Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Monsieur le Président, s'il vous plaît, non.
Les talons peuvent vous apercevoir.
Monsieur le Président, je vous en prie, descendez.
On vous laisse !
J'ai fait le tour de la France.
Dans les zones de guerre, le pays est dévasté. Les villes, les villages
détruits, les paysages bouleversés, des millions de morts et de blessés.
La France paye au prix fort la victoire.
Et nous autres au Canada, on ne le mesure pas vraiment.
Malgré toutes ces douleurs, Paris rayonne de mille feux. Ça c'est le génie
français. La capitale des arts, des lettres, du monde entier.
L'énergie.
La création fuse.
L'avant-garde est formidable.
À Montparnasse, les artistes de la planète ont rejoint les créateurs
français. Je me sens bien.
C'est Clemenceau ! C'est Clemenceau !
Je me souviens très exactement de la première soirée que j'ai passée avec
Georges Clemenceau.
C'était le 7 février 1924.
Il m'avait emmenée au théâtre voir La vie parisienne.
Et en 1917, quel était l'état d'esprit des parlementaires ? Mauvais.
Ils me détestaient, mais la défaite menaçait.
Je mandais l'expliquer à mademoiselle.
Trois années de guerre, des centaines de milliers de morts, le pays dévasté,
Paris menacé. En 1917, la guerre est presque perdue.
La classe politique est paniquée, le défaitisme gagne.
Tout le monde déteste Clemenceau. Voilà, Mandel vous a dit la vérité. Mais celui
qui mène la meute, c'est Poincaré.
Non, sans raison.
Comment qualifier un chef d'État qui, alors que la guerre fait rage, appelle
au pouvoir des hommes sans caractère, incapables d'insuffler à la patrie en
danger l'énergie qui conviendrait ? Non.
Non, je ne voulais faire aucun geste pour amadouer ce président.
Et cependant, Poincaré vous a finalement appelé ? Ah, mais parce qu'il n'a pas eu
le choix.
Toutes les offensives ont échoué.
Les armées ont connu des mutineries, la fameuse Union sacrée a volé en éclats,
les socialistes réclament une paix immédiate.
Quant à notre allié russe, il s'est débandé.
Les bolcheviques de l'Union étroite qui négocient la paix avec l'Allemagne.
L'agitation gagne toute l'Europe.
Poincaré n'a plus qu'une seule carte, qu'un morceau.
Et comment vous avez réagi ? Parble. Je suis allé voir mon vieil ami pour lui
demander conseil.
C'est admirable, Claude.
Admirable. Ça vibre.
La lumière fait vivre les reflets des fleurs dans l'eau.
Vous arrivez à fixer une réalité mouvante. Et vous savez ce qui est la
marque de votre génie ? C'est qu'il n'y a là-dedans aucune volonté théorique, de
poésie ou d'esthétique, simplement votre sensation.
C'est un immense cadeau pour l'humanité. Vous êtes au sommet, Monet.
Il faut encore travailler, Georges.
Reprendre, corriger.
J'en rage de ne pouvoir traduire exactement ce que mon regard me fait
ressentir.
Vous êtes comme moi, vous n'êtes jamais satisfait. C'est en cela que nous nous
ressemblons.
Écoutez-moi, mon vieil ami.
Vous savez que je n'ai jamais cherché le pouvoir.
J'en ai peur, j'en ai une peur atroce.
Mais Poincaré va me proposer de diriger le gouvernement et je pense que je vais
accepter. C'est un cadeau empoisonné, est-ce que j'ai raison ?
Allons, vous êtes Clémenceau.
Et Clémenceau ne peut pas se déromper à la peine du peuple.
Georges, le pays souffre mille périls. Et vous êtes le seul homme d'État qui
puisse nous éviter la défaite.
Oui, le seul.
Je suis inquiet, très inquiet. Tous les parlementaires que je reçois partagent
ce sentiment. Oh, les parlementaires.
En fait, le pays est désemparé.
Plus d'un million de morts, près de 4 millions de blessés, des destructions
épouvantables. Et pour quel résultat ? L'immobilisme. On s'empiffre à l'arrière
tandis qu'on meurt sur le front.
Quand aurez-vous constitué le gouvernement ? Très vite, monsieur le
président. Ce sera un gouvernement de combat, je vous tiendrai informé.
Merci beaucoup.
Je serai impitoyable avec ceux qui veulent négocier.
Impitoyable. De ce point, nous sommes d'accord.
J'en suis heureux.
C'est aux politiques de diriger les militaires.
Je prendrai mes responsabilités. Je commanderai.
Mes respects, Monsieur le Président.
Insupportable.
Toujours aussi hypocrite.
Vous serez mon directeur de cabinet, la présidente du Conseil.
Au ministère de la Guerre, le général Mordac occupera la même fonction.
J'entends me consacrer totalement à la conduite de la guerre, donc vous me
déchargerez de tout ce qui n'est pas essentiel. Vous pouvez compter sur moi,
M. le Président.
Merci.
Et bien entendu, Mandel, pas de FAP.
J'insiste.
La patrie est en danger. Nous ne devons penser qu'à la France et à nos soldats.
Nous leur devons tout.
Alors, mademoiselle Beauséjour, nous allons trinquer à votre interview, bien
que je n'aime pas beaucoup ça.
Mais comment vous résistez ? En fait, monsieur le président, je prépare un
livre. Un livre ? Oui, mon premier livre a été un grand succès au Canada, donc
mon éditeur m'a proposé d'en faire un deuxième et j'ai choisi Clémenceau.
Vous n'avez rien dit, Mandel ?
Ils sont pas au courant.
C'est très bizarre parce qu'en Europe, malgré... Je veux dire qu'en Europe,
vous êtes très connus, mais malgré tous vos voyages aux Etats-Unis, au Canada,
presque personne connaît Clémenceau.
Quel accent.
C'est charmant.
Bien alors, que voulez-vous ? Rencontrer vos amis, vos adversaires.
Mes adversaires, ce sera facile, ils ne manqueront pas. Mes amis, ce sera un peu
plus difficile.
J'aimerais aussi vous interroger.
Sur quoi ? Votre carrière, votre vie politique, votre vie tout court.
Ma vie privée, elle veut sans doute voir mes fesses.
C'est bon pour les Américains, ça. Ils ont l'habitude de ces procédés, mais pas
moi, Mandel. Pas moi. Alors je ne veux plus la voir.
Compris ? Vous êtes parti.
Vous l'avez plantée là.
Quel âge la belle plante ? 25, 26.
Mais je n'aurais agi de la sorte, Georges.
Si elle veut faire un livre sur moi, je dis bravo.
Prenez garde, vous faites la fine bouche.
D'autres ne le feront pas.
Elle est vraiment très belle.
Très belle et intelligente, donc dangereuse.
m'inspire.
Si mes parents me voyaient, ils m'abattraient.
Heureusement, ils ne peuvent pas m'imaginer comme ça.
Les yeux m'inspirent.
Et mes lèvres ? Évidemment.
Attention, mademoiselle, Clémenceau n'est pas un zoo qu'on visite. Ma vie
privée est privée.
On ne te quitte jamais, attendu qu'on t'aide. Fous de ta syphilade, et puis tu
vas t'y aller.
Et plus tard dans la vie, on t'ira sûrement au régiment.
Dis donc vieux, tu te rappelles quand tu faisais les... On a fait des orgies,
on a bien passé le temps.
Messieurs les ministres, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans ce
conseil où vous allez assumer la... Vous dites que Clemenceau n'avait que des
ennemis. Mais comment il a constitué son gouvernement ? Clemenceau a pris pour
lui le ministère de la guerre et la présidence du conseil.
Il a gouverné avec quelques amis de confiance, Jules Jeannonnet, Ignace,
comme sous-secrétaire d'État à la justice militaire, et Stéphane Pichon.
Georges Wormser était mon adjoint.
Et le général Mordac dirigeait le cabinet du ministère de la guerre.
Pour la plupart des autres nominations, il m'a laissé faire.
Et les socialistes ? Rien à faire, malgré mes efforts.
Ils ont refusé de gouverner avec celui qu'ils qualifiaient de briseur de grève
depuis 1906, lorsqu'il était pour la première fois le président du conseil.
Que si les bolcheviques réussissent à conserver le pouvoir, ils n'auront pas d
'autre choix, étant donné la situation du pays, que de demander l'armistice.
Et toutes les chancelleries évaluent les conséquences pour les alliés de la
victoire allemande sur le front de l'Est.
Je travaillerai avec vous tous les jours, mon général.
Je n'ai qu'un seul objectif, gagner la guerre.
Je vous écoute.
Dans les mers du Nord, à la frontière suisse, le front est stable.
Mais nos dernières offensives au chemin des Dames et dans la région d'Ypres ont
provoqué des pertes terribles, pour des résultats insignifiants.
Tout est bloqué, monsieur le président. Tout est bloqué, tout est bloqué, mais
il ne suffit pas de le constater, Mordac. Il faut rompre le front. Nous
manquons d'hommes, de matériel, notamment de chars d'assaut, d'avions et
de canons.
Il faut attendre l'arrivée des renforts américains. Mais jusque-là, monsieur le
président, il faut tenir.
La politique des bolcheviks en Russie va permettre à Hindenburg de rapatrier ses
troupes pour les jeter contre nous.
Général Pétain met en œuvre une stratégie défensive opportune. Non, ce n
'est pas avec la défensive qu'on gagne une guerre, Mordac, vous le savez bien.
Et puis les généraux doivent savoir que c'est moi qui décide de la stratégie.
C'est aux civils de commander.
Oui, mais en renonçant aux offensives sanglantes et inutiles, Pétain ménage le
sang de nos soldats.
Il est l'homme de la situation, monsieur le président.
Admettons. Mais demain, il faudra l'armer des chefs capables d'audace. Il
faut y réfléchir, Mordak.
Oui, entrez.
Je ne sais pas comment m'en sortir.
Les Français sont une terrible complication.
Clemenceau a proprement mis un terme à nos rapports.
J'ai un partisan dans la place, Georges Mandel, le bras droit du tigre.
Je crois qu'il ne me déteste pas.
Let's go.
Vous n'allez pas pour longtemps.
Bonjour.
Entrez. Merci.
Bonjour.
Bonjour. Je cherche Charlotte, beau séjour.
Allez voir.
Merci.
Bonjour. Charlotte, beau séjour. Elle est par là.
Bonjour ! Bonjour Charlotte, comment allez-vous ? Ça va, vous avez trouvé
facilement ? Oui, très facilement, oui.
C'est bien ici, hein ? Je préfère le rythme.
Désolée pour l'autre soir au restaurant.
J'imagine que Clémenceau a été brutal avec vous ? Non, Clémenceau n'est pas
méchant. Il est sous-poilé, sanguin.
Mais charmant.
C'est dit que vous aurez du mal à écrire sur lui, sur son accord.
Quelle idée d'évoquer sa vie prévue ?
En France, ça ne se fait pas.
Par définition, les hommes politiques sont des saints.
Ah bon ? Dites-moi, le musicien avec qui vous étiez là, c'est un de vos amis
proches ? Georges ? Oui ? Parlez-moi de Caillou.
Caillou.
Monsieur ? Monsieur Joseph Caillou, s'il vous plaît.
Je vais le chercher.
Monsieur ? Monsieur le Président.
Monsieur le Président, sur décision du gouverneur militaire de Paris, vous êtes
en état d'arrestation. Je vais vous conduire à la santé.
Décidément, nous sommes passés de la République à la dictature.
Il suffit désormais d'être d'un avis différent de Clémenceau pour se
retrouver en prison.
Ils sont cachés de l'accusation, se permettant de m'arrêter.
Monsieur le Président, il ne m'appartient pas de connaître les motifs
des instructions qui nous sont données.
Je me contente d'exécuter les ordres.
Je rappelle que cette arrestation fait suite à la décision prise par le Conseil
des ministres de lancer des poursuites contre M.
Caillou. La levée de l'immunité parlementaire a été votée malgré l
'opposition des socialistes et les réticences des radicaux.
Il a été incarcéré hier, mais sera transféré dans une maison de santé jusqu
'à son jugement par la Haute Cour.
Parfait. C'est maintenant à la justice de faire son travail et je n'ai pas à
intervenir dans ses décisions.
Les autres affaires.
Malvi a été renvoyé en haute cour et son procès devrait s'ouvrir l'été prochain.
Très bien.
J'ai demandé au ministre de l'Intérieur de procéder à des mutations dans ses
services afin d'écarter les hauts fonctionnaires qui ont cautionné la
politique laxiste de Malvi à l'égard des Rouges et des anarchistes.
Le directeur de la Sûreté et le préfet de police ont déjà été remplacés.
Quant aux traîtres avérés qui ont reçu de l'argent allemand pour faire dans
leurs journaux la propagande de l'ennemi, les Bolo Pacha, du mal, le
noir, ils sont traduits devant les tribunaux militaires.
Pour eux, c'est le poteau d'exécution.
Mais, M. le Président, vous avez toujours été un adversaire de la peine
de mort.
Quant au dossier d'accusation contre Malvi et Caillot, au vrai, il ne
contient pas grand-chose.
Ne craignez-vous pas qu'on nous accuse de rétablir le délit d'opinion ? Mandel,
lorsque la patrie est en danger, on ne peut se contenter de demi-mesures et de
scrupules de conscience.
Est-ce que vous croyez que la Révolution française aurait survécu si les
montagnards n'avaient pas envoyé tous les ennemis du peuple à la guillotine ?
On ne fait pas la guerre avec de bons sentiments, Mandel.
Je vous remercie pour toute l'aide que vous m'apportez.
Est-ce que Clémenceau savait ça ? Est-ce que vous croyez qu'il ne le sait pas ?
Caillot
était président du conseil en 1911.
Il a évité un conflit avec l'Allemagne en négociant.
À partir de 1916, il se montre critique.
Et s'affirme comme le chef possible d'une majorité de rechange en voulant
négocier une paix blanche, sans annexion ni indemnité.
On lui reproche certains propos défaitistes, venus en Italie.
Des bavardages.
Rien qui puisse s'apparenter à une trahison.
Tout ça est terriblement injuste.
Il s'agissait de relever le moral des Français, Charlotte. De les rassurer.
L'exécution des traîtres.
La condamnation de Malvie avait pour objet de montrer au pays que le
gouvernement ne céderait ni à la faiblesse ni à la trahison.
Décidément, je découvre un Clémenceau impitoyable.
Non, un homme d'État.
Il voulait en faire passer avant tout le sort du pays.
Clémenceau a sauvé la France.
Et Malvie et Caillou pourront reprendre leur carrière politique.
Quant au courage, Clémenceau en a à revendre.
Monsieur le Président, j'en prie, non.
Les Allemands pourraient vous apercevoir.
Foutez-moi la paix, Mordac.
Ces petits gars risquent leur vie pour défendre la patrie.
Alors qu'est-ce qu'ils penseraient s'ils voyaient un vieillard peureux rester à l
'abri ? Monsieur le Président, je vous en prie, descendez !
Où sont les Allemands ? Là-bas. Je
veux sentir du Bosch !
On vous aura, mes gaillards.
Je vous jure qu'on vous aura.
Tirez-vous, recouvrez-nous ! Il y a trop de planqués à l'arrière, Morgane.
Adjutant chef Noël, 33ème régiment d'infanterie, 2ème compagnie, 1ère
séquence. A vos ordres, Monsieur le Président.
Merci, mes amis.
Vous êtes les remparts de la patrie.
Vous ne pouviez pas faire un cadeau plus beau que celui qui a la responsabilité
de vous demander de vous sacrifier pour la patrie.
Je n'oublierai pas.
Je vous jure, je vous jure solennellement que ces quelques fleurs m
'accompagneront jusque dedans la tombe.
Voilà. Merci. Vive la France !
On sent encore la mort.
Il a gardé le bouquet.
Il l'accompagnera dans son cercueil.
Pour Clemenceau, ce sont eux les véritables héros de cette guerre.
Et durant ces journées d'angoisse, il n'a cessé de vouloir être à la hauteur
de leur sacrifice.
Et pour le coup, il a réussi parce que tous les Français à qui je parle
appellent le père la victoire.
J'imagine qu'à cette époque, toutes les femmes de France rêvaient de le
rencontrer.
Sans doute.
Mais durant cette période, le président a refusé toutes les invitations, qu
'elles soient ou non féminines.
En fait, il n'a quitté son bureau que pour prendre ses repas en famille.
Vraiment ? Et cette existence monacale s'étendrait à la compagnie de toutes les
femmes ? Toutes.
La France a été, pour le président, la plus exigeante des femmes.
J'ai là une lettre.
Pour vous.
Cher Charlotte, votre accent me manque.
Venez.
Il m'invite ? Vraiment ? Merci Georges, c'est grâce à vous.
Hélas, je ne joue pas de saxophone.
Je vais prévenir, monsieur.
Si vous voulez bien me suivre.
Monsieur ? Ah, bonjour, Charlotte. Bonjour.
Celui-là s'appelle Maryse.
Lui, le coq, c'est Jack.
Et vous les mangez, M. le Président ? Non, voyons, jamais.
Ce sont des amis, mais elles me pondent des œufs.
On dit que ce discours est célèbre, mais en vérité, en le prononçant,
je n'ai pas éprouvé ce sentiment.
Tenez.
Je ne suis monté à la tribune ni pour engager de vaines querelles, ni pour
polémiquer.
Mais enfin, puisque je suis attaqué personnellement, puisque je suis
attaqué personnellement, qu'il me soit permis de justifier la doctrine du
gouvernement.
un grand malheur à la naissance de mon gouvernement.
J'ai été frappé d'exclusif par les députés socialistes avant
même qu'ils ne sachent ce que je pourrais dire ou
faire.
Ils ont décidé, en vertu d'une noble science dogmatique,
que j'étais un danger pour la classe ouvrière.
et pour la défense nationale.
Vous voulez la paix ? Moi aussi.
Mais ce n'est pas en bêlant la paix que l'on pourra faire taire le militarisme
prussien.
Ma formule est la même partout, politique intérieure, je fais la guerre
! Politique étrangère, je fais la guerre !
Je fais toujours la guerre.
Je cherche à nous maintenir en confiance avec nos alliés.
Mais si la Russie nous trahit, je continue à faire la guerre.
Si la malheureuse Roumanie est obligée de capituler, je continue à faire la
guerre.
jusqu'au dernier quart d'heure, car c'est nous qui aurons le dernier quart d
'heure.
Ce discours vous a permis de marquer un point décisif ? Non.
Non, pas vraiment.
La politique Charlotte obéit à d'autres règles.
J'étais isolé à la chambre, les députés ne m'appuyaient que du bout des lèvres.
Il fallait que je me batte en permanence.
Par ailleurs, la situation militaire était bloquée, le peuple n'en pouvait
plus. Alors naturellement, mon autorité était remise en cause.
Vous êtes payé un succès à bon marché, Clémenceau.
Il est facile de combattre jusqu'au dernier quart d'heure avec le sang des
ouvriers et des paysans.
Des centaines de milliers de Français se sont sacrifiés pour que l'Alsace
-Lorraine reste française et que le militarisme prussien soit défait. Alors
Renaudel, si vous voulez capituler devant le Bosch, soyez logique,
renversez mon gouvernement.
Ce n'est pas la question.
Allez-vous continuer à ignorer le désir de paix du pays ? Allez-vous continuer à
rester sourd aux appels des parlementaires qui traduisent le
sentiment du pays ? Mais Franklin Bouillon, le pays, le pays.
La paix, je l'avais aussi, mais je ne veux pas une paix infamante.
Je veux une paix victorieuse.
Quant aux députés dont vous êtes, ils me renouvellent sans arrêt leur confiance.
Et puis je vous rappelle messieurs qu'il suffit de me mettre en minorité à la
chambre pour que je démissionne. Et dans ce cas-là, je vous laisserai le soin de
conclure cette guerre. Voilà, je vous salue bien.
Ces attaques vous ont blessé ? Quand je me bats, je ne sens pas les coups.
Tenez, la voilà.
Elle est magnifique.
Je n'avais jamais vu des comme ça à Montréal. Il n'y en a même pas à New
York. C'est un admirateur qui m'a offert cette voiture.
J'avoue que c'est assez confortable.
Mais ne vous y pompez pas, Charlotte, je n'ai aucune fortune personnelle.
Je ne siège dans aucun conseil d'administration. Je vous crains,
monsieur le président, tous les témoins confirment.
Non, non, bravant, je m'en occupe.
Tenez, attalez-vous.
Je ne me souviens pas vous avoir autorisé à fumer, Charlotte.
Vous avez la permission.
Est-ce que vous avez réfléchi à moi demain ? Vous êtes tenace.
Oui, j'ai réfléchi. Enfin, à vrai dire, c'est plutôt Mandel qui a insisté.
Mon ami Marguerite Baldensperger accepte de vous rencontrer.
Merci.
Merci, M. le Président.
Avec Mandel, vous avez un collaborateur extraordinaire.
Ah oui ? Oui, c'est rare.
Vous avez raison.
Il m'a souvent servi de bouclier.
Je vous écoute.
Bien, alors les critiques se multiplient sur le thème où sont les résultats.
La presse socialiste vous accuse de mener une politique criminelle et vous
considère comme un danger pour la classe ouvrière.
Et la défense nationale, l'œuvre n'est pas beaucoup plus tendre.
Bref, d'ici où là, on vous reproche une politique autoritaire.
Le président du conseil agit comme un dictateur. Enfin, mais est-ce qu'il y
aura un seul journal dans ce pays pour défendre ma politique ?
Dites-moi Mandel, on vous accuse partout d'acheter la presse à coups de subsides,
de décorations, de flatteries.
Pour quel résultat ? Est-ce que vous ne seriez pas par hasard en train de
gaspiller les fonds secrets en pure perte ? Je ne crois pas, Monsieur le
Président.
D'ailleurs, nos amis vous soutiennent. Et puis, dans une démocratie, mieux vaut
connaître ses opposants.
Autant que ceux-ci s'attaquent non à la politique suivie, mais aux méthodes
utilisées, qu'ils jugent dictatoriales.
Vous êtes en train de me donner une leçon de stratégie parlementaire, là ?
Vous oubliez que j'ai près de 50 ans de pratique politique.
Alors je sais que, ici et là, vous laissez entendre que vous inspirez
toutes les décisions du gouvernement, mais rappelez-vous une chose, il n'y a
qu'un seul chef.
Vous n'êtes qu'un exécutant.
Je n'oublie rien, monsieur le président.
Mais je crois de mon devoir d'attirer votre attention sur ce qui me paraît
important.
Admettons.
Continuez à vous hausser du col auprès des parlementaires. Après tout, cette
attitude a au moins l'avantage d'attirer sur vous la critique de tous les
mécontents. Mais entre nous, rappelez-vous une chose, c'est moi et
moi seul qui gouverne.
Les propos du président étaient très injustes.
En fait, je sais qu'il a de l'affection pour vous et que vous lui êtes
indispensable. J'apprécie votre amitié, Wormsor.
Mais croyez-moi, les blessures d'amour propre sont peu de choses quand on a le
privilège de servir un géant.
Et si je peux alléger sa tâche en attirant sur moi les colères et les
frustrations, je me considère comme totalement satisfait.
Et peu m'importe qu'on colporte ce mot qu'il a sans doute pas prononcé, c'est
moi qui pète et c'est Mandel qui pue.
Tout ça ne comprend pas l'amour, la belle
amour, la vraie amour.
et qui bougent en libre encore et toujours.
Tout à coup, on prend l'amour, les petits
bécaux qu'on met autour.
Voilà pourquoi je t'en rends toujours l'amour.
Ce spade qui sort de nos usines est un appareil rapide, maniable.
Il surclasse les Albatros et les Halberstadt D des Allemands.
Avec le nouveau modèle britannique, le Sofus Kamel, il devrait nous permettre d
'assurer la maîtrise du ciel. D'autant que les difficultés d'approvisionnement
en essence et le nombre important de pilotes tués affaiblissent les
possibilités de l'ennemi.
Très bien Mordak, c'est une bonne nouvelle.
Mais il faut accélérer la fabrication.
Messieurs, dorénavant dans cette guerre, la maîtrise du ciel... sera
indispensable. Nos ingénieurs y travaillent d'arrache-pied, Monsieur le
Président.
Magnifique ! Magnifique !
Messieurs,
le ciel est à nous.
Le président aime les avions.
Allez, rejoins-nous !
Bonjour
!
J'adore danser. Aujourd'hui, c'est à Paris que tout se passe.
Vous avez vu, on est trop vraiment la jeunesse du monde entier.
Il vous faut au moins ça.
Je sens un genre de reproche dans votre ton, George.
Non, mais vous savez, depuis la fin de la guerre, les femmes n'acceptent plus
de se faire traiter différemment des hommes.
Vous comprenez?
Oui.
Manifestement, oui.
Tom, this is my friend George.
George, this is Tom de Chicago.
Nice to meet you.
Bonjour.
Le président m'a demandé de vous parler de son mariage. Enfin, plutôt son
divorce. Décidément. C'est vous qui êtes d'accord, mais... Personne ne me force,
Charlotte.
Charlotte,
s'il vous plaît.
La présidente se marie en juin 69 à New York avec une jeune américaine,
Marie Plummer.
Rapidement, ils ont trois enfants, Madeleine, Thérèse et Michel.
Elle vit en Vendée, lui à Paris.
C'est la règle.
La plupart des hommes politiques français ont une femme dans leur
circonscription, une maîtresse à Paris.
Vous voyez, on se dit vraiment effrayé.
Pardon ? Je dis que c'est vraiment effrayé.
Remarquez, c'est la même chose à Montréal. Tous les hommes se croient
tout permis.
Je raconte, je ne juge pas.
Le président a des liaisons, des aventures connues de tout Paris.
En réaction, sa femme prend un amant. Ah ! Vous connaissez la suite ? Non.
Monsieur Parthé.
Madame, je sais qui vous êtes. Le préfet est ici et votre mari également.
Bien, madame, deux solutions.
Le scandale, je crois qu'il faut l'éviter.
Ou le départ.
Ce soir, au Havre, le merneau se part pour New York, vous le prenez.
Voici vos billets.
Pas de scandale, le divorce sera prononcé plus tard.
C'est honteux.
Si vous parlez de votre comportement, madame, je crois que tout le monde
serait d'accord.
Le soir même, elle est embarquée pour New York.
Je ne vais pas me répéter, mais c'est vraiment infrayant.
C'est à moi qui vous plaît, ça.
Je reconnais que ce n'est pas le clément sur lequel je préfère, mais ne jugez
pas. Cheers.
On s'amuse ici, hein ? Oui.
On s'amuse.
Nous tenons.
Nous tiendrons, monsieur le président.
J'attends les Américains.
Mais pour l'heure, les Allemands se renforcent avec leur soldat rapatrié du
front russe. Aussi, il faut-il être vigilant et prudent.
Non.
Non, général, non ! La prudence ne peut pas tenir lieu de stratégie. Il faut se
donner le moyen de piaisser le front !
Repousser l'ennemi hors de notre territoire, c'est pour ça que j'ai pris
la tête du gouvernement.
Monsieur le Président, nous ne pourrons pas recommencer l'erreur de l'offensive
Nivelle.
Elle nous a coûté 150 000 hommes pour des gains insignifiants.
L'armée est encore convalescente.
Le feu tue, Monsieur le Président. Je sais, Pétain, je sais.
Mais le pays ne peut pas souffrir indéfiniment.
Sa cohésion ne résistera pas à une trop longue attente.
Américains, Canadiens, Australiens, mais aussi Néo-Zélandais.
Combien sont-ils exactement ? Près de 230 000, Monsieur le Président.
C'est un début.
Tous ne sont pas opérationnels. Il faut les équiper, les entraîner, les former.
Et quand sont-ils en mesure de combattre exactement ? Dans deux, trois mois.
C'est long.
Le problème, c'est que nous manquons de bateaux pour les faire venir.
Bordel activerait.
Il faut augmenter le tonnage.
Nous discutons avec les alliés pour créer un pôle, une mise en commun de
tous les bateaux alliés.
Concrètement, ça changerait quoi ? Un tel dispositif nous permettrait de faire
débarquer chaque mois 250 000 hommes.
Vers juillet, M. le Président, nous pourrons s'être au total un million.
Un million, touchant.
C'est la première bonne nouvelle depuis longtemps.
L'émenceau a passé en revue des détachements de soldats américains. Puis
le tigre s'est adressé à eux.
Salut à vous, soldats américains !
qui venaient combattre pour la liberté.
Comme jadis, Lafayette et une soignée de Français sont venus chez vous, vous
aider à conquérir votre indépendance.
Vive l'Amérique ! Vive l'amitié franco-américaine ! Lorsque Clemenceau
parle en public, ce qui frappe, c'est l'accent d'authenticité.
Non, ce qui frappe, c'est l'accent de vérité.
Le général Pershing en était bouleversé.
Il faut faire vite. Je le préviens, monsieur.
Oui, Albert ? Les Allemands se rapprochent, monsieur.
Donnez-moi mes affaires.
À chaque fois qu'on m'annonce une bonne nouvelle, c'est une catastrophe qui est
au rendez-vous.
Ah, ce pétain !
Ils ont attaqué ici, sur un front de 80 km.
Exactement entre Araf et Laferre, à la charnière des positions françaises et
anglaises. Une brèche est ouverte. Leurs avions procèdent à des bombardements
vers la région parisienne.
Dépêchez, annoncez des explosions sur Paris. Ce matin, ils ont installé un
canon de 420 qui peut atteindre la capitale, monsieur.
Bon,
allons à Compiègne.
Je veux savoir ce que Pétain envisage pour contre-attaquer.
Êtes-vous sûr que ce soit le moment, M. le Président ? Oui, Vamser.
Ce Pétain n'est pas un chef, c'est un administrateur.
Mais c'est lui qui est le commandant en chef des armées françaises du Nord-Est.
Venez, Vamser, venez.
La situation est
catastrophique.
Écoutez, si on veut s'en sortir, nous devons absolument réussir à unifier le
commandement militaire allié.
Une exception, vous savez.
Monsieur le Président, nous allons nous mettre en retard.
Si nous ne voulons pas subir une défaite majeure, M. le Président, il est
indispensable qu'une trentaine de divisions françaises viennent épauler
les troupes britanniques.
Indispensable et urgent, Foch. Il faut décider tout de suite d'envoyer des
renforts français.
Vous n'êtes pas sans savoir que cette décision ne peut être imposée à l'état
-major français que par un commandant en chef qui aurait autorité sur l'ensemble
des troupes alliées.
Le général Foch décrit avec lucidité la situation dramatique qui est la nôtre,
mais en même temps, il indique la solution.
Le commandement unique.
Je propose donc que nous nous mettions d'accord ici pour nommer le général Foch
commandant en chef des troupes alliées.
Placez les troupes de Sainte-Majesté sous un commandement français.
Et pourquoi pas un amiral français à la tête à la Royal Navy ? Du calme,
monsieur le Premier ministre, du calme.
Nous n'avons aucune mauvaise intention, nous voulons simplement gagner la guerre
ensemble.
La majorité des troupes au front est française, donc il me semble logique que
le commandant en chef le soit aussi.
Clemenceau, vous cherchez à réussir là où Bonaparte a échoué. Oh, Lloyd George.
Je ne suis pas bonapartiste, vous le savez bien.
Mais j'ai toujours été un farouche adversaire du Second Empire. Non, le
problème n'est pas là.
Le problème est de savoir si, pour une simple raison d'orgueil national, vous
êtes prêt à envisager l'écrasement des forces anglaises, alors que le
commandement unique permet de redresser la situation.
En rigueur, je pourrais consentir à la nomination du général Foch à la position
de coordinateur des troupes alliées. Mais, commandant, chef, ce n'est
vraiment pas possible.
Coordinateur ? Mais c'est très bien, ça, coordinateur.
Pas pour coordinateur.
En général.
Oui, sans crainte, monsieur le président. Le général Foch aura les
fonctions de commandant en chef. Le titre viendra après, de surcroît,
lorsque nos amis alliés auront constaté l'efficacité de son action.
Bien joué.
En quoi vous entraînez encore ? En cas de duel.
Et vous comptez vous battre ?
Pourquoi pas ? Si mon honneur était en jeu, je n'hésiterais pas un instant,
Charlotte.
Vous voulez essayer ? Oui, je veux.
Bras bien tendu, le doigt sous la gâchette.
Vous
êtes
une femme dangereuse.
Avril-mai 1918.
C'était la pire époque, Charlotte. La pire ! Les Allemands semblaient
invincibles.
Le sang coulait des deux côtés.
Mais il fallait absolument que la France reste la France.
Et pour cela, il fallait bien qu'on l'emporte.
Depuis deux mois, nous subissons des offensives que Foch s'efforce de bloquer
en déplaçant les unités.
Il a réussi à arrêter l'offensive sur la Somme.
Mais les Allemands multiplient toujours les coups de boutoir.
Foch se bat comme un lion.
Mais depuis...
Quatre jours, l'ennemi attaque à nouveau à partir du chemin des Lames et il est à
60 km de Paris.
Et que fait Pétain ? Que vous défendez toujours.
Pétain propose d'abandonner les Vosges et la Lorraine. Et comme il n'est pas
sûr de pouvoir défendre Paris, il préconise le départ du gouvernement.
La fuite à Bordeaux, comme en 1914.
Pour bien prouver à l'opinion que le gouvernement est formé de lâches qui
veulent se mettre à l'abri.
Pétain participe à l'affolement général.
Voilà tout.
D'ailleurs, à part Fauche qui conserve son sang-froid,
Les parlementaires et les militaires semblent avoir perdu tout bon sens.
C'est un sauf qui peut irrationnel.
Et pendant cela, bien sûr, les intrigues reprennent, brillant se répand partout,
en remarques acides à mon égard.
Les socialistes demandent à interpeller le gouvernement, en espérant bien
pouvoir le renverser. C'est la panique.
Et derrière toute cette agitation, dans l'ombre, se dissimule Poincaré.
Il aimerait bien avoir tombé bon gouvernement.
Ça lui permettra enfin de pouvoir jouer les premiers rôles.
Quel que soit vos désaccords avec Poincaré, je pense qu'il vous soutient
sincèrement. Eh bien, nous verrons bien.
En attendant, messieurs, dites à tout le monde que Clémenceau garde son sang
-froid et qu'il tient bon la barre.
Nous les aurons. Vous m'entendez ? Nous les aurons.
Tous les jours, le général Mordac a porté au président le total des morts et
des blessés.
Par exemple... En juin 1918, en quelques semaines, 120 000 hommes tués. Et chaque
jour, 18 000 blessés.
Boucherie. Massacre.
Les mots me manquent.
Monsieur Briand, est-ce que c'est exact qu'en mai 1918, un complot a été
organisé ? Un complot ? Non, mademoiselle.
Les Allemands menaçaient Paris.
En fait, la situation était si grave... que les présidents des deux chambres ont
jugé nécessaire de réunir quelques parlementaires afin d'examiner les
mesures pour redresser la situation.
En clair, écartez Clémenceau du pouvoir.
Depuis 1914, Clémenceau n'avait de cesse d'affaiblir les différents gouvernements
en prétextant que leurs chefs étaient des incapables.
Or, depuis son arrivée au pouvoir, lui-même n'avait obtenu aucun résultat.
Et Paris était à nouveau menacée.
Excusez-moi, il était légitime de lui réclamer des comptes. Il n'en rendait
pas au Parlement ? Formellement, il répondait aux convocations des
commissions parlementaires.
Il montait à la tribune.
Il posait même la question de confiance, persuadé que les députés n'oseraient pas
le renverser.
Bonjour. Charlotte Boussé-Jour, Marguerite Malden-Stalker.
Merci d'avoir accepté, vraiment.
Remercie Clémenceau, c'est lui qui a assisté.
Venez, avec moi.
En fait, comme vous, ma rencontre avec Clémenceau est une affaire du livre.
Je suis éditrice.
Je lui ai proposé d'éditer un livre, il a accepté, choisi comme sujet
Desmostènes. Voilà.
Marguerite, c'est... C'est un peu tout le reste qui intéresse mes lecteurs.
Ils vont être déçus.
Dès le début, il y a eu quelque chose de... très fort.
De l'amour ? Je ne pense pas que ce soit le mot exact.
Georges dit qu'il est fou d'amitié.
Il m'écrit tous les jours.
Tous les jours ? Il parle de quoi ?
Du ciel, des oiseaux, de moi. Il raconte ses pensées, dévisage le monde.
Il m'écrit des poèmes. Des poèmes ? C'est intéressant.
Et vous pouvez m'en réciter un ? Belle dame, amie.
Très belle dame et plus que charmante amie.
Oh, la plus dangereuse des madames.
Fantasque amie.
Ma toute vibrante amie.
Belle madame, amie chère. Oh, chérissime amie.
Mais ça, c'est incroyable.
Clémenceau est prévenant.
Il est présent du matin au soir, en direct ou par écrit.
Il occupe le terrain.
Exactement.
Au début, il y a un an, j'étais désespérée.
Je venais de perdre un enfant.
Il m'a dit, mettez votre main dans la mienne.
Je vous aiderai à vivre et vous m'aiderai à mourir.
J'étais bouleversée.
Vous aviez raison, elle est vraiment très belle.
N'essayez pas de me la piquer, Claude.
Oh, mon âge ! Je vous crois capable de tout.
De quoi vous parlez ? De votre livre. Ah oui, bon.
Encore un peu, monsieur le président, je commence à vous connaître.
Justement, parlons-en, au travail.
Oh non, non, Charlotte, est-ce qu'on pourrait pas attendre la fin du repas ?
Et une petite question.
Je voulais juste savoir, est-ce que vous vous souvenez quand la situation
militaire s'est retournée ? Oui.
Très exactement le 9 août 1918.
Attendez, vous m'avez déjà évoqué la situation quasi désespérée de mai 1918,
et là vous me parlez de victoire.
Comment le miracle s'est produit ? Le miracle ? Il n'y a pas de miracle.
Je ne crois pas au miracle, Charlotte. Non, simplement, à l'été 1918, la
situation a changé.
Les Boches ont lancé une cinquième offensive. Cette fois, nous avons pu la
briser. Et grâce au renfort américain et au char, Nous avons déclenché la contre
-offensive. Pour la première fois, nous avons repris du terrain, fait des
milliers de prisonniers.
Messieurs, les Allemands reculent.
Oh, ce succès n'a rien de décisif, mon général.
Depuis, notre avance est à nouveau stoppée. Attendez, Jeannet.
Foch est désormais assuré de la supériorité en combattant et en
matériel. Avions, chars, artillerie, nous nous imposons dans tous les
domaines.
Foch a mené hier une attaque qui s'est traduite d'emblée par une forte avance.
Le dégagement de Paris est de très lourdes pertes pour l'armée allemande.
Non. Nos experts sont formels.
L'adversaire n'est plus en état de réagir.
En d'autres termes, l'espoir a changé de camp.
Messieurs, peut-être enfin touchons-nous au terme des sacrifices consentis par
les Français.
Ce sera d'abord votre victoire, Monsieur le Président.
Par bleu, Wilson peut jouer les généreux.
Les Américains ont vu la guerre de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce ne sont pas leurs soldats qui sont tombés par centaines de milliers.
Ils ne sont arrivés que pour cueillir les lauriers de la victoire. Mais non,
monsieur le président, non, je ne suis pas d'accord.
Leur aide a été indispensable.
C'est grâce à leur renfort que le sort de la guerre a basculé.
Ce qui m'inquiète, en revanche, c'est qu'ils veulent signer une paix séparée
sans nous consulter.
Cette demande d'armistice n'est qu'une manœuvre destinée à gagner du temps.
Il faut refuser toute discussion tant que l'ennemi n'a pas été chassé d'Alsace
-Lorraine et vaincu sur son propre territoire.
Il faut demander à Foch de transformer en déroute le recul allemand.
Monsieur le Président, nos soldats sont fatigués. Les Français aussi. Ils sont
là d'une guerre qui n'a que trop duré.
Si les Allemands demandent l'armistice, c'est qu'ils admettent leur défaite et
nous sommes en mesure de leur imposer nos conditions. Alors je ne veux pas
faire durer la guerre un jour de plus.
Je ne veux pas sacrifier une vie supplémentaire pour satisfaire l'orgueil
national.
Vous savez
ce
que Poincaré ose m'écrire ? Que ma décision d'accepter la demande d
'armistice allemande risque de couper les jarrets à nos troupes.
Malgré ça, vous savez bien que Poincaré reconnaît que vous êtes l'artisan de la
victoire.
Un regret.
Il ne me pardonne pas ma popularité.
Cette lettre, c'est une façon pour lui de prendre date. Si jamais l'armistice
provoque des déceptions, il ressortira son petit dossier et il affirmera
partout qu'il m'avait prévenu.
Cet homme a un dossier à la place du cœur. C'est un esprit étroit. C'est un
tempérament de pisse-froid.
Qu'allez-vous faire ? Qu'est-ce que je vais faire, mes pare-bleus ? Je vais lui
répondre.
Je vais lui rappeler que son bilan ne l'autorise pas à me donner des conseils
et s'il ne retire pas sa lettre, je lui fiche ma démission.
Pas démissionner au moment où la victoire vous donne raison.
Je vais me gêner.
Messieurs. Les députés de la République, l'armistice a été signé ce matin à 5
heures par le maréchal Foch,
l'amiral Wimis et les plénipotentiaires allemands.
Bravo ! On peut
sembler qu'en cette heure, cette heure terrible, grande et
magnifique,
Mon devoir est accompli.
Un mot encore.
Au nom du peuple français, au nom de la République française,
j'envoie le salut de la France, une et indivisible, à l'Alsace et la Lorraine
retrouvées.
Bravo ! Bravo ! Bravo !
Ensuite... Ensuite...
Je veux saluer nos morts.
Ils sont grands.
C'est eux qui ont fait notre victoire.
Quant aux vivants, qu'ils soient salués d'avance.
Nous les attendons pour la grande œuvre de reconstruction sociale.
Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, Aujourd'hui, soldat de l'humanité
sera pour toujours le soldat de l'idéal.
La Chambre des députés a adopté par 427 voix contre une la
proposition de loi suivante, déjà adoptée à l'unanimité au Sénat.
Article 1er. Les armées et leurs chefs, le gouvernement de la République, le
citoyen Georges Clémenceau, président du Conseil et ministre de la Guerre, le
maréchal Fauche, généralissime des armées alliées, ont bien mérité de la
patrie. Article 2, le texte de la présente loi sera gravé pour devenir
permanent dans toutes les mairies et les écoles de la République.
Sous-titres par Jérémy Diaz
Très bien.
Madame. Monsieur.
C'est incroyable ce service, hein, cette discrétion.
Et moi aussi, vous êtes toujours rapprochés de votre train de vie, non ?
C'est le seul point sur lequel je n'ai jamais cédé.
Je ne... En fait... Merci.
En fait, vous êtes...
L'homme qu'il connaît le mieux.
Je l'admire depuis toujours.
Il a toujours incarné la République.
Et vous le connaissez depuis quand ? 1898.
Là, il est avec Zola.
Clémenceau dirige l'Aurore, un journal quotidien.
On est en pleine affaire Dreyfus.
Franaisie antisémite.
Ce jour-là, Zola propose sa célèbre lettre ouverte. J'accuse.
Tous les rédacteurs étaient contre.
Clémenceau décide seul de la publier.
Son courage, sa grandeur.
Lorsque le jeune juif que j'étais a lu ce numéro de l'aurore, il est devenu
clémenciste.
Zola et Clémenceau, ça avait de l'allure.
Pour aujourd'hui, j'en ai assez dit. Concentrons-nous sur le lièvre royal.
C'est bon !
C'est délicieux.
Et dites-moi, Georges, à part vous, qui peut me parler de cette époque ? N
'arrêtez donc jamais.
Vous voyez, de l'enblume, de ma part.
Charlotte, beau séjour.
Bonjour.
Léon Blum.
Mais vous qui avez participé au combat de l'affaire Dreyfus, vous pouvez me
dire quel rôle a joué Clémenceau ? À l'époque, j'étais surtout aux côtés de
Jaurès, qui a été avec Zola l'âme du combat.
Mais Clémenceau a été le stratège politique de la défense de Dreyfus, sans
cesse sur la brèche, toujours en première ligne du combat.
Et il se battait comment concrètement ? Mais en publiant j'accuse, Il a lancé un
défi à l'armée, la justice, l'Église, au gouvernement.
Lorsque Zola et l'Aurore sont poursuivis en justice, ils plaident pour le
journal, aux côtés de Maître Laboré qui défend Zola. Il attaque.
Donc, il avait compris qu'avec Dreyfus, c'est l'innocence qui était condamnée au
nom de la raison d'État.
Détrompez-vous.
Comme moi, au début, il a cru Dreyfus coupable.
Ah. Ce n'est qu'à l'automne 1897, trois ans après la condamnation de Dreyfus, qu
'il se convainc, après des conversations avec Mathieu Dreyfus et Lucien R., de l
'innocence du condamné.
Mais alors, à partir de là, il se jette tout entier dans la bataille pour la
révision du procès.
Comment vous expliquez la vigueur de son engagement ? Peut-être le fait que lui
-même avait souffert des accusations injustes à l'époque du scandale de
Panama.
Clémenceau n'a jamais été de mes amis, mais il faut lui reconnaître une
véritable passion pour la justice et la vérité, une sorte de rage de prouver le
vrai. Et puis, l'antisémitisme effraie le républicain qu'il est.
Si bien qu'avant Jaurès, avant le Parti Socialiste, il s'engage pour
Dreyfus. C'est un républicain irréprochable.
Quel homme quand même.
Oui, c'est vrai.
Mais moi, mademoiselle, je préfère Jaurès.
Je commence à maîtriser mon personnage.
En permanence, je confronte son point de vue avec les contradicteurs et les
témoins. Il a fini par accepter ma manière de l'interroger sans
complaisance. Il a été journaliste et écrivain. Il a du respect pour ceux qui
m'animent la plume.
Et puis, il est délicieusement gaulois.
Galant, courtois, mais toujours un peu sexiste.
Il me fait confiance, mais me surveille.
Mandel m'avait dit, Clémenceau... On le hait ou on l'adore.
Moi, je l'adore.
Et voilà.
Le plus bel endroit du monde.
Non ? Oui.
Ah, mais au fond, si vous pouvez profiter de la Vendée, c'est grâce à des
chanels.
Faites des progrès, Charlotte.
Je vois que maintenant, vous connaissez bien la vie politique française.
Des chanels.
Ce mannequin a passé sa vie à cultiver les amitiés pour accéder un jour à l
'Elysée, et quelques mois après son élection, il est devenu gâteux, il a dû
démissionner. Ah, vous le méprisez vraiment, hein ? Vous savez que le
président l'a affronté en duel en 1894.
Sérieusement ? Eh, parbleu.
Ce galopin venait d'être élu député, et voilà qu'à la Chambre, il m'accuse de
servir un État étranger.
Alors je lui ai répondu dans mon journal, la justice.
Je lui ai dit qu'il était un menteur et un lâche. C'est excitant.
Oui, ça l'a contraint au duel.
Nos témoins avaient délimité un grand terrain.
Paul Deschanel arrive, portant beau, l'air martial, viril.
Nous mettons bas la bille et nous sortons nos lardoirs.
Vous voyez, j'avance, il recule, j'avance encore, il recule. Attention,
attention, je marche et je remarche. Et voilà mon Deschanel qui sort du terrain.
Alors je lui dis.
« Dis donc Deschanel, vous nous quittez déjà ? » Je reviens à notre point de
départ, on recommence, même manège.
À ce moment-là, on s'aperçoit que le député a été blessé au front et au coin
de l'œil, sans savoir très bien s'il s'est jeté sur mon épée ou s'il s'est
blessé avec la sienne par maladresse.
C'est un spectacle assez ridicule.
Voilà mon duel, Charlotte, et j'avoue que je n'en suis pas fier.
Vous avez vu, Monsieur le Président, qu'on jase dans Paris.
On jase ? Oui.
Ça veut dire qu'on me prête encore un peu de pouvoir de séduction.
Qu'ils jasent, nom de Dieu, qu'ils jasent.
Finalement, la guerre s'est terminée ici.
Le 28 juin 1919.
Les représentants des gouvernements qui avaient déclaré la guerre à l'Allemagne
ont enfin signé le traité de paix.
La garde républicaine en grande tenue accueillait les délégations qui
gagnaient ensuite la galerie des glaces.
Il y avait une foule de journalistes, de diplomates, de militaires, d'anciens
combattants.
Monsieur le Président, pour la photo.
C'est vrai, je l'avais promis.
Vous avez de la suite dans les idées, Charlotte.
Merci. Merci, M. le Président. Merci, sans vous... Merci.
Sur la photo de Versailles, vous êtes tous tellement amicals et souriants.
Ah oui ? En fait,
on était soulagés.
Nous éprouvions beaucoup de respect les uns envers les autres. Chaque délégué
défendait ses convictions, l'intérêt de son pays.
Vous savez quand même que certains vous reprochent de vous être laissé manœuvrer
par les Anglais et les Américains.
C'est ridicule.
La France n'a pas gagné seule.
Nos alliés américains et britanniques ont combattu à nos côtés. Eux aussi sont
les vainqueurs.
Et en vérité, Charlotte, s'il n'y avait pas eu la pointe des Américains, Nous n
'aurions pas pu l'emporter.
Alors il fallait bien passer des compromis.
Et dans un compromis, on ne peut pas gagner sur tous les tableaux.
Soit.
Mais quand certains de vos adversaires vous accusent d'avoir négocié seul, sans
vous appuyer ni sur le Parlement ou l'opinion, donc ça a forcément affaibli
votre position.
M'appuyer sur quoi ? Sur qui ? Dans la droite nationaliste qui me reprochait de
sacrifier les intérêts nationaux ?
ou sur les socialistes qui, comme d'habitude, se sont déchaînés parce qu
'ils pensaient que je ne cédais pas suffisamment à l'idéalisme de Wilson.
D'ailleurs, ce déchaînement de violence m'a valu de gros ennuis.
Il a armé le bras d'un assassin.
Monsieur le Président ! Monsieur le Président ! Répondez-moi ! On a tué
Clemenceau ! Il a vraiment cru mort ? Charlotte, trois balles dans le corps, c
'est pas rien.
Il en a d'ailleurs une toujours près du cœur.
En somme, il ne s'y a pas en place.
En voyageant, il mesure le rapport de la France au monde.
Il élargit son horizon.
Clemenceau est un anticonformiste.
Comparez-le aux autres dirigeants politiques, ils détonnent.
Léon Blum dit la même chose. Il dit que Clemenceau est un homme libre.
Blum dit vrai ? Vous voyez son rapport à l'argent ?
Ah ben justement, dans l'affaire du panamand, est-ce qu'il a touché... Non,
non, mensonge.
Calomnie, calomnie, Charlotte.
Le président est riche de défauts, mais il n'a pas un fifrelin.
Pour voyager, il donne des conférences, pour vivre, il écrit des articles, des
livres.
D'autant que vous allez se pour en parler qu'il me reproche toujours mon
train de vie.
Oui, ça c'est vrai.
J'attaque le dernier chapitre, monsieur le président.
Laissez tomber le président.
Tenez assis, vous.
Au début de la Troisième République, vous êtes un homme d'extrême-gauche,
puis vous attirez la règle des socialistes, et c'est à droite que vous
trouvez vos principaux soutiens.
Pourquoi vous avez changé ? Je n'ai pas changé, Charlotte. C'est le monde qui a
changé, en près de 50 ans.
En fait, je ne suis ni de droite ni de gauche.
Je suis républicain. J'ai toujours été.
Je suis un fils de la Révolution française, de ses valeurs, de ses
principes. Y compris celle de la terreur et de la guillotine ? Oui, bien sûr.
Je ne fais pas le tri.
Merci, Albert.
Je vais servir.
La Révolution française est un bloc, sans la terreur. Comment aurait-elle
fait pour préserver ses acquis, ses conquêtes, ses principes ? Mais bien
sûr, en tant qu'homme, en tant que médecin, je suis respectueux de la vie
humaine.
Mais lorsque la patrie est en danger, nécessiter fait loi.
Bien.
Et comment appliquer ces principes ?
Alors que de 1906 à 1909, quand vous êtes président du conseil, vous réprimez
les grèves, les manifestations ouvrières, puis celles des viticulteurs
de midi. J'ai combattu la droite parce qu'elle voulait nous ramener à l'ancien
régime. Mais je me suis aussi battu contre les socialistes et les
anarchistes parce qu'ils voulaient abattre la république bourgeoise, comme
ils disaient.
Je n'aime ni les couvents cléricaux, ni les casernes socialistes.
J'ai rencontré Briand.
Il affirme que votre principal échec, c'est d'avoir raté la paix.
Brouillant est un imbécile, notez-le.
Le retour dans cette assemblée des représentants de l'Alsace et de la
Lorraine marque une ère nouvelle et magnifique de notre histoire.
Ils reviennent enfin parmi nous, après de longues souffrances supportées avec
une énergie et une fidélité admirables.
Nos bras s'ouvrent tout grands pour les recevoir.
La parole est à monsieur le président du conseil.
Frères d'Alsace et de Lorraine, la France vous reçoit sur son cœur.
D'une terrible histoire de larmes et de sang, vous avez fait jaillir une
allégresse, une douceur infinie.
C'est que, unis ou séparés, nous étions, nous ne pouvions cesser d'être la
France.
C'est que...
vous aviez emporté avec vous un peu de la France.
Et c'est de la France toujours, préservée de la souillure ennemie, que
vous rapportez des jours de servitude dont vous avez su faire des jours de
fierté.
Est-ce espérer trop que de vouloir que le jour de l'Alsace et de la Lorraine
retrouvés s'achève dans la résolution confiante ?
d'un vieux peuple renouvelé.
Point de relâche ! Point de veine querelle ! La France à refaire !
Attends-nous !
Vive la France ! Cette séance a été un véritable triomphe.
Clemenceau s'est persuadé que les parlementaires comptaient sur lui et il
a décidé de se laisser porter à la présidence de la République.
Briand laisse entendre qu'il a organisé la défaite de Clemenceau ? C'est vrai.
Clemenceau n'a pas voulu faire campagne, tout à ses responsabilités
gouvernementales. Briand a en effet mobilisé contre lui tous les
parlementaires.
Et alors la popularité de Clemenceau ? Briand a été habile, machiavélique.
A tous, il a assuré que Clémenceau sera un président autoritaire qui imposerait
sa loi au Parlement, si bien que lors d'un vote préparatoire, les élus lui ont
préféré les Chanel.
Immédiatement, Clémenceau a retiré sa candidature et démissionné de la
présidence du Conseil.
Je suis ulcéré.
Vous préférez Deschanel alors que vous avez sauvé le pays ? Que la plupart des
députés se sont fait élire en mettant en avant votre nom ? Que vous êtes naïf,
mon fidèle ami.
Vous savez pourtant bien qu'en politique, la première règle de l
'action, c'est la gratitude.
La loyauté s'efface devant l'ambition.
C'est égal.
Ces votants se sont déconsidérés.
Leur petit test, c'est une humiliation pour le pays.
À l'avenir.
Je me suis placé sans effort au-dessus de tout cela.
J'en ai trop vu, mon cher Claude.
Rien ne peut plus m'affecter dans le monde politique.
Je pense que Deschanel, atteint de troubles mentaux, a été contraint de
démissionner. Ça, c'est l'ironie de l'histoire, mon cher Claude.
Briand a fait toute sa campagne en annonçant que je deviendrais gâteux.
Mais finalement, c'est son candidat qui a connu ce coup du sort.
Franchement, Georges, après un si grand rôle, vous n'éprouvez pas de l'amertume
à être sans action sur les choses ? Sans action, sans action, comme vous y allez.
Je surveille la mer, qui a l'air de ne pas pouvoir dire ce qu'elle voudrait.
Je dialogue avec mes iris, les anémones rouges, les bergeronnettes.
les oiseaux de mer qui cielent le ciel, et par-dessus tout, avec le créateur du
monde qui ne comprend rien à ce qu'il a fait et qui attendait nous pauvres
mortels que nous lui expliquions.
Vous-même n'avez-vous pas ressenti un sentiment d'irritation devant les
mesures prises par le nouveau gouvernement ? Un lamisli de cailloux ou
l'aise de marbre ? Ah, mais si Caillou était empereur, je lui demanderais une
place de garde-champette honoraire pour être mieux placé aux cérémonies.
Et ?
Vous, comment vont vos yeux ? Comme les vôtres, un peu mieux, guérissent
lentement. Mais je conserve mes verres fumés parce qu'ils me donnent un air de
fausse ressemblance avec vous.
Enfin, beaucoup mieux, naturellement.
Tiens, à propos, expliquez-moi donc pourquoi les volets de ma fenêtre ont
cet air effrité et pas ceux des autres pièces.
Ah,
si vous étiez un peintre, un vrai peintre, vous me le diriez.
J'ai promis.
Mais pas avant.
que vous m'ayez offert le déjeuner.
Vous avez raison, vieux crabe.
Je vais vous faire goûter un petit vin qui me procure un secret. Un de mes
amis, voilà.
Prenons son frivolité de ce monde et tournons-nous vers les valeurs sûres.
Après, nous parlerons de vos prochaines toiles.
Les nouvelles de Charlotte ? Son livre est presque terminé. Elle va nous
rejoindre.
Elle va nous manquer après son départ.
Peut-être.
Au lendemain de Versailles, le traité n'a plus guère de défenseurs.
Le président américain n'a pas pu le faire ratifier par le Congrès.
Le Premier ministre britannique Lloyd George a été battu aux élections d'après
-guerre. Les manceaux ne gouvernent plus à Paris.
Et à Berlin, c'est la révolution, c'est le chaos, la crise qui ruine tous nos
efforts.
Alors, la paix, la paix.
Nous l'avons toujours voulu, la paix.
Nous la voulons encore.
Il faut reconstruire le pays par la paix, dans la paix.
Mais ne nous leurrons pas, c'est pas en bêlant la paix que nous l'obtiendrons.
Partout dans l'Europe d'aujourd'hui renaissent des dangers que nous croyions
écartés. Les démocraties sont fragiles, elles sont en butte à des apprentis
dictateurs. En Allemagne, le militarisme prussien gagne du terrain.
Les Anglais ne rêvent que de commercer avec les anciens ennemis. Alors mes
amis, mes amis, si nous voulons sauver la paix, il faut être forts.
Il faut galvaniser le pays.
Et surtout, il ne faut pas s'abriter derrière l'illusoire protection d'une
société des nations impuissantes.
Regardez nos enfants.
Ils ont envie de grandir dans une France tranquille, verdoyante.
Et surtout, de grandir dans une France
en paix. Voilà. Et c'est pour ça que je vous propose maintenant de lever nos
veines.
et de boire à la santé de notre beau pays, à toutes ces belles femmes.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.