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Zulu
...
Il sifflote.
...
- Merci, Anthony.
Bonjour, Erwan. - Bonjour.
- J'ai mis du temps à vous trouver.
C'est vraiment immense ici.
- Port-Camargue, 1er port de plaisance d'Europe, 5 000 places.
- Et une victime. Elle est où ?
- J'ai décidé d'envoyer le corps à l'IML.
- Super, vous avez bien fait. Je vous écoute.
- Hervé Briançon, photographe. Il a une expo sur le port.
Tué d'une flèche de harpon vers 23h.
- On a l'arme du crime ? - Non.
Le cadavre était dans ce bateau alors que le sien est là.
- D'accord.
Ca va ?
- Ca va.
- Vous savez pour Camille ? - Oui.
- J'en reviens pas qu'ils la mutent. Elle a fait une connerie mais...
- C'est difficile de la voir partir.
J'ai fait ce que j'ai pu. Vous lui avez parlé ?
- Non. En tant qu'ancien collègue...
- Seulement ancien collègue ?
Pour Camille, vous êtes un peu plus que ça.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que...
- Au Club de la mer... On m'a raconté.
Dites-lui ce que vous avez sur le coeur.
C'est important.
On y va ?
- On a retrouvé
des traces de sang, là et ici.
- M. Briançon
aurait reçu la flèche et le choc l'aurait fait tomber en arrière.
- Et atterrir à côté.
Et dans la panique, l'assassin aurait caché le corps.
J'ai demandé à ce qu'on drague la zone.
- Et les propriétaires du voilier ?
- Ils étaient à Paris, on a vérifié.
- Eh ben c'est super.
Autre chose ?
- Il n'y avait aucun matériel photo. J'ai tout fouillé.
- Ah... - On l'aurait tué pour le voler ?
- Pourquoi pas ? Il faut creuser.
Que fait Marchal, là-bas ?
- Il s'imprègne de l'ambiance du port.
- Comme d'habitude.
Bon boulot. - Merci.
- Je vais descendre, je me sens mal.
- On va effectuer un prélèvement.
- Ah, tu es là. Je te cherchais.
- Ce que c'est beau.
- C'est bien, tu t'imprègnes.
S'imprégner du travail des pros permet de s'améliorer.
- Au début de notre mariage, j'étais le "king" du flou artistique.
- Du flou, je me souviens bien, de l'artistique, un peu moins.
C'est donc l'oeuvre de Briançon. - Un gars du pays devenu célèbre.
- C'est magnifique.
Elle est connue, cette photo.
- Oui. Elle lui a valu le prix Pulitzer
il y a 19 ans. - C'est magnifique.
- C'est quoi, cette histoire ? Il n'y aura pas de délai.
- C'est qui ?
- Lui, je sais pas.
Elle, c'est Isabelle Leduc, capitaine du port.
- Tu l'as interrogée ?
- Pas encore. - Je m'en occupe.
- Je connaissais Hervé Briançon.
On était à l'école ensemble il y a 30 ans.
- Vous l'aviez revu depuis ?
- Il est parti d'ici il y a 20 ans, il est revenu il y a 2 mois.
- 20 ans, c'est long.
Il est revenu pour l'expo. - C'est la mairie qui l'a imposée.
- Ca pose un problème ?
- J'ai mieux à faire que de gérer une galerie.
- Comment allait Briançon ?
- Je l'ai vu qu'une fois, il allait bien.
- Une fois en deux mois alors que l'expo est sur le port ?
- Il n'en faisait qu'à sa tête.
- Vous pouvez développer ? - L'expo a été mise en place
avec un mois et demi de retard, le temps qu'il choisisse ses photos.
- D'accord.
Il avait eu des problèmes avec des plaisanciers ou autres ?
- Il s'est engueulé avec Pierrot.
- Pierrot ? - Un ivrogne qui traîne ici,
dans les bars.
Le genre qui attire des problèmes.
Vous savez où me trouver si besoin. - Mais bien sûr, capitaine.
Allô, Paul. C'est Léa.
- Pierrot quoi ? T'as que son prénom ?
Je m'en occupe plus tard.
Bonjour. Capitaine Marchal, gendarmerie nationale.
- Oui ?
- Vous avez des soucis avec les autorités maritimes ?
- Non. Pourquoi ? - Ca chauffait avec le capitaine.
- C'est avant tout ma femme. On n'est pas toujours d'accord.
- Je sais ce que c'est.
Donc vous êtes pêcheur.
- Plus maintenant. Je le rénove pour le vendre.
Trois générations qu'il était dans la famille.
- La pêche, c'est plus ce que c'était.
- On bosse pour rien.
Mais vous êtes pas là
pour parler poisson.
- Non. Vous connaissiez Hervé Briançon ?
- Pas vraiment.
J'ai bien essayé de lui parler mais il était pas du genre bavard.
- Pierrot, vous connaissez ?
- Vous pensez qu'il l'a tué ?
- Il aurait pu ?
- Non. Il squatte les bateaux mais il est pas méchant, même bourré.
- Je peux le trouver où ?
- Dans un bar. Mais lequel ?
- Il est connu de la police municipale.
Pierre Coudré, alias Pierrot. Il commence sa journée ici, au bar.
- C'est quoi, son casier ? - Vol avec violence.
- C'est Sophie.
"Camille est au bureau en train de ranger ses affaires."
Fais pas cette tête.
On arrête notre gars et on rentre lui dire au revoir. Ca te va ?
- Oui, au revoir. - Au revoir, pas adieu.
On sourit et on lui apporte du positif pour son départ.
- OK. - OK ? Allez, go.
- La deuxième table ? - Oui, c'est lui.
On fait comme d'hab ? - Non.
- Si, si. Top chrono. Go.
M. Coudré... Pierrot. - Stop, stop !
- Des années d'expérience, c'est payant.
- J'ai rien fait.
- Alors pourquoi vous enfuir ?
- C'est pas un sac de photographe ? - Si. Et c'est pas à lui.
- J'ai rien fait, je l'ai pas tué.
C'est pas moi. - Tiens.
- Vous allez me manquer. - Vous aussi.
Il faut que j'aille bosser parce que...
- Cadeau de départ !
- C'est quoi ?
- C'est un mouton. - Non, une licorne.
C'est discret, c'est raffiné, c'est tout ce que j'aime.
- On n'a trouvé que ça au port. - C'est toujours utile.
- Sauf si je suis mutée à la montagne.
- Il y a toujours des piscines.
- Et j'aurai l'air crédible. - Quand tu sais où t'es mutée,
tu nous le dis, on viendra te voir.
- OK.
- Je vais me garer parce que c'est encombrant.
- Tiens.
- Merci. - Je voulais te dire, Camille...
Tu vas nous manquer ici.
Ca se passera bien,
là-bas.
Et...
On s'appelle. - Oui. Salut.
- Et puis merde ! Viens là.
- Merci, capitaine. - Merci à toi.
- Je dois vous le dire comment ? J'ai pas tué Hervé.
On était potes. - Potes ?
Parlons-en.
Un de vos potes a porté plainte contre vous
pour agression et vol de Smartphone.
Comment vous savez pour sa mort ? - On ne parle
que de ça sur le port.
- Pourquoi cette dispute il y a 2 mois ?
- J'avais squatté son bateau, il l'a mal pris.
Mais après, il m'a filé des petits boulots.
- Et vous lui volez son appareil. - Il m'a demandé
de le faire réviser à Montpellier. Je devais lui rendre aujourd'hui.
J'ai la monnaie,
la facture. Comptez.
Appelez-les, vous verrez.
- Admettons.
D'après nos témoignages, Briançon était un solitaire.
- Il voyait personne.
Enfin, je crois qu'il voyait une meuf.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Je l'ai vu en ville avec un bouquet.
Et plein de fois, il se préparait comme pour aller à un rencard.
- OK. Merci beaucoup. Bonne journée. Au revoir.
Je viens d'avoir le magasin d'appareils photo.
Pierrot a bien fait réviser celui de la victime.
- Donc notre seule piste,
c'est cette femme.
- Pourquoi il la voyait en cachette ?
- Ca venait peut-être d'elle.
- Briançon voyait une femme mariée ?
- C'est possible.
Mais comment il l'a rencontrée s'il voyait personne depuis son retour ?
- Il la connaissait peut-être d'avant son départ.
- Pas bête, ça. Pas bête du tout.
Il serait revenu pour elle après 20 ans.
- C'était pas pour son expo ?
- C'est la 1re fois qu'il acceptait qu'on lui consacre une exposition.
Certains artistes n'aiment pas être mis sous le feu des projecteurs.
Ils aiment l'anonymat.
Moi, j'ai été pas mal sollicité, j'ai plus souvent refusé.
J'aime pas me mettre
en avant.
Tiens, regarde.
Allez, on vérifie.
- Ca sent bon, hein ? - C'est fort.
- Mais non.
- Yes !
- Ah...
Tu vois ça ? - Je vois.
Un bateau qui livre des cigarettes espagnoles au petit matin.
On pense la même chose ? - Oui.
- Briançon voulait sûrement dénoncer le trafic et on l'aura fait taire.
Déclics d'appareil photo.
- Tu m'étonnes...
- Capitaine Marchal, quelque chose à apporter au débrief ?
- Oui. J'ai compris un truc vachement important.
- On vous écoute.
- C'est du matos pro qui m'a manqué pour devenir un bon photographe.
- Peut-être
qu'on a trouvé les meurtriers.
Un commentaire ? - Je crois pas
qu'il y ait un lien.
- Et pourquoi ?
- J'ai appelé un pote des douanes.
Pour lui, c'est pas un gros trafic. Pas de quoi tuer un homme.
- Je dois revoir mes hypothèses
à cause de l'avis d'un pote qui n'y connaît rien en matière de meurtre.
- Oui.
Des trafiquants
auraient jeté le corps à la mer. - Ils ont peut-être pas eu le temps.
- Ils auraient pris un harpon trouvé là par hasard
au lieu de venir armés ? Ca tient pas.
- On doit organiser un flag
lors de la prochaine livraison pour en savoir plus sur ce trafic.
- Moi, je file sur la piste de la romance mystérieuse.
La femme, Léa.
Toujours la femme.
- Si vous en avez marre,
donnez-lui un ordre. Ca fait aussi partie de votre rôle.
- Votre séjour dans mon bureau vous a donné des idées.
Merci et fermez la porte en sortant.
- Alors, t'as du nouveau ? - Oui.
Primo, le harpon a sectionné l'aorte. La mort a été rapide.
- D'accord. Et secundo ?
C'est quoi ? - Le bol alimentaire de la victime.
Son dernier repas était constitué
de champagne, de homard et de truffe.
- Bizarre pour un homme vivant seul sur son bateau.
- C'est un menu de grand restaurant.
- Et un repas romantique.
- On sait qu'il y a des trafics mais il me faudrait 15 hommes de plus.
- A la brigade aussi, on manque d'hommes.
Mais quand ça devient un mobile de meurtre, je dois fouiner partout.
- Partout ? - J'ai appelé les douanes.
Ils m'ont dit qu'il y avait souvent une complicité interne.
- Pas chez moi. - Evidemment.
Il me faut quand même la liste des personnes sous vos ordres.
- Je réponds de mon équipe. - J'aurais dit pareil
il y a peu de temps.
- Vous ne pouvez pas me forcer sans commission rogatoire.
- Vous avez raison. J'ai donc pris mes précautions.
Je suis passée chez le juge avant. Voilà, madame. Euh... capitaine.
- Vous l'aurez dans l'après-midi. - Ce sera parfait. Merci.
Ca y est, Camille, sur le départ ? - Oui.
- Je suis vraiment désolée. - Non, c'est moi, commandant.
Je vous ai déçue.
- Non, à aucun moment vous ne m'avez déçue.
- J'ai tant appris avec vous.
- Vous êtes un bon flic. Vous avez une belle carrière devant vous.
Au pire des cas,
vous avez une reconversion toute trouvée
avec la voix magnifique que vous avez. Bref...
Où que vous soyez, peu importe avec qui,
si un jour on vous embête,
imaginez-moi en train de lui crier dessus avec mon sale caractère.
Ca changera rien.
Mais au moins,
vous penserez à moi.
- Merci.
- Tu vas me manquer.
- Oh la vache !
Putain, c'est beau, ça.
- Capitaine... - C'est beau, ça.
- Capitaine, Hervé Briançon a fait plusieurs virements
de 7 000E au total. - Bien.
Il les a donnés à qui ? Laisse-moi deviner... A une femme.
- Hannah Marens, prof à Sète.
- Des fleurs, du champagne, du homard et de l'argent.
- Le commandant a une théorie... - Oui, les contrebandiers.
Ca mérite peut-être une petite visite à cette Mme Marens.
- Quel rapport avec le trafic ?
- Elle est peut-être au courant. - Une prof à Sète ?
Vous suivez votre piste.
- Ma piste ? C'est notre piste !
C'est toi qui m'as apporté l'info de l'argent
et de la femme. J'espère que tu te trompes pas.
Sinon tu devras t'expliquer avec Léa.
Et là, j'aimerais pas être toi.
Faut assumer.
Mme Marens ? - Oui.
- Capitaine Marchal. - C'est pour le meurtre d'Hervé ?
- Oui.
- C'était l'ancien prof de Pierre, mon mari.
- Il est là ? - Il est mort
dans un accident
il y a longtemps. - Désolé.
Bonjour.
- Bonjour.
- Ange, mon fils. - D'accord.
Vous étiez en contact
avec Briançon ? - Pas vraiment.
Il prenait des nouvelles d'Ange et il lui envoyait de l'argent.
- Pourquoi ? - C'était mon parrain.
J'ai jamais connu mon père.
- Vous l'aviez revu depuis son retour ?
- Oui. Il m'a pistonné pour entrer dans une école de photo.
- L'argent, c'était pour ça.
- Oui. J'avais pas les moyens, Hervé a insisté.
- Vous l'avez vu quand ?
- Il y a une semaine. Il a déjeuné à la maison.
- Je l'ai aidé à installer les photos pour l'expo.
Je dois y aller.
Au revoir. - Au revoir.
Vous êtes photographe aussi ?
- J'aidais un peu mon mari.
Hervé voulait enseigner l'argentique à Ange.
- Il avait bien raison.
Ca donne une âme aux photos. - C'est vrai.
- Waouh...
- Ange utilise le matériel
de son père.
Pierre était le meilleur élève d'Hervé.
Alors il lui a proposé de l'accompagner pour un reportage
en Amérique du Sud.
Ils ont pris des risques.
- C'est là que l'accident a eu lieu.
- Oui.
Au Brésil.
Hervé venait de découvrir une tribu amazonienne encore inconnue.
- La fameuse photo qui lui a valu le Pulitzer.
Vous avez mangé du homard hier soir ?
- Pourquoi ?
On a mangé des pâtes avec Ange.
- Hervé Briançon vous a apporté des fleurs ?
- Non, une bouteille de vin.
Pardon, je vois pas où vous voulez en venir.
- Briançon a pu revenir ici pour une femme ?
- Avant de partir au Brésil il y a 20 ans, il devait se marier.
- Avec qui ?
- Aucune idée.
- Ca devient une habitude !
- On voulait être au calme. - Personne va prendre votre bureau.
- J'ai l'autorisation du proc pour le flag.
Vous avez des renseignements sur le trafic ?
- Oui. D'après le timecode des photos,
Briançon les a prises ces 2 derniers mardis à l'aube.
- La prochaine livraison serait dans moins de 12h.
Je mets les douanes sur le coup. - Et le capitaine Marchal ?
- Il sera en planque
avec nous.
Pas d'inquiétude.
Merci.
- Sinon, Camille, je voulais te dire,
repartir de zéro, c'est bien.
Pouvoir laisser tous les mauvais souvenirs derrière soi...
Mais si dans 2 semaines, dans 3 mois ou même dans un an
t'as envie qu'on se revoie,
t'hésites pas, quoi.
Voilà, bon...
Il est tôt, j'ai pas dormi, toi t'es en vacances, en plus.
Voilà, bon. A bientôt. Bisou.
- Je te fais remarquer que j'ai une femme à trouver.
- Tu vas te marier ?
Je la connais ? - Pas mal, celle-là.
N'empêche,
Briançon a quitté la région il y a 20 ans en laissant une femme.
- Tu as raison.
- C'est la 1re nuit qu'on repasse ensemble depuis le divorce.
- C'est une planque, pas une nuit torride dans un 4 étoiles.
- Léa, écoute ça.
Le bruit de la mer,
l'histoire du bateau.
Tu sais ce que ça me rappelle ? - Non.
- La croisière pour nos deux ans de mariage. C'était inoubliable.
- Inoubliable...
Oui, c'est vrai.
J'ai jamais autant eu le mal de mer.
J'étais pas bien. Oh là là !
Et t'as pas fait une insolation, toi ?
T'étais pas bien.
Pendant trois jours, t'as eu mal à la tête. Je m'y revois.
C'est bien le mot,
inoubliable.
- Parfois, t'es de mauvaise foi. - Mais parfois, alors.
- Je viens de repérer la camionnette.
- On intervient quand ils commencent à décharger.
On y va doucement ? - OK.
...
- Personne ne bouge !
- Erwan !
Merde !
- Levez les bras.
Tournez-vous.
- Passer de pêcheur à trafiquant,
c'est une sacrée reconversion, M. Leduc.
- J'étais pris
à la gorge.
- Qui vous a branché sur ce coup ? - Un copain de Barcelone.
Je m'en sortais plus avec mes dettes.
- Je sais.
Vous me l'avez dit.
Evidemment, trafiquant de cigarettes, c'est une chose.
Mais pour le meurtre de Briançon, vous risquez tout de même 20 ans.
- Pourquoi ? C'est quoi, le rapport avec lui ?
- Ce sont des photos prises par Hervé Briançon.
Et votre bonnet ressemble à celui sur les photos.
- Mais c'est quoi, ces photos ?
Il me surveillait ?
- Vous étiez où le soir du meurtre ? - Chez moi avec ma femme.
- Tu veux un jus ?
- Alors,
il pleut pas à Rennes ?
son inscription à la fac.
- Pas trop désespérée de plus vivre avec moi ?
- Ce matin, j'ai traîné dans la salle de bains
et y avait personne pour m'engueuler.
une tente au fin fond du Bhoutan.
- J'ai pas envoyé mes lettres de motivation.
- Avec maman.
- Ils étaient en opération. Enfin, j'espère.
restés bloqués dans la zone grise.
- Genre, ils étaient pas vraiment en opération ?
ils ont leur petit équilibre.
papa trouvera un truc
Il soupire.
- Un petit café ? - Merci.
- Attention, c'est chaud.
- C'est crevant, ces planques de nuit. C'est plus de mon âge.
- Ouais. - Mais c'est excitant.
- Quand ça aboutit. - On n'a pas fait chou blanc.
- Si, un peu. - On a démantelé un trafic.
- Mais les trafiquants étaient tous à Barcelone le jour du meurtre.
- Sauf Laurent Leduc.
- Mais sa femme confirme son alibi.
Qu'y a-t-il ?
- J'attends.
- Oui, il ne reste qu'une piste,
la tienne.
Celle de la femme abandonnée il y a 20 ans
et qui a tué son prince charmant.
- Merci. Ca fait du bien.
Je doute de moi.
- Il est 8 heures.
- Oui. Pourquoi ?
- La remplaçante de Camille arrive. C'est trop tôt pour moi.
Tout le monde me fait la gueule,
j'ai rendez-vous avec le proc...
- OK, j'ai compris. Je m'en occupe ? - Oui.
Hop !
On va faire ça alors.
Deux petites minutes de votre attention, s'il vous plaît.
Voici le lieutenant Zaïdi qui nous rejoint.
- Bonjour. Vous pouvez m'appeler Inès,
sauf les bleus qui seront obligés de me donner
du lieutenant.
Non, je déconne ! C'est Inès pour tout le monde.
Je viens de Paris,
je suis sortie de l'école
des officiers en 2017 et c'est mon second poste.
Et si quelqu'un a le numéro d'un plombier...
Je rame un peu dans mon nouvel appart.
- Allez, au boulot.
- Le type, là, il a pas l'air content de me voir.
- Erwan Lebellec, c'est ton nouveau coéquipier.
Tu remplaces Camille Barbier. Tout le monde l'adorait.
Erwan a besoin de temps.
- Mais Barbier... Quoi, Barbier ?
- Elle est morte.
Non, elle a été mutée. Mais comme c'est une sanction disciplinaire,
elle risque de pas être gâtée.
- Bon, on commence par quoi ?
- Par une perquise chez un suspect, Laurent Leduc.
- Tu te caches ?
- Non, je bois un chocolat pour me détendre.
- Tu dois être bien détendu.
Tu veux en parler ?
- Non, y a rien à dire.
Vous avez vu le ton mielleux qu'elle avait ?
- Elle, elle s'appelle Inès. Et c'est son 1er jour,
elle essaie d'être sympa. - Je sais mais c'est pas facile.
- Je comprends.
T'y es pour rien dans les ennuis de Camille.
Ca te dit d'interroger une suspecte pour te changer les idées ?
- Vous avez retrouvé la mystérieuse fiancée ?
- Je suis remontée au mariage. Les bans avaient déjà été publiés.
- Donnez-moi l'adresse et j'y vais. - Capitainerie de Port-Camargue.
- Non ? - Ouais.
- Encore ! - Il faut arrêter
de nous mentir.
- De quoi vous parlez ? - De votre mariage raté
avec Briançon que vous disiez connaître à peine.
- Bon...
Hervé a été le premier amour de ma vie.
J'ai reçu une claque quand il m'a laissée tomber.
- Pourquoi n'avoir rien dit ?
- Ca n'a aucun rapport avec sa mort. Et aussi... à cause de mon mari.
- Il ne savait pas ? - On garde pour soi
certaines blessures.
- Certaines peuvent mener au meurtre.
- Vous insinuez quoi ?
- Briançon disparaît pendant 20 ans,
et soudain, on l'invite pour une expo juste sur votre port.
- J'ai un alibi, j'étais chez moi avec mon mari.
- Vous pouvez vous couvrir
mutuellement.
- Mme Leduc, veuillez nous suivre.
- Pardon ?
- Il se passe quoi ? - Le couple Leduc vous balade.
Je t'explique en chemin.
Au fait, enchantée, je m'appelle Inès.
- Je sais. Pareil.
- Tu t'appelles Inès ?
- Non, enchanté.
Tu t'appelles Enchanté ? T'as dû en chier
à l'école.
- Nous avons trouvé ces photos dans le tiroir de la commode.
Vous pouvez m'expliquer ?
- Tout a commencé quand Hervé est revenu.
- Son exposition était un prétexte pour vous revoir ?
- Au début, je savais pas.
Quand la mairie m'a informée, j'ai pas pu refuser.
- Mais vous n'étiez pas enchantée de son retour.
- Non, pas vraiment.
J'avais refait ma vie.
- Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Revoir Hervé a été plus dur que ce que je pensais.
Surtout qu'il était adorable, il multipliait les attentions.
- Comme vous offrir des fleurs ?
- Par exemple.
- Pourquoi vous a-t-il donné ces photos de votre mari ?
- J'avais été très claire, j'étais mariée et heureuse.
- Vous avez pourtant accepté un dîner romantique avant-hier.
- C'était un repas d'adieu.
Hervé allait repartir en Amérique du Sud.
- Il vous a sorti le grand jeu ?
- Oui. Il a insisté lourdement pour avoir une nouvelle chance.
Alors je lui ai redit fermement que j'étais très heureuse,
que j'aimais Laurent.
- Alors il a voulu vous montrer qui était vraiment votre mari.
- Quand Isabelle m'a montré les photos, je lui ai tout dit
pour les dettes et le trafic, et j'ai promis de tout arrêter.
- Et la semaine d'après, vous recommencez.
- Ils m'ont menacé. J'ai dû faire la dernière livraison prévue.
- Votre femme vous a couvert.
- Oui, mais on n'a pas tué Briançon.
On frappe. - Entrez.
- Je pense que Laurent Leduc est vraiment sincère.
- Et sa femme aussi.
Ils ont une bonne raison de mentir mais aucune de tuer Briançon.
- Alors ça veut dire qu'on n'a plus aucune piste.
- Y a le feu à la capitainerie.
- Bonjour.
Bonjour, messieurs.
Oh...
Que s'est-il passé ?
- Des plaisanciers ont aperçu de la fumée.
Le pire a été évité. - On a des témoins ?
- Pause déjeuner, personne n'a rien vu.
- Putain...
De l'allume-barbecue.
- Je me disais,
ils auraient pas mieux fait d'en verser directement sur les portes ?
- Quoi ?
- Ils auraient pas mieux fait d'en jeter sur les portes du bâtiment ?
- Non, pas du tout.
Ils visaient pas le bâtiment
mais l'exposition d'Hervé Briançon.
- On a trouvé le profil du coupable. Un incendiaire qui déteste l'art.
- Non...
- Non, mais je plaisantais.
Vous avez trouvé un autre indice ?
- Rapporte à la brigade les clichés pas trop cramés.
Je dois vérifier un truc.
- OK.
Pas trop cramés, c'est subjectif. Du coup, je trie comment ?
- J'ai juste besoin de voir le bas des photos.
- OK.
Ouais...
Bonjour.
Vous pourriez me filer un coup de main ?
- Bien sûr. - Merci.
Mettez-les à l'accueil. Je peux vous aider sinon ?
- Je travaille ici.
- Cool ! Je suis nouvelle. Je suis Inès Zaïdi, lieutenant.
- Léa Soler, commandant.
- OK.
Je suis désolée,
je savais pas.
- J'aurais dû être là pour vous accueillir mais j'étais occupée.
- Je vous débarrasse.
- Non. C'est pour les scellés ?
- Non. Le capitaine Marchal prépare une expo.
- Il prépare une expo ?
- Après vous.
- Ah, très bien.
- Mon bureau est un hall de gare.
- Bah non.
J'ai trouvé ce qui nous manquait. - Un rapport m'aurait suffi.
- Un rapport, ça manque de panache.
Bon, alors...
Là,
vous voyez quoi ?
Inès ?
- Des clichés brûlés.
- Oui.
- Et des photos intactes.
- Bien. Ce sont toutes des photos argentiques prises à ses débuts.
- On est censées voir quoi à part une rétrospective sur Briançon ?
- Vous voyez rien ?
Vous êtes trop loin. Approchez-vous.
Approchez-vous.
Regardez de plus près.
Alors ?
Observez bien.
D'accord, je vous aide. Regardez.
Là, là...
Là et ici.
En bas de chaque photo, il y a... - Rien.
- Bien.
- Et c'est un problème, du coup ?
- Non.
Et sur ce cliché mondialement connu...
- Y a une rayure en bas.
- Ca vient d'un boîtier
argentique usé.
- Et donc ? - Ca voudrait donc dire
que cette photo qui a reçu le prix Pulitzer
n'a pas été prise par Hervé Briançon.
- Que faites-vous ? - Deux secondes.
Rayure.
Rayures partout.
- John... - Capitaine ?
- Tu me mets ça sous scellés.
Et ça aussi.
- Pourquoi ?
- La photo qui a reçu le Pulitzer
a été prise par votre mari. Mais ça, vous le saviez.
- J'ai tué Hervé Briançon.
- Pardon ?
- Il y a deux jours sur son bateau avec un fusil harpon.
Ce soir-là, je suis allée sur son bateau pour avoir des explications.
- Il va falloir développer un peu. Des explications pour quoi ?
- Pour avoir gagné le Pulitzer avec une photo volée à mon mari.
Pour avoir profité de la mort de Pierre.
- OK. Et Briançon a tout avoué,
comme ça ?
- Je l'ai menacé d'en parler aux journaux.
Alors il s'est énervé,
il est devenu violent.
Il a voulu me frapper.
- Vous vous êtes juste défendue. - Oui.
Il y avait un fusil harpon, alors je l'ai menacé avec.
Je voulais pas le tuer, le coup est parti tout seul.
- Le fusil était armé ?
- Oui.
Oui, j'imagine.
- C'est pas d'imagination dont j'ai besoin mais de souvenirs.
C'est comme une arbalète, il faut armer avant de tirer.
Vous l'avez fait ou non ?
- Oui.
Oui, je crois.
J'avais peur, je me souviens plus.
Je voudrais signer mes aveux.
- Mme Marens, une dernière question.
Pourquoi avoir mis le feu à l'exposition ?
- Hannah Marens
raconte n'importe quoi.
- Donc il ne nous reste plus qu'une possibilité.
- Vas-y doucement, on a besoin d'aveux.
- Où est ma mère ? Vous l'avez embarquée.
- Elle a avoué et signé sa déposition.
- C'est du délire !
- Non, pas tant que ça.
Je vais t'avouer un truc.
J'ai 2 enfants, et si l'un d'eux faisait une connerie,
je m'accuserais à sa place. C'est dans les gènes.
- Pourquoi vous dites ça ? - Ange...
T'avais remarqué la rayure sur l'argentique de ton père.
Pour un connaisseur, ça saute aux yeux.
En installant l'exposition,
tu as vu le cliché originel du Pulitzer
et tu as vu le même défaut.
Tu as compris que ton père aurait dû avoir la célébrité,
même et peut-être surtout à titre posthume.
- Briançon pouvait pas continuer à mentir.
Je lui ai dit de tout raconter,
que mon père méritait bien ça.
Il a dit que mon père était mort et que ça le ferait pas revenir.
Avec son fric, il m'a dit...
Il m'a dit qu'on était quittes.
Après mon affection, il achetait mon silence.
- Erwan, t'as deux minutes ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je sais que je suis pas Camille
mais si tu as besoin de parler, je suis là.
- Merci, ça va aller.
- T'es mon partenaire.
- Ca y est, c'est officiel ? - Ouais.
J'ai vu Soler, Marchal. On a l'air d'être une grande famille.
- Je dois être l'ado qui n'a pas envie de parler.
- Même si je t'offre
un chocolat ?
Il paraît
que ça te détend.
- T'es têtue, en fait.
- Tu viens ?
- Bonne soirée.
Mon colonel... - Votre demande de mutation.
Vous n'avez plus qu'à signer. - Quelle demande ?
- Vous vous êtes opposée à moi, vous ne pouvez pas rester ici.
Vous êtes indépendante, il faut assumer.
- Assumer...
Oui, vous avez raison. Assumons.
C'est bien, ça.
Excusez-moi !
On va assumer.
Le colonel a décidé
que je n'avais plus ma place ici.
- Commandant... - Dites-leur
que vous n'avez jamais accepté qu'on m'impose à vous.
- Allons dans votre bureau. - A peine arrivée,
vous m'aviez déjà jugée.
Puisqu'il est question d'assumer, demandez ma mutation.
Je signerai pas cette lettre.
- C'était quoi, ça ? - Ca, c'est la famille.
Bienvenue donc.
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