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...
Des musiciens accordent leurs instruments.
Concerto de Mozart.
...
Une porte claque.
Voix diffuses.
...
- Oh !
Au secours ! - Venez vite !
...
- C'est pas faute de t'avoir tendu la perche.
Pourquoi tu as attendu si longtemps pour nous en parler, de ce Julien ?
- Les tatouages...
Son job, les Travaux d'intérêt général, son projet artistique...
C'est pas le gendre idéal. - On est modernes, avec ta mère.
D'accord.
Et s'il n'est pas pris à l'école d'art de Montpellier,
tu vas le suivre ?
- Hum. Des écoles de droit, il y en a partout en France.
- Moi qui me suis saigné aux quatre veines
pour vous acheter cet appartement, à Thomas et toi...
Non, je plaisante.
Il est temps qu'on rencontre
Julien. - On va bien trouver une occasion.
- Oui.
Un téléphone sonne. Ah.
C'est le boulot.
- Tu vas abandonner ton bébé fille ?!
- Oui ?
Oui.
Euh, oui, mais je n'ai pas...
Je prends ma voiture.
...
C'était une répétition à huis clos ?
- Les musiciens étaient dans leurs loges.
- Il faut un pass pour entrer ici. - Super.
- 60 musiciens, plus les techniciens,
ça fait 80 personnes.
- Ca limite vachement.
- J'y vais, alors.
- Voilà.
- Je vous briefe,
ou on attend le commandant ? - Elle est sur une affaire délicate.
- Ah bon ? - Elle est avec Thomas, au bahut.
- Une seule blessure
qui lui a été fatale. On a trouvé des traces de lutte dans sa loge.
- Une lutte qui s'est achevée ici.
L'arme du crime, c'est quoi ?
- Un ancien canif de luthier. Il fait partie d'une collection
exposée dans le couloir.
- Le meurtrier s'en est emparé... Il y a des empreintes dessus ?
- Non, on ne trouvera rien sur un bois aussi ancien.
- Tu fais les présentations. - François Durieux, premier violon
de l'orchestre,
domicilié au 29 allée des Roses où il habite avec sa mère.
- Une maman en deuil... Léa saura lui parler.
Autre chose ?
- Oui... On a trouvé ça, accroché sur un bouquet de fleurs.
- "Un succès bien mérité.
"Garance Corbier." C'est qui ? - La vice-présidente de l'Opéra.
- Elle félicite un musicien... - Personne ne l'a vue ce matin.
- Alors on la cherche et on la convoque. Merci.
- Vous viviez seuls ici, tous les deux ?
- Le père de François est parti, juste avant sa naissance.
- François était un grand violoniste.
Est-ce que ça a pu réveiller des jalousies ?
- Je connais peu les autres musiciens de l'orchestre.
Mais François n'était pas le genre à se faire des ennemis.
- Et...
En dehors de la musique, avait-il d'autres activités ?
Des amis, une amoureuse, ou même un amoureux ?
- Non... Il passait son temps
à jouer du violon dans sa chambre.
- Ce serait possible de la voir ?
Ce sont les violons de François ? - Oui.
- Je peux ?
Je fais attention.
- Pardon. C'est juste que...
c'est son premier violon.
François a démarré à 9 ans.
- Il y a quelque chose à l'intérieur...
- C'est la signature
du luthier : Pascal Roy.
- Vous le connaissez bien ? - Il enseignait au Conservatoire.
Il s'est occupé de François
un peu comme un grand frère.
- Ou comme un père.
- Celui-ci,
il l'a fait sur mesure pour François.
C'était son instrument fétiche.
- François avait lequel, ce matin ? - Aucun de ceux-là.
Il avait
un Armanello, un violon du 18e siècle.
Il lui a été confié il y a trois mois
par la fondation Haydn de Vienne.
- Et le luthier, Pascal Roy, n'a pas été vexé
que François délaisse son violon sur mesure ?
- Je ne sais pas.
- Capitaine.
- Merci, Anthony.
- Bonjour. Je suis Garance Corbier.
J'ai fait au plus vite.
- Asseyez-vous.
Téléphone. - Excusez-moi.
Ca n'arrête pas de sonner depuis...
- Vous étiez proches ? - Non. Je connais peu les musiciens.
- Mais vous leur offrez des fleurs. - Bien sûr. Pour les féliciter.
J'admirais le talent de François.
Le concert de demain devait être retransmis à la télévision.
- Quelqu'un a peut-être voulu
l'empêcher de jouer. - Pour quelle raison ?
- La jalousie. Qui peut prendre sa place au concert de demain ?
- A part Théo Bloquet, le deuxième violon, personne.
- Bon.
- OK, capitaine. Je vous le ramène.
Théo Bloquet,
tu l'as interrogé ? - Non. C'est qui ?
- Le suspect de Vannier. Et toi, tu en es où ?
- Aucun témoin du meurtre.
Soler veut que je récupère le violon de la victime.
- La chef d'orchestre pourra peut-être nous renseigner.
Excusez-moi,
Mme Wajowsky. - Oui ?
- Y avait-il des tensions ?
- Il y en a toujours un peu. - Et entre François Durieux et...
- Théo Bloquet.
- Un peu plus depuis que François a reçu Tino.
- "Tino" ? - C'est le surnom de son Armanello.
- Son violon. Les luthiers donnaient un prénom à leurs réalisations.
Violon.
- Théo !
Un peu de respect !
C'est le violon de François.
- Et Pascal Roy, comme suspect ?
- Non, ça ne tient pas.
- Tu as trouvé mieux ?
- Oui, peut-être. François était en compétition
pour le poste de premier violon avec un certain Théo.
- Un rival qui tue par jalousie ?
- Pourquoi je te parle ? - Tu ne me parles plus, Paul.
Par exemple, le départ d'Alice.
- Je n'aurais pas gardé le secret. Elle comptait te le dire.
- Tu laisses partir ta fille ?!
Et Thomas. Les inscriptions post-bac, c'est le bordel !
- Chut...
- "Chut" ?
- Respiration ventrale... Zen. Pense yoga.
- Ca t'amuse ?
- Qui a pris rendez-vous avec le conseiller d'orientation ?
- C'est possible que ce soit toi.
- Et concernant Julien et Alice, on dîne avec eux ce soir.
- Je préférais
quand tu t'en foutais. Comme ça, je pouvais me défouler sur toi.
- C'est un compliment, ça !
- Je n'ai pas envie qu'Alice s'en aille.
- Tout va bien se passer. On va discuter avec eux.
Barbecue, ce soir. - Carrément ?
- Hum. - Je peux m'habiller comme je veux ?
- J'aime bien ton short en jean.
- Mon short en jean... Ca va pas ?! - Quoi ?
- Mon short en jean...
- Je voulais juste l'essayer.
- Donnez. C'est une pièce à conviction.
- Je ne comprends pas. - Quoi ?
- Je ne reconnais pas le timbre de Tino.
- Vous n'en jouez pas assez bien. - Je joue aussi bien que François.
- C'est bien la signature de l'Armanello.
- Ce violon n'a pas le son de Tino. C'est un faux.
- Paul, j'ai beau réfléchir,
la piste Théo Bloquet, la rivalité, ça ne fonctionne pas.
- De là à l'exclure comme suspect...
Et la fouille de l'Opéra ? - Le vrai Armanello a bien disparu.
- Comment la victime n'a pas remarqué la différence en jouant ?
- La dernière répétition a eu lieu vendredi... Il ne s'est pas servi
de son instrument depuis.
- Donc le meurtre est lié au vol de l'Armanello ?
- Hum.
Sauf si François Durieux a vendu le violon.
Il a pu faire faire la copie.
- Non. Cet instrument, c'était le Saint Graal pour lui.
- Qui a réalisé la copie ? Un excellent luthier.
Laisse-moi réfléchir.
Un des meilleurs de la région...
Ah, mais bien sûr !
Pascal Roy ! C'est incroyable.
- Bim ! Le grand retour du luthier.
- Pascal Roy était en froid avec la victime...
Il était le mieux placé pour réaliser cette copie...
- Je vais m'en occuper comme s'il était coupable.
Juste pour te prouver que tu as tort.
- Et j'aurai raison.
Ils rient.
- Non. La chemise.
- Mais sans la cravate.
- Evite de parler politique. - Et des fonctionnaires.
- Bien sûr. Et je bois de l'alcool ou pas ?
- Oui. - Non.
Alors un verre.
- Mais un seul.
- Et mon historique avec la justice ?
- Ils connaissent ton casier par coeur.
Et tes bulletins de primaire.
- C'est une bonne idée ? Vous m'aidez si je dérape ?
- Moi, j'ai piscine. Je ne tiens pas
à assister au carnage.
- Ca va bien se passer.
Peut-être juste fermer ce bouton.
- J'ai eu une conversation avec un responsable de la fondation Haydn.
- Ceux qui ont prêté l'Armanello ? - Ils n'ont jamais entendu parler
de la victime.
- Durieux a menti ?!
- Oui, y compris à sa mère.
- Comment a-t-il obtenu
un violon pareil ? - Peut-être de façon illégale.
- Si on trouve la réponse, on trouve le coupable.
- Dis comme ça, ça a l'air presque facile.
- Bonjour, Franck. Alors vos conclusions ?
- Un coup en plein coeur. Il est mort en quelques secondes.
Le coup a été porté avec une grande violence,
avec une lame courte, très affutée sur la pointe, mais peu tranchante
sur les côtés.
- Ce qui peut correspondre au canif de luthier qu'on a retrouvé.
Et pour les traces de lutte ? - Ca ne colle pas avec le rapport.
Il n'y a pas eu de lutte.
- Il a pourtant des hématomes. - S'il y avait eu un affrontement,
j'aurais retrouvé des résidus de peau sous les ongles... Là, rien.
- Les coups auraient pu être portés la veille de sa mort ?
- Non, c'est le même jour. C'est comme s'il s'était laissé frapper.
- Ca n'a pas de sens. Personne ne se laisse frapper.
Non. Merci.
- De rien.
- Vous le connaissiez depuis longtemps ?
- Je connaissais François depuis qu'il était tout gamin.
C'est moi qui lui ai fourni son premier violon.
- Et il vous est resté fidèle.
Jusqu'à ce qu'il préfère l'Armanello.
- Ca m'a fait mal sur le coup.
Mais c'était bien pour lui.
- Donc si je résume,
vous lui offrez son premier violon, ce qui est déjà vachement bien,
et vous fabriquez ensuite ses instruments sur mesure.
Donc vous investissez du temps, votre savoir-faire, de l'argent...
Et du jour au lendemain, il vous quitte
pour l'Armanello.
Aucun retour sur investissement.
- Je le considérais un peu comme mon fils.
- Il y a des enfants qui trahissent leurs parents.
- Vous pensez
que je me serais vengé ? - Oui.
En faisant une copie de l'Armanello.
François l'a découvert
et ça a dégénéré.
- J'aime trop mon métier pour m'adonner à la contrefaçon.
Montrez-la-moi, votre copie, et je vous dirai d'où elle vient.
- Durieux virait de l'argent tous les mois à sa mère.
- Elle n'avait pas les moyens de s'offrir l'Armanello.
Comment se l'est-il procuré ?
- Je vais aller faire un tour du côté des antiquaires.
- Lancez un avis de recherche pour retrouver le propriétaire.
- Je mets quoi dans le profil ? "Individu en bois, précieux"...
- On dirait Marchal.
Mettez : "Valeur 2 millions d'euros." Ca peut faire réagir.
- Très bien. - Merci, Erwan.
- Je ferme la porte ? - Non, il fait chaud.
- Et un escalier...
- C'est les plans de l'Opéra ? - C'est un vrai labyrinthe !
- Il n'y a que les pass accrédités qui ont pointé ce matin.
- Ah bon ? - Hum.
- OK... Et tu as demandé
à la sécurité pour la porte de service du sous-sol, là ?
- Les deux agents qui ont accès à la clé ont tous les deux un alibi.
- D'accord. Bon.
Je vais finir par croire qu'il y a un fantôme dans l'Opéra.
- Un homme masqué qui vivrait dans les caves,
entre le placard à balais et le compteur électrique.
- Avec son bleu de travail...
Avec son masque... - Ah, le capitaine Marchal.
Oui, capitaine ?
- Camille !
- Coucou.
- Ca va ? - Oui, ça va. Et toi ?
- Tu fais quoi, là ? - Rien. Et toi, tu fais quoi ?
- Rien. Rien d'illégal.
Tu sors une pièce à conviction ?! - C'est Marchal qui me l'a demandé.
- Pour une fois que c'est pas moi... - Je vais me faire choper ?
- Ca finit toujours comme ça. - Je ne vais pas balancer Marchal.
- Non. Je comprends.
Je ne dirai rien.
- Merci.
C'est une bonne idée ?
- Ce qu'on fait, c'est juste gagner du temps.
Hum ?
- Merci.
Voyons voir.
C'est de l'érable canadien.
On voit ça à la régularité des cernes.
Le choix de l'essence est crucial.
Je n'utilise que du merisier,
au cas où vous me soupçonneriez.
- Vous faites quoi ?
- J'essaie d'identifier le vernis utilisé.
Vernis synthétique
avec une résine cellulosique.
Produit bas de gamme,
fabriqué en République tchèque,
je dirais. Un téléphone sonne.
- Ca n'aura pas traîné. Oui, Cdt Soler ?
- Tu as sorti une pièce à conviction des scellés ?! Le labo l'attend.
- Je farfouille et je trouve.
La copie n'a pas été fabriquée en France.
cherche à revendre l'Armanello.
- Tu es sûre de toi ?
- OK, je vois. Merci, Léa.
Vous êtes connu, vous, chez les antiquaires
du quartier.
- Non ?! - Hum.
- M. Roy aurait tenté de revendre un Armanello ?!
- Hier, oui.
Pas évident de refourguer un violon de ce prix-là,
sans facture, en plus. - C'est lui qui a fabriqué la copie.
- Je n'ai pas tué François. - Bon, il est où, ce violon ?
- J'appelle mon avocat.
- Eh bien, on va fouiller.
- Venez voir. Il a été déplacé. - Vous n'avez pas le droit !
- Vous regardez trop les séries américaines.
En France, on peut perquisitionner en présence du suspect.
Bingo ! Ca a été rapide.
Et un Armanello, un !
- François n'aurait pas entendu la différence avec cette copie.
Il ne se rendait pas compte qu'il jouait mieux sur mes instruments.
- Ce matin, vous allez à l'Opéra...
- Non, je suis allé chez lui avant-hier. Il n'y avait personne.
Jamais je ne lui aurais fait de mal.
- Pourquoi vous avez essayé de revendre ce violon ?
- Je me suis retrouvé avec ce bijou sur les bras. J'ai paniqué.
- Vous auriez pu
le brûler. - Détruire un Armanello ?!
- Et détruire François ?
- Je voulais juste lui donner une leçon.
La gratitude... Ce n'était pas sa qualité première, à François.
- Vous étiez où ce matin, au moment du meurtre ?
- Bonsoir.
- Léa !
Tu vas où ? - Chez le proc.
Très bien,
l'interrogatoire de Pascal Roy.
- Il n'est pas passé
aux aveux.
- C'est une question de temps.
- Franchement, le mobile
ne tient pas.
- La trahison. D'ailleurs, plus sentimentale que financière.
- Sauf si le meurtre et le vol ne sont pas liés.
- Tu es trop versatile, Paul !
OK. Pour l'instant, je vais l'inculper de vol et de recel.
Ca te laisse un peu de temps. Tu es content ?
- Merci. - Paul !
Euh...
Ce barbecue, c'est pas... - Déstresse.
- Je ne stresse pas. - C'est Julien qui passe
son grand oral.
- Les présentations officielles
à son futur gendre,
c'est jamais anodin. Lui aussi, il va nous juger.
Et de quoi on a l'air ? Deux vieux gendarmes...
- On est en pleine fleur de l'âge !
Regarde-toi. Tu es super jolie.
- Bon. Alors à ce soir.
C'est très joli.
A la fois cru et candide.
Chouette cadrage...
- Ca fait penser au travail
de Diane Arbus. - En version couleur.
- Tu t'y connais en photo, maman ? - C'était ma passion.
Je voulais faire une école de photo.
Tes grands-parents n'ont pas voulu. Mais c'est grâce à la photo
que j'ai rencontré ton père. - C'était le 20 août 1993, à 8 h 20.
Elle était en train de shooter une jolie façade.
J'avais mon appareil aussi.
Je me suis dit :
"Il faut que je la prenne..." - Oui, voilà !
C'est parfait, Paul. C'est ça.
- Voilà.
Comment on peut t'aider à entrer aux Arts appliqués, Julien ?
- Vous pourriez soudoyer le jury.
Il rit.
- Je n'ai pas compris. - Vous pourriez soudoyer le jury.
- Non, c'est pas du tout le genre de la maison.
- C'est faisable... Ou pas.
- Bon, je vais faire les cafés.
- Je vais te suivre.
- Tu sais où c'est, pupuce ? - Oui.
- J'aime bien son humour.
- Moyen, moi.
- Merci d'être venu me chercher !
- De rien.
Il va falloir songer à changer de voiture.
- Elle est un peu capricieuse. Mais c'est une valeur sentimentale.
- Ah ! Tu as du nouveau sur l'avis de recherche de l'Armanello ?
- Aucun appel.
Personne n'a jamais entendu parler de ce violon.
- Bon. Moi, rien non plus. Durieux avait une vie plutôt ennuyeuse :
sa mère lui préparait à manger et lui, il jouait du violon.
- C'est "space", à 28 ans. - Je sais pas. C'était un artiste.
A part la musique... - J'en connais plein, des musiciens.
- Tu connais des musiciens ?! - François a menti à sa mère,
un peu comme un enfant. - Oui...
- Ca ment pour quoi, un gamin ?
- Pour pas se faire engueuler... Ou par peur de décevoir.
- A mon avis, ce n'était pas son seul mensonge.
Tu démarres ? - Euh, oui. Tu mets ta ceinture ?
- Oui.
- Je ne comprends pas
pourquoi mon fils m'a menti au sujet de cet Armanello.
- C'est ce qu'on essaie de comprendre, Mme Durieux.
La passion de François pour la musique a toujours été présente ?
- C'était sa manière de gérer l'absence de son père.
- Vous n'avez jamais pensé à refaire votre vie ?
Vous étiez jeune à sa naissance.
- Il suffisait à remplir ma vie.
- La musique remplissait la sienne.
- Chacun y trouvait son compte. J'aimais quand il me racontait
ses concerts, ses collègues, ses soirées du jeudi avec Pascal...
- "Ses soirées du jeudi" ?
- Mathieu, s'il te plaît.
Merci.
M. Roy !
Parlez-moi des soirées du jeudi avec François Durieux.
- J'organisais des concerts de démonstration à l'atelier avec lui.
- Même depuis qu'il avait l'Armanello ?
- Non, plus depuis trois mois.
- François a raconté à sa mère qu'il venait vous voir tous les jeudis.
- Pourquoi il faisait ça ?
- Je comptais sur vous pour m'éclairer.
- Je n'y comprends rien.
Je l'aimais vraiment, ce gosse. Tout le monde voulait son bien.
- Oui. Vous, sa mère, sa chef d'orchestre...
J'en oublie ?
- On croyait tous en lui.
- Trop, sûrement.
François avait peut-être envie d'autre chose.
De respirer.
- Pascal Roy, qu'est-ce qu'il dit ? - Il ne comprend pas
pourquoi François
mentait autant.
- Un virtuose qui vivait tellement pour sa musique
qu'il menait en bateau tout son entourage.
- Et qu'il mentait.
- Vous creusez ? - Erwan et Camille sont déjà dessus.
Euh...
Commandant.
Vous avez eu des échos du dossier que le colonel monte contre vous ?
- Euh... Non.
Sophie !
Vous avez l'air de suivre de près cette histoire.
- Si je peux être utile...
- Hum... C'est bien le colonel qui vous a nommée ici ?
Vous lui devez beaucoup. - Mais c'est de vous que j'apprends.
- Le colonel m'évite en ce moment. Il doit lui manquer des éléments.
- Mais selon les règles de rang et d'ancienneté, c'est à Marchal
que reviendrait l'intérim.
- Il y a un sous-entendu ?
- Non, pas du tout.
Enfin, je ne sais pas... - Quand on ne sait pas,
on ne dit rien. Fermez la porte en sortant.
- Bien, commandant.
- Merci.
- Qu'est-ce qu'on cherche dans ce quartier ?
- C'est là que le portable de Durieux a borné...
- Oui, tous les jeudis soir. Mais il n'allait plus chez Roy.
- Non. - Pourquoi il a dit le contraire ?
- Vannier dit : "Mettre un peu de vrai dans un mensonge,
"ça permet de moins se tromper." - Parole de vigiles.
- "D'Evangile", tu veux dire ? - Non, "de vigiles".
- On dit : "Parole d'Evangile". - Non, "des vigiles", au pluriel.
- Commandant. - Oui ?
- On a du nouveau sur...
Je suis désolée. Je m'en veux de cette histoire de Marchal qui...
- C'est bon ! Aucune importance. Je vous écoute.
- On a retrouvé le propriétaire du véritable Armanello...
- Je vous remercie, Sophie.
Il frappe. Oui, entrez !
- Tous les jeudis soir, depuis trois mois,
Durieux retrouvait sa maîtresse.
- Le Cne Vannier a reçu un appel
d'une certaine Mme de Constantin.
- C'est qui, ça ?
- La soeur de M. de Constantin.
Hervé. - C'est qui, Hervé de Constantin ?
- Le propriétaire de l'Armanello. - Super.
Regardez.
- Qui se trouve être aussi le mari de ?
Garance Corbier. - La maîtresse de Durieux.
- La maîtresse de Durieux...
...
- C'est jamais de votre faute !
- J'y peux rien !
Je gère au fur et à mesure ! - Venez avec moi.
Je passe mon temps à vous courir après.
Vos travaux gênent les musiciens. - Mme Corbier !
- Attendez, je suis très occupée. - Veuillez me suivre.
- Et pour quel motif ?
- Un petit hôtel, en centre-ville, le jeudi soir...
Ca vous dit quelque chose ?
- J'imagine que vous avez une bonne raison
pour nous avoir caché votre relation avec la victime.
- Je suis mariée. Aussi je ne voyais pas
en quoi c'était pertinent.
- Ca, c'est à nous d'en juger.
Comment définiriez-vous votre relation avec François Durieux ?
- Un coup de coeur. - Pour l'homme ? Le musicien ?
- Les deux.
Si vous aviez entendu François jouer, vous comprendriez.
- C'était sérieux entre vous ?
- Non. C'était...
une escapade. - Oui...
Donc aucune raison d'étaler
votre histoire au grand jour.
Mais dites-moi, vous, pour une escapade,
vous offrez
un violon à 2 millions d'euros à votre amant ?!
Qu'offrez-vous lorsque vous êtes réellement amoureuse ?
- Et vlan ! Première attaque surprise.
- Garance Corbier se touche les cheveux quand elle évoque François.
comme du "papier à musique" :
tous les jeudis soir, dans le même hôtel.
Je ne suis pas sûre que vous connaissez
la définition exacte du mot "escapade".
- Là, tu vois ? Elle cache instinctivement son alliance.
Ca, c'est pas une escapade. Non. Ca, c'est le grand amour.
Hum.
- Soit c'est votre mari qui a tué François Durieux.
Soit c'est vous.
- Les cheveux.
est dans la famille de votre mari depuis quatre générations.
- Sans doute.
- Il a dû apprécier de voir que vous l'offriez à votre amant.
- Tino était bien mieux dans les mains de François.
- François et la musique...
- Il lui manquait juste un petit quelque chose.
- Vous et votre amour ?
- Non.
L'Armanello. Le talent de François allait enfin être reconnu.
Un téléphone sonne.
- Oui, Erwan ?
- Moi aussi.
Le mari de Garance Corbier était à bord d'un avion pour Berlin...
- De Berlin ?
- De l'aéroport.
Le mari a pris l'avion de 10 h, alors que Garance l'a déposé à 8.
Et de l'aéroport au centre-ville, ça prend 20 mn en voiture.
- Donc elle a eu le temps de passer à l'Opéra
avant de venir ici, vers 10 h 30.
- C'est ce que je pense. Pour le mobile, je sèche.
- J'ai une idée.
de la victime.
- Garance Corbier et François s'aimaient d'une passion folle.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- J'ai vu la vidéo,
et son langage corporel la trahit.
- Vas-y, développe. - Sa main dans les cheveux,
ça exprime son désir pour François. Quand elle parle de son mari,
elle retire son alliance. - Non, elle la tripote. Nuance.
- Elle se mordille la lèvre quand elle parle de leur rencontre.
- Les femmes n'ont plus aucun secret pour toi.
- Je n'irais pas jusque-là.
- Merci, Adeline. - C'est quoi ?
- Les extraits choisis par Sophie du PV d'audition de Pascal Roy :
ceux où il explique comment François était devenu ingrat,
comment le succès lui était monté à la tête...
- Et si François agissait de la même façon avec sa maîtresse ?
- Elle en aurait eu marre d'une relation à sens unique ?
- On perd notre temps, ici.
- Cache ta joie.
- On a déjà ratissé l'Opéra. T'en as pas marre ?
- Laisse-moi te citer un grand détective.
"C'est en marchant sur les pas qu'il a déjà foulés
"que l'enquêteur trouve la clé
"du meurtre."
- C'est Sherlock Holmes ? - Non.
- Hercule Poirot ? - Non.
- Maigret ? - Non.
- C'est qui ? - Paul Marchal !
Mets-la dans ton carnet de citations des capitaines.
Ne me remercie pas.
- Tu l'as déjà vu, lui ? - Oui, c'est un des ouvriers.
Attends.
Excusez-moi.
Vous vous souvenez de moi ?
- Bien sûr, mademoiselle.
- "Lieutenant."
Vous travaillez sur quoi, là ?
- Je rénove ce mur pour la 4e fois. - Vous avez un pass pour entrer ?
- Mme Corbier m'a donné une clé de la porte de service.
- Mme Corbier, souhaitez-vous
appeler votre avocat ? - Mais...
Je n'ai pas d'avocat.
- Vous êtes sûre ?
Et pourtant, vous avez appelé un certain Me Galfione
quatre fois en moins de quinze jours.
Mais oui ! Excusez la méprise.
Me Galfione est spécialisé dans les divorces.
- C'est ma vie privée, ça ne vous regarde pas.
- Détrompez-vous.
Ca me regarde, je vous promets.
Voilà ce qui s'est passé.
Vous n'étiez plus heureuse en couple.
Pour vous, c'était terminé. Alors hier matin,
après avoir déposé votre mari
à l'aéroport, vous foncez à l'Opéra,
impatiente d'apprendre votre divorce à François.
Sauf que lui ne voit pas les choses
de la même manière.
Il s'en fout de votre amour, de votre relation.
Tout ce qui l'intéresse, c'est la musique, seulement la musique.
Alors vous vous disputez.
Il reste stoïque face à votre rage, votre colère.
Il ne comprend pas. Il se laisse frapper.
Vous êtes tellement déçue.
Après tout ce que vous avez fait pour lui.
Garance,
l'Armanello, ce n'était pas pour aider François.
C'était juste un moyen d'essayer d'atteindre son coeur.
Elle éclate en sanglots.
On sonne à la porte.
Entrez !
- C'est moi ! - Bonsoir, Paul.
Mon cours de yoga va commencer.
Tu m'aides ? - Oui.
- On va par là. Allez, go !
- Tu fais du yoga dans cette tenue ? - Non, je vais me changer.
- Tu vas recevoir ton prof avec ce short.
- Toi-même, tu m'as dit qu'il m'allait très bien. Arrête.
- Bref ! En fait, je venais débriefer le dîner d'hier soir.
- Eh bien...
Julien a l'air très sympa, Alice très amoureuse.
- Et nous ?
- Et nous quoi ?
- Je nous ai trouvés bien.
- C'était chouette.
Bon, Greg va arriver. - "Chouette" ?
- Chacun a joué son rôle. Le père, la mère, ainsi soit-il.
- Pourquoi tu te fermes ? - Je ne me ferme pas, Paul.
Excusez-moi, c'est... le boulot.
- Un problème ?
- Non... C'est avec le colonel.
- Un problème avec le colonel ? - Non !
- Léa, tu peux me parler.
On est une équipe.
- Non, on n'est pas une équipe.
Tu as tendance à oublier que je suis ta chef
et plus ta femme.
Tu bouges tout le temps les frontières.
On en a déjà parlé.
On doit respecter cette putain de distance.
- Toi, tu privilégies ta carrière.
Très bien.
Tu ressembles de plus en plus à ton père.
- C'est tellement facile...
- Ca se coupe, ça ! Putain !
- Bien.
C'est pas ce que je voulais dire, Paul. Pardon.
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