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L'ASSASSIN CONNAÎT LA MUSIQUE...
d'après le roman de Fred Kassak
"Une chaumière et un meurtre"
Adaptation cinématographique
Dialogue
avec
Directeur de la photographie :
Cameraman :
Décors
Musique de Paul Misraki
Orchestre dirigé par Georges Derveaux
Son
Montage
Directeur de la production
Co-production
-Non, attends ! Tu ne pourras jamais porter ça toute seule !
Je t'accompagne !
-Merci mon ptit Georges, mais je ne crois pas que ça plaira à papa !
-Écrase, Dom Juan, on ferme !
-On te voit à la fac, tantôt ?
-Après une nuit blanche ? Non mais tu veux me tuer ?!
-Alors à demain ! J'te passerai mes notes !
-Ciao !
-Marie-Josée !
-T'es déjà levé, papa ?
Moi qui avais peur de te réveiller...
-D'où viens-tu ? Tu sais l'heure qu'il est ?
-J'étais chez Georges avec la bande.
Championnats de danse !
Premier prix de virtuosité !
Premier prix d'endurance !
J'en fais don à la communauté !
Sur ce, bonne journée !
J'vais faire dodo !
-Je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit, moi, à cause de toi !
Que tu négliges tes études, soit, c'est ton affaire,
mais pense à mon travail !
-Puisque tu ne dormais pas, tu pouvais travailler !
-Si je touche à mon piano entre 10h du soir et 7h du matin, les locataires font du scandale.
Et il ne me reste que 3 mois
pour écrire cette symphonie !
3 mois !
Une symphonie destinée au Festival de Vienne.
-Si t'écrivais des airs de jazz, tu t'énerverais moins, et ça te rapporterait plus !
-Je compose, moi, je n'éructe pas !
Et l'inspiration, ça ne fonctionne pas au presse-bouton !
Je compose pour les mélomanes, pas pour les juke-boxes !
Un festival retransmis en Eurovision !
On dirait que tu n'en saisis pas l'importance !
Tu m'écoutes ?
-7 heures, tu as le droit de travailler !
Pas trop fort, hein...
Pense à ceux qui dorment...
Mais qu'est-ce qui se passe ?!
Les Martiens débarquent ?
-Ça vient du garage !
-On a installé un atelier ici ? -Oui m'sieur, ouvert depuis ce matin.
Si c'est pour une réparation, faut demander au chef.
-Qu'est-ce que c'est ?
-J'habite en face, Monsieur, cette fenêtre là !
Je suis compositeur, et je venais m'enquérir si par hasard
le bruit de mon piano ne vous dérangeait pas quand vous travaillez.
-À première vue, je pense pas.
-Vraiment ? Vous ne pensez pas ?
Et vous pensez que moi, je puis composer quoi que ce soit avec un vacarme pareil sous mes fenêtres ?
On n'a pas le droit, Monsieur
d'installer un champ de bataille
sous le nez des gens sans prévenir, c'est illégal !
-Ha ! Ça m'étonnerait !
Le patron, ça fait 3 ans qu'il attendait l'autorisation de la Préfecture.
Vous pensez ! S'il a tout installé, l'autorisation, il l'a !
-Mais c'est démentiel !
Vous pourriez, vous, composer une symphonie dans ce tintamarre ?
-Mais... Mettez-vous des boules dans les oreilles !
-Je ne supporte rien dans les oreilles, sauf la musique !
-Ben, essayez les doubles vitres ! -Les doubles vitres ?
-V'la qui vous sauve ! J'ai mon frangin il habite à Chapelle,
entre le métro aérien et la voie ferrée.
À cause du bruit, il devenait dingue !
Maintenant, avec les doubles vitres, on entend voler une mouche !
-Quoi ?
-On entend voler une mouche !
-Vous ne pourriez pas taper un peu moins fort ?
-Plus que 3 !
Terminé !
Et voilà ! Plus rien !
-Comment, plus rien ?!
-C'est garanti contre les bruits de la circulation
pas contre les coups de marteau ! Fallait préciser !
Contre le marteau, y a que l'insonorisation !
Et encore, avec vous, je ne garantis rien !
Vous avez l'oreille d'un sensible !
-Voulez-vous me faire la grâce de disparaître ?
-Pardon ?
-Foutez le camp !
-Si vous le prenez comme ça !
Je vous enverrai la facture.
-Alors, ces doubles vitres, pas encore livrées ?
-Si ! Tu entends le résultat !
-Évidemment... Ça laisse un peu filtrer...
Qu'est-ce que tu comptes faire ?
À ce stade là, je ne vois plus que le déménagement !
-Mais déménager où ? Avec quoi ?
Même pas moyen de faire un échange,
on doit démolir la baraque d'ici 2 ans !
-Et il nous donnera une indemnité !
Tu pourras acheter une maison en rase campagne !
Ton rêve !
-Hein ! Mon rêve !
Dans 2 ans !
Le cauchemar, c'est que je dois fournir ma symphonie dans 3 mois !
-Demande un délai !
-On n'annule pas un festival de musique classique
comme une conférence du désarmement !
-Loue une chambre d'hôtel !
-Et celui-là, où je le mettrai ?
Je n'ai pas la chance de Beethoven, moi !
Il était sourd, lui !
D'ailleurs, il composait sans piano.
-Tout de même, il doit bien exister à Paris des studios de répétition !
Avec des pianos !
Des studios insonorisés.
STUDIOS DE RÉPÉTITION MUSIQUE - DANSE - CHANT
-Monsieur attention !
-Et les clous, papa !
-Papa ?!
Oh ! Vous n'êtes sûrement pas le fils de monsieur !
-Ah toi la p'tite mère, écrase !
-Qui écrase qui ici ?! Vous ou moi ?!
-Allons allons ! Pas de scène de famille ! Allez ! Circulez !
-Je vous remercie grandement ! Sans vous, j'y laissais la vie !
-Oh ! Tout au moins un membre !
-On ne sait plus où marcher, cette ville est devenue intenable !
-Ah, c'est bien vrai ! Moi, je ne pourrai plus y vivre maintenant !
-Vous n'habitez pas Paris ?
-J'y travaille seulement.
J'habite un pavillon en banlieue, à Marly.
-Vous avez de la chance !
-Oh oui ! C'est calme ! C'est paisible !
Et si vous entendiez ce silence !
-Nous ne pouvons pas parler ici,
puis-je me permettre de vous offrir quelque chose ?
-Vous êtes trop gentil !
Mais je n'ai pas le temps à cause de mon train.
Je suis déjà en retard.
-Et par ma faute ! Puis-je me permettre de vous accompagner jusqu'à la gare ?
-Je suis confuse.
Monsieur ?
-Fribourg, Lionel Fribourg, compositeur.
-Agnès Devillard.
Artiste photographe. -Une portraitiste ?
-Oui, chez Photomaton.
-Ah.
Hep ! Taxi !
De quelle région êtes-vous ? Vous avez un accent ravissant !
Maman était Alsacienne, mais papa est Breton.
Eh bien, si on m'avait dit que je sauverai un jour la vie d'un compositeur !
Vous permettez ?
Un pullover pour papa.
C'est bientôt son anniversaire.
-Un pullover pour monsieur votre père, comme c'est bien !
Je n'aurai jamais cru qu'un fille pu encore avoir
de ces attentions pour un père, de nos jours...
Monsieur votre père habite avec vous, je suppose...
-Oh non, j'habite toute seule dans mon pavillon.
-Votre mari ?
-Je suis divorcée. -Vraiment ? Moi je suis veuf.
-C'est amusant !
Enfin je veux dire... que mon mari et votre femme...
-Et vous ne vous ennuyez pas trop toute seule dans votre pavillon ?
-Oh non !
J'écris à papa.
Je lui raconte tout ce que je fais.
Quand je suis fatiguée d'écrire, je me promène dans le jardin.
J'ai la compagnie des oiseaux. -Des oiseaux ? Comme je vous envie !
Hélas, il manquera toujours quelque chose à mon inspiration.
Savez-vous quoi ?
La compagnie des oiseaux dont elle aura été sevrée !
-Oh...
C'est trop dommage... Votre gentille symphonie...
Mais si ce n'est qu'une question d'oiseau,
venez-donc écouter les miens !
Voulez-vous ? Dimanche prochain ?
-Madame !
D'abord vous me sauvez la vie, ensuite l'inspiration !
Mon art et moi
nous vous disons merci !
-Oh...
La demeure d'Agnès était plus qu'un simple pavillon,
c'était une villa !
Je fus aussitôt saisi d'amour pour sa blanche sérénité
et son calme bucolique.
-Oh vous me gâtez !
-Quel ravissant ermitage !
Comme dit le poète, tout ici n'est qu'ordre
et beauté !
-Soyez le bienvenu chez moi !
Vous regardez mes bateaux ?
Ils sont jolis, hein...
-Saisissants !
-C'est papa qui les a construits !
-Tout seul ?
-C'est un ancien charpentier de marine.
Maintenant qu'il est à la retraite, il a un trop-plein d'activité à dépenser !
Il les envoie de Bretagne.
Depuis la mort de maman, il habite tout seul là-bas.
Tandis qu'Agnès me vantait les beautés de la Bretagne
et les prouesses bricoleuses de son père,
je ne pouvais m'empêcher d'imaginer combien j'aurais pu travailler à l'aise
dans cette pièce débarrassée de ces abominations !
-Il n'arrête pas d'en construire !
J'en ai encore plein le grenier !
Il était furieux quand je lui ai demandé de ne plus m'en envoyer !
Il faut le voir là-bas comme il s'adonne !
Ça tape, ça tape, les coups de marteau !
-Les coups de marteau ? -Dame ! Ils sont d'une bonne taille !
Et solides !
Des clous longs comme ça qu'il y a à l'intérieur !
Ah, papa, il a le marteau dans le sang !
Il ne vit que quand il enfonce des clous !
C'est lui !
C'est papa.
Comment le trouvez-vous ?
-Il a l'air énergique.
-Il dit qu'il nous enterrera tous !
Il faut reconnaître qu'en ce qui concerne ma pauvre maman,
il avait raison !
Mais je parle, je parle... Vous devez mourir de faim !
Venez !
Mon appétit fortement compromis par la vision de l'écoeurante flotille du papa,
se trouva heureusement ravivé par les spécialités bretonnes de sa fille
qui me changeaient agréablement des improvisations succinctes de Marie-Josée.
-Vous n'avez jamais songé à vous remarier ?
-Comme dit papa,
"Chat échaudé..." Moi, maintenant, je suis un peu refroidie.
-Votre mari vous a rendue très malheureuse ?
-Il m'a quittée après un an de mariage.
-Il n'a pas su vous apprécier.
-Je lui en veux surtout d'avoir divorcé sans me prévenir.
-Enfin ! On ne divorce pas comme ça, à la surprise !
-Ah justement, si !
Il m'avait demandé de divorcer, je l'ai refusé.
Vous pensez ! Je suis bonne catholique.
Alors, il a demandé la séparation de corps.
J'ai accepté.
Nos corps étaient déjà séparés puisque j'étais ici et lui ailleurs...
Eh bien, je vais vous dire une chose !
Là j'ai été bête !
-Confiante, tout au plus, trop confiante !
-Parce que la séparation de corps,
3 ans plus tard, il l'a fait transformer en divorce !
Sans même me demander mon avis !
Il paraît qu'il avait le droit !
Ah, C'est beau la justice !
-Les principes les...
plus sacrés sont bien dévalués à notre époque !
-Je n'ai jamais vu un cirque pareil, de ma vie !
-Abandonner une telle épouse, une telle demeure, mais quel aveuglement !
-Oh ! Vous sentez la fraîcheur ?
-Si vous avez froid, vous pouvons rentrer.
-Nous prendrons le café dans le salon.
-Vous ne pouvez pas savoir comme je me plais ici,
comme je vous suis reconnaissant de cette journée !
-Alors, il faudra revenir !
-Oh vraiment, vous permettez ? Je ne voudrais pas abuser de vos dimanches.
-Ça me distraira !
Jusqu'à présent, je n'avais que la messe.
Si vous voulez, revenez dimanche prochain.
8 jours plus tard, je retournais donc chez Agnès.
Elle m'avait conquis par sa simplicité rafraichissante,
par la sérénité qui émanait d'elle,
et de son pavillon.
Monsieur Lional pris l'habitude de venir me voir tous les dimanches.
Il était gentil !
Jamais il n'oubliait de m'apporter des chocolats !
Pourquoi le dissimuler,
déjà les projets les plus matrimoniaux
s'ébauchaient dans ma tête.
Afin de créer le climat poétique favorable,
j'avais suggéré une promenade au bord de l'eau.
Monsieur Lionel n'avait jamais un mot ni un geste
pouvant faire croire qu'il pensait à je-ne-sais-quoi...
C'était même un peu excessif, je trouve.
Je n'aime pas les hommes qui ne pensent qu'à ça,
mais lui, il n'y pensait jamais !
-Agnès, je devine, à quoi vous pensez...
-À quoi je...
-À ce que nous devrions faire, vous et moi
maintenant que nous nous connaissons si bien...
-Oh, Monsieur Lionel !
-Oh mais Agnès oh, je m'étais promis de ne pas vous brusquer,
de patienter encore une semaine.
Mais je n'en peux plus ! Je ne peux plus attendre !
-Oh ! Monsieur Lionel ! Mais...
-Mais vos yeux m'ont appris qu'il n'était pas trop tôt pour vous le demander.
Agnès, acceptez-vous de faire de moi le plus heureux des hommes ?
-Ici ?!
Comme ça, tout de suite ?
-Trouvez-vous ce cadre indigne de refléter notre bonheur ?
-Mais... si... quelqu'un vient ?
-Il assistera au plus doux des baisers de fiançailles !
-Fiançailles ?!
-Ma chère Agnès, si vous acceptez de m'épouser,
nous deviendrons aussitôt fiancés par voie de conséquence.
-Vous voulez m'épouser ?!
-C'est ce qui je pense, ressort de mes paroles.
-Vous voulez dire... nous marier ensemble ?
-Oui. De préférence, ensemble !
-Comme c'est gentil de me demander ça !
Je suis flattée, mais... -Mais ?
-Vous savez que je suis divorcée, je ne pourrai pas me remarier à l'église.
Ça n'a pas d'importance pour vous ?
-Ma chère Agnès, pour assurer votre bonheur,
je consentirais à tous les sacrifices !
-Et votre fille ?
-J'avais pensé que je pourrais partager votre pavillon
et laisser mon studio à ma fille pour y étudier.
De votre côté, je ne crois pas que Monsieur votre père vous susciterait des difficultés.
-Oh non !
Il n'aimait pas mon ex-mari parce qu'il le trouvait trop jeune.
Avec vous, il ne pourra pas se plaindre !
-Alors Agnès, votre réponse ?
-Je réfléchirai Lionel, c'est promis !
Le dimanche suivant, je restai chez moi.
J'avais reçu un mot d'Agnès remettant notre rencontre à huitaine.
Elle s'était foulé le pied en glissant dans sa baignoire.
En attendant impatiemment notre prochaine rencontre,
que j'espérais concluante,
j'en profitais pour travailler à ma symphonie
toute la journée et une partie de la nuit,
car le temps pressait.
-Monsieur ! Vous m'empêchez de dormir !
-Monsieur, vous m'empêchez de travailler !
-Taper sur un piano, au milieu de la nuit, vous appelez ça travailler ?
-Vous promener en pyjama dans les escaliers vous appelez ça dormir ?
-Monsieur, je suis fonctionnaire !
-Il ne vous suffit pas de dormir toute la journée ?
-Je vous fais grâce des plaisanteries faciles !
Je me lève chaque matin à 6 heures !
-Je vous fais grâce de votre emploi du temps !
-Je travaille pour l'État !
Et mon sommeil est sacré, Monsieur !
-Moi aussi Monsieur, je travaille pour l'État !
Et même pour le prestige de la France !
-C'est bientôt fini ce ramdam ?!
-Je connais la loi, après 10 heures, on fait silence !
Si j'entends encore une note, j'appelle la police !
-Bonsoir !
J'en connais un qui sera encore privé d'air pur dimanche !
Tu permets ?
Décidément ! Ça ne lui aura pas porté bonheur à cette pauvre femme
ta demande en mariage !
8 jours après, elle se foule le pied dans sa baignoire
et la voilà maintenant qui se brûle la main avec sa poële à frire !
-C'est troublant...
-C'est très clair !
Elle t'espace la pépé !
Elle t'espace !
-Je te serais infiniment reconnaissant de ne pas appeler pépé
une personne qui sera très bientôt je l'espère ta mère d'adoption !
-Que ce soit ta pépé ou ma mère adoptive, elle t'espace !
Les faits sont là !
-Il suffit ! Je ne discute pas avec une gamine mal élevée !
Et d'abord,
qu'entends-tu exactement par "elle t'espace" ?
-J'entends ce que je vois :
cette femme-là, primo c'est un demeurée, et secundo, elle te laisse tomber !
C'est bien de ta part ça papa !
On doit toujours défendre la femme qu'on aime !
N'empêche que si j'étais toi,
je ferais une descente là-bas, pour voir ce qu'elle mijote...
Conseil d'amie... Tu en feras ce que tu voudras...
Un père averti en vaut 2 !
-Moi ? Aller là-bas pour l'espionner ? Jamais !
Tu apprendras ma petite fille, que les sentiments n'empêchent pas la dignité !
-Monsieur Lionel !
Quelle surprise !
-Pardonnez-moi cette intrusion, mais...
après vos missives, il m'a semblé qu'une explication s'imposait...
Puis-je entrer ?
-Oh... Pardon !
Mais... Je ne suis pas présentable !
Même pas habillée ! Ni coiffée !
-Je constate avec plaisir que votre pied, votre main vont mieux !
Rappelez-vous Agnès, vous me deviez une réponse !
Que se passe-t-il ? Vous déménagez ?
-Non, c'est papa qui vient.
-Comment ?!
-J'ai débarrassé le salon, il y sera bien pour construire ses bateaux !
-Mais... Voudriez-vous me laisser entendre que ce vieil homme... que...
que Monsieur votre père viendrait habiter chez vous, ici ?
-Oui ! Il me l'a écrit.
-Il est bien naturel qu'un père séparé de son enfant pendant toute l'année
envisage de passer quelques jours avec elle.
-Papa vient habiter ici, pour toujours...
-Mais s'il tenait essentiellement à se rapprocher de vous;
ne pouvait-il louer une chambre dans les environs ?
-Oh... Un homme qui tape à coups de marteau toute la journée
trouve difficilement à se loger vous savez.
Vous n'avez pas idée du bruit que ça fait ! -Si, j'en ai une vague idée...
Mais lui avez-vous seulement parlé de moi, de nous ?
-Bien sûr !
Mais il m'a pas répondu.
Il est trop occupé.
-Ah ! Si je me permets d'insister...
c'est uniquement pour votre bien.
Avez-vous seulement songé qu'en venant ici,
non seulement il vous empêche de refaire votre vie mais...
il compromet sa santé !
Un vieillard encore très vert, comme Monsieur votre père,
car je suppose qu'il est encore très vert...
-Oh, on ne peut pas être plus vert que papa ! -Allons, tant mieux !
Eh bien un vieillard si vert habitué au climat si vif
de la Bretagne dépérira cloîtré ici
inactif ! -Mais il ne sera pas inactif
puisqu'il fabriquera ses bateaux !
Et puis... Il m'a écrit qu'il venait...
Je ne peux pas refuser ma maison à mon propre père !
-Je suppose que sa venue nous interdit de donner suite à notre projet...
-Oui.
J'en ai peur...
-Peut-être pourrions-vous allez le voir ensemble, lui expliquer...
-Oh, on voit bien que vous ne le connaissez pas !
Demandez-donc à ses voisins de la rue de l'Église
là-bas, à Saint-Gildas de Plougueac-Querennec !
L'entêtement de papa,
ça les étonne eux-mêmes !
Et pourtant ils sont Bretons aussi !
-Saint-Gildas de Plougueac-Querennec !
Quel joli nom !
-Monsieur, achetez-moi mon insigne, monsieur !
Pour les familles des disparus en mer.
Merci Monsieur !
-C'est vous qui sonnez comme ça ?!
-Je suis Lionel Fribourg, un ami de votre fille.
-Lionel Fribourg...
Connaît pas ! -Elle a dû vous parler de moi dans ses lettres.
-Je brûle toutes ses lettres ! Elles sont trop niaises !
Alors, c'est vous le pianiste ?
Serviteur !
Monsieur, j'ai du travail !
-Moi aussi Monsieur, j'ai du travail ! Puis-je entrer ?
-Alors, quoi encore ?
-Votre fille et moi, nous étions pratiquement fiancés...
-Oh je savais qu'elle se préparait encore à faire une boulette !
-Je ne vois pas en quoi elle ferait une boulette en m'épousant,
je ne suis ni un godelureau, ni un vieux noceur !
Je suis compositeur !
-Autrement dit, un crève-la-faim !
J'comprends pourquoi ma fille vous intéresse...
-Monsieur, il y a des limites !
Ne pourriez-vous pas cesser une minute de frapper avec ce marteau ?
-À mon âge, on n'a plus une minute à perdre !
-Agnès m'a dit que vous aviez l'intention de venir habiter chez elle.
-Ça vous dérange ?
-Ça condamne notre mariage !
-Ça vous empêche surtout d'habiter son pavillon !
-Je ne vois vraiment pas !
-Vous êtes un compositeur, non ?
Un cerveau !
Et vous savez aussi bien que moi que ma fille est une tourte !
Pourquoi un cerveau épouserait-il une tourte
et jouerait-il au joli coeur, et lui ferait-il tout un cirque, hein ?
Mystère...
Seulement... Si la tourte a un joli p'tit pavillon à la campagne...
tout s'explique !
-Monsieur votre cynisme passe les bornes !
-Mais j'vous préviens ! Comptez pas là-dessus !
Agnès habite une bonne petite maison
et sait mijoter de bons petits plats.
C'est moi qui profiterai des 2 et pas un autre !
Enfoncez-vous bien ça dans la tête !
-Arrêtez ces coups de marteau !
-Eh dites-donc, vous allez la boucler hein, on s'entend plus taper !
-Arrêtez ce marteau !
-Si j'veux ! P'tit con !
-L'insulte a toujours été l'arme des brutes !
Enfoncez-vous bien ça dans la tête !
Soudain ce fut... le silence...
Un grand bien-être descendit en moi.
Cependant, l'irrascible marteleur se complaisait dans une immobilité qui me parut insolite.
Avais-je frappé un peu fort ?
Je dû me rendre à l'évidence,
le père d'Agnès n'avait décidément pu se résoudre à devenir mon beau-père...
Je me trouvais dans une situation délicate, quelqu'un pouvait entrer...
Et la police, qui voit le mal partout,
ne manquerait pas de m'accuser de meurtre...
Je me livrais donc à une mise en scène
indigne d'un compositeur de musique symphonique, mais indispensable.
Je me souvenais avoir vu la manière de procéder
dans des films policiers où m'avait traîné ma fille.
En repassant devant l'église j'eu la bonne fortune de pouvoir noter
quelques thèmes musicaux du folklore local
fort propres à enrichir ma symphonie.
Je rentrais chez moi en faisant en sorte de passer inaperçu.
Avec cette sobriété de gestes et d'expressions
que j'avais souvent remarquée chez un célèbre acteur de théâtre
qui se commet parfois dans des films d'espionnage.
Pour une fois, je me félicitais de la vie quelque peu irrégulière de ma fille
qui devait être en pleine orgie chorégraphique chez ses petits camarades...
Ainsi n'aurais-je pas à justifier l'heure tardive de mon retour.
-Tu sais l'heure qu'il est ?
-Heu... Tu... Tu es déjà rentrée ?
-Et toi, d'où sors-tu ?
-D'où je sors ?
D'où veux-tu que je sortes ?
De Marly bien sûr !
-À cette heure-ci ?!
Eh ben dis-donc...
On dirait que vous 2 ça se rapapillotte !
-C'est en bonne voie...
-Bravo papa !
Tu deviens diplomate !
Alors, entre son père et toi, elle a choisi !
-Je crois que...
maintenant...
son choix ne peut plus faire de doute.
-J'ai reçu votre télégramme Agnès, que se passe-t-il ?
-Papa...
-Quoi ! Ne me dites pas qu'il est arrivé malheur à Monsieur votre père !
-Il est mort !
Je pars pour Saint-Gildas, j'ai un train dans un quart d'heure.
-Oh... Ma pauvre Agnès, je ne saurais vous dire à quel point...
Comment est-ce arrivé ?
-Subitement.
Il s'est tapé sur la tête avec son marteau.
-Avec son marteau ?
Un accident du travail alors.
Vous n'avez pas d'autres détails, c'est un décès si... extraordinaire !
-Au téléphone, les gendarmes m'ont dit
qu'il s'agit d'un suicide !
Papa n'a pas pu se tuer !
C'est pas possible !
-Mais pourquoi pas possible ? Un suicide est toujours possible !
Nous sommes tous à la merci d'un suicide !
-Mais c'est un péché mortel !
Si papa s'est suicidé, l'Église lui refusera l'enterrement religieux !
-Si ce n'est que ça ma chère Agnès, ne vous tourmentez plus, rien n'est perdu !
Tout dépend de vous !
-De moi ?
-L'Église est compréhensive, Dieu merci !
Il vous suffira d'affirmer que parfois votre père
ne savait plus ce qu'il faisait...
-Mais papa savait toujours ce qu'il faisait !
-Je n'en doute pas, mais...
vous pourriez prétendre qu'il était sujet à des crises
au cours desquelles il perdait complètement la tête.
-Ce serait un mensonge ! -Pieux !
-Pieux mensonge, Agnès !
Pour son bien !
-Oh... De ce point de vue là, évidemment...
Oh Lionel...
Ça me réconforte de vous avoir auprès de moi, vous êtes de si bon conseil !
Si j'osais... Je sais que vous avez beaucoup de travail, mais...
je vais me sentir si seule là-bas, ça va être d'un triste !
J'avais pensé que peut-être...
vous pourriez m'accompagner...
Ou me rejoindre demain !
-Moi ? Aller là-bas ? Mais ce serait de la folie !
-Pourquoi ?
-Mais parce que...
parce qu'il ne serait pas souhaitable qu'on vous vit dans la compagnie d'un homme.
Si je n'écoutais que mes sentiments, croyez bien que je partirais sans hésiter mais...
il y a vous Agnès, une femme est trop facilement compromise...
-Oh ! Je n'avais pas pensé à ça !
-Et même, si j'étais à votre place...
je ne dirais à personne que vous me connaissez.
-Ah non ? -Non !
-Si vous dites que vous avez une relation masculine à Paris,
l'opinion publique, dans la naïveté de son âme,
en concluera que vous avez un amant...
Ce qui indisposera fâcheusement l'Église envers vous-même et
par contre-coup envers Monsieur votre père et son enterrement religieux.
-Oh, c'est pourtant vrai !
Oh Lionel, vous pensez à tout !
Si papa va au ciel, ce sera bien grâce à vous !
-Vous êtes Monsieur Pantrieux ? -Oui.
-Inspecteur Champorelle.
Je vous attendais plus tôt !
-J'ai roulé à 180 pendant 1/2 heure !
Et puis j'ai pensé qu'un mort dans la famille
ça suffisait bien pour aujourd'hui !
-Donc, vous êtes le cousin du défunt. -Petit cousin.
-Si vous voulez le voir, nous parlerons après.
-Cousin Francis !
Que c'est gentil d'être venu ! -Cousine Agnès !
-Je suppose que cousin Jacques va venir...
-Oh ça m'étonnerait, il n'a jamais eu le sens de la famille !
-Allons bon !
Encore un cousin ! Et quel cousin Jacques ?
-Mon ex-mari, c'était un petit cousin de papa.
-Et comme je suis moi-même petit cousin de feu le père de madame,
je suis donc également petit cousin de l'ex-mari de madame.
-Ouais, bon...
Eh ben, si vous avez fini de vous recueillir, j'ai mon enquête à faire.
-Il s'agit-là d'un suicide.
Personnellement, j'en suis beaucoup moins convaincu !
-Moi non plus !
-Pardon ?
-Maintenant que j'y pense...
papa n'avait aucune raison de se suicider.
Il devait venir habiter chez moi.
-Il n'est pas d'usage qu'un désespéré se donne la mort en faisant des projets d'avenir !
Et... Vous ne voyez personne que...
ce projet de venir habiter avec vous aurait pu contrarier ?
J'allais parler de Lionel quand je me souvins juste à temps
de ce qu'il m'avait recommandé.
-Pas de fiancé ?
Rien ?
"...que vous avez une relation masculine...
on en concluera que vous avez un amant...
L'enterrement religieux de Monsieur votre père sera compromis..."
-Je vis seule. Je ne suis pas fiancée, je ne fréquente personne.
-Tant pis !
Alors, vraiment madame, vous ne désirez pas porter plainte contre X pour homicide ?
-Contre X ? Mais... Qui est X ?
-Il n'y a pas de X !
X est un mythe !
Et je le prouve !
Pas la moindre trace d'instrument perforant
à l'intérieur du crâne !
Le décès
est uniquement dû à un instrument contondant.
C'est-à-dire qui meurtrit par écrasement sans couper.
Le marteau
répond parfaitement à cette définition.
-Heu... Voici la famille. La fille du défunt.
-Docteur Hublot.
Mes hommages madame et mes condoléances ! -Moi de même !
-Son petit cousin.
-Aucun doute n'est plus permis !
Le père de madame s'est suicidé !
-Mais enfin Docteur, on ne se suicide pas comme ça !
-On se suicide comme on peut !
Rappelez-vous, le 13 juillet 1895,
aux USA, un charpentier,
comme votre père, justement,
a tenté de se tuer
en s'enfonçant un clou à coups de marteau dans le sommet du crâne !
Le clou, bien que très long,
n'atteignit aucun centre cervical important
et notre homme, découragé par la vanité de ses efforts,
se rendit à l'hôpital avec son clou
dans la tête !
On le lui retira,
et il rentra chez lui tout gaillard !
Eh bien...
Qu'en dites-vous ?
-Bon... Mais dans le cas présent...
-J'y viens !
Le sujet...
travaillait ici.
À cette chose.
Lorsque se déclencha brusquement une violente crise dépressive
provoquant un état fébrile,
et déclenchant vraisemblablement
de violentes céphalées.
-De violentes quoi ?
-Heu... Des mots de tête
qui engendrèrent à leur tour
une sorte
de fureur autodestructrice
au cous de laquelle
il se frappa lui-même d'un geste dont il était coûtumier
à coup de marteau !
Et dans le cas présent, il était tout naturel que,
le sujet étant droitier,
il se frappa la face pariétale droite.
C'est ce que nous aurions fait à sa place !
Des coups de marteau aussi nets
ne peuvent être que le fait d'un homme de métier !
Si vous tenez à expliquer le décès par un crime,
vous vous heurterez à des montagnes d'invraisemblance !
-Vous croyez vraiment qu'une crise dépressive puisse provoquer ce...
-Madame pourra sans doute vous éclairer mieux que moi.
Votre père
était-il souvent sujet à des crises aigües ?
-Papa piquait des colères terribles !
Cette fois-ci, il a dû se mettre en colère contre lui-même.
-Eh bien...
Devant la rigueur de ce témoignage...
je ne peux que m'incliner.
La cause est entendue !
Grâce aux conseils judicieux de Lionel,
je pus obtenir l'enterrement religieux, à mon grand bonheur.
Cousin Francis m'avait offert de me raccompagner à Paris en voiture.
J'aimais décidément beaucoup ses yeux bleux...
et surtout son sourire.
Évidemment, il ne souriait pas énormément.
Puisqu'on revenait d'un enterrement.
Par malchance, la voiture tomba en panne en cours de route.
Heureusement, la panne s'était produite tout près d'une auberge.
Francis dit que nous pourrions en profiter pour dîner,
on repartirait le lendemain.
Après une bonne nuit de repos.
J'étais en train de faire ma petite sieste,
quand cousin Francis frappa à la porte.
Il me proposa de m'emmener au cinéma avant le dîner.
Je fus réellement choquée.
Le cinéma, c'est un spectacle !
Je ne pouvais pas aller à un spectacle le jour de l'enterrement de papa !
Rien que de reparler de papa je me remis à pleurer !
Alors Francis me consola...
me consola...
me consola...
Évidemment, je ne sais...
si c'était très convenable...
mais... ça au moins, ce n'était pas un spectacle !
-Toujours rien pour vous Monsieur Fribourg !
-Soyez remerciée quand même, Madame.
Dès son retour de Bretagne,
Agnès m'avait écrit pour m'informer de l'heureuse conclusion de l'enquête.
Depuis, plus rien ! Aucune réponse à mes lettres !
J'allais surprendre Agnès sur les lieux mêmes
où elle exerçait son art de photographe portraitiste.
-Souriez !
Revenez dans 6 minutes !
Agnès semblait moins abattue que je le craignais.
Elle avait même le teint plus vif et l'oeil plus brillant qu'avant.
Sans doute la joie inconsciente d'être délivrée d'un père tyrannique.
-Oh Monsieur Lionel !
-Je comprends et respecte votre douleur, Agnès, mais n'avez-vous pas reçu mes lettres ?
-J'ai des affaires d'héritage à régler avec...
un vieux parent...
le cousin de papa.
C'est très long, très compliqué.
-J'espère que votre pavillon n'est pas en cause !
Méfiez-vous Agnès...
il pourrait attirser la convoitise d'individus sans scrupules...
capables de profiter de la mort de votre pauvre papa pour...
-Oh non non, il ne s'agit pas de cela !
-Allons, tant mieux !
-Asseyez-vous Monsieur !
Regardez ici !
-Si je puis vous être utile...
-Non non.
Mon vieux parent est très compétent !
Souriez !
-Et... nos projets matrimoniaux, Agnès ?
-J'y pense, Lionel, mais...
j'hésite...
j'ai des scrupules...
des scupules religieux !
Malgrés mon divorce, pour l'Église, je suis toujours mariée !
-Je suis bien sûr que votre ex-mari n'a pas eu vos scrupules.
Il s'est sans doute remarié depuis longtemps !
-Oh, lui, c'est différent, il n'a aucun principe !
D'ailleurs, c'est bien simple, il fait du cinéma !
Souriez !
-Un acteur ?
Y a pas de sous-métier !
-Il joue dans les films historiques,
c'est lui qui se bat à la place de la vedette comme doublure.
-Et vous vous considérez toujours comme mariée à un tel individu ?
-Pas moi Lionel, l'Église !
Si je vous épousais, ce serait un péché mortel !
Et si vous mouriez, je ne serais même pas votre veuve légitime !
Souriez !
-Un tel souci de l'avenir me touche profondément, mais pour le présent...
-Pour le présent, moi j'ai des scrupules, et j'hésite.
Et puis si tôt après la mort de papa, ce ne serait pas convenable !
Je ne retrouvai pas dans l'expression de mon visage
le reflet de mon angoisse.
Cette durée de deuil serait pour moi, si j'ose dire,
un temps mort...
-Arrête un peu ta boîte à musique !
-Voilà encore sa pépé qui lui fait des carabistouilles !
Alors, qu'est-ce qu'elle a encore inventé cette fois ?
-Oh elle a rien inventé !
Elle hésite !
-Ouvre l'oeil, papa !
Cette fille elle passe son temps à trouver des prétextes pour t'espacer !
-Mais où vois-tu des prétextes ?
D'abord son père a voulu venir habiter chez elle, c'est pas un prétexte !
-Pourquoi pas ? Il te l'a dit lui-même, le père, qu'il voulait revenir ?
T'as pas été voir ?
-Si !
Justement !
-Tu es allé le voir ?
-Moi ? Non !
Mais pas du tout !
Mais pourquoi serais-je allé le voir, moi, ce père ?
-Ne te défends pas comme ça !
Même si tu y étais allé, ce ne serait pas un crime !
-Non.
Bien sûr que non !
J'ai lu des lettres qu'il avait écrites à Agnès, tout simplement.
-Bon,
et maintenant que son père est mort,
qu'attend-elle pour t'épouser ?
-Le deuil d'un père, il y a encore des filles qui le portent, figure-toi !
Et puis Agnès éprouve certains scrupules...
d'ordre religieux.
Une catholique divorcée qui se remarie devient bigame !
Je comprends qu'elle hésite...
-Décidément ! Elle est très forte !
-Mais enfin, si elle ne désirait pas m'épouser,
pourquoi ne me le dirait-elle pas franchement ?
Pourquoi prendrait-elle tant d'égards ?
-Toi papa, on peut dire que t'es un cas !
Veux-tu que j'te dise ?
Ta pépé a un Jules !
Seulement... elle n'est pas très sûre de pouvoir l'épouser...
alors elle te garde en réserve...
pour quand le Jules la plaquera !
-Agnès ?!
Un amant ?!
Avec ses principes religieux !
-J'te parierais bien qu'ils portent des pantalons,
ses scrupules religieux !
Tiens ! Je voudrais que son mari claque comme son père a claqué !
Je serais curieuse de voir quel prétexte elle inventerait encore pour ne pas t'épouser !
-Si son mari claquait, comme tu dis,
elle n'inventerait aucun prétexte !
Elle m'épouserait !
-De toute façon ça ne rime à rien d'imaginer ce qu'Agnès ferait si son mari claquait,
puisqu'il n'est pas claqué ! Ciao !
Si son mari claquait...
Si son mari claquait...
Si son mari cla...
quait...
-C'est bien ce que je craignais !
On règle les questions d'héritage dans la chambre à coucher !
-Tu vois le mal partout !
Si c'est un vieux parent...
-Vieux peut-être, mais parent, mon oeil...
C'est son Jules !
Pendant que je neutralise la pépé, toi Christine, tu vampes le Jules !
Les grandes victoires dépendent des petits détails...
Je veux que dans 3 jours,
cette Messaline de banlieue se traîne aux pieds de papa pour le supplier de l'épouser !
-Et moi, qu'est-ce que je fais ?
-Tu nous attends ici ! C'est une affaire de femmes !
Allez ! Go !
-Jamais elle me laissera monter là-haut !
-Ben trouve un prétexte !
-Tu voudrais pas faire une petite sieste ?
-Oui, j'arrive.
Tu attends quelqu'un ?
-Non, personne !
À moins que Lionel... -Qui ?
-Tu ne connais pas.
-Madame Devillard ? -Oui.
-Bonjour Madame, je suis la fille de Monsieur Fribourg.
-La fille de Monsieur ? Oh... -Je me promenais dans les environs avec ma camarade...
-Madame. -Bonjour Mademoiselle !
-Je ne pouvais passer si près d'un amie de mon père sans lui dire un petit bonjour !
-Eh bien, c'est très gentil !
Malheureusement...
-Pardonnez-moi Madame, mais pourriez-vous m'indiquer...
-Quoi ?
-Oh... Vous montez au 1er, c'est la première porte à droite.
-Merci beaucoup Madame.
-Vous cherchez quelqu'un ?
-Excusez-moi !
Je me suis trompée !
-Vous êtes une amie de Madame Devillard ?
-Une amie... éloignée...
-Je ne croyais pas ses amies si jeunes...
-Vous êtes un parent de Madame Devillard ?
-Un parent éloigné.
-Je voyais son parent plus vieux !
Enchantée !
Vraiment enchantée !
-Vous ne craignez pas que votre amie...
-J'avais tellement hâte de vous connaître !
Surtout si vous devez devenir ma maman !
-Quoi ?
-Par alliance...
-Votre amie s'est peut-être perdue...
-Ne craignez rien ! Elle a le sens de l'orientation !
-Alors ? Vous m'accompagnez demain soir ?
-Je peux difficilement laisser ma cousine !
-Oubliez la famille ! Promettez-moi de venir !
-Je réfléchirais... Mais en attendant, je crois qu'il vaut mieux descendre.
-On aura des disques sensationnels ! Stan Getz, vous aimez ?
-Je comprends !
Et Lester Young !
-Mademoiselle Fribourg, la fille d'un ami,
Monsieur Pontrieux, un parent.
Je crois que vous avez déjà fait connaissance...
-En effet, et je suis ravie !
-Ravie et navrée,
parce qu'elle doit nous quitter !
-Qui, moi ?!
-Et ton fiancé qui t'attend dans la voiture ?
-Mon fiancé ?!
-Tu sais comme il est jalou !
Allez, dis au revoir !
On t'excusera !
-Au revoir Mademoiselle !
-Madame !
Non mais je te retiens, toi !
Séduis le Jules, le séduis plus !
-Laisser un homme comme lui, avec une femme comme elle...
ce serait plus qu'un crime, ce serait du gâchis !
-J'avais compris !
-Quand même, votre amie...
ça lui arrive souvent d'oublier son fiancé ?
-Oh, c'est le 4eme en 6 mois !
-Si jeune et collectionner les fiancés, c'est triste !
-Si jeune et se consacrer à des questions d'héritage,
ça n'est pas plus gai !
-Je m'y consacre très provisoirement !
Je traversais une sorte de morte saison.
-Ha ça oui, les affaires sont bien calmes en ce moment !
-Dans la photographie aussi...
-Mes affaires iraient mieux si je trouvais un associé.
-Oh, tu heu... Vous ne m'aviez pas dit que vous cherchiez un associé, cousin.
-Je n'en parle pas, mais j'y pense beaucoup.
Mon idéal, serait une personne plein de finesse,
d'initiatives, sachant me comprendre à demis mots...
-Ah... La finesse, ça ne court pas les rues !
Tu... Vous aurez du mal à trouver !
-On ne sait jamais, le hasard fait si bien les choses...
-C'est ce que je dis toujours ! Dans la vie, il faut saisir la chance au vol !
Elle ne se présente pas 2 fois !
-Vous devriez écouter Madame. Elle a l'air de bon conseil !
-Soyez sûres que si la chance se présentait directement à mon bureau...
je ne la laisserais pas passer !
-Hélas... La chance ne connaît peut-être pas votre adressse...
-Oh ! Si ce n'est que ça !
Je la lui donnerai tout de suite, l'adresse !
Avec le numéro de téléphone !
-Vous vous souvenez du numéro de mon bureau, cousine ?
-LABORDE-7699.
-Elle a une mémoire étonnante !
-Miraculeuse !
-Elle est bien convenable cette petite Marie-Josée !
Pas comme son effrontée d'amie qui faisait des avances...
juste sous mon nez !
Je te parle !
À quoi penses-tu ?
-À...
mon associée...
-Maintenant qu'on est seuls, tu ne viens pas la faire, la sieste ?
-La sieste, toujours la sieste ! Laisse-moi me reposer !
À propos de cette Marie-Josée...
J'ai cru comprendre que c'était la fille d'un de tes amis...
-Parfaitement ! Un veuf très distingue !
Je ne te l'ai jamais dit pour ne pas te rendre jalou, mais il me fait la cour.
Il veut même m'épouser !
Lui !
-Devillard.
Jacques Devillard.
Il tourne bien dans Le Chevalier maudit ?
C'est pour un reportage dans Le Petit cinéphile des Côtes du Nord.
En extérieur à Vigny ?
Jusqu'à ce soir seulement ?
Merci beaucoup Mademoiselle.
-Papa !
Tu tombes bien !
On tenait justement conseil sur la meilleure façon d'aller t'anoncer la nouvelle.
Francis Pontrieux, mon fiancé.
-Bonjour. Excusez-moi.
Ton quoi ?!
-Nous sommes fiancés depuis hier.
-Mais... Tu aurais pu me consulter !
Elle aurait dû me consulter !
-Tout s'est passé si vite !
N'est-ce pas mon chéri ? -Bien sûr mon ange !
-On ne se fiance pas comme ça du jour au lendemain !
-Je n'ai pas de scrupules religieux, moi !
-Tu permets ?
Un père conscient de ses responsabilités se doit d'exiger des garanties de...
moralité.
-Moralité impeccable !
Avant de me connaître, il fréquentait des personnes très...
pieuses.
Vous avez des goûts communs...
Il n'a qu'un défaut,
il est sans appartement.
Alors j'avais pensé...
puisque tu veux habiter en banlieue...
on pourrait prendre le tien en attendant mieux.
-Mademoiselle votre fille m'a dit en effet que vous comptiez vous installer à la campagne.
-Mademoiselle ma fille dit n'importe quoi !
J'y suis pas encore à la campagne !
-J'ai l'impression que ça ne va plus tarder !
Un bonheur ne vient jamais seul...
-Le bonheur se mérite !
Et on n'a rien sans peine !
À ce propos, vous m'excuserez...
j'ai à faire...
-Ce soir je présente Mademoiselle votre fille à mes parents
à l'occasion d'une petite réception chez des amis.
Si vous vouliez nous faire l'honneur de venir...
-Voilà l'adresse.
Liquide ton affaire en vitesse et viens !
-Je ferai de mon mieux !
-Tu crois que je lui ai plu à ton père ?
-Oh... Tant que tu ne l'empêches pas de composer, tu n'as rien à craindre...
-Dépêchons-nous !
Préparez-vous les cavaliers !
-Alors, Jacques tu vas passer à l'extrême droite là-bas, hein... Au bout du chemin. Vas-y !
Allez ! En place tout le monde !
-Filippi à droite non de dieu tu dors ou quoi ?!
Allez les dames, vite en place !
Les dames de la cour, l'équipage !
Ce Jacques Devillard...
s'était spécialisé dans les films prétendument historiques exaltant le goût du sang et de la violence.
Contribuant ainsi à la baisse de la moralité publique et à la hausse de la criminalité juvénile.
-Jacques ! Pousse ton canasson un demi centimère à droite !
-5 millimètres ! 5 millimètres !
-Et puis aies l'air plus martial quoi !
-Je vais te trouer tocard !
Mais la providence, qui avait si heureusement favorisé la disparition du père de ma bienaimée,
me compliquait singulièrement la tâche avec son ex-mari
qui me paraissait un peu trop protégé !
-Que le diable l'emporte !
-Arrêtez-le !
Arrêtez-le !
Arrêtez-le !
Mais arrêtez-le bon sang !
Mais courrez-lui après !
Dépêchez-vous !
-Eh là eh là ! C'est à vous ce cheval ?
Non mais t'es pas dingue, toi ?!
Jacques Devillard avait fort peu de chance de refaire surface...
L'armure dont il était si fier sur la terre ferme
l'incommodait certainement beaucoup là où il se trouvait...
En ce qui me concerne,
je ne pouvais évidemment que me féliciter de cet accident du travail aussi élégant qu'opportun.
Quelle plus belle fin pour un cascadeur que de disparaître en cascadant !
-Ah ! Monsieur Fribourg !
Un télégramme pour vous !
-Déjà !
Agnès me demandeait de venir la chercher à la sortie de son travail.
-Lionel !
Ça va fermer !
Venez vite ! -Où ça ?
-Nous dinons ensemble ce soir !
Suivez-moi !
Je ne vais pas vous faire languir pour vous annoncer la nouvelle,
Lionel...
Nous pouvons nous marier !
-Vous m'en voyez bouleversé !
Je déplore seulement de devoir mon bonheur
au malheur d'un autre.
-Au malheur de qui ?
-De votre pauvre ex-mari.
Il est arrivé quelque chose à Jacques ?
-Je ne sais pas... Heu...
Je croyais...
-Quelle idée ! Vous m'avez fait peur !
Non Lionel !
Il m'ont quittée.
-Qui vous a quittée ?
-Mes scrupules religieux !
-Comme ça ? Subitement ?
-Comme un vieille chaissette !
-Ma chère Agnès,
comme c'est merveilleux !
Dommage seulement qu'ils ne vous aient pas quittée hier...
-Mais c'est justement hier qu'il m'a laissé tomber...
qu'ils m'ont quittée.
Pourquoi ?
-Ce qui est fait est fait...
Ce soir...
le champagne...
s'impose !
Oh diable, j'avais oublié, excusez-moi !
Ce soir, je suis pris !
-Oh ! Quelle déception !
-Je suis navré chère amie, mais ma fille vient de se fiancer et je suis invité à une petite sauterie.
-Votre fille ? Oh, je suis bien contente pour elle !
Elle est si timide et si convenable.
-Vous la connaissez ? -Elle m'a rendu visite.
Elle ne vous l'a pas dit ? -Elle ne me dit jamais rien !
-Allons pressons Messieurs Dames, on ferme !
-J'y songe, pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi ?
-Mais je ne suis pas invitée.
-Nous devons tout partager désormais.
Y compris les invitations !
-Lionel !
Là !
Jacques !
Mon ex-mari !
"Ce n'était pas du cinéma !.. Son cheval prend feu Il se noie !..
Le célèbre cascadeur Jacques Devillard trouve la mort
au cours du tournage du Chevalier maudit "
-Oh mon pauvre Jacques !
-Je vous comprends. C'est affreux, d'accord.
Mais enfin, vous n'étiez pas restée amoureuse de votre mari.
-Oh non Lionel, ce n'est pas ça ! -Bien sûr, c'est simplement l'émotion.
-Pas seulement l'émotion, je pense surtout au pavillon !
-Mais pourquoi au pavillon ?
-Parce qu'il appartenait à Jacques !
-Vous dites ?
-Il me l'avait laissé après le divorce malgré la séparation de bien, mais...
maintenant qu'il est mort,
le pavillon va revenir à ses héritiers !
-Mettez-là au vestiaire !
-Je vais chercher un cordial.
-Je ne t'avais pas dit de l'amener !
-Si j'avais su, je l'aurais laissée chez elle !
Une hypocrite !
Une sournoise !
-Ah... Tu es au courant que Francis et elle...
-Une menteuse...
qui m'avait caché soigneusement que son pavillon ne lui appartenait pas !
-Sans blague !
-Petit hypocrite !
Petit sournois !
Petit menteur !
-Vous vous connaissez tous les 2 ?
-Le scrupule religieux !
En personne !
-Petit serpent ! Petit lâche !
-Mais tout de même, cousine !
-Oh ! Tu es bien comme mon pauvre jacques ! Tous les mêmes dans la famille !
-Pourquoi pauvre Jacques ? Ça marche bien pour lui !
J'ai lu quelque part qu'il tournait un film.
-Ça ne marche plus très bien depuis cet après-midi,
il est mort !
-Jacques est mort ?
Jacques est mort...
Mais alors...
Mais... Mais alors son pavillon me revient !
-Comment ?!
-Je vous demande pardon !
-Cousin Jacques ne s'était pas remarié.
Je suis son seul parent.
Je suis donc son unique héritier !
-Oh chic ! Mon chéri ! On va habiter à la campagne !
-Mais... Et moi ?
-Vous partagerez l'appartement de Monsieur votre époux !
-Je ne serai jamais l'épouse du père d'une petite vipère !
-Je ne serai jamais l'époux d'une tartuffe qui me trompait !
-Tartuffe ?! Un mot de plus et je m'en vais !
-Si c'est un mot de moi, considérez-le comme prononcé.
-Oh !
-Mes chers enfants, tout ceci m'affecte péniblement,
et je devrais vous en vouloir de vos cachotteries, mais...
je suis sans rancune et je consens à tout oublier.
Je ne verrais donc aucun inconvénient
à m'installer à vos côtés dans le pavillon
mon piano et moi, nous nous contenterons de la piève du fond.
-Précisément, je compte la transformer en chambre d'enfant.
-Mais les enfants, les enfants...
D'abord vous avez le temps et puis ça ne donne que des soucis !
-Et c'est ingrat, je sais !
Mais je tiens à être une jeune mère.
-Si je comprends bien, vous me mettez dehors.
-On ne te met pas dehors, papa, tu n'es pas encore rentré.
-Si vous tenez vraiment à vous rapprocher de nous, pourquoi ne louez-vous pas une chambre dans les environs ?
-Jeune homme, veuillez nous laisser, j'ai à parler à ma fille.
-Mon petit,
n'oublie pas que tu es mineure ! Je peux refuser mon consentement !
-Tu ne feras pas ça, papa ! -Je vais me gêner !
-Mariée ou pas, j'irai vivre avec Francis !
-J'alerterai la police !
Détournement de mineur, c'est un délit !
-Tu alerterais la police ?!
Qu'est-ce que c'est que ça ?
"Grand pardon de Saint Gildas de Plouguehac-Querennec"
Ce n'était pas le village du père d'Agnès ?
-Ne détourne pas la conversation !
De quoi parlait-on ?
-Tu voulais alerter la police...
-Ne mêlons pas ces gens-là à nos affaires.
Tes invités t'attendent...
-Pardon !
Un whisky !
Un autre whisky !
-Vous voulez mourir ! Vous n'avez pas bonne mine, vous savez !
Est-ce que vous êtes malade ?
-Je suis l'heureux père de la fiancée !
-Ah... Et c'est l'idée qu'elle va bientôt partir qui vous choque grandement ?
-Elle va habiter
un pavillon de banlieue !
-Et alors ? C'est très agréable un pavillon de banlieue !
Je le sais, j'en habite un !
-Vous habitez un pavillon de banlieue ?
-Oui. Et je vous assure qu'on y respire beaucoup mieux qu'à Paris !
Quel calme ! -Pardonnez-moi de ne m'être pas présenté plus tôt,
ma profession m'a rendu un peu sauvage...
-Vous êtes diplomate !
-Pas précisément, compositeur !
-Mais comme c'est curieux !
Racontez-moi ça ! -Un instant... Deux coupes !
-Permettez-moi...
Cette personne qui répondait au doux prénom de Graziella
présentait sur Agnès la supériorité incontestable
d'etre personnellement propriétaire de son pavillon.
De plus, elle était déjà veuve.
Sonveuvage semblait commencer à lui peser
et j'avais l'impression d'être l'homme qu'il lui fallait.
Allais-je enfin pouvoir terminer mon oeuvre ?
Il ne me restait que 22 jours...
-Alors quand puis-je compter sur vous ? -Demain !
-C'est entendu !
Et je vous réserve une surprise !
La demeure de Graziella était plus qu'un simple pavillon.
C'était une villa !
Ainsi, c'était donc sa surprise !
Elle m'avait caché qu'elle était musicienne et possédait un piano
sur lequel je pourrai travailler moi-même.
-C'est ma surprise !
-Chut !
-C'est papa !
C'est un grand virtuose !
Pour maintenir sa forme, il doit faire ses exercices 8 heures par jour !
-Silence bon dieu ! La paix !
La paix...
je la lui donnais pour l'éternité.
Il reçu fort à propos le couvercle de son piano sur le crâne !
Encore un accident du travail...
LE CLUB DES CASCADEURS À JACQUES DEVILLARD
J'étais en train de fleurir la tombe de mon ex-mari,
quand je me retrouvais nez-à-nez avec mon ex-fiancé !
Je n'étais pas ravie de le voir après qu'il m'ait traitée de tartuffe !
Mais l'amour-propre ça n'empêche pas la politesse.
Et je lui demandais s'il avait perdu quelqu'un.
Mais non ! C'était la dame qu'il accompagnait qui avait perdu son pauvre papa !
Comme moi !
C'est des choses qui rapprochent !
Elle me raconta son malheur.
Je lui dit que mon papa était mort, lui aussi
d'un accident du travail !
C'était curieux comme coïncidence !
La dame habitait un pavillon de banlieue, comme moi !
Lionel avait commencé à lui faire la cour, comme à moi !
La dame me fit remarquer que c'était aussi une curieuse coïncidence
que mon papa soit enterré près du sien.
Je lui fit remarquer que ce n'était pas mon papa, mais mon ex-mari !
Qui lui aussi était mort comme par enchantement
juste après que j'avais parlé à Lionel de mes scruples religieux !
Encore une coïncidence !
De coïncidence en coïncidence,
je me retrouvais une fois de plus en grand danger de ne pouvoir travailler en paix !
-Alors Docteur, X est toujours un mythe ?
-Plus que jamais !
-Parce que d'après vous, ce Lionel Fribourg n'est pas coupable ?
-S'il est coupable, alors moi, je suis fou !
-Mais enfin l'enquête a prouvé que... -J'espère que vous ne vous êtes pas laissé influencer...
par les élucubrations de la police parisienne !
Elle n'a rien prouvé, leur enquête !
Et... Et je le prouve !
L'a-t-on surpris chez le charpentier de marine ?
L'a-t-on signalé lors de la noyade de l'acteur de cinéma ?
L'a-t-on surpris en flagrant délit d'assommer le pianiste ?
Où sont les témoins ?
Personne ne l'a vu !
-Personne ne l'a vu, parce qu'il se cachait !
-Oh, mais on va loin avec des raisonnements pareils !
On ne l'a pas vu, parce qu'il n'y étais pas !
-Mais, s'il ne les a pas tués, qui les a tués ?
-Vous êtes tous les mêmes dans la police !
Vous voyez des meurtres partout !
Déformation professionnelle !
Moi qui ne suis victime d'aucune idée fixe,
je peux vous affirmer qu'il n'y a pas eu meurtre ! -Ben quoi alors ?
-Des suicides naturellement !
-Encore des suicides ?
-C'est l'évidence même !
-Ben voyons, on ne se suicide pas avec un couvercle de piano !
-Et pourquoi pas ?
Savez-vous ce qui ressort des statistiques ?
Les travailleurs se suicident le plus volontiers
avec leur instrument de travail !
Le pianiste a utilisé tout naturellement le couvercle de son piano,
comme l'acteur de films historiques
a utilisé son cheval et son armure,
comme le charpentier de marine
avait utilisé son marteau !
Tout se tient, tout est logique !
-Mais enfin, pourquoi tous ces gens-là se seraient-ils suicidés ?
-Mais pour l'acteur c'est évident !
Rêver de jouer du Shakespeare
et se trouver coincé dans une armure par 30 degrés à l'ombre...
sans une phrase à prononcer !
Ambition déçue...
Carrière entravée...
Psychose, névrose...
Et crac ! La queue du cheval prend feu,
et au lieu de réagir, on se laisse aller,
et on en profite pour en finir !
Et c'est astucieux d'ailleurs !
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-Mais le virtuose, vous ne me direz pas qu'il était déçu dans ses ambitions artistiques !
-Il faisait des gammes et des exercices 8 heures par jour
depuis plus d'un demi siècle !
Vous ne trouvez pas qu'il y avait là de quoi déprimer n'importe qui ?
-Tout de même, vous oubliez un détail !
Ce Lionel Fribourg a avoué !
-Plus un coupable avoue, plus il est suspect d'être innocent !
-Mais il n'a pas avoué pour le plaisir !
-Il a avoué par nécessité !
Mettez-vous à sa place !
Deux pavillons lui claquent dans la main !
Où voulez-vous qu'il aille ?
Deux femmes bafouées l'accusent,
il a sauté sur l'occasion
vivement qu'on me mette en prison, là au moins, c'est le silence !
-Mais dites-moi, c'est très grave, ça !
On ne peut tout de même pas se rendre complices d'une erreur judiciaire !
Il faudrait alerter le procureur de la république !
-Ah écoutez non !
Pour une fois que cet homme-là a l'occasion de travailler tranquille,
fichez-lui la paix !
Heureusement, grâce au silence
qui règne dans les prisons,
et à la finesse intellectuelle du directeur et de ses collaborateurs,
tout pénétrés du principe selon lequel la musique adoucit les moeurs,
j'eus enfin la satisfaction de pouvoir achever mon oeuvre sur l'harmonium de la prison.
Et dans les délais prévus !
Un mois plus tard,
nous pûmes, mes collègues et moi, assister à l'exécution de mon oeuvre
au festival de Vienne,
retransmise en Eurovision.
Quant aux 2 orphelines,
dont les papotages inconsidérés avaient failli compromettre ma carrière
et qui depuis partageaient le même pavillon,
j'espérais bien qu'elles assisteraient à mon triomphe !
Elles éprouveraient certainement un puissant réconfort en constatant
que leurs pères respectifs n'étaient pas morts en vain...
Fin
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