Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Les Com�diens
BIENVENUE EN HA�TI
Bonjour, bonjour, bonjour.
Toutes les bonnes choses ont une fin.
Je descends ici, en Ha�ti.
Nous allons � Saint-Domingue.
Nos parties de gin-rami me manqueront.
Oui.
- Vous me devez 35 billets, mon vieux. - Ma femme.
Vous acceptez les pesetas?
- Pas de dollars? - Non.
J'accepte toutes les devises d'un ami.
Cinquante-quatre pour un dollar.
- �a nous fait 1890 pesetas. - Tenez. En voici 2000.
Heureux de vous rendre service.
Oui?
- Entrez, major. - Vous voil�, Brown.
- Prenez un verre avec nous. - Merci. Mais vite, alors.
Je dois finir mes bagages,
de grosses l�gumes m'attendent � terre.
- Eau gazeuse? - Un trait.
Je vous ram�ne ce que vous m'avez pr�t� pour le concert.
Vos tours habiles �taient impressionnants.
Et que dire de lui? Quelle performance vocale!
Dommage que j'ignore le n�erlandais.
Si je tarde � rentrer � l'h�tel, ne m'enfermez pas dehors.
Je d�nerai peut-�tre avec le colonel Biche.
- Vous le connaissez? - Non, je n'ai pas de si hautes amiti�s.
Il faudra que je l'invite pour vous le pr�senter.
Ceci est-il � vous, major?
Seigneur, en effet.
Merci. J'y tiens comme � la prunelle de mes yeux.
Je portais cette gourmette en 1942-43, les ann�es noires.
"Major H.O. Jones, 5e corps d'arm�e, Imphal."
J'ai fait graver ceci apr�s la guerre, en souvenir.
Ne faisons pas attendre les huiles. On se verra � l'h�tel.
Ne laissons rien perdre.
Salut, intendant. Rendez-vous sur le trajet du retour, si je suis encore l�.
Surveillez vos arri�res.
- As-tu compt� les valises, mon ami? - Oui, quatre.
- Et les cartons? - Vingt-trois.
Bien.
Nous y voil�.
Tu sais, ce pourrait bien �tre le d�but de notre plus grande aventure.
Non, je ne suis pas un touriste.
- Je suis l� pour affaires. - Qui venez-vous voir?
On m'a invit�. Je pensais qu'on viendrait m'accueillir.
- Vous vous appelez...? - Jones. Major Jones.
Qui attendiez-vous?
Le colonel Biche, votre chef du personnel.
Le colonel Biche?
- Puis-je voir l'invitation? - Certainement.
Veuillez me suivre.
- O� �a? - Dans mon bureau. Il est tout pr�s.
- Ma lettre. - On vous la rendra.
Par ici.
- Mes bagages. - On s'en chargera.
Nous sommes heureux d'aider un ami du colonel Biche.
Excellent voyage, ma foi.
Regarde, mon ami, le major Jones a retrouv� ses amis.
Tant mieux.
Une mer d'huile, d'agr�ables compagnons de voyage.
Que veut dire ceci? Qui sont ces voyous?
Je suis le capitaine Concasseur,
et ces voyous sont la police sp�ciale du pr�sident,
les tontons macoutes.
Injustement diabolis�s par vos journaux britanniques.
�a ne va pas s'arranger avec ceci.
Je veux voir l'ambassadeur de mon pays.
Vous n'avez pas d'ambassadeur, major Jones.
Nous l'avons chass� il y a trois mois.
Voici Michel.
Il m'est infiniment pr�cieux pour les interrogatoires.
- Que voulez-vous savoir? - Rien ne presse.
Commencez par vous d�shabiller.
- Me d�shabiller? - Vous d�shabiller.
Vous d�passez la mesure.
Vous ne pouvez faire mettre un officier � poil devant des subalternes.
C'est d'une inf�me grossi�ret�.
Michel.
Bienvenue en Ha�ti.
Bonjour, Petit Pierre.
Vous saviez que j'�tais � bord?
La presse est bien inform�e, M. Brown.
Heureux que vous soyez de retour.
- Les feux de Broadway vous ont plu? - Ils brillent trop.
Et Port-au-Prince, toujours dans le noir chaque soir?
Vous verrez qu'ici rien n'a chang�, M. Brown.
Vous pourrez tout juste arriver � votre h�tel avant l'obscurit�.
Petit Pierre, rendez-moi service. J'ai un rendez-vous.
Pouvez-vous faire exp�dier mes bagages � mon h�tel?
Avec plaisir, M. Brown. Donnez-moi vos re�us.
Merci.
Cela fait huit, mon cher.
Dur�e du s�jour?
J'habite ici.
O� est le major Jones? Un client de mon h�tel.
- C'est son chapeau. - On est venu le chercher.
Petit Pierre, ajoutez ceci � mes bagages. Il y tient.
- Vous �tes parti quand? - Il y a trois mois.
- � New York? - Oui.
- Pour affaires? - Oui.
Quelles affaires?
J'ai voulu vendre mon h�tel. �a n'a int�ress� personne.
- Non? - Absolument personne.
Les actions ha�tiennes sont au plus bas. Autre chose?
M. Brown est un fervent d�fenseur de Ha�ti et un ami cher.
- Je reviendrai chercher ceci. - D'accord.
Dites, avez-vous...
...des nouvelles pour mon journal?
Un Am�ricain a invent� un dentifrice au go�t de Dry Martini.
Sans blague.
Et j'ai trouv� trois clients pour mon h�tel.
Le tourisme reprend en Ha�ti? �a, c'est une nouvelle.
Monsieur, cinq cents. Cinq cents, monsieur.
Donnez-moi cinq cents. Cinq cents, monsieur. Cinq cents.
Il y a un certain major Jones.
- Major Jones? - J-O-N-E-S.
Il a combattu les Japs en Birmanie.
Si vous cherchez du sensationnel, il vous en racontera.
Et vos autres clients?
M. Et Mme... Tenez, voil� du croustillant.
Smith a �t� candidat � la pr�sidence contre Truman, en 1948.
- Taxi! - Pardon, M. Brown.
Candidat � la pr�sidence, vous dites? Ma m�moire est mauvaise. 1948. Dewey?
Je ne connaissais pas non plus Smith,
il semble qu'il �tait le candidat des v�g�tariens.
- Un original! - Il a de grands projets pour Ha�ti.
Il vient voir le ministre des Affaires sociales.
- Taxi! Voulez-vous m'en arr�ter un? - Oui, oui.
M. Brown, vous voulez parler de M. Philipot?
Oui, il est toujours ministre?
Il vaudrait mieux que je retourne aider vos amis.
Ils connaissent moins bien Ha�ti que vous.
Merci.
Dites-leur pour l'�lectricit�,
et informez-les que si je suis en retard, Joseph s'occupera d'eux.
D'accord.
- � l'h�tel Trianon? - Non, laissez-moi � la statue de Colomb.
M�dicaments?
- Ma ch�re, c'est toi la linguiste. - Non, pas m�dicaments.
Commer�ants?
Extrait de levure.
Levure alimentaire.
�corce d'orme.
- � vendre? - Non, pour manger.
La sant�.
De la marijuana?
M. Smith, Mme Smith, je suis ravi de vous rencontrer.
C'est M. Brown qui m'envoie.
- Enchant�. - Avez-vous besoin d'aide?
Ce brave homme semble ne pas nous comprendre.
Il croit que nous vendons de la marijuana.
Que vous en vendez? Non, voyons.
Je comprends. Simple consommation personnelle.
Donnez-lui cinq dollars.
"Je suis le drapeau ha�tien. Un et indivisible."
Sign� Papa Doc, p�re du peuple.
Il vit pour eux, eux meurent pour lui.
Arr�tez-vous ici.
Tenez.
Seigneur, c'est toi!
C'est bien toi.
- Trois mois. - Trois ans.
Trois d�cennies.
Pourquoi es-tu revenu en bateau? Pourquoi pas en avion?
Quatre jours de perdus.
Le temps pour toi de prendre ta d�cision.
Quelle d�cision?
Celle de continuer � mener cette vie avec moi.
Esp�ce d'idiot.
Voil� ma r�ponse.
Quelle est la tienne?
Le colonel Biche sera mis au courant.
Il m'a invit� ici personnellement.
Dites-le-lui. Il est ici.
Voil� votre colonel Biche!
O� as-tu dit � ton mari que tu �tais?
� une partie de gin-rami, comme il y a trois mois.
- Il te croit? - Je n'en sais rien.
Il ne pose jamais de questions.
Quelle heure est-il, mon ch�ri?
Je l'ignore. Ma montre s'est arr�t�e.
Il t'a consol�e pendant mon absence?
Je suis capable d'�tre fid�le quelques mois,
sauf dans mes r�ves.
J'ai �t� fid�le �galement.
� ma fa�on.
Je ne veux pas la conna�tre.
Ne dis rien. Contente-toi d'�tre l�.
Et Angelito?
Oh, rien ne lui �chappe.
Il en parle � son p�re?
Mon ch�ri, les enfants observent tout. C'est ainsi qu'ils apprennent.
Tu ne peux pas comprendre. Tu n'as pas eu d'enfants.
- Tu as vendu le Trianon? - Non.
Oh, tant mieux.
Un jour, j'aurai besoin d'argent pour pouvoir te suivre.
Me suivre?
Les ambassadeurs sont des nomades.
Pile � l'heure pour cette foutue coupure.
Pas tr�s accueillant, hein?
L'endroit �tait gai du temps de ta m�re,
m�me si tu n'�tais pas l� � l'�poque.
Les tontons non plus. Je te revois quand?
- Pas demain. - Apr�s-demain, alors?
Oui, si Angelito est en forme. Il ne se sent pas bien.
J'ai peur qu'il ait attrap� froid.
Tu vois? Tu n'as pas � avoir peur. Rien n'a chang�.
Non, rien.
Je quitterais Manuel d�s demain s'il n'y avait pas Angelito.
Oui, je sais.
Angelito sera toujours l�.
Joseph!
Joseph!
Joseph!
Joseph!
- M. Brown? - Joseph, o� donc �tais-tu?
Des clients vont arriver.
Mes bagages sont devant.
Le ministre, M. Philipot, il est venu hier.
- Que voulait-il? - M. Brown, venez vite.
Il a fait chose terrible.
Il est venu se cacher des tontons.
Je lui ai dit qu'il pouvait rester. Lui tr�s malade.
- Que s'est-il pass� hier? - Moi entendre une voiture.
Je pense que ce sont les tontons. Je dis: "Partez, vite, vite."
Il dit: " Je suis malade. Trop tard pour partir."
Il court vers le jardin.
Je le suis. Trop tard.
O� est tout le monde? La bonne? La cuisini�re?
Elles tr�s peur. Elles s'enferment dedans.
Il y a quelqu'un?
C'est vous, M. Brown? Le taxi nous a laiss�s � l'entr�e.
D�sol� de n'avoir pu vous accueillir.
Un probl�me d'intendance.
Joseph, pr�pare la chambre John Barrymore.
Et pr�vois assez de lampes � huile.
- Oui, monsieur. - D�sol�.
La lumi�re reviendra sous peu.
Votre ami, M. Pierre, nous a �t� pr�cieux aux douanes.
- �tes-vous all�s � l'ambassade? - J'ai laiss� ma carte.
- Vous avez une piscine? - Oui.
J'adore nager avant le petit-d�jeuner.
Eh bien, je la ferai remplir cette nuit.
Votre chambre est l�-haut.
Quand tout est �clair�, vous avez vue sur tout Port-au-Prince.
John Barrymore y a vraiment log�?
Je n'y �tais pas, mais ses notes d'alcool le prouvent.
Un vrai talent g�ch�.
Bon, vous pouvez monter, Joseph vous guidera.
Appelez-le si vous avez besoin d'aide.
- Merci. - Seigneur.
Ah, nous y sommes.
Oh, viens voir, mon cher.
- Quelle jolie vue! - Oui.
On voit le port. Et l�, ce doit �tre notre bateau.
C'est s�rement le palais pr�sidentiel.
On dirait la Maison-Blanche.
Oh, M. Brown,
- le major Jones est-il arriv�? - Non, pas encore.
Nous n'allons pas l'attendre. Mme Smith est un peu lasse.
Nous aimerions un peu d'eau chaude pour notre levure.
Bien s�r.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Tu as entendu, Joseph?
De l'eau chaude pour la John Barrymore.
Ensuite, prends la voiture et file chercher le Dr Magiot.
Oui.
C'est aimable de sa part d'avoir choisi cet endroit.
Vous n'avez qu'� faire couler l'eau.
Que lui voulaient-ils?
Un soir, autour d'un verre,
il a qualifi� le pr�sident de petit sorcier de campagne.
Il est imprudent de trop boire en Ha�ti.
Pourquoi venir ici? Nous n'�tions pas proches.
Trop de r�fugi�s dans les ambassades. Les tontons ouvrent l'�il.
Il croyait peut-�tre qu'un Anglais est vraiment ma�tre chez lui.
Il faut faire dispara�tre le corps.
Ils ne peuvent pas me reprocher un suicide, Magiot.
Ils vous suspecteront parce qu'il est venu se cacher chez vous.
L'incision est franche.
Nous avons �tudi� l'anatomie ensemble � Paris.
� l'�poque, il voulait faire de la m�decine, pas de la politique.
- O� est le couteau? - Oh, ici.
Ah, oui. J'oubliais.
Il �tait gaucher.
O� l'emmener?
Les maisons vides sont nombreuses d�sormais de ce c�t� de Port-au-Prince.
Il �tait toujours v�tu avec soin.
Quelle belle matin�e!
- Mme Smith a-t-elle bien dormi? - Parfaitement, monsieur.
Joseph, un verre de votre punch maison, je vous prie.
J'ai lu quelque chose � votre sujet.
� mon sujet?
Oui, dans ma chronique, "Des c�l�brit�s � Port-au-Prince" .
Je vais vous traduire le passage.
Bien s�r, la version originale sonne mieux.
"Ha�ti, toujours pr�te � accueillir de distingu�s visiteurs
"en son giron, souhaite une chaleureuse bienvenue � M. Smith,
"le candidat � la pr�sidence bien connu,
"que M. Truman battit de peu en 1948."
Allons donc, M. Pierre.
Je n'avais aucune chance de gagner. C'�tait pour le geste.
M. Smith, vous �tes trop modeste.
Voulez-vous de l'aide?
Oh, non, �a ira. �a ira.
J'esp�re que vous avez mentionn� M. Jones. C'est un personnage.
Le major Jones. Il y a un petit probl�me.
En raison d'un contretemps, le major Jones a �t� enferm�.
- Par qui? - La police.
Ce doit �tre une erreur.
Dites, avez-vous obtenu mon rendez-vous
au minist�re des Affaires sociales?
Bien s�r, M. Smith. Il est fix� � 11 h ce matin.
- Je lui en toucherai alors un mot. - Bonne id�e.
Vous appr�cierez l'intelligence de M. Jules C�sar.
M. Philipot, vous voulez dire.
H�las, M. Philippot nous a quitt�s.
Il est d�c�d�.
D�c�d�?
Son cadavre a �t� retrouv� ce matin.
Une d�pression nerveuse.
Le poids des responsabilit�s. Le pr�sident est fort afflig�.
Le ministre vous recevra dans un instant. La journ�e est tr�s charg�e.
Le secr�taire d'�tat part � New York
pour protester aupr�s des Nations Unies.
� quel propos?
Deux rebelles ont �t� captur�s dans les montagnes
en possession d'une mitrailleuse am�ricaine.
�a doit plaire au pr�sident.
C'est s�rement la premi�re
qu'il voit depuis longtemps.
Elle est bien trop rouill�e pour fonctionner
et certaines pi�ces essentielles sont manquantes.
M. Pineda.
Bonjour, Votre Excellence. Vous connaissez certainement M. Brown.
Brown? Non.
Ma femme m'a beaucoup parl� de vous.
Curieux qu'on ne se soit jamais rencontr�s.
Nous avons beaucoup jou� au gin-rami ensemble.
- Votre femme joue tr�s bien. - Ah oui?
J'aurais aim� qu'elle vous convie � l'ambassade un jour.
C'est que je reviens tout juste de New York.
Demain soir, nous recevons quelques amis apr�s d�ner.
- Vous connaissez le Dr Magiot? - Oui.
Joignez-vous donc � nous.
- Avec plaisir. C'est tr�s aimable. - Oui.
Malheureusement, mon fils, Angelito, a attrap� la varicelle.
D'apr�s le Dr Magiot, il est actuellement tr�s contagieux.
- Si cela vous effraie... - Oh, non, non.
Je l'ai eue, petit. Je ne crains rien.
Rien?
- Le ministre va vous recevoir. - Merci.
- Au revoir, monsieur. - Brown. � demain, donc.
- On y va? - Oui.
J'ai peur que M. C�sar, le nouveau ministre,
ne prenne ses fonctions sous de bien tristes auspices.
- Le pauvre Dr Philipot, quelle trag�die! - Oui.
Enfin, connaissant le nouveau ministre, je doute qu'il se laisse abattre.
Yeastrel - Extrait de levure
Suntona �CORCE D'ORME POUR REPAS COMPLET
Levure BARMENE
- Aucune acidit�, dites-vous? - Absolument aucune.
- Et le go�t? - Il est discret.
Nourrissant, sans impression d�sagr�able de sati�t�.
- Non? - Non.
Dites-moi, pourquoi �viter l'acidit�, M. Smith?
Je ne m'y connais gu�re.
Nous autres, Ha�tiens, sommes habitu�s aux vins et � la haute cuisine de France.
Si on �limine toute acidit� du corps humain,
on �limine la passion.
Et l'avenir du monde?
Je ne parlais pas d'amour, M. Brown.
Vous �tes certes en terre v�g�tarienne.
95% des gens ne peuvent s'offrir ni viande ni poisson.
M. Brown exag�re.
C'est un projet tr�s ambitieux.
J'imagine que vous disposez des fonds n�cessaires?
Cette lettre de recommandation de votre pr�d�cesseur,
M. Philipot, vous �clairera sur notre situation financi�re.
Oui, M. Philipot, un homme fort regrett�, monsieur,
et respect� de tous ses coll�gues.
C'est ce qu'on m'a dit.
Mon �pouse et moi assistons � ses fun�railles demain.
Un demi-million de dollars!
Vous voyez que nous disposons des fonds n�cessaires.
Le gouvernement ha�tien est favorable aux grands projets.
Venez par ici, je vais vous montrer.
Nous aussi, nous sommes des id�alistes, M. Smith.
Voici la nouvelle cit� de Duvalierville.
Le centre commercial. Le quartier des banques. La cath�drale.
L'�cole d'art.
Ici, ce serait un bon emplacement pour votre complexe.
Je peux vous emmener � Duvalierville cet apr�s-midi m�me.
C'est tr�s aimable.
Quelle est cette superbe structure rectangulaire sur la gauche?
- Oh, �a? - On dirait une caserne de police.
Mais on se passera peut-�tre de police avec un r�gime v�g�tarien,
ce qui nous am�ne � un sujet plus d�licat.
Oui?
Un ami de M. Smith a �t� arr�t�. Nous aimerions savoir pourquoi.
Un Anglais, du nom de Jones.
Un Anglais?
Cela concerne le ministre de l'Int�rieur.
Peut-�tre qu'un mot de Votre Excellence...
Je ne peux pas me m�ler du travail d'un autre service.
En tant que leader politique, M. Smith me comprendra.
Vous pouvez vous enqu�rir du motif d'accusation?
- Du motif d'accusation? - Oui.
Le motif d'accusation. Il n'y en a pas forc�ment.
Bon, pour notre visite de cet apr�s-midi,
pourrez-vous �tre pr�ts � 14 h?
Je n'irai nulle part tant que je n'aurai pas parl� en personne � M. Jones.
- Ce dossier n'est pas de mon ressort. - Faites en sorte qu'il le soit.
M. Smith a �t� candidat � la pr�sidence
des �tats-Unis.
Soyez raisonnables.
La prison n'est pas ouverte � tous vents.
Ce n'est pas un centre d'accueil.
Il arrive qu'un prisonnier se conduise mal. Les policiers doivent alors se d�fendre.
- Contre des prisonniers sans armes? - Laissez-moi faire.
Votre Excellence, M. Smith vous offre ce modeste d�dommagement
pour le cas o� M. Jones aurait inflig� des dommages � vos policiers.
Parlez-en � vos coll�gues.
Je ferai mon possible, mais �a sera peut-�tre long.
Je n'irai � Duvalierville qu'apr�s l'avoir vu.
Tant que �a ne concerne pas directement le pr�sident,
je suis s�r que je peux convaincre mes coll�gues.
�a alors, quelle bonne surprise!
- Asseyez-vous sur le lit, M. Smith. - Et vous?
Je pr�f�re le seau. Une raideur aux articulations.
Il para�t que vous avez r�sist�.
C'est ce qu'ils disent, mon vieux. Je peux avoir une clope?
- Pas de filtres? - Non.
Tant pis. Je fais attention � ma sant�.
- Prenez le paquet. - Oh, merci.
Du feu?
- Prenez-en une. - Oh, merci.
Les choses s'arrangent.
J'ai eu des haricots au d�ner,
et un toubib est venu me soigner.
Du travail d'orf�vre.
De quoi vous accuse-t-on?
Je crois que mon contact n'�tait pas recommandable.
Ils appellent �a un lit?
Oh, j'ai connu pire.
- O�, par exemple? - En Birmanie, pendant la guerre.
Ici au moins, il n'y a ni sangsues ni Japs qui vous tombent dessus.
Cela a d� �tre une terrible exp�rience, M. Jones.
Pas si terrible que �a, M. Smith. Il y avait des compensations.
La camaraderie.
Et puis, j'avais un don, fort appr�ci�
des batteurs de jungle.
Je savais flairer l'eau, o� qu'elle soit.
�a m'a sauv� la vie, une fois.
Un �pisode dont je suis seul � pouvoir t�moigner.
Quel genre d'�pisode?
Nous n'avons pas les m�mes vues, M. Jones. Je suis pacifiste.
N�anmoins, nous devons vous sortir de l�. On doit pouvoir faire quelque chose.
L'un d'entre vous aurait-il une enveloppe, par hasard?
Une enveloppe? La seule que j'ai est usag�e.
Fantastique! Je vais la r�utiliser.
Avec votre nom dessus, �a va impressionner les huiles.
Vous n'�tes pas le premier � s�journer ici.
Pour l'instant, seul mon cas m'int�resse.
Ogoun Feraille, le dieu vaudou de la guerre.
Quelqu'un a invoqu� son aide.
Visiblement, le dieu est intervenu trop tard.
Quand vous repartirez, mon vieux, voulez-vous la recacheter
- et l'exp�dier en express? - D'accord.
Vous savez � qui elle est adress�e?
Non.
Au secr�taire particulier de Papa Doc, le pr�sident Duvalier en personne.
Que mijote votre ami? Vous �tes s�r que �a vous concerne?
Mme Smith et moi-m�me d�fendons
toujours les droits de l'homme.
Cela me concerne.
Il m'arrive de vous envier.
Sortons d'ici.
Ce sera le premier complexe v�g�tarien d'une telle envergure.
- D'abord, un restaurant gastronomique. - Qui sert des c�telettes de noisettes?
Cuisiner ce que vous appelez ainsi est tout un art, M. Brown.
Ensuite, une biblioth�que, une salle de conf�rences, un cin�ma.
Nous fournirons gratuitement les documentaires, bien s�r.
Plusieurs autres ministres r�clameront leur part, mais �a peut s'arranger.
Un jour peut-�tre, on b�tira m�me un th��tre en rond
pour �uvres v�g�tariennes.
Il faudra faire arranger cette route.
Il y a eu beaucoup de typhons cette ann�e. N'est-ce pas, M. Brown?
C'est la plus belle autoroute d'Ha�ti, M. Smith.
Eh bien...
Le plus urgent d'abord. Je veux que le pr�sident et ses ministres
assistent au gala d'ouverture et au premier repas v�g�tarien,
afin de donner l'exemple aux habitants de la grande cit� moderne de Duvalierville.
Voici Duvalierville.
O� sont les habitants?
Ceux de l'ancien village �taient des paysans incultes.
On les a renvoy�s dans les collines.
Nous esp�rons continuer la construction l'ann�e prochaine.
La ville sera un mod�le d'�l�gance au quotidien
et un monument � la gloire de notre pr�sident.
Je suis inqui�te au sujet de M. Smith. Cela fait trois heures qu'ils sont partis.
Route tr�s mauvaise, madame. M. Smith va bien.
J'ai d�j� �t� inqui�te comme �a, dans le Mississippi.
� cause d'un policier blanc aussi tordu que tous vos tontons.
J'ai cru que M. Smith allait le frapper,
lui qui ne croit pas en la violence, mais en l'amour.
Mais l'amour aussi peut �tre dur.
- Enfin. - Oui, madame.
Ceci est de la levure Barmene, Joseph.
Trois petites cuill�res par tasse.
- Deux, pour M. Smith. - Bien, madame. Du sucre?
Non, pas de sucre. C'est plus sain que le th� ou le caf�.
Oh, encore un peu d'eau chaude, je vous prie.
D'o� vient votre blessure � la hanche, Joseph?
Le chauffeur du capitaine Concasseur m'a interrog�.
Si je r�ponds pas, lui frappe avec un club.
C'est horrible. L'avez-vous d�nonc�?
- � qui, madame? - Aux forces de l'ordre, en vertu de la loi.
Les tontons font la loi. Eux, c'est l'ordre.
Vous voyez, madame? Ils reviennent.
Tout va bien.
Merci encore.
Vous auriez int�r�t � contribuer � la r�ussite de ce projet.
� presser le citron?
Vous �tes r�sident de Ha�ti. Votre devoir est d'aider le peuple ha�tien.
Et je le trouve o�? Dans cette voiture?
Martha.
Angelito dort. Je me suis �chapp�e.
Manuel m'a dit que tu viendrais demain. Impossible d'attendre.
Emm�ne-moi l� o� nous serons vraiment seuls.
Regarde-toi.
Je ne me lasse pas de te regarder.
M'as-tu vraiment �t� fid�le pendant ces trois mois?
Je ne t'en voudrais pas.
Oui, j'ai �t� fid�le.
� ta fa�on, selon toi.
Oui, j'ai bien essay� de te tromper,
mais �a ne m'a fait aucun plaisir.
Et toi?
Manuel voulait faire l'amour.
J'ai essay�, mais je n'ai pas pu.
Je pleurais, parce que ce n'�tait pas toi.
Ce fut une nuit affreuse,
nous �tions allong�s c�te � c�te, en silence,
comme deux cadavres � la morgue.
Et apr�s?
Il a sa fiert�.
- Tu l'aimes beaucoup, hein? - Oui.
Pourquoi pas? C'est un homme bon.
Pas comme moi.
Je n'ai aucune fiert�.
Je vole la femme d'un homme bon.
C'est p�cher contre la justice. Les pr�tres m'ont enseign� cela.
Certains jours, je me demande,
surtout quand l'apr�s-midi s'�tire...
On c�de au d�mon, l'apr�s-midi.
Quand tu n'es pas avec moi, je me demande ce que fait le d�mon.
J'attends, rien de plus.
Mon ch�ri, mon amour,
ne te torture pas ainsi.
Je maintiens que vous avez tort de venir. Ils croiront � un geste politique.
M. Smith et moi ne reculons jamais devant un geste politique.
M. Philipot �tait l'ami d'un ami.
C'est son soutien qui m'a permis d'arriver jusqu'ici.
Quoi, Mme Philipot? Que se passe-t-il?
Les tontons nous refusent le passage. Et le chauffeur, quel salaud!
Que diable font-ils?
Regardez-moi ces l�ches.
Ils l'ont pouss� � mourir, mais ils le craignent, m�me mort.
Le peuple l'aimait, mais aimer est un crime en Ha�ti.
Ha�ti, c'est la haine, la haine!
Regardez-les, avec leurs fusils et leurs lunettes noires.
Ce doit �tre une affreuse m�prise.
- Il n'y a pas de m�prise. - Quoi d'autre?
Si vous restez suffisamment longtemps, vous comprendrez.
Nous ferions mieux de rentrer � l'h�tel.
En laissant mon mari ici? Jamais.
Mme Smith, il vaut mieux que Joseph vous ram�ne.
S'il doit y avoir du grabuge, je veux rester aupr�s de Mme Philipot.
Je reste aupr�s de ma femme. Bon, que fait-on?
On attend et on �coute.
Venez avec moi. �a vaudrait mieux pour nous tous.
D�gagez. Allez!
Arr�tez-le! Dites-lui d'arr�ter! Dites-lui...
Chien! L�chez-moi!
Doucement.
- �l�gante victoire. - J'ai des ordres.
En Europe aussi, certains pendus avaient des ordres.
C'�tait � Nuremberg.
M. Brown, je n'aime pas votre attitude.
Vous gagnez votre vie ici?
Vous avez frapp� un client.
Vos clients partiront bient�t, mais vous, vous resterez seul.
C'est scandaleux.
Je vais appeler le pr�sident Duvalier lui-m�me.
�a ira, mon cher. Je n'ai rien.
Le t�l�phone ici fonctionne mal.
De toute fa�on, l'ordre vient s�rement du pr�sident.
C'est �c�urant!
- Si vous ne m'aviez pas retenu... - Je vous croyais pacifiste, M. Smith.
Je le suis. Je l'�tais.
On n'est pas toujours capable de mettre ses id�aux en pratique.
Bonsoir, M. Brown. Heureux que vous soyez venu. Un verre?
Un scotch avec des gla�ons, si vous avez.
- Je vous en prie. - Merci.
Vous aimez cette photo?
Je l'ai prise quand j'�tais premier secr�taire � Rio de Janeiro.
- Elle est tr�s ressemblante. - Oui.
Elle s'est beaucoup plu � Rio. C'est l� que notre fils est n�.
Sur une douzaine d'invit�s, il n'y a que vous,
et le Dr Magiot, bien s�r. Il est en haut avec ma femme et mon fils.
Les gens restent chez eux. Comment leur en vouloir?
- La mort de Philipot. - Ses fun�railles interrompues.
Quand le pr�sident voit rouge, l'homme sage reste chez lui.
Je ne pensais m�me pas vous voir.
Je ne me m�le pas de politique.
Je soutiens l'�conomie quand il y a des touristes.
- Le whisky est-il � votre go�t? - Oui, merci, il est excellent.
J'ai parfois honte de vivre en diplomate privil�gi�,
alors que des tontons emp�chent les pauvres gens traqu�s d'entrer.
Ils sont partout.
Vous avez d� voir ceux qui sont devant.
Il y en a d'autres ici
pour surveiller le garage.
Ils sont trois. D'ordinaire, il n'y en a que deux.
Je ne peux gu�re me plaindre.
Ils sont l�, disent-ils, pour me prot�ger.
Je me demande pourquoi vous �tes revenu de New York.
� cause de l'h�tel, je ne pouvais pas l'abandonner.
J'aimerais conna�tre New York.
Peut-�tre que vous serez nomm� � Washington.
Non, �a n'arrivera pas. Ma femme est allemande.
Je sais, mais la guerre est finie depuis vingt ans.
Son p�re a �t� ex�cut� dans la zone am�ricaine comme criminel de guerre.
- Vous ne le saviez peut-�tre pas. - Non. Non, en effet.
- Elle le sait? - Oh, oui.
C'�tait une enfant, bien s�r, mais elle ch�rit encore sa m�moire.
Malheureusement, les juges avaient des raisons d'agir ainsi.
Nous vivons dans un monde effrayant.
Il m'arrive de penser que vivre � Ha�ti n'est pas pire qu'ailleurs.
Bonsoir, M. Brown.
Mon mari affirmait que vous ne viendriez pas.
Je pensais le contraire. Oh, votre verre est vide.
Bonsoir, docteur. Vous aussi avez affront� la rue?
Mon patient m'attendait.
- Comment va Angelito? - Il n'est pas en danger.
Ce petit d�mon m'a priv� de mon lit.
Maintenant, il ne veut pas dormir sans sa m�re.
Je suis pouss� � l'exil.
Votre exil ne durera pas.
Nous sommes tous en exil, docteur, sauf vous.
Exil�s d'Angleterre, d'Am�rique du Sud, d'Allemagne.
De quelle r�gion d'Allemagne venez-vous, Mme Pineda?
Je ne me souviens que de Nuremberg.
C�l�bre pour ses jouets.
M. Philipot.
Dr Magiot. M. Brown.
Henri,
quelle joie de vous voir!
D�sol� d'avoir mis tant de temps. Mais voici enfin la pi�ce jumelle.
Oh, merveilleux. Voyons cela.
Non, je vous en prie, vous l'ouvrirez quand je serai parti.
Je suis toujours nerveux de d�voiler une de mes �uvres.
D'accord.
Ce qui s'est pass� � l'enterrement de votre oncle nous a atterr�s.
J'ai m�me essay� d'obtenir une protestation du corps diplomatique.
- Ah oui? - Oui.
- Ils sont rest�s diplomates. - Ils ont eu raison.
Les mots ne brisent pas les os.
J'avais conseill� � ma tante un enterrement priv�.
Je me suis tenu loin de celui-l�.
- Vous n'y avez pas assist�? - Je tiens � la vie.
Bien dit, Philipot. Votre m�tier, c'est la peinture, pas la politique.
Vous vous souvenez, il y a deux ans, au Trianon,
on avait expos� vos �uvres?
Oui, on �tait loin de Rouault, hein?
Dites � votre tante de venir habiter ici avec son fils.
- Ils seraient en s�curit�. - Ma tante fait peu de cas de sa s�curit�.
Elle menace de fabriquer des balles avec l'argenterie familiale.
"Seule une balle en argent peut tuer un d�mon", dit-elle.
Si j'�tais soldat, je choisirais plut�t une mitrailleuse Bren.
Vous ne sauriez pas comment vous en servir, Philipot.
Est-ce plus difficile � apprendre que la peinture?
Le major Jones pourrait lui donner des le�ons.
- Qui est le major Jones? - Un client, actuellement en prison.
- Pourquoi? - Demandez � Papa Doc.
Il repr�sente peut-�tre une menace. Il �tait dans un commando en Birmanie.
Il aurait gagn� la guerre � lui tout seul, comme Errol Flynn.
Vous ne le croyez pas?
Les vieux soldats sont comme les p�cheurs. Ils exag�rent.
Je suis moi-m�me un peu com�dien. Qui ici ne l'est pas?
Nous jouons des vaudevilles dans l'obscurit�.
Vous m'auriez vu, avec mon tricorne et mes galons dor�s,
pr�sentant fi�rement mes lettres de cr�ance.
�videmment, peut-�tre que Papa Doc lui-m�me joue un r�le
dans ses queues-de-pie mit�es.
Non, lui est r�el. L'horreur est toujours r�elle.
Nous ne devons pas avoir honte d'�tre des com�diens.
La profession est honorable. Si nous �tions dou�s,
nous pourrions donner au monde, disons, un certain style.
Il nous arrive � tous de jouer un r�le, m�me dans les meilleurs mariages.
N'est-ce pas, Dr Magiot?
- Le Dr Magiot, lui, ne joue pas la com�die. - Vous n'avez pas � parler aux malades.
M. Brown, Angelito insiste pour vous rencontrer.
Il aime rencontrer nos nouveaux amis.
Il est donc naturel qu'il rencontre M. Brown.
Venez, voulez-vous?
Vous savez, je ne suis gu�re � l'aise avec les enfants.
Les tontons ont not� ton nom � ton arriv�e?
Oui.
Je vous ai attendu � la pharmacie. En vain.
Un patient m'attendait.
J'ai des nouvelles du nord. �a commence � bouger l�-bas.
Tu es un novice, Henri.
Tu ne sais pas qui tient le fusil.
Qu'avons-nous dans le nord?
Douze hommes mal entra�n�s arm�s de fusils de la guerre de 14.
Castro n'avait que douze hommes.
Tu n'es pas Castro, et ses hommes �taient entra�n�s.
Que disiez-vous � propos d'hommes entra�n�s?
Il reste peu d'hommes entra�n�s aux armes en Ha�ti, Votre Excellence.
Nos meilleurs m�decins ont fui � l'�tranger.
- Sauf vous. - Je dois trop aimer Ha�ti pour cela.
Quelquefois, quand je recommande un traitement long et rigoureux,
les jeunes patients ren�clent.
Comme votre Angelito.
Je suis heureuse de te voir chez moi.
- �tais-tu heureuse � Rio? - Tr�s. Pourquoi?
C'est ce qu'il m'a dit.
Les deux premi�res ann�es de notre mariage.
- Tu ne dois pas �tre jaloux du pass�. - Oh, si.
Un jour, je serai du pass�.
Mais il y aura une diff�rence.
Tu ne pourras pas dire au prochain:
"J'�tais tr�s heureuse en Ha�ti."
Angelito, que faisais-tu hors de ton lit?
J'avais envie d'un biscuit. J'ai faim.
Mais, tu viens de d�ner.
Et puis, il n'y a pas de biscuits dans ce secr�taire.
Qui est ce monsieur?
C'est M. Brown. Il est mont� te souhaiter bonne nuit.
- �a va? Comment te sens-tu? - Ma temp�rature est de 39 degr�s.
Je dors ici avec ma m�re tant que j'ai de la fi�vre.
�a, c'est le c�t� du lit de mon p�re.
Ch�ri, je ne pense pas que cela int�resse M. Brown.
- Est-ce que M. Brown joue aux cartes? - Pas souvent. Pourquoi?
Avant, ma m�re sortait tr�s souvent jouer au gin-rami avec ses amis.
- Est-ce qu'elle joue encore? - Plus tr�s souvent.
Ch�ri, dis bonsoir � M. Brown. Descends.
C'�tait dans mon secr�taire.
Je voulais le timbre. Il vient d'Am�rique.
Un nouveau timbre am�ricain. Tes timbres sont pour moi.
Pas sans me le demander.
- Si ton p�re l'apprend... - Ne lui dis rien, d'accord? Je t'en prie.
Bon, bonne nuit.
Bonne nuit, monsieur...
M. Brown. M. Brown. Bonne nuit, mon vieux.
Vous �tes d�j� all� en Am�rique?
Non.
- Que voulait-il dire par l�? - Il est curieux, comme tous les enfants.
- Ma lettre. - Il n'aurait pas compris.
Mais ton mari, si.
Il ne lirait pas mon courrier. J'ai confiance en Manuel.
Je pr�f�re la garder.
� qui est cette chambre?
C'est la chambre d'amis, mais nous ne recevons jamais personne.
Qu'y a-t-il?
Mon ch�ri, je voulais seulement te voir.
Tu te jettes parfois sur moi comme on se jette d'un pont.
Pourquoi es-tu si d�sesp�r�?
J'ai �t� absent trois mois. Depuis mon retour, je t'ai vue deux fois,
dans une voiture, puis dans un vestiaire de piscine.
Mon mari est en bas.
Angelito dort � c�t�.
Tu peux comprendre l'atmosph�re d'une famille. Ou tu peux essayer, non?
Non.
Combien d'aventures as-tu eues?
- Quatre. - C'est moi, la quatri�me?
Je ne te comptais pas parmi les aventures.
Le gamin, en bas, Henri Philipot, tu as eu une aventure avec lui?
Imb�cile.
Combien en as-tu eues, toi?
Probablement des centaines.
C'est la derni�re.
Je n'en veux pas d'autres.
Moi non plus.
Manuel se doute de quelque chose.
Mais il ne dit rien.
- Je peux lui parler. - Je ne veux pas blesser Angelito.
Tu ne le blesseras pas.
Tu n'as qu'� lui donner un gros jouet et des biscuits secs.
- Il a dit qu'il aimait en croquer. - Pourquoi te moques-tu?
C'est mon fils.
Et celui de Manuel.
Cet enfant, dans ton lit.
J'imagine comment vous l'avez con�u.
Un jour peut-�tre, quand il sera grand, nous pourrons... Je pourrai...
Dans dix ans, il n'aura plus besoin de toi. Il ira tra�ner chez la m�re Catherine,
sauf que tu ne seras plus l�. Tu seras au Luxembourg, ou au Liechtenstein.
Remarque, il y a s�rement des bordels l�-bas aussi.
Alors, je pourrai te rejoindre.
Non, ce sera trop tard.
Tu seras m�re, je serai vieux.
Trop vieux pour �a.
Tu ne m'aimes pas sinc�rement.
Je ne suis l� que pour pimenter ton couple.
Tu es moins sinc�re encore que les filles de la m�re Catherine.
Pourquoi tu ne vas pas l�-bas?
Tu y allais souvent, avant.
D'accord, Frau Pineda.
J'irai.
Les autres viennent de partir. Venez boire un dernier verre.
Non, merci. J'ai un rendez-vous.
Maintenant? � Port-au-Prince?
Soyez prudent, M. Brown.
Bonne nuit, Votre Excellence,
et merci pour l'invitation.
Martha.
Martha.
Tout le monde est parti.
J'aurais voulu leur dire au revoir.
Ils savaient que tu �tais avec Angelito.
Je vais aller le retrouver. Il ne s'endormira pas, sinon.
Il dort.
J'esp�re que M. Brown s'est bien entendu avec notre fils.
Je le crois.
Angelito n'a gu�re �t� aimable.
Tu es fatigu�e?
Il m'arrive de penser que nous ne pouvons pas continuer ainsi.
Je sais.
Avec le climat, et tout ce qui se passe de d�sagr�able,
je n'aurais pas cru rester ici trois ans,
mais je suppose que personne ne veut prendre ma place.
Je devrais peut-�tre abandonner.
Nous avons des amis ici. Nous ne pouvons pas les trahir.
C'est vrai, tu n'es pas du genre � trahir,
n'est-ce pas?
Philipot.
Bonsoir, m�re Catherine.
Les tontons sont l�.
Toutes les filles sont prises?
Non, mais la fille qui vous plaisait, oui.
- Ils sont de m�chante humeur? - Je ne crois pas.
Ils accompagnent un homme important. Il est dehors avec Marie-Th�r�se.
Vous voulez une autre fille?
Peut-�tre. J'ai soif, surtout. Venez. Apportez-moi un rhum-coca.
Vous, approchez.
Bonsoir, capitaine.
- Je vous rencontre partout. - J'�vite pourtant de me faire remarquer.
Vous pouvez vous asseoir.
Asseyez-vous, j'ai dit.
- On vous a contr�l�, � l'entr�e? - Non.
Il se trouve que votre homme dormait.
Michel.
- Vous vous sentez en danger? - Je dois prendre des pr�cautions.
Je suis venu avec un �tranger influent.
Il ne se croit pas en s�curit�, avec Marie-Th�r�se?
Avez-vous post� un garde dans la chambre?
Vous avez de l'esprit. J'aime la plaisanterie.
Elle est utile, politiquement.
Elle soulage les l�ches et les incapables.
"Un �tranger influent." Je croyais que vous n'aimiez pas les �trangers.
Leur couleur me choque. On dirait un ventre de crapaud.
Mais nous acceptons vos semblables s'ils sont utiles � l'�tat.
Vous voulez une fille? Je vous l'offre.
Celle-l�, avec une fleur dans les cheveux.
Elle ne tente rien, car elle croit que je suis jaloux.
Jaloux d'une putain. C'est absurde.
Non, merci, j'�vite les femmes en ce moment.
Il y a une question que je veux vous poser depuis ce matin.
Ce matin? Que s'est-il pass� ce matin?
Rien de grave. Vous avez d� oublier.
Vous avez vol� un cadavre dans un cercueil. Pourquoi?
Je vous l'ai dit. J'avais des ordres.
Le peuple croit que le pr�sident veut le corps de Philipot
pour le faire travailler au palais.
Les zombies sont une main-d'�uvre bon march�.
Le peuple est ignorant.
Il est sain qu'il craigne les autorit�s.
Alors vous l'�duquez � coups de fusil.
Le commandant.
Que je sois damn� si ce n'est pas ce bon vieux Brown!
- Jones! - Quelle agr�able surprise!
� propos, vous devriez voir cette fille. Th�r�sa quelque chose.
- Bon sang! - Marie-Th�r�se. Je la connais.
Ah, bon. Parfait. Qu'est-ce que je vous offre?
Il n'y a pas grand choix, on dirait. Rhum-coca, rhum-limonade,
- rhum et eau. - Merci, Jones. Je m'en allais.
Allons, pour la route, un verre avec notre ami le capitaine?
Une autre fois, si vos fr�quentations sont meilleures.
- Qu'y a-t-il, mon vieux? - Prenez garde, Jones. Il est dangereux.
Dangereux? Il me mange dans la main, vieux fr�re.
Traitement royal, d�roulement du tapis rouge,
appartement luxueux � la Villa Cr�ole. Demain, j'aurai voiture et chauffeur.
Jones, que fabriquez-vous?
Avez-vous d�j� vu un de vos r�ves se r�aliser?
Non, jamais.
Marie-Th�r�se.
J'ai dit moi aller faire pipi.
Comment vas-tu, Marie-Th�r�se?
Bien, et vous?
Bien aussi.
Marie-Th�r�se, Jones s'est-il bien conduit avec toi?
Oui.
Il m'a plu. Il m'a plu beaucoup.
- Pourquoi? - Il m'a fait rire.
Un g�n�ral, qui jugeait bon d'�conomiser les chars,
a dit: " Quelques avions d�truiront tout
"pour seulement dix shillings la livre."
Qu'est-ce qu'une livre?
L'�quivalent de 2,79 $, aux derni�res nouvelles.
Je ne vois pas d'avions sur cette liste.
Mon associ�, le brigadier Pike, trouvera trois chasseurs � r�action.
Hors d'usage, �videmment,
� condition d'un suppl�ment.
Mon pr�d�ceseur, le colonel Biche, a d�j� vers� 300000 $
sur votre compte � Miami. O� sont les armes?
� Miami, bien s�r.
Dans un abattoir d�saffect� lou� par le brigadier Pike.
Tout ceci est dans notre correspondance avec le colonel Biche.
Il �tait tr�s satisfait.
Savez-vous o� se trouve d�sormais le colonel Biche?
C'est une op�ration clandestine, colonel.
On doit se faire confiance mutuellement.
Nous en sommes encore � d�cider si nous pouvons vous faire confiance.
Votre consul a examin� les armes avec le brigadier Pike.
J'ai ici son certificat, marqu� "C" .
L'avis d'un consul ne compte pas.
Ces armes ne nous servent � rien, enferm�es dans un abattoir � Miami.
- Les faire venir ici comporte des risques. - C'est votre probl�me, pas le n�tre.
Je vais envoyer le colonel Concasseur � Miami, major,
pour rencontrer le brigadier Pike et examiner ces armes.
Bien s�r, nous avons toutes les raisons de croire que tout est en ordre,
puisque vous nous l'affirmez.
Merci, colonel.
Et puisque nous vous gardons ici.
Le pr�sident s'int�resse beaucoup
� tout ce qui concerne de nouvelles armes d�fensives.
Non, non, Joseph. Pas d'�ufs.
M. Smith est tr�s � cheval sur le sujet.
Prenons ces oignons.
Non, non, pas assez beaux. Mammy Doroth�e.
Je propose qu'on se d�barrasse de ceci.
Salut, tiens, prends-en soin. Il a vu du pays.
Le jeune M. Philipot a �crit.
Il veut vous voir. D'urgence, il a dit, sur l'ancien quai.
Venez.
Bonjour, Philipot.
- Merci d'�tre venu. - Que s'est-il pass�?
Il faut que je vous parle.
Bon.
Allons-y.
- Qu'est-il arriv� � votre bras? - Ils ont tent� de m'arr�ter.
Ma tante s'est r�fugi�e � l'ambassade du Br�sil.
Je suis en fuite.
� quoi jouez-vous? Vous n'�tes pas un politicien.
Je veux que vous alliez voir votre ami, M. Jones.
Jones? Pourquoi?
Je vous en prie, parlez-lui. Lui seul peut nous aider.
Jones est aussi peu fiable qu'un serpent.
Et alors? C'est son exp�rience, qui m'int�resse, pas son honn�tet�.
Que pouvons-nous faire contre les tontons sans armes ni entra�nement?
Je suis un peintre, pas un soldat. Je ne peux pas les guider.
Je ne sais m�me pas me servir d'un fusil.
Qu'avez-vous � lui offrir? Une grotte au confort moderne?
On a des contacts dans la police. On peut le sortir de prison.
Il a d�j� r�ussi � sortir.
Alors, proposez-lui de l'argent.
Trop tard, Philipot. Papa Doc l'a d�j� achet�.
Je ne peux pas croire qu'il soutienne ces meurtriers.
Parlez-lui, au moins.
Je suis un �tranger qui tient un h�tel. Je ne me m�le pas de politique.
- Nous risquons nos vies pour Ha�ti. - C'est votre pays.
Ce pays vous a donn� un foyer.
Mon h�tel en faillite, c'est ma m�re qui me l'a donn�.
- Elle aimait Ha�ti. - Elle aimait les bonnes affaires.
Avez-vous peur?
Oui.
Oui.
Vous avez un espoir.
Vous l'emportez partout, comme un pr�tre emporte l'hostie dans sa poche.
Si je devais quitter Port-au-Prince, je n'aurais rien � emporter.
Je n'ai pas d'espoir, et ce que j'aime est ici.
Un h�tel en faillite?
Non, je ne parlais pas de l'h�tel.
- C'est votre dernier mot? - Oui.
Combien �tes-vous contre les tontons?
Une douzaine?
� peine.
Comme vous dites, vous �tes peintre, pas soldat.
Mettez-vous � l'abri tant qu'il en est temps.
Vous n'avez pas vu le combat, n'est-ce pas?
Vous avez manqu� quelque chose d'extraordinaire.
Vous voyez ce coq? Je l'ai achet� apr�s le combat.
Il avait perdu un �il, l'autre �tait aveugl� par le sang.
Il tenait � peine debout.
Personne n'aurait pari� sur sa victoire,
mais on a invoqu� Ogoun Feraille, le dieu de la guerre,
et ce coq a enfonc� son bec directement dans la poitrine de l'autre,
droit au c�ur.
Cet oiseau a du courage. Il m�rite mieux que de finir en rago�t.
Nous nous r�unissons ce soir pour prier nos dieux,
nous sacrifierons ce coq � Ogoun Feraille.
Nous aurons besoin de son aide.
Vous ne croyez pas � ces absurdit�s?
- Vous ne croyez � aucune absurdit�? - Non.
Vous avez trop peur pour croire.
J'ai peur des tontons.
Peur de la torture et de la mort. Je suis humain.
Mais je n'ai peur ni des dieux ni des fant�mes.
"Je crois, car croire est impossible."
- C'est d'un saint chr�tien. - Je ne suis pas chr�tien.
Alors, voyez la puissance de mes dieux.
Ma grand-m�re venait d'Afrique,
ses dieux sont les seuls qui puissent m'aider.
Je me fais passer pour un Occidental depuis trop longtemps.
Nous serons ce soir au temple vaudou pr�s de Kenscoff.
Joignez-vous � nous, si vous en avez le courage.
Venez, Joseph.
M. Brown, rentrez chez vous.
Je reste ici.
- O� est Joseph? - Je n'en sais rien.
- O� est Philipot? - Qu'est-ce que j'en sais?
Vous l'avez vu hier soir, Joseph �tait avec lui.
J'ai emmen� Joseph � la c�r�monie vaudou.
Philipot y �tait, mais je ne lui ai pas parl�.
- Je suis parti avant la fin. - Pourquoi?
J'avais la naus�e.
Ce matin, � 4 h, le poste de police de Kenscoff a �t� attaqu�.
- Un de mes hommes est mort. - Tant mieux.
Nous tuerons quatre hommes pour chaque mort.
Ne faites pas le brave. Vous avez peur.
- Votre visage est en sueur. - Il fait chaud.
Que vous a dit Philipot pr�s de l'ar�ne?
Que son po�te favori �tait Baudelaire.
Nous pouvons vous abattre pour r�sistance,
mais il faut des traces de combat.
Bien s�r, nous pr�senterons votre cadavre � votre ambassadeur.
Oh, j'oubliais. Nous avons �cart� votre ambassadeur.
Allez-y. Cassez-lui les dents.
Vous �tes tous des l�ches.
Celui qui s'en prend aux femmes.
Montrez-moi votre mandat.
Votre mandat, o� est-il?
Mon mandat?
Mme Smith. Vous la connaissez.
Dites-lui qu'il fait honte � sa race.
Vous en avez assez dit, Mme Smith,
- et il comprend l'anglais. - Alors il comprendra ceci.
Sortez, et emmenez vos hommes.
Nous sommes en mission.
Si vous refusez, j'appelle mon mari.
Le candidat � la pr�sidence des �tats-Unis d'Am�rique.
Venez, je vais vous d�sinfecter la bouche.
M. Smith et moi ne voyageons jamais sans un flacon d'antiseptique.
D'accord.
C'est toi.
C'est vraiment toi.
Je suis venue d�s que j'ai su.
Il n'y avait personne en bas. Personne ne m'a vue monter.
- Depuis quand es-tu l�? - Dix minutes.
J'ai r�v� qu'on s'�tait disput�s.
C'est vrai. Nous avons eu une dispute.
C'est du pass�.
Entre nous, les disputes sont trop laides.
Ta bouche te fait mal quand on s'embrasse?
J'aime cette douleur-l�.
Tu es all� chez la m�re Catherine?
J'y suis all�, mais c'est tout.
Tu vois? Ce n'est pas une simple aventure.
Je le savais d�j� � New York.
J'avais peur que tu ne reviennes pas.
"Pendant les longues nuits sans sommeil, allong� sur mon lit,
"j'ai cherch� mon amour, mais j'ai cherch� en vain."
J'ai appris �a chez les j�suites.
- Les j�suites? - � l'�cole.
On avait le droit de lire, mais seulement la Bible.
"Cette femme que tu m'as donn�e pour fianc�e est mon amour vrai.
"La femme que tu as fait p�n�trer dans mon c�ur
"a des cuisses lisses comme les perles d'un collier,
"un ventre rebondi comme une pile d'�pis de ma�s."
Tu as l'air d'un pr�tre d�froqu�.
Mon corps ignore la th�ologie.
Qu'est-ce que c'est?
Un rassemblement en ville sur ordre de Papa Doc.
Tenez, pour chapeau.
Mon petit, o� allez-vous tous � cette heure?
Au cimeti�re. Le pr�sident tient une grande r�union.
Il dit tous les enfants doivent y aller. Grand privil�ge.
C'est �trange.
Une c�r�monie catholique, peut-�tre. Allons voir.
- Qu'est cela? - Attends un peu.
Antilles Airways vous informe du prochain d�part du vol 40.
Les passagers � destination de San Juan et New York
sont pri�s de se pr�senter � la porte num�ro un.
S'il pose la question, dites au ministre
que m�me s'il m'offrait le palais pour mon centre, je...
Le palais aussi est ensanglant�.
- M. Smith avait form� de grands espoirs. - Toi aussi, ma ch�re.
Je suppose que nous devons vous para�tre ridicules, M. Brown.
Non, pas ridicules. H�ro�ques.
Oh, nous n'avons pas cette trempe.
- O� est la porte num�ro un? - Il n'y a qu'une porte.
Vous et les militaires �tes les seuls � avoir un permis de sortie. Par ici.
M. Et Mme Smith!
M. Et Mme Smith, je suis venu vous souhaiter bon voyage.
C'est gentil � vous d'�tre venu. Au revoir, M. Petit Pierre.
J'esp�re que notre beau pays vous a plu.
Ce fut tr�s enrichissant.
"Partir, c'est un peu mourir", a dit un de nos po�tes.
Vous arrivez. Nous nous lions d'amiti�. Vous partez.
Il est rare � Port-au-Prince de voir ses amis revenir.
- Peut-�tre un jour. - Je garde cet espoir.
Pauvre vieux.
Ce sera triste sans lui, � l'h�tel.
Oui.
M. Smith? Mme Smith?
Brown, �tes-vous l�?
Jones! Entrez. Que s'est-il pass�?
- O� est Smith? - Ils sont partis.
Partis! Seigneur, je comptais sur son aide.
- Qu'y a-t-il? - Je dois filer d'ici.
La partie est finie. Les tontons me cherchent.
- Quelle partie? - Je n'y suis pour rien.
C'est mon associ�, Pike.
Il a mis les voiles avec leur fichu consul et avec l'oseille.
Ils croient que c'�tait mon plan.
Laissez-moi une minute. Je vous sers � boire.
� quoi cela rime-t-il?
Vous fabriquiez quoi avec ce Pike?
Une simple vente d'armes. Des surplus de l'arm�e.
Je vois. Pour Papa Doc et sa bande, j'imagine.
Autant ne pas laisser tout �a rouiller. Ce serait un crime de gaspiller ces armes.
Brown, nous perdons du temps.
Aidez-moi � filer d'ici.
Pourquoi vous aiderais-je?
- Par solidarit� entre Britanniques? - Comme votre ami, Pike.
D'accord, je vais essayer de vous aider.
Mais pas par solidarit�. Vous voulez savoir pourquoi?
Je m'en fiche. Il faut qu'on y aille.
Parce que je vous aime bien. Dieu sait pourquoi.
La voiture est au garage.
Allons � l'ambassade am�ricaine.
Oh, non. Elle sera surveill�e.
Tout sera surveill� s'ils apprennent votre fuite.
Il doit bien y avoir un endroit.
Peut-�tre bien.
Mais comment entrer?
C'�tait quoi?
Ce n'est que la cuisini�re. C'est son soir de cong�.
Violette, approchez un instant.
- L'ambassadeur vous attend? - Oui.
- Qui est cette femme? - Ma cuisini�re.
L'ambassadeur manque de personnel. Je la lui pr�te pour quelques jours.
- Ma femme dort. - C'est vous que je suis venu voir.
Moi? �a ne peut pas attendre? Il est tard.
- J'ai du travail. - C'est tr�s urgent, monsieur.
Nous sommes deux.
Qui est cette femme?
Voici le major Jones. Son Excellence, l'ambassadeur.
Tr�s heureux, Votre Excellence.
Il est recherch� par les tontons. Il cherche un asile.
Je comprends. Je comprends. Je vais r�veiller ma femme.
Martha!
On va vous pr�parer une chambre.
Avez-vous d�n�, major? Vous avez peut-�tre faim.
Qu'y a-t-il, Manuel?
M. Brown?
Ma ch�re, voici notre premier r�fugi�,
- le major Jones. - Le major...
Major!
Je vais pr�parer tout de suite la chambre bleue.
Montez, major.
Vous avez s�rement envie de vous changer.
Je n'ai pas apport� grand-chose. Pas le temps de faire les bagages.
Nous vous trouverons bien quelque chose ici.
Malheureusement, les pyjamas de mon mari seront trop grands pour vous
et ceux de mon fils, trop petits.
� dire vrai, Mme Pineda, je ne porte jamais de pyjama.
�a r�duit les frais de blanchisserie.
On ne vous fera pas payer le blanchissage.
- Eh bien, tant mieux. - Par ici.
Ne vous en faites pas pour le major. Ma femme prendra soin de lui.
Venez boire un verre. Vous l'avez bien m�rit�.
Je ne crois pas. Je ferais mieux de rentrer.
On fouille probablement l'h�tel.
Dites, les tontons ont d� vous interroger.
Oui, ils...
Je leur ai dit que je vous pr�tais ma cuisini�re.
Je n'aimerais pas �tre � leur place demain matin.
Pour moi aussi, �a va sentir le roussi
quand le pr�sident apprendra o� se trouve le major Jones.
D�sol�, mais je ne savais pas o� l'emmener.
Non, je suis ravi. Ravi. C'est un plaisir de l'avoir avec nous.
On se sent vite seul, ici.
Oui.
Vos affaires sont tremp�es.
Je les ferai s�cher demain matin.
Mes vieilles amies. Elles ont jou� leur derni�re partie.
Nous avons des cartes � jouer. � quoi jouez-vous?
- Au gin-rami. - Parfait. Moi aussi.
M. Brown est ici, mon capitaine.
Bonjour, Brown.
- Pourquoi m'avoir convoqu�? - C'�tait une invitation.
Et si j'avais refus�?
Je vous en prie, venez.
Vous pouvez disposer, Michel.
Veuillez vous asseoir.
- Cela ne vous a pas d�rang�, j'esp�re. - Si. J'avais un rendez-vous.
Un rendez-vous galant?
- Que voulez-vous dire? - Vous le savez bien.
Nous pourrions �tre amis.
Ah, oui? Dr�le d'id�e.
Nous pourrions nous rendre service.
Le pr�sident est tr�s remont� contre l'ambassadeur Pineda.
Cela fait deux semaines que nous faisons pression dans les r�gles.
Pineda va devoir quitter Ha�ti.
Ainsi que sa femme, bien s�r.
Vous connaissez bien le major Jones.
Vous pourriez lui expliquer les dangers
que courent ses h�tes.
Je crois qu'il veut surtout sauver sa peau.
Nous lui donnerions un laissez-passer pour l'a�roport et un billet pour New York.
Vous le conduiriez en voiture � l'a�roport.
Il a confiance en vous. Vous �tes anglais.
Un laissez-passer?
J'imagine qu'il resterait un si�ge vide dans l'avion.
C'est possible.
Le lit de Mme Pineda serait vide, lui aussi.
Nos tontons entendent certaines choses, les domestiques sont bavards.
Il ne manque pas de charme, ce major Jones.
D'abord, la m�re Catherine, aujourd'hui, l'ambassade.
J'ai m�me failli me laisser prendre.
Nous avons au moins ceci en commun.
Cette id�e ne me pla�t gu�re.
Il y a 2000 dollars am�ricains pour vous.
L'inflation s�vit partout.
Avant, c'�tait 30 pi�ces d'argent.
Je vous dois des remerciements, Concasseur.
J'ai toujours voulu conna�tre le pire en moi,
j'ai toujours eu envie de toucher le fond.
Vous acceptez?
Vous n'�tes pas assez fin pour �tre bon tentateur.
Vous n'�tes d�cid�ment qu'un petit flic.
- Que s'est-il pass�? Tu es en retard. - Je suis d�sol�.
Qu'y a-t-il?
J'ai pass� un moment d�sagr�able avec Concasseur.
Ce Concasseur, il gaspille de pr�cieuses minutes.
Je vais devoir bient�t rentrer.
- Il sait, pour nous. - Quelle importance?
Nous avons depuis longtemps cess� d'�tre prudents.
Ils nous surveillent en ce moment m�me.
- As-tu confiance en tes domestiques? - Pas du tout,
sauf pour Pedro, bien s�r.
Ta bonne t'espionne, le savais-tu?
Que pourrait-elle voir?
Tu n'es pas l�.
Je dois vraiment y aller.
L'ambassadeur du Br�sil vient d�jeuner.
Je comprends.
Tu sais � quel point il est pr�tentieux.
Jones l'imite � la perfection.
Je te crois volontiers.
Viendras-tu ce soir?
Mon ch�ri, c'est impossible. J'aimerais beaucoup, pourtant.
- Une affaire importante? - J'ai promis � Angelito et � Jones...
Dommage. Dommage.
Tu n'as jamais eu � tenir une promesse?
Non, jamais.
Tu me l'as souvent dit, je suis un homme sans famille.
Ne me dis pas que tu es jaloux d'Angelito et de Jones.
J'avoue que quand je vous ai amen� Jones,
je ne pensais pas qu'il deviendrait un intime de la famille.
Manuel l'aime bien. Angelito aussi.
Il nous fait rire. Il est int�ressant.
Il nous raconte sa vie en Birmanie.
Othello contait aussi ses aventures � Desd�mone.
La technique est ancienne.
- Tu t'en vas? - Oui.
Mon ch�ri, sois prudent.
Tu fabules sur tout et tout le monde.
Sur moi, sur Jones.
Tu tentes de faire passer ce pauvre Jones pour un s�ducteur.
Mais nous avons chacun une vie r�elle.
Nous ne pouvons pas toujours jouer le r�le que tu nous attribues.
Ce doit �tre une question de vocabulaire.
Jones parle-t-il l'allemand, Frau Pineda?
Quand tu as envie de moi, je suis une femme.
Quand tu te sens bless�, je suis toujours une Allemande.
Magiot.
Magiot? Attendez, j'allume.
J'ai fait une op�ration d�licate aujourd'hui. Mes yeux sont fatigu�s.
- Un verre? - Non.
J'ai seulement besoin de compagnie.
Votre m�re et moi, nous venions ici pour bavarder, partager un silence
ou lire.
Je ne voulais pas admettre qu'elle puisse mourir avant moi.
Que lisez-vous?
"Bernanos, Journal d'un cur� de campagne. "
Das Kapital est plus votre genre, non?
Je me rappelle l'avoir vu dans votre biblioth�que.
Vous trouvez �a prudent?
Papa Doc nous autorise � �tudier la th�orie du communisme.
S'il n'y avait aucun communiste,
quelle aide obtiendrait-il des �tats-Unis?
Votre argument se tient.
Papa Doc est un vrai rempart contre le communisme.
- Vous avez de la chance. - Pourquoi?
Vous avez la foi, m�me si c'est en Papa Marx.
Je ne suis pas mont� ce soir pour parler du bon vieux temps.
- J'ai besoin d'aide. - De ma part?
Je suis inquiet pour le jeune Philipot. J'ai re�u un message de lui aujourd'hui.
Partage-t-il votre foi?
Il ne lit pas Karl Marx, si c'est ce que vous voulez dire.
Tous les rebelles ne sont pas communistes, sauf pour les Am�ricains.
- O� est-il? - Ils sont plusieurs dans les montagnes.
Des hommes mal entra�n�s, dont certains sans arme.
C'est d�j� arriv� ici.
Ils s'enivrent de courage, attaquent un poste fortifi� et meurent en h�ros.
- Une mort heureuse. - Une mort inutile.
Qui ne change rien.
Si au moins il avait avec lui un homme d'exp�rience.
Ne me regardez pas comme �a. Je ne sais pas manier un fusil.
Je pensais � votre ami, M. Jones.
Il a de l'exp�rience, non, depuis la Birmanie?
Il s'en vante suffisamment. Ses r�cits captivent toute l'ambassade.
Il ne veut s�rement pas rester ici toute sa vie.
Ni mourir sur sc�ne.
On peut arranger une �vasion.
Non, vous ne convaincrez jamais Jones.
Il est en vie, bien au chaud.
Et il n'a pas eu de meilleur public depuis des ann�es.
Un homme qui se vante peut tomber dans un pi�ge.
Je vais peut-�tre prendre un whisky, finalement, un petit.
Grand gin. On fait la revanche?
J'ai assez jou�. Martha voudra peut-�tre jouer.
Rien de nouveau en ville?
Vous �tes au courant de l'arrestation?
Bon, Angelito s'est endormi.
- Tout le monde a un verre? - Magiot dit qu'il y a eu une arrestation.
- Quelqu'un qu'on conna�t? - Un instituteur.
Je le voyais passer avec sa classe.
Que peut-il avoir fait?
Il a refus� d'emmener ses �l�ves au cin�ma.
On projette le film des ex�cutions chaque jour depuis une semaine.
Et les enfants doivent voir �a?
Ordre de Papa Doc.
Personnellement, j'ai honte d'�tre assis l� � boire un bon whisky.
Pourquoi avoir honte? On fait ce qu'on peut.
Parlez pour vous.
En tant qu'ancien soldat, je me sens inutile, hors de combat.
Un ancien officier ne suffit pas � la t�che.
Avec 50 soldats de commando, je pourrais conqu�rir le pays.
Le jeune Philipot essaie d'entra�ner des hommes dans les montagnes.
Ce gar�on est courageux,
mais l'attaque du poste de police �tait du travail d'amateur.
Il faudrait quelqu'un comme vous pour les diriger.
Comment le pourrais-je? Je suis coinc� ici.
Je pourrais vous faire sortir, major.
Ils l'abattraient d�s qu'il mettrait le pied dehors.
Les tontons sont cinq mille.
Cinq mille. Ce serait quelque chose, n'est-ce pas?
Votre serviteur p�n�trant dans Port-au-Prince, saisissant le palais,
un gouvernement provisoire reconnu par les autorit�s,
et le travail termin�, je m'�clipse tranquillement.
En douceur, comme Lawrence d'Arabie.
Vous devrez �tre pr�t � agir au signal.
Les tontons fouillent toutes les voitures.
Faites-moi confiance, j'y ai pens�.
C'est digne d'un film.
Viendrez-vous?
Vous n'aurez qu'� m'informer du jour J.
Vous �tes pu�rils.
Il s'agira d'autre chose que de gamins et de pistolets en plastique.
Vous avez 50 points de retard, docteur. Prenez votre revanche d�s maintenant.
Avec plaisir, major.
� vous de distribuer.
Philipot sera au lieu du rendez-vous trois nuits de suite,
un cimeti�re de village � 20 km apr�s les Gona�ves,
- entre 1 h et 3 h du matin. - Vous y allez ce soir?
Si l'amputation se passe bien. Impossible de la reporter.
Je ne reviendrai peut-�tre jamais.
J'ai pr�venu Jones. Il se tient pr�t.
- Vous pensez que le plan fonctionnera? - Il le faut.
- Vous croyez que �a vaut le risque? - Je ne sais pas. Et vous?
Enfin, nous n'avons rien de mieux.
Magiot, pourquoi ne fuyez-vous pas tant que vous le pouvez,
en oubliant Jones et Philipot?
- C'est ce que vous feriez? - Je ne crois pas aux grandes causes.
Le cynisme ne vous va pas, Brown.
Je ne crois pas plus � la com�die.
Vous n'avez donc plus foi en rien?
Vous avez tort. On peut toujours reb�tir sa foi en quelque chose.
Je n'ai pas foi en la foi.
Bonne chance pour ce soir.
Attendez que nous ayons fini.
Il est mort sur le coup.
Tout ce qu'il avait sur lui est l�.
Dont le portrait de cette femme. Vous la connaissez peut-�tre?
Oui, je l'ai bien connue pendant une courte p�riode de mon enfance.
C'�tait ma m�re. Est-ce que je peux la garder?
Bien entendu.
D�sol�. J'ai fait ce que j'ai pu.
J'aimerais pouvoir dire la m�me chose.
Magiot ne viendra pas.
Alors tout est annul�?
Non. Je prends sa place, c'est tout. Vous savez ce que vous avez � faire.
Attention ce soir. La coupure se fera tard.
- �a arrive. - D'accord.
J'ai une trouille bleue. Inutile de le nier.
Vous avez du rouge � l�vres sur la joue.
Qu'est-ce...
O� est le Dr Magiot?
Je ne peux rien te dire. Je suis venu � sa place.
- Tu sais ce qu'il faut faire? - Oui.
Tu as pleur�.
J'�tais heureuse que Jones soit l�.
Il me manquera.
Plus que je ne t'ai manqu� quand je suis parti?
Tu devais revenir.
En tout cas, tu me l'avais dit.
Je n'�tais pas s�re que tu le ferais.
Tu as eu ce que tu voulais.
Finis ton travail.
Arr�tez!
J'ai pas entendu. Pourquoi tirer sur ma voiture?
Vous l'avez d�j� fouill�e.
Vous voyez?
Qu'est-ce que tu attends?
Je ne m�rite pas un baiser, comme Jones?
Je prends les m�mes risques.
Oui, mais avec des motifs moins nobles.
Tu as couch� avec Jones?
Cela fait des jours que tu me poses cette question.
Soit. La r�ponse est donc oui.
Oui, j'ai couch� avec Jones.
�a va?
J'ai une sacr�e crampe dans la jambe gauche.
- Vous avez de quoi boire? - L�-dedans.
- On sera � l'heure au rendez-vous? - J'en doute.
Vous devrez s�rement vous cacher jusqu'� demain soir.
C'est la vie.
J'ai souvent r�v� d'une pareille situation.
Je croyais que vous aviez toujours v�cu ainsi.
- L'ambassade �tait plus confortable. - Mes organes vitaux sont fichus.
- �a s'est bien pass�, avec Martha? - C'est une fille g�niale.
- Elle avait l'air de vous appr�cier. - On s'est entendus du tonnerre.
Je vous enviais, parfois.
Ce n'est peut-�tre pas votre genre.
Je n'ai pas de genre, mais elle �tait sp�ciale.
- Vous savez qu'elle est allemande? - Ces Fr�uleins sont d�lur�es.
Manuel.
Tu es rentr�e.
- Oui. - Mais il ne s'agissait pas de gin-rami.
Je le sais.
Non.
Jones est parti.
Oui, je sais.
Papa Doc aussi le saura.
Notre vie ici est finie, Martha.
C'est pour toi que ce sera le plus dur.
Moi, je quitte seulement un poste de diplomate de second rang.
Tu �tais heureuse, � Rio, non?
Oui.
Ce ne sera pas Rio cette fois.
Ce sera peut-�tre...
Eh bien, qui sait?
�a ne peut pas �tre beaucoup plus petit que le Luxembourg.
Je suis d�sol�e.
Je ne veux pas que tu sois malheureuse.
Je regrette d'avoir menti, ce soir
plus que jamais.
Cela ne fait rien.
Je ne parle pas de toi. Je peux toujours te mentir, � toi.
Tu es toujours pr�t � pardonner.
Je te demande pardon.
Manuel, j'ai peur.
Quand on a peur, il vaut mieux ne pas rester seul.
- Sacr�e secousse, mon vieux. - Oui.
Il fait noir. On arrive bient�t?
Je crois. C'est difficile � dire.
- Je peux reprendre une gorg�e? - Autant que vous voudrez.
Autant la finir avant de retrouver les gars.
Ils lui feraient vite un sort.
Je pensais que vous la gardiez pour le mess des officiers.
Non, merci.
J'attendrai pour boire d'�tre revenu � Port-au-Prince demain.
- Quel est votre alibi? - Pour les tontons?
Je leur dirai qu'ils ont fouill� ma voiture avant mon d�part.
Et je m'arr�terai aux Gona�ves au retour pour faire un peu de marketing.
Dites, comment vous �tes-vous entendu avec Pineda?
Bien. Je ne lui ai pas soutir� d'argent.
Je l'aurais cru.
Martha ne couche plus avec lui.
Comment le savez-vous?
Mon vieux, il y a des questions qu'un gentleman ne pose pas.
Ce qui veut dire qu'elle est un bon coup?
Remarquable.
- L'essieu avant est fichu. - Bon sang.
- Ce n'est s�rement plus tr�s loin. - Non, pas tr�s.
Magiot a dit qu'il y avait un cimeti�re 20 km apr�s les Gona�ves.
- Heureusement, ce n'est pas sa voiture. - Oui.
L'essieu avant est bien fichu.
Il ne nous reste plus qu'� marcher.
- Vous avez mal aux pieds? - Ma chaussure me serre.
- Donnez-moi votre sac. - Non, non, mon vieux.
Je manque un peu d'entra�nement, voil� tout.
- Je suis inquiet, mon vieux. - � quel propos?
J'ai dit beaucoup de b�tises dans la voiture. Le whisky m'a �tourdi.
Nous y sommes.
C'est d�sert.
Nous avons deux heures de retard.
- On fait quoi maintenant? - On essaie de dormir.
Philipot reviendra demain soir.
On va se cacher par ici.
Je r�ve d'un fusil.
Et votre art du combat � mains nues?
Il est un peu rouill�.
Et vous?
Quand il fera jour, je retournerai � la voiture.
Il passera bien un bus local ou une voiture de patrouille.
M�me si on m'arr�te, je saurai quoi dire.
Vous avez pris de sacr�s risques.
La partie n'est plus un jeu.
Quelle partie?
Je comprends ce que les gens trouvent dans la confession.
La mort est une affaire sacr�ment grave, comme une d�coration imm�rit�e.
Avez-vous un si grave aveu � faire?
Nous en avons tous, non? Oh, pas � l'intention d'un pr�tre ni de Dieu.
� qui?
� n'importe qui.
Si j'avais un chien ce soir, je me confesserais � lui.
C'est juste, un chien sait garder un secret.
J'ai eu trop de secrets.
Vous voulez pas vous asseoir?
� vous voir � genoux, je me sens comme un pr�tre.
D�sol�.
C'�tait quoi?
Rien qu'un chat.
Ce que j'ai dit sur Martha, il n'y avait rien de vrai.
Je n'ai jamais eu une femme sans payer ou promettre de le faire.
Martha dit qu'elle a couch� avec vous.
L�, je ne vous crois pas!
Ce sont les derniers mots qu'elle m'a dits.
Seigneur.
Je n'avais pas compris.
C'est votre ma�tresse. Oh, ne la croyez pas, Brown.
J'ai toujours menti au sujet des femmes.
Je mens au sujet de tout ce que je d�sire.
Vous n'�tiez pas en Birmanie?
J'y suis presque all�.
J'�tais � Imphal, dans l'Assam, � 80 km de l�.
J'y tenais un cin�ma.
Au d�but de la guerre, j'ai �t� refus� dans l'arm�e, � cause de mes pieds plats.
Mais on m'a donn� un semblant d'uniforme
et on m'a confi� le divertissement des troupes.
Enfin, presque confi�.
Noel Coward est pass� chez nous.
Vous vous �tes bien entendus?
Je ne lui ai jamais parl� en personne.
Ce soir, vous avez peur?
Comme un pompier avant son premier incendie.
- Je ne peux pas vous ramener. - Oh, je ne veux pas rentrer.
Vous n'imaginez pas comme c'�tait dur, d'�tre en s�curit� � Imphal
Je me liais avec des officiers, je leur pr�sentais des filles, et tout.
Puis ils partaient pour la Birmanie, et je ne les revoyais jamais.
Je me souviens d'un certain Charters, qui disait flairer l'eau.
Je n'ai jamais cru � cette l�gende.
C'est pas mon genre, mais quand il l'a dit, j'�tais s�r d'en �tre capable aussi.
C'�tait comme si on s'adressait � moi par mon vrai nom.
Ce n'est pas Jones?
Jones n'est qu'un nom sur mon acte de naissance.
Mon p�re est reparti chez lui avant mon arriv�e.
Il �tait sergent dans les Fusiliers Royaux de Galles,
d'apr�s ma m�re.
C'�tait une Indienne?
Elle avait du sang indien, en tout cas.
Je n'ai jamais vu mon acte de naissance,
mais j'ai toujours pens� que Brown �tait mon vrai nom.
Ma m�re avait un faible pour des noms plus originaux.
- Je vous ai choqu�. - Oh, non.
Vous savez, Jones, vous m'avez toujours �t� sympathique.
Jusqu'ici, j'ignorais pourquoi.
Je n'ai rien de tr�s sympathique.
Nous avons pouss� sur le m�me terreau.
- Mais vous avez gard� votre innocence. - Vous plaisantez.
Non.
Je ne vous ai pas tout dit.
Cette gourmette n'est pas � moi.
Je l'ai prise sur Charters quand il est mort de la typho�de.
J'ai modifi� le nom apr�s la guerre.
�a veut dire quoi?
C'est une formule consacr�e qui signifie:
"Dormez bien."
Je vais monter la garde.
Je dois rejoindre la voiture � l'aube.
Ne bougez pas.
Approchez.
Pas un geste.
O� est le major Jones?
Qu'est-ce que j'en sais? J'allais � Cap-Ha�tien.
Ma voiture a l�ch� sur votre satan�e route.
- Doucement. - Je ne sais rien � propos de Jones.
Brown, vieux fr�re, mangez quelque chose avant de partir.
Reculez! Reculez, imb�cile!
Fuyez! Allez! Courez! Nous sommes coinc�s!
Par ici, major Jones.
Par ici.
Dans la jeep.
O� est Magiot?
Il a �t� assassin� hier � l'h�pital.
Et o� est Jones?
Vous �tes arriv� deux minutes trop tard.
- Ils tuent nos meilleurs hommes. - Oui.
Les hommes attendaient sa venue.
Je leur ai dit: " Un Anglais va venir vous guider, le major Jones.
"Il a fait la Birmanie. Il a affront� les Japs. C'est un sp�cialiste de la gu�rilla."
- J'avais raison, n'est-ce pas? - Bien s�r, bien s�r.
Le moral �tait bon quand je suis parti.
Si je ram�ne un cadavre, �a les d�moralisera.
Qu'allez-vous faire, M. Brown?
Il faut que je trouve le moyen de rentrer � Port-au-Prince.
Impossible. La premi�re patrouille qui passera trouvera les corps.
C'est vrai, je suis coinc�, on dirait.
Mes hommes attendent M. Jones.
�trangement, ils pensent
que les hommes blancs sont les seuls vrais experts en mati�re de meurtre.
Je peux �carter les corps de la route, mais ils trouveront la jeep.
�coutez, Philipot, je ne vaux rien. Je n'ai aucun entra�nement.
Je ne sais pas plus flairer l'eau que...
Lui �tait en Birmanie, pas moi,
et je ne veux pas me m�ler de votre action politique.
La mort de Magiot, c'est de la politique?
Si vous repartez, vous mourrez en minable, pour rien.
Vous n'avez pas le choix, Brown.
"Major H.O. Jones, 5e corps d'arm�e, Imphal"
Apr�s vous, major.
- � quoi est cens� servir ce truc? - � tenir lieu de feu liquide.
- Il est rempli de p�trole. - Oh.
Les tontons ont un poste l�-bas, � six kilom�tres de la colline de Kenscoff.
Ils ont deux mitrailleuses Bren. Il nous les faut.
- C'est Kenscoff, l�-bas? - Oui.
Alors Port-au-Prince est juste derri�re.
Nous finirons par y retourner.
- Vous comptez attaquer avec �a? - Oui.
Du punch au rhum, M. Brown.
Major Jones, Joseph.
Je vais aller leur parler.
N'allez pas les d�courager.
Aucun risque. Ils ne parlent pas l'anglais.
Alors, que comptez-vous faire?
Me faire plaisir, Philipot, tenter de regarder les choses en face.
Mes amis, demain nous attaquerons les tontons.
C'est pure folie.
Vous ne savez pas vous battre. Je ne sais pas me battre.
Nous allons affronter les tontons avec une poign�e de fusils
et de machettes et une seringue de jardin.
Un tenancier d'h�tel, un peintre, un barman
et vous, connards imb�ciles,
la lie des quartiers pauvres.
Mon r�giment boiteux.
Petit Pierre.
J'avais peur d'arriver trop tard. La ville est en pleine agitation.
Qu'y a-t-il encore?
Un poste des tontons a �t� attaqu� hier de l'autre c�t� de Kenscoff.
Deux hommes sont morts.
- Des tontons? - Non, des rebelles.
Dont Joseph, le barman du Trianon.
Je vous en prie...
Et l'autre?
Personne de notre connaissance.
Tous les passagers sont attendus � bord.
Il est temps de se dire adieu.
Angelito.
C'est courageux d'�tre venu. Mes amis diplomates se sont abstenus.
Vous allez rater nos festivit�s.
Ils exposeront les deux corps sur la place demain.
Ceux de Joseph et de l'autre homme.
Vol 101, veuillez commencer l'embarquement.
Pensez � nous.
Je ne vous oublierai jamais.
Pensez au pauvre pays d'Ha�ti.
BIENVENUE EN HA�TI
C'est �trange de savoir que tout se passe l�, en dessous.
Est-ce que...
Manuel, regarde, est-ce de la fum�e?
Non.
Ce ne sont que des nuages.
Le capitaine Hockstader et son �quipage sont heureux
d'accueillir � bord les passagers qui sont mont�s � Port-au-Prince.
Vous pouvez maintenant d�tacher votre ceinture et fumer.
Les pipes et les cigares sont interdits.
Notre vol vers Miami durera une heure et dix minutes.
Fin
French
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.