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Zulu
...
Sonnerie de téléphone.
- Allô ?
une pizza 4 fromages sans fromage.
- Quoi ? Non, c'est une erreur.
Très drôle, Camille.
- Pas du tout, je récupérais.
je prends la permanence de nuit.
- A toute.
- Lieutenant, j'ai un appel bizarre sur la trois.
- Allô ?
Voix de femme apeurée.
- Camille, c'est lourd.
- Allô ?
Je suis blessée. On essaie de me tuer.
- Vous êtes où ?
Respiration haletante.
...
- Elle passe ses nuits au téléphone, elle a raté son bac blanc de philo.
- Ah merde !
- Ma confiance a des limites. On doit en savoir plus sur ce Julien.
Comment je fais si elle me dit rien ?
- Je... - Alice est fragile.
Je veux pas qu'elle gâche sa vie.
- Vous êtes en retard. - Thomas !
- Alice squatte la douche ?
- Oui.
- Ca change pas.
Julien est peut-être bien.
- Enfin, c'est un délinquant.
Il rit.
- Un délinquant... Il a fait deux graffitis.
- On sera jamais d'accord. D'ailleurs, pourquoi t'es là ?
- J'amène des croissants.
- Restons à distance.
- Je me dis que si on est soudés, Alice nous parlera de sa relation.
- Tu te fous de moi ? - Non.
- Si. T'es pas inquiet. - Si.
- Non.
- Si, je suis comme toi.
- Bien sûr.
- Putain, c'est que des croissants. - Pardon ?
- Non, rien.
- J'ai cru... OK.
Oui, Erwan ?
- C'est compliqué.
- Qui est la victime ?
- Apparemment, Clara Séguret, la fille d'une famille de parfumeurs.
- Apparemment ?
- On n'a pas de corps, juste du sang
et le téléphone avec lequel elle a appelé.
- On reste sur une disparition
inquiétante.
Vos 1res constatations ?
- Le courant était coupé.
Ca saute régulièrement depuis les récents orages.
- L'agresseur aurait attendu une coupure ? Un peu aléatoire.
Relevez les empreintes sur le disjoncteur.
Et la famille ?
- Pierre, le père, est parti tôt ce matin.
Mylène, la soeur, habite à Béziers. Ils arrivent.
- Et la mère ? - Décédée il y a 20 ans.
- Donc on n'a rien.
Pas d'indices, pas d'empreintes.
- Une empreinte de chaussure.
- Coordonnez les équipes cynophiles.
A plus tard. - OK.
- Eh ben !
Leur ancêtre, Johan Séguret, avait créé un parfum
pour Marie-Antoinette.
- Ils étaient déjà parfumeurs
à l'époque où Montpellier était le berceau du parfum.
- Ils auraient dû devenir
une grande marque, non ?
- C'en est une. C'est resté une entreprise familiale.
"Des produits de qualité réservés à une clientèle de passionnés."
- Clara vient de créer Immortelle,
un parfum sélectionné pour être senteur de l'année.
- Waouh ! Téléphone.
- C'est le portable d'Erwan.
"Anaïs". Ben tiens !
Je la mets en garde à vue pour harcèlement ?
- De la jalousie ?
- Non, pas du tout.
Je... - Non, je parle de Clara.
- Ah... Evidemment.
- Un concurrent jaloux peut lui vouloir du mal.
- OK.
- Je m'appelle Damien Heyrieux. Je co-crée les parfums depuis 20 ans.
Mme Séguret m'a accueilli et appris le métier.
Une grande dame. Je fais un peu partie de la famille.
- Clara a l'habitude de travailler si tôt ?
- Elle aime travailler la nuit.
On échange des idées le soir par mél
et elle vient au labo
vers 3h du matin.
- Comment vous faites pour envoyer et lire des méls ?
- Par reconnaissance vocale.
Le premier travail d'un nez, c'est d'écrire des idées.
- Le nez, c'est pas Clara ?
- Il en faut plusieurs pour créer un parfum.
- Elle fait quoi ? - L'assemblage.
Le plus difficile.
Revenue depuis 6 mois, elle a déjà créé son 1er parfum.
- Elle travaillait pas avec son père avant ?
- Clara était partie il y a 3 ans
pour voir autre chose.
- Ma fille me trouvait ringard.
- Elle avait trouvé un concurrent plus moderne ?
- Pensez-vous !
Philippe Linagre, un industriel du parfum
pour les grandes surfaces.
- Pourquoi elle est revenue ici ? - Elle ne nous a rien dit.
Elle est juste revenue il y a peu.
Elle agit souvent de façon impulsive.
- Au point de se faire
des ennemis ?
- Elle a claqué la porte
de chez Linagre.
Mais de là à lui faire du mal... - Les gendarmes vont la retrouver.
- Elle avait un amoureux ?
Un ex ?
- Elle n'a personne et elle n'a jamais eu de problèmes avec ses ex.
Elle a du caractère mais elle est pas méchante.
- Immortelle est un hommage à notre mère.
Clara rêvait de recréer les odeurs de notre enfance.
- Je peux ?
Et si elle était revenue pour créer ce parfum avec vous ?
- Alors ?
- Les chiens sont perdus, il y a trop d'odeurs.
- Camille est déjà en renfort. Je te laisse gérer ça.
- Les témoignages n'ont rien donné.
- Je sais, aucun litige entre Clara et un concurrent.
Je me charge d'interroger son ancien employeur.
- OK.
- A plus tard.
- Alors ? - Tiens, ton téléphone.
Les traces à l'entrée du labo sont celles des diables utilisés ici.
- L'agresseur aurait transporté Clara dans un tonneau
jusqu'à sa voiture ? - Possible.
Ou elle agonise dans un bosquet près d'ici.
- On alterne pour gérer les battues. - OK.
- Clara est morte ?
- Bonjour, d'abord. Ensuite, vous êtes qui ?
- Philippe Linagre. - Bien, ça m'évitera de courir.
D'où tenez-vous vos infos ? - D'un transporteur qui livre ici.
Alors c'est vrai ? - Faut pas écouter les ragots.
- Que s'est-il passé ?
- On sait pas mais on cherche.
D'ailleurs, vous étiez en colère après Clara à quel point, vous ?
- Pourquoi je serais en colère ?
- Elle vous a planté, c'est comme une trahison.
- Clara n'est pas partie.
- Elle travaille avec vous ?
- Non, je l'ai virée.
- Tiens...
- Clara sort plusieurs parfums chez Linagre et ça se passe bien.
Et soudain, elle fait plus rien.
- Ca colle avec son côté fantasque.
- Ouais, peut-être.
- Quoi, ouais ?
Vas-y, je t'écoute.
- Si Clara s'ennuyait, pourquoi attendre d'être virée
pour revenir chez son père ?
- Par fierté. - Non.
C'est pas le genre.
J'y retourne pour creuser si tu veux bien.
- Bientôt tu vas arriver
à l'heure.
- Cette femme ne vit que pour son métier.
Pas d'amis, des fréquentations superficielles.
- Toujours rien.
- Anaïs a besoin de moi ce soir, je peux pas repasser à la brigade.
- Merci, capitaine.
Il frappe.
- Entrez. - Bonjour. Capitaine Marchal.
Le chagrin
vous empêche pas de bosser.
The show must go on, comme on dit.
- Je m'occupe pour tromper l'attente.
J'aimerais savoir où est Clara
et pourquoi on l'a attaquée. Je ne comprends pas.
- Moi non plus.
Et ça m'énerve.
C'est ça, les concentrés de parfum ?
- Oui. On commande nos fleurs
à des fournisseurs locaux, on les distille nous-mêmes
et on les assemble pour créer un parfum.
- Lavande.
- Non, de la mandarine.
C'est la note de tête, la première qu'on sent.
Mettez-en une goutte sur le poignet.
- Noisette. - De la vanille.
C'est l'une des notes de coeur.
La plus importante, c'est la note de fond.
Elle restera toute la journée. - Vous faites de l'assemblage ?
- C'est Immortelle, le chef-d'oeuvre de Clara.
- Avant son retour, qui créait les parfums ?
- Mylène, sa soeur. - Ca l'a pas dérangée ?
- Ca s'est mal passé sur le coup.
- Et vous, avec votre odorat, vous avez senti quoi ?
De la frustration ?
De la jalousie ? De la haine ?
- Mylène a compris que sa place était ailleurs.
Elle va succéder à son père, c'était prévu.
- Salut.
- Vous sentez la poule mouillée.
- La poule de luxe, Camille.
Ca sent la fleur d'oranger.
- C'est ça, c'est la note de fond. Il reste un peu de vanille, sens.
J'ai toujours eu du nez. - Pour te fourrer dans les ennuis,
y a pas de doute.
- J'ai fait les vérifications.
Mylène Séguret ne faisait plus que gérer la société.
- Clara récupère les honneurs, le glamour, les paillettes.
Fini la création pour Mylène.
- C'est un peu léger comme mobile pour tuer sa soeur.
- Sauf que les statuts ont été modifiés il y a 3 jours.
Clara a tout récupéré.
- Erwan est sur place ?
- Oui.
- Vous le prévenez ? - D'accord.
- Attends, c'est pas fort.
Elle frappe. Quoi ?
Ca sent super bon.
- Il n'y a jamais eu aucun problème entre ma soeur et moi.
- Votre dispute après son retour, c'était normal ?
- Clara m'a avoué que Linagre l'avait virée.
J'étais furieuse qu'elle ait menti à papa.
J'ai gardé le secret. Il n'a pas à le savoir.
- Et le fait qu'elle hérite à votre place,
comment vous l'avez pris ?
- J'ai demandé à mon père de la mettre à la tête de la société.
- Vous avez bossé pour ça et vous laissez votre place ?
- Juste mon nom sur un organigramme.
Je fais toujours le même travail.
- Avec le succès d'Immortelle, Clara deviendra célèbre.
- Elle est l'avenir des Séguret.
J'ai fait ça pour notre héritage.
S'il vous plaît, retrouvez ma soeur.
- Jacqueline Marchal... Comme Paul Marchal ?
Ca faisait longtemps. Qu'est-ce qui vous arrive ?
Vous savez quoi ? Je vais lancer un avis de recherche.
Je plaisante, Jacqueline.
Alice est comme ça en ce moment. On a du mal à communiquer.
Voilà. Très bien.
Au revoir.
Si la grand-mère s'en mêle, ça va devenir compliqué.
Alice...
- Ah...
- Allô, Alice. C'est maman.
Appelle ta grand-mère quand tu la plantes, sinon elle m'appelle.
Je t'embrasse. Rappelle-moi.
Excusez-moi. Je vous écoute.
- Le sang était bien celui de Clara.
Un peu plus de 4 litres au sol pour une femme de 60 kg.
- Donc c'est un meurtre. - Exactement.
Clara a forcément été touchée à la carotide.
Mais quelque chose me chiffonne. - Dites-moi.
- Pourquoi tout a été renversé ?
- J'imagine que Clara a paniqué. - Pourquoi elle est pas sortie ?
- Le labo était dans le noir. - D'accord.
- C'est ça.
Vous êtes un génie.
- Je sais, mais...
Pourquoi ? - Vous verrez.
N'allumez pas.
- Ca va, commandant ? - Oui. Fermez la porte, Erwan.
- C'est un truc bizarre façon capitaine Marchal ?
- Pas du tout, c'est une démonstration par l'exemple.
Fermez la porte.
Voilà.
Et maintenant, traversez la pièce.
- Pardon mais ça ressemble à du Marchal.
Fracas. Aïe !
- Et là, vous voyez la chaise ?
- Oui, je la vois.
- Alors ?
- Clara aurait vu clair si son agresseur avait une lampe.
- Exactement. Ils étaient donc dans le noir complet.
- D'accord.
- Camille est là-bas ? - Oui. Je la relaie dans 2 heures.
- OK.
Tenez ça.
Allô, Camille. C'est Soler. Voilà ce que vous allez faire.
- M. Heyrieux, lieutenant Barbier.
On vous apportera votre PV d'audition demain.
- Je me débrouillerai pour venir signer à la gendarmerie.
- OK. Je savais pas si...
- Si un aveugle pouvait se déplacer ?
Je ne suis pas impotent. - D'accord. Désolée.
C'est de naissance ? - Non, un accident à 12 ans.
- C'est vrai que perdre un sens développe tous les autres ?
- Oui. Chez moi, l'odorat a pris le dessus.
- D'où le parfum. - Oui.
Bonne journée. - Bonne journée.
...
- Regardez là et là.
Damien Heyrieux a tué Clara Séguret.
- Vous en êtes certaine ?
- A 99 %.
- Je reste pour l'interrogatoire.
C'est pas pour vous surveiller.
Je veux voir à qui
on a affaire.
- Ca va m'énerver.
- Oui, je suis allé très tôt chercher un échantillon au labo.
Et j'aurais marché dans le sang de cette pauvre Clara ?
Ma cécité est parfois un réel handicap.
- Pourquoi vous n'avez pas dit tout ça au capitaine Marchal ?
- Il m'a juste demandé ce que je faisais au moment du meurtre.
- J'allais pas lui demander ce qu'il avait fait avant ou après.
- Heyrieux a un odorat exceptionnel.
4 litres de sang dans une pièce fermée...
- Il aurait dû le sentir.
- J'avais un mouchoir d'eau de jasmin sous le nez
pour m'imprégner de l'odeur.
Je ne pouvais rien sentir.
- Et vos empreintes sur le disjoncteur ?
- Il n'y a pas que les miennes.
Vous ne pensez tout de même pas que je suis le meurtrier ?
Pourquoi j'aurais tué Clara ? - C'est une de mes questions.
L'autre est : qu'avez-vous fait du corps ?
- Donc vous n'avez rien.
- Vous avez déjà interrogé des suspects aussi calmes ?
- Quand ils sont innocents, jamais. Là, il devrait paniquer.
- Il sait
qu'on ne peut rien.
- On est dans une impasse.
- Trouvez les raisons.
- On axe tout sur le mobile.
Mon colonel, c'était un plaisir de vous voir.
- Je ne vous retiens pas
plus longtemps.
- Vous jouez au poker ?
- Non, aux échecs. Pourquoi ?
- Moi, j'y joue et je suis doué.
Heyrieux est redoutable.
Je reste ici le temps de l'enquête.
- Bonjour, madame.
- Je cherche Mlle Soler.
- C'est à quel sujet ?
- Je suis sa mère.
- Je l'appelle.
- Transmettez le dossier au procureur, Sophie.
- Je m'en occupe.
- Ce ne sera pas la peine.
- Elle m'a vue ? - Elle vient vers nous.
Qu'est-ce que je peux faire ? - Rien.
- Tu as passé l'âge de jouer à cache-cache.
- Je joue pas, je me prépare psychologiquement.
Bonjour, maman. - Bonjour.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je suis en cure.
- Je veux dire ici.
- Tu n'étais pas chez toi hier soir. Ici, j'étais sûre de te trouver.
- Quoi ? J'ai grossi ? J'ai une sale tête ?
- Non, tu as bonne mine.
La coiffure,
peut-être... - Bon, maman.
Un thé ?
- Non.
- Qu'y a-t-il de si urgent ?
- On a retrouvé Alice. On a même déjeuné toutes les trois,
Alice, ta belle-mère et moi.
- Jacqueline Marchal ?
C'est mon ex-belle-mère. Je sais que tu as du mal avec ça.
- Bref, ma petite-fille
est très heureuse et très amoureuse.
- Je sais, je suis sa mère.
Mais elle a le bac
et je veux pas qu'elle fasse n'importe quoi.
- Préoccupe-toi plutôt de toi. Tu vas finir toute seule bientôt.
- Avec mon boulot, ça devrait bien se passer.
- T'es comme ton père.
Ton travail, c'est bien, mais tu restes une femme.
Tu as arrêté
le yoga ? - Les nouvelles vont vite.
- Le yoga, c'est bien. Et le départ des enfants, ça se prépare.
On s'oublie, tu sais,
à force d'être maman.
- Tu as connu ça.
- Y a pas de mère parfaite.
Accompagne-moi au tramway.
10 mn avec toi, un record.
Je suis pas venue pour rien.
- Allez, "let's go". - Attends deux secondes.
- Tu finiras ta partie plus tard. - C'est un modèle de dissertation.
- Quoi ? C'est pour bosser que tu voulais annuler l'entraînement ?
- J'ai le bac à la fin de l'année !
- C'est très bien, mais c'est nouveau pour nous.
- Merci de me soutenir.
- C'est compliqué.
Personne ne voit mes efforts.
- Tu veux pas une médaille non plus ?
- Non. Je suis très content de passer du temps avec vous.
- Alors ?
- Alors rien. J'ai juste envie d'une famille soudée.
- Soudée avec maman ?
- Oh non, pas ça.
Arrêtez les vannes avec maman. Pour ta mère et moi, vous êtes
notre priorité.
Je fais tout pour Alice
et toi.
- Je plaisantais.
- Oui...
- On le fait, cet entraînement ? J'ai qu'une heure.
- J'ai dû remonter à plus d'un an mais j'ai quelque chose, là.
- Avec Heyrieux ? - Non, Philippe
Linagre.
Elle l'a planté plus d'un mois. - Et elle était où ?
- A Londres.
- Elle dit quoi
dans ses méls ? - Rien.
Elle a jamais répondu à Linagre.
- En rentrant, Clara a parlé
d'un problème personnel.
- Vous êtes un patron très compréhensif.
- Elle a rattrapé en heures sup.
- Vous n'avez pas remarqué
un changement dans son attitude ? - Non.
- Alors pourquoi l'avoir virée ?
- Elle assemblait les fragrances
de façon incohérente.
- Depuis son retour de Londres ?
- Oui. Elle n'a rien créé depuis.
- D'accord.
- D'après Damien Heyrieux,
le premier travail d'un nez consiste à noter des idées.
C'est l'ordinateur de Clara ? - Oui.
- C'est quoi ? - Immortelle, le parfum de Clara
posé de façon théorique.
- C'est pour le choix des fragrances ?
- Oui. Avec le temps, on connaît chaque odeur de base
du parfum final.
- Donc Heyrieux travaille sur sa tablette, Clara sur cet ordinateur.
Comment vous mettez les travaux en commun ?
- Chacun transfère en temps réel ses données via notre réseau.
Tout est sauvegardé ici.
- Pardon.
Erwan, j'ai un job pour toi.
Elle frappe. - Oui ?
- J'ai frappé.
- En même temps, quand la porte est ouverte, je vois pas l'intérêt.
- J'ai remonté la trace de Clara à Londres.
Elle a été admise au St Mary's Hospital.
L'hôpital Sainte-Marie.
- Oui, mais pourquoi ?
- Accident de scooter. Ca explique son absence.
- Pas son silence. Et on n'avance pas sur le mobile d'Heyrieux.
- Et récupérer le dossier médical à Londres va prendre des jours.
- Il faudrait qu'un médecin les appelle.
Un légiste parlant anglais fera l'affaire.
- Absolument.
- Vous vous en occupez ? - Très bien.
- Merci. - Je vous en prie.
- Et surtout, fermez pas la porte.
- Heyrieux a téléchargé les notes de votre soeur sur Immortelle.
C'est normal ?
- Il a dû vérifier que son travail a été respecté.
- Après la sortie du parfum ?
On vérifie avant, en général. Non ?
- Oui, bien sûr.
Demandez-lui directement. - Je vais pas le déranger.
J'imprime ses travaux et ceux de Clara.
Il frappe.
- Quand la porte est fermée,
vous entrez
comme dans un moulin et, quand elle est ouverte, vous frappez.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Qu'y a-t-il, Paul ? - Je peux colorier, moi aussi ?
- C'est le plan des endroits où on a cherché le corps : partout
sauf chez Heyrieux.
- Il faut un mandat.
- Le colonel refuse faute d'éléments concrets. C'est le chien...
- Qui se mord la queue.
- Salut.
- Bonjour. - J'ai appelé l'hôpital de Londres.
- Et alors ? - Eh ouais !
T'as vu ? On a été équipés. Ca permet de communiquer d'un point
à un autre.
Alors pourquoi
t'es là ? - Pour voir Léa Soler.
- Carrément !
- Je vais pas prendre un prétexte... - Et ta femme en pense quoi ?
- Paul, Paul ! Je vous écoute, Franck.
- Clara a eu un choc au visage
qui a déchiré les filets du nerf olfactif qui traverse l'ethmoïde.
Et donc... - Et donc j'ai rien compris.
- Depuis son accident, Clara souffrait d'anosmie.
- Pas mieux. C'est quoi ?
- Perte de l'odorat.
Clara n'a pas pu créer Immortelle.
- Ca va ? - Ca va.
- Tu as dormi un peu ? - Un peu.
Je trouve pas le PV de clôture de la garde à vue du suspect
dans l'affaire Gomez.
- Tu dois le faire.
- Vous deviez vous occuper de mes dossiers.
- Tes dossiers, oui,
pas tes procédures.
- OK.
Ca fait 26h de garde à vue au lieu des 24 autorisées.
- Ils peuvent annuler la procédure. - Il faut le dire à Soler.
- On commençait juste à bien s'entendre.
- Clara a perdu l'odorat ?!
- Vous le saviez.
Elle vous l'a avoué en même temps que son licenciement.
D'où votre dispute.
- Alors Immortelle,
c'est ton parfum ? - Non.
Clara avait reconstitué de mémoire les fragrances de base
en se rappelant notre enfance avec maman.
Un travail magnifique.
- Mais elle a eu besoin de vous.
- Pour l'assemblage. Impossible à faire de façon théorique.
J'ai juste aidé Clara mais c'est son parfum. Elle l'a créé.
- Que vous gardiez les honneurs pour votre soeur, OK.
Mais quelqu'un aurait pu le découvrir, comme Damien Heyrieux.
- On a fait ça discrètement, sans laisser de traces.
On voulait pas t'inquiéter.
Sonnerie de texto.
- Tu vas te reconvertir ?
Ce sont
mes huiles essentielles !
- J'ai tenté
un assemblage des senteurs préférées de Léa.
- Ah ouais ?
- Jasmin, violette, citron.
Tu vas sentir. - Ouais.
Oh non !
Laisse tomber, il suffit pas de mélanger
au hasard.
- C'est des formules
à assembler.
Il y en a des super anciennes.
- Je te laisse, j'ai un truc à régler.
- Attends.
Regarde. - Alors...
C'est la même formule des deux côtés a priori, mais là,
il y a une différence.
C'est quoi ?
- Les notes d'Heyrieux sur Immortelle.
Seule la méthode d'extraction diffère.
- C'est trop technique.
- J'ai envoyé une photo à Camille.
J'adore. Je vais le faire sentir à Léa.
- Ah non, je te promets.
Mauvaise idée.
- Cette formule,
c'est quoi ?
- Une méthode d'extraction des parfums : l'enfleurage.
- Un ancien procédé.
- Ancien comment ?
- On ne l'utilise plus depuis 20 ans.
Ce sont les notes olfactives
d'Immortelle.
- C'est à Damien Heyrieux.
- Pourquoi il s'intéresse à cette méthode ?
C'est bizarre. - Sauf si ça remonte à 20 ans.
- Immortelle a moins de 6 mois. - Apparemment non.
Votre fille a menti.
Elle a volé les vieilles idées d'Heyrieux.
- Je serais donc assez stupide pour tuer Clara et garder son corps ici.
Vous me sous-estimez vraiment.
- Nous faisons seulement notre travail.
- Quel mouvement ?
- Tour en D 4.
- Je comprends.
Je vais appeler mon avocat pour qu'il fasse le sien.
- Il verra ça avec le juge qui a délivré le mandat.
- Le cavalier prend la tour.
- Fou noir, rangée 3. Echec.
- Commandant...
- Vos silences en disent long.
Si j'étais
le coupable,
j'aurais trouvé un moyen imparable de ne pas me faire prendre,
contrairement à votre fou par ma...
Où est ma reine ?
- Elle a peut-être mystérieusement disparu, comme Clara.
- Je hais les tricheurs.
- Vous êtes placé en garde à vue pour le meurtre de Clara Séguret.
S'il vous plaît...
- On fait quoi ?
- Vous passez la maison au peigne fin.
Je compte sur vous.
Oh non,
il manquait plus que lui.
Mon colonel...
- Commandant Soler, vous allez m'expliquer ?
- Bien sûr. Euh...
Mobile... Nous avons trouvé le mobile de M. Heyrieux.
- Dites-moi.
- Clara Séguret
lui a tout volé. C'est lui qui a créé
Immortelle il y a longtemps. - C'est ça.
- Merci, mais le commandant peut répondre seul.
Vous n'auriez pas perquisitionné
sans motif ? - Evidemment.
- Vous avez une preuve ?
- Une preuve ?
Oui, bien sûr.
Les... les...
Les notes de travail trouvées au laboratoire.
- Heyrieux
était amoureux
de feu Mme Séguret ?
- Euh...
Je ne pense pas que...
On n'a pas d'éléments.
On creuse...
On n'écarte aucune hypothèse.
- Heyrieux ne lâchera rien et c'est un joueur de poker.
- Je sais bluffer aussi.
- Comme avec ce petit numéro de cirque.
- J'ai été discret.
- Moi un peu moins. - C'est clair.
- Tu me défends pas. - Si.
- Non, t'es jamais de mon côté.
Souris au monsieur.
- Immortelle... .
- Un chef-d'oeuvre, M. Heyrieux.
J'aimerais qu'un homme m'aime au point de créer un parfum
pour ne jamais m'oublier.
C'est ça, le fond de l'histoire. Madame Séguret et vous...
avez été amants. - Non.
Je vous interdis de salir sa mémoire.
- Mais je ne salis rien, M. Heyrieux, je cherche.
Je cherche.
Vous avez vécu une romance
mais elle voulait préserver sa famille.
Alors elle vous a casé dans une petite maison au fond du jardin,
comme un vulgaire amant.
- Arrêtez.
Il n'y a jamais rien eu entre nous.
C'était une femme extraordinaire.
C'est elle qui m'a embauché, donné ma chance.
- Il y a un arbre devant chez vous, un bigaradier que vous dorlotez
et dont on extrait la fleur d'oranger,
la note de fond d'Immortelle.
C'était la fleur préférée de Mme Séguret, selon son mari.
- Ca ne prouve rien. - Non.
Mais on avance.
Vous auriez créé ce parfum
pour remercier Mme Séguret de sa... gentillesse ?
- Oui. Elle est morte avant que je le termine.
Il restait l'assemblage.
- Vous ne saviez pas le faire.
- Je voulais demander à Pierre mais, après le décès de sa femme,
il avait tant de chagrin que j'ai préféré oublier ce projet.
- Jusqu'à ce que Clara tombe par hasard sur vos travaux
et les vole.
Et vous détestez les tricheurs.
- Oui, elle a utilisé mes travaux.
Mais qui dit que je ne lui ai pas donné ?
- Il était à deux doigts de craquer. - Je sais.
On n'a aucune preuve qu'il n'ait pas donné ses travaux à Clara.
- Il faut trouver le corps.
Vibreur de téléphone.
- J'écoute.
- Il y a du polyéthylène au sol.
- Celui des bidons d'huile.
- Merci, Erwan.
- Heyrieux aurait caché le corps de Clara dans un bidon chez lui.
- Quoi ?
- C'est ça, les échecs.
- Hein ?
- Toujours un coup d'avance.
Il savait qu'on fouillerait pas chez lui.
On a cherché dans le domaine
et il a déplacé le corps après notre départ.
- Il l'a mis où ? - Dans un endroit
où on a déjà cherché : l'entrepôt de bidons.
Le crime parfait.
Ou presque.
- Je l'ai.
- "Huile à laisser en maturation 3 ans."
Signé hier par Heyrieux.
- Ah putain !
- C'était futé de plonger le corps dans de l'huile.
Pas de décomposition, pas d'odeur.
En revanche, c'était moins malin de signer l'étiquette du bidon.
- Quelqu'un a imité ma signature.
Ce n'est pas une preuve directe contre moi, une fois de plus.
- On a vos empreintes de chaussures
sur la scène de crime et celles sur le disjoncteur.
Quand avez-vous compris que Clara
avait volé vos travaux ?
- J'ai eu un doute sur le fait qu'elle les ait utilisés
quand elle a dévoilé Immortelle.
Ca faisait 20 ans
que j'imaginais ces senteurs dans ma tête.
C'était comme un rêve qui prenait forme.
- Vous l'avez accusée ?
- Elle a nié.
- Alors vous avez comparé vos notes aux siennes.
- Pour elle, la sauvegarde appartenait au domaine Séguret,
elle pouvait se servir.
Elle m'a accusé de manquer d'esprit d'équipe.
- Donc en plus de vous avoir volé, elle vous a humilié.
Pourquoi n'avoir rien dit à son père ?
- Il ne m'aurait jamais cru.
Sa petite fille chérie, une voleuse...
Le domaine Séguret mérite le meilleur.
Clara n'était pas digne de cet héritage.
Mais je n'avouerai pas le meurtre.
- C'est dommage.
C'est vraiment dommage.
Ce serait le seul moyen pour vous de gagner.
- Comment ça ?
- On n'a pas de preuve directe,
donc je vais devoir vous relâcher.
Et Clara sera associée éternellement à Immortelle.
Personne ne saura la vérité.
Elle a volé, elle a triché.
Et pourtant,
c'est elle qui va gagner.
- Attendez.
- Et voilà !
Tonton Paul
a tout arrangé.
Le colonel n'a rien su de votre boulette.
- Comment t'as fait ?
- C'est secret.
Non, j'y suis pour rien.
J'ai transmis les infos à Léa.
- Comment elle a fait, elle ?
- Elle a dit au colonel qu'elle s'était trompée dans les consignes.
- Peu de gens
feraient ça.
- Alice, c'est encore maman. Je commence à m'inquiéter.
Je t'ai laissé dix messages, je n'ai pas de nouvelles de toi.
Tu as le bac à la fin de l'année. Et puis j'ai besoin de te parler.
On sonne. Ton frère a encore oublié ses clés.
Voilà. Je compte sur toi, tu m'appelles.
Je t'aime, ma fille. Bisou.
Arrête d'oublier tes clés.
- Vous êtes Léa Soler ?
- Euh... oui.
- Grégory, prof de yoga. Votre mère m'envoie.
- Elle a pas fait ça ?
- C'est un cadeau.
- Oui... mais non. Désolée, je suis très occupée.
- Vous devez prendre soin
de vous.
- C'est possible. Mais vraiment, Jérémy, je suis...
- Grégory.
- Je suis absolument débordée.
- Débordée ?
Je comprends.
Votre mère m'avait prévenu.
N'hésitez pas
si un créneau se libère.
- On va faire comme ça.
Désolée pour le dérangement.
Au revoir.
- Vous avez acheté un appartement ? - Oui, pourquoi ?
- Quand le commandant est arrivé il y a 3 ans,
vu votre passé, on pensait pas que vous resteriez.
- Moi non plus, je pensais pas.
- Mais c'est cool.
...
Vibreur.
...
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