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...
Cris des mouettes.
...
3 bips.
Bips.
- On met à bord les filets.
- Attrape !
- Oh, putain.
Alexandre ! - Ouais !
Qu'est-ce qu'il y a ?
...
Un bébé pleure.
- Taisez-vous, vous allez lui faire peur.
Ma chérinette, bienvenue chez mamie Léa.
Elle pleure.
Allez...
- Merci de nous accueillir chez vous.
- Je suis si heureuse de vous avoir
à la maison.
- L'appartement de papa sans ascenseur, c'était pas gérable.
- Ca va être plus simple, avec une poussette, pour les courses...
Prenez la chambre d'Alice, elle est plus grande.
- Ca va être bien.
Les grandes tablées dans le jardin, le week-end, on va en profiter.
- Qui ça, on ? - Vous allez profiter
des pleurs de Lucile la nuit.
- Apolline, j'arrive pas à la calmer.
- Tu t'en occupes ?
- Oui, j'y vais.
- Tu vas aller voir papa.
On va voir papa. Attention à sa tête.
Je t'aime, mon ange.
Et si je faisais du thé ? Qui en veut ?
- NON, MERCI.
- Ah, merde ! - Paul, arrête
de crier comme ça !
- Je me suis ouvert. - C'est pourtant simple.
Regarde. Y a un bouton là. C'est pas compliqué.
Y a 25 ans, tu ne savais pas le faire et là, toujours pas.
C'est fou, ça. C'est mignon. T'as pas changé.
Portable. - Tu le penses ?
- Oui, Cdt Soler, j'écoute.
- Sérieux !
J'ai changé !
- Bonjour.
Bonjour.
- Bonjour, commandant. - Bonjour, Erwan.
Nouvelles chaussures ? - Euh, oui.
- Bonjour, Anthony.
- Alors, André Rossi, 52 ans. Les pêcheurs l'ont remonté
à 20 km de la côte. - Ils le connaissaient ?
- Oui, un ancien collègue. Il a vendu son chalutier il y a 5 ans
pour devenir inspecteur des pêches. - D'accord.
J'aime pas les bateaux.
Bonjour. De bon matin,
comme ça, c'est agréable !
OK.
Ecume sur les lèvres, cyanose,
une noyade.
Mais vu sa peau,
il est pas resté longtemps sous l'eau.
Vous avez vu ses doigts ?
Quand on se noie,
on repousse l'eau. Ses mains
devraient être comme ça. - Oui. C'est un réflexe inné.
- Donc on peut imaginer
qu'il était inconscient en tombant
dans l'eau. - Assommé ?
- Possible. Quoi d'autre ? - J'ai vérifié son planning.
Il travaillait pas cette nuit.
- Et Marchal ? - Il interroge le capitaine.
- Tenez-moi au courant. Je me sens mal.
- Courage, commandant. - Merci, vous aussi.
- André a dû se noyer quelque part ici, sur votre itinéraire.
Vous n'avez rien remarqué pendant votre pêche ?
- Non. On n'a croisé personne ni rien vu sur les radars.
Comment c'est possible ?
André était un excellent marin.
- Vous le connaissiez bien ?
- 22 ans de pêche dans la même coopérative.
- Comment vous avez vécu son changement de carrière ?
Il était devenu une sorte de flic de la pêche.
- Faut bien limiter
la surpêche. André avait lancé des réformes sur les quotas,
mis en place des calendriers de pêche.
- Ca n'a pas dû plaire à tout le monde.
- Certains se foutaient de lui, avec sa sacoche et son carnet de PV.
On n'aime pas trop
le changement par ici. Ca a pas mal accroché, sur le port.
- Vous pensez à quelqu'un en particulier ?
- Les indépendants s'étaient tous ligués contre lui.
- Je sais pas comment je vais annoncer ça à notre fille.
- Il recevait souvent ce genre de lettres ?
- Tout ce qu'il y a là.
Et moi, je les ai jamais prises au sérieux.
C'est moi qui ai initié les quotas de pêche.
- Vous travaillez aussi
pour le Comité régional des Pêches. - Je suis ichtyologiste.
J'ai consacré ma carrière à la protection des poissons.
- Vous viviez avec un pêcheur. - Un ex-pêcheur.
André avait fini par comprendre que si on ne faisait rien,
il n'y aurait bientôt plus de poissons en Méditerranée.
- Ils avaient une sacrée dent contre lui, les pêcheurs indépendants.
- Ils se sentaient lésés par rapport aux coopératives.
Certains d'entre eux
ont décidé de ne pas suivre les quotas.
André devait sévir.
- C'est-à-dire ? - Il en a dénoncé
quelques-uns,
pour l'exemple.
On a confisqué leur bateau et retiré leur licence.
- Ah oui, carrément.
- Les menaces ont commencé.
Mais au lieu d'intimider André, ça a eu l'effet inverse.
Il a poursuivi les fraudeurs jour et nuit.
- C'est ce qu'il faisait hier ?
- Oui. Il avait reçu une alerte.
Un bateau inconnu
était entré dans une zone de pêche.
- Chaque pêcheur a sa zone de pêche attribuée. Il doit gérer son stock.
Il n'a pas le droit d'aller pêcher dans d'autres zones.
- C'est plutôt malin.
Pourquoi les indépendants sont furieux ?
- Ils disent qu'on leur a attribué les zones moins poissonneuses.
Certains fraudent et vont pêcher
dans les zones de la coopérative. - D'accord. Donc...
Rossi, il part pour intercepter un fraudeur,
ça se passe mal,
et le gars, de peur de perdre son boulot, décide de le noyer.
- On n'a trouvé ni le biper sur lequel il a reçu l'alerte,
ni le bateau avec lequel il est parti.
- On n'a rien, quoi. - Pas grand-chose. Je t'ai imprimé
la liste des indépendants du golfe. Ils sont plus de 80.
- Ah oui, 80 !
Ca fait beaucoup.
Ah oui ! Ce soir, on vient chez toi
pour voir la petite merveille.
- Vous n'êtes pas passés hier et avant-hier chez Paul, déjà ?
Enfin, ce que je veux dire,
c'est que les enfants viennent d'arriver. Laissons-leur le temps
de trouver leurs marques. - Oui, bien sûr.
On ne restera pas longtemps.
- Vous êtes Charles Rougier,
c'est ça ? Vous êtes nombreux
au Comité de la Pêche ? - Une vingtaine. Et ici,
seuls André et moi nous occupons
des inspections.
- Pour les contrôles en mer, il n'y a que cette vedette ?
- Oui. Et elle est restée à quai toute la nuit.
- Quelqu'un aurait pu prêter
un autre bateau à votre collègue ?
- Non.
Je peux pas croire que des pêcheurs lui aient fait ça.
On se voit quand même tous les jours sur le port.
- Peut-on consulter l'alerte
d'hier soir ?
- André gérait la surveillance depuis son ordinateur.
J'y ai jamais eu accès. - Ca devait être
pour vous préserver. Il était menacé.
- Oui. C'était son boulot. Moi, je suis agronome. Je gère les stats
et les inspections sur le port. - L'ordinateur d'André
est dans vos locaux ? - Oui. Venez.
- Il s'est bien noyé.
Pas évident de donner une heure précise de la mort,
mais je dirais entre 23h et 2h du matin.
Son sang présente une forte concentration
de cyclopyrrolone, un hypnotique puissant utilisé
comme somnifère ou anxiolytique. - Vous pensez
qu'il a été drogué ? - Ca ou automédication.
Il était anxieux ? - Des pêcheurs
voulaient sa mort donc oui.
- Je vais demander une analyse
complémentaire pour savoir
s'il en prenait régulièrement. - Faiblesse musculaire,
perte de réflexes, c'est pour ça qu'il n'a pas réagi
en se noyant ? - Sûrement.
- Eh ben... Merci. - Avec plaisir.
Léa ! - Oui ?
- Félicitations pour votre petite-fille.
Elle est ravissante. Lucile, c'est ça ?
- Oui, c'est ça. Merci beaucoup.
Vous savez, Franck... - Non, Léa.
Plus d'ambiguïté. Maintenant, je sais.
- Alors c'est parfait. Merci. - Je vous en prie. Au revoir.
- 18, 19, 20, 21,
22, 23, 24, 25, 26.
Bon, sur les 80 pêcheurs indépendants,
André en a dénoncé 26 à la justice. Ils sont tous au chômage.
- C'est l'hécatombe. - Plutôt.
T'as trouvé le mot de passe ? - Oui.
La date de naissance de sa fille, Adèle.
Mais aucune trace de l'alerte d'hier soir.
- Y avait d'autres bateaux dans la zone du Juliarth cette nuit ?
- Les bateaux sont équipés d'un traceur.
- Car d'après le registre du port, il y avait 6 indépendants en mer
cette nuit. Voilà
les noms.
- OK.
Tous étaient dans leur zone cette nuit, sauf un qui n'apparaît pas.
- Hein ? D'après la capitainerie, ils y étaient tous.
- Il doit passer sous les radars.
- C'est quoi le nom du pêcheur ?
- Son navire s'appelle Jean-Claude et le propriétaire
Christophe Vatino.
- Vatino, Vatino...
- Christophe Vatino,
50 ans, pêcheur indépendant depuis 25 ans.
Fondateur du mouvement "Désobéissance civile aux quotas".
- André l'a serré il y a 3 mois pour pêche illégale.
Le délibéré a lieu la semaine prochaine.
- On tient peut-être notre gars. Vous avez réussi à le loger ?
- Ca va être compliqué. Son bateau a quitté le port à minuit
et son portable a cessé de borner une heure après.
- Madame !
- Laissez-moi passer !
- Madame !
- Je suis Claire Rossi.
Ma fille a disparu et ne répond plus
à mes appels.
- Donnez-moi son numéro pour la localiser.
- Tenez. - Merci.
- Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois ?
- Euh... La dernière fois, c'était hier soir, quand elle est partie
se coucher. - Il était quelle heure ?
- Je sais pas, assez tôt.
Peut-être 21h30. - Son téléphone
a borné au port à minuit.
- Non, elle dormait. - Ensuite, elle est partie en mer.
- Quoi ? C'est un cauchemar !
- Calmez-vous. Ca n'a probablement rien à voir
avec votre mari. - Mon colonel !
- Allez servir un café à madame.
Son téléphone a cessé
de borner une heure après son départ du port.
- Comme celui
de Christophe Vatino.
- Donc...
La fille de notre victime serait partie avec notre suspect.
- Il n'y a aucune trace d'effraction ni de lutte dans sa chambre.
Adèle a sûrement quitté le domicile de son plein gré.
- Non. C'est pas son genre de fuguer.
- Elle vous a parlé de Christophe Vatino ?
- Ben non. Christophe et André se détestaient.
- Commandante !
- Il a pu faire du mal à ma fille ?
- Je sais pas. On va lancer un avis de recherche.
Excusez-moi.
- Adèle et Vatino doivent être au large, sans réseau.
- Avec le traceur de son bateau, on peut le retrouver.
- Erwan est dessus. Mais si Vatino sait éviter les radars,
ce sera impossible sans avion. - Donc il faut ratisser
tout le golfe du Lion. Occupez-vous-en.
- J'appelle la SNSM. Ils ont 2 hélicos.
- Bien. Faut qu'on retrouve cette gamine.
- Elle est à croquer. Oh, et celle-là, regardez !
- Je l'ai déjà vue.
- On s'en lasse pas.
Elle est tellement belle.
D'ailleurs, je demande à la maman des photos tout le temps !
- Ah oui ? Elle en a pas marre ?
- Bon...
Apparemment, Adèle a rejoint Christophe
de son plein gré, comme si c'était un rendez-vous.
- Justement, j'étais sur les fadettes.
Ils se sont parlé 2 fois
au téléphone hier soir.
A 22h15 et 23h30. - Ah oui.
C'est l'heure à laquelle elle est arrivée au port.
- Oui. Ils sont amants ?
- Amants ? Pff...
Ils ont 30 ans d'écart.
- Ben justement ! Il est pêcheur, il a le même âge
qu'André, c'est son ennemi, l'Oedipe tout craché.
- Dans ce sens-là, on dit Electre.
Mais si c'est vrai et qu'André les a surpris...
- Il a dû péter les plombs.
Ils se sont battus, Christophe le fout par-dessus bord et plouf.
- Bonjour. Gendarmerie nationale.
C'est bien ici
que Christophe Vatino amarre son bateau ?
- Oui.
Mais je sais pas quand il rentrera. Ca fait 15 heures qu'il est en mer.
- 15 heures ? C'est pas inquiétant ?
- C'est Christophe. La dernière fois, il a disparu 3 jours.
Il finit toujours par revenir.
- Vous l'avez vu partir hier soir ? - Oui.
- Vous savez s'il était accompagné de cette fille ?
- Adèle ? Oui,
elle était là.
- Vous la connaissez ? - Oui, c'est la copine d'Enzo.
- C'est qui, Enzo ?
- C'est le fils de Christophe.
- D'accord. Portable.
Pardon.
Ah ! Ca y est, on a retrouvé son bateau. Merci.
- Tu peux t'occuper de Lucile, cet après-midi ?
- Désolé, mon amour, faut vraiment que je révise.
C'était convenu. - Tu peux pas t'arranger ?
S'il te plaît.
- Le concours est dans peu de temps, il faut que je révise.
- OK.
- C'est l'histoire de quelques jours.
Et après, je serai là à 100 %. Pour Lucile et pour toi.
- OK.
- Bonne journée. - Oh, s'il te plaît !
Dis à ton grand-père d'arrêter de me demander autant de photos.
- Je ferai passer le message. - Merci.
- Allez, envoie.
Allez ! - Christophe Vatino ?
- Oui. Attendez, je suis juste tombé en panne.
- Oui, pendant plus de 15 heures, sans appeler les secours.
- Ma radio était HS.
- Bien sûr. Heureusement que l'hélico de la SNSM vous a repéré.
Tu veux bien... - Suivez-moi.
- Que faisiez-vous dans la zone de pêche du Juliarth ?
- Je me suis perdu.
Le matériel de navigation était HS. - Vous me suivez.
- Les menottes ? - C'est pareil
pour tous les meurtriers. - C'est que de la poiscaille !
Vous m'accusez de quoi ?
- Vous voulez jouer à ça ? - J'ai tué personne !
- Allez, on avance. - Garde le bateau.
- Ce que vous avez vu peut nous aider à comprendre
ce qui est arrivé à votre père.
- Le moteur redémarrait pas.
Christophe a dit qu'on devait attendre de croiser un bateau.
- Il était quelle heure à peu près ?
- Environ 2h du mat.
Il faisait vraiment noir. On guettait les bateaux tous les 3.
- Vous étiez où sur le bateau ? Dans la cabine,
avec votre petit copain ? - Non, on était sur le pont,
avec Enzo et son père.
- Et à aucun moment vous n'avez laissé Christophe seul ?
- On voulait pas
risquer de rater un bateau.
- Vous êtes sûre ?
- Vous avez embarqué une mineure sans l'accord de ses parents.
C'est un délit.
Vous le saviez ?
- André me détestait. Il aurait jamais accepté qu'Adèle
sorte avec Enzo. Mais elle aime
qui elle veut ! Alors oui, j'accueille Adèle
chez moi. Je les ai emmenés en mer aussi.
- 15 heures de balade, c'est romantique.
- Je pouvais pas appeler les secours, André m'aurait repéré.
Et j'avais coupé l'électronique. - Vous aviez prévenu les jeunes ?
- Non. Je voulais pas
qu'ils stressent.
- Donc, vous avez tout coupé et vous attendiez le passage
d'un autre bateau pour vous remorquer jusqu'au port.
- C'est ça. Sauf que personne n'est jamais venu.
- Personne ? C'est embêtant, ça.
Car d'après mes informations,
vous avez croisé le Juliarth ce matin.
Vous êtes tombé en panne ici,
au beau milieu de son itinéraire. Vous avez une explication ?
- Oui, une explication.
Ca me paraît assez simple. On s'est foutu de votre gueule.
Je sais pas qui vous a filé cet itinéraire, mais il est bidon.
- Les témoignages d'Enzo et Adèle concordent.
Ils n'ont pas vu le Juliarth.
- Donc le chalutier n'était pas dans sa zone de pêche quand il a pris
André dans ses filets. - Lui aussi évite les radars.
- Et si c'était ça qu'André a découvert le soir de sa mort ?
- Il serait allé sur le port
pour inspecter le Juliarth ?
- Peut-être qu'il n'est pas allé au large par ses propres moyens.
- Tu veux dire
qu'il serait monté à bord alors que le bateau était à quai ?
- Exactement.
- Comment il s'est retrouvé dans ses filets ?
- Il va falloir qu'on leur demande, papa.
- André
avait reçu une alerte. Vous l'avez surpris sur votre bateau
et l'avez neutralisé. Dès que votre équipage a eu le dos tourné,
vous l'avez jeté par-dessus bord. - N'importe quoi.
- Mais manque de bol, il est tombé dans les filets
et vos marins l'ont remonté avec la pêche.
- Vous voulez savoir pourquoi je vous ai menti sur l'itinéraire ?
- Je veux bien.
C'est joli mais c'est quoi ? - Mon itinéraire.
Je braconnais dans une réserve naturelle quand j'ai repêché André.
- Vous nous avez déjà menti. Pourquoi je devrais vous croire ?
- Vous savez combien je risque avec ça ? 5 ans de taule.
- Et en quoi ça vous disculpe ?
Le Juliarth était le seul bateau dans la zone
quand vous avez pêché André. - Evidemment. Une réserve naturelle.
C'est interdit
d'y aller. - Donc ça revient au même.
Le seul bateau qui a pu emmener André, c'est le vôtre.
- Attends, on l'arrête ? - Il a un sérieux mobile.
- Pas si sûr. Je vais te montrer un truc.
André avait effacé son disque dur donc j'ai vérifié son cloud,
et regarde ce que j'ai trouvé.
Il avait oublié de supprimer tout ça.
- C'est quoi ? - Des lieux de pêches illégales
et les dates. - Ah ouais !
Donc André savait que le Juliarth braconnait ?
- Le Juliarth et toute la coopérative. Il le savait bien,
les 1ers documents remontent à l'an dernier.
- Et il ne les a pas dénoncés. Il aurait voulu
épargner ses anciens collègues ? - Possible, mais dans ce cas,
le capitaine du Juliarth n'avait aucune raison de le tuer.
- Je vais checker ça.
Au fait, merci pour hier soir. C'était une chouette soirée.
Elle est trop sympa, Eva.
- Je suis content.
- Et c'est pour quand, le mariage ?
- Je pense que ça va pas être pour tout de suite.
- Pourquoi ? - Après ton départ,
je lui ai raconté pour nous deux.
- Tu lui as dit quoi exactement ?
- Tout. Je voulais être honnête.
- C'est pas comme si on avait... Vous vous êtes pris la tête ?
- Oui. Et comme je devais lui faire ma demande ce soir,
elle va dire que c'est pour me faire pardonner.
- Arrête de te prendre la tête. Allez, fonce !
- De sécurité ? - Oui.
- Arrête avec ce bruit, tu vas la réveiller.
- Là, regarde, elle est coincée, la petite. Elle respire plus.
Oh, putain !
Je vérifie que ta maison est bébé-proof.
- De quoi tu parles ?
- Les produits ménagers sont où ? - Sous l'évier.
- Les produits ménagers sous l'évier ?
Sérieusement !
- Quoi ? Y a un problème ? - Non, pas du tout. N'importe quoi.
Oh !
Oh, purée !
Autant les verser directement dans le biberon !
- Lucile n'a pas 10 jours, elle prend même pas son pouce.
- C'est le problème !
On croit qu'on a le temps et on reporte au lendemain. Et c'est...
- Demain ?
- Ca arrive plus tôt qu'on pense.
Tu l'as réveillée.
- Merde.
Le bébé pleure.
Pardon. - Pardon, Apolline.
- Non, c'est rien.
- Et les tiroirs, c'est pareil !
Le coulissant, c'est un vrai casse-doigts !
Sérieux ! Ils sont
hyper lourds !
- OK. Paul, Paul, Paul ! Ca y est, j'ai compris.
Tu nous fais le syndrome du nid vide.
Les enfants sont partis de chez toi
pour s'installer ici. T'as pas besoin de tout ça, en fait.
Pas besoin de prétexte pour voir ta petite-fille. Viens.
- C'est vrai ? - Presque quand tu veux.
Aïe ! - Oh, pardon !
Tu vois, c'est dangereux.
Je suis désolé.
C'est un bisou qui soigne.
Y a pas que Lucile qui va avoir besoin de moi, ici.
Interphone.
- Oh ! J'avais oublié. Ca doit être mes parents. Tu peux t'en occuper ?
Je vais voir si Apolline a besoin de moi.
- Bonjour, commandante.
- Pardon, Camille. Bonjour. Vous voulez un café ?
- Avec plaisir.
- Tenez. Avec ou sans sucre ? - Sans.
- Ca va, vous trouvez vos repères ? - Oui.
Rien de tel qu'un interrogatoire pour se remettre dans le bain.
Le capitaine du Juliarth maintient sa version.
- Et si on en croit Erwan,
André le couvrait lui et tous les pêcheurs de la coopérative.
- Sauf s'il a changé d'avis. Y a eu une inspection avant sa mort
et 5 bateaux ont été contrôlés.
- André a organisé l'inspection ? - Lui et son collègue Charles.
Si c'était une décision d'André, on a pu vouloir se débarrasser de lui.
- Oui...
- Du coup, je vais interroger Charles ?
- De quoi ? Oui, non ! Je vais envoyer Célestin.
Allez vous reposer un petit peu. - Y a pas que moi
qui ai besoin de sommeil ! - J'avais oublié
que les bébés sont des petits animaux nocturnes.
- Alors ?
C'est qui qui a été un bonhomme hier soir ?
T'as vu ! J'ai vachement progressé en 20 ans.
Toutes ces attentions,
j'observe,
je prends le temps. J'ai acquis du doigté.
- Ca va, Camille ?
- Oui... Je vais y aller. Bonne journée.
- Ben, qu'est-ce qu'elle a ?
- La coopérative triche ? - Le capitaine du Juliarth
nous l'a avoué. C'est vous qui faites les inspections ?
- Sur le port, oui. En mer, c'était André.
- Comment s'est passée la dernière inspection ?
- Tous les bateaux étaient en règle. Tenez, les rapports.
- Vous avez inspecté tous les bateaux à quai sauf le Juliarth.
- Je préfère contrôler un bateau avec son capitaine.
Ca évite les malentendus.
- Evidemment.
- T'as vu ce sourire ? - Elle est trop jolie.
- Et elle est éveillée. On dirait son arrière-grand-père.
- Ah, j'allais dire qu'elle est de Marchal. J'ai une photo
de moi petit, c'est la même. - Regarde !
- Ah oui, y a un truc.
Ah oui.
Oh, la vache ! - Oui. Tu voulais me dire quoi ?
- Ah oui ! L'équipage du Juliarth était
dans un bar à l'autre bout de la ville à fêter l'anniversaire
de leur capitaine, Alexandre.
Et ça jusqu'à 1h du mat. - Avant de prendre la mer ?
Ca lui fait un alibi en béton.
- Ses marins ne l'ont pas lâché d'une semelle.
Donc s'en prendre à André... - Sauf s'ils étaient de mèche.
Les marins, c'est solidaire.
- Oui, mais y avait 2 marins intérimaires. Je les vois pas
couvrir Alexandre, surtout pour un meurtre.
- Message du colonel.
La garde à vue du capitaine du Juliarth va être levée.
Faut trouver un truc maintenant. - Merci, Célestin. Tu peux m'aider.
- Ca ressemble à quoi ?
- A ça.
- Ca fait des plombes qu'on cherche une clé USB ?
- Avec un logiciel qui crypte
les données, pour pas qu'on puisse remonter leurs itinéraires.
- C'est édité par une société allemande, Pharax.
- Pharax ? Ca me dit quelque chose.
...
- Tadam ! C'est ça que tu cherchais ?
- C'était bien dans le bureau d'André. Un goodies...
- Qu'on t'offre pour une grosse commande. J'ai plein de magnets
Frère Bodu. Tu connais leurs quenelles de brochet ?
Et leur andouillette !
- J'ai vu un truc dans le livre de comptes tout à l'heure,
de comptabilité...
Voilà, c'est ça. C'est la région qui a acheté le logiciel.
C'est noté dans le budget surveillance.
Et regarde qui a signé le bon de commande.
- André Rossi ?
Pourquoi il a acheté
un logiciel pour contourner les quotas ?
- C'est lui qui organisait le braconnage de la coopérative.
- André avait fait ses calculs. Dans 6 ans, y aurait plus rien à pêcher.
Pour survivre, il fallait qu'un tiers d'entre nous
arrêtent de pêcher. - André s'est servi des quotas
pour éliminer les indépendants ?
Il a braconné des zones moins poissonneuses pour qu'ils fraudent,
et ensuite, il les dénonçait.
- Ils représentaient 35 % des pêcheurs du golfe.
- Pile le ratio qu'il voulait exclure.
Pourquoi la coopérative s'est mise à braconner ?
- Les indépendants ont presque fait suspendre les quotas.
- Alors André vous a demandé de gonfler vos pêches en braconnant,
pour prouver que les quotas fonctionnaient, c'est ça ?
- Il a juré qu'il nous protégerait. Et il a tenu parole.
- Jusqu'au soir de sa mort. - C'était pas sa faute.
C'est Charles qui a voulu
faire cette inspection. - Tous les bateaux contrôlés
étaient en règle, non ?
- Pas le mien. La profondeur de chalutage a été limitée
à 400 m. Pour braconner, j'ai dû installer des filets plus longs.
- Et ces filets, vous les avez changés ?
- Non.
C'était mon anniversaire. On l'a fêté avec les gars.
André m'a appelé pour me dire qu'il allait déplacer le bateau
pour éviter le contrôle.
- Il l'a bougé ? - A priori, non.
Quand on est arrivés, le bateau était à quai, au même endroit.
Y avait personne sur le port.
J'en sais rien.
- En fait, André
n'a pas reçu d'alerte. Il a foncé au port pour déplacer le Juliarth.
- Et il aura effacé son disque dur pour faire disparaître les preuves.
- Charles a mis une belle pagaille avec son inspection surprise.
- "Un inspecteur pris dans les filets."
Prochain titre : "L'inspecteur ripou qui poussait au braconnage".
La presse va se régaler. - Y a de quoi.
OK, admettons. L'équipage
du Juliarth n'a aucun rapport avec la mort d'André.
Comment s'est-il retrouvé dans les filets du chalutier ?
- Peut-être qu'il était sur le Juliarth et l'équipage l'ignorait.
- Tu vas où, Paul ?
- Au port, une intuition. Qui m'aime me suive.
- Ben, attends-moi !
Il m'attend pas.
J'aurais jamais dû te suivre. Je suis pas bien.
Bruits d'efforts.
Tu vas te faire mal. - Mais non.
Les pêcheurs se foutaient tout le temps d'André
car il avait toujours sa sacoche
sur lui. Mais on l'a pas retrouvée. - Peut-être qu'il ne l'a pas prise.
- Non. Erwan a vérifié, il n'a rien trouvé.
- Y en a encore pour longtemps ? - Encore un coup.
- T'as vérifié 10 fois.
- Ca fera 11. Un, deux, un, deux.
- Je suis pas bien !
- Mais on est à quai, Léa.
- A quai, au large, j'ai le mal de mer.
- Bingo.
T'as pas chaud, toi ? - Non, je suis pas bien.
- Je vais piquer une tête.
- On est dans un port !
Paul ! Il m'énerve.
Qu'est-ce qu'il m'énerve !
Très bien. Je vous rappelle. Merci. - Voilà.
- Ca va ? - Nickel. Regarde. La sacoche.
Elle était coincée sous le chalutier.
- Le labo a analysé l'eau retrouvée dans les poumons d'André.
Elle contient des bactéries typiques
des eaux du port. Avec les somnifères
qu'André avait pris, il a dû couler à pic.
- Non. Il était accroché à la chaîne du bateau. Ca l'a empêché de couler
au fond du port. - L'équipage du Juliarth embarque,
se rend compte de rien, part.
- Le corps d'André a été traîné au large et à un moment,
la lanière de la sacoche a fini par se casser.
- Et c'est comme ça qu'André se retrouve dans les filets. Brillant.
- Merci. - Brillant.
- Et du coup, si André n'a pas été tué au large...
- N'importe qui peut l'avoir tué.
- Oui.
- Non, c'est pas logique. André était un très bon nageur.
Il aurait pas pu se noyer comme ça, dans un port.
- Il avait avalé une bonne dose de somnifères.
- Quoi ?
Je savais pas qu'il suivait un traitement.
- Peut-être que ses mensonges l'empêchaient de dormir.
- De quoi vous parlez ? Quels mensonges ?
- Votre mari n'a jamais appliqué les quotas mis en place avec le Comité
régional des Pêches. C'est même lui
qui organisait le braconnage.
En plus de vous avoir menti, votre mari vous a trahie
dans vos combats, vos convictions. - Commandante !
J'ai trouvé ça dans la salle de bains.
Les ordonnances sont
à votre nom. C'est votre traitement ?
- Oui. - Ce sont les anxiolytiques
trouvés dans le sang de votre mari. Mme Rossi, vous êtes placée
en garde à vue à compter de ce jour, à 15h02.
- Mais je... - S'il vous plaît.
Allez.
- Colonel, j'ai reçu les résultats d'analyses
des cheveux. André Rossi a pris du cyclopyrrolone une seule fois,
le soir de sa mort. - Donc il a été drogué.
- Oui. Il serait pas ressorti de chez lui après.
- Ca agit rapidement ?
- Une vingtaine de minutes à faire effet. On peut perdre connaissance
en cas d'effort physique. - Ah bon ?
Parce que...
Il a peut-être couru sur le quai pour déplacer le Juliarth.
Ce serait suffisant ? - Oui.
Il a pu s'évanouir en arrivant
sur le bateau.
- Les somnifères sont à sa femme.
- Elle l'aurait suivi, l'a retrouvé inconscient
et l'a poussé à l'eau. - Elle nous cache quelque chose.
Elle n'a pas lâché un mot. Bon, merci, Franck.
- Avec plaisir.
- Waouh !
Elle est vraiment trop belle. - Elle va plaire à Eva ?
- T'es ouf ! Elle va kifer. Tu vas lui offrir quand ?
- Je sais pas.
Je suis embêté par rapport à ce qui s'est passé l'autre soir.
- Quoi ?
- Je sais pas si c'est le bon moment.
- T'es chiant. Lance-toi ! - Merci.
Vous faites des cachotteries ?
Y a quoi dans le tiroir ?
- Rien. Rien du tout. - Ah, j'ai compris.
Vous préparez une surprise
pour la Saint-Célestin ?
- Oui. Voilà. - Exactement.
- C'est ça. - Super.
Bon, j'ai vérifié le téléphone
de Claire Rossi.
- Elle a borné
sur le port à 23h,
juste après le départ d'André Rossi.
- Je vais prévenir la commandante.
- Je...
Tom, fais-toi confiance, mon loulou.
Tu vas l'avoir, ce concours. Moi, je l'ai eu !
Oui, attends, 2 secondes. Je te rappelle.
Adèle, qu'est-ce que tu fais là ? - Faut m'arrêter.
- Viens, on va discuter.
Que se passe-t-il ?
- C'est pas ma mère qui a drogué mon père.
- Ah. C'est toi ? - Je voulais juste qu'il dorme
pour pouvoir sortir.
J'ai jamais voulu lui faire de mal. C'est de ma faute.
- Attends. C'est pas toi qui as tué ton père.
Y a quelqu'un qui est responsable et on va le trouver. OK ?
- J'ai croisé Adèle. Et elle m'a avoué avoir drogué son père.
Claire, il va falloir parler. Tout ce qui soulagera Adèle,
c'est la vérité. Pourquoi
vous étiez sur le port ? - J'ai pas tué mon mari.
- Je ne demande qu'à vous croire. Mais expliquez-moi.
- Si j'étais sur le port, c'était pour voir Charles.
- Charles, le collègue d'André.
- Je voulais lui rendre
un collier qu'il m'avait offert.
Je voulais rien devoir à ce salaud.
- Charles était votre amant et il vous a quittée ?
- C'est plus compliqué que ça. J'étais folle amoureuse.
Je voulais m'installer
avec lui. - Que s'est-il passé ?
- André m'a montré son vrai visage. Charles est pas quelqu'un de bien.
Il a utilisé son poste pour trafiquer avec la coopérative.
Il a organisé des braconnages sous mon nez.
Il s'est moqué de moi. - Claire, vous êtes dans le déni.
C'est pas Charles mais André que vous décrivez.
C'est lui qui trichait pour la coopérative.
- André a utilisé des preuves à charge contre lui
en les imputant à l'amant de sa femme ?
- Et ça a marché.
- Incroyable.
- Claire l'a cru et a quitté Charles.
- Mais en accusant Charles, André prenait le risque
de mettre en péril ses combines !
- Charles allait le dénoncer. André a pris les devants par amour,
pour sauver son couple.
- Par amour... Je vois pas où est l'amour, entre le mari qui organise
les braconnages dans le dos de sa femme,
et sa femme qui le trompe...
- C'est un bon mobile pour Charles.
- Oui.
- J'ai dit à Claire que j'avais accumulé ces preuves contre André,
depuis presque un an. Mais elle ne m'a pas cru.
- Ca a dû être douloureux, puisque vous disiez la vérité.
- André l'avait prévenue que j'allais me défausser sur lui.
L'enfoiré avait tout prévu. - D'où votre désir de vengeance
et l'organisation de cette inspection surprise.
- Je voulais prouver à Claire que j'étais innocent.
Quand j'ai vu que l'équipage du Juliarth était en retard,
c'était l'occasion.
- C'est-à-dire ? - De les prendre
en flag.
Ca aurait fait un joli cadeau pour l'anniversaire du capitaine.
- Sauf que ce n'est pas l'équipage du Juliarth qui est monté à bord,
mais André, qui devait déplacer le chalutier.
- Je lui ai demandé de dire la vérité à Claire.
Mais il avait pas l'air bien.
Il titubait.
Il s'est appuyé sur le bastingage,
il me regardait bizarrement.
Et je sais pas ce qui m'a pris.
- Vous l'avez poussé par-dessus bord.
- Il a coulé à pic.
C'était tellement facile, j'ai même pas réalisé.
...
- J'ai rarement vu une petite fille aussi belle. En toute
objectivité.
Elle a de qui tenir.
- Oh, t'es trop gentil.
- Non, je parlais de moi.
- Tu peux pas t'en empêcher.
T'es chiant ! - Je sais.
Depuis que Thomas est papa,
je trouve qu'il est vachement mature, prévenant.
Je me revois à son âge,
j'étais pas du tout comme ça.
- C'était pas la même époque.
Et... Je suis pas sûre de t'avoir laissé la place.
Tu vois ?
Mais bon, aujourd'hui, t'es un super papa.
Un grand-père un peu étouffant, mais un super papa.
Toi aussi,
t'es prévenant.
T'es rassurant, drôle,
surprenant.
- Elle est partie ! - Qui ?
- Apolline. Elle est partie.
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