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Zulu
...
- La source de l'Avy
est une halte très connue des pèlerins qui vont à Compostelle
comme vous.
- Saint Jacques a bu de cette eau ? - C'est fort possible.
On a retrouvé un haut-relief
qui prouve sa présence à Grabels.
- Regardez !
...
- Paul ?
Paul ?
- Maman ? Tu cherches papa ?!
- Euh...
Non. Pourquoi ?
- T'as dit "Paul".
- "Bol" !
J'ai dit "bol" parce que je me suis dit
qu'un bol de céréales pour changer un peu, ce serait pas mal.
Je suis pas obsédée
par ton père au point de l'appeler. Et en ce moment, il me fatigue !
- Ca a l'air pire que d'habitude.
Je m'en suis fait qu'un parce que je pensais que tu étais partie.
- Eh non. - J'ai entendu la porte claquer
il y a 15 mn. - 15 mn ?
J'étais sous la douche.
- Si c'était pas toi,
c'est qui, parce que Pauline dort encore ?
Téléphone.
- Excuse-moi.
Oui, Erwan ?
D'accord.
J'arrive tout de suite.
Je fonce sous la douche
parce que sinon, ils vont m'attendre.
- Une 2e douche ?!
- Surprise !
Qu'est-ce que tu fais là ? - Et toi ?
- Non, toi.
- J'habite ici.
T'es venu pour t'excuser ?
- M'excuser ?! De quoi ?
- Tu saoules maman.
- Ah bon ?
Elle t'a dit pourquoi ? - Non.
Je lui dirai pour les fleurs.
- Non, c'est pas pour... C'est pour Lucile.
C'est pour fêter son premier mois anniversaire.
- C'est demain.
- Oui... C'est pour demain. Je suis en avance.
J'y vais, j'ai du boulot. - Bonne journée, p'pa !
- Allez ! Une seconde. Doucement, les gars.
Halte ! Posez.
- Bonjour, commandante.
- Bonjour, Erwan. C'est quoi, cette histoire de "source de sang" ?
- Le corps a été trouvé au fond de cette crevasse.
La jambe a été entaillée, sans doute sur un rocher.
- Et le sang a teinté l'eau de la source ?
- Exactement.
- On a son identité ?
- Jacques Baron. C'est le maire de la commune de Grabels.
On a trouvé ses clés, là,
et le portefeuille, ici. - Vous avez vu ses poignets ?
A mon avis, on a traîné le corps par les poignets,
il a perdu ses affaires personnelles tout du long
et on a jeté le corps dans la crevasse.
C'est un meurtre. C'est le seul accès possible, le sous-bois ?
- Oui. - Le coupable a peut-être
laissé des indices.
- Attendez là.
- Bonjour. - Capitaine.
- Vous étiez proche
de la victime ? - Je l'ai été, oui.
Jacques était mon ex-mari.
On s'est connus très jeunes.
Mariés à 20 ans, divorcés à 23... Je suis partie étudier à Paris
et Jacques est resté ici. - Vous vivez toujours à Paris ?
- Non. Je suis rentrée il y a un an.
- Pour votre ex-mari ?
- Pas du tout. Pour ma soeur.
Elle est malade et je l'ai aidée à reprendre le gîte de nos parents.
- Vous savez ce qui a pu arriver à Jacques ?
Vous l'avez vu quand pour la dernière fois ?
- La semaine dernière. Je voulais m'assurer qu'il allait bien.
- Pourquoi ?
- Ils ont été cambriolés.
- Pardon.
Coucou. Léa !
Léa !
Alors ?
- Les témoins ?
- Oui... Notre victime et son épouse ont été cambriolés récemment.
- Ca a un rapport avec le meurtre ? - Je sais pas.
- Qu'est-ce qu'on leur a volé ?
- Un haut-relief représentant un Matamore, un vestige du Moyen Age,
que Jacques Baron a déterré dans son jardin :
Saint Jacques en haut-relief. - On leur volé autre chose ?
- Non, je crois pas.
- Je vais aller prévenir l'épouse. - Moi, je pensais aller à la mairie.
- Vous me ferez un rapport. - En parlant de rapport...
Sirène.
- T'as vu la maison, là-bas ?
Peut-être que quelqu'un
a vu quelque chose.
Et l'enterrement de vie de garçon ?
- Ca va être grandiose. C'est une surprise.
- Je suis pas très surprise.
Je suis plutôt soirées tranquilles.
- Je sais que t'aimes pas les déguisements.
- Je suis plutôt soirées en petit comité, sobres...
...
- Y a quelqu'un ?
- Allez-vous-en !
- Calmez-vous, madame ! - Gendarmerie nationale.
- Isa...
Calme-toi. Ce sont les gendarmes.
Va dans la cuisine, j'arrive.
J'arrive.
Il est pas chargé. - Ca lui arrive souvent ?
- Ma soeur souffre de troubles mentaux et avec la mort de Jacques,
elle pense que tout le monde veut la tuer.
Elle est perturbée aujourd'hui, comme nous tous.
- Les pèlerins que vous hébergez,
ça ne dérange pas votre soeur ? - D'habitude, non. Là, un peu plus.
- Les fenêtres qui donnent sur les bois, c'est les chambres ?
- Oui.
- Quelqu'un aurait pu voir
quelque chose, ce matin ? - Tous les pèlerins étaient avec moi
pour visiter le village. Ah non... Hugo n'est pas venu.
- Hugo ? - Hum.
- Excusez-moi, Mme Baron.
Je vous présente toutes mes condoléances.
Un café ? - Non, merci.
- Merci d'être venue.
Je voulais en savoir un peu plus sur ce haut-relief.
- Mon mari était tellement fier de sa découverte.
Ses parents se sont rencontrés
sur le chemin de Compostelle.
C'est pour ça qu'ils l'ont appelé "Jacques".
Trouver ça dans le jardin,
c'était comme si Dieu
lui avait fait un signe.
- Et...
quand vous l'a-t-on volé exactement ?
- Il y a dix jours. On était partis faire des courses...
Les cambrioleurs en ont profité.
- D'autres objets ont disparu ? - Non.
- Donc ils savaient ce qu'ils venaient chercher.
Et votre mari ?
Comment a-t-il réagi ?
- Très mal.
On a porté plainte, mais l'enquête n'avançait pas assez vite
à son goût.
Il s'est mis à s'absenter, beaucoup.
- Il était
à la recherche des cambrioleurs ?
- Ca ne m'étonnerait pas de lui.
Elle frappe.
- Hugo, vous êtes là ?
- C'est la gendarmerie, monsieur.
- Il lui est peut-être arrivé quelque chose.
- Laissez faire.
- Ah ? Bravo, Célestin.
- Soit j'ai pris du muscle, soit elle est pas solide, cette poignée.
On n'a plus le choix.
Il a dû sortir par ici.
- Vous saviez quoi de cet homme ?
- Il a rejoint le groupe hier.
Il m'a dit qu'il avait entamé son pèlerinage seul, il y a dix jours,
au départ d'Arles.
- Il vous a menti. Il devrait y avoir les tampons
de toutes les étapes. Or, il n'y a que celui
de Grabels.
Il s'intéressait à notre victime... Cri.
- Tout va bien ! J'ai l'habitude.
- La mort a eu lieu
vers 7 h du matin.
- Et la cause du décès ? - Il a reçu un très violent coup
à la tempe.
- Vous êtes sûr que c'est pas dû à la chute, ça ?
- Oui. J'ai retrouvé ça au fond de la plaie.
Marmol de Vaga :
un marbre espagnol très précieux
utilisé aux 14e et 15e siècles.
L'arme est de cette époque-là. - Le haut-relief de saint Jacques.
- Pardon ?
- C'est un objet qui appartenait à la victime.
Il datait de 1360.
- Ca pourrait coller.
- Oui.
Voilà...
Jacques a retrouvé son cambrioleur
qui l'a tué avec le haut-relief.
Téléphone.
- Barbier, j'écoute.
Vous êtes sûr ?
Il y a combien de temps ? Je préviens la commandante.
Commandante !
Le suspect a été vu il y a 30 mn.
- Les routes sont barrées ? - Oui.
- Célestin est sur place ?
- Affirmatif. - Je l'appelle.
Merci !
- Vous êtes sûre, commandante ? J'ai fouillé tout le village.
Pour moi, il a dû passer par la campagne.
- Bonjour ! - Il faut organiser une battue.
Ou pas.
J'ai notre suspect en visuel.
Hugo Tomès, je vous arrête.
- Vous plaisantez ? - J'en ai l'air ?
- Office central de lutte contre le trafic de biens culturels.
Vous m'expliquez ?
Léger rire.
- Que fait l'OCBC de Marseille à Grabels ?
- C'est nous qui avons été saisis du dossier du vol du haut-relief.
- Et vous êtes déguisé en pèlerin
pour passer inaperçu ?
- Il y a trois jours, j'ai retrouvé le haut-relief sur le Darknet.
- Il était en vente ?
- 80 000 euros.
Ce matin, j'avais rendez-vous avec le receleur.
- Et ?
- La porte de ma chambre s'est cassée. J'étais enfermé.
Quand je suis arrivé au rendez-vous,
le vendeur était reparti. - Ou il tuait Jacques Baron.
Ca coïncide avec l'heure
du crime.
- Pourriez-vous nous montrer où la transaction devait avoir lieu ?
- Je vous montre tout ce que vous voulez, Cdte Soler.
Tout ce que vous voulez.
- Très bien. Le capitaine Marchal va vous accompagner.
- Oui, pas de problème.
- Le cambriolage du haut-relief, ça donne quoi ?
- Pas d'empreintes, pas d'ADN... Rien pour identifier le suspect.
- La semaine dernière, Jacques Baron est allé deux jours
en Espagne, à Saint-Jacques-de-Compostelle.
- Il aurait identifié le voleur là-bas ?
- D'après Tomès, le voleur était à Grabels pour vendre le haut-relief.
Pas à Compostelle.
Célestin
a trouvé un truc dessus.
"Crazy Fox"... C'est quoi, ça ?
Je lui avais demandé un truc tranquille.
- Oh, la vache !
C'est tout Célestin :
sobre et raffiné.
- C'est là que la vente devait avoir lieu.
J'ai pas osé briser la chaîne.
- Je comprends.
Mais moi, j'ai un meurtre à résoudre.
- Tu connais bien la commandante ? - Euh... Oui.
Mais tu devrais lâcher l'affaire. - Ah bon ?
- Elle a un mec.
- Ca se tente. - Oui, si tu cours vite
et longtemps.
- Pourquoi ?
- Son mec est sergent dans les Forces spéciales.
Un jour, il s'est battu
avec un taureau. Il l'a coupé en deux
avec un canif.
- Un canif ? Ca rigole pas.
- Non.
Et en plus, Léa déteste l'orange.
Tu sens cette odeur ?
- Détergent. - Oui.
Détergent avec une pointe de citron.
Oh, oh.
On dirait que ça a été recouvert, ça.
- Comme pour le cambriolage :
le mec efface ses traces et se barre ni vu ni connu.
- Pas tout à fait sans laisser de traces.
On a retrouvé l'arme du crime... Ce qu'il en reste.
- C'est la tête du Matamore
du haut-relief.
- C'est ce soir, la fête d'Erwan ?
Célestin a oublié de me donner mon carton.
Quoi ?
C'est sans moi ?
- Hum, hum.
Ca va être nul. Ca va être strip-teaseuses, alcool...
Qui a envie de participer à ça ?
- Oui, qui aurait envie de...
Est-ce qu'on connaît le propriétaire de la serre ?
- Oui. C'est un agriculteur décédé il y a 3 ans.
- Des indices sur la chaîne, sur le cadenas ?
- C'est un modèle qu'on trouve dans le commerce, donc...
Jacques Baron avait retrouvé ses cambrioleurs et nous, on n'a rien.
- Il les connaissait peut-être.
- C'est bon ! J'ai résolu l'enquête.
Le labo a trouvé des empreintes
sur le haut-relief : celles de la victime et d'un autre individu.
- "Etienne Joffrin, 36 ans, tailleur de pierre." Il était fiché ?
- Il a été mis en examen il y a 5 ans pour recel d'antiquités.
- Qu'est-ce que vous faites encore là, lieutenant ?
Vous êtes sûre que...
D'accord.
- Vous allez où comme ça ?
- M. Joffrin, vous êtes en état
d'arrestation.
- Lâchez ça.
- Célestin. - Oui ?
Eh ben, l'artiste ? On fait dans la production à grande échelle ?
- Donc vous avez volé le haut-relief pour en faire des copies.
80 000 euros la pièce, ça fait un joli matelas
pour la retraite. - 80 000 ?!
- Sauf que Jacques Baron voulait vous dénoncer
et vous l'avez tué. - N'importe quoi !
- M. Joffrin, nous avons retrouvé vos empreintes
sur le fragment du haut-relief qui a servi à tuer Jacques Baron.
- Evidemment. C'est moi qui l'ai sculpté.
- Pardon ?
- Le haut-relief, c'était une commande de Jacques.
C'était mon client.
- Jacques Baron a donné tous ces documents
à Etienne Joffrin. - Et c'est lui qui les a annotés.
Il n'a jamais fait de découverte dans son jardin.
Il a passé une commande précise de ce qu'il voulait exactement.
- Il y en a qui savent ce qu'ils veulent.
- Ca veut dire quoi, ça ? - On peut se parler
de ce qui s'est passé ce matin ? - Avec grand plaisir !
- Oh non... - On libère déjà le sculpteur ?!
- Oui. Il a un alibi en béton...
En marbre. - Il n'a pas tué Jacques.
C'était son client.
- Il faut savoir pourquoi la victime avait besoin
d'un faux haut-relief. - On va creuser ça demain.
- Oui, demain, évidemment... Il y a des petits privilégiés
qui, ce soir, vont se faire une petite sauterie. Pas vrai ?
Qu'est-ce que tu fais encore là ? - Quoi ?
Je dois parler à Léa.
- Et tu laisses le jeune marié tout seul ?!
Allez, zou ! File.
Paul.
Allez ! - Oui, je...
- Attention, c'est chaud ! - Chaud devant !
- Je vous présente ma ratatouille au saumon et au parmesan.
- Ca sent bon.
- Je vois que tu as transmis tes talents culinaires à ta fille.
Elles sont superbes, les pivoines ! - Quelles pivoines ?
C'est pas moi.
- Papa les a déposées ce matin.
- Non ?
Vous avez remis le couvert ?
- N'importe quoi !
- C'est pour Lucile.
- Hum ! Un bébé pleure.
- J'y vais. - Non, maman, reste assise.
Je m'en occupe.
- Des pivoines, une porte qui claque tôt le matin...
Il faut pas avoir fait maths sup pour faire le calcul.
Il a passé la nuit ici.
C'est dans les vieux pots
qu'on fait les meilleures confitures.
- Charmant !
- Ne sois pas susceptible.
Et c'est ta vie.
Pour les pivoines, il ne s'est pas foulé.
- J'adore les pivoines. C'est mes fleurs préférées.
- Donc c'est officiel. Vous êtes à nouveau ensemble ?
- Je sais pas.
Ca a toujours été un peu compliqué entre nous.
- Maman ! - J'arrive !
- C'est ça aujourd'hui,
si tu veux être en couple, il faut être beau.
- Quelqu'un a du feu ?
- Et Emilie de la compta ? - Emilie ?! Elle est mariée !
- Comment elle s'appelle, la stagiaire de Franck ?
Elle est marrante.
- Celle qui aime bien disséquer les cadavres ?!
- Elle en pince pour Franck.
- Elle peut toujours courir.
Franck sort avec Léa !
Rire.
Je les ai vus à l'IML.
Ils se faisaient un gros bisou bien baveux, avec les caresses.
Sensuel de ouf !
Hé, les gars, là je rigole plus.
C'est un secret.
Léa m'a fait promettre un truc : on dit rien, c'est un secret.
OK ?
C'est un secret, dis-le.
Allez, on fête ça.
Secret !
...
- Bouh ! - Oh, putain...
- Bonjour. Je suis désolée qu'on n'ait pas pu se parler hier.
- C'est pas grave. - Paul, Paul, Paul !
Et en rentrant, j'ai trouvé les pivoines...
Ca m'a touchée. - C'était pour Lucile.
- Oui, je sais.
Ce soir, on se fait un petit tête-à-tête à la maison ?
Les enfants seront chez Alice. Je m'occupe de tout.
On aura la maison pour nous.
- OK.
- T'as la gueule de bois ? C'était comment, hier ?
- Euh... Je file, j'ai du boulot.
- Ah.
Vous êtes matinal, lieutenant. Pas trop mal au casque ?
- Ca va. Le tout est de bien s'hydrater.
- C'était grandiose, il paraît. - Célestin sait organiser les fêtes.
- Je suis ravi pour vous. Alors, notre enquête ?
- J'ai repris l'emploi du temps de Jacques Baron.
- Vous l'aviez déjà fait.
- Là, j'essaie de remonter au moment de la découverte du haut-relief.
- Du "faux" haut-relief. Et ?
- Sur son agenda en ligne, il y a écrit "vacances".
Et le jour de la "découverte", il a effectué un paiement
à un horodateur à Montpellier. - Attendez...
A 10 h du matin, Jacques Baron déterre le haut-relief à Grabels
et à 14 h, il se gare en ville ?
- C'est le premier endroit où il est allé.
- Il y est retourné depuis ? - Deux fois, y compris
le jour du cambriolage. - Et c'est où ?
- Dans le centre-ville. La commandante est sur place.
- Bonjour, capitaine. Un croissant ?
- Non ! T'en rates pas une, toi.
- Je suis désolé, pardon.
- Laisse ! Je m'en occupe.
Ah, mais d'accord, voilà !
- Voilà quoi ?
- Le haut-relief a été certifié par un expert.
- Et c'était qui ? - Agathe Mercier.
Je te prends ça. - Agathe Mercier ?
- Ca, c'est l'horodateur
où Jacques Baron payait ses tickets.
Quel rapport avec le haut-relief ?
- Il y a des caméras. Il faudra récupérer les images.
Une coquille Saint-Jacques... C'est l'emblème du chemin de Compostelle.
- Oui. Le chemin passe par là.
- Etrange, comme coïncidence.
Voilà. "Agence française des chemins de Compostelle."
Bonjour !
Y a quelqu'un ?
Gendarmerie nationale !
"Chemins de Compostelle 2023, nouveau tracé."
Le nouvel itinéraire ne passe plus par Grabels.
- "Reliant les lieux marqués par le culte..."
- Jacques aurait fait croire qu'il y avait eu un culte de saint
à Grabels il y a 800 ans...
- Pour que son village
reste sur le tracé du chemin.
On entre. - Bonjour, madame.
- Bonjour. Je peux vous aider ?
- Hum !
Sifflement d'admiration.
"Master en études médiévales, docteure en histoire de l'art,
"spécialiste du haut Moyen Age..." Vous vous y connaissez.
- Beaucoup de gens s'intéressent à l'Histoire.
- Mais une seule personne a daté
le haut-relief de votre ex-mari, à 5 ans près. Chapeau !
- Certains détails évoquent
les années 1360-1365. - D'autres diraient plutôt 2023.
- Pardon ?
- Vous n'avez pas vu que c'était un faux ?
Ou alors vous avez préféré mentir.
- Un faux ?
Qui vous a dit ça ?
- Celui qui l'a sculpté. C'était une commande de Jacques.
- La pierre... - Etait d'époque, oui.
Elle provient d'un chantier de Montpellier.
- Jacques m'a piégée ? Je me suis rendu compte de rien.
- Je comprends.
Ca peut ruiner
une réputation, ça.
Je connais ces images,
annotées tout pareil.
- Jacques Baron est venu
trois fois ici ?
- Pour me présenter sa demande, au nom de la mairie de Grabels.
Vu la valeur du haut-relief, Grabels restait dans le tracé.
- Vous avez annulé la déviation ?
- Il m'a apporté une expertise
que j'ai soumise au comité. - Et alors ?
- M. Baron m'a annoncé le vol du haut-relief.
Donc tout est en suspens. Mais si vous pensez que c'est un faux...
- On ne pense pas,
c'est certain.
- Alors ils m'ont menti.
- "Ils" ?
M. Baron n'était pas tout seul ?
- Il était avec sa femme.
- Sa femme ? Comment le savez-vous ? - Je les ai vus s'embrasser.
- Vous pouvez nous la décrire ?
- Euh... Plutôt petite,
brune bouclée,
sportive.
- Merci.
Mme Mercier, vous n'étiez pas seulement l'ex-femme
et la complice de Jacques.
Vous étiez aussi sa maîtresse.
C'est vous qui avez eu l'idée du faux haut-relief ?
- Oui.
- Vous étiez contre la déviation pour la survie de votre gîte ?
- Pas seulement. C'est compliqué.
- Je vous écoute.
- L'année dernière, ma soeur Isabelle a flanché.
Quand je suis rentrée à Grabels, elle avait complètement perdu pied.
Alors j'ai décidé de reprendre le gîte de nos parents
pour avoir un revenu et rester près d'elle.
Ca a dépassé toutes mes attentes.
- C'est-à-dire ?
- Grâce au passage des pèlerins, Isabelle allait mieux.
- Le contact avec d'autres personnes lui faisait du bien
et c'est pour ça que vous vouliez conserver l'itinéraire.
- Ma soeur ne supporte aucun changement.
J'avais peur qu'elle refasse des crises.
- Donc vous avez demandé de l'aide à Jacques,
votre amant.
- C'était pas encore le cas.
Ca s'est fait petit à petit, en montant notre projet.
On s'est redécouverts. Les mêmes et en même temps différents.
- Je vois.
- On parlait d'avenir.
Je lui aurais jamais fait du mal.
- Ils couchaient ensemble, OK. Quel rapport avec le crime ?
- Jusqu'au cambriolage, l'agence pensait annuler la déviation.
Leur plan fonctionnait.
- C'est quoi, le rapport avec leur vie sexuelle ?
- C'était peut-être le but du cambrioleur
de saboter leur projet.
Un adultère, une vengeance... - Ah oui ! Par jalousie.
- C'est ça.
- J'arrive pas à penser comme ça.
Je suis trop "open".
- On a la caméra qui a filmé Jacques Baron et Agathe Mercier.
On dirait qu'une voiture les prend en filature.
J'avais raison !
Elise Baron était au courant.
- Quand vous avez découvert que votre mari avait renoué
avec son ex-femme, vous avez réagi comment ?
- J'y ai pas cru. Mais Jacques m'a annoncé qu'il me quittait.
- Vous étiez au courant de leur projet d'empêcher la déviation
du chemin de Compostelle ?
Alors vous avez volé le haut-relief pour saboter leur plan,
mais votre mari l'a découvert et vous l'avez tué.
- Non. Je lui aurais jamais fait de mal, ni à lui ni à elle.
Ca aurait changé quoi ? On ne peut rien faire contre un premier amour.
- Pourquoi vous ne m'avez pas dit tout ça hier ?
- Vous ne m'avez rien demandé.
Je ne vois pas ce qu'Agathe aurait à voir avec la mort de mon mari.
- Agathe, rien. Mais vous ?
Vous étiez où quand il est mort ? - J'étais à la maison.
- Seule ? - Oui.
- Pas de témoins ? Un voisin, le facteur... ?
Vous êtes placée en garde à vue
à compter de ce jour, à 13 h 37, pour l'assassinat de votre mari.
Thierry, vous pouvez conduire madame en garde à vue ?
Merci beaucoup.
- La veuve ?!
- Pourquoi pas ?
- Pourquoi elle ?
- Elle est la mieux placée pour voler le haut-relief
sans avoir laissé d'empreintes.
C'est un peu l'intérêt de s'auto-cambrioler.
- Si Elise a volé le haut-relief pour se venger,
pourquoi elle a pris autant de risques
pour le vendre ? Elle aurait dû le détruire.
- Oui, c'est pas faux.
- Il y a forcément quelqu'un qui était mieux placé
pour le voler sans laisser de traces.
La clé de Jacques Baron, le cadenas du cambrioleur.
Bingo !
- Donc Jacques était le cambrioleur et le vendeur ?
- Qu'est-ce qui lui a pris ?
Se donner tant de mal
et tout saboter deux jours avant la victoire.
- Il a peut-être été pris de remords à cause de sa femme.
- Non. Je pense que la réponse est dans la vente
du haut-relief.
Qu'est-ce qu'il comptait faire de cet argent ? "Follow the money."
- On dit plutôt : Follow the money. Repeat after me.
- Qu'est-ce qu'il comptait faire de cet argent ?
- La victime a fait un voyage à Saint-Jacques-de-Compostelle.
On a découvert qu'il avait acheté un studio.
Devinez le prix.
- 80 000 euros. Le prix de vente du haut-relief.
- D'après l'agent immobilier,
il comptait s'y installer. - Avec Agathe ?
- Non, il a dit qu'il voulait partir seul.
Quelque chose a déraillé
entre les amants maudits. - "Maudits" ?
S'il voulait l'abandonner et foutre en l'air leur projet,
ça donne un beau mobile à Agathe.
- Comment elle aurait pu transporter le corps de la serre à la source ?
- A vous de trouver, lieutenant.
- Of course.
Senteur citron.
- Comme dans la serre.
...
- Je suis désolée.
Tu vas t'en sortir. Sois forte.
T'as plus besoin de moi.
...
- Vous avez fait croire à Jacques que vous l'aimiez
pour qu'il vous aide ?
- Non.
J'étais sincère.
Mais ensuite il s'est enflammé.
Il voulait quitter sa femme pour qu'on vive ensemble.
- Vous avez fait machine arrière.
Alors Jacques a voulu saboter votre plan
en faisant disparaître le haut-relief.
- Je savais pas que c'était lui.
Je croyais à un cambriolage.
- Comment vous l'avez découvert ?
- C'est le pèlerin, Hugo...
Il était bizarre avec toutes ses questions sur le haut-relief.
J'ai fouillé sa chambre et il y avait un dossier.
- Sur le haut-relief ?
- J'ai trafiqué sa porte pour qu'il ne puisse pas sortir
et j'ai été au rendez-vous à sa place.
- Et vous êtes tombée sur Jacques.
- J'étais furieuse.
Lui aussi.
On s'est hurlé dessus.
Il a voulu briser le haut-relief.
J'ai voulu l'en empêcher.
Et la seconde d'après, il était mort.
On frappe.
- C'est ouvert, Paul !
C'est ouvert !
Mais qu'est-ce que tu fais ?
Un verre ? - Léa.
- Quoi ?
- Cette nuit, tous les deux, c'était pas...
C'était quoi, pour toi ?
- Euh...
Je... Je sais pas.
On peut faire comme si rien ne s'était passé.
- Comme avec Franck ?
- Je comprends pas.
- Célestin vous a vus.
Non...
- C'est le jour où on a arrêté la procureure.
Je suis passée le voir à l'IML pour prendre de ses nouvelles.
Tout était très confus. Il était encore sous le choc
et il m'a embrassée. C'est tout.
- Je suis fatigué.
Tu comprends ? Je suis fatigué.
Toujours devoir deviner ce que tu veux, ce que tu veux pas...
Ca me fout en l'air.
Je t'attends, moi... Je t'attends.
Ca me fait mal.
Mais là, j'arrête. Je vais pas passer ma vie à te courir après.
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