Dispens est revenue en France quelques années plus tard, avec ma mère
et plusieurs jeunes esclaves, pour rentrer au couvent des Ursulines et
devenir religieuse.
Un couvent dont la vocation, comme l'a expliqué la mère supérieure, était de
protéger. les pauvres et les jeunes enfants.
C'est un premier élément important de cette affaire.
Merci.
L'esclavage existe encore comme fait légal, malheureusement.
Mais ce droit de propriété de l'homme sur l'homme est un droit exceptionnel
qui ne peut exister qu'à la condition d'être écrit dans une loi.
Tout homme est présumé libre à moins qu'on ne présente son titre de
servitude.
Or, en ce qui nous concerne, où se trouve le décret autorisant l
'asservissement et surtout la traite des peuples de l'Inde ? Nous autres,
Européens, on a cru pouvoir disposer et trafiquer un peuple dont les traits, la
couleur de peau, les mœurs se différaient des nôtres.
Sous prétexte de repeupler l'Amérique, l'esclavage et la traite des nègres d
'Afrique furent décrétés en France. Le fléau de la traite devait-il s'étendre
et frapper d'autres races ? Voyez les lois qui ont organisé l'esclavage dans
nos colonies.
Elle ne parle que des nègres d'Afrique. Jamais elle ne suppose même qu'il y ait
d'autres esclaves. Il y a plus, messieurs.
Non seulement la loi qui déclare les Indiens esclaves n'existe pas, mais la
loi qui les déclare libres existe.
C'est l'ordre royal de mars 1739.
À cette époque, les nègres d'Afrique ne suffisaient plus aux négriers français.
Ils s'attaquaient aux Caraïbes et aux Indiens. Or, cette ordonnance royale
vint réprimer cet abus criminel et proclamer de nouveau le droit de ces
peuples à la liberté.
Ainsi, la traite n'a jamais été permise en Inde.
Il y a eu des abus et des victimes qu'il nous faut aujourd'hui réparer.
Parmi ces nombreuses victimes se trouvait Madeleine.
Aujourd'hui, l'un de ses enfants, Furcy, relève la tête.
Il s'adresse à vous, messieurs les magistrats.
Par sa présence, Il vous rappelle qu'aucune loi n'autorisait la traite
dont Madeleine a été l'objet.
Que sa mère était donc libre de droit, que par conséquent, il est libre lui
-même.
Sur ce premier fondement, vous pourrez donc, messieurs de la cour, lui rendre
cette liberté qu'il n'aurait jamais dû perdre.
Sur ce point, maître Moreau, vous avez des observations à formuler ? Le procédé
de faire venir à la barre votre client pour émouvoir la cour est un peu
grossier.
J'attendais mieux d'un jeune avocat.
Silence, s'il vous plaît.
Puisque la cour souscrit désormais à ce procédé, monsieur le président, je
demande également à mon tour que mon client puisse lui aussi témoigner. Vous
n'y voyez pas d'inconvénients, maître Boucher ?
Nous autorisons votre client, M.
Lory, à s'adresser brièvement à la cour.
Je
tiens
tout d'abord à dire ici que je me suis toujours tenu à respecter les lois
françaises, les lois de notre pays, et que j'ai toujours traité...
mes esclaves avec dignité et honnêteté.
Je suis l'évolution de leurs droits et l'esclavage en France est légal, que je
sache. Mon témoignage sera rapide.
La mère de mon esclave, mon furcie, Madeleine,
est née à Chandernagore, en Inde.
Boucher fait ici une double erreur. Je me suis permis de me plonger dans l
'ordonnance royale et les indiens concernés par cette ordonnance sont ceux
de l'Amérique et non pas ceux de l'Indoustan.
L'erreur de Boucher est qu'il confond les indiens d'Amérique avec les hommes d
'Inde orientale.
Et même si Darnay avait été libre, elle a toujours, toujours été
heureuse au sein de ma famille, de notre famille.
Elle ne s'est jamais plainte de sa condition.
Écoutez, monsieur, la cour est heureuse, naturellement, puisqu'elle vous l'a
demandé, d'avoir eu votre sentiment.
Mais non moins, vous devriez plutôt laisser les développements de pur droit
à vos conseils. Je serais...
Heureux que vous regagniez votre place.
Monsieur le Président, un instant.
Je n'ai pas fini.
C'est moi, c'est nous, les propriétaires terriens, le sang de la France,
que vous fustigez ici à Paris, que vous insultez ici à Paris.
Et c'est une honte.
C'est pour vous tous que nous nous sommes sacrifiés. Et si nous ne nous
étions pas sacrifiés de la sorte ?
comme nous avons appris si courageusement à le faire depuis deux
siècles. Qui assurerait de combler votre désir vorace pour le sucre ?
Asseyez-vous, s'il vous plaît.
Personne.
Je prie la cour d'excuser l'intervention intempestive de mon client dont je
partage cependant en partie les arguments.
Et je voudrais ajouter une chose.
Parce qu'il vient d'être dit, l'esclavage dans les colonies orientales
jusqu'à Pondichéry et Cochin a été reconnu par diverses ordonnances, dont l
'arrêté colonial du 16 novembre 1792.
Et dans les faits également.
Cette pratique centenaire de l'esclavage a été reconnue antérieurement
de Pondichéry à l'île de Goa.
par plusieurs règlements de police de 1778 et de 1790.
Madeleine, la mère de Furcy, était donc bien esclave avant cette date.
Monsieur le Président, j'en ai fini sur ce point. M. Boucher, la cour est prête
à entendre la suite de votre exposé.
Veuillez poursuivre, je vous prie.
Au couvent de la Sœur Dispense, Madeleine a été instruite plusieurs
mois. nous avons pu récupérer son acte de baptême qui atteste de son passage en
France. Bien que Madeleine n'ait jamais eu l'idée de s'échapper, sa maîtresse a
voulu s'en débarrasser car elle n'avait plus besoin d'elle.
Elle l'a alors confiée à un couple de colons, les Routiers, qui partaient s
'installer à Bourbon.
Sœur Dispense l'aura confiée à condition qu'ils la franchissent rapidement pour
qu'elle puisse retourner chez elle en Inde.
Mais les Routiers n'ont jamais vraiment respecté cette volonté.
Chez les Routiers, Madeleine a eu un premier enfant.
Maurice, mort il y a longtemps, une fille, Constance, morte récemment, et
furcie.
Après la mort de son mari, Mme Routier a attendu plus de 15 ans avant de bien
vouloir signer un acte d'affranchissement.
C'est celui du 6 juillet 1789.
1789. Nous connaissons cette date par cœur.
Elle n'est pas liée au hasard.
Madame Routier a entendu les bruits et la fureur qui venaient de France.
Elle a certainement eu peur de payer de lourdes indemnités.
Elle l'a donc affranchie pour la forme, sans jamais le dire à Madeleine, afin de
la garder avec son fils. Maître Boucher,
je ne vois pas très bien où vous voulez en arriver avec vos insinuations. C'est
bien beau de nous parler de la mère de Furcy, mais ce n'est pas d'elle dont il
s'agit ici.
Au diable, vos insinuations fielleuses.
Dans cette cour, nous jugeons le droit.
Avant tout, nous y arrivons. Je vous demande aussi de chasser de votre esprit
ces idées révolutionnaires.
Je sais que des bruits fomentés pas loin de l'Assemblée disent que tous les
hommes naissent libres et égaux. Mais si vous respectez la loi, Furcy est sans
droit à réclamer une liberté qu'il ne tient ni de son État, ni de sa
disposition, pas plus que de la volonté de son propriétaire. Chers confrères,
vous nous demandez de respecter le droit. Alors respectons le principe du
sol libre.
qui fait l'honneur de la France.
Nul n'est esclave en France.
Son sol a franchi l'esclave qui le touche.
Je voudrais, messieurs, qu'elle soit entendue ici.
Cette maxime héritée de l'édit royal du 3 juillet 1315 est la base fondamentale
de notre droit national.
Elle a été inspirée par l'esprit chrétien et par le caractère français,
confirmée par la jurisprudence nègre-roc de 1770.
Furcy n'est pas né esclave, car sa mère fut libre dès lors qu'elle a touché le
sol de France en arrivant à l'Orient.
Furcy étant né d'une mère libre, il est donc né libre lui-même. Et que faites
-vous de l'édit de 1738 ? Vous savez pertinemment que cette règle ne s
'appliquait pas aux esclaves qui avaient été déclarés légalement en arrivant en
France afin d'y être instruits, ce qui était le cas de Madeleine. Les
déclarations aux douanes faites par la sœur Dispense que vous avez fournies n
'ont pas été faites en bonne et due forme. Et quand bien même !
La maxime qui indique que tout esclave est libre dès lors qu'il met un pied sur
le sol de France est un principe fondamental bien plus fort qu'une simple
déclaration douanière.
Encore fallait-il que la maire de Furcy réclame cette liberté.
Et la fasse enregistrer par écrit auprès de l'administration, comme il est d
'usage. Votre remarque est honteuse, indigne d'un cynisme absolu.
Elle correspond bien à l'esprit des esclavagistes. Maître Boucher, contenez
-vous, je vous prie.
Effectivement.
Cessez de monter sur vos grands chevaux. Tout est organisé pour maintenir ce
système en place.
L'impossibilité pour les esclaves de s'instruire, de porter plainte lorsqu
'ils sont torturés, agressés. Je vous le demande, maître Moreau.
Si on vous avait empêché d'apprendre à lire et écrire, que seriez-vous devenu ?
Seriez-vous devenu le brillant avocat que vous êtes ? Nous ne faisons pas le
procès de l'esclavage ici, qui est légal, depuis que Bonaparte l'a rétabli.
Je vois dans votre agitation et votre énervement une absence de preuves
juridiques concrètes de la liberté de Fursy.
Non seulement la mère de Fursy n'a pas réclamé sa liberté, mais une fois à
Bourbon, elle est restée sous la puissance et la protection de ses
maîtres pendant plus de 40 ans.
J'y vois là un abandon incontestable de sa liberté.
Une rétractation évidente au privilège que lui avait conféré son séjour en
France si jamais la cour retenait cet argument.
Et in fine...
un renoncement à l'acte d'affranchissement trouvé dans ses
affaires.
Maître Boucher, est-ce que vous voulez répondre à votre confrère, s'il vous
plaît ?
C
'est une question essentielle que vous soulevez
là.
Peut-on renoncer à sa liberté ? Peut-on abandonner cet attribut fondamental de l
'être humain ? Je vous comprendrai s'il s'agissait d'un petit droit privé, mais
la liberté est d'ordre public.
Libertas non privata sed publica recest.
Je vous comprendrai encore s'il s'agissait d'un droit qu'on peut perdre
par prescription, mais la liberté est imprescriptible. Non ins prescriptionem
coadic libertas.
On le sait bien.
Il n'y a aucune restriction de temps et de lieu à un droit naturel fondamental.
L'esclave n'est pas libre momentanément tant qu'il reste en France.
Il devient libre de plein droit et pour toujours.
Peut-on en même temps être libre à Paris et esclave à Bourbon ? Heureusement non.
Madeleine est donc devenue libre en 1771 car à cette époque elle a touché notre
sol.
Il importe peu que Madeleine n'ait pas pu réclamer sa liberté.
Son silence, son ignorance ne peuvent nuire ni à elle-même, ni surtout à son
fils.
Vous devez donc appliquer, messieurs les magistrats, ce principe du sol libre qui
a traversé les siècles à l'honneur de la France. Et ainsi, nous vous demandons de
rendre à Furcy la liberté qui lui a été refusée injustement, illégalement depuis
son plus jeune âge.
Et vous pourrez enfin proclamer ce que la France n'a jamais cessé d'être.
Un refuge.
ouvert au monde.
Maître, vous voudrez bien vous contenter, s'il vous plaît, de plaider
votre dossier. Vous le faites d'ailleurs extrêmement bien, mais vous nous
laisserez l'application des grands principes. Car sans ça, nous allons nous
trouver privés de travail.
Encore un mot, Monsieur le Président, si vous le permettez, et j'en aurai
terminé.
Tout au long de ces années, on a voulu affaiblir Furcy.
L'anéantir même, en l'accusant d'être l'instrument d'un parti anticolonial.
On l'a représenté comme le missionnaire d'un parti qui veut la ruine des
colonies. Qu'a-t-il donc fait pour cette ruine ? Rien ! Il est avant tout ici
pour lui-même.
Les marques d'intérêt tardives qu'il a reçues de cette cour le prouvent assez,
et j'en suis moi, son défenseur, la meilleure preuve.
Si l'on eût voulu donner de l'éclat, du retentissement à cette cause, est-ce à
moi, jeune avocat déjà défraîchi, avec sa toux grasse, son inflammation des
bronches, qu'on se fût adressé ? Mon cher confrère, n'eût-il pas rencontré un
adversaire plus digne de lui ?
Certains ont dit qu'il était sans
intérêt à agir ici même, parce qu'il avait été émancipé par les Anglais à
Maurice.
Mais il y a pour lui...
pour sa future descendance, un intérêt immense à effacer la tâche imprimée dès
l'enfance sur son cœur.
Il est temps de lui conférer une liberté totale.
Il est temps de reconnaître qu'il est libre depuis sa naissance.
Car sans cela, on lui refusera le même mariage, la même sépulture que n'importe
quel homme libre.
Mais, si par la même occasion, Votre arrêt pouvait permettre de briser d
'autres chaînes.
Beaucoup d'autres chaînes.
J'en serais heureux.
J'en serais même très fier.
Vous-même, messieurs, seriez les premiers à vous en applaudir.
La France, l'humanité s'en applaudira avec vous.
La cour se retire pour délibérer.
Mon prénom est une prison où celui que j'enferme a beaucoup pleuré.
Il existe sûrement cet autre monde pour nous sauver du néant complet.
La justice de Dieu n'a rien à voir là-dedans.
Celle des hommes est faite pour les puissants.
Tu sais, même...
Même si tu obtiens ta liberté, elle n'aura aucune valeur si tu n'as pas le
soutien d'amis riches, puissants et blancs.
Tu seras un noir parmi tant d'autres.
Un homme libre, de couleur, qui sera obligé de supplier, obligé de se
justifier à chaque fois qu'il ouvre la bouche.
Ce sera toujours ton statut social qui déterminera ta liberté.
Ça, c'est immuable.
Décidément, tu es ignoble.
Tu m'as tutoyé ? Oui.
D'accord, c'est bien.
Percy, allez, si tu gagnes, un saut sur nous,
je t'enrichira beaucoup plus vite et tu seras vraiment libre.
L'audience est ouverte. Veuillez vous asseoir.
La cour a délibéré. La minute du jugement sera tenue à la disposition des
partis et publiée dans les formes.
Et c'est cette minute qui fera foi.
C'est un principe de notre droit public que tout esclave qui touche le sol
français devient libre de ce fait même.
A ce principe, ni le temps ni la succession de nos régimes politiques n
'ont apporté aucune altération.
Mais il n'en reste pas moins que des ordonnances en vigueur à l'époque des
faits permettaient aux maîtres qui amenaient leurs esclaves en France d'en
conserver la propriété, à charge pour eux de remplir en bonne et due forme les
formalités prescrites par les mêmes ordonnances.
La sœur dispense n'a pas, concernant Madeleine, mère de Furcy, accompli ces
formalités et pour cause.
Il résulte de l'instruction qu'elle ne voulait aucunement la maintenir en
esclavage et que d'ailleurs...
elle a fait donation de madeleine à la dame routier dans le but de lui procurer
son affranchissement par ces motifs la cour statuante au principal dit que
furcy est né en état de liberté cet arrêt est définitif
messieurs
s'il vous plaît asseyez-vous reprenez vos places
Merci.
Parvenu au terme de ma carrière, je voudrais user pour la dernière fois les
prérogatives d'un président de cour pour vous dire ceci.
Aujourd'hui, la cour a statué sur la situation personnelle
de M. Fursy, mais davantage.
Elle a entendu rappeler solennellement pour jamais la valeur de ce principe.
essentielle de notre droit public français, qu'est le principe de liberté,
et qui prévoit que toute personne, si elle n'est pas née
libre, le devient par le simple fait qu'il aborde les rivages de la France.
Contre ce principe, rien n'a jamais pu prévaloir, ni le préjugé, ni
la passion.
ni l'intérêt, ni l'origine, ni la couleur, ni la race, ni la religion,
rien. Et depuis lors, la France aime à accueillir sur son sol tous ceux qui se
réclament de la liberté, c'est-à-dire, en définitive, tous ceux qui se
réclament d'elle, face la Providence, qu'aucune cour, aucun gouvernement,
aucun ministre, aucun souverain, fût-ce le peuple lui-même, ne puisse jamais l
'oublier.
L'audience est levée.
Enfin.
La justice a ouvert les yeux.
Merci.
Merci.
Les temps changent.
Ma mère pensait que son silence me protégerait.
Elle a opposé son silence à l'injustice.
Aujourd'hui, la justice lui a redonné une voix.
Aujourd'hui, la justice lui a redonné un nom.
Le nom d'une femme dont je suis fier.
Je m'appellerai désormais Furcy Madeleine.
Pour elle.
Pour moi-même.
Et pour ma descendance aussi.
Il faut un autre monde, il faut un autre soleil.
Il faut d'autres regards, il faut d'autres sourires.
Il faut un autre monde, il faut un autre soleil, il faut
d'autres regards. Si la vérité était écrite, il y aurait beaucoup moins d
'hypocrites. Tout un récit qu'ils ont caché, l'atrocité de leurs pensées, qui
continuent de nous agresser.
On ne peut pas changer le passé, surtout pas ressasser ce qui se passe et ce qu
'ils ne peuvent pas effacer.
COD, ex-codex de nos ancêtres dans nos squelettes.
Idéothèque, bibliothèque, culture dans nos sépultures. Prisons dans la tête la
liberté dans les lettres. Il n'y a qu'un être de maison pour obéir à son maître.
Oublier d'être ce qu'on est pour plaire à tous les autres.
C'est faire de nos ancêtres un mythe qui nous fait des faux.
La vie est une épreuve, ne crois jamais le contraire.
Ne tire plus jamais sur ton frère Arrête le jaune au maire Mange plutôt la vie
comme le homard Je reste au village pour la faire comme dans Ozark En dépit du
mal qu'on se fait J'effacerai les séquelles L'amour comme seule sentence
Que vive la France En dépit du mal qu'on se fait J
'effacerai les séquelles L'amour comme seule sentence Vive la France
Le diable instaure la peur, nourrit les flammes Les vieux brasiers se rallument
Par assasier ces vengeances que mon histoire réclame On brainstorm sous la
lune, retour à Bois Caïman La plume remplace les machettes, j'ai fait un pas
immense A l'opposé de la brume, là d'où les âmes s'achètent J'assume pour ce
morceau comme un cri de ralliement J'efface les sourires bananiens des
rêves d'Odma Brûle le code noir, retour au code Bamana Notre âme bat le tam-tam
comme Shuriken La réparation, pas dans notre épiderme Parce que notre peine est
irréparable L'aurore ne peut être prise en otage Habite une blessure qui est
devenue sacrée La justice écoute aux portes de la beauté Dessinons sans
maudire ensemble un autre avenir À advenir En dépit du mal qu'on se fait
J'effacerai les séquelles L'amour comme seule sentence Que vive la
France En dépit du mal qu'on se fait
J'effacerai les séquelles L'amour comme seule sentence Vive la France
Je souffre encore des stigmates de la colonisation Pupilles dilatées, pillages
et crimes de guerre Les miens sont-ils pupilles de la nation ? On bat du bat
depuis les premières bougies Posté au bar, on se dit bad and bougie Et on
croit s'élever Esclavage moderne, pas à Francis Coussy Très dur de briser ses
chaînes quand elles sont faites par Gucci On aime la France même si parfois
on se mutine On s'automutile, les causes sont multiples Leader d'opinion ou juste
gangster utile Il n'y a aucune espèce au-dessus d'une autre sur Terre Il n'y a
aucun peuple au-dessus d'un autre sur terre. Quand je serai parti, mettez tous
mes accomplissements sur pierre. Ceux qui viendront après moi auront ma
vérité. Les hommes mentent, les femmes mentent, même les chiffres mentent. Donc
il est temps de bâtir les ponts, faut que les petits se montent. Le diable n
'est plus dans les détails et dans l'immensité. La tête sur les épaules,
brave et émancipée. En dépit du mal qu'on se fait, j'effacerai les
séquelles. L'amour comme seule sentence, que vive la France.
En dépit du mal qu'on se fait, j'effacerai les séquelles. L'amour comme
seule sentence.
Vive la France !
A l'école toute la semaine, sortie le samedi, très peu de yes men, les enfants
savent lire, faut remercier les sacrifiés qu'il nous a à la bonne. Je me
rappelle, nous n'étions pas à la mode, je suis venu célébrer le chemin
parcouru, habillé de tristesse, tu repars tout nu.
En dépit du mal qu'on se fait, j'effacerai les séquelles, l'amour comme
seule sentence, que vive la France.
En dépit du mal qu'on se fait, j'effacerai les séquelles. L'amour comme
seule sentence, vive la France.
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