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La victime est de sexe féminin, je dirais âgée d'environ 25 ans.
Elle porte une blouse de travail et des sous-vêtements
en dentelle.
La victime est allongée sur le dos, la tête légèrement inclinée du côté
droit.
au niveau de la nuque ayant occasionné une hémorragie.
À un mètre dix du pied gauche de la
victime, un tisonnier supportant des traces de sang, probablement l'arme du
crime. Rosalie Bardet était l'apprentie de Marcia Gallo.
Marcia Gallo, la céramiste qui a explosé l'an dernier à Beaubourg ? Elle-même. On
lui recommandait cette série de jarres en houlu.
Présidence, ministère, showbiz, belle clientèle.
Je ne vois aucun système d'alarme. C'est normal, on a vérifié, il n'y en a pas.
Bien, apparemment le vol n'est pas le mobile.
Je viens de parler avec Marcia Gallo, elle m'affirme que rien ne manque dans l
'atelier, pas d'argent, pas d'oeuvres.
Qui a prévenu le commissariat ? Un voisin, un certain Léon Carreau.
De son balcon, il y a une vue plongeante sur l'atelier.
Ah bah oui, en tout cas maintenant c'est fini, on va plus rincer l'oeil.
Commandant ?
Madame Gallo et son compagnon vous attendent dans le bureau à côté. D
'accord.
J'ai quitté l'atelier vers 20h en même temps que Rosalie.
Je savais qu'elle reviendrait travailler ici après son dîner.
Et vous avez laissé seule votre apprentie dans votre atelier, avec
toutes ses pièces de valeur.
Ça faisait 4 ans que Rosalie travaillait avec moi.
J'avais une totale confiance en elle.
Vous deviez être très proche ? D'un point de vue personnel, non.
Professionnellement, nous étions très complémentaires. Elle était très
autonome.
Je lui avais confié les dernières commandes pour me consacrer à mon
exposition.
Vous entendre, Rosalie Bardet était irremplaçable.
En tant que céramiste, en effet.
Elle était de loin la meilleure apprentie que j'ai jamais eue.
Et vous, monsieur Gildas ?
Quel rapport vous aviez avec la victime ? Aucun.
Ça se limitait à bonjour, bonsoir quand je passais voir Marcia. C'est curieux,
je me faisais une idée plus chaleureuse des relations entre artistes.
Je suis agent immobilier.
C'est la femme que j'aime qui est artiste.
Je vais vous demander de bien vouloir nous accompagner au quai des Orfèvres
pour votre déposition.
Je t'accompagne mon amour.
C'est pas la peine.
Alors regardez, ici je vois tout ce qui se passe dans l'atelier de Martia.
Et c'est de cette fenêtre que vous avez découvert le corps de Rosalie Bardet ?
Quand j'ai vu le sang, j'ai tout de suite appelé la police.
Cette nuit, vous n'avez rien entendu de suspect ? Je n'étais pas chez moi.
J'ai joué au tarot avec des copains à la butte aux cailles.
Je suis rentré vers 7h du mat.
Pas très frais.
Vous connaissiez bien la victime ? Vous savez, ici c'est un peu comme un petit
village. On se connaît tous plus ou moins.
C'est vrai que la plastique de Rosalie Bardet encourageait à faire
connaissance, n'est-ce pas ? Ah oui, c'est ça.
Vous les connaissiez des ennemis ? À peu près toutes les bonnes femmes du coin, y
compris la mienne.
Non, je plaisante, je plaisante. Mais c'est vrai que c'était une très belle
fille. Et pas du tout Jean Farouche.
Et ça a marché ? Ah, no.
Je dis pas que ça m'aurait pas plu, mais je crois qu'elle a préféré les petits
jeunes. Ah.
Vous avez des noms ? Alors moi, les ragots.
Et vous allez faire un petit effort.
J'ai pas demandé à Martien.
Je sais pas s'il y avait pas une histoire de fesses, mais en tout cas, ça
s'engueulait sec ces derniers temps.
Entre Martien Gallo et Rosalie Bardet.
Ça faisait longtemps que vous partagez cet appartement avec Rosalie ? Deux ans.
Ça se passait bien ? Très bien.
C'est bizarre, mais c'est comme ça.
Pourquoi bizarre ?
Quand
on a emménagé ensemble, on se connaissait pas, Rosalie et moi.
On s'est rencontrés en mettant des petites annonces.
Boulevard Sébastopol.
On cherchait toutes les deux un studio.
On atterrit ici.
Le parc.
Dolce Vita.
Folies.
Elle passait sa vie en boîte, votre copine. Vous sortiez souvent avec elle ?
Non. Les boîtes comme ça, c'est pas mon trip.
Ah bon ? Vous étiez où hier soir ? À Cochin.
Je faisais un remplacement, je suis être souriante.
Cisco, viens voir.
Arrête de t'éparpiller, tu passes pour une salope.
J'ai honte de toi.
Ça va mal finir, méfie-toi.
Avec tous ces mails mis bout à bout, il y a de quoi écrire un roman.
Elle avait un petit ami, votre copine ? Non, je... Plusieurs apparemment, non ?
Si j'ai bien compris, d'après ce que m'ont dit ses collègues artistes... On s
'est signé S.
Dorcé.
Stéphane Dorcé.
C'est l'ami d'enfance de Rosalie.
Il l'avait tout pris d'ici, puis t'as un page de la main d'or.
C'est sympa le copain d'enfance.
C'est à elle le calepin ? Oui.
Qu'est-ce que vous faites ? C'est pas à vous ? C'est pas à moi non plus.
J'ai besoin de l'enquête.
Pardon.
Capitaine Siskowski ? Oui, oui.
C'est grave ou non ? Vous avez téléphoné à ma femme ? Très bien, j'arrive tout de
suite.
C'est la petite, elle a glissé dans la cour, elle s'est fait mal, rien de
grave, mais ils veulent l'amener à l'hôpital pour faire un examen. Voilà,
évidemment, Mario, il est bordé.
Tiens. Bon, vas-y.
Qu'est-ce que t'attends ? Allez, allez.
Tiens-moi au courant, hein.
Enfin, seul.
Bon, j'ai rien dit.
Hein ? C'est mieux ?
Pourquoi tous vos voisins affirment que vous entreteniez des rapports
conflictuels avec votre apprenti ? Des histoires de temps de prise, de chauffe,
de couleur, de température.
Alors les hurlements, cris et engueulades, c'était juste des
désaccords sur des questions techniques ? En plus des commandes, une exposition
pour les jardins du Sénat.
C'est beaucoup de travail et de stress.
Que vous faisiez subir à votre apprenti ? Oui, c'est vrai, je lui mettais la
pression.
Comme Rosalie avait un fort caractère, elle le supportait mal.
Madame Gallo, la dégradation de vos rapports avec votre apprentie n'était
-elle vraiment que de nature professionnelle ? Rosalie était une très
jolie femme.
Et elle ne se privait pas d'en faire profiter les autres.
Sa vie sexuelle ne me regardait pas.
Et moi, je vis avec Frédéric depuis six mois.
Et tout se passe bien dans votre couple ? Oui.
Pourquoi ? Votre compagnon est un homme très séduisant.
Frédéric n'était pas sensible aux charmes de Rosalie.
Une dernière chose, où étiez-vous la soirée et nuit dernière ? Chez moi,
avec Frédéric.
Très bien, je vous remercie.
Oui, Cisco, je lui dis, d'accord.
L'important, c'est qu'Amandine n'ait rien.
Oui, oui, je lui dis.
Bon, c'est Cisco.
Il doit aller caser sa fille chez une copine. Il s'excuse, mais il m'a dit de
te le dire. Pas de problème.
Tant mieux, parce que là, c'est simplement la phase d'entraînement.
Son ex, Mario, elle s'en va à New York pour monter un resto et elle confie à
Mandy la Cisco.
Tu veux dire qu'il va avoir la garde exclusive de sa fille ? Pour l'instant,
oui, mais Mandy, elle est encore petite.
Je ne sais pas comment il va faire.
Comme une mère.
Une mère ? Oui.
Rosalie et moi, on était amis depuis l'enfance.
On a quasiment été élevés ensemble.
On est montés à Paris en même temps.
Quelle est votre profession, monsieur d'Orsay ? Je suis prof d'anglais en
collège.
Beau métier, en vérité.
Si vous laissez tout de même le temps de vous consacrer à Rosalie Bardet... Sans
réciprocité, hélas.
Quand Rosalie ne travaillait pas, elle sortait beaucoup, non ? Elle faisait pas
mal de rencontres amoureuses.
Ça laissait pas beaucoup de place à l'amitié, ça ? Elle faisait des
rencontres, moi, c'est tout.
Ses hommes ne comptaient pas pour elle.
Ouais, ouais.
Elle a eu le sexe et elle a eu l'amour.
À partir du moment où le contrat vous convenait.
On n'avait pas besoin de... de rapports physiques pour se prouver qu'on s
'aimait.
Relation pure et chaste qui vous honore.
Monsieur ? Mais qui en avait donné le ton ? Vous ou Mademoiselle Bardet ?
Ce ne sont pas des choses qu'on décide.
C'était évident.
Oui, une évidence qui ne vous empêchait pas de juger et même de condamner la
conduite de Rosalie Bardet.
Oui, non.
107 mêles en l'espace d'un mois.
107 mêles où vous traitez votre amie de salope.
C'est pas très amical, ça, comme relation évidente.
Je voulais la faire réagir et coucher tous les soirs avec un mec différent. C
'était n'importe quoi. Ça suffit, maintenant.
Tu es allé trop loin. Tu vas tomber ordre des doigts.
Vous voyez, vous nous expliquez en quoi Rosalie Bardet avait dépassé les bornes.
Selon vous.
Elle m'a dit qu'elle avait une liaison avec l'ami de sa patronne, Marcia Gallo.
Frédéric Gildas ? Elle ne l'aimait pas.
Elle couchait avec lui pour rien.
Mais si Marcia Gallo savait que son apprenti sortait avec son fiancé,
pourquoi ne pas la virer ? Parce que l'artiste a besoin de son instrument.
En l'occurrence, Rosalie, pour honorer ses commandes. Le boulot, c'est tout
pour Marcia.
Elle a quitté l'île à 16 ans sans un sou pour venir faire les beaux-arts à Paris.
Aujourd'hui, elle est reconnue dans toute l'Europe.
Et l'auteur des mails ? Un ami de longue date, Stéphane Dorset, qui néanmoins a
nourri une certaine jalousie, empreinte de frustration à l'encontre de ses
nombreux amants.
Il aurait tué Rosalie par dépit ? Faut voir son alibi, hein ?
Il a passé la soirée à une réunion syndicale et il serait rentré chez lui
vers 3h du matin.
Vous me vérifiez ça, Lefebvre ? Et du côté d'Anne Languet, la colocataire de
Rosalie ? Ah, j'avoue, j'ai pris une veste.
C'est-à-dire ? Mais tu m'as dit qu'elle avait l'air attachée, la victime.
Ouais, non, mais elle est hors-jeu. J'ai appelé Cochin, ils ont confirmé son
alibi. Elle arrête pas de bosser.
Désolé, hein, je... La pote qui devait garder ma fille est arrivée une heure en
retard, après j'ai dû lui chanter des chansons. Enfin, pas ma pote. C'est ce
qu'on trouve, va bien, stalez-vous.
Tiens.
Tu préfères celui-là ? Oui.
Je vais manger un petit bout, ça va ? Vous m'avez pris pour un pauvre ou quoi
? Non !
Cisco,
si vous avez besoin d'un peu plus de temps en ce moment... Un peu plus de
temps ? Pour vous occuper d'Amandine ? Non, pas du tout. Là, c'était juste un
imprévu, mais ça ne se reproduira plus. Non, mais je vous remercie.
Oui ? Oui, c'est Inès.
Ah, très bien, oui.
A tout de suite.
Je suis attendu pour l'autopsie.
Je vais. A tout à l'heure.
Jean-Louis, Lefebvre, vous allez aller voir le petit copain de Marcia Gallo. Il
nous a menti au sujet de sa relation avec Rosalie Bardet.
Et moi ? Je croyais que vous alliez profiter de votre après-midi pour
Amandine. Ah mais pas du tout.
Travailler ne m'empêche pas de m'occuper de mon enfant et vice-versa. Ben prends
ma place.
Ah, ça c'est une bonne idée.
Bon, ouais.
Je n'ai couché qu'une seule fois avec Rosalie.
Ça veut pas dire que je la connaissais bien.
Et si c'est ce que vous voulez savoir... Marcia est
au courant.
Pourquoi ne pas avoir dit la vérité tout de suite ? Parce que j'ai 44 ans, que
Frédéric en a 28 et que pour vous c'était normal que je prenne mal toute
cette histoire.
Comment vous avez appris ça ? C'est moi qui lui ai dit.
Belle preuve d'amour. Je l'ai pris comme telle.
Vous avez pris ça comment de la part de Rosalie ? Même si c'est difficile à
croire, j'en ai pas voulu.
Effectivement, c'est difficile à croire.
J'aurais préféré que ça n'arrive pas.
Et quand j'ai rencontré Frédéric, je savais qu'un jour, il pourrait partir
avec une femme plus jeune, alors Rosalie ou une autre... Marcia sait que je l
'aime.
Je l'aime plus que tout.
Une dernière question.
Récemment, vous avez reçu un ami ou...
Ou de la famille, non ? Euh, non.
Non.
Bon.
Merci.
Mais, euh... Vous vous maintenez à voir passer la dernière nuit ici ? Oui.
Ensemble ? Oui.
Ok. Au revoir.
Dis-moi, t'as vu la couette sur le canapé ? Ça pue l'embrouille à 10 km,
ça.
Et puis, t'as vu comme moi, elle a pas voulu qu'il la touche.
Il s'aime, ça se voit.
Quoi, ça se voit ? Ce que je vois, moi, c'est qu'il nous pointe pour des cons,
oui.
Au coup de la bonne femme qui applaudit des deux mains en voyant son gigolo se
taper une fille plus jeune qu'elle, je marche pas, moi.
Là, bonne femme.
Oui. Ah oui, c'est bien. Le gigolo, hein. Oui.
Super. Tu nous voyais comme ça, en fait, Mario et moi.
Quoi, mais quel rapport ? Non, viens, t'as raison, on avait pas 16 ans d
'écart, on en avait 20.
Qu'est-ce que tu me fais, là ? D'abord, vous êtes séparés depuis un bail, et
puis en plus, je parlais pas de vous, là. C'est bon, allez, écoute, arrête tes
conneries, parce que tu dis n'importe quoi, tu sais pas de quoi tu parles,
alors. Oui, c'est ça, rigole.
Pour moi, ben, Marcia, elle est comme Mario, tu vois.
Elle est lucide, donc elle est digne de respect.
Ce qui me fait marrer, c'est que tu te sentes obligé de protéger Mario, alors
qu'en fait, tu lui en veux à mort.
Pas du tout, pas du tout ! Je comprends pas, c'est tout.
Je ne comprends pas qu'elle soit partie comme ça, qu'elle m'ait abandonné, qu
'elle ait abandonné sa fille. Je ne pensais pas qu'elle fait un truc pareil.
Elle n'a pas abandonné sa fille.
Elle est partie pour son boulot un an. Elle te confie Amandine. C'est quand
même très différent, non ? Bon, remarque, je comprends que tu flippes un
peu.
Déjà, une bonne femme toute seule, élever son môme, c'est compliqué. Mais
alors un père célibataire, là, c'est carrément l'enfer.
Merci. Quoi ? Rien, rien. Je te remercie. Ça me remonte le moral.
La demoiselle est morte des suites d'une hémorragie cérébrale causée par quatre
coups portés au niveau de la C2 et de la C3.
J'ai comparé les éclats de métal altérés prélevés sur les plaies avec ceux de la
barre de fer que vous avez trouvé près du corps. Ça correspond ? Le meurtrier a
donc utilisé ce qu'il aura trouvé sur place, ce qui pourrait signifier qu'il n
'a pas prémédité son geste.
L'heure du crime ? Entre une heure du matin et six heures du matin.
Autre chose ?
C'est fou ce qu'elle ressemble à mon ex-belle-sœur. Ça a été un vrai plaisir.
Je choque ? Non, rien venant de vous ne me choque, Solinas.
C'est ça que j'aime bien avec toi, mon Michel.
Toi, au moins, tu me comprends.
La livre de Stéphane Dorcé est bancale.
Il est bien parti de sa réunion syndicale vers 3h, mais personne ne l'a
vu rentrer chez lui après.
Ah, entre 3h du matin et 6h du matin, il a largement eu le temps d'aller chez
Rosalie et de la tuer.
C'est sûr qu'une allumeuse comme Rosalie, ça peut rendre nerveux.
On va se reconvoquer, le sire d'Orsay.
Moi, je le vois mal tuer son ami d'enfance.
D'accord, il était frustré, mais c'est pas un violent, ce mec-là.
Par contre, Marcia, faut quand même pas oublier que Rosalie se tapait son mec.
De plus, l'apprenti comptait quitter Marcia pour voler de ses propres ailes.
Il y a trois mois, il lui a demandé de la licencier. C'est un voisin qui aurait
entendu cette conversation depuis son balcon.
Rosalie est quand même restée. Elle n'avait guère le choix. 6 000 euros de
découvert à la banque. Et Marcia lui devait deux mois de salaire.
Le maître tenait l'apprenti par l'argent.
Et comme Rosalie n'était pas du genre à se laisser faire, elle se venge en
séduisant Frédéric.
Et Marcia, doublement trahie, se venge à son tour en tuant Rosalie.
Excusez-moi, il faut absolument que je m'en aille parce que je dois aller voir
ma fille. Je lui ai promis qu'on dînera ensemble ce soir.
C'est bon, Cisco.
Merci.
Juste un détail, si Rosalie était si endettée, comment est-ce qu'elle faisait
pour payer son loyer ? C'est pas idiot.
Merci, Cisco.
Bon, donc ces derniers temps, vous deviez payer le loyer, les fringues et
les boîtes.
C'était vous aussi ? En quoi ça vous regarde ? Je veux savoir si votre amie
est morte pour une histoire d'argent.
Vous m'accusez, mais j'étais à l'hôpital.
Ça, vous savez, entre du piqûre, hein.
Mais vous êtes dingue ! Pourquoi j'aurais fait ça ? Si je payais, c'est
parce que j'en avais envie.
Personne ne m'a forcé.
Justement, là, il y a un truc qui m'échappe.
Rosalie, pour vous, c'était simplement une copine ? Vous faisiez tout pour
elle. Pourquoi ?
Les mecs comprennent pas qu'entre filles, il y a des choses qui ne
comptent pas.
Prêter de l'argent à quelqu'un qu'on aime bien, c'est normal.
Ouais, pour une aide-soignante sous-payée qui se tape 72 heures de
garde d'affilée, non.
Je comprends pas, non.
Qu'est-ce qu'elle voulait que je vous dise ? Je sais pas, j'aimais Rosalie.
Oui, j'aimais beaucoup Rosalie. Je l'aidais parce que j'en avais envie.
Rosalie était mon amie.
Je l'ai pas tuée.
Ouais, je sais. À l'heure de sa mort, vous étiez à l'hôpital.
J'ai vérifié la main courante.
Allez-vous-en.
Dites-moi, pourquoi vous avez une dent contre des hommes ? J'aime pas les types
dans votre genre, c'est tout.
Allez-vous-en.
Non !
Rosalie, la belle Rosalie, n'a pas ménagé vos nerfs, monsieur d'Orsay.
Alors qu'elle aurait pu vous tenir à distance, elle a continué de se servir
de vous comme confident de ses nombreuses aventures, au mépris de l
'amour pur et constant que vous éprouviez pour elle.
Vous saviez qu'elle allait travailler à l'atelier cette nuit-là ? Après votre
réunion syndicale, vous n'êtes pas rentrée directement chez vous.
Vous étiez bien éméchiée.
Ce qui vous a donné le courage d'aller voir Rosalie.
Vous lui avez avoué que vous étiez fous d'elle.
Ça l'a exaspéré.
Vous avez alors tenté de l'embrasser de force.
Mais elle vous a repoussé.
Elle vous a demandé de la laisser tranquille. Elle ne voulait plus vous
voir.
Humiliée, ivre, vous avez alors saisi la peine de chance qui vous tombait sous la
main.
Et vous l'avez frappée.
Elle me racontait toutes ces histoires avec ces types.
J'étais humilié et jaloux.
J'aurais été incapable de lui faire du mal.
Et pourtant, l'inverse eût été compréhensible étant donné la cruauté
dont Rosalie faisait preuve à votre égard.
J'étais pas le seul qu'elle faisait souffrir, croyez-moi.
Il y avait d'autres hommes qui lui en voulaient ? Rosalie ne se contentait pas
de coucher avec eux, elle s'arrangeait pour que leur femme la prenne.
Et où est l'intérêt ? Elle prétendait qu'elle rendait service à tous ces
couples gouvernés par l'hypocrisie.
Je crois surtout qu'elle prenait du plaisir à les détruire.
Et selon vous, vos alliés a-t-elle éprouvé la même satisfaction en ce qui
concerne Marcia Gallo et Frédéric Gildas ? Je pense.
Et vous-même ? Monsieur Dorset, malgré votre grande lucidité, n'avez-vous pas
été tenté de vous venger ? Non, de... de protéger les autres des visées
destructrices de votre amie ?
Je ne l'ai pas tué.
Je vous l'ai dit.
Je ne l'ai pas tué.
Je pense que vous allez être amené à nous le répéter lors de votre garde à
vue.
Madame Gallo ? Merde.
Appelle le SAMU, je préviens Roussel.
Merci à mon amour.
Ça va aller. Ne vous inquiétez pas, elle va s'en sortir.
Qu'est-ce qu'on vient de faire ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous allez
faire un lavage d'estomac. Laissez-la partir, s'il vous plaît. Il faut que j
'accompagne, elle a besoin de moi. Non, s'il vous plaît. On va vous faire
accompagner à l'hôpital.
S'il vous plaît.
S'il vous plaît.
S'il vous plaît, monsieur.
Regarde.
C'était pour Frédéric.
C'est Marcia qui l'a écrite.
Frédéric, dis bien à la police que c'est moi qui ai tué Rosalie.
J'étais folle de jalousie. Je suis la seule responsable. Je sais, pardonne
-moi, mais je souffre trop pour continuer à vivre.
Je t'aime, Marcia.
Voilà.
Super.
Je ne comprends pas.
Ce geste, pour moi, ne colle pas du tout à la personnalité de Marcia Gallo.
C'est pas évident d'avoir un meurtre sans la conscience.
Mais Marcia est une femme forte.
Depuis sa rencontre avec Frédéric, elle le porte à bout de bras.
Elle lui a trouvé son boulot d'agent immobilier alors qu'il était hérémiste.
Il lui a payé sa moto, elle l'a accueillie chez elle.
Marcia n'a pas cessé en effet de protéger Frédéric. Elle le protège
encore en s'accusant du meurtre.
Vous voulez dire qu'il pourrait être le meurtrier ? Couvrir le meurtre de son
amant qui l'a trompé, j'y crois pas, moi.
Frédéric a beau avoir couché avec Rosalie, il avait pas l'air très
attristé par sa mort.
En revanche, Marcia, qui avait de bonnes raisons d'en vouloir à Rosalie, avait l
'air bouleversée.
Il y a un truc que je comprends pas. Si pour Frédéric, Rosalie, c'était
simplement le coup d'un soir, pourquoi il l'aurait tuée ? On va trouver.
Il y a quelque chose sur Frédéric avant sa rencontre avec Marcia ? Une ex-petite
amie, des antécédents violents, des problèmes familiaux ? Non, mais n
'oublions pas qu'il a passé une grande partie de son enfance dans un foyer de
la DAS, à Melun.
Bien.
Vous allez faire un petit tour du côté de Melun ? C'était l'hôpital.
Marcia Gallo est hors de danger. Vous allez pouvoir l'interroger cet après
-midi.
En général, quand la police vient me voir, c'est pas pour me donner des
bonnes nouvelles de mes enfants.
Elle est déjà venue vous voir, la police, pour Frédéric ? Jamais, c'est
pas un délinquant.
Enfin, jusqu'à sa rencontre avec Marcia, il était pas non plus très intégré.
Ouais.
Marcia, elle l'a beaucoup pas de sou.
Pourquoi, quand il était enfant, il était dur ? Violent ? Bon, à côté d
'autres enfants que j'ai élevés, c'était un enfant très doux, très sensible.
Ouais.
Et vous l'avez vu quand pour la dernière fois ? Il y a trois semaines, peut-être
un mois.
Il passe régulièrement me dire bonjour.
Et il n'avait pas l'air soucieux, nerveux ? Si, comme d'habitude.
Il vous a parlé de quelque chose en particulier ? Il avait des problèmes ou
des ennuis ? Des ennuis, je ne sais pas, de la peine, oui.
Les enfants qui sortent d'ici ne peuvent pas trouver le bonheur.
Ouais, je comprends.
Je ne sais pas comment on peut vivre avec un tel fardeau.
Savez-vous que même adultes, les enfants de la DAS...
Ne cessent jamais d'essayer de retrouver leur mère.
Nous la chercherons toujours.
Dites-moi, à part vous, est-ce que Frédéric a gardé des relations avec d
'autres membres du foyer ? Ça vous ennuie pas si on continue en haut ? On
attend les courses pour le midi.
Ah non, bien sûr, on arrive. On va vous aider.
Elle lâchera rien, hein ? Hein ? Elle lâchera rien.
En même temps, elle peut pas nous mentir, hein ? Hé,
vous, là-haut.
Je la regarde.
Bon, dis-moi, tu m'aides un peu, parce que... Oui.
Rosalie a tout fait pour me pousser à bout.
C'était quelqu'un de nuisible.
Vous confirmez donc les aveux que vous avez fait par écrit ? Oui.
J'ai tué Rosalie Barthel. Non mais attendez, attendez. Ne la croyez pas, c
'est moi qui ai tué Rosalie. Frédéric.
Attendez, laissez-le parler s'il vous plaît.
Je l'ai tuée parce que... Je l'ai tuée parce que t'étais amoureuse d'elle.
Le jour où tu me l'as annoncé il y a un mois, ça a été les pires journées de ma
vie.
Le 17 mai.
Tu voulais me quitter pour aller vivre avec elle.
Moi je voulais te convaincre qu'elle se foutait de toi.
qu'elle t'aimait pas.
La liaison que vous avez eue avec Rosalie Barden avait pour seul but que d
'apporter à Marcia la preuve qu'elle n'était pas aimée en retour.
Mais Rome, ça a rien changé.
Parce que tu voulais plus de moi.
Alors vous avez tué Rosalie parce qu'elle vous avait volé l'amour de
Marcia ? Mais vous voyez pas qui dit n'importe quoi ? Arrête, c'est la vérité
!
Ce soir-là, quand j'ai vu que tu rentrerais pas à la maison, je suis allé
à ton atelier.
Mais c'est Rosalie que vous avez vue.
Elle était seule.
Vous vous en êtes alors pris à elle, accusant d'avoir brisé votre couple.
Mais Rosalie n'était pas une femme à avoir des regrets.
Elle aimait bien vous voir souffrir.
Alors elle a continué à vous aguicher.
Et puis elle s'est détournée de vous, elle avait eu ce qu'elle voulait.
Vous étiez anéantis, perdus.
Mais cette fois, elle avait été trop loin.
Vous n'avez pas supporté cette ultime provocation.
Rosalie Bardet était une ordure.
Elle n'est mieux pas Marcia.
Nous avons vous demandé de bien vouloir nous suivre.
Allons-y.
Moi, je t'aime.
Je t'aime.
Je t'aime.
J'arrive pas à savoir ce que c'est, mais quelque chose me dérange.
Ah, madame a deux aveux pour un seul crime et elle râle en plus.
Jamais satisfaite, je vous avais prévenu.
Moi, je peux pas croire à une rupture entre eux.
Parce que s'ils nous jouent la comédie du couple qui s'aime depuis le départ,
faut leur donner un César, hein.
Moi, c'est Marcia amoureuse d'une gonzesse qui me paraît bizarre.
C'est vrai, si elle avait couché avec Rosalie, il y aurait eu des ragots chez
les voisins, elle en a eu aucun écho.
Certaines personnes, voyez-vous, préfèrent garder secret ce genre de
relation. Pas dans le milieu des artistes, Michel.
C'est même quelque chose qu'on revendique.
Marcia Gallo, ne craignez pas les ragots.
Remarque, c'est pas complètement exclu, hein.
Du côté Rosalie, en tout cas. C'est pas locataire, là, Anne Longuet.
J'ai mis du temps à comprendre comment elle avait pu résister à mon charme
sauvage. Je crois que j'ai compris.
Je suis sûr qu'elle est lesbienne. Oui, t'as raison, ça rassure.
En tout cas, ça pourrait expliquer pourquoi elle se sacrifiait pour payer
les loyers de Rosalie.
Ah, c'est sûr. Y a pas d'autre explication.
Nous avons besoin de savoir quelles étaient exactement vos relations avec la
victime, mademoiselle Longuet.
J'étais sa colocataire, son amie, et je lui prêtais de l'argent.
Vous entreteniez Rosalie parce qu'elle était votre maîtresse ? Répondez.
Vous voulez savoir si je suis homosexuelle, c'est ça ? Eh ben oui,
voilà.
Vous êtes contente ? Ce que vous êtes ne nous concerne pas.
C'est Rosalie qui nous intéresse.
Vivait-elle une histoire d'amour avec vous ? Avez-vous eu des relations
sexuelles avec elle ? En a-t-elle eu avec d'autres femmes ? Vous en a-t-elle
parlé ? Non.
Non.
J'ai tout essayé.
Elle me rendait folle.
Elle voyait même pas ce que je faisais pour elle.
Elle ne m'a jamais dit merci.
Ni pour le loyer, ni pour l'argent, ni pour le reste.
Il ne s'est donc jamais rien passé entre vous ? Elle aimait que les mecs.
Plutôt non, elle les aimait pas.
Il n'y a qu'avec eux qu'elle voulait faire l'amour.
Je vous remercie, mademoiselle.
C'est tout ce que nous voulions.
Je peux partir.
Au revoir.
Si Rosalie Bardet n'a aucun penchant homosexuel, comment peut-on déduire qu
'elle n'a été pour Marcia que le prétexte pour rompre avec Frédéric peut
-être à telle pensée qu'il lui serait moins douloureux d'avoir pour rival une
femme plutôt qu'un homme ? De toute façon, Marcia a bossé 15 heures par
jour, elle n'avait pas le temps d'avoir un amant.
Bosser 15 heures par jour n'empêche pas.
L'ironie du sort aurait ainsi voulu que Rosalie Bardet, garce s'il en fut, n
'aurait été que l'instrument bien innocent de cette rupture.
Mais pourquoi Marcie Aron, comme ça, du jour au lendemain, en inventant un
prétexte hallucinant, alors qu'elle aime Frédéric, elle le défend depuis le
départ ? Il a raison. Il faudrait qu'on sache la raison de leur rupture.
Enfin, je veux dire la vraie raison.
Ça nous aiderait peut-être à déterminer lequel des deux dit la vérité.
Marcia est prête à se sacrifier pour Frédéric. Elle dira rien.
On va se débrouiller comme des grands.
J'espère que personne n'a prévu de sortir ce soir.
Excusez-moi.
Allô ?
Café ?
Café.
Au même champ.
Allez, papa t'embrasse.
Oh non, ce soir, je peux pas, ma chérie.
Oui.
Allez, bisous.
On fait un, deux, trois ? Allez, un, deux...
Vous n
'étiez pas obligé de rester.
Non, mais ça va, je me suis arrangé, elle dort chez ses grands-parents.
C'est vous qui voyez, Cisco.
C'est pas facile pour Amandine.
Avant même que sa mère soit partie, je la sens déjà triste.
Mais vous êtes là.
Moi, c'est sa mère qui l'élevait au quotidien, c'est pas moi.
Moi, c'était les loisirs, les cadeaux, les week-ends.
Vous savez, avec le boulot, les horaires de dingue. C'est la raison pour laquelle
je vous propose des horaires aménagés.
Pensez-y.
Au calme.
C'est ça l'avantage d'avoir une femme à la tête du service ? Oui, il faut
vraiment les horaires aménagés, ça remplace pas une mère.
Mais dis-toi que t'as de la chance d'avoir qu'un enfant.
T'imagines si t'en avais plusieurs ? Non, c'est sûr, mais les gosses,
terminé.
Mais... Ça, ça dépend un petit peu de la femme avec qui tu l'es fait, non ? Je
crois pas, non.
Cisco.
Ton nombril, il bougera pas.
Non, ça va pas. Pourquoi tu me dis ça ? Pourquoi t'arrêtes un petit peu de le
regarder ? Bon,
on a tout épluché depuis sa rencontre avec Frédéric il y a six mois, jusqu'à
la date de la rupture, le 17 mai.
On n'a rien trouvé dans l'emploi du temps de Marcia qui pourrait expliquer
sa décision de rompre.
Pour Frédéric, c'est pareil.
Même topo.
Bon, il y a bien un truc, quoi, en même temps, ça n'a rien à voir.
Mais la veille de la rupture, Frédéric a annulé tous ses rendez-vous de boulot
pour se rendre au CNAOP, le Centre National d'Accès aux Origines
Personnelles. Il y avait déposé un dossier pour retrouver les traces de sa
mère. Il faut lui demander ce qu'il est allé faire là-bas.
De toute façon, c'est tout ce qu'on a la semaine sous la dent.
Bon, à tout de suite.
Y a un truc qui va pas ? Si y a des mecs qui perdent, ça les rend beaux, y en a d
'autres, ça les rend cons.
Par ça, tout baigne.
Salut. Hé ! Oui, j'ai fait une demande à Sand pour retrouver ma mère et alors ?
Ah ! Et vous l'avez retrouvée ? Écoutez, posez-moi toutes les questions que vous
voulez sur Rosalie Bardet, mais ça, ça vous regarde pas.
Donc, ils l'ont pas retrouvée.
Ou alors elle est morte.
Ou encore pire.
Elle est toujours vivante, elle a refusé de voir son fiston.
Le 17, la pire journée de votre vie.
Le jour de la reculure avec Marcia.
Vous vous souvenez ? Si la veille vous aviez reçu une meilleure nouvelle du
centre, la pilule du lendemain serait peut-être passée plus facilement, non ?
Rompre avec sa femme quand on vient de retrouver sa mère, c'est mal au centre,
hein ? Je m'étais fait tellement de films.
Je sais pas, je me disais... Elle aurait au moins pu m'envoyer sa photo quand je
connaisse son visage.
Mais non, rien.
Au lieu de ça, au centre, ils m'ont dit qu'elle avait refait sa vie.
Qu'elle parlait plus de moi.
Comme si j'existais pas.
C'est quand même elle qui m'a fait, non ? Vous en avez parlé à Marcia ? Vous lui
avez dit tout ça ? Ouais, dès que je suis revenu du centre.
Et malgré votre peine, Marcia vous annonce qu'elle vous quitte.
Et tout ça le même jour.
Je comprenais plus rien.
Tout s'est déroulé en même temps.
Pensez-vous que Marcia aurait pu rencontrer la mère de Frédéric ? Je ne
vois pas comment.
Quel est le lieu de naissance de M.
Giltas ? Marcia est originaire de Lille.
Vous voulez dire que quand elle avait 16 ans ?
Alors
Michel ? Le centre de recherche des origines confirme que mon intuition
était la bonne.
C'est elle ? Comme ils en ont le droit, ils ont tout d'abord refusé de me livrer
le nom.
de la mère de Frédéric Gildas. Mais lorsque j'ai évoqué celui de Marcia
Gallo, ils m'ont gratifié d'un silence éloquent.
Et ça nous suffit ? Oui, tout concorde. Marcia Gallo a quitté Lille à l'âge de
16 ans, après avoir accouché sous X.
Elle a maintenant 44 ans.
Frédéric, 28.
C'est incroyable.
C'est la première fois dans ma carrière que j'ai affaire à ce type d'inceste.
Oui, du point de vue de la loi, ils sont certes incesteux, mais s'ils ne savaient
pas... Ce qu'ils faisaient, le sont-ils vraiment ? Bon, il nous reste à faire le
sale boulot.
À tout de suite.
Ça va ? Ah oui, pour le moment, ça va.
T'as eu chico, non ? Non. T'as pas fait ?
Merci mademoiselle. Je peux avoir des olives, s'il vous plaît ? Avec le café ?
Oui, avec le café.
Pourquoi ? Pour avoir des olives, il faut consommer de l'alcool, c'est ça ? C
'est pas de l'accitation, ça ? Non, mais il n'y a pas de problème. Je vous amène
des olives à tremper dans le café.
Regarde-moi ça.
Elle est à toi.
Ah oui ? En quel honneur ? Il y a mon indique qui m'a dit que tu avais proposé
à Cisco d'aménager ses horaires pour s'occuper de sa fille. Je voulais te
remercier d'avoir fait ça pour lui.
Ça me touche beaucoup.
Et puis en même temps, ça m'énerve un petit peu.
Ah oui, ça m'énerve de constater à quel point tu es une femme formidable.
Je comprends, je comprends. Parfois, moi aussi, ça m'énerve.
Rappelle-moi pourquoi tu as épousé ce con.
Tu sais, ce con de magistrat, là.
Il avait peut-être des qualités que tu n'avais pas.
Ah oui, d'accord, oui. Et quoi, par exemple ? La délicatesse, le romantisme.
Pardon, le quoi ? Oui.
Oui, Michel.
On arrive tout de suite.
D'accord.
Laisse tomber les olives.
Frédéric ne sait rien.
Et vous, Marcia ? Comment avez-vous appris que vous étiez sa mère ? Pas tout
de suite, malheureusement.
Quand on s'est rencontrées, ça a été... le coup de foudre immédiat.
C'est affreux de dire ça maintenant, mais... Mais c'est vrai.
Et... Tout de suite, vous vous êtes installés ensemble ? Oui.
Frédéric est venu vivre à la maison.
C'était... On était tellement bien.
Frédéric vous avait-il parlé des démarches qu'il effectuait pour
retrouver sa mère ? Oui.
Il avait tellement envie de la retrouver, de... De lui pardonner.
Je n'ai même pas osé lui parler de mon accouchement sous X.
Moi, j'étais du côté des bourreaux, de celles qui abandonnent.
À ce moment-là, vous n'aviez pas fait le lien entre Frédéric et vous.
Jusqu'à ce que le centre, qui avait retrouvé votre trace, vous propose de
rencontrer Frédéric.
Là, vous aviez su qu'il était votre fils.
Je voulais disparaître.
Vous avez alors décidé de rompre et vous avez inventé cette histoire d'amour avec
Rosalie. Si je lui avais parlé d'un autre homme, il ne m'aurait jamais cru.
En vous servant de Rosalie comme prétexte, vous les avez condamnés tous
les deux.
Frédéric a tué celle qui croyait votre maîtresse.
C'est moi qui ai tué Rosalie.
J'étais folle de jalousie.
Le jour du meurtre de Frédéric, vous n'étiez plus sa femme, vous étiez sa
mère. Une mère ne tue pas par jalousie amoureuse.
Je l'ai tué.
Votre fils se montrera peut-être plus opératif.
Entrez ! Installez-vous là.
Elle dira rien.
Et qu'est-ce qu'elle pourrait dire ? Une seule phrase.
Et Frédéric paiera en même temps sa mère et la femme qu'il aime.
Deux jalousies contradictoires pour un seul crime, c'est une de trop.
Alors, pour rendre le calcul plus simple, on va tout recommencer à zéro.
Racontez-nous votre rencontre avec Marcelle Gallo.
C'était une soirée.
Je l'ai remarquée dès que je suis rentré.
Vous aviez le sentiment de la connaître depuis toujours, comme si vous la
portiez dans votre cœur avant même de la rencontrer.
Mais cinq mois plus tard, alors que vous êtes en plein idylle, votre relation
change du tout au tout.
Pouvez-vous nous dire pourquoi, Mme Gallo ?
Vais-je tenter une explication personnelle ? J'aimais Rosalie.
Donc vous ne l'avez pas tuée ? Si, je... Enfin non, je... Vous l'avez tuée ? Oui
ou non ? Mais non, c'est moi qui l'ai tuée.
Tu peux le redire à Marcia maintenant.
Maintenant j'ai plus peur.
Vous avez tué Rosalie Bardet parce qu'elle était la rivale qui vous volait
l'amour de Marcia.
Oui, c'est moi qui l'ai tuée.
Et c'est rien que moi.
Vous confirmez Madame Gallo ?
Frédéric, je suis désolée.
Je voulais pas ça, je... Mais pourquoi ? Pourquoi tu m'as dit que tu l'aimais si
c'est pas vrai ? Parce que je... Je... Je pouvais plus. Mais pourquoi tu
pouvais plus ? Qu'est-ce que je t'ai fait, moi ? Madame Gallo, vous avez tué
Rosalie Bardet ? Non.
Avez-vous couvert votre amant pour qu'il échappe à la justice ? Oui.
Dans quel but ? Parce qu'il est
mon... Il est mon...
Parce que je t'aime.
Pourquoi t'as fait ça si tu m'aimes ? Pourquoi ?
Marcel, pourquoi ? Frédéric, je... Je serai toujours là pour toi, je te jure.
Il va être condamné sans avoir compris le sens de son geste.
Oedipe était aveugle.
Elle aurait dû lui dire.
Il avait le droit de savoir.
Il aurait peut-être pas supporté les vérités.
En se taisant, elle a protégé son fils avant tout.
Il y a des affaires que je préférerais ne pas boucler.
Au moins, je vais pouvoir aller chercher ma fille à l'école.
C'est pas trop tôt.
Qu'est-ce que je dis ? Tu vois enfin le bon côté des choses.
Avoir la garde d'un môme, c'est difficile, mais c'est du bonheur aussi,
non ? Je vais essayer le plan de Roussel, tu sais, les horaires aménagés.
Juste un peu, juste pour voir.
C'est bien.
Et puis, dès que Mario sera parti pour New York, je vais m'installer chez elle.
C'est là que Amandine a ses repères, donc... C'est moins bien, ça.
Quoi ? Le fèvre.
Le fèvre, quoi, le fèvre.
Oui, mais moi, je peux pas m'occuper de tout.
Ma gosse, mon boulot, ma nana, je peux pas.
C'est là qu'on voit que la femme est l'avenir de l'homme.
Allez, salut.
Merci à tous.
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