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Original subtitles

Numéro 125,

en provenance de Caen, Lille, Roubaix, Tourcoing, entre

en gare.

Veuillez vous éloigner du quai, s'il vous plaît.

René, viens voir.

Reste calme.

Pas qu'une malvause.

Combien je vous dois ? 10 francs 70.

Il ne t'a pas reconnu.

L'hôtel du commerce, ça existe toujours ? Rue Moncée.

Oh, bien sûr !

Et alors, Rue Moncée ?

Moncée ou votre C ? C'est la meilleure, celle-là.

Si je vous disais que cette famille... Comment ? Les astuces.

Mon frère qui vit à Paris, quand il s'emmerde, il appelle un numéro.

Tête beau.

Il demande, t'es debout ? L'autre répond oui, forcément.

Alors assieds-toi, dit le frangin.

Vous avez un pronostic pour Munich ?

Moi, je dis que ça ne va pas être une promenade.

Attention, les Allemands sur leur terrain, il ne faut jamais les sous

-estimer.

Parfois même sur le nôtre.

C'est nouveau, ça ?

Nouveau, nouveau.

Il y a longtemps que vous n'êtes pas venu ? Sept ans.

Je regrette qu'on ait pas sorti votre peine d'une interdiction de séjour. Je

dis ça dans votre intérêt.

Votre retour là-bas n'est pas souhaitable.

Ni souhaité, je pense.

Alors voilà, pour l'hôtel du commerce, il y a deux écoles. Ou on coupe par le

centre-ville, ou on prend le périphérique et je vous fais visiter les

nouveautés.

Alors, par où on passe ? Par où vous voulez.

Moi, je descends là.

Vous déposez ma valise à l'hôtel et vous me retenez une chambre.

C'est assez ? Dit la baleine au cachalot.

Elle est pas mal, celle-là.

C'est assez, dit la baleine au cachalot.

C'est même trop.

Ça va, ça va, gardez tout.

À quel nom je retiens votre chambre à l'hôtel ? Leclerc.

Oh ben ça alors, si je m'attendais.

Ça te dérange pas ? Mais non, mais non, tu penses.

Eh ben entre.

Ça c'est extraordinaire.

Il n'y a pas trois jours, je parlais de toi à ma femme.

Eh oui, je suis marié.

On finit tous par y penser, tu sais ce que c'est ? Non.

C'est toi ?

T

'as pris ton petit déjeuner ? Oui, la dernière

gamelle. Ah ben oui, forcément.

T'es sorti quand ? Juste après la dernière gamelle.

Tu sais, on s'attarde rarement.

Ah oui, forcément.

Ma femme dort encore.

Je vais l'appeler.

Elle va être ravie.

C'est vrai qu'il est tôt.

Elle a toujours du mal à s'endormir.

Elle est obligée de prendre des trucs.

Ah oui, c'est une nerveuse.

Alors forcément, le matin... Bon, je vais faire de bon café.

Non, non, bouge pas. Si, si, j'en ai pas une seconde.

Est-ce qu'il était à mon procès, ce con-là ? La cour !

Les débats sont ouverts.

François Leclerc, je vais procéder à l'interrogatoire d'identité.

Vous êtes donc François Leclerc, né le 18 novembre 1933 à Cournay ? Dis

donc,

t'as rasé tes moustaches ? Oui, qu'est-ce que t'en penses ? Qu'est-ce

que ça peut lui foutre que j'ai rasé mes moustaches ? Il a pas changé, lui, la

vache.

Plutôt mieux qu'avant.

Forcément, rien foutre.

Même pas un ami, un camarade de lycée.

La même classe, mais pas la même bande.

On se foutait de lui quand on le rencontrait le dimanche au bras de Miss

Remington.

C'est comme ça qu'on appelait la dactylo que son père avait épousée en seconde

noce.

Le fils et la belle-mère enlacés comme deux fiancés, à l'ombre majestueuse de

M. le sous-chef du contentieux de la caisse des dépôts et consignations.

Il est sûrement venu me taper.

Mais pourquoi moi ? On n'était pas tellement amis.

Je vais pouvoir m'en sortir avec.

Allez, vins le sac, ça ira comme ça.

Voilà, voilà, c'est prêt.

Tu vas goûter ça.

Je l'achète à la maison du café, où ils l'autorifient eux-mêmes.

Dis-moi, François, je voudrais pas que tu te gênes avec un vieux camarade.

Si t'as quelque chose à me demander... Oui.

Est-ce que tu couchais avec elle ? T'es quand même pas venu juste pour me

demander ça.

Mais si.

Et voilà, toi aussi.

Eh ben non, figure-toi.

Note que j'étais pas idiot.

Quand je me promenais à son bras, je voyais bien que vous vous foutiez de

moi. Oh, mais non.

On t'enviait.

C'était une très jolie femme, dans les tons un peu passés.

Enfin, je veux dire, pastels.

Veux-tu que je te dise ?

Moi, je trouvais ça bébête, mais c'est elle qui voulait.

Pour montrer qu'elle avait pas mis le grappin, comme on dit.

Que moi, le fils, j'étais d'accord.

Que nous étions, je sais pas, moi... Que vous étiez heureux, quoi.

C'est ça.

Je dis pas qu'après la mort de papa, quand nous sommes restés là tous les

deux, certains soirs, une fois les portes

fermées... On n'est pas toujours le maître de ses pensées.

Voilà.

Mais ne va pas croire que... Ah non.

Non, rien du tout.

Et puis, elle a commencé à vieillir.

Doucement.

Mais toujours présoignée, tu vois.

Et puis un matin, là, en arrosant ses plantes, flac !

Tout ça a bien changé.

L'expansion, mon vieux.

On vit à l'heure américaine.

Et il n'y a pas que la ville qui a changé.

Les gens aussi.

Tu ne vas plus rien reconnaître, mon pauvre François.

T'es un même mois.

Si je reste six mois sans aller dans un quartier, je ne m'y retrouve plus.

Ça pousse tous les jours.

Si je te disais que la population a presque doublé.

Deux fois plus de cons.

Ça paraît impossible.

De toute façon, ça ne change rien, puisque rien ne changera jamais dans

cette ville qui n'est pas une ville.

Mais un temple élevé à la prospérité et à la grandeur du textile.

D'ailleurs, c'est le sucre, le pinard, le pneu, le nougat, la bagnole.

Ici, c'est le textile.

Personne n'y échappe.

On ne vit que par et pour le textile.

De la naissance à la mort.

Le textile, la perpétuité.

Le textile et le football.

L'usine en haut, le football en bas.

L'usine pour l'argent, le stade pour l'honneur.

Pendant qu'une saine jeunesse agite des calicots, elle ne brandit pas de

pancartes.

Serge Kojak, étoile du football hondrois, 16 fois international,

transféré au Sporting pour 500 millions.

Même pas le prix d'une grève.

On n'est pas plus bête qu'en Uruguay ou aux Haïrs. On connaît le poids d'un

pénalty sur un bulletin de vote.

Alors on paye Kojak.

On ne peut pas être des salauds puisqu'on est champion de France.

À la question, l'accusé est-il coupable de meurtre sur la personne de Karine

Lechard ? Il a été répondu oui.

À la question, l'accusé est-il coupable de meurtre sur la personne de Serge

Kojak ? Il a été répondu oui.

À la question, les meurtres de Karine Lechard et Serge Kojak ont-ils été

accomplis avec la circonstance aggravante de préméditation ? Il a été

répondu non.

À la question.

L'accusé doit-il bénéficier de circonstances atténuantes ? Il a été

répondu oui. En conséquence, la cour vous condamne à 10 ans de réclusion.

La province fout le camp.

La rue du commerce est devenue un énorme étalage qui déborde de partout, qui

dévore la rue.

Une ville devenue folle, à garde.

Une foire aux gadgets, aux portes béantes.

en miroirs, acier et plexiglas, au slogan péremptoire, assisir,

liquidation, nos prix qui pulvérisent, un monde qui brade, qui bazarde, qui se

débarrasse d'objets qui ne servent à rien qu'à être achetés.

Comme un fragment d'un monde disparu, je me souviens encore de ces magasins où il

fallait entrer, pénétrer pour se trouver confronté avec l'achat.

Bonjour, monsieur.

Qu'est-ce que ce sera, jeune homme ? Je voudrais un cahier de brouillon à 50

centimes, s'il vous plaît.

Je voudrais trois cahiers cartonnés, un cahier à dessin et une boîte de

couleurs. Certainement, mademoiselle.

Bien, mademoiselle.

Je vous mets sur le compte, mademoiselle. S'il vous plaît.

Au revoir, mademoiselle. Au revoir.

Tu m'excuseras, fiston, c'était de la petite pliguégare.

C'est là, je crois, qu'a commencé ma haine.

À cause du fiston, à cause de la priorité, à cause du tu.

Moi, tu.

Elle, oui, mademoiselle, certainement mademoiselle, sur le compte de

mademoiselle.

C'est vraiment avec un profond sentiment de justice que plus tard, beaucoup plus

tard, j'ai couché avec elle.

C'est étrange.

Je me souviens des signes sur les temps.

de la pelouse en pente, de l'ombre humide du grand saule, de tout, sauf de

moi.

Je n'avais forcément pas cette tête-là, puisque c'était il y a douze ans.

Mais dans ce bric-à-brac de la mémoire, chaque fois qu'on essaie de se souvenir

du jeune homme que l'on était, on se revoit avec la tête de l'homme d'aujourd

'hui.

Je suis bien chez Mlle Liega ? Oui, monsieur.

Mlle est-elle là ? C'est à quel sujet ? J'ai appris tout à fait incidemment que

la maison était à vendre. S'il était possible, sans vous déranger... Qu'est

-ce que c'est ? C'est pour la maison, mademoiselle.

Si vous êtes une agence, j'aime autant vous dire tout de suite que... Du tout,

du tout, du tout.

Des amis cherchent une propriété dans la région.

Et comme j'ai entendu que vous désiriez vendre... Peut-être.

C'est une idée qui me vient chaque année à la mauvaise saison.

Mais en général, elle disparaît au printemps.

Enfin, je fais visiter, ça me distrait.

Vous préférez commencer par le haut ou par le bas ? Par le plus distrayant.

Peut-on savoir qui vous a indiqué que la maison était à vendre ? Un ami

hollandais et pédéraste.

Je n'en connais pas.

Deux Hollandais ?

Votre

chambre. Ne dites pas non, elle vous ressemble.

Vous pourriez mettre votre robe à la fenêtre et vous enrouler dans les

rideaux. Je ne verrai aucune différence.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire d'amis ? Je n'ai pas d'amis.

Et alors ? Je suis venu vous voir.

Eh bien voilà ! Vous m'avez vu.

Je pense qu'il est inutile de poursuivre la visite.

Indispensable au contraire. Vous imaginez la tête du personnel en vous

voyant descendre ? Qui était-ce ? Un fou ? Qu'est-ce qu'il voulait ? Me voir ? Un

satyre ? Peut-être.

Mais il faut appeler les gendarmes, et on les appelle.

Demain, la Gazette locale vous fait une réputation de vierge militante.

Très bien.

Continuons la visite.

Allez-y.

C'est ça.

Faisons semblant.

Votre vieux truc, ça, hein ? Faire semblant.

Le mien aussi, d'ailleurs.

Le tien, le mien, c'est le même bien quand on a le cœur sur la main.

Vous ne vous souvenez pas ?

On donnait dans le social.

L'œuvre s'appelait le cœur sur la main.

On faisait semblant de faire la charité.

Le président d'œuvre était toujours un fils du textile.

Il apprenait pas à faire le bien, il apprenait à être président.

Nous ne donnions jamais d'argent car il nous avait prévenus. Quand on donne de l

'argent aux pauvres... Ils le boivent.

Ah, vous voyez que vous vous souvenez.

Nous leur donnions des bons.

Deux textiles.

Je pense pas que vous teniez à visiter les cuisines.

Mais quelle idée, bien sûr que si.

Voyez, si j'achetais, c'est là que je vivrais.

Je suis sûr que la cuisinière à charbon date de votre grand-mère.

Oui.

Elle y faisait des confitures.

dans des grands chaudrons de cuivre.

Et vous, vous colliez les étiquettes sur les pots.

Reine Claude, Groseille.

Oui.

À 11 heures ce soir, je serai devant cette porte.

Et moi derrière à vous attendre.

N'y comptez pas.

La visite est terminée. Absolument ravie de vous avoir connue.

Permettez.

Heureusement que je pense à tout.

J'aurais eu trois minutes de retard et vous vous seriez inquiétés.

Têtu, hein ? Têtu comme une bourrique.

Le plus drôle, parce qu'il y a un côté comique, c'est que vous êtes persuadés

que je suis descendue pour vous ouvrir ?

Vous voulez

quoi ? Que je vous offre une tasse de thé ? Si vous n'avez pas autre chose.

Têtu et mal élevé.

Pas élevé du tout.

Mais conscient.

Toujours parfaitement à ma place.

J'ai pris l'escalier de service.

Oui, mais vous vous êtes trompé de chambre.

Celle de la bonne est au fond du couloir.

Bien, mademoiselle.

On ajoutera ça au compte de mademoiselle.

Pardon ? Je mets sur le compte, mademoiselle. S'il vous plaît.

Il fallait absolument que je couche avec elle, avec la petite fille remontée de

très loin, avec la bêcheuse, avec mademoiselle.

Il faut que vous partiez.

Hé ! Oh, vous m'entendez ? Il faut que vous partiez.

Il est 5 heures, le jardinier va se lever.

Il est fou.

Il y a une sortie par derrière.

Si votre dignité n'en souffre pas trop, vous longez les temps et... Soyez

tranquille, toujours discret.

Le bel fégor des alcoves.

Où habitez-vous ? Je vous demande ça parce que demain, en fin de journée...

Il n'y aura pas de demain.

Permettez-moi de vous dire que je ne comprends pas très bien. Il n'y a rien à

comprendre.

On a couché ensemble.

Il est 5 heures, le jardinier va se lever.

Je prends V.

C'est tout.

Oh là là ! C'est à cause du jardinier que vous vous mettez dans cet état ? À

cause de l'ensemble.

Demain, en fin de journée.

Ça veut dire qu'entre le tennis et le dîner, Mlle Gilbert-Liegaert dispose d

'un laps de temps...

durant lequel M.

Leclerc serait éventuellement autorisé à la baiser.

Malheureusement, demain entre 5 et 7, M.

Leclerc a d'autres obligations.

D'autres jours aussi, d'ailleurs.

François, dis-moi ton jour et ton heure.

Je viendrai.

Tu es surpris ? Oui, quand même.

C'est parce que tu ne me connais pas bien encore.

Je n'ai aucun amour propre.

J'habite 25 rue de la République.

Quatrième étage, gauche.

Je te préviens, ça va te changer d'ici.

Si tu crois que ça me change pas quand je vais dormir chez mes parents en place

des drapiers, c'est Louis XIII à tous les étages. Sauf ton père.

Lui, dans ses bons jours, ça serait plutôt Louis XIV.

Papa, je vous présente François Leclerc.

Soyez le bienvenu. Je suis toujours enchanté de recevoir les amis de ma

fille. Et moi, enchanté de vous connaître, monsieur.

Je vous le confie.

Le président Kelfair, l'avocat général Torillon.

Notre ami Gérard, cette année, n'a pas demandé moins de trois têtes, sans les

obtenir toutes, d'ailleurs.

Il n'est pas nécessaire de réussir pour persévérer.

Madame Kelfair.

Madame Torian, Madame Verbreuk et Victor Verbreuk, notre maire que vous

connaissez certainement.

Permettez-moi de vous présenter mon vieil ami, Laroche Bernard, député

sortant qui nous prépare une réélection de maréchal.

Cette main spontanément tendue vous montre qu'il compte sur votre soutien.

Un soutien qui me surprendrait pour peu que ce jeune homme ait de qui tenir.

Avant que nos opinions divergent, j'ai beaucoup connu monsieur votre père, un

lutteur pour qui j'ai la plus grande estime. A l'occasion, dites-le lui.

Je n'y manquerai pas.

Vous jouez au golf, Leclin ? Non. Vous avez tort.

Certainement. C'est une école de discipline, de concentration, d'empire

sur soi-même.

Trois atouts que JBL possédait à la naissance.

Certainement. Je suis sûr qu'un jour, je vous convertirai. Chez moi, c'est devenu

obsessionnel. Tous les matins, je fais neuf trous au golf.

Et le soir, un parcours complet dans mon salon.

Je ne vous cacherai pas que j'ai fait venir cet engin des États-Unis.

Il en existe, je crois, deux en Europe. Vous allez voir, c'est fascinant.

Suivant la force d'attaque sur cette balle et le choc sur cet écran, l

'ordinateur reproduit la longueur du coup et l'approche par rapport au trou.

Si le prochain modèle comporte un brumisateur et une soufflerie, ce ne

sera plus la peine d'aller à Deauville.

Tiens, voilà la reine-mère.

La quelle ? La timbale milanaise ou le serpent à plumes ? Devine.

Monsieur François Leclerc, madame Laroche-Bernard, maman.

Gilbert m'a tellement parlé de vous, madame, je vous ai reconnu dès que vous

êtes entrée.

Il est tordant, hein ? Allez, à vous, Laroche-Bernard.

Madame est servie.

Vous êtes tordants ! Tu ne m'avais pas dit que ton ami était aussi drôle.

J'ai dit quelque chose de drôle ? Tu as dit que tu préférais la Bretagne au

midi.

C'est drôle, ça.

T'inquiète pas.

Quand maman dit que c'est tordant, en général, c'est qu'elle n'a pas écouté.

Restez, tu vas voir.

Les vaisseaux spatiaux détraquent le temps.

Pour cette raison qu'il n'y a plus de saison.

Pourquoi dites-vous ça ? Enfin, c'est vrai, François. Pourquoi dites-vous ça ?

Parce que c'est un sujet qui plaît.

Mais je peux proposer autre chose.

Que diriez-vous de la pollution ou du massacre des baleines dans l'Antarctique

? Car, mesdames et messieurs, les baleines vont disparaître.

Je peux vous affirmer que la France a toujours scrupuleusement respecté les

conventions d'Oslo.

Croyez-vous que les Norvégiens les respectent ? Et les Soviétiques ? Avec

leurs bateaux et usines, parlons-en ! Tu vois ? Bravo.

Qui est-ce ? Lequel ? L'homme aux baleines.

Ah ! Louis Di Lolo, comte de Saint-Prix, le fils de l'ambassadeur.

Voilà trois ans qu'il dépose à mes pieds son nom, son amour et sa fortune.

Dois-je m'en inquiéter ? Pas plus que je ne m'inquiète de la jeune personne qui

te dévore des yeux.

Je te flanque un coup de pied si tu me demandes laquelle.

Je ne te le demande pas.

Parce que tu le sais.

Oui, elle m'a dit que je suis la meilleure amie de Gilbert.

Avoue que c'est encourageant.

D'autant que c'est vrai.

Marie Adélaïde de Chanteloup.

C'est un de ses ancêtres qui, à la bataille de Fontenoy, a dit aux Anglais

de tirer les premiers.

Deux ancêtres guillotinés, un autre dans l'armée des Indes et une grand-mère

marquise. Bref, de quoi rêver.

Juste de rêver.

Je te dis ça pour t'éviter de perdre ton temps.

Je connais mes limites.

Vous êtes agaçants, tous les deux. Qu'est-ce que vous pouvez bien vous

raconter ? J'ai changé en quelques mufleries, chère madame.

Vous avez bien raison.

Mais très franchement, si votre kojak n'était pas hongrois, je l'embarquais

dans ma campagne électorale. Bon, cher JBL, la prochaine fois, achetez

français. Monsieur le maire, avec tout le respect que je te dois, chaque but

marqué par ce tzigane pèse plus lourd dans les urnes que tes meilleurs

discours.

Leclerc, objectivement.

Coco, vous assommez ce garçon. Le football n'intéresse que les

politiciens, les enfants et les fabricants de ballons.

Vous êtes tordante.

D'après toi.

Ils se doutent que tous les après-midi, tu viens chez moi ? Oui.

Mais alors ? Alors quoi ? S'en foutent ? Complètement.

Leclerc, pour vos débuts au golf, demain matin, 8h, ça va ? Après-demain,

monsieur, si vous voulez. Demain, je vais à Paris.

Oh, ben c'est vraiment tordant, j'y vais aussi. Par le train ou en voiture ? Par

le train, madame.

Eh bien, mon cher François, nous voyagerons ensemble.

À moins que ça ne vous ennuie.

Ne vous occupez surtout pas de votre billet, Pierre.

Pour le 9h26, vous ferez deux réservations au lieu d'une.

Bien, madame.

Vous devez déposer votre billet, monsieur.

Je passerai le prendre.

Qu'est-ce que vous faites là ? Je vous interdis bien. Vous n'allez tout de même

pas faire une histoire pour 3 francs.

D'abord, il ne s'agit pas de 3 francs, mais probablement que dans ce monde-là,

tout ce qui n'est pas 3 millions, C'est trois francs.

Ou alors cette salope me tend un piège. Mais lequel ? Tu te demandes comment tu

vas lui rembourser ce billet, c'est ça ? C'est ça.

Envoie-lui deux douzaines de roses.

Ce qui fait quatre fois le prix du billet.

J'ai compris, je vais lui en coller plein les bras.

Dis donc, moi aussi j'aimerais bien des roses plein les bras.

Et moi, tu les lui porteras.

Monsieur Leclerc, monsieur Leclerc, venez un peu avec nous.

Venez faire plus ample connaissance avec ces dames, elles ont gris d'envie.

Est-ce que vous montez à cheval ?

Du

François

des roses, je suis devenu le François des jeunes filles.

le François béni des mers, le François des tasses de thé.

Le textile parfois s

'entrouve, le textile parfois recrute.

A défaut d'être un prince du sang, j'étais devenu le jeune homme lisse,

poncé, intégré, converti.

Le gendre possible.

Notre ami l'avocat général s'inquiétait de savoir à qui vous faisiez la cour, à

ma femme ou à ma fille.

Mais à vous, monsieur, ça crève les yeux.

Voilà ce que j'appellerais du tact.

J'ai une idée pour vous, François.

Passez me voir à l'usine si dans la semaine vous avez un moment, par exemple

demain en fin de matinée, disons entre 11h et midi, 11h45, ça va ?

Eh bien, vous voilà le pied à l'étrier, mon cher Leclerc.

Nous lui avons mis le pied à l'étrier, messieurs.

Nous l'avions adopté.

Mais il n'a pas tardé à user de ce qu'il pensait être un privilège, pourquoi pas

une immunité, pour ouvrir un établissement dont le nom a longtemps

déshonoré notre ville.

À dater de ce jour, la chute de François Leclerc s'inscrit dans l'ordre des

choses.

Spectacles licencieux, proxénétisme, prostitution, pour de dégringolades en

dégringolades en arriver au crime.

Leclerc tue Serge Kojak, qu'il surprend dans le lit de sa maîtresse, Karine

Lechar. La fille Lechar.

Car vous n'allez pas me soutenir, si j'ose employer ce mot à votre sujet, que

la fille Lechar n'était pas votre maîtresse.

C'est dans des moments comme cela que je mesure combien je suis loin.

Combien j'ai franchi de portes, de grilles, de tourniquets.

À quel point je suis dans un autre monde.

François Leclerc.

On vous a posé une question.

Karine Le Char était-elle, oui ou non, votre maîtresse ? Ma maîtresse.

Bien sûr, on avait couché ensemble quelques fois.

Mais quel est cet univers étrange où l'on appelle maîtresse quelqu'un avec

qui on n'a fait que quelques gestes ? Messieurs les jurés, vous voudrez bien

noter, s'il vous plaît, qu'à la question Karine Le Char était-elle votre

maîtresse, François Leclerc ne répond pas.

Monsieur Leclerc.

Leclerc, Leclerc... Monsieur Leclerc, chambre numéro 6, premier étage.

Nous avons fait monter votre valise.

La clé du 6 n'est pas au tableau.

Eusebio leur a laissé sur la porte, une fois de plus.

Nous avons maintenant du personnel portugais, quand ce n'est pas Cypriote.

Nous qu'on est trop pire sans nous.

Rome n'est plus dans Rome.

Leclerc ? Monsieur Leclerc.

Merci de me rappeler à l'ordre.

Le bon ton est toujours préférable.

D'ailleurs, je suis chargé d'une mission plutôt agréable.

20 000 francs.

Je vous en toucherai autant tous les premiers du mois une adresse que je vous

demanderai d'avoir l'obligence de m'indiquer.

Et ce, pendant six mois.

Quelles sont les servitudes ? Vous quittez la ville.

Il y a un excellent train pour Paris à 14h30.

Les billets ne coûtent pas ça, c'est trop.

Qui dois-je remercier ? Là, vous exagérez un petit peu.

Comme on dit vulgairement, faut pas pousser.

Voilà.

Eh bien, je suis content que ça se passe en douceur.

J'avais un petit peu peur que vous refusiez l'argent.

On ne sait jamais une bouffée de romantisme à coups de tête.

C'est jamais la solution de coups de tête.

Non.

Mais c'est une idée.

Il y a un jeune homme dans l'ascenseur, très bon genre.

Il a dû avoir un malaise. Bien, monsieur, je vais m'en occuper.

Il vaudrait peut-être mieux l'évacuer par le sous-sol.

Par le sous-sol. Très bien, monsieur, c'est noté.

Monsieur déjeune ? Non, monsieur ne déjeune pas.

Donnez-moi un sandwich.

François, je vous invite à partager mon sandwich.

J'espère que vous n'avez pas déjeuné.

Et vous ? J'ai fait le calcul. L'an dernier, les déjeuners d'affaires m'ont

pris exactement 600 heures, presque un mois de ma vie.

Maintenant, c'est fini, je déjeune d'un sandwich.

On a beau dire, dans le sandwich, le meilleur, c'est l'aile.

Prenez les cornichons.

Servez-vous, mon vieux.

Alors, qu'est-ce que j'apprends ? Votre père se présente aux élections ?

Absurde, non ? Pourquoi ? Il passera jamais.

Pourquoi ? Écoutez, mon vieux, vous n'allez pas répondre pourquoi à tout ce

que je vous dis.

Pourquoi pas ?

D'après vous, mon père n'a aucune chance.

Parfait.

Faut pas l'intérêt d'épiloguer là-dessus.

C'est parce que Laroche-Bernard est très ennuyé. Il connaît nos liens, nos liens

affectifs.

Il n'ignore pas non plus la férocité d'une campagne électorale, surtout de

nos jours.

Vous savez que ces gens-là, au demeurant très bien élevés, n'hésitent pas à se

traîner dans la boue, et traîner votre père dans la boue, ça le gêne.

Mon père, lui, ne se gênera pas.

Nous le savons.

Nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier quelques échantillons de son

style.

Indépendance, c'est admirable.

On dit n'importe quoi.

N'est-ce pas le charme de l'indépendance ? Écoutez, François, votre père a son

caractère. Nous avons tous le nôtre. Non, la Roche-Bernard n'en a aucun. Mais

raison de plus, en tout cas, je compte sur vous pour dissuader votre père.

Non.

Je sais ce que cette élection représente pour lui.

Je ne lui dirai rien.

Nous comptons tous sur vous, François.

Eh bien, n'y comptez plus, monsieur.

Je ne

suis

le candidat de personne.

Je n'ai les mains liées par aucun parti, par aucune promesse.

Simplement, je suis né dans cette ville et je la connais bien.

Parce qu'il était aussi poète, un penseur a dit un jour, les deux pires

dangers qui guettent notre société, ce sont l'ordre et le désordre.

Je ne serai le candidat ni de l'un ni de l'autre.

Aujourd'hui, vous parlez simplement de ce que j'appellerais l'inadmissible et l

'intolérable.

Ce qui est inadmissible, intolérable dans cette ville qui est la nôtre, c'est

que vos patrons soient devenus vos propriétaires.

Propriétaires au sens littéral du mot.

Vous leur appartenez.

On vous a construit des HLM, une quantité de HLM pour votre bien-être.

Pas seulement pour le vôtre.

Les terrains appartenant à la société Agruma, filiale du textile, ont été

baptisés terrains à bâtir par l'entremise de M. Laroche-Bernard et

vendus à la société immobilière Renova, autre filiale du textile.

Mais personne ici n'ignore que la société Tridis of Alex est une émanation

du textile.

Votre confort est devenu votre prison.

Une prison sur le frontement de laquelle nous pourrions lire des noms que nous

connaissons bien.

Le groupe Lopteur, le groupe Milavotte, le groupe Mélangaine, tous

ces petits états dans l'état qui ne sont que des filiales du groupe Liégard.

Il a abandonné son patron, présidence de la Commission paritaire du Nord.

Présidence par-ci, présidence par-là.

Or, il semble bien que pendant la durée de son mandat, toujours au service du

textile,

M. Laroche-Bernard n'ait assumé qu'une seule présidence, celle de l'amicale des

gens de maison.

L'assainissement que je vous propose ne relève d'aucune démagogie.

Encore moins d'ambition personnelle.

Mon généreux adversaire n'a pas à se plier aux ordres du groupe Liégard,

puisqu'il fait partie de la famille, ou en fera bientôt partie.

Son fils est déjà dans la place à la droite du seigneur, où il touche comme

il se doit un très joli salaire.

M.

François Leclerc, d'accord avec son père, signe déjà au dur la peur de

Titran, qui, d'après son papa, est pourtant si mal rétribué.

Pas si mal que ça.

Le bienfaiteur... Laisse tomber, François.

Laisse-moi, François. Fumier ! Je me suis pas passé Gilbert, toi !

prochaine grève.

Comment tu te sens, papa ?

J'ai froid.

Figure-toi que la reine-mère m'a demandé de tes nouvelles.

Le comte de Saint-Prix était sur la sellette. Louis de Saint-Prix.

Lolo. Tu connais ? J'ai dû le rencontrer chez tes parents.

C'est ça.

Nous parlions de lui et de différents projets.

Et maman a dit... Au fait, comment va François ? Je vais bien.

Pourquoi au fait ? Vous parliez de Lolo et ta mère a dit au fait comment va

François.

Qu'est-ce que j'ai à voir avec Lolo ? Fouille dans mon sac, là. Il y a un

télégramme. Tu serais gentil si tu pouvais le poster.

Je vais rien poster du tout.

Je vais le téléphoner.

J'aimerais que tu le lises d'abord.

Monsieur de Saint-Prix attachait l'ambassade de France à Bonne.

La réponse est oui, Gilbert.

Oui à quoi ? Oh, il m'a demandé de l'épouser, alors je réponds. C'est la

moindre des politesses, tu trouves pas ?

Tu sais, je t'ai demandé de poster ce télégramme,

mais...

Ça peut aussi vouloir dire ne pas le poster.

Tu décides.

Être Lolo ou ne plus être.

Retourner chez le liégar et fils.

Allô, mademoiselle, des télégrammes, s'il vous plaît.

Oui, c'est ça.

Au fait, comme on dit chez vous, je t'ai pas demandé des nouvelles de ton père.

Le mien a commencé à mourir.

Doucement.

Allô mademoiselle, oui, un télégramme, c'est ça.

Adressé à monsieur de Saint-Prix, ambassade de France à Bonn, Allemagne

fédérale, c'est ça.

La réponse est oui, signé Gilbert.

Dis-moi François, c'est pas que ça m'intéresse follement, mais j'aimerais

bien le savoir.

Est-ce qu'il y a une minute où j'ai compté pour toi ? Allô, mademoiselle ?

Encore un télégramme.

Adressé à mademoiselle Gilbert Liégard, place des Drapiers.

Mais oui, dans notre bonne ville.

Le texte.

La réponse est non.

Signé François.

Du feu, M. François ? Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Ben, dis donc, t'as pris

du galon ? Ah, si on peut dire, M. François, si on peut dire.

Et bien content après tout ce qui s'est passé.

Et Oscar, qu'est-ce qu'il est devenu, Oscar ? Ah, Oscar, c'est autre chose.

On lui a coupé le téléphone, ça répond plus. Ah, il habite dans le quartier

élégant, à présent, la tour Victoria.

Mais je vous préviens, ça surprend.

Eh oui, mon vieux, c'est ça l'expansion.

A l'expansion, si on peut dire !

Qu'est-ce que c'est ? Ouvre.

Vous n'avez pas lu l'écriteau ? Repassez plus tard.

D'abord, je ne suis pas habillé.

Qui est là ? Le commandant.

Quoi ? Commandant ? Vous ? Oh ben merde alors !

Excusez-moi, c'est le cri du cœur.

Entrez, commandant. Entrez.

J'ai souvent pensé à vous.

Vous ne pouvez pas savoir ce que vous m'avez manqué.

Quelle vie ! La fête pendant 600 nuits.

Et puis... Et puis les lendemains de fête, mon brave Oscar.

Sept ans.

2635, lendemain de fête.

T'es tombé dans la fanfreluche,

on dirait.

Bah... Ah non, non, non.

C'est bien.

C'est douillet.

Oui, hein ? Mais ça s'est pas fait en un jour.

Choisir chaque objet, fignoler les détails.

Harmoniser les couleurs.

Surtout quand on part dans les tons léyettes.

Mais bravo.

Elle a du goût.

Qui ça ? Ta nana.

Mais j'ai pas de nana.

Et ça ? Tu te fous de ma gueule ?

C

'est pas vrai ? Si.

Mais vous inquiétez pas, commandant.

Question mentalité, j'ai pas bougé. Parole d'homme.

Travelo.

Avec tes battoirs et tes péniches.

Un vrai petit anagraphe.

Pardon, commandant, c'est pas mon emploi.

J'aurais plutôt les dominatrices, voyez.

J'ai toute une clientèle de trembleurs, de petits perfouettards dégentrés comme

il faut.

Qu'est-ce que c'est ? Janine, c'est moi.

Chani. Merde, t'as pas vu l'écriteau ? Do not disturb !

Qu'est-ce qu'ils peuvent être cons ? Ou alors c'est qu'ils connaissent pas l

'anglais ? Enfin,

il faut se souvenir, commandant.

Après l'histoire, il a fallu se recycler.

Et vite.

Et se recycler dans quoi ?

Videur, c'est pas une formation.

Si je vous disais que j'ai d'abord pensé à retourner au pays, je suis des

Charentes.

Alors j'ai été voir un de nos anciens clients.

Vous savez, le petit Marcel.

Celui de l'agence de voyage.

Moi, j'ai été le voir parce que... parce que je pensais qu'il pouvait m'avoir une

réduction pour mon billet.

Je vous le jure, hein.

Alors l'amour, joli.

Ça a été la passion extrême.

Il m'a installé.

C'était pas la Bolivie, mais enfin... Le Pérou.

Quoi ? Le Pérou.

Si vous voulez.

Un martinigine comme mon bon vieux temps, commandant ? Si tu veux.

Et voilà comme ça a commencé.

Et puis, petit à petit, j'ai changé de nom, de sexe et même d'adresse.

T'es pas le seul.

Qu'est-ce que vous voulez dire par là, commandant ? C'est drôle, cette folie du

déménagement.

Dis-moi, ça aussi a changé d'adresse.

Au fait, toi qui as l'air au courant de tout.

Je savais déjà pas où il habitait avant.

Alors... Bon, ben, c'est pas tout ça.

Je vais pas vous mettre à la porte, commandant, mais il faut que je m

'habille. J'attends un client à deux heures.

On doit regarder le match à la télé.

Vous mettriez quelle robe à ma place ? Eh ben, tu vois, moi, je mettrais la

bleue turquoise.

Avec une capeline blanche.

Les couleurs du sporting.

Alors là, je vous retrouve, commandant.

Génial ! La propos, le bon goût, tout.

Je vous jure, hein, que pour Dimassa, si je pouvais vous aider.

Mais, voulez-vous que je le pêche ? On s'est jamais dit trois mots.

Quand il venait au Number One, il me regardait même pas.

Pour lui, j'étais quoi ? Un gorille.

Son associé, c'était vous.

2000 mètres carrés au sol.

20 millions de sonneaux, du velours partout.

Et je ne parle pas de la machinerie.

Non, c'est le châtelet.

Aucun établissement parisien, mais je dis bien aucun, ne sera comparable à ce

truc-là.

Les clients viendront de Belgique, d'Allemagne, de Hollande.

À ça, nous pratiquons des prix monstrueux, mais attention, les rapports

qualité-prix sont inattaquables.

Quand on appelle une boîte le number one, tout doit y être number one.

La restauration, les attractions, les filles.

Le directeur. Surtout le directeur.

Vous comprenez, vous avez vos grandes entrées chez des gens qui m'ouvriraient

pas la porte.

Même si je qu'étais pour la Croix-Rouge.

Au number one, ils auront l'impression d'être reçus par vous. De sans

canailler, mais dans leur milieu.

Naturellement, les hôtesses sont triées sur le volet.

Bilingues et tout.

Les hôtesses ?

Vous m'aviez parlé d'attraction, pas d'hôtesse.

C'est inévitable, monsieur Leclerc.

Absolument inévitable.

Le rôle d'une hôtesse commence... Dites-moi plutôt où il finit.

On ne peut pas empêcher un client de se prendre d'une jolie femme.

C'est inévitable.

On ne peut pas empêcher cet homme épris de s'enquérir des besoins matériels de

cette jolie femme.

C'est inévitable.

Cher monsieur Dimassa, si vous appelez ce genre de jolies femmes des hôtesses,

qu'appelez-vous juste une pute ? Ah, c'est curieux.

Oui, j'étais sûr que ce serait non.

Je leur avais dit.

Ben, vous avez eu tort.

C'est oui.

Je dirais même que vous pouviez pas mieux tomber.

Cette bonne ville va enfin devenir drôle.

On va leur servir le vice à la carte.

Entrez, messieurs, les habitués de la messe du dimanche.

Les pères nobles, les fils indignes, les oncles à héritage. Allez hop, tout le

monde au bouic.

Je veux voir cette ville de merde s'enliser dans la gadoue.

Ça y est, me v'là sur le chantier de la guerre.

Sentier ? Si vous voulez.

N'empêche, commandant, vous ne sauriez pas que c'est moi.

Quel effet je vous ferai.

Je crois bien que je t'épouserai.

Vendredi 14h, savonnette.

Qui c'est ça, savonnette ? Un betteravier de la Somme. Bien.

Machin, machin de ? Le petit chose ? Le pharmacien de la rue Hamelin.

Eugène ? Oui.

Je crois que vous avez connu sa femme dans le temps.

Comme ça ? Des fois, elle vient avec lui.

Ne perdez pas votre temps, commandant. Le seul qui pourrait vous tuoter, c'est

Lapin Blanc.

Et ça peut aller vite, parce que je l'attends demain à 11h30.

Demain ? Ah, ben dis donc, elle commence de bonne heure, des fois, le nuit.

Ah, le soir, ces messieurs sont en famille.

L'heure la plus demandée, c'est 15h, mais 11h30, ça, c'est l'heure chic.

Je le connais, Lapin Blanc.

Je ne voudrais pas vous chasser, commandant, mais l'heure, c'est l'heure.

Je le connais.

Né demain vers 11h, commandant.

Je te demande si je le connais.

Très bien.

Si je te promets de pas le cabosser. Je vous connais, commandant. Vous cabossez.

Et c'est pour ça que vaut mieux que je sois là, pour après, pour consoler.

Parce que s'il va au pétard, moi je me retrouve en deux coups les gros à faire

les pantoufles.

Dukasiewicz, l'arrière, Yougoslav.

Pour ce qui concerne le Bayerisch de Munich, 10 minutes de jeu, toujours 0 à

0 entre Munich et le Sporting Club de Cournay. Gratte déborde, Wendland sur l

'aile droite.

100 sur la tête de Lucas, balle à Messie. ... pas facile à battre ce

gardien allemand cet après-midi. Lutte entre N'Goba et Kleist.

Attention, ballon aux Allemands sur la gauche.

Olderlin à 35 mètres de l'attention. ...

Evite Bruchet, Richter tire du gauche, Farino est battu, but 1-0 pour le

Bayerisch de Munich.

But marqué, il faut bien le dire, contre le cours du jeu.

L'arbitre italien Belluzzi accorde un coup franc au français à 20 mètres des

buts de Hoffmann. Le public allemand n'est absolument pas d'accord mais l

'arbitre maintient sa décision.

Les français ont le ballon, Kiki Perrin.

Marcel Bostel, contrôle du pied gauche, donne à Lucas, c'est très bien joué

vraiment tout ça, Lucas brille le ringueux et Wendland, il arrive sur

Hoffman, tire, oh là là là là, quelle malchance, le ballon passe juste

quelques centimètres à côté à gauche du but allemand.

Vraiment, les champions de France ne sont pas... Mais au moins, l

'égalisation, Hoffman ne se pêche pas pour dégager.

Dans moins de 4 minutes, maintenant ce sera la mi-temps, et dans un sel match,

c'est de bonne guerre, c'est vrai, Klest calme le jeu, donne derrière lui à

Keller, Keller redonne à Klest, les Allemands veulent garder le ballon,

Winkel, Oderlin, Edershoff, mauvaise phase, Edershoff à Winkel.

Interception de Marcel Bostel qui donne très vite de l'autre côté du terrain à

Prat, le rapide allié, il sent...

C'est pour qui ça ? Monsieur Blom.

Annonce Frida, ça les calmera.

Le Manor Wild est heureux de vous présenter pour la première fois en

France la divine, la compagnie...

Qu'est-ce que tu en penses ? Du bien.

Eh ben tu vois, je crois que c'est réciproque.

François, vous êtes un magicien.

Où avez-vous déniché cette Frida de Düsseldorf ? Vous n'allez pas me croire

à Düsseldorf.

Quelle merveille ! Une véritable fée.

Inaccessible, malheureusement. Une artiste, une pure artiste.

Commandant, le Toubib est en plein potage. Il réclame, je ne sais pas quoi,

un truc mexicain. Du mescla ? Du mescal.

Si vous voulez.

Amène-le sur le pont, prendre l'air.

Il commence à avoir la côte du Mexique.

Mon cher Leclerc, est-ce qu'on peut offrir une coupe de champagne à cette

belle artiste ? Certainement, elle sera dans quelques instants avec nous.

Va prévenir Frida que M. Blom va l'inviter. Il dit qu'il est petit,

moustachu, mal élevé et qu'il sent le formol. Je le sais.

Je lui dis aussi que... Non, non, non, pas d'encouragement.

Ah,

M. le professeur. Bonsoir, François.

La ville est pleine de rumeurs.

Vous auriez, paraît-il, mis la main sur un bijou de Westphalie.

Mieux qu'un bijou. Un trésor.

C

'est

bon.

Tu trouves pas que l'enthousiasme se prolonge un peu ? Qu'est-ce qu'ils

attendent ? Ils attendent que le dieu Kojak redescende sur Terre.

Il est dans la loge de Karine.

Tu m'ont téléscoué. On ne secoue pas Kojak.

Non, mais on peut secouer Karine.

Allez, j'y vais.

Monsieur Lombreux t'appelle depuis un moment.

Mon petit François, j'ai besoin de conseils. J'ai des soucis.

Vous êtes ici pour les oublier, monsieur Lombreux ? Bah, justement pas.

C'est demain l'anniversaire de notre petite Arlette.

Je ne sais absolument pas quoi lui offrir.

Des roses, ça plaît toujours avec quelques lignes.

Je me suis laissé dire par Hélène que vous aviez un joli brin de pluie.

Des verres de burlito.

Et puis, à propos d'une douzaine de roses, c'est pas facile.

Avec une seule, Ronsard s'est pas mal débrouillé.

Une rose sur laquelle Arlette touchera sa ristourne.

Une rose qui passera d'Arlette à Clarisse, de Clarisse à Tamara.

de Corisande de Brazzaville à Lady de Nantes, pour finir chez Daisy.

Une rose achetée trois francs le matin, et qui à l'aube on n'aura rapporté qu'un

cent.

Tous ces hommes socialement et professionnellement importants, toutes

ces sommités, finalement des enfants.

La nuit appartient aux enfants.

Le jour, on marchande, on discute, la nuit, on rêve.

Mon empire de la nuit était un royaume de rêves, peuplé de filles de rêves.

Et puis un soir, les rêves ont éclaté en morceaux.

Oui ? Viens vite, c'est horrible.

Le jeu a repris depuis 5 minutes en deuxième mi-temps.

Qu'est-ce que vous faites là ? Bah vous voyez, rien.

Vous n'avez pas vu la pancarte ? Elle est pourtant grosse la pancarte,

chantier interdit, c'est clair ? Pas mal que vous ne soyez un des ingénieurs.

Ou le futur propriétaire.

Non, l'ancien.

Ah,

c'était vous ?

Le supermarché ? Non, avant le supermarché.

Mais... Avant le supermarché, c'était un... Eh ben, je tenais le... Ah,

c'était vous ? Vous connaissiez mon établissement ? Si vous croyez que j

'avais les moyens... Mais c'est pas là que je vous ai vus.

Qu'est-ce qu'on a pu gueuler ? Faut reconnaître que c'était pas bien ce que

vous avez fait.

Surtout la veille d'un championnat. C'était pas bien, les gens étaient pas

contents.

Remarquez que moi, le foot, ça m'agite pas beaucoup.

J'étais plutôt là en service.

Ordures, salopes, à mort ! Ils en ont eu pour leur pognon.

Qui ça, ils ? Les types.

Toute la semaine, ils nous ont distribué des billets de 100 balles, 10 000 balles

de l'époque pour qu'on vienne gueuler à mort.

Vous avez dû nous prendre pour de beaux dégueulasses.

Sur le moment, ça fait pas très plaisir.

Mais je vais vous faire rire, monsieur. J'ai pas l'habitude des manifs.

Remarquez que j'ai ma carte syndicale, mais moi, la politique.

Alors j'ai cru que dans tous les défilés, on distribuait de l'argent.

Le 1er mai suivant, quand je me suis présenté, je me suis fait vachement

sortir. Un but.

C'est sûrement l'échelon.

Vous voulez pas venir écouter ? Non, merci.

À propos de foot, je voulais vous poser une question.

Je me rappelle que vous avez flingué Kojak la veille du match contre les

Espagnols. Pour quelle raison ? J'avais parié sur les Espagnols.

J'aime pas perdre.

Non,

monsieur, nous, nous ne tenons pas cet article, je regrette.

Partez, je vous en prie.

S'il nous voit, ce sera terrible.

Il n'a pas pardonné.

Surtout, n'allez pas la voir.

Elle est mariée, heureuse.

Elle habite rue Félixfort, 24, Mme Duquel.

François, viens vite, c'est horrible.

M. Leclerc était dans son bureau depuis un grand moment, quand je suis venue lui

dire que j'avais découvert les corps de Gojac et de Karine.

Et depuis combien de temps M. Leclerc était-il entré dans son bureau ? Je n'en

sais rien.

Je ne sais pas, une demi-heure, vingt minutes.

Peut-être dix, peut-être cinq, peut-être pas du tout.

Messieurs les jurés apprécieront le flou de ce témoignage qui de toute façon nous

paraît irrecevable.

Hélène Mauve était la maîtresse de l'accusé.

Bien sûr.

Une de plus.

C'est faux. C'est complètement faux.

Je n'ai jamais été sa maîtresse.

Pardonnez-moi, en effet.

Le mot exact serait plutôt, je crois, sous-maîtresse.

Depuis combien de temps connaissez-vous François Leclerc?

Corpus Dominostri Jesu Christi.

Corpus Dominostri Jesu Christi.

Eh bien, entre.

Je suis tellement contente de te voir.

Est-ce que tu savais ?

Depuis quand ? Depuis ce matin.

Pourquoi t'es pas venue tout de suite ? J'avais peur de te déranger.

Me déranger, toi ? Quelle âge est là, ta petite bonne femme ? Elle a deux ans et

demi.

Ta mère m'a appris ton mariage.

Affolée, là, Germaine.

Complètement affolée.

J'ai quand même eu le temps de me dire que tu étais heureuse.

C'est vrai, j'espère.

Oui.

Mila était à l'école avec toi.

André Duquesne.

Ça te dit rien ? C'est un type bien, tu sais. C'est vraiment un type bien.

Sûrement. Tu sais, au procès, quand j'ai déposé, quand j'avais dit qu'entre toi

et moi, il n'y avait jamais... Enfin,

tu te souviens, ça les avait fait assez rire.

Eh bien, André a été le seul, tantôt le seul, à croire... À croire l'incroyable.

À croire l'incroyable, oui.

Pour moi, ça m'a fait plaisir de te revoir.

Je vais te laisser.

Comment tu t'en vas déjà ? Je suis ici pour très peu de temps, tu sais.

Une ou deux choses à régler.

Enfin, tu n'as besoin de rien ? Non.

T'es juste venu t'embrasser.

Et puis t'as oublié.

Songez, mes frères, qu'il y a des hommes qui risquent leur salut éternel

pour un plaisir de bête qui, me suis-je laissé dire, ne

dure parfois que de 30 à 40 secondes.

Nous, on se marie.

Quelques secondes, peut-être, mais quelques secondes arrachées au

désespoir. Quelques secondes où ce que nous faisons rime enfin à quelque chose.

C'est grâce à ces quelques secondes que je venais enfin de retrouver la vie.

Jeune homme, je ne sais pas qui vous êtes, mais puisque vous êtes là, aidez

-moi. Avec plaisir, chère madame.

J'étais un ami de Marie Adélaïde.

Je venais la voir souvent.

Il me semble connaître votre voix, mais il y a longtemps.

Sept ans.

Ah, c'est vous.

Marie-Adélaïde est morte il y a trois ans.

Un accident de cheval.

Tu ne veux vraiment pas te marier ? Je suis trop vieux.

Je veux dire, trop vieux pour toi.

Si tu m'apprenais à faire l'amour, il paraissait bien, les vieux.

Prends d'abord à nager, on verra.

Non. Mais alors, monsieur est disponible ? Ton revers, sois un peu à ce que tu

fais.

François, embrasse-moi.

Elle disait toujours, quand François reviendra, nous ferons le tour de la

ville et je l'embrasserai devant tout le monde pour les... Pour les emmerder.

Oui, les gros mots me gênent toujours, pourtant à mon âge.

À votre âge et quand on porte votre nom, madame.

Les gros mots ne peuvent être que des citations.

Voulez-vous rester les journées avec moi ? J'accepterai volontiers, madame.

Malheureusement, je ne peux pas.

Non ? Vraiment pas.

Comment s'appelait ce parfum déjà ? Asphodel.

Ah oui, Asphodel.

C'était un joli pacte.

de la parfume Rimbaud.

Vous voyez que je me souviens ? Vous avez

aimé cette maison, n'est-ce pas ? Oui, je l'ai beaucoup aimée.

Vous cherchez quelqu'un, mademoiselle ? C'est à vous, cette brousse ? Si ça l

'était, je vous demanderais ce que vous y faites.

Je traîne.

Qu'est-ce que vous voulez faire d'autre dans cette ville ? Voilà un mois que je

traîne. La cathédrale, la bibliothèque municipale, le palmarium, l'exposition

de poterie, alors j'attaque les jardins.

Et vous traînez aussi ? En quelque sorte.

Enfin, on peut appeler ça comme ça.

Et vous comptez traîner longtemps ? Non.

Vous avez de la veine.

Moi, je suis dans le patelin pour un stage de six semaines.

Je compte les jours.

Comme en prison.

Vous pouvez pas savoir ce que c'est.

Non, je peux pas savoir ce que c'est.

Mais enfin, j'imagine.

Vous appelez comment ? Samantha.

J'ai un nom idiot.

Charlotte.

C'est d'où ? Qu'est-ce que c'est ? Du cachemire.

Vous emmerdez pas ? Un truc comme ça, ça vaut au moins... Ah oui, mais quand je l

'ai acheté, ça valait pas ça.

Il y en a qui achètent de l'or, moi c'est du cachemire.

Je le mets de côté et j'attends que ça monte.

Alors évidemment, de temps en temps, il faut leur faire prendre l'air.

Alors tous les sept ans, je les sors.

Ça doit être marrant de vivre avec vous.

On va partir, Charlotte.

Je commence 15 heures.

J'ai le temps.

Non, non, non, je veux dire partir vraiment.

Quitter cette ville.

Je vous emmène.

Ah, ben vous, alors vous êtes gonflé.

Vous ne perdez pas de temps.

J'en ai beaucoup perdu.

Deux ou trois choses à régler et je vous appelle.

Où ? 20, 82, 10.

Je vais te ramasser tout de suite et jurer que tu recommences à plus.

Je te jure, Jeannine.

Jeannine, quoi ? Jeannine, chérie.

Qu'est-ce que c'est ? Comment imaginer union plus assortie ? Après avoir rendu

hommage à votre famille, ma chère enfant, que dire ? Sinon, célébrez les

mérites éclatants de la vôtre, monsieur le comte de Saint-Prix.

Votre père...

qui représente si bien la France dans les grandes capitales du monde, votre

grand-père qui prie une part active à la victoire, chaque branche de votre arbre

généalogique porte un nom célèbre, celui d'un grand Français, d'un homme de cœur

ou d'un grand soldat.

Je crois être l'interprète de toute la ville pour vous dire notre joie et notre

fierté devant cette union qui réjouit tous nos concitoyens.

Qu'est-ce que vous faites là ? Eh ben, toi, qu'est-ce que t'attends ? Détache

-moi, connasse ! Mais oui, mon lapin, mais oui.

Faut pas vous gêner, vous.

J'avais pourtant mis la pancarte, d'où notre disturbe.

Mais pas le verrou.

Quoi, t'avais pas mis le verrou ? Quand il vient, mon lapin, j'ai plus ma tête.

On parlera de tout ça.

Mais oui, gros sloche.

En attendant, on va en parler d'autre chose.

Et tu vas en prendre plein ta gueule. Si je peux me permettre, commandant.

C'est pas en lui tapant dessus.

On te cause, à toi ? Je voudrais pas briser un rêve, monsieur le maire.

Mais je crains qu'entre le pampantutu qui vous chavire et l'emplatrage qui

vous guette, il y ait autant de différences qu'entre une médaille

commémorative et ça.

Si elles sont réussies, je m'en mettrais une douzaine de côté.

On voit que vous avez été absent longtemps, mon jeune ami.

Vous avez loupé 68.

Rien n'est plus comme avant.

Vous espérez épouvanter le conseil municipal avec ça ? Vous allez faire

rire.

Tout le monde le sait.

Avant, j'allais à Paris.

Maintenant, je viens ici.

Même ma femme est au courant.

C'est vrai qu'en l'an que les choses ont bien changé.

Comme quoi les absents ont toujours tort.

Monsieur, madame.

Une seconde.

Vous m'avez appelé ? Bon, admettons que ce truc m'embête.

Mais un peu, hein.

Juste un peu.

Je veux bien vous aider.

Mais un peu.

Qu'attendez-vous de moi ? Un nom.

Qui est l'assassin de Kojak et de Karine ? Je dis un peu.

C'est pourtant la seule question.

Mais je peux la poser autrement.

Pourquoi les a-t-on tués ? Mon cher, voyez-vous...

Quand on est au bas de l'échelle, on ne fouille pas dans le tiroir du haut.

Merci.

Dis donc, Karine, combien les cinq cigares ? Cinquante mille, patron.

Bah dis donc, tu t'embêtes pas avec les cigares ? Bah, on s'embête pas non plus

sur le scotch, ni sur le champagne, ni sur le reste.

D'ailleurs, personne n'est là pour s'embêter, patron.

Juste.

Tiens, donne-moi un.

C'est bien la première fois que je vous verrai fumer le cigare.

Le fumer ? Mais t'es folle, je vais le mettre dans le coffre. Maintenant que je

sais ce que ça vaut.

Karine, cigarette ! J'arrive !

Hélène, dis à Karine de venir.

Où es-tu ? Dans mon bureau.

Vous m'avez appris, patron ?

Qu'est-ce que tu veux ?

Merde,

alors ça, c'est beau ! Je voudrais que tu m'expliques.

Pas moi, toi ! Tu te prends ! Tu manques pas d'air ! Qu'est-ce qui te prend ? Tu

te fous de ma gueule ? Attends un peu, François.

Et puis j'aimerais savoir qui se fout de la gueule de qui.

Tu vas tout de même pas me faire croire que t'étais pas au courant.

Le truc fonctionne depuis l'ouverture de la boîte.

à croire qu'elle a même été ouverte que pour ça.

Mais dis-donc, on dirait vraiment que tu débarques. En plein, oui.

Pourtant, M.

Dimassam a toujours dit que vous étiez associé. À moi aussi.

On dirait que t'es passé devant la glace.

Hein ? Ben oui, c'est M. Blum qui m'a appris ça. Une expression de notaire.

Ça veut dire qu'on t'a fait sauter ta commission.

Mais quelle commission ? J'arriverai jamais à te faire comprendre.

Ah tiens, t'es trop conne.

T'es même pas conne, t'es bête.

C'est peut-être ça qui te sauve, d'ailleurs, parce que je ne sais pas ce

qui me requiert de te virer.

En attendant, tu diras à M.

Dimasin que le bureau de tabac est fermé, pour cause d'inventaire.

Je suis désagréablement surpris, monsieur Leclerc.

Moi aussi, monsieur Dimassa.

Je suis très surpris et très désagréablement.

Il est nécessaire que Karine continue. C'est un ordre.

Je me fous de vos ordres. Elle ne continuera pas.

Là, le geste plus large, plus large.

Bon, d'accord.

J'arrête de vous mettre au courant, j'ai eu tort, je l'avoue.

Si vous y tenez, je peux même m'excuser.

Vous pouvez pas me demander plus.

Alors, parlons net, vous voulez un pourcentage là-dessus aussi, c'est ça ?

Je me fous de votre pourcentage.

Je vais pas de ça chez moi, c'est tout.

Ils vont pas aimer, je vous préviens.

Ils vont pas aimer du tout.

Qui ça, ils ? Eux.

Oh,

c'est même pas pour moi.

Vous n'en reviendriez pas si je vous disais ce que je touche là-dessus.

Une misère.

C'est même honteux, d'ailleurs.

Je suis désolé.

Si je peux faire quelque chose pour vous ? Vous savez pas dans quoi vous vous

embarquez.

Le numéro un est un débouché, mais qui rend.

Et le débouché, c'est... C'est tout, vous entendez, dans cette branche-là.

On va l'assier, cette branche-là, parce qu'elle est pourrie.

Vous voyez, j'ai été élevé dans des idées simples.

Alors, si vous aimez les idées simples, prenez vite le chemin de la gare.

Autre idée simple.

Le chemin de la gare passe obligatoirement par Chedimassa.

Où est-il ? Dans le bottin.

Si vous voulez mon avis.

Ça y est, je le savais que ça finirait comme ça.

Je ne te demande pas ton avis, je te demande son adresse.

Je ne le connais pas.

Mais toi, tu pourrais faire quelque chose, non ? Bien sûr, mon lapin.

On pourrait se battre, casser tout, finir la nuit au cœur.

Heureusement que je pense à ta réputation. C'est à moi que vous en

prenez.

Alors que je suis le seul à vous avoir mis en garde, le seul à avoir essayé de

vous sauver.

Vous avez peut-être oublié ce soir-là quand j'ai voulu vous empêcher de

recevoir Kojak.

Si vous aviez suivi mes ordres, rien ne serait arrivé.

Un ordre ? Mère ou pas mère, je me fous de vos ordres. Je me fous de votre

match. Kojak doit venir, je le recevrai.

Parce que c'est mon boulot. Et parce que je suis chez moi.

Tiens, là le champion.

Salut, on t'a prévenu pour la photo ? Tu sais bien que tu es ici chez toi ?

Ah, c'est quand même une belle bête.

Eh bien, vous voulez pas que je le reçoive.

Il doit avoir peur que tu le fatigues.

Oh, de toute façon, si c'est pas moi, c'est sa femme.

Un homme qui baise sa femme, ça le fatigue pas.

C'est bien connu.

On va les avoir sur le dos toute la nuit ?

Le temps qu'on photographie le dieu Kojak serrant sur son cœur le dieu

Dominguez.

Tu sais de qui est cette brillante idée ? Oh, du maire en tout cas.

De M.

Liégard en personne.

Tu ne m'attends pas ce soir ? Non, je me tire.

Tu pourrais quand même me dire bonsoir.

Oui, mais vite.

Si c'est bien.

Le Manor One est heureux de vous présenter pour la première fois en

France, la Divine.

Oscar.

Oui, commandant.

C'est toi qui as pris mon revolver ? Je voulais que j'en fasse, commandant. Moi,

j'ai ma force.

Karine.

Karine !

Oui ? Viens vite, c'est horrible.

Qu'est-ce qu'il y a ? Viens, je t'en prie.

Quand Mlle

Le Char est venue me trouver pour m'annoncer que Leclerc l'obligeait à

écouler de la drogue, la malheureuse était couverte de bleu.

J'étais un nénier, mais j'ai aussi pensé à moi, je l'avoue.

Et oui, ayant imprudemment placé des capitaux dans cet établissement, je ne

pouvais tolérer aucun trafic sans être éclaboussé.

Monsieur le Président, il est tout de même étrange de constater qu'à chaque

fois que le témoin veut faire fructifier ses économies, il joue de malchance.

N'avez-vous pas déjà été éclaboussé dans une histoire de laboratoire

pharmaceutique à Marseille ? Fermé sur mon initiative.

En 1962, c'est exact.

Veuillez poursuivre.

Je suis donc allé trouver Leclerc.

Là, je dois dire que je suis tombé sur un énergumène plutôt surexcité.

Ce drogue est-il... Je l'ignore.

Enfin, toujours est-il qu'il m'avait conduit assez brutalement.

C'est alors que j'ai décidé de saisir la justice sur mon assistance, car il n

'avait accepté de venir déposer le lendemain chez M.

le juge d'instruction.

Et le lendemain...

Mon Dieu.

L'ordure. Ça vous étonne ? Non.

C'est ce que le procureur appellerait l'ordre des choses.

Je refuse de rentrer dans leur trafic de drogue, donc je le connais, alors il

faut m'éliminer.

Mais il reste Karine.

Alors on la tue.

Avec mon revolver.

Et Kojak, par la même occasion, parce qu'il se trouve là.

Mais ça tombe pas si mal.

Tu es l'idole la veille d'un championnat.

Je ne suis plus un assassin, je deviens un monstre.

Et vous, monsieur le maire, dans tout ça, en dehors d'une larve politique et d

'un étron municipal, vous êtes quoi ? Je suis celui qui a essayé de vous éviter

le pire.

Donc vous saviez.

Mais je me doutais quelque chose se préparait contre vous, quelque chose

dont je ne voulais pas.

C'est pour ça que je vous ai téléphoné.

Pour vous donner l'ordre de ne pas recevoir Kojak.

On veut bien patauger dans le fric, mais pas dans le sang.

Ils n'aimeront pas ça.

On préparait quelque chose contre vous.

Ils ont eux.

Merde, qui ? Cherchez pas.

Surtout pas.

Souvenez-vous de votre père.

Alors là, mon lapin, tu cherches les coups. Pourquoi parlez-vous de mon père

? Parce qu'il s'était attaqué lui aussi à un gros.

Beaucoup trop gros morceau.

Le même, peut-être.

Ils ont voulu vous tuer.

Je les ai vus. Je suis prêt à témoigner. Ça va, ça va.

Papa va bien, oui, mais je le vois rarement, tu sais.

Oh, maman, comme d'habitude, elle plane au-dessus de son petit monde.

Et moi, ben, je vis, je vis comme on vit.

Demain, si tu veux, oui.

Excuse-moi, je... je te rappellerai.

Tu es seule ? Oui, François.

Je suis seule.

Viens.

Cette impression de reprendre une vieille valse avec des paroles dont on

ne se souvient même plus.

On s'était quitté sans se dire au revoir.

On vient de se dire adieu en se retrouvant.

Nous le savons.

Une dernière chance que nous nous sommes donnés par acquis de conscience.

Les choses sont tellement plus simples quand l'amour ne les complique plus.

Un plaisir bref, violent, total.

Mais, ça t'ont appelé ça faire l'amour ou le défaire ? Et ton mari ?

Il est en poste à Buenos Aires.

Je l'ai quitté neuf jours après notre mariage.

Il ne m'a fallu que neuf jours pour découvrir ce qu'il était, et que tout le

monde savait d'ailleurs.

T'aurais pu... Non, c'est vrai que dans ton milieu, on ne divorce pas.

Si, mais pas dans le sien.

Et puis Lolo nous est utile.

Utile à quoi ? Avec son nom, son titre et sa fortune.

Utile à tout.

On nous a roulé, François.

Toi, je ne sais pas.

Moi, surtout.

J'étais quand même des leurs.

Ils auraient pu prendre des gants.

Quand j'ai compris qu'on m'avait sacrifiée aux intérêts de la tribu, je

suis tombée de haut.

Moi aussi, de temps en temps, je tombe de haut.

Mais je mets sept ans à me relever.

Le piège.

Un pour moi, un pour toi.

Si je te disais, pendant mon voyage de noces, Lolo m'expliquait l'art péruvien,

et moi je pensais à toi.

Je me demandais si j'aurais pas donné tout l'or des conquistadors pour être

avec toi.

Au milieu de tes lumières, de ta musique.

Et des filles.

Comme ça, le pognon ne serait pas sorti de la famille.

C'est intéressant, ça.

Continue.

Je brûle, hein ? Oui, oui.

Continue.

Dans ma tôle, comme tu dis.

Il y avait moi, au-dessus de moi, Dimassa.

Vas-y.

Pousse tes pions.

Continue comme ça.

Au-dessus de Dimassa,

Le maire.

Attends.

Je sais qu'il faut que j'arrive à ton père.

Mais j'ai peur de sauter des cases.

Je peux quand même pas les tuer tous.

Eh bien, prends, dis-moi ça.

Faudrait que tu témoignes que tu m'as pas quitté de la journée.

Même de la nuit, si tu veux.

Ça les fera encore plus enragés.

Tu as raison, Lolo est utile.

Le témoignage du textile, c'est déjà garanti pur laine, mais le quai d

'Orsay... Oui, mais... Il reste un problème.

Dimassa ne sortira pas de son trou.

Si.

Dès qu'il entendra la voix de son maître, appelle ton père.

Tu es folle, qu'est-ce que c'est que cette lubie ? C'est à 7h du soir que tu

nous invites à dîner ? Mais figure-toi que je ne peux pas.

Parce que j'ai un autre dîner, et important celui-là.

Mais qu'est-ce qu'elle dit ? Mais ta fille est folle.

Je te répète qu'il n'en est pas question.

Quoi ? Bon.

Bon, d'accord.

Changement de programme en digne chez Gilbert.

Oh, écoute, s'il vous plaît, ça va ? Trois faux témoins et les

plus beaux de la ville.

Tu pourrais dire merci ?

Nous serons quatre à dîner. Et c'est à cette heure-ci que Madame annonce ça ?

Mais comment est-ce que Madame veut que je me débrouille, enfin quand même ? On

n'a jamais dû vous prévenir à ces heures-là pour faire un dîner. Tu

entends ça ? On n'est plus servis, mon cher.

Je disais encore hier au directeur, la soupe est bonne, mais le service...

Entre nous, François.

Tu peux me dire pourquoi je fais tout ça ? Mettons que ça soit pour emmerder la

bonne.

J'attends de vous voir, mon garçon.

Allô, Berthe ? Téléphonez à Mme Després et dites-lui que nous avons un

empêchement de dernière minute.

Ça fait une heure que j'essaye de l'avoir, mais j'y arrive pas. Faites-le

tout de suite.

Vous avez dû trouver du changement ? À son retour du Japon, Gilbert a tout

transformé. Elle a le don pour les jardins. Je parle de la ville, la

poussée démographique à laquelle nous avons dû faire face. Je ne vous cacherai

pas que c'est assez passionnant.

Est-ce qu'ils le font exprès ? Si ils continuent, je leur fous des claques.

Alors, François, quelle nouvelle ? Eh bien, qui est-ce qui avait raison, hein

? J'étais sûre que vous reviendriez. On revient toujours sur les lieux de son

enfance.

Alors, voilà.

Nous allons d'abord dîner.

Nous allons passer dans quelques instants à table.

Ensuite, nous ferons tous les quatre, gentiment, une partie de Monopoly.

De Monopoly ? Ou de Canasta, si tu préfères.

Enfin, Gilbert, tu sais que ce soir, j'avais mille choses à faire et tu me

fais venir pour... Pendant la partie, je m'absenterai.

Aucun de vous ne s'en apercevra.

Il doit être bien entendu que si on vous le demande, vous direz que je suis resté

avec vous jusqu'à... jusqu'à une heure du matin.

D'accord ?

Je vous dirai si je suis d'accord quand je saurai dans quoi vous nous embarquez.

Notre ami a quelqu'un à voir.

Quelqu'un que forcément je n'aurais pas pu voir, puisque je ne vous aurais pas

quitté de la soirée.

Pour moi, c'est du javanais.

Papa te traduira.

À condition qu'on m'explique d'abord ce quelqu'un qui est-ce.

Eh bien, après réflexion, nous nous sommes fixés sur Dimassa.

Tout à fait hors de question.

Il faut choisir.

C'est Gilbert qui m'a persuadé de me contenter de Dimassa.

À vrai dire, pendant un moment, ça s'orientait plutôt vers toi.

Moi, pourquoi moins ? Parce que c'était drôle.

Écoutez, c'est une histoire de fou, je vous jure que je ne connais pas ce

monsieur.

Monsieur comment déjà ? Dimassa.

Raphaël Dimassa.

Et vous allez même me dire où il est.

Franchement, Coco, je ne vois pas pourquoi tu fais tant d'histoires.

Vous ne pensez pas qu'un dédommagement largement calculé... Il faut très

largement, même, tenant compte... De la flambée des prix et des fluctuations de

l'or ? Non, merci.

C'était pourtant un geste élégant.

Pourquoi croyez-vous qu'on l'adore ?

Bonsoir.

Oui, c'est moi.

Où peut-on trouver Dimassa ?

Oui, ce soir.

Parce que j'ai besoin de le savoir, c'est tout.

Merci.

Rue d'Alsace, 42.

Quatrième étage, porte en face. Vous sonnez trois fois.

Mais vous êtes cinglé, qu'est-ce qui vous prend ? Je m'attendais pas à ce que

tu viennes me chercher à la gare avec des fleurs.

Mais tout de même.

Pourquoi tu te caches comme ça ? Ah ben tiens, ça c'est une bonne question.

Et pas ton oui de bonne réponse.

Bon, c'est pas l'air du pays qui vous a fait revenir.

Vous savez, on tourne chez ce que c'est, on gamberge, on se montre le bruchon,

puis quand on sort, ben, on avance les conneries.

Crois-tu objectivement qu'on soit une connerie près, Raphaël ?

Ça vous avancera à quoi de me descendre ? On me remplacera.

Si tu veux mon avis, c'est déjà fait.

Ils t'auraient pas balancé s'ils avaient pas un plomb de réserve.

Mais qui ça, ils ? Ben voyons, eux, ils.

Tu te souviens plus ? Tu te demandes pas comment je suis venu ? Qui m'a donné ton

adresse ? M.

Jean-Baptiste Liégard.

Vous êtes allé jusque-là ?

Tu vois, ça commence à t'intéresser.

Si ça m'intéresse, mais... Oui, je pense bien que ça m'intéresse.

Un ordure.

Pourquoi tu téléphonerais pas, toi aussi ? Après tout.

Ben, téléphoner ? Mais téléphoner à qui ? Je sais pas, moi.

À ceux qui me suivent en voiture, par exemple.

Pas le personnel qui te manque.

Ah, c'est pas croyable.

Quel ordure, vraiment.

Qu'est-ce qui me dit que vous n'allez pas me descendre après ? Tu préfères

avant.

C'est moi.

Même moi, moi, quoi.

La grosse légume est en train de nous balancer.

Ça leur dure, tu l'as dit.

Non, non, non.

Il va nous donner un parrain.

Non, non, pas question, pas question.

Demain matin.

Oui, oui. À 8h, il est toujours au golf.

Quoi, quelqu'un dit.

Mais non, ça se fait plus, mon vieux. Maintenant, chacun pousse son petit

chariot.

Alors, tu vois la route qui longe le golf, là ? C'est ça.

On n'aura pas les peupliers, là.

Le parcours est à 10 m.

Voilà. Voilà.

Voilà.

Et ben voilà.

Et ben maman, c'est à toi. Joue.

J'aurais dû faire un tour pour rien parce que j'ai un peu oublié.

Allô, Samantha ? C'est moi, Charlotte.

Ah, c'est vous ? Je vous réveille pas ? Non, non, vous ne me réveillez pas.

Je bouquinais.

Charlotte, vous voulez me faire un grand plaisir ? Ça y est, ça commence.

Ne dites plus jamais je bouquinais, mais je lisais.

Bon, je lisais.

À part ça.

Prenez pas de petit déjeuner, il est servi dans le train.

L'express de 8h10, quai numéro 2.

Ne prenez pas de lénage non plus.

Nous partons au soleil. Ah bah vous alors !

Quai

numéro 2.

Le train rapide numéro 125 en direction de Paris va partir.

Fermez les portières s'il vous plaît.

Ben vous alors !

Alors, ce soleil, on va le chercher où ? À la Guadeloupe ou à Zanzibar ?

À Paris.

Parait qu'il y fait un temps superbe.

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