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Il était une fois, à Bagdad, un astronome qui, après des nuits et des
nuits de calcul et d'insomnie, eut la confirmation d'une hypothèse bien
étrange.
Tu vois ma vieille, la Terre n'est pas le centre de l'univers.
Elle tourne autour du Soleil, je n'ai plus aucun doute là-dessus.
En revanche, je commence à avoir de sérieux doutes sur ton existence, oh
Allah. Plus j'avance dans l'infini de l'univers, moins j'aperçois le bout de
ton nez.
Comment oses-tu douter de ton créateur, misérable singe enturbané ? Quelle est
cette voix ? La voix de Dieu.
Je veux des preuves, je suis un scientifique.
Je veux des preuves en tout.
Très bien.
Puisque tu es si sceptique et si curieux, je vais te montrer demain et
les autres demain. Je vais te projeter de mille ans dans le futur.
Je te condamne à vivre dans le pays de la pluie éternelle.
N'essaye donc plus de chercher la vérité dans les étoiles. Et maintenant, regarde
bien cette boîte à images.
Ton exil ne sera pourtant pas absolu.
Tu pourras rentrer chez toi en passant par cette boîte.
Non, pas comme ça.
Le privilège ne te sera accordé qu'à une seule condition.
que quelqu'un retrouve cette lampe et la rallume.
Alors, il pourra te convoquer, mais il sera ton maître et toi,
son esclave.
Attendez, la lampe va s'éteindre. Qui va la rallumer ? Ah, ça ne fait plus rien.
Et pendant ce temps-là, il y a mille ans, à Bagdad,
C'est ton grand jour, Moustapha.
Ah bon, pourquoi ? Vous n'étiez pas hier soir en ville ? Je ne sors jamais de
chez moi, sauf pour mon travail. Canada te protège, toi et les tiens. Canada te
protège aussi, ami.
Allez ! Allez !
Bonjour, mon papa.
Dis, papa, c'est encore loin ? Non, c'est là.
À quelle heure ça commence ? Tout de suite.
Ah, c'est l'heure.
Maintenant, vous allez vous taire et être bien sage.
Je compte sur vous.
Pendant qu'on attend, est-ce qu'on peut attraper des papillons avec notre
bonheur ? Mais jamais de la vie pour respecter les papillons. Comment on
fabrique des papillons, papa ? Allah prend une fleur, la glisse entre les
pages du Coran, et quand il l'ouvre... C'est un papillon.
Pourquoi t'as pas un trou pour la bouche ? Parce qu'un bourreau n'a rien à dire.
Vous non plus d'ailleurs.
Allez vous asseoir.
Voilà l'ordre du roi, l'ami.
Procède tranquillement.
Papa, qu'est-ce qu'elle a fait, la dame ?
Si vous voulez, je vais vous raconter toute l'histoire. Oh oui, qu'est-ce que
vous avez fait ? Qu'est-ce qu'elle a fait, Seigneur Agib ? Ça ne te regarde
pas. Ordre du grand visi.
Fais ce que tu dois, comme d'habitude.
Papa, s'il te plaît, laisse raconter la dame.
Je veux savoir ce qu'elle a fait.
On ne peut tout de même pas la laisser pleurer comme ça.
On ne peut pas la laisser pleurer comme ça, petit petit.
Dites-leur quel est votre prix, madame. Oui.
Vous permettez ?
Tout
a commencé dans le palais du bon roi Sharia, le plus noble des rois.
Il croisait les plus exquis des polens pour obtenir les plus belles roses que l
'on puisse imaginer.
Et il les offrait à la reine dont il était follement amoureux.
C'était il y a mille et un jours dans ce jardin ici même.
Le roi passait toutes les heures qu'il ne consacrait pas à la reine à soigner
ses fleurs.
Elles étaient si délicates que le roi ne laissait que ses eunuques s'en
approcher.
Le roi accueillait une rose chaque matin et chaque matin la rose était plus
belle.
Bonne journée !
Au
revoir, mesdames.
Au revoir, Pierre.
Il a pensé à nous.
Pour les ministres.
Il négligeait son harem, pourtant composé de filles intelligentes et
sérieuses. Il faut dire qu'il était souverain d'un immense empire.
Et il fallait bien qu'il consacrât quelques-unes de ces précieuses minutes
à son gouvernement.
Ah ! Gloire à notre roi, calife de Bagdad, commandeur des croyants.
Gloire à mon excellent grand-vizir, premier ministre de mes excellents
ministres. Passons à l'ordre du jour, sire, si c'est votre plaisir.
Allez. La révolte cronde aux marches de l'Empire. Il faut lever l'armée, écraser
les barbares infidèles et faire de leur bouillie.
De bons musulmans.
Quelle décision prenez-vous, majesté ?
Hein ? Que pensez-vous de ce poème ? Oh, ma reine au teint de rose,
sois ma rose, ma reine rose.
C'est tout ? Oui.
Ah, bravo, majesté, bravo ! J'ai mis mon poème en musique,
sur les petits papiers, et vous allez le chanter.
Un, deux, trois.
Bref, le roi ne pensait qu'à la reine.
Il l'honorait le matin, l'après-midi, le soir, le vendredi, le samedi.
Mon ami, de quel meilleur amant pourrais-je rêver ? Le
roi était atteint de la pire des dépravations.
Il était monogame, et cela ne manquait pas de chagriner le grand vizir.
Ma décision est prise.
Aucune femme ne mérite que l'on néglige son royaume pour elle.
Faisons leur roi cocu.
Et qu'ils le sachent.
Bon, bon peuple ! Ah !
Si ! C'est épouvantable ! Qu'est-ce, monsieur le chef de ma garde
? Oh ! La veille !
Elle est malade ?
Madame
? La grâce
!
Je veux
mourir
dans l'instant.
Qu'on m'apporte mon cimetère.
Le joli.
Avec la petite poignée rouge.
Je
souffre
plus de ta trahison que de celle de la reine. Ah, j'avais donc raison, sire.
Vous êtes délivré de cet amour. Le voulez aussi.
Oui, je voulais vous prouver.
La vanité de votre amour, de toutes les amours, et je vous jure que je n'ai
trouvé personne d'autre prêt à se sacrifier.
Se sacrifier ? Coucher avec ma femme était un sacrifice.
Rajoutez deux livres ! Non, non, non ! Un instant, bourreau. La question est...
Pouvez-vous retirer un petit point ? Oui, la question est... Devez-vous me
tuer ou ne devez-vous pas me tuer ? Parle. Tu es encore mon conseiller.
Puis-je me relever ?
Merci. En outre, disais-je, la défunte souveraine était, pardonnez-moi, Sire,
une femme comme les autres. Je suis entré dans sa chambre, un peu d'audace,
un geste vif, une plaisanterie et hop ! Tu mens ! Regardez-moi, Sire, je l'ai
retenu plus d'une heure. En effet. C'est pourquoi, puis-je, ô mon roi, vous
donner encore un conseil futile le dernier.
Parle. Vous êtes monogame, soit, mais n'accordez plus à aucune femme la
couronne royale pour plus d'un jour.
Celui où vous l'aurez possédée, le lendemain, faites-la décapiter.
Ainsi, vos grands rois pourraient dire un jour, j'ai eu mille rêves et toutes
fidèles. C'est le seul moyen, Majesté.
Tu as raison.
Et devant Allah, je jure de suivre ton conseil éclairé.
Ma prochaine épouse sera ta gracieuse fille, Grand Vizir.
Le pauvre Grand Vizir est bien ennuyé.
Sa fille est paresseuse, stupide et dépensière.
Doit-il la laisser devenir reine ? Reine d'un jour ?
Je suis le grand vizir, je suis travailleur, consciencieux, respecté. De
quoi aurais-je l'air si je disais demain on coupe le cou de ma famille ? Bon
débat.
Place, place, place au grand vizir.
Allez, rentre à la maison. Et pourquoi ça, papa ? Les gardes sont en guerre l
'équicoté, on ne peut pas entrer au palais avant la semaine prochaine. Mais
je veux être reine tout de suite, nan !
Regarde, mon joli maquillage.
Je t'ai déjà dit sans quoi de ne jamais te dévoiler. Maintenant, rentre à la
maison ou je te balance de classe.
Un jour, un jour je serai reine et je t'offrirai un petit feu.
Mais qu'est-ce que je vais en faire de cette mort ? Regardez, regardez.
On part de 2000 dinars. Oui, je sais, c'est un peu beaucoup, mais cette femme
les vaut.
Je ne veux pas être une esclave.
Je veux être épouse et mère.
Ou alors reine.
Il n'y a pas d'amateur pour ma perle rare ? Trois mille.
On dit trois mille. Quatre mille. Cinq mille. Six mille.
Un million.
Approche-toi, la fille.
Tu veux être reine.
Si c'est vous le roi, j'aime mieux m'occuper des cochons.
Quel caractère, hein, c'est... Viens avec moi.
Bon, allez, on ferme.
Sais-tu qui est ton nouveau maître ? Je vous préviens, je n'ai aucun talent de
femme d'intérieur, j'ai horreur de ça.
Je ne fais pas la cuisine ni le ménage.
C'est le cadet de mes soucis.
Je suis, tiens-toi bien, le grand vizir.
Et alors ?
Tu vas remplacer ma fille. D'ailleurs, dès cet instant, tu es ma fille. Je t
'adopte.
Je ne suis plus une esclave, alors ? Non seulement tu n'es plus esclave, mais ce
soir, tu seras reine.
Reine ? C'est une plaisanterie ? Tu verras bien.
Où sont les autres ? Quelles autres ? Il n'y a pas de cérémonie ? Je croyais qu
'on se mariait. Il n'y aura aucune autre cérémonie.
Tu seras ma reine.
Alors c'est vrai ? Avec cette bague, je t'épouse.
Comment t'appelles-tu ? J'ai l'impression de rêver, votre majesté.
Même si ce n'est qu'un rêve, tant pis, il me plaît.
Mais pourquoi moi ? N'es-tu pas la fille de mon grand vizir ?
Suis-je ou ne suis-je pas le roi ? Ainsi en ai-je décidé.
Je m'appelle Sheraza.
Au revoir.
Mais tu es folle ! Mais enfin, ça fait très mal ! Oh, pardon ! Ce n'est pas la
peine d'amputer.
Vous m'en voulez ? Faut-il que j'enlève mes vêtements ? Evidemment.
Allez, va, je te pardonne.
Je suis vraiment désolée. On est peut-être mariés, mais on se connaît à
peine.
Eh bien, toi, tu vas me connaître.
Et c'est ainsi que s'acheva ma nuit de noces.
Et alors ? Ça a duré toute la nuit.
Le roi n'a pas eu ce qu'il voulait.
C'est vrai, on ne se met pas au lit comme ça avec le premier venu. Non mais,
j'ai fini par m'endormir.
Bien sûr, j'ignorais que c'était ma dernière nuit sur terre.
Appelle le grand vizir. Là, si.
Qu'on en finisse.
Faites comme il a été prévu.
Majesté, majesté, pardonnez-moi de vous déranger, mais il faut que l'on vous
coupe la tête immédiatement.
Quoi ? Pourquoi, pourquoi ? Le roi juré sera là. Voudrais-tu que ton roi soit un
roi parure ?
Privé de sa propre estime et de celle de son peuple, voudrais-tu que la colère d
'Allah retombe sur sa tête, faisant rouler à terre sa couronne, faisant de
lui un fantoche, un pantin ? Oui, c'est ce que je voudrais.
Mais tu es une misérable.
Quand je pense que je t'ai adoptée, quand je pense que tu es ma fille, j'ai
honte. Moi, votre fille ? Comment un babouin tel que vous pourrait-il être
mon père ? Oh non, mais dites-moi que je rêve.
Laissez-moi loin d'aller.
Ça ne me relâche pas. Tout de suite, je raconte toute l'histoire.
Non, mais quelle histoire ? Non, mais c'est là.
Si vous ne me laissez pas m'échapper, alors je vais tout dire aux gardes qui
le diront à leur chef pour qu'ils le disent au roi. Et alors votre fille, la
vraie, pas moi, sera la prochaine à mourir.
Vous ne tromperez pas deux fois le roi.
D'accord.
Une
fois,
deux fois.
Trois fois adjugée pour cette air splendide somalienne.
Oh, votre excellence, qu'elle-là soit propice à tous vos désirs. Oui, ça va,
ça va, ça va.
Écoute-moi, la fille que tu m'as vendue... Oui, vous voulez me la
revendre ? Mais comment le sais-tu ? On lui donne six, huit jours tous les
matins, alors... Vends-la à un Indien, mieux un Chinois, qu'il l'emmène au-delà
de la grande muraille. Mais attention, ne montre pas son visage, qu'elle reste
cachée. D'habitude, je la rachète un clou.
Ah, mais c'est parfait.
Alors, tu ne dis pas au revoir à ton père ? Va, astiquez ton clou.
J'y vais.
J'ai un 9000 dinars là. Un 9000, 9000 qui va me dire 10 000. Oui, allez, 10
000. Alors 10 500 ou 10 500 peut-être, non ? Alors 10 200 ?
12 000.
Là-bas, regarde.
Quelqu'un a levé la main. Qui ça ? Sur le mur, le jeune homme qui est assis.
Quoi, le pouilleux ? Hé, toi là-bas.
Toi, oui, le pouilleux là.
Tu as levé la main ? J'ai levé la main, moi, non ? Alors, 12 000 au noble
vieillard.
Une fois, deux fois, deux fois.
12 500, oui, 12 500, une fois, deux fois.
Achète-moi.
Avec quoi ? La bague.
14 000 ici.
Alors, 15 000, 15 000. Allez, un effort, 15 000.
15 000, 15 000, 15... Une fois, trois fois, à juger. Allez, allez, allez,
allez, allez.
Quand je vois quelqu'un qui sauve, je ne vous pose pas la question, je me sauve
aussi.
Je vais vous fuir sans raison, que d'être arrêté pour un motif précis.
Tu es un voleur ? Ça m'arrive.
Exceptionnellement, ça m'arrive.
Où ? Toi, tu cours comme une vraie gazelle.
Qu'est-ce que tu fuis comme ça ? Je voulais te montrer que je suis rapide et
en bonne santé.
Que t'as fait une affaire.
Comment tu t'appelles ? Aladin.
Tu es mon maître.
Donne-moi des ans.
Maintenant, je ne sais pas.
Aime-moi faire quelque chose.
Bon, eh bien, tiens, porte-moi cette brique.
Oui, c'est là, précisément.
Où est-ce que je mets l'abri ? Oh, n'importe où. Non, non, tiens, pose-la
là.
Première pierre de notre maison.
L'entrée sera par ici, avec une terrasse sur le toit. Non, non, je ne veux pas de
maison.
Tu as raison.
Vous êtes très joli chez toi.
Oh là, je suis fort.
Je ne mange jamais.
Mais comment tu fais ? Tu vis de quoi ? Quoi ? Je pense.
Tu es beau quand tu penses.
Mais à qui est-ce que tu penses ? Je suis ton esclave.
Je suis là pour t'obéir en tout.
Ça te tente ? Écoute, mais mettons les choses au point. Je suis pauvre, je n'ai
rien et je n'ai besoin de rien. Je suis un intellectuel.
Je vais changer la société radicalement. Il n'y aura plus de roi, de sujet, de
marchand, d'esclave. D'esclave et de maître.
Oui, c'est très joli.
Mais ça ne sera pas facile. Pas facile, ça je sais, je sais. Je dois consacrer
toute ma vie à cette oeuvre.
J'ai renoncé à tous les plaisirs pour n'avoir aucune envie.
Ça ne te plaît pas ? Écoute, si tu continues à m'empêcher de penser, je
vais te revendre et je vais me racheter des livres d'intellectuel.
Je suis la reine de Bagdad et le roi, mon mari, veut me faire couper la tête.
Oh,
ça me casse. Qu'est-ce qui t'agace ? Tu sens bon ? Il n'y a personne, allons-y,
on s'en va. Je suis bien de faim.
Moi aussi.
C'est drôle, dis donc, parce que la dernière fois que j'ai eu faim, attends,
c'était... Quand j'ai dû passer la tête sur la révolution... On devrait bien
trouver quelque chose à vendre dans tout ça.
Une tête de poisson.
Un bouchon de cara, une babouche, trouée.
Une vieille lampe à huile, un crouton de pain, un grain de mouton. Ne te fatigue
pas, va.
Le seul trésor ici, c'est moi.
Que penses-tu de cette vieille lampe ? Elle est peut-être en or.
C'est peut-être une idée.
Je trouverais bien un imbécile au marché à qui je le ferais croire.
Parce que les hommes, je sais les mener par le bout du nez.
Je peux leur faire croire n'importe quoi.
Mais moi, on ne nous tient pas par le bout du nez.
Tu m'as l'air bien sûr de toi.
Où suis-je ? Ah, mademoiselle ?
Madame. Oui, excusez-moi, madame. Quel jour sommes-nous ? On est mardi.
Pourquoi ? Non, non, je veux dire, quelle date ? Oui, où sommes-nous ?
Excusez-moi, mais qui êtes-vous ? Cher Azad, on est à Bagdad.
Cher Azad.
Bagdad, les mille et une nuits.
Je le sentais venir.
Vous avez trouvé la lampe ? Oh, peu importe.
J'étais si tranquille.
Bien, je suis votre serviteur. Ordonnez, j'obéirai.
Mais je ne me suis pas présenté.
Docteur Génie.
Jimmy Génie. Mes hommages, madame.
Un génie ? Un génie ? En quelque sorte.
Je veux des œufs de caille, et du caviar, et des cornes de gazelle sur un
plateau d'argent, et du nectar de fruits de la passion dans des verres en
cristal. Et avec ça... Calmez-vous, mes pouvoirs sont très limités.
Ne me demandez pas d'arrêter le soleil ou de faire tomber la pluie. Je ne peux
vous offrir que ce qu'il y a dans la lampe.
Qu'est-ce qu'il y a dans la lampe ? Le 20e siècle.
C'est quoi ? Un vaste foutoir.
Si je demande des loukoums et du thé, est-ce que ça irait ? Des loukoums dans
mon quartier ? Pas facile.
Je vais voir.
Je n'ai vraiment pas de dodo à la mettre entre mes pieds.
Oh, Dieu.
Nous commençons à nous inquiéter.
Entrez, entrez.
Cher Tom.
Le maître Thompson serait la quatrième. C'est un excellent joueur.
Allô ? Excusez-moi, j'ai un petit problème. Vous avez du thé ? Bien sûr,
il est tout prêt. Enlevez vos pampers.
Non, je ne fais que passer.
Par hasard, vous n'auriez pas des loukoums ? Des loukoums ? J'ai du
pudding là, si vous voulez.
Ah oui, du pudding, ça va faire l'affaire.
Je vous le prends.
Je reviens tout de suite.
Excusez-moi, il faut que j'aille faire un saut. Je vais à Bagdad. Enfin, je
vous explique.
Oh, quel temps !
Je
vous prie de m'excuser, mais il faut que je rentre. J'ai un bridge à 6 heures
chez mes amis de Whitson.
Bridge ? Oh, oui, bien sûr.
Je comprends.
Je vous reverrai ? Je le crains, oui.
Ça vous ennuie ? Oui.
Quoique vous soyez ravissante.
Peut-être à cause de ça, d'ailleurs.
Je me sauve, voilà du monde.
Bonne nuit.
Et n'oubliez pas, cher ami, vos désirs sont les ors.
Parce qu'il faut que vous sachiez que pour tous ceux qui ne connaissaient pas
la lampe, Jimmy Jenny et tout ce qu'il rapportait du XXe siècle était
invisible.
Mais revenons à Aladdin, qui m'attendait sur son tas d'ordures. La nuit était
tombée, comme vous pouvez le constater, et notre ermite ne crachait pas sur le
pouding miraculeux.
J'ai toujours sommeil après avoir mangé.
Bah moi, plus je mange, plus j'ai faim.
Et moi j'ai sommeil.
Pense.
Alada ! Alada ! Je ne vous conseille pas de la
toucher, hein ! Alada ! Alada, la lampe ! Il faut frotter la
lampe ! Dépêche-toi, ils vont me couper la tête ! La lampe. La lampe.
Jimmy.
Parlez, vous êtes mon maître, ordonnez et je béis.
Bon écoutez, vous avez vu l'heure qu'il est ? Je vous signale que je n'ai pas eu
le temps de prendre mon breakfast, alors demandez-moi ce que vous voulez, mais
finissons-en.
Oh my god ! Jimmy ! Jimmy !
Bah non, bah non, mais c'est trop petit là !
Non, c'est pas elle, là, derrière, regardez.
Oh, attention, devant ! À gauche, Jimmy, ça y est, je la vois.
Tiens la tête !
Non, ça va.
Et moi, personne ne me demande si je suis encore en vie.
J'ai dû me casser la jambe.
Non, tu n'as rien du tout. C'est de votre faute, après tout, on ne parle pas
aux conducteurs, c'est décrit dans tous les bus.
Dans tous les bus ? Regarde-moi ça, ma moto.
Merci. Mais on s'en fout de votre moto.
Non, c'est le coude.
Vous vous foutez de ma moto ? Vous savez ce que c'est que cette petite merveille,
je n'ai cervelé ? C'est la maquette du vainqueur du Paris-Dakar, mais ça, ça ne
vous dit rien, bien sûr.
Je suis désolée, Jim. Vous pouvez l'être.
C'est un cadeau des Wilson.
Moi, j'y tiens, à cette moto.
Oh, mais vous n'êtes qu'un vieil emmerdeur.
Ou alors, si c'est comme ça, je ne vous prêterai plus rien du tout, hein,
puisque je suis un vieil emmerdeur.
Oh, mon Dieu, 6h10.
Les Wilson doivent être morts d'inquiétude.
Ciao.
Les Gémi ont toujours mauvais cœur.
Ça serait peut-être mieux de le rappeler.
J'ai gagné avec vos acrobaties ?
Qu
'est
-ce
qu'on va devenir ? Regarde, c'est magnifique.
La pureté originelle, aucune trace de vie.
La terre, le ciel à l'infini, le vent, pas une herbe.
Dès qu'il y a vie, il n'y a pourriture, rien n'excite plus mes sens.
C'est agréable.
Moïse, Jésus, maman, ils ont tous trouvé Dieu dans le désert.
Oui, oui, je serai le prophète de la grande révolution.
Eh bien, adieu Aladin, tu n'as pas besoin de moi pour prêcher dans le
désert.
Il me prit au mot et disparut derrière une dune.
Mais quelle tristesse pour moi d'avoir perdu Aladin.
Le généreux Aladin.
Papa, c'est endormi, tu ne resteras rien pendant une heure. Tu as fini ton
histoire ? Oui.
Où est-ce que j'en étais ? Aladin t'avait laissé toute seule.
Oui, oui, en plein désert.
Il était tombé dans le même défaut que bien des hommes.
Il se prenait trop au sérieux.
Il oubliait que la vie n'est qu'un jeu et même parfois une plaisanterie. Qu'est
-ce que c'est une plaisanterie ? Quelque chose de beaucoup trop grave pour
laisser les gens sérieux s'en occuper.
Mais revenons-en au roi.
Voilà un qui ne se prenait pas trop au sérieux.
Mais là, il était bien obligé d'être sérieux, parce qu'il avait un gros
souci.
Il n'en pouvait plus, le roi. Depuis des semaines, il n'avait pas connu l'amour.
Lui qui avait juré sur Allah de tuer sa femme avant de pouvoir en prendre une
autre.
Ses ambassadeurs avaient parcouru le monde entier à ma recherche. Des rives
du Yangtze-Qiang jusqu'à la mer d'Irlande, des colonnes d'Hercule aux
sources du Nil.
L'empereur Charlemagne m'a reçu personnellement. Il a envoyé des
émissaires dans tout l'Empire d'Occident.
Introuvable.
Je n'en peux plus de ce tournant ! Je ne pense cacher, Razad.
Jour et nuit, à cette nuit atroce et sublime.
Elle m'a résisté.
À moi, tu te rends compte ? Je la veux.
Je l'aurai et je la tuerai.
Sire ! Sire, j'ai retrouvé la reine ! Perdue dans le désert, à demi-morte de
soif ! Je l'ai mise sous bonne garde dans votre palais d'été ! Je le jure !
Quel bonheur ! La reine ? Oui ? Je vais la chercher.
Mon cheval, mes éperons, ma garde impériale, monsieur mon grand vizir,
soyez régent de mon empire pendant la matinée.
La reine est à deux pas, majesté. Oh, pardon.
C'est pas grave.
On croirait que c'est vous qui êtes en cage.
Demain matin, tu vas mourir.
Sûrement pas.
Pourquoi ? Parce que vous voulez me posséder.
Mais vous n'y arriverez pas.
Alors il vous faudra attendre et attendre et attendre encore.
Je suis très sûr de toi.
Je ne suis sûr de rien du tout.
Je raconte des histoires, je ne fais rien d'autre.
Et là, j'ai du mal à vous raconter.
Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous ? Toi.
Alors pourquoi voulez-vous me tuer ? Pour que tu ne m'échappes plus.
Si je puis me permettre, si.
Ce n'est pas très malin.
En fait, c'est complètement idiot.
Qu'attendez-vous de moi ? Je ne veux rien de toi.
L'amour ne se prend pas, il se donne.
C'est vous qui avez trouvé ça ? Oui.
Je ne trouve pas ça très bon.
Mais de quoi je me mets là ? Est-ce que vous me promettez... Je ne promets rien.
À cet instant, je te donne mon royaume, mon cœur et ta liberté.
Merci, majesté.
Moi, petite peste !
Dépêchez-vous !
J'étais donc en train de fuir, mais je ne me rappelle pas pourquoi.
Il fuyait le roi comme d'habitude, mais cette fois-ci dans les airs. Ah oui, je
me souviens.
Maintenant, on va un peu redescendre des nuages, à Abaran, le grand port du golfe
Persique, où les marins du monde entier font escale sur la route de l'Afrique.
D'où venez-vous, les amis ? Vous devez avoir soif. On vient de la banquise,
enfin, chez les maîtres. Entre-temps, on aimerait bien rigoler un peu. Ça, c'est
facile, je connais les bons points.
Vous descendez en Afrique ? J'en ai fait le tour plus de dix fois, à bord de mon
24 morts.
Suivez-moi.
Oui, je vous dis que j'ai visité le monde
entier. J'ai vu le métapon, les lespons, j'ai vu l'arbre de Judée, l'île de
Médée, l'île des pingouins, l'île des crétins, l'île des écus, l'île des
cocus, j'ai vu... Arrête tes histoires, on les connaît ! Tu nous les casses ! J
'ai vu le sargasse ! Tu nous les as cassés aussi, va-t'en dehors ! Merci,
gentil seigneur !
Tu vas te chialer, ça, ça, comme ça !
Il y a de l'orage.
Attention ! Je vous ai fait mal ? Non.
Qui êtes-vous ? Cheikh Azad.
Et vous ? Simbad le marin.
Ravi de faire votre connaissance.
Moi aussi.
J'ai un peu froid et je meurs de faim.
Et moi, j'ai un peu dit.
Avec des mirettes comme ça, tu ne devrais pas avoir de problème.
Non, aucun.
Ah, quand on ne connaît pas une cuisine, où est le sel ? Dans le pot de miel.
Eh oui, avec toi, j'aurais vite fait de me payer une coque neuve.
Qu'est-ce que tu sais faire ? Un tas de choses.
Je sais recoudre un bouton, faire des oeufs au plat, voler dans les airs,
courir. Je suis très forte pour courir.
Et la danse du ventre, tu connais ?
Je trouve ça vulgaire. Oh, mais il faut y mettre de l'élégance.
Regarde.
Tu vois ? Tu
vois ? C'est assez délicat.
Tout part des hanches, la tête ne bouge pas.
Qu'est-ce qui te fait rire ? C'est pas drôle la danse du ventre, c'est
érotique. Vas-y, toi, tu verras, c'est pas si facile.
Comment on fait ? Comme ça ? Juste en remontant les hanches ? T
'as des progrès à faire, mais on devrait y arriver. Comme ça ?
Je pense qu'il ne me manquait plus que deux semaines pour lancer mon bateau.
Mais peut-être trois. Allez.
Allons-y.
Tenez,
prenons celui-là. Vas-y.
Venez. Oui. Venez.
Attention.
Fais attention. Je ne sais pas nager.
Ne vous inquiétez pas.
Tout le monde sait que les grands navigateurs ne savent pas nager.
Elle est partie.
Allah la protège.
Tout est bien.
Quelle nuit, mes enfants ! Où sommes-nous ? Hé,
chéché ! Tu sais que tu as un très joli cul.
Je me demande si je pourrais pas t'aimer.
Eh bien, voilà qui est assez clair.
Ben, on est en pleine mer.
Et là, il sait, la voile ! Mais... C'est pas fait pour ça, les voiles !
Avec ce vent, c'est de la folie !
Alors
c'est vous Sinbad ? Sinbad le marin.
Bien sûr, j'avais entendu parler de Sinbad le marin, le grand aventurier.
Jimmy Jenny avait les mille et une nuits dans sa bibliothèque. La vraie histoire,
pas ma version à moi.
Et en lisant l'original, j'ai trouvé que j'y jouais un rôle trop épisodique.
J'ai donc décidé de l'améliorer un peu.
Et comme ça, vous ne connaissez pas la fin.
Et je ne connais pas non plus la mienne.
Quoique ma fin semble bien proche.
Avec le roi qui ne revient pas.
Il est si tard, on peut-il être ?
À cet instant, je ne sais pas.
Mais quand j'étais perdue en mer, voici plus d'un an, le roi était là-bas, à cet
endroit précis.
Sire ? C'est désespérant. Ils sont tous là. Mais que faisiez-vous ? Ce livre est
un dictionnaire de langage d'oiseau.
Chez Erasaz étant volée, alors peut-être qu'un oiseau pourrait la retrouver.
C'est pourquoi j'apprends leur langage.
Cela dit, j'ai de gros doutes sur cette colombe. Je lui ai dit va la chercher et
elle me répond très bien merci et vous. Alors ou bien ce livre est un tissu de
foutaise ou cette colombe est idiote. C'est peut-être votre accent, majesté.
Ne soyez pas insolent. Ils sont tous arrivés ? Oui, sire, j'ai réuni tous les
plus grands magiciens de l'Empire selon vos ordres. Mais je ne vois pas en quoi
ils peuvent nous aider.
Une femme qui vole dans les airs est une magicienne.
Répondons à la magie par la magie.
Je vois un homme doucement habillé qui pleure.
Il pleure de rire.
Il regarde une fenêtre.
Dans la fenêtre, je vois un marin, une très jolie femme.
Cher Azada ? Ils sont en mer.
Non, ils sont dans une boîte qui est comme une fenêtre.
Ils sont dans une boîte ou en mer ? La mer est dans la boîte. La boîte est dans
la boule de cristal, je n'y peux rien. En effet ! Ces charlatans ne peuvent
jamais s'expliquer clairement.
J'en ai assez.
Sylvain, attention la voile ! Sylvain !
Porco mondo, regarde-moi ça ! Regarde, on va pouler
!
On va devoir se rationner.
Aucune terre à l'horizon.
Un naufrage par un temps pareil ? Ça te paraît pas bizarre, petite ? C'est la
malchance.
Écoute, à 13 ans, sur la barque de mon oncle, devant la jetée, j'ai pêché une
sardine.
Eh bien, l'odeur m'a donné le mal de mer.
On est rentré au port et je ne l'ai plus quitté.
Voilà, maintenant tu sais, c'est dit.
Ça ne vous empêche pas d'être Sinbad le marin ? J'ai tellement rêvé de découvrir
le monde que je l'ai inventé.
Au fond, vous me ressemblez, Sinbad.
Sinbad le fabulateur.
Moi ? Moi, je te ressemble ?
Je suis du toc, moi.
Même mes conquêtes féminines, ce n'est que des bobards.
Dès que je bois, terminé. Et je bois tout le temps.
Et ce qui est pire, je m'en fous.
Enfin, pas vraiment.
Toi, tu vois, tu me fais assez envie.
Tu veux dire que tu m'aimes ? Oh, je n'ai pas dit ça.
Tu voudrais me faire un enfant ? Oh, les grands mots.
Arrête de boire.
Je t'aiderai si tu veux.
Arrêtez de boire avec toute cette flotte autour de nous.
Je crois surtout qu'on va boire jusqu'à plus soif.
Je vais crever sans avoir jamais connu ni le monde ni la femme.
Mais toi, cher Azat, toi qui dois vivre.
Oui, prends mes rations, prends mon pain.
Tiens, prends ma gourde.
Adieu, ma chéchée.
Tu raconteras ma vie, la vraie, celle...
Celle du héros ! C'est moi qui est fou ! Allez, viens !
Je vais t'emmener faire le plus beau des voyages.
On va révisiter à mon ami Jimmy.
Mais faites un peu attention ! Vous êtes trompé ! Vous allez saloper mon parquet
! Tout de même !
Bon, je fais lutter et après vous nous ramenez cet oiseau sur son radeau.
Jimmy, vous êtes à mes ordres ou pas ? Je suis peut-être le génie de la lampe
et je ne suis pas là pour tenir la chandelle. Alors faites-nous découvrir
le XXe siècle.
Vous m'avez dit que c'était merveilleux.
Au désir, son désordre.
Vous ne voulez pas attendre que ça se calme un peu ?
Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est une publicité pour un produit d'entretien,
mais ça doit être truqué. Ils n'ont pas envoyé une équipe dans l'espace.
Dans l'espace ? Eh oui, monsieur.
L'homme a conquis l'espace.
Regardez.
21 juillet 1969, la plus grande date de l'histoire de l'humanité.
Mais l'Amstrong marche sur la lune.
Oui, on a encore des images.
Non, je vais vous dire une chose, Stu.
Là, je suis quand même épaté.
Oh là,
la lampe va s'éteindre. Si personne ne la rallume, vous allez rester coincés
ici. Allez hop, il faut passer.
Et si jamais elle tombe dans la mer...
D'ici que quelqu'un la retrouve, allez hop, amis ! Allez ! Oui, encore un état
! Poussez ! Je ne vais pas me traîner cette immigrée jusqu'à la fin de mes
jours ! Contrichez-vous, Jean,
il n'y a pas de place pour trois, on va tous se noyer ! Je ne vous laisserai pas
seuls avec cette énergumène ! Mais je suis quand même ! Jean, c'est un ordre !
Bon, dans ces conditions !
Je fus sauvée par l'équipage de ce navire.
Ils étaient perdus.
Jimmy m'avait donné une petite aiguille qui indique toujours la direction du
nord. Et un livre.
La voile en dit le son.
Ce qui me permet de donner quelques petits conseils aux marins.
Qui c'est le faute ? Serrez-moi le vent d'un peu plus près, bande de feignants !
Affalez-moi les uniers, matelots ! Envoyez le spinnaker ! C'est quoi le
spinnaker, capitaine ?
C'est sans doute qu'on ne l'a pas encore inventé.
À terre, à l'horizon ! Et c'est ainsi que je devins
capitaine de ce bateau et de son équipage de brutes.
Comme ils me croyaient magicienne et qu'ils redoutaient mes pouvoirs, ils m
'obéirent aux doigts et à l'œil.
Grâce à mon aiguille aimantée, je réussis à faire le tour de la flûte.
Et je découvris des contrées où vivent d'immenses sortes de chameaux à la robe
tachetée, au cou très long.
Si haut qu'on dirait des minarets.
et d'énormes cochons dont le nez traîne jusqu'au sol.
Mais j'avais le mal du pays.
Je retrouvais mon navire et nous fîmes voile pour Abaran, où j'étais partie
avec Simba.
Notre vaisseau venait de se poser sur la Lune.
Nous coupâmes les bombes à feu et nous descendîmes l'échelle de coupée.
Pas un souffle d'air. L'horizon était gris.
Le soleil brillait au milieu de milliards d'étoiles. Et parmi elles, une
grande boule bleue et blanche, la Terre.
Parce que la Terre n'est pas couleur de sable ou de forêt. Elle est bleue de mer
et blanche de nuages.
Nous finissons pas, deux pas, nous étions légers comme des plumes, et nous
décidâmes de faire le tour de la lune, à pied, mes amis.
Et sur la face cachée de la lune, tous les rochers étaient de diamants purs.
Cet homme assis là-bas, qui est-ce ?
Un grand seigneur.
Parait-il incognito.
Et il est sûrement un peu fantase.
Ça fait un an qu'il est là, et qu'il guette l'oraison.
Arrête-toi, et file. C'est interdit d'aller plus loin.
Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! Attention !
Arrêtez-le, c'est un voleur ! Dépêchez-vous, alors ! Arrêtez-le !
Je te tiens.
Vous me faites mal ! Qu'est-ce qui se passe ? Un schnappant de marin qui a
volé des raisins.
Un marin ? Il revient de voyage ? Oui, monsieur.
Laissez-le.
Il est plus près, mon garçon, n'aie pas peur.
Je peux le manger le raisin, monsieur ? Tu as les mêmes yeux que celles que j
'attends.
Vous attendez qui ? Dans tes voyages, as-tu entendu parler d'une femme qui
vole dans les airs et chante comme une sirène ? Qu'est-ce que vous le voulez ?
C'est ma femme.
On raconte que vous l'attendez depuis un an, c'est vrai ? Elle reviendra.
Je saurai me faire aimer, elle me donnera un enfant.
Mon problème, c'est que je ne suis pas un monsieur, je suis un roi.
Je ne rêve que de planter des roses, d'écrire des chansons, de vivre sur les
routes et de faire l'acrobate.
Je suis fatiguée, monsieur.
Je peux me reposer à côté ? Comme tu veux.
Mais je te préviens, je n'aime pas les garçons.
Ça, j'avais compris.
Je sais que je vais vous faire de la peine, Jim.
Si vous trouviez le bonheur quel qu'il soit, ma belle amie, j'en serais
heureuse.
J'ai trouvé un homme qui veut tout sacrifier pour moi.
Il m'attend depuis plus d'un an.
Et il veut un enfant.
Il n'est pas le seul.
Et vous l'aimez ? Il est juste à côté, devant la tente.
Oui, mais ne nous précipitons pas.
Est-ce qu'il y a une bonne situation d'abord ? Enfin, de quoi faire bouillir
la marmite ? C'est le roi de Bagdad ? Évidemment, ça demande réflexion.
Mais attention, est-il prêt à vous épouser ? C'est déjà mon mari.
Jésus.
C'est le couscous, mais du confus, ça me balode.
Eh bien, c'est agréable.
Non, j'adore votre couscous, mais enfin, tous les soirs quand même.
C'est ça, oui.
Eh bien, vous n'avez qu'à rentrer dîner chez vous à Londres tous les soirs.
Je ferais bien une partie des chèques.
Tu veux me passer le jeu ? Ma lune de miel, c'est dans le coffre.
De quoi est-ce que vous parlez ? Je me demandais s'il n'était pas enceinte.
Je pourrais vous emmener à Londres, si vous voulez, pour vous faire faire une
échographie.
C'est ce machin-là.
Celui-là.
Ils vous mettent une sorte de boule de cristal sur le ventre de la maman. Le
bébé est à peine gros comme un petit pois et on voit déjà son cœur battre.
Vous serez son précepteur, Jim.
Vous lui enseignerez l'avenir.
Ce sera avec joie. Vous ne pouvez pas savoir.
Pour moi qui n'ai jamais eu d'enfant.
Heureusement d'ailleurs.
Et pourquoi ? Je ne plais qu'aux moches.
Oh, ça les moches. Mrs. Wilson, par exemple. Ça, j'en aurais eu qu'un mot à
dire.
Non, non, je préfère encore terminer mes jours au couscous qu'au pouding.
Quoique ça ne m'aurait pas déplu de faire cocu Wilson.
Non, non, comprenez-vous, je n'aime que les très belles, les reines, les
étoiles.
Calmez-vous, Jim.
En attendant, échec au roi, échec et mat.
Je suis prêt pour la répétition. On y va.
Maintenant, voici le clou de la soirée.
Non, ça va pas.
Et voici maintenant le clou de notre spectacle.
Ouais, c'est mieux.
Allez, vas-y, mon petit cœur ! Bravo !
Jimmy, emmenez Sa Majesté avec vous !
Ensuite, je leur fais le tour avec le lapin. Je continue avec le foulard.
Et après, je ferai réapparaître l'acrobate.
Bon, allez, reviens maintenant.
Ça va bien, vous pouvez faire demain ce que vous voulez.
C'est pas trop lourd ? Ah, si.
Ah,
très bien !
Allez,
tourne !
Majesté, je prie à Allah qu'il vous maintienne le plus grand des rois.
Mon excellent grand vizir, je suis ravi de vous revoir.
C'est très gentil d'être venu. Vous avez vu ?
C'est un succès. Je ne vous explique pas un pas, sire.
Ça ne m'étonne pas de vous.
Comment ça va, Bagdad ? J'ai travaillé mes opérios, vous allez voir.
Mais Jimmy nous a aidé énormément, cette langue est merveilleuse.
Jimmy ? Jimmy Gini, le précepteur de mon fils. Un homme absolument charmant.
Mais je ne vous ai pas dit la grande nouvelle.
Ma femme attend un enfant.
Un garçon à petit poids. Ah oui, et on peut le savoir grâce aux ultrasons.
Je vous présenterai Jimmy, il vous expliquera tout ça.
Ah ben non, c'est vrai, vous ne pourrez pas le voir, il est invisible.
Il vient de l'avenir.
Je vous prêterai la langue.
Merci, majesté.
Excusez-moi, il faut que j'y aille. Vous allez voir ce que vous allez voir.
Rien de grave ? Pas du tout, ils sont venus pour le spectacle. On ne parle que
de ça à Bagdad.
Et notre acrobate, il a disparu.
Il est peut-être dans la poêle.
Je vais le faire crier et le transformer en un lapin.
Assurez-vous, je plaisanterai. Attention maintenant, regardez bien, je vais faire
réapparaître l'acrobate.
Où est Malo ? C'est pas possible.
Silence ! L'acrobate était votre roi.
Le grand roi Shariar, commandeur des croyants, cette femme est une sorcière.
Elle l'a ensorcelée. Faites-lui un vagabond.
J'ai voulu le ramener à sa dignité. Elle l'a envoyée en enfer.
Qu'elle nous rende notre roi.
Sa majesté est dans l'allant.
Et je parie que c'est toi qui l'as volée, espèce de vieux macaque.
Vous entendez comment elle me traite ? Moi, le grand vizir.
Le grand vizir.
Avec toi, je vais conquérir le monde, écraser les barbares et tous les crétins
qui ne pensent pas comme moi. Viens, génial génie, sois mon esclave et laisse
crever le roi dans cette lente...
Bon, qu'est-ce qu'il se passe ?
Le roi Chariar est mort.
Prions Allah pour qu'il soit entre ses saintes mains, cette sorcière diablesse
hérétique satanesque, l'envoyant en enfer.
La sorcière sera mise à mort demain matin à l'aube, et juste après l
'exécution, notre bien-aimé grand vizir sera couronné calipe, roi de Bagdad.
Commandeur des croyants pour la gloire.
Dire qu'un jour ces gens-là voteront.
Oh, c'est une catastrophe.
Il y a bien une solution.
On ne peut pas rester coincé éternellement au XXe siècle.
Je suis désolé, il faut que quelqu'un retrouve la lampe et la rallume. Un
miracle, voilà, j'attends un miracle.
Il n'y a pas de miracle, majesté, seulement dans les contes de fées.
Merci.
Enfin, majesté, on était sur la bonne chaîne, la 2.
Celle où passent les mille et une nuits.
Mais arrêtez de tripoter, ciboutons.
Excusez-moi, vous n'y connaissez rien. Un roi, c'est tout.
Non, pas un roi barbare du fond du Moyen-Âge au fin fond de l'Arabie. Je n
'en peux plus ! Sire, ma télé, je sais pas, ça l'a dit tout de même ! Bravo.
Bravo, ça c'est malin, c'était ma dernière chance de rentrer chez vous. Je
suis désolé, Jim.
Vous allez me pouvoir réparer. Allez me chercher un tournevis. Un quoi ? Un
tournevis, un truc en métal avec un bout carré, là, c'est sous la selle de la
moto. La moto ? Elle est garée sur le trottoir. Mais quel trottoir ? Sur le
trottoir, là, merde, Sire ! Oui, mais j'avais compris, le trottoir du
tournevis de la moto, j'avais compris.
Vous êtes pénible aussi, quelquefois, vous savez.
Je vais y
arriver.
Ça y est, c'est réparé.
Revenez ici.
On va peut-être pouvoir passer.
Topi, j'y vais !
Vous êtes mon maître ? Bon, rien de spécial là, parce que... Bien, je fonce.
Vous êtes revenu, je le savais bien. Où étiez-vous passé ? Dans un nid de
billes, là, pas loin. Qu'est-ce qui se passe ? C'est épouvantable.
Je vais mourir au lever du soleil dans peu de temps.
Il m'accuse d'avoir tué le roi.
Rassurez-vous, les vivants, je vais le ramener.
Gagnez du temps, racontez-leur des histoires. Mais quelles histoires ?
Écoutez, vous êtes chez Razad, après tout.
Je reviens tout de suite. Je reviens tout de suite.
Excusez-moi, c'était une seconde. Très urgent.
Oui,
c'est à propos d'un enlèvement.
Il faut voir l'inspecteur. En haut bureau à droite.
C'est pour un enlèvement.
Et qui a été enlevé ? Le roi de Bagdad.
Enfin, un arabe.
Bon, je vais faire un rapport.
Oui, dépêchez-vous, s'il vous plaît. C'est très pressé.
Allez, dépêchez-vous.
Eh oh, assez, vous.
Nom, prénom, profession, date de naissance.
Euh, charriard, roi. Non, non, non, je commence par vous. Oui, moi. Nom,
prénom. Ah, oui, Jimmy James.
Jimmy. Né en l'an 1050.
Pardon ? Non, 1950.
Allez !
La voici, la fin.
Bourreau, lève ta hache. Non ! La fin ! La fin !
Je n'ai plus rien à raconter.
Mon roi ne reviendra jamais.
Le roi est mort.
Tu l'as tué sous mes yeux, sorcière.
Tu crois que cette fois tout est fini pour moi ? Pour moi et mon petit poids.
Emmène-moi avec toi, cher Azar.
De toute façon, je viendrai quand même.
Je vais courir toujours après toi.
Je ne peux plus continuer à fuir.
Je suis fatiguée.
Finissons-en, Monsieur le Pourri.
Je vais faire très attention.
Vous ne sentirez rien.
Allô, Monsieur Chariot. C'est...
S-H-A-R.
Mais non, mais le temps n'est pas si vite. Non, écoutez, c'est un tout très
important. C'est un émirat roi du pétrole.
On frôle l'incident diplomatique.
Connaissez-vous les ravisseurs?
Mais c'est vous! C'est la police qui lui a sauté dessus en sortant de chez moi la
nuit dernière.
C'est un ami personnel de la règle d'Angleterre.
Ben, c'est pas un enlèvement, c'est une arrestation.
Peut-être c'est bien cet arabe qui a volé la moto.
Oui, c'est lui!
Où est-il?
En bas, au poste de police.
Oh!
Majesté, c'est moi.
Je ne peux pas.
Je ne peux pas. Je ne peux pas.
Agip, repasse le courant.
Allah l'a toujours protégé. Il va intervenir. Il est toujours intervenu.
Non, non, je ne peux pas.
Courant, donne-moi ta hache.
Je suis d'accord pour libérer votre émir. Je vous fais une levée d'écrou.
Alors, la date... Excusez-moi, plus de rubans.
Merde ! Simpson a pris la clé.
Quoi, Simpson ? Qu'est-ce que c'est ? On range les rubans dans le tiroir. Simpson
a pris la clé. Il est parti déjeuner. Qu'est-ce que vous voulez que je vous
dise ? Ça revient comme ça.
Allez, hop ! Laissez-moi aller ! Vas-en, monte-moi. Allez, allez !
Allez !
J'ai exactement ce qu'il faut.
Tu ne pourras donc jamais te passer de lui ? Tu es jaloux ? Je ne veux pas d'un
vizir invisible.
Tout va bien ? Vive le grand vizir ! Vive le grand vizir ! Est-ce que vous me
voyez ? Vous me voyez vraiment ? Oui, on peut vous voir, Jim.
Bienvenue chez nous, Jim.
Tout le plaisir est pour moi, sire.
Surtout, n'essayez pas de me démontrer à votre tour qu'aucune femme ne vaut un
royaume, n'est-ce pas ? Vos désirs sont des ordres, majesté.
C'est étrange, notre voisin c'est le portrait craché de cet acteur.
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