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Un génie comme Hugo peut être non pas seulement rongé, non pas seulement
ravagé, mais dessaisi par le talent, par le talent qui le parasite, par le talent
qui l'entoure.
C'est impossible, c'est indéniable. Je place celui qui ne sentirait pas
instantanément que ce jour-là, il s'est passé dans la tête de Hugo, dans la tête
temporelle de Hugo, quelque chose, quelque chose qui dépasse la confection
même d'un très grand poème.
Qu'il ait senti ce jour-là, ce jour unique.
Les deux devoirs, veiller, espérer.
Bonjour, madame. Bonjour.
Mademoiselle. Bonjour.
Un pain au chocolat, s'il vous plaît. Eh bien, 1,50 €.
Merci beaucoup.
C'est elle, c'est ma nièce, Eponine, dont je vous ai parlé.
Ah oui, d'accord.
Ah ben, j'ai vos places.
Merci. C'est merveilleux de s'appeler Eponine. Oui, je sais. C'est une meuf
dans les misérables.
Vous avez aimé Les Misérables ? Bah, je l'ai pas lu. Les jeunes, ils lisent
plus. C'est ses parents, ils sont profs. Et fans du grand Victor, comme vous.
Vous venez d'où ? Gex, sous-préfecture de Lens. J'aime bien Lens.
Oui, c'est le premier département.
Bon, bah, je vous ai vraiment très bien placé. Merci.
Vous parlerez pas trop ? Vous tousserez pas ? Ah, on allait oublier le journal.
Quelqu'un a apporté ça pour vous.
Elle a demandé si vous veniez toujours ici. J'ai dit oui, tous les matins.
Je répète pas lui.
Faut que vous regardiez les avis de décès, c'est ce qu'elle a dit.
Les avis de décès ? Mais c'était qui ? Je sais pas, une jeune.
Votre fille peut-être ? Ma fille.
Elle était plutôt brune.
Elle portait quoi comme chaussures ? Elle avait des kickers rouges.
Elle avait plus l'âge des kickers.
Vous avez une photo, je vous dirais.
Une photo ? Non, non, j'ai pas de photo.
Même dans votre téléphone ?
Non, non, je n'ai pas de photo.
Bonne journée.
Bah t'es où ? Bah et toi ? T'es pas au théâtre ? T'as pas des derniers trucs à
révéler ? Si si si, j'y vais, j'y vais.
Il est quelle heure pour toi ? 7h de moins, je suis sur le strip.
Dans mon palace ambulant, regarde.
Il est 2h du mat, Biscarros nous a tous invités à Las Vegas.
Il vit en limousine, c'est dingue non ? Fais attention mon amour. Oh t'inquiète,
y'a pas de vrais gens. T'es bête.
Regarde ce que je viens d'apprendre.
J'arrive pas à lire, ça dit quoi ?
Ça dit que Elisabeth Rockwell, sa fille, Madeleine Martineau, sa
mère, Anne-Carole Rockwell, sa sœur, ont l'immense douleur de vous faire part du
décès de Madame Chansou Rockwell.
Je pense que c'est Elisabeth qui m'a apporté ça à la boulangerie ce matin.
Enfin, je suppose.
C'est triste.
Tu te sens comment, toi ? C'était il y a très longtemps, mais enfin, quand même.
Mais Elisabeth, tu l'as appelée ? Parce que là, c'est plus qu'une occasion.
Tu n'as pas le choix.
Je ne vois pas comment, je n'ai pas son téléphone.
Ça fait des années que je n'ai plus son téléphone.
Tu n'as pas le numéro de ta fille ? Je ne le crois pas. Mais écoute, c'est
aussi à elle d'essayer de prendre contact, enfin, depuis tout ce temps.
C'est un peu ce qu'elle vient de faire, non ? Oui, oui.
Eh bien, merde mon amour, merde pour ta négociation. Je prends. Et essaye de la
contacter quand même. Sa mère, elle n'avait pas ce théâtre-là.
Le perroquet bleu ? Non, pas le perroquet bleu, le toucan blanc. Voilà.
Tu sais pourquoi on se dit merde constamment ? Plus il y avait de public
qui venait, plus il y avait de calèches devant les théâtres, plus il y avait de
crottins de cheval, d'où le merde qu'on se souhaite, etc.
Eh, attends, et moi aussi... C'est une hypothèse. Oui.
Et moi aussi, je te dis merde pour ta première.
Et je t'embrasse. Moi aussi, mon chéri, je t'embrasse fort.
Taxi !
Est-ce qu'il y a quelqu'un ?
Qu
'est-ce qu'il fout là ? Qu'est-ce que tu fous là, toi ? Oh,
je suis désolé. C'est bon, vous pouvez ouvrir les yeux.
Vous êtes sûre ? Oui.
Sûre ? Oui, j'ai dit oui. Je suis absolument confus, je suis désolé.
C'était pas fermé, je suis entré.
Enchantée. Pierre, on est en répète, là.
Enchanté également, Robert. Je sais qui vous êtes.
J'ai rien vu, vous savez. Enfin, je veux dire, j'ai rien regardé.
Vous n'allez pas me mitouiser ? Si.
Et si c'est pas pour ça, ce sera pour autre chose.
Vous flippez. Je plaisante. Je suis vraiment confus.
Il a morflé le toucan.
À mon époque, il était placé à l'entrée du théâtre parce que j'ai commencé mon
premier spectacle sur cette scène. Ah oui ? Oui.
Il veillait sur nous et maintenant personne ne veille sur personne.
Nous, c'est notre porte-bonheur.
On lui touche le bec.
Allez-y, touchez-lui le bec.
Avec plaisir, c'est ma première ce soir.
Je suppose que vous êtes au courant pour Chansou.
Oui, mais à la fin, elle souffrait trop, c'est mieux.
Ah non, pas les doigts, ça ne vous portera pas chance.
Les filles, je vous présente Zucchini.
Robert Zucchini.
Georgia.
Suzanne. Enchanté.
Et moi, Pia. Oui, j'ai retenu, Pia.
C'est bien, Pia, c'est sec, c'est court.
Pia comment ? Pia Pépin.
C'est formidable, ça.
Dites-moi, j'ai essayé de frapper à la porte au premier étage, là où habitait
Lisbeth, elle n'est plus là ? Ah non, enfin, plus depuis longtemps.
Jansou, elle avait déménagé dans une maison en banlieue au Lila.
Après, elle avait quand même gardé le théâtre, mais... En fait, on est toutes
des potes de Lisbeth.
Et on savait pour vous. Vous saviez ? Bah que vous êtes un ami de la famille.
Un ami de la famille, c'est ça, c'est ce qu'elle a dit. Un ami de la famille.
C'est sympa, c'est cool.
Très. Mais Robert Zucchini, c'est pas votre vrai nom, non ? C'est un pseudo.
C'est quoi votre vrai nom ? Ange Louchani. Ah ouais, j'avoue,
Ange, c'est difficile.
On est d'accord.
Je sais comment il appelait la guerre, Hugo.
La guerre.
Non, excuse-moi Robert, est-ce que tu peux reculer d'un mètre jusqu'à la dame
? Il appelait la guerre, ouvrière sans yeux, Pénélope,
imbécile.
Pénélope, imbécile, Pénélope, c'était la femme d'Ulysse. Et elle passait son
temps à... Elle tissait.
Exactement, elle tissait et elle détissait. Elle défaisait la nuit ce qu
'elle faisait le jour.
Donc bêtise de la guerre, ouvrière sans yeux, Pénélope imbécile, à quoi
sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée, si tes écroulements reconstruisent le
mal ? Tu m'entends, Régis ? Oui, je t'entends, je t'entends. Tu sais que
Louis-Napoléon...
Tu vois, tu situes Louis-Napoléon ? Oui, c'était un bon appart. Est-ce que tu
peux te mettre sur le fauteuil, s'il te plaît ? Oui. Enfin, moi, je savais pas
qui était exactement Napoléon, Louis-Napoléon. Moi, j'ai compris que c
'était Napoléon III.
Là, j'ai le droit d'être là. Là, c'est bien. Reste sur le fauteuil un instant.
Je sais pas où tu es, Régis. J'ai l'impression de parler à personne. Je t
'entends, je t'entends. Quand Napoléon III est devenu président, tu me diras,
ça me chauffe la voix pour tout à l'heure, et c'est très bien.
Deux jours après, il a invité Hugo...
à l'Élysée. Il écrit dans Chosevue, qui est pour moi le grand chef-d'oeuvre de
Hugo, Louis Bonaparte a donné son premier dîner hier, samedi 23.
Deux jours, tu vois exactement ce que je te disais, après sa proclamation.
Et ce dîner, il le décrit, mais comme une immense vulgarité. Il décrit les
femmes qui sont autour de Napoléon III, et il dit que Napoléon III préfère sa
voisine de droite à sa voisine de gauche.
devant la table alors mais j'ai en gros j'ai le droit d'aller ou pour la lumière
quand
il est devenu président de la république
il ya deux enfants là qui sont dans la dans la salle
régis
Il y a deux enfants là qui sont dans le théâtre.
Oui, pardon, il y en a un qui déconnait. C'est mes enfants, ils voulaient juste
voir où je travaillais, j'arrive.
Ah très bien, il va arriver votre papa.
Ça va ? Oui.
Vous apprenez Victor Hugo à l'école ? Un peu.
Enfant, vous dont la vie est faite d'ignorance.
Enfant, vous dont la joie est faite d'espérance.
Voilà, Hugo. Salut les enfants.
Salut papa.
Ça va ? Oui.
Mais tu m'avais pas dit que t'avais des enfants ? Eh ben non, mais j'en ai.
Très bien.
Tu es content d'avoir des enfants ? Ben oui.
Pas toi ? Enfin, ils sont très bien.
Bon, qu'est-ce qu'ils se sont dit à ce dîner, alors ? Salut, c'est Lisbeth
Recuel. Tu peux laisser un message si t'as envie.
Allô, Lisbeth ? Eh ben, c'est Robert.
C'est l'ami de la famille.
Il paraît que c'est comme ça que tu me présentes à tes copines.
J'ai trouvé ça plutôt drôle.
Alors, elles m'ont donné ton numéro, au tout camp.
Je suis vraiment désolé, mais je ne pouvais pas aller au Père Lachaise.
C'est une période où je dois m'occuper de toutes les choses au théâtre.
J'ai invité toutes tes copines du Toucan Blanc et j'ai évidemment laissé une
place pour toi.
Et je voulais te dire une phrase de Victor Hugo.
Le souvenir, c'est la présence invisible.
Voilà. Le souvenir, c'est la présence invisible.
Je t'embrasse.
Il y avait la queue, mais c'est très propre.
T'es sûre que tu veux pas y aller ? Tu pourras pas te lever en plein milieu. C
'est bon, je te dis.
Je me suis quatre fois trop tapée, j'ai l'air d'une quiche.
C'est pas toi qu'on va regarder.
En plus, ça me gratte.
Germain ? Germain ? Non, mais Germain.
Sérieux, c'est quoi ce prénom ? Tu peux parler ? Oui, mais moi, je suis une
héroïne au monde.
Il y aurait des trucs sur moi, tu crois, dans la pièce ?
C'est pas une pièce, je te dis.
Mais il joue pas Victor Hugo.
Non, il joue pas Victor Hugo.
Ni Jean Valjean, ni personne.
Jean Valjean, c'est le très méchant qui est très gentil.
Tu voudras le voir après.
Qui ? Ben, Zucchini. Tu voudras pas l'attendre à la sortie ? Ben, on le
verra à la boulange, non. On va pas aller le voir, on le voit tous les
jours. T'inquiète. Je dirais que j'ai aimé, même si c'est pas vrai.
Mais ça marche, monsieur Hugo.
Entrez ! Je dérange ? Non, non, pas du tout.
Vous êtes déjà maquillé ?
Oui. Et celle, on n'a pas trop mis ? Non, c'est bien.
Merci pour mes chocolats.
Moi, je vous ai apporté ça.
Pour vous et pour lui.
C'est quoi ? C'est une lampe à sel.
Une lampe à sel ? Quand vous l'allumez, ça vous baigne d'une lueur très
bénéfique, pleine d'ondes positives et de bien-être. Mais attention, il ne faut
surtout pas que votre chale à lèche, c'est poison.
Enfin, si vous avez un chat, vous avez un chat ? Non, je... Non.
Merci beaucoup, Cosima.
Bon, la merde ? Ils me préviennent quand c'est bon, hein ? Oui.
Cette préface commence par, et c'est Hugo qui l'écrit, si un auteur pouvait
avoir quelques droits d'influer sur la disposition d'esprit des lecteurs qui
ouvrent son livre.
L'auteur des Contemplations se bornerait à dire ceci. Ce livre doit être
lu comme on lirait le livre d'un mort.
25 années sont dans ces deux volumes.
L'auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui.
Ceux qui s'y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau
profonde et triste qui s'est lentement amassée là, au fond d'une âme.
La joie, cette fleur rapide de la jeunesse, s'effeuille page à page dans
le tome premier, qui est l'espérance, et disparaît dans le tome second, qui est
le deuil.
Quel deuil ! Le vrai, l'unique.
La mort, la perte des êtres chers.
Léopoldine, sa fille préférée, l'amour de sa vie, Léopoldine se noie à la suite
d'un accident de navigation dans la Seine avec son jeune mari qui a voulu la
sauver et qui a décidé de mourir avec elle.
Ça s'est passé à Ville qui est, le 4 septembre 1843, leur barque a
chaviré. Elle venait d'avoir 19 ans.
Parallèlement, Victor Hugo et Juliette Drouet font à ce moment-là leur voyage
estival annuel. Tous les ans, Victor Hugo emmène Juliette Drouet pendant un
mois entièrement consacré à elle. Là, ils reviennent d'Espagne. Nous sommes le
9 septembre. Ils ne savent absolument rien.
Ils doivent attendre à Rochefort la diligence.
qui va les emmener à La Rochelle. Et on a la chance d'avoir ce journal génial de
Juliette Drouet qui a photographié seconde après seconde chaque respiration
de Victor Hugo pendant les huit jours qui ont accompagné la découverte. Le
garçon apporte une bouteille de bière et se retire.
Sous une table en face de nous, il y a plusieurs journaux.
Victor Hugo en prend un au hasard.
Et moi, je prends le charivari.
J'avais eu à peine le temps de regarder le titre.
que mon pauvre bien-aimé se penche brusquement sur moi et me dit d'une voix
étranglée, en me montrant le journal qu'il tient à la main, il me dit ces
quatre mots, ces quatre mots, il me dit, voilà qui est horrible.
Jamais, vous entendez, jamais tant que je vivrai, je n'oublierai l'expression
de désespoir sans nom sur sa noble figure. Je le retrouvais foudroyé.
Ses pauvres lèvres étaient blanches, ses beaux yeux regardaient sans voir, son
visage et ses cheveux étaient mouillés de pleurs. Et là, il ne dira plus un
mot.
Il s'enfermera.
Il faut attendre plus de dix ans, vous entendez ? Plus de dix ans pour qu'à
Guernesey, il revienne sur cette journée, la pire de toutes les journées
de Victor Hugo, par ce petit chef-d'œuvre, ce poème sublime. Elle
avait pris ce pli dans son âge enfantin de venir dans ma chambre un peu chaque
matin.
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère.
Elle entrait et disait bonjour mon petit père, prenait ma plume, ouvrait mes
livres, s'asseyait sur mon lit, dérangeait mes papiers et riait. Je
voulais soudain s'en aller comme un oiseau qui passe, alors je reprenais la
tête un peu moins las.
Monsieur Zucchini ? Robert ?
J'entre.
Ça va ? Oui, ça fait vraiment beaucoup de bien.
C'est incroyable.
Tant mieux, je peux allumer. Non, ce n'est pas utile. En même temps, ce qui
est terrible, c'est que ça m'angoisse d'aller mieux.
Je n'aime pas ça.
Vous pouvez y aller en tout cas. Il n'y a plus personne.
Très bien.
Il y a une fille qui est venue, elle voulait vous voir.
Brune ? Blonde ? Quel âge ? Je n'ai pas fait attention.
Mais elle a dit qu'elle vous demanderait demain la boulangerie. Elle demanderait
quoi ? Si tout dans le spectacle était voulu.
Elle a dit ça comme ça exactement, voulu.
Merci beaucoup, Cosima.
Bon, à demain.
Vous approchez pas trop quand même.
On sait jamais.
Ouais.
Ouais,
j'attends qu'il parte.
Ça marche.
Ah, bonsoir M. Robert.
Ça va ? Pas de voiture ce soir ? Non, pas de voiture.
Normalement, je dîne avec des amis, mais je ne les vois pas. Ah si, c'est pas eux
là ? Est-ce qu'ils ont demandé après vous ? Oh, pitié, pas eux.
Tu es gentil. Faites comme si on était amis, très amis.
Parlez-moi normalement. Ça va, Robert ? Ça vous a plu le spectacle ? Ah, j'ai
adoré. Ah bon, formidable.
Ils arrivent ? Non, toujours pas. J'ai pas été trop lourd au moment de la
gravité ? Ah non, au contraire. Ils s'en vont ou ils restent ? Il y en a un qui
arrive. Il y en a un qui arrive. Alors, tape l'épaule, tape l'épaule. Ah,
Robert, ça me fait plaisir. Ça t'a plu, quoi ? Ah, oui, bien sûr.
Très bien.
C'est bien. Et Cosima, alors, comment ça se passe ? Cosima, ça piétine un peu.
Ah bon, c'est très bien.
Mais dis-moi, tu as vu le spectacle ou pas ? Oui, quand même.
Ah bon.
Et ça t'a vraiment plu ? J'ai adoré. Ah, c'est gentil. Bon, ben, bonne soirée.
Allez, au revoir. Ah, voilà, mes amis. Au revoir. Bonne soirée. Au revoir, M.
Robert. À demain.
Alors, dis-moi, tu me dis rien ? Je vois pas bien, mais ça me paraît propre.
C'est même très clean.
Elle a l'air très bien, cette femme.
Je te parle pas de Moody, je te parle de ce soir.
Ça a été ? Ça réagissait comment ? Mokdi ? Mais qui est Mokdi, amour de ma vie ?
La nouvelle femme de ménage. Tu viens de me dire que tu trouvais que c'était tout
propre. Ah oui, oui, oui. Non, non, ça a été.
Mais en même temps, j'ai complètement merdé dans les contemplations.
Tu sais, j'ai eu un trou et ça m'arrive jamais.
Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin de venir dans ma chambre un peu
chaque matin.
Et là, rien.
Alors que je connais que ça.
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère.
C'est ça qui vient après, non ? C'est ça, bravo, chérie.
Bravo.
A part ça, il y avait les Rosevelins qui étaient là hier soir, police en plus.
Faut dire que lui, il se marre quand il se brûle.
Et puis alors elle, elle est terrible, elle a un cœur de pierre.
Tu vas tenir encore un peu, je rentre pas tout de suite. Je sais pas si je
vais tenir, tu sais.
Je suis sans faim, sans soif en ton absence.
Le dépérissement n'est pas loin.
La bonne blague.
Je suis sûre que t'as quelques figurantes dans ta vie sans moi.
Tu veux pas allumer ? Je te vois pas bien.
Voilà, là je te vois mieux.
Et Lisbeth, alors tu l'as eue ? Oui, oui, je lui ai laissé un message.
Je l'ai invitée au théâtre.
Elle est venue ? Non, non, elle n'est pas venue. Je ne t'entends plus, je ne
sais pas si tu m'entends. Je te dis, elle n'est pas venue.
Tu es complètement figée.
Annabelle !
C'est pas compliqué.
Boz était couché de fatigue accablée. Il est accablé de fatigue, il se couche. Il
n'a pas besoin d'être un philosophe.
Boz était couché de fatigue accablée. Il avait tout le jour travaillé dans son
air. Puis il avait fait son lit à sa place ordinaire.
Ne me dites pas que c'est compliqué.
Boz dormait parmi les boissons pleines de blé.
Ce vieillard possédait des champs de blé et d'orge. Gros propriétaire. Ce
vieillard possédait des champs de blé et d'orge. Il était quoi que riche à la
justice en clin.
Il ressemblait à Hugo.
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin. Il n'y avait pas d'enfer dans le
feu de sa forge. Sa barbe, et là, il faut que tout le public la voit.
Sa barbe, sinon j'ai raté mon coup.
barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril. Sa gerbe n'était point avare ni
haineuse quand il voyait passer quelques pauvres glaneuses.
Les femmes qui sont dans les champs laissaient tomber à exprès des épis,
disait-il. Cet homme marchait pur, loin des sentiers obliques, vêtu de promité
candide et de lin blanc.
Loin des sentiers obliques ! Vous entendez ? Si vous avez un pote qui
commence à se droguer et qui fait du deal, vous lui dites « Tu rentres dans
un sentier oblique ! »
Moins des sentiers obliques, avec une probité candide et de lin blanc.
Le mec est génial, et toujours du côté des pauvres, ruisselant.
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques. Boz était bon
maître, et fidèle parent, il était généreux, quoiqu'il fût économe. Les
femmes, là c'est très Hugo, vous allez comprendre pourquoi dans deux minutes,
les femmes regardaient Boz plus qu'un jeune homme, car le jeune homme est
beau, mais le vieillard est gros. Ça c'est pas moi qui l'ai dit, c'est l
'histoire Hugo.
Eh oui ! L'ombre était nuptiale, auguste et
solennelle. Des anges y volaient sans doute obscurément, car on voyait passer
dans la nuit, par moments, quelque chose de bleu qui paraissait une aile. La
respiration de Beau se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse. Et
là, l'incarnation du génie hugolien, on était dans le mois où la nature est
douce. les conines ayant des lits sur leur sommet.
Ruth songeait et Bose dormait.
C'est extraordinaire.
Il fait une inversion.
L'herbe était noire, les grelots des troupeaux balpitaient vaguement.
Une immense bonté tombait du firmament.
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire. Un vers complètement
absurde, génial, au milieu de toute cette invention.
Il met, c'est l'heure tranquille où les lions vont boire. Là, j'ai senti le
public. À chaque fois, c'est la même chose. Ils sont...
Pris par ce génie, tout reposait dans Zur et dans Jérimadae. Les astres
émaillaient le ciel, oui.
Je t'ai apporté des livres. Ils étaient comme des dames. Oui, ils étaient d'une
qualité d'attention. Ils étaient remarquables. Les astres émaillaient le
ciel profond et sombre. Le croissant fin éclaire parmi les fleurs de l'ombre,
brillait à l'occident. Et Ruth se demandait, quel dieu ? Pour moi, c'est
la phrase qui te rend même mystique si tu es athée.
Quel dieu, quel mois sonore de l'éternel été avait en son avance négligemment
jeté cette fausse vieille d'or dans le champ des étoiles.
Il est très très long ce poème, non ? Il est long, j'essaye d'aller au bout.
Certains soirs j'y arrive.
Ça dépend de l'humeur du public et de mon humeur. Enfin, j'aime pas en général
couper ce chef-d'oeuvre parce que je peux pas laisser Ruth et Boz en suspens.
À demain Cosima.
Ruth songeait et Boz dormait. L'herbe était noire.
Personne réalise l'herbe était noire. L'herbe était noire, je l'ai déjà jouée
20 minutes, je l'aurais fait deux fois. Et je t'en fais un troisième pour toi,
Cosma. Je t'embrasse à très très bientôt. L'herbe était noire, les
grelots des troupeaux palpitaient... À Brouck, on va y aller, je suis épuisé.
Bonsoir ! Mais vous étiez dans la salle ? Vous êtes revenus voir le spectacle ?
Euh, non, en fait, non, mais on savait qu'on allait vous trouver ici et vu que
la dernière fois, on vous avait rien dit après la première... Vous n'aviez pas
aimé du tout ? Si, si !
Si, si, si.
On avait juste envie de vous remercier.
Bon, vous êtes bien élevée, c'est pas mal. Non, mais on lui dit... Ah, vous
avez détesté ? Mais non, on n'a pas détesté. C'est juste que c'est assez
éloigné de nous. Enfin, pas de nous, mais de notre spectacle.
Comment ça, votre spectacle ? Oui, parce que nous aussi, on travaillait sur Hugo.
Vous travaillez sur Hugo ? Oui, enfin, plutôt sur, je dirais, les femmes qui
entourent Hugo.
Leur importance, leur présence.
Parce que, bon, voilà, sans elles, c'est... Ah, ben, c'est...
C'est parce que les femmes l'inspiraient, je dirais,
essentiellement. C'est vraiment ce qu'on peut appeler l'immense, le grand
amoureux. C'est aussi ce qu'on pourrait appeler l'immense, le grand queutard, je
pense.
Non, c'est réducteur. Je suis un peu d'accord avec Pia.
On ne peut pas réduire Hugo à ça, quand même.
Mais je ne le réduis pas à ça. Non, mais il avait une vitalité sexuelle. Une
vitalité comme on n'a jamais vue. Sa sexualité était énorme. Oui, on est d
'accord là-dessus. Ah, là, on est super d'accord.
Non, mais vous savez, il avait une grosse vitalité. Voilà.
Mais c'est parce qu'il a une vitalité sexuelle gigantesque que c'est un gros
queutard. Ben, c'est un synonyme, quoi. Mais il aimait sincèrement quand il
tombe amoureux. Et de Juliette, et de Léonie Biard, et de toutes les femmes qu
'il a rencontrées, il les aimait. avec son cœur et avec son corps et avec sa
tête. Oui, mais c'était elle, les grandes amoureuses.
Lui, l'amour, il s'en servait pour écrire. Il utilisait ça.
Il s'en servait pour baiser. C'est très bizarre, alors.
Vous séparez les femmes et Hugo.
Vous séparez la fusion de Hugo aimant les femmes. Qu'elle l'inspire, c'est une
chose. Mais il n'y a pas elles qui sont les... Ah mais non, on n'a pas dit qu'on
se séparait. Non, c'est juste qu'on... Venez voir le spectacle.
Oui, avec plaisir.
Et vous verrez que ce n'est pas ça ce qu'on fait.
Bon, moi je suis très heureux.
Et on n'oppose pas.
On ne sépare pas et on n'oppose pas, juste on rend visible.
On rend visible, c'est merveilleux. Vous voulez qu'on vous dépose ? Au tout camp
blanc. On va demander à Mabrouk.
Mabrouk, on va déposer mesdames qui sont les copines de Lisbeth. Moi je me
demande parce que j'ai la gerbe en voiture. Vous avez la gerbe ? Oui.
C'est quand même incroyable de réduire Victor Hugo à un que-tard. Mais je ne le
réduis pas.
Non mais si, vous le réduisez.
Moi, je sors de scène, j'ai joué beaux endormis et je vois un groupe de filles
sympathiques qui me disent que c'est un cut-out.
Oh là là, j'en ai marre.
Vous y allez quand même, vous êtes violentes.
Hugo, c'est le génie de l'amour.
Au fait, vous avez dit à Lisbeth que son père était passé l'autre jour ? Parce
que je n'arrive pas à la joindre au téléphone.
Son père ? Oui, parce qu'il se trouve que...
En plus d'être l'ami de la famille, je suis son père.
Ou inversement.
Vous êtes grave, vous.
Non, on lui a juste dit que Zucchini la cherchait.
Mais pourquoi elle ne nous l'a pas dit que c'était votre fille ? On se connaît
toutes depuis la quatrième.
C'est ma femme.
Je ne peux pas ne pas la prendre. Qu'est-ce qu'elle va s'imaginer ? Rien
du tout. Et puis elle aura raison.
De toute façon, vous allez lui dire, je ne sais pas, que vous allez un peu
travailler avec nous.
Comment ça, travailler avec vous ? Qu'est-ce que c'est que cette arnaque ?
Je travaille pas pour la concurrence, moi.
Ah, mon amour en Amérique.
Ça va, chérie ? Je suis en voiture.
T'es tout seul ? Je suis pas seul.
Je suis avec les filles.
Enfin, avec les copines de Lisbeth.
Voilà. Elle prépare un spectacle sur Victor Hugo. Les femmes de Victor Hugo.
Alors, je vais te présenter Georgia, qui joue... Adèle Hugo.
C'est moi, je joue Adèle Hugo.
Vous saviez qu'elle était née Fouché ? Oui, on s'est un petit peu renseignées
avant de se lancer quand même.
Après, je vais te présenter... Bonjour, Juliette Drouet, ça fait 13, officielle.
Et puis ? Léonie, bonsoir. La jeune, la fraîche, la rebelle. La préférée.
Tu vois, voilà l'ambiance de la soirée.
Elles avaient toute une thèse contre Hugo, elles le trouvaient phallocrate.
Non, pas trop contre Hugo.
Je pense que la différence, vraiment, c'est que nous, dans notre spectacle, on
part du point de vue de ces figures féminines et toi, tu pars toujours du
point de vue d'Hugo.
Comment elle gravite autour de lui. Tandis que nous, c'est comment Hugo va
graviter autour d'elle, plutôt.
Donc déjà, sur ça, on est opposés.
Mon problème, c'est d'essayer de servir la prose d'Hugo.
Si elle avait écrit Juliette Drouet, quand elle a écrit, dans mon spectacle,
je sers la prose de Juliette Drouet.
À qui on envoie un selfie à ce temps-ci ? Euh, non, c'est rien, c'est pour mon
Insta. Instagram.
Je sais ce que c'est, quand même, j'avais compris, j'en ai un.
Parce que vous savez comment tout a commencé quand même.
C'est que quand il est remonté de cette fameuse ville où il a découvert que sa
fille était morte, ça c'est donc à Rochefort.
Quand il remonte de Rochefort, il est anéanti.
Il apprend dans les journaux, on le sait par cœur, que sa fille est morte noyée.
Il remonte de Rochefort, il ne supporte plus Juliette Drouet parce qu'elle est
associée à l'horreur de perdre sa fille en étant avec sa maîtresse. Il s'enferme
dans une dépression. Quelqu'un lui dit, vous devriez dîner et sortir.
Au bout de 3-4 mois, il remonte. Il ressort de chez lui. Et là, il va à un
dîner et tombe sur Léonie Biard.
Ce bordel avec les femmes, qu'il soit responsable ou pas, je sais pas. En tout
cas, il a une vie pas normale.
Parce qu'il y a les événements dramatiques, la révolution, le coup d
'État. Il y a toutes ces choses qui se passent, qui fait qu'il est obligé,
parce qu'il est condamné à mort, de se barrer en Belgique avec Juliette. Adèle
le rejoindra plus tard. C'est ça qui est extraordinaire.
C'est que Léonie Biard, elle lâche pas du tout le truc.
Elle lui écrit, je vais venir à Bruxelles.
Et là, il y a Hugo qui fait un truc qui est complètement incompréhensible.
Et c'est pour ça que c'est intéressant que vous m'en parliez.
Peut-être que vous allez l'intégrer dans votre spectacle.
Il demande à sa femme, c'est-à-dire à Adèle, il demande à Adèle de dire à
Léonie qu'elle ne doit pas venir tout de suite. Il demande à sa femme, à sa femme
Adèle, de décourager Léonie Biard.
C'est hyper lâche.
C'est au-delà de la lâcheté. Enfin, là, il y a des milliers de possibilités d
'interprétation.
Ben oui, parce que ça peut être aussi que face au désir féminin, il panique.
Si tu veux savoir, ça nous arrive tous les jours, ça.
Tu penses que les hommes ont peur de ta libido ? Mais tout le temps ! C'est
merveilleux, enfin ! Ça fait des années que j'attends ce moment que quelqu'un
dise que les femmes ont compris que les hommes ont peur. Moi, j'ai quitté mon
ancien compagnon. Compagnon ? Ouais.
Enfin, mon ancien mec.
Ancien mec.
Mon ancien... Cum.
Mon ancien cum.
Tu l'as trompé.
En fait, je suis tombée amoureuse de quelqu'un.
Mais on n'avait jamais fait l'amour.
Et j'ai quitté quand même mon ancien compagnon pour vivre mon histoire.
Et l'autre a pris peur. Voilà, et donc je me suis retrouvée toute seule.
Moi, je pense que ce n'est pas tant une question de peur de la libido des
femmes.
Moi aussi, c'est méga ça. En fait, c'est plus intéressant d'aller vers une nana
qu'il faut conquérir, alors qu'une femme qui a envie de faire l'amour et le dit
et n'a pas honte de ça, c'est une femme qui se met à l'égal de l'homme. Et ça,
je pense qu'au-delà d'avoir peur, c'est juste que...
D'un coup, l'homme n'a plus l'ascendant sur une femme qui serait complètement
pour lui, à lui.
C'est ça, c'est peur d'une femme qui, en fait, est en pleine possession d'elle
-même. Mais les deux sont liés.
Oui, non, mais oui, c'est lié, mais... Osons le mot, c'est la peur que Freud a
définie par l'angoisse du continent noir. C'est-à-dire que les hommes ont
peur de rentrer là-dedans. Qu'ils fassent des trucs entre eux, alors. Ah
bah oui.
Voilà. Moi, je pense que ça, c'est quand même un grand truc. Mais il y a une
animosité de toi vers les mecs.
Psychologie féminine. C'est pas parce que je me permets de dire des choses que
j'ai une animosité. La preuve, c'est que là, il y en a un qui m'attend, par
exemple. Attends, t'as un date à 5h du mat ? Ouais.
Putain, t'es motivée, hein.
À l'heure où blanchit la campagne.
Enfin, c'est un petit déj, quoi.
Et d'ailleurs, il s'appelle Hugo, le mec. C'est un signe.
Peut-être.
Moi, j'y vais aussi.
Au revoir. Au revoir.
Je t'attends. Ouais.
Au revoir, Robert.
Au revoir.
Viens, pépin, restez. Oh non, il est 5h du mat', là, c'est mort. J'ai pépé, moi.
Vous allez venir voir notre spectacle, alors ? Ah oui, bien sûr.
Y aura Lisbeth, hein ? Ah bon ? Elle joue dedans ? Elle fait quoi ? Elle veut
être comédienne ? Non, elle, elle a tout arrêté en terminale.
Mais chance où, elle nous laissait le théâtre et on faisait nos trucs.
Et Lisbeth, elle nous regarde, elle nous conseille.
Parfois, elle fait l'ouvreuse, elle fait la caisse.
On aimait trop jouer à ça quand on avait 12-13 ans. On kiffait grave, on est des
chansons.
J'espère qu'elle reprendra le théâtre.
Bon, allez.
Salut.
Au revoir. Essayez de dormir.
Oui.
Mais vous pissez dans la cour, chevalier ? Excusez-moi, oui, pardon, j'ai grandi
dans une ferme, j'aime bien la sensation.
Mais vous en faites pas, je passe le culot de Roussache tous les jours.
Ah tiens, il y a votre fille qui est venue.
Ma fille, vous êtes sûr ? Je vous dis ce qu'elle m'a dit, j'étais là, je fumais,
la porte était ouverte et elle a demandé à jeter un coup d'œil. Mais enfin,
fallait la retenir, chevalier ! Elle la retenir, je savais même pas que vous
aviez une fille.
Ça aurait pu être n'importe qui.
Elle fait un peu de zygane, non, là, avec ses yeux maquillés ? Zygane ? Mais
il est plutôt blanc, non ? Oui et non, enfin, je sais pas.
Mais vous trouvez que je fais de zygane, moi ? Ah oui, oui, oui.
Oui, carrément.
Bon, bonne journée.
Bonne journée !
Je
peux pas vous chercher votre pain au chocolat, là.
Désolée. Ça pue, en plus. C'est du crotin.
Moi, ça pue moins que la merde, merde.
Ouais, mais je crois que je vais pas en prendre ce matin de pain au chocolat.
Mais tu dis crottin, c'est du crottin de cheval ? Ben oui, de cheval.
Le crottin, c'est les chevaux.
Mais les chevaux, mais quels chevaux ? Y a pas de chevaux par ici. Qu'est-ce que
j'en sais ? Moi, je suis en stage chez ma tante. Et je suis pas d'ici, en plus.
En tout cas, y en a forcément parce qu'ils ont laissé ça.
Y a peut-être la garde républicaine.
Enfin, c'est rare.
Et puis, ils sont pas par ici. C'est quoi, la garde républicaine ? C'est la
police avec des chevaux.
Si, si, ça existe.
Allez, bonne journée ! Euh, attendez ! Il y a des filles qui m'ont donné ça
pour vous, c'est des places pour un théâtre avec un nom d'oiseau, le... Le
Toucan Blanc ? Oui, je crois. Vous connaissez ? Oui, c'est là que j'ai
démarré. Démarré quoi ? Euh, rien.
Allez.
Il faut pas
oublier le roi Louis-Philippe et François Guizot.
Y a quelqu'un ?
Mais il y a quelqu'un ? Je fais le palier ?
Oui.
Mais même le dimanche ? Il faut vous reposer, M.
Zucchini. J'aime que ça, qu'est-ce que vous voulez ? Il va vous bouffer, votre
Victor Hugo.
J'aime que ça.
Et je joue même le dimanche.
Bonne journée.
Bonne journée.
Ça va, Mabrouk ? Comment s'est passée la journée ? Très bien, ça a bien roulé
aujourd'hui.
Moi aussi.
Ça a bien roulé. J'ai bien travaillé, je suis content.
Mon fils au collège, il apprend à Hugo.
Un poème là... Combien de marins, combien de capitaines... Qui sont partis
joyeux pour des courses lointaines, dans ce mort d'horizon se sont évanouis.
Très connu ce poème.
Très beau, lyrique. Je le fais pas, mais je devrais le faire d'ailleurs.
Il a quel âge votre fils ? Il a 11 ans.
Combien ont disparu dures et tristes fortunes, dans une mer sans fond ?
par une nuit sans lune, sous l'aveugle océan jamais enfoui.
Combien de patrons morts avec leurs équipages ? C'est lui-là, sur la photo.
Votre fils ? Ouais.
Et là, qu'est-ce qu'il est beau ! Il vous ressemble, hein ? Vous avez les
yeux très, très en commun.
Eh bien, bravo ! C'est remarquable. Ouais.
Vous, vous attendez un appel. Oui, j'attends un appel de ma fille parce que
je ne sais pas, je tombe toujours sur son répondeur. Je n'arrive pas à la
joindre.
Elle a quel âge ? Elle a 2002.
Juillet 2002.
Les jeunes, ils ne répondent jamais aux messages.
Sinon, au texto peut-être.
Oui, je pourrais peut-être essayer un texto.
Mais quoi lui dire ? On n'est pas trop en contact.
Ou une photo. Ils aiment bien aussi les photos.
Oui, mais une photo de quoi ? Une photo de vous.
Ça ne va pas, une photo de moi, vous êtes dingue. Ou un vocal. C'est quoi un
vocal ? Un vocal, un message, le petit icône, vous voyez le micro, vous voyez ?
Qu'est-ce que vous appelez un icône ? Les figurines. Les émojis, voilà. Les
quoi ? Les émojis. Mais des figurines, quoi. Vous appuyez sur le micro, sur l
'icône du micro. Vous appuyez, vous enregistrez, vous envoyez le message. D
'accord, mais alors, il faut que je me concentre, il faut que je réfléchisse.
Il n'y a pas à réfléchir, il ne faut pas se concentrer, il faut y aller, c'est
tout. Je vous dis que c'est très compliqué.
Mais qu'est-ce que vous faites, Mabrouk ? Mais Mabrouk ! Mais enfin,
Mabrouk ! J'ai presque plus de batterie. Je fais ce qu'il faut.
Ah, voilà.
Oui, Lisbeth.
Oui, ma belle. C'est Mabrouk qui te parle.
Alors, au nom de ton père, que j'apprécie, que je connais depuis
longtemps, que j'aime beaucoup, maintenant, il faut que tu lui répondes.
Tu vois, parce qu'il est triste.
Et tu lui manques.
Voilà. Et maintenant, il veut te parler, c'est normal, c'est normal, c'est les
papas, c'est comme ça.
Même si je suppose qu'il n'a pas été souvent à la hauteur, et même j'ai
entendu dire que parfois il était vraiment en dessous de tout, pour ne pas
dire complètement nul, il faut que tu lui répondes. Voilà.
Vous n'avez pas envoyé ça, Mabrou ? Si, c'est super. Mais tu es complètement
cinglé. Mais c'est très bien. Mais tu as vu ce que tu as dit, là ? Mais non, mais
c'est très bien. C'est pas besoin de lui dire que je suis en-dessous de tout.
Bien, elle va comprendre.
Mais vous êtes complètement cinglé, Mabrou. Mais non ! Mais qu'est-ce qu
'elle va penser d'un mec... Oh ! Mais la voiture s'en va. Oh, la bagnole ! La
bagnole ! Arrête ! Arrête ! Arrête !
Mais je mets la bagnole et moi le théâtre.
Je rappelle, hein ? On a une demi-heure.
J'ai jamais vu ne pas se pointer.
Putain, je suis dans une merde, moi.
Eh, Cosima.
Laisse le sort.
Ouais, non, t'as raison, c'est pas le moment.
Réponds pas, hein.
Yes ! Quoi ? Il arrive ? La bagnole, elle a été retrouvée.
Ah bah génial, super.
Ah ouais, c'est super.
Je ne pouvais pas arriver par devant.
Je suis obligé de faire réfraction. Putain, on a flippé sévère.
Je me suis paumé dans le métro. Ton texte est sur scène, Cosima l'a
descendu. Mon texte ? Mais est-ce que Mabrouk a retrouvé sa voiture ? Oui. C
'est sûr ? Oui, oui. Oh, c'est pas vrai.
Putain. Allez, je mets le micro.
Tu as eu hyper peur, Robert.
Mais oui, mais je ne pouvais pas faire autrement.
Je ne mets pas le micro. Non, non, ne mets pas le micro.
Merde, merde, merde.
Merde, Robert.
C'est trop gentil. C'est insoliment.
Merci infiniment. Ça ne m'est jamais arrivé de ma vie. Ça fait 40 ans que je
fais du théâtre. Je ne peux pas vous raconter ce qui s'est passé.
D'abord, ça n'a aucun intérêt.
Ça ne m'est jamais arrivé. Je pourrais toujours vous dire qu'il y a eu des
problèmes. Mais en réalité, le problème, c'est que j'ai raté ce rendez-vous que
je trouve magique avec 1000 personnes dans ce théâtre magnifique.
Théâtre qui a vécu la présence de Victor Hugo.
Et je me demande comment Victor Hugo aurait réagi.
à cette incroyable impossibilité d'être à l'heure, cette absence de ponctualité.
Alors, je n'ai même pas eu le temps de me changer. Vous allez dire, vous vous
en foutez, vous auriez raison, parce qu'on n'en a rien à foutre de ça par
rapport à Hugo.
Je ne me suis pas changé, je ne suis pas maquillé. Je vois la dame là qui...
qui me regarde, qui dit, tiens, il n'a pas le même visage que d'habitude.
Non, je n'ai pas eu le temps de me maquiller, mais ça n'est pas très
important. Oh, ben là, il y a un portable.
Non, là, c'est de bonne guerre qu'il y a un portable. Monsieur, il a dû se dire,
enfin, ça fait 20 minutes qu'on attend. Vous avez raison, monsieur, et ce n'est
pas moi qui vais vous disputer. Vous avez totalement raison de dire à votre
ami, il a 25 minutes de retard. Donc, je vais commencer par...
Donc, je vais commencer, je vais juste
regarder...
Le poème ? Oui, le poème. Si, si, il a raison. Il a raison, il faut commencer
par l'essentiel.
Je vais dire le poème. Vous savez, si je suis en retard, je vais vous le dire, c
'est aberrant de vous le dire, c'est grâce à quelqu'un que vous ne connaissez
peut-être pas. Il s'appelle Mabrouk.
Vous allez dire, il est quand même culotté, il arrive en retard, il nous
demande. Je vous demanderai d'applaudir Mabrouk, parce que vous, vous ne savez
pas pourquoi, mais lui le sait.
Je vais commencer directement par son chef-d'oeuvre.
Je vais le dire, c'est son chef-d'oeuvre. Je crois, oui, elle avait
pris... Non, pardonnez-moi, je suis un peu perdu.
Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je partirai, vois-tu, je
sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne, je ne puis demeurer loin de
toi plus longtemps.
Je marcherai, les yeux fixés sur mes pensées, sans rien voir au dehors,
sans entendre aucun bruit.
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, triste, et le jour pour moi
sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, ni les voiles au loin descendant
vers Arfleur.
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe.
Un bouquet de loups verts et de bruyères en fleurs.
C'est le génie de Victor Hugo qui est là. Je ne commence évidemment pas par le
bon moment. Maintenant, c'est le plus grand poème. C'est selon Péguy.
On ne lit pas assez Péguy.
Péguy, c'est un fou.
Péguy, c'est un génie, il a inventé une structure musicale au texte. Et Péguy,
il a dit que Boz, Endormi, était peut-être un des quatre plus grands
poèmes de l'histoire de la civilisation judéo-chrétienne. Alors, ça, je vais me
mettre là, et je suis très ému de la qualité d'écoute que vous proposez.
Donc, où j'en étais ? Je suis un peu perdu.
Oui, beaux endormis.
Je peux vous aider ? Excusez-moi, je regardais juste les portraits.
Faut pas vous mettre dans cet état.
C'est juste des visages oubliés.
Pas oubliés dans le meilleur des cas.
Vous cherchez la sortie ? Euh, je sais pas.
Non, non, en vrai, je sais pas.
Vous travaillez ici ? Non, ici, je bosse un peu dans un théâtre.
Enfin, bien plus modeste.
Vous êtes comédienne ?
Venez, je vais vous montrer quelque chose.
Vous savez que normalement, personne ne peut rentrer là.
Vous êtes une privilégiée.
Vous l'avez entendu tout à l'heure, Zucchini ? Ouais.
C'est souvent qu'il fait tout dans le désordre ? Non, jamais.
Je suis Lisbeth.
Je suis désolée, je...
Je vois pas.
Je vais y aller, merci beaucoup.
Lisbeth ! Lisbeth ! Donnez-lui sa chance.
le désordre c'est l'événement c'est la surprise le petit grain la nicroche c
'est l'arbitraire c'est fabuleux l'arbitraire je vous jure qu
'habituellement je suis très organisé j'ai les pieds sur terre et je suis
quelqu'un de millimétré même mais quand ça bouge dedans quand ça tape quand
ça frappe ben le désordre c'est l'événement
Tu es mon événement, Lisbeth.
J'avais dit si tôt.
Oui, enfin, t'avais dit 5h30.
Voilà, je t'ai emporté des souquettes complètement écrabouillées.
Merci.
C'est merveilleux d'habiter les villas.
T'as qu'à rentrer si tu veux.
Oui, avec plaisir.
Je sais que tu es passée chez moi.
Mais je t'ai loupé parce que je rentre tard, je vois toujours des gens après le
spectacle.
Oui.
C'est parce que mon dentiste est dans ton coin. Je ne m'étais jamais arrêtée
avant.
Je te remercie d'être passée finalement au théâtre.
Remercie ma broque.
Enfin, c'est ce que tu as fait d'ailleurs.
Tu les as tous gardés ?
On se calme, je ne les ai pas tous lus non plus.
C'est-à-dire que je ne savais pas comment me manifester à chacun de tes
anniversaires.
C'est pour ça que je t'ai envoyé un livre.
En tout cas, il faut croire que ça te travaillait depuis longtemps.
Il vient de loin ton spectacle.
On ne peut pas dire le contraire.
Oui, de très loin. Et je ne sais pas pourquoi d'ailleurs.
C'est le génie, c'est le bonhomme.
Puis je me suis dit, pour ces 7 ans, c'est pas mal de lui envoyer les
Misérables. Même si c'est pour plus tard, normalement.
Un bouquin, oui, c'est pas mal.
Enfin, non, 22 bouquins.
Ouais, c'était mieux que rien.
Mais attends, tu t'es sérieusement dit que pour mes 4 ans, il fallait
absolument m'envoyer les Contemplations ? Là, j'étais vraiment pas au point.
Mais je t'ai envoyé les Kickers aussi. Oui, c'est vrai.
Je sais vraiment pas ce qui t'a pris cette année-là, d'ailleurs.
Ah non, pas question.
Quoi, pas question ? Mais tu veux en lire un, là.
Tu t'apprêtes à en lire un.
Je dis non.
Bien.
De toute façon, je le connais par cœur.
C'est un très, très beau poème que Victor Hugo a écrit sur les oiseaux.
Et il termine par... Une colombe et moi, longtemps nous nous aimâmes.
Maintenant, je sais l'art d'apprivoiser les âmes.
Tu peux pas t'en empêcher.
C'est ton truc.
C'est ton machin.
C'est quand même pas rien d'écrire.
Maintenant, je sais l'art d'apprivoiser les âmes.
J'aimerais bien croire aux âmes.
Il y croyait, Hugo.
Je dirais même qu'il croyait qu'à ça. Il a été jusqu'à faire du spiritisme à
Jersey. Se mettre en contact quand même avec les esprits.
Les Shakespeare, les Molière, les Jésus, les Mahomet.
Oui, il y croyait très profondément. Puis il détestait qu'on se moque de lui
à ce moment-là. Super.
On va manger ? Oui, oui, oui, parce que sinon, on va finir par être en retard.
Et je déteste quand on n'est pas ponctuel.
C'est où Jersey ? Jersey, c'est à côté de Guernesey.
Je parie que je ne sais pas d'où vient le nom de ce groupe.
Non.
C'était un vieux truc à elle.
J'aimais bien quand elle le mettait, elle faisait rock et jeune.
C'était un groupe très important des années 70.
Il s'avère que j'ai vécu pendant deux ans sur le même palier que le batteur de
Magma. Il y avait son sigle sur la porte, c'était incroyable, ce sigle-là.
Et j'ai...
On a été voir deux concerts avec ta maman.
Ils avaient inventé une langue, un langage.
Genre ? Genre... Attends, c'est quand même pas récent.
Je me rappelle de... Kobawa Kobashi Shiwa.
Je ne sais pas s'ils disaient Shiwa, mais ça donnait Kobaya Kobashi Shiwa.
Ça veut dire quoi ? Je ne sais pas.
Aucune idée.
Il le disait d'un trait, tu vois.
Et les autres répondaient comme des fous.
Je te ferai écouter, j'ai 2-33 ans. Je peux vous payer, s'il vous plaît
? Oui, bien sûr. Je crois qu'on dit des vinyles aujourd'hui.
Oui.
C'était très bon.
Je croyais que t'étais venu en Vélib.
Genre t'as ton chauffeur à dispo ? C'est pas mon chauffeur, c'est Mabrouk. Je te
présente ma fille, Lisbeth Mabrouk, un ami.
Et puis on va finir par être en retard, allons-y.
Tu t'en es mis à l'arrière Lisbeth ? Ça va, je suis pas le roi d'Angleterre non
plus. Tu es quand même Lisbeth Rockwell. Je suis malade à l'arrière. Ah d'accord.
Mais moi j'ai l'impression d'être un gosse derrière.
Et la pauvre enfant se trouva dans l'obscurité.
Elle s'y enfonça.
seulement comme une certaine émotion la gagnait tout en marchant elle agitait le
plus qu'elle pouvait lance du seau cela faisait un bruit qui lui tenait
compagnie elle allait devant elle éperdue tout en courant elle avait envie
de pleurer le frémissement nocturne de la forêt l'enveloppait tout entière elle
ne voyait plus elle ne pensait plus
L'immense nuit faisait face à ce petit être. D'un côté toute l'ombre, de l
'autre un atome.
Les lettres par terre, c'est bizarre.
Non mais j'aime beaucoup.
J'aime beaucoup.
Prends ma vie.
Prends mon avenir.
Prends ma liberté.
Prends toutes mes actions, prends le souffle de ma bouche, le sang de mes
veines, les heures de mes jours et de mes nuits.
Prends mes rêves, mes espérances, mes joies et mes peines.
Prends tout de moi.
Prends mon âme et garde à jamais mon cœur.
Il n'y a pas d'effet, il n'y a pas de chichi, il y a le texte, il y a leur
robe.
Viens les voilà. Bonsoir.
Bon ben je trouve ça formidable votre spectacle.
Merci. Formidable. Je vous ai trouvé toutes les trois.
Incroyable. Merci.
Mais vraiment, hein ? Enfin, j'ai quand même eu un énorme trou à un moment. Oui,
mais ça, on s'en fiche. Au contraire, c'était vraiment génial d'avoir un trou.
Il s'est passé quelque chose. Franchement, on s'en fout du texte. C
'est pas important.
Oui, t'exagères un petit peu quand même, Lisbeth, on s'en fout pas totalement du
texte, c'est quand même la langue d'Hugo.
Non, mais je pense que ce que tu dis, c'est que c'est vrai que nous, ça joue
sur le morcellement, la fragmentation des textes, le collage, quoi, presque.
Oui, d'ailleurs, le côté morceau choisi déstabilise un peu. Ah bon ? Oui, ça m
'a... Comment dire ? Tu commences par les misérables, donc on croit qu'on va
rentrer, et puis tout d'un coup, il y a une lettre d'amour.
Vous avez fait des amalgames, puis il y a des petites...
juxtaposition sur des trucs, comme ça.
Vous avez un peu, comment dire, dépassé les époques, quoi. Et c'est marrant
parce que je réalise, en fait, dans ton spectacle, c'est aussi un peu des
morceaux choisis.
Oui, finalement, ça peut faire ça, tu as raison. C'est même carrément ça, en
fait.
D'ailleurs, nous aussi, on se juxtapose à toi, avec ce qu'on fait, nous.
Ça, c'est notre liberté.
Ah ben, c'est hugolien, la liberté.
Merci en tout cas d'être venue, c'était chouette. C'est moi qui vous remercie.
Et encore bravo.
C'est compliqué pour moi de parler de tout ça. C'est Lisbeth parce que c
'est ta mère qui m'a fait connaître Victor Hugo et qui me l'a fait lire.
Et la première fois qu'on s'est embrassé, c'était à Guernesey.
C'est où Guernesey ? Je t'ai dit, l'île anglo-normande où il est resté 15 ans en
exil. Où il a écrit tous les chefs-d'oeuvre.
Les contemplations, la légende des siècles.
Et toi aussi ? Pendant tout ce temps là ? T'étais en exil en Angleterre ?
Pia Pépin, excusez-moi.
On est d'accord que quand quelqu'un répond à ton avis, ça veut dire oui ?
Disons en général.
Oui. Merci beaucoup, Pia Pépin.
Love ? Love ? Love ? Tu es rentrée plus tôt ? C'est
pas Love.
Pas Love. C'est Mogdi.
Excusez-moi, oui, ma femme m'a parlé de vous.
Enchanté, Mogdi. Vous savez que j'ai une fille.
Moi aussi, j'ai une fille et deux garçons. Ah, très bien. Excusez-moi, c
'est ma femme.
Je vous demande pardon.
Comment ça va, mon amour ? Si je mange encore une salade César de room service,
je crois que je vais péter un plomb.
Commande autre chose. Un petit bon steak et un grillé de cheese.
On dit grill cheese.
Oui. Il faut que tu rentres, chérie. Il est temps que tu rentres.
Il se passe beaucoup de choses ici, tu sais, mon amour.
J'ai fait connaissance avec Maudie. Elle est timide, mais elle est gentille. Tu
rentres quand exactement ? Comment ça, des choses ? Écoute, il faut que tu
rentres, tu m'entends ? Je sors trop au JPP, je t'assure.
JPP ? JPP, qu'est-ce qui t'arrive ? Ça s'est bien passé hier soir ? C'était
génial hier.
Carrément.
T'es sûr que ça va ? Je m'inquiète. Mais t'es gâté, mon amour, t'es gâté.
T'es gâté, je vois, mais JPP, sérieux... JPP ! Ça veut dire j'en peux plus.
JPP, OK.
En tout cas, j'ai eu Bergame qui veut que tu prolonges.
Ça a démarré super d'ailleurs, c'est déjà complet.
Non, je vais pas prolonger. J'ai besoin d'une pause.
Mais tu es les pauses.
Bon, ok, j'ai compris. Je regarde les vols-retours.
Oui. À très vite, mon amour.
Je t'aime.
Moi aussi, je t'aime. Je t'embrasse.
J'ai goûté Guernesey.
Ça a l'air cool.
Vous m'avez fait peur, je ne vous avais pas vu. Bonjour Loretta.
Alors, des trouvailles ? Non, rien ce soir.
Mais hier, j'ai trouvé une vapoteuse et un billet de vin.
Il y a du monde ? Oui, je crois que c'est plein.
Des scolaires ? Oui, un groupe.
Désolée. Non, c'est bien les scolaires. Au contraire, c'est un défi. Allez,
dites-le moi.
Quoi ? Vous savez bien.
Merde.
Merde, merde, merde, monsieur Zucchini.
Hein, ça va ?
Et maintenant, je suis obligé de vous parler du plus grave.
Oui, le poète le plus connu, l'homme le plus important, ce combattant contre la
peine de mort, cet homme qui a eu un enterrement hallucinant où on parle de 2
millions de personnes, cet homme, pendant deux ans et demi à Gerget, s'est
adonné à une pratique, le spiritisme.
Ils se sont dit, pourvu qu'on ne nous annonce pas qu'ils faisaient des choses
pas bien. Non, j'ai senti le public dire « Merde ! » Qu'est-ce qu'il a fait Hugo
encore ? Rassurez-vous, il a fait le spiritisme. C'était très à la mode au
19e siècle.
Je ne peux pas vous expliquer ce que c'est en détail. Ils réunissent autour d
'une table et à force de concentration, il y a des esprits qui se promènent et
qui arrivent dans la table.
Alors je vous conseille pour les curieux, pour les poètes, de lire ce
chef-d'oeuvre qui s'appelle le livre des tables.
où pendant deux ans et demi, il a noté chaque expérience hallucinante qu'il a
vécue. Ça lui a permis de créer la légende des siècles. Il faut comprendre
aussi pourquoi il s'est adonné au table.
Il s'avère que la meilleure amie de la famille, qui s'appelait Delphine de
Girardin, Delphine de Girardin est une grande amie des Hugos, elle arrive le 4
septembre 1853.
Et elle dit à Hugo, ça ne te semble pas étrange que j'arrive le 4 septembre
1853, le jour des 10 ans de la disparition de Léopoldine.
Et là, elle est totalement nourrie de spiritisme. Elle lui a dit, je peux te
mettre en contact avec Léopoldine. Et il a été en contact avec Léopoldine, mais
nous ne saurons jamais ce qu'il s'est dit. Rien n'a été écrit.
Tout ça, c'est les grandes séances. Mais la séance avec sa fille, personne ne
peut savoir comment ça s'est passé. La première séance a commencé par qui est
là ?
La table a répondu, Molière.
Pas nul comme première visite.
Ils n'ont pas la télé, mais ils ont Molière qui débarque.
Veux-tu parler de toi-même, demande Hugo, ou que nous t'interrogions.
Si tu veux parler de toi-même, un coup, sinon deux coups.
La table frappe deux coups.
Alors Victor Hugo reprend la main.
On va t'interroger en vers comme tu l'as demandé.
Auguste Vacry t'a écrit une question.
Est-il nécessaire qu'on te lise la question pour que tu y répondes ? La
table ne bouge absolument pas.
Nous attendons quelques minutes.
La table est dans une immobilité absolue.
Et là, c'est du génie. Nous nous demandons si c'est la question qui l'a
froissée.
Et là, je vous ai choisi la plus extraordinaire. Qui est là ? Demande
Victor Hugo. La table répond l'op.
De Vega ? Oui.
Pour qui viens-tu ? Pour toi.
As-tu une communication à me faire ? Oui.
Parle. Ton.
Continue.
Vu.
Continue.
Bep. Bébé ? Est-ce que tu dis bébé ? Non.
Est-ce que tu dis vu ? Non.
Est-ce que tu dis ton ? Non.
Tu n'as donc pas de communication à me faire ? Non.
C'est un des plus beaux dialogues que je connaisse. Une dernière, parce que je l
'aime de trop. On est avec les esprits. Alors, vous y êtes ? As-tu une
communication à me faire ? Oui.
Parle ! Non.
Continue.
Continue ? BP ! Est-ce que tu dis BP ? Non ! Est-ce que tu dis vu ? Non ! Mais
est-ce que tu dis ton ? Non ! Mais t'as pas de communication à me faire ? Non !
Mais c'est pas pour moi que tu viens ? Non ! Est-ce que tu es l'homme de Vega ?
Non ! Le chef d'œuvre de Victor Hugo ! Alors ?
Il y a eu personne.
J'ai pas envie de rentrer demain.
C'est nul, Jex, y'a rien, nulle part.
Tout le département est nul.
Enfin, y'a mon entraînement piscine, à la rigueur. Tu reviendras.
Tiens.
Un cadeau ? C'est pas moi, c'est Zucchini.
Il est venu le déposer, t'étais à mon této hier.
Ah bon, merci à lui.
C'est un livre.
Les misérables.
On l'avait à la maison, mais c'est bien, ce sera le mien. C'est l'actuel,
Eponine, avec Rosette, la pauvre Rosette.
Tiens, il m'a écrit un truc, le Zucchinos.
Cher Eponine, oui, tout est voulu, oui.
Jusqu'à un certain point, toujours étonnant, de non-retour.
Amitié, Zucchinos.
C'est gentil, non ? Je trouve ça trop beau, ce truc de non-retour.
Bon, peut-être que je le lirai.
J'ai dit peut-être.
Oh non, la montre.
Quoi ? Pas la montre.
Pas la montre. La montre, quelquefois, c'est vraiment nécessaire.
Tu parles tout seul, amour.
Attention, c'est le déclin, ça y est. Oh non, ne me dis pas ça, chérie. Mais non,
ça va, je déconne.
Tu remontes même.
Tu remontes.
C'est à quelle heure ? Cinquante-cinq.
Faut que je termine ma valise.
Oh là là, mais c'est quoi cette dinguerie ? Ça vous a pris tous les deux
? Ça vient de qui ? De toi ou d'elle ? Un peu de tous les deux. De texto en
texto. Alors tu textotes maintenant ? Un peu.
Mais on en a parlé, tu sais.
Puis tout d'un coup, je sais pas. Non, ça vient d'elle en réalité.
T'es sûre que tu viens pas ?
Ça me rassurerait, mon chéri.
Tu sais, elle est OK, elle.
Tu peux changer d'avis, Trésor.
Trésor ? Oui, ça m'est venu comme ça.
Oui, j'aime bien.
Non, vas-y.
Moi, j'ai prévu des trucs, je vais voir les Jacques.
Et puis, en plus, si je t'accompagne, elle pensera que t'as peur.
Mais peur de quoi ? De te retrouver seule avec elle, peur de t'ennuyer, je
sais pas, moi.
Pourquoi t'as pas peur, en fait, d'être retrouvé avec elle ?
Kobaya
Shimewa. Oh, Kobala, je suis pire.
Kobaya ! Octave, vous connaissez ? C'est mon mec, ça t'embête pas s'il vient ? Il
connaît ce groupe.
Il a son billet, Octave ? Ben, si tu te demandes lui, papa, il est juste là.
Ouais, en fait, je voyage gratos. Moi, mon père, il est cheminot.
Ça faisait un peu pèlerinage, sinon.
Un peu bizarroïde.
Eh bien, bienvenue, Octave.
On y va ? Oui, oui, allons-y.
Allez-y, Octave.
C'est un boulot qui vous intéresse, la musique ? Oui, j'aime bien ça.
J'aime bien.
Après, ce n'est pas mon métier principal pour l'instant. Enfin, je n'en vis pas.
C'est une passion ? Oui, c'est une passion. Mais j'aimerais bien que ça
devienne mon métier un jour.
Et votre métier pour le concret ? Je suis serveur dans un resto.
C'est important.
Mais ça c'est très connu, regarde.
Tiens, viens voir.
C'est Léopoldine, l'événement majeur de la vie d'Hugo.
C'est cet enfant qui est mort à 19 ans dans un accident de navigation.
Il y a ce poème incroyable qu'il écrit bien plus tard, où il dit « Oh, je fus
comme fou dans le premier moment, hélas, et je pleurais trois jours amèrement »
et qui termine par... Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve, qu'elle
ne pouvait pas m'avoir ainsi quittée, que je l'entendais rire en la chambre à
côté, que c'était impossible enfin qu'elle fût morte et que j'allais la
voir entrer par cette porte.
Troc, deux fois j'ai dit silence à la parler.
Tenez, voici le bruit de sa main sur la clé.
Attendez, elle vient, laissez-moi que j'écoute, car elle est quelque part dans
la maison sans doute.
C'est sur cette tablette toute pourrie qu'il a écrit la légende des siècles ?
Ce que tu appelles une tablette toute pourrie, c'est quand même là qu'il a
écrit les chefs-d'oeuvre.
Il écrivait debout, face à la mer.
Là ? Là, là. C'est là l'endroit.
Baudville House offre ainsi un témoignage rare de l'engagement et de l
'oeuvre du poète, qui en plus dit rédiger les grands chefs-d'oeuvre de la
deuxième partie de sa carrière. Alors là, c'est le fumoir, le buffet,
Rimbaldien, enfin plus que Rimbaldien, et là, viens voir.
Regarde, ce jardin, c'est une vue.
Regarde.
Il a un côté blasé, mais il a bon fond, je te jure.
Oui. Tu le trouves beau ou tu le trouves moche ? Singulier,
singulier. Et toi ? Ça dépend des jours.
Ah, bon, ça ne va pas être facile pour lui.
Regarde, là, il y a une chose incroyable.
C'est la galerie de chêne.
Tout est en chêne.
Sur ce lit, il avait l'ambition d'y mourir. Mais du coup, il y a très peu
dormi. Ça ne l'a pas intéressé du tout.
Attends, regarde.
C'est vrai ? Bonjour, je suis Adèle Hugo, femme de Victor Hugo.
Certains prétendent que je suis un robot.
Je n'en crois pas un mot.
Je suis là pour vous aider sur Victor Hugo et sur cette maison dont je suis la
maîtresse.
Et si nous commencions par faire connaissance, n'hésitez pas à me poser
des questions sur moi. Je vous invite également à appuyer sur le bouton ci
-dessous pour découvrir ma vie et celle de ma famille.
Comment puis-je vous aider ? Alors vas-y, pose une question.
Je demande où est-ce que Victor Hugo faisait tourner les tables ? Ben non, il
les faisait pas tourner là, il les faisait tourner à Jersey, l'île d'avant.
Il avait arrêté.
Vas-y, pose une autre question.
Je ne sais pas.
Demande-lui où est-ce qu'il a écrit « Beaux endormis » et « La légende des
siècles ». Dans quelle pièce Victor Hugo a écrit « Beaux endormis » et « La
légende des siècles » ? Vous pouvez vous restaurer à toute heure dans un
périmètre de 25 à 1000 mètres.
Réaliste.
C'est pas très réaliste. Allez, vas-y, pose une question encore.
Où est-ce que mon père a embrassé ma mère pour la première fois ? C'est que
je l'ai emmenée sur une barque, et c'était pour voir la maison de Victor
Hugo de loin.
Et puis là, je l'ai embrassée.
Ok.
Et pourquoi t'es partie ? C'était juste un coup, une passade ?
Parce qu'elle était formidable, ma mère, non ? Elle n'était pas juste formidable
? Si, si, si.
Ce n'était pas du tout une passade.
C'était très important, au contraire.
Mais j'ai eu peur, voilà.
J'ai eu un trac comme jamais.
Justement parce que je savais que c'était très important.
Un trac de détraqué, un trac d'incompétent.
Le trac ?
Vous entendez ça ? Il a eu le trac.
Excusez-moi, vous êtes...
Good morning.
Ah, good morning.
Bonjour, monsieur.
Vous parlez français ? Oui, bien sûr. Alors voilà, je cherche ma fille, qui
est une jeune fille plutôt petite, accompagnée de son fiancé qui est très
grand. Oui, ils sont partis.
Ils sont partis, mais à quelle heure ? C'était trop ce matin, vers 7h30.
Ils m'ont laissé leur sac.
Ah bon, alors s'ils vous ont laissé leur sac, c'est qu'ils sont encore sur l'île.
Très certainement, monsieur.
C'est parfait.
Ils m'ont parlé de quelque chose. Ils voulaient faire du surf ou du bateau, je
ne me souviens plus. Du bateau ? Mais quel bateau ? Peut-être du kayak ? Du
kayak de mer ? Ou une planche à voile ? Planche à voile ? Mais quelle planche à
voile ? On peut les louer à l'école de voile.
Ne vous inquiétez pas, monsieur, ce n'est pas dangereux.
C'est pas comme je vais te faire du parapente.
Un copain. Yeah, yeah. This morning. Yeah, yeah. They should be back. This
morning. Yeah.
They took a wind service.
Yeah. Ask the coast guard.
It's gonna be okay, sir.
Okay. This way.
Stop on board, sir.
Merci beaucoup.
Bonjour monsieur.
Bonjour. On va partir ? Yes. Ok.
Sir, we took you because we know it's going to be fine.
The sailboard, it floats, especially those.
The sailboard, you know, they float.
They can stay on it, like lie down on it.
Yes, it's okay. Yeah, and they can swim, like swim, right?
I don't know.
I don't know if they can.
That's okay.
Right there.
There's an empty board.
Just keep going straight, okay?
Thanks.
Come on.
Where are you?
I see them.
Yep. Right there.
They're moving.
Ah, they're moving.
Where? Over there, right there. You see? Just in front. Right there. Yes.
Well,
you're right. Come to us. You're very, very...
You have good instincts, yes?
Yes. What do you do? What branch are you in?
I'm an actor.
What kind of acting?
Je dis des poèmes.
Poetry. Hey, we are Victor Hugo's house in the island, you know. Yes.
You like him?
I like him. I like them.
I like you.
We like you too.
Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non.
Bonjour mon petit père.
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait sur mon lit, dérangeait mes
papiers et riait, puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.
Alors je reprenais, la tête un peu moins lasse, mon œuvre interrompue, et tout en
écrivant parmi mes manuscrits, je rencontrais souvent quelle carabesque
folle et qu'elle avait tracée, et maintes pages blanches entre ses mains
froissées, où je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts.
Et c'était un esprit avant d'être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son amant.
Elle me consultait sur tout, à tout moment.
Or que de soirs d'hiver radieux et charmants passaient à résonner langue,
histoire et grammaire, mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur
mère tout près, quelques amis causant au coin du feu, j'appelais cette vie être
content de peu.
... ... ... ...
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