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Commandant, messieurs, on est ici dans la maison de couture Charles.
Vous connaissez ? C'est lui qui a été tué.
C'est par là.
Je suis sûr que tu serais sublime dans une robe comme ça.
Si t'as envie de te soulager d'un an de salaire, moi je suis OK.
C'est l'un de ses stylistes, Bastien Calais, qui a découvert le corps de
couturier en arrivant ce matin à l'atelier.
Ce n'est pas Charles qui devait épouser la finale secrétaire d
'État ? Ah, je vois que vous parcourez comme moi cette fameuse presse people
que chacun se tarde de ne jamais lire.
Oui, c'est bien ça.
Voilà pourquoi je vous saisis. Pour que votre brigade n'y aille pas avec des
moufles et éviter ainsi que cette presse n'en rajoute une couche.
Bien.
Nous constatons deux orifices d'enfants de projectiles à l'arrière du crâne,
situés au niveau de la nuque.
Présence d'une large zone de suie pulvérulente, caractéristique d'un tir à
bout portant, voire à bout, touchant.
La mort est consécutive à une hémorragie intense.
On peut dire que le tueur l'a habillé pour l'hiver.
Beaucoup de personnalités défilent pour Charles.
Il devait être de cinéma.
À part celle du personnel, vos hommes ne trouveront aussi que les empreintes de
gens extrêmement recommandables. Alors là, monsieur Calais, je vais vous dire,
vous n'avez pas idée à quel point les prisons sont remplies de gens
extrêmement recommandables.
Quelqu'un de fou qui a pu faire ça.
Tout le monde aimait Charles.
Avant d'être un patron, c'était un ami.
Il était très proche de nous.
En tout cas, monsieur Calais...
Il y en a un qui a voulu prendre ses distances avec lui, c'est son meurtrier.
Puisque je vous dis que c'est un malade qui a fait ça. Un malade qui a agi avec
bon sens, monsieur Calais.
Un malade qui a attendu que le personnel soit sorti, qui a attendu que votre
patron soit seul à peaufiner ses croquis comme il le faisait tous les soirs pour
venir le tuer.
Un malade qui connaissait bien les habitudes de la maison.
C'est ridicule.
Charles laissait toujours la porte de l'atelier ouverte.
Il avait confiance en nous.
N'importe qui a pu rentrer ici.
N'importe qui, sachant que la porte était ouverte, oui.
Je vous casse n'importe qui, il n'est pas très vénal.
Il n'a pas touché au portefeuille du couturier où il y avait à peu près 1000
euros en liquide. C'est vrai que laisser 1000 euros sur un mec extrêmement
recommandable, ça serait un peu butin. On peut le vous emmener, monsieur Canet.
Il a besoin de se rafraîchir un peu pour éclaircir tout ça.
Non mais regardez-les, ces mouches à merde.
La fille ne vient pas de chez nous. Je sais, c'est sûrement quelqu'un de l
'atelier ou de la boutique.
Alors faites vite. La fille du secrétaire d'Etat est en vacances au
Seychelles. Le temps qu'elle rentre, il serait bon que vous ayez progressé dans
l'enquête.
Je vous rappelle quand même qu'on est en manque d'effectifs depuis que notre
collègue a rejoint les stups de Versailles.
Ne quittez pas.
Voyez ça avec votre hiérarchie comme en danger. Assez à faire avec la mienne.
Je compte sur vous.
Allô, oui.
Je sais quand on remplace Fred. Quand j'aurai trouvé quelqu'un, Polo. En
attendant à aller faire le voisinage. Michel.
Pour secouer le légiste, j'aimerais connaître l'heure de la mort. Quant à
toi, Jean-Louis, j'aimerais une billot de la victime digne d'un l'un de coup.
Allez, on s'active.
D
'accord,
papa.
Je serai là demain midi.
Oui, moi aussi, je t'aime.
Bon, on dirait que le CV de notre victime est nickel.
Réussite fulgurante, démarrée très tôt, d'une petite famille provinciale,
Charles Dufion.
Je crois qu'il a bien fait de garder que son prénom.
Donc, Charles monte à Paris à l'âge de... Bon, tu peux me dire à qui tu
parlais, là.
À mon père.
Il sort demain de l'hôpital.
Sa leucémie est en rémission, la greffe a réussi.
Tu lui as sauvé la vie, là.
Je savais que t'étais une femme formidable.
Bien, en ce qui concerne les résultats de la balistique, il va nous falloir
encore attendre. En revanche, en ce qui concerne l'heure du crime, Salinas la
situe entre 21h et 23h, c'est-à-dire après le départ du dernier des employés
de l'atelier, ce qui n'exclut pas, bien entendu, le retour de l'un d'entre eux à
des fins criminelles.
C'est vrai que je verrais plutôt une histoire de règlement de compte, parce
que... L'hypothèse de l'inconnu qui arrive chez Charles, qui le tue et qui n
'emporte rien, moi.
En tout cas, avant de claquer, pour Charles, tout allait bien. À 25 ans,
jeune styliste, il est repéré par une mannequin vedette, Margot Jappy, l
'épouse justement d'un couturier à la molle.
Après la mort du mari, écrasé par un chauffard, notre bon Charles s'occupe
tellement bien de la petite veuve qu'il l'épouse.
Alors là, Margot sort son carnet d'adresse afin d'assurer la clientèle de
Charles et son pognon pour lui financer sa maison de haute couture.
Quelle manne miraculeuse que cette Margot Juppie ! Qu'est-elle donc devenue
? Là, selon les mauvaises langues, à l'apparition des premières rides, Margot
s'est approchée de la bouteille avant de carrément tomber dedans.
Et pour M.
Charles, une femme alcoolose a fait des ordres et demande le divorce.
Dites-moi, il ne sera pas un peu arriviste, notre couturier ?
Un mort, si vous me permettez l'expression.
De toute façon, c'est simple. A ce type, rien ne résistait.
Ses créations l'ont rendu célèbre dans le monde entier. Et pour ce qui concerne
les nanars, elles étaient toutes dingues de lui, de la couturière à la vedette.
Oui, un petit peu comme chez nous, le marchand avec nos suspectes. Merci.
C'était le comptable de la victime qui devait me rappeler. Il a affirmé que
Calais, le styliste, avait quitté Charles pour monter sa propre
collection.
Il aurait demandé à celui-ci des subsides conséquents.
afin de subventionner son projet, mais le couturier aurait refusé.
S'il avait dit qu'il ne pouvait pas aller s'arranger, Charles aurait fini
par me prêter cet argent.
Je suis son meilleur utiliste et il le savait.
Il est vrai que tuer Charles ne vous rapportait rien.
Il était le mieux placé dans le métier pour vous aider à démarrer. Évidemment,
pourquoi je l'aurais tué ? Parce que vous vous sentiez humilié ?
Parce que la rage vous a emporté, parce que vous ne vouliez, vous ne pouviez
plus attendre.
Bref, pour encore un tas d'autres raisons. Qui sait, l'homme n'étant pas
avare de mobile.
Monsieur Calais, vous avez autre chose à cacher ? Bien.
Monsieur Calais, votre alibi étant invérifiable, une soirée passée devant
la télévision, nous aimerions dans un premier temps que vous ne quittiez pas
la capitale.
et que vous vous teniez à notre disposition.
Pouvons-nous compter sur vous ? Bien sûr.
Pardon.
Bien sûr.
T'as vu ? Non, merci.
J'ai pas très faim.
C'est toujours comme ça quand je suis amoureux.
Moi, c'est le contraire, j'ai un petit dog.
C'est incroyable le marchand, ce don que vous avez pour arriver toujours au bon
moment. Vous ne pourriez pas si bien dire, Capitaine Scandella, je reviens de
la balistique.
Les projectiles qui ont été retrouvés dans la tête de Charles appartiennent à
un homme qui a déjà servi dans une autre affaire. La même arme ? Le meurtre d'un
tenancier de bar de nuit, Simon Jalavert.
On m'a été tué en quittant son bar il y a huit jours.
Merde, vous n'avez pas assez d'un meurtre, il nous en faut un deuxième.
Dites-moi, le marchand, l'affaire Jalavère, c'est pas le groupe Martin qui
s'en occupe ? C'est un bâtisse.
Tout est là.
On l'a cherché du côté de la pègre locale, ça a rien donné.
Pas plus que dans sa vie perso, d'ailleurs.
Jalavert était célibataire, sans enfant.
Putain, Martin, c'est tout ? T'as rien trouvé dans le passé de Jalavert ? Si.
Une roumaine qu'il aurait embauchée au black dans son bar et qu'on a retrouvée
il y a dix ans dans la Seine, violée et tuée.
Au procès, le mari de la roumaine avait juré de faire la peau de Jalavert.
Je persuadais que c'était lui qui avait tué sa femme.
On allait bientôt l'interroger.
J'ai l'impression, Martin, que ce dossier vous passionne pas beaucoup.
On va s'en occuper.
Écoutez, une piste lointaine qui mène quelque part vaut mieux que deux pistes
proches qui mènent directement dans le mur. Mais j'avoue que le lien entre le
meurtre d'un tenancier de bas et celui d'un grand couturier ne me paraît pas
des plus évidents.
Vous voyez, avec mon employé, on a eu une journée pas marrante avec trois
chauffe-eau en rideau sur les bras.
Et vous l'illuminez en m'annonçant la mort de Jalavert.
Vous me direz une suze pour fêter ça ? Non, sans façon, monsieur Stanislash.
Stanislash, on lance coup en Roumanie.
Ici, on dit cul.
C'est moins classe.
Pourquoi est-ce que vous êtes persuadé depuis dix ans que Simon Jalavert a tué
votre femme ? Parce que ma femme, Jura, elle travaillait dans le bar de
Jalavert.
Elle était sans papiers. Il menaçait de la dénoncer.
Il la tripotait.
Tous les jours, il faisait ça.
J'en connais plein, des gens harcelés.
Même sexuellement par leur patron.
Ils finissent pas forcément à la morgue.
Ma femme, si.
Un soir, elle m'a téléphoné. Ce chalabère, il voulait la violer.
Quand je suis venu pour la chercher...
J'ai vu la voiture de Jalavert partir.
Je ne sais pas où il l'a emmenée.
C'est juste où on l'a retrouvée, c'était dans la Seine.
Il a violé, il l'a tuée.
Monsieur Stanislashku, est-ce que vous seriez en mesure de nous donner un alibi
pour la nuit du 15 au 16 mars dernier, nuit pendant laquelle Simon Jalavert s
'est fait assassiner ?
C'était il y a dix jours, ça.
Gustave, tu te rappelles, on avait été invités au mariage d'un cousin avec mon
employé, deux jours de fête dans l'Aveyron.
Et hier soir, monsieur Stanilescu, vous étiez où ? Parce qu'on est au regret de
vous dire que l'arme qui a tué Jalavert a aussi tué un autre homme.
Hier soir, j'étais chez moi.
J'étais tout seul.
Désolé de ne pas avoir un alibi pour tous les gens qu'on a assassinés à
Paris.
Je n'ai pas tué cette pourriture de Jalavert, madame.
Le policier.
Je ne vais pas tuer.
Je fais une prière pour celui qui l'a fait à ma place.
Je ne sais pas.
Vu sa décontraction, je dirais qu'il n'est pas coupable.
Par contre, vu la joie qu'il a de savoir que j'avais un versipié sous terre, J'en
doutais. On verra avec son alibi.
Enfin, même s'il a tué Simon Jalavert, pourquoi est-ce qu'après, il serait allé
buter Charles ? Se lancer du bar et un couturier n'ont rien en commun.
Comme pas les mêmes lieux, pas les mêmes jambes. Je ne sais pas.
On est peut-être sur la piste d'un tueur en série.
Un dingue qui choisirait ses cibles au hasard.
Ça y est, papa.
Le proprio est d'accord pour l'appartement.
Salut. Ça va être génial là-bas, tous les trois.
Tous les trois ? Bah oui.
Toi, moi et le bébé.
Ah bah oui, c'est vrai. Je suis con. Je te le fais pas dire.
Bon bah j'y vais, il faut que je m'occupe de la déco.
Salut mon pouponnet.
Bon bah salut. Ciao Hélène. Au revoir.
Elle m'en sert.
C'est genre enceinte de sept mois.
Et nous, comment on va faire pour s'aimer dans tout ça ? La question Jean
-Louis, c'est pas comment, mais où.
Désolé de vous déranger, j'ai du neuf.
En épluchant la paperasse de couturier, j'ai découvert, planqué dans une
enveloppe, des notes de restos et d'hôtels que Charles dissimulait
sûrement à son comptable et à sa future.
Alors discreto, j'ai appelé un de ces hôtels pour voir si par hasard il n'y
avait pas une maîtresse cachée là-dessous. Et au fait de maîtresse, c
'est un amant qu'il avait le couturier, son styliste Calais.
Tu l'as reconvoqué ? Bien sûr, j'ai que ça à faire. Il est déjà là avec le
marchand. Très bien, je m'occupe de Calais avec Michel.
Qu'est-ce qui te prend là ? Pourquoi t'es agressif comme ça ? C'est à cause
de Sonia ? Oui, Charles se faisait aimer des femmes pour fidéliser sa clientèle
féminine.
Il en avait épousé une.
Peut-être ne voulait-il pas faire état de sa bisexualité.
C'est vrai, il pensait qu'à sa réussite.
Croyez quoi qu'il allait se remarier par amour ? Non plus, il l'aimait pas.
Il se servait d'elle pour essayer de toucher le monde politique.
C'est tout.
Je comprends que vous ayez été dégoûté.
Vous, l'amant fidèle à qui Charles refusait après, refusant de vous laisser
partir parce qu'il allait se remarier. Je comprends que vous ayez eu envie de
le tuer.
Je ne me suis jamais battu de ma vie. Je serais incapable de faire de mal à une
mouche.
Moi, je n'aurais jamais tué personne pour y arriver. Pas moi.
Qu'insinuez-vous, M. Gallet ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. J'aimerais bien
partir d'ici maintenant.
Vous savez, quand Charles a rencontré sa première femme, Margot, elle avait des
problèmes d'alcool.
Elle était fragile.
Alors quand elle a vu son mari se faire écraser devant ses yeux par ce soi
-disant chauffard... Le mari de Margot n'est pas mort dans un accident ? Je
sais pas.
Si, je dis n'importe quoi.
Charles avait-il des raisons de faire tuer le mari de Margot ? Oui, oui !
Charles savait qu'en épousant Margot, il obtiendrait la plus belle clientèle de
Paris.
Il avait beaucoup d'argent, il allait pouvoir réaliser son rêve, monter sa
propre maison de couture.
Pour ça, il fallait se débarrasser de son mari.
Et comment s'y serait-il pris ? Environ deux ans après la mort de son premier
mari, Margot avait épousé Charles entre-temps.
Elle a vu un jour un homme sortir de chez elle. Elle a cru reconnaître le
chauffard qui avait tué son ex.
Comme il était avec Charles, elle a commencé à croire que c'est lui qui l
'avait payé pour le tuer.
Elle a porté plainte contre Charles.
Monsieur Calais, si je vous suis bien, vous pensez qu'un autre que vous aurait
eu des raisons plus conséquentes d'assassiner votre patron ? Sa première
femme, en l'occurrence, Margot.
Admettons.
Si cette affaire s'est conclue par un non-lieu, après une enquête de police,
pourquoi voudriez-vous que nous accordions, nous, à la brigade
criminelle, le moindre crédit à ce roman ?
qui pour le moment vous en conviendrait, semble n'avoir qu'un seul but, celui de
nous écarter de nos soupçons légitimes, de vous. Vous n'avez qu'à faire votre
boulot et aller demander à la flicade qui travaillait sur l'affaire à l
'époque, elle vous répondra, elle.
Je me souviens d'elle, c'était une acharnée, c'était la seule qui croyait
la version de Margot.
Béli... Béli... Lieutenant Bailly.
Le nom de Simon Jalavert, ça vous dit quelque chose ? Non.
Bon, je vais essayer d'être claire parce que l'histoire n'est pas très simple.
Alors, on a deux meurtres.
Charles, le couturier, et Jalavert, le tenancier de bar.
Du côté de Charles, deux suspects.
Margot, que je verrai demain matin, et Calais, le styliste.
Pour Margot, une piste qui date.
Calais, une des raisons de le tuer plutôt récente.
Du côté de Jalavert, le tenancier de bar, une seule piste.
Stani Lechkou, le plombier roumain.
Entre Margot, la mannequin, Calais, le styliste, Stani Lechkou, le plombier
roumain, aucun lien.
Entre Charles et Gélavert, aucun lien non plus, excepté l'arme du crime.
On n'est pas dans la merde.
Mais s'il n'y a aucun lien entre ces gens, ça veut dire que notre tueur, c
'est un malade.
Vérifions la piste indiquée par Calais et puis voyons ce qu'il en est de cette
ancienne enquête de police.
Vérifions aussi si cette piste de chauffard assassin tient la route.
Après, nous aviserons.
Jean-Louis ? C
'est bizarre quand même. Il y a quelques années, Stanislas Kouper, sa femme,
soupçonne Jean Lavert, le tenancier d'un bar, de l'avoir tué.
À la même époque, un chauffard écrase le premier mari de la mannequin Margot
Jappy. Elle, elle accuse Charles, son nouveau compagnon, d'avoir commandité ce
meurtre. Et aujourd'hui, Jean Lavert et Charles se font buter ? Par la même
arme, Jean-Louis. Ok, mais à part ça, aucun lien entre les deux affaires.
Tu vas maintenant aller fouiller dans une affaire classique et tu vas voir la
gueule des collègues.
Je ne te demande pas ton avis.
Quand tu seras chef de groupe, tu décideras de la marcher suivre.
Ce n'est pas demain la veille.
Il faudra que tu quittes le groupe.
Moi, je ne suis pas prêt à te lâcher.
Messieurs.
La crime. Que nous vaut l'honneur ? Je vois que tu avais prévenu.
Ça commence.
Écoutez, je m'occupais moi-même de cette affaire.
Il y a cinq ans, il y a eu non-lieu.
Alors au lieu de m'emmerder, consultez la division de la statistique et la
documentation criminelle. Allez voir, c'est pratique.
La procédure y est micro-filmée.
On va la consulter, seulement le temps de se plonger dedans, il se pourrait que
l'assassin qu'on recherche nous file entre les pattes.
Comment est-ce possible ça ? La crime, la crème de la police, rien ne lui
échappe. C'est quoi déjà votre nom ? Capitaine Le Dentec.
Tiens, un breton.
Le Dentec, si on n'arrive pas à trouver le mec, tu as peut-être un rapport avec
ton ancienne enquête.
Ici, c'est la 55 qu'on recherche.
Je me ferais un plaisir d'en référer moi-même au dienot de la PJ.
Et tu rigoleras moins quand tu seras muté dans un placard à Plouc-le-Zout-sur
-Mer. En attendant d'aller retrouver les joints de la pêche, venez sortir de mon
commissariat. Il vous interdit, lieutenant Bailly, de communiquer la
moindre info sur cette affaire classée à qui que ce soit.
C'est clair ? J'ai pas
idée, le Dantec.
Le dégoût que c'est pour mon boulot quand je rencontre des connards pareils.
C'est bon le son de Louis ? C'est bon ?
Ecoutez,
j'ai la réputation d'avoir une grande gueule, mais si jamais le Dantec apprend
que je vous ai parlé, il pourrait me la faire boucler pour très longtemps et se
débrouiller pour que ce soit moi qui fasse sa peau pour les autres.
T'inquiète pas, moi aussi j'ai une grande gueule. Je suis aussi le discret.
Lieutenant... Bailly.
Lieutenant Bailly, pourquoi étiez-vous persuadée que Charles avait monnayé
auprès d'un tueur l'assassinat du premier, Marie de Margot ? Je sais pas,
une intuition.
Margot avait l'air tellement désespérée.
Et puis, j'avais fait le portrait robot du type qu'elle avait vu.
J'ai retrouvé un petit malfrat du nom de Beaulieu, un type qui avait fait la même
école de stylisme que Charles, votre couturier vedette.
Étrange coïncidence, en effet.
Mais si ce Beaulieu avait assassiné le mari de Margot, pourquoi est-ce qu'il
serait réapparu deux ans après le meurtre ? Parce qu'il vivait de petit
larcin et qu'il avait plus un rond.
Alors je me suis dit qu'il avait recontacté Charles pour lui soutirer un
peu plus de fric, ou même pour le faire chanter.
T'aurais une preuve de ce que tu dis ? Juste avant de boucler le dossier, j'ai
voulu réinterroger Beaulieu.
Il venait de s'acheter une moto flambe en oeuvre, je me suis demandé avec quel
argent.
C'est sûr que si Margot a vu juste, ça lui donne une bonne raison de buter cet
enfoiré de couturier.
Table est prête ?
Donc je m'explique. Quelle raison Margot aurait eue d'aller buter Simon Jalabert
huit jours avant ? Pour s'en faire la main ? C'est qui Simon Jalabert ? Un
tenancier de bar de nuit.
C'est une autre affaire mais reliée par la même arme.
On n'a pas encore retrouvé les flingues mais on est sûr que c'est le même qui a
buté Jalabert et le couturier.
On pense aussi à un tueur en série.
Enfin bref, pas tôt je crois.
Alors ? C'est votre nouvelle recrue ?
Je me suis dit que si j'ai raison, vous êtes la seule brigade à qui je pouvais
en parler.
Enfin, vous êtes la seule dans laquelle j'aurais envie de rentrer, en tout cas.
Qu'est-ce qui t'empêche de postuler à la crime ? Le parrainage.
Sans parrainage, vous savez bien, il n'y a pas moyen de rentrer chez vous.
C'est parce qu'on le dentait qu'il y a beaucoup d'amis à la crime.
Le parrainage, ça peut se trouver, non ?
Oui, mon Polo, c'est moi.
Dis-moi, demain, je dois me pointer chez un ex-top-model au double prénom de
Margot.
Ah oui, belle gonzesse, oui.
Ce mot ouvre l'appétit.
Je suis avec Hélène, devant la Mamouchka. Tu nous rejoins ? Pour
changer d'urus, ce soir, je te propose un petit rital qui confectionne des
lasagnes à pleurer.
Fais pas chier, Polo.
Ça te changera les idées.
Et puis, Polo, vous allez pouvoir lever le pied. Je crois que je vous ai trouvé
une cinquième de groupe.
Allez, Polo, on vous attend. C'est un homme.
Je vais dîner avec vous.
Ah, il y a Cisco qui vient dîner en plus.
Allez, ça nous rappellera des bons souvenirs.
Il y a ma femme et ma fille qui m'ont donné la permission de minuit.
Et Sacha qui tient le restaurant, donc voilà.
Une fille ? Mais je croyais qu'elle avait à peine un an.
Ah oui, c'est ça le problème. C'est que Mario reste collé à sa fille 24 heures
sur 24. Elle ne ferait rien sans lui demander son avis. Donc là, c'était oui.
C'est magnifique, les joies de la vie de famille.
Bon, on va où ? Il est bien ce resto au moins ?
Le dîner était divin, le vin était divin, ce restaurant est divin.
Vous êtes divin.
Je suis ravi de vous voir si bien, Camille.
Ça n'a pas l'outrecuidance de prétendre vous connaître bien.
Néanmoins, je suppose que cette gaieté pour le moins inhabituelle nous cache
quelque chose. Je me trompe.
Ce que j'aime quand vous commencez une phrase, c'est qu'on ne sait jamais quand
elle va finir.
Vous ne répondez pas à ma question, Camille.
J'ai vu mon chirurgien.
Il dit qu'il faut tenter la greffe de Corneille.
Il pense que c'est le moment et il a bon espoir que je recouvre la vue.
Une merveilleuse nouvelle.
Et si considérable.
Alors il nous faudra revenir ici, dans cet endroit, pour fêter ça.
C'est promis.
Camille, je viens d'apercevoir des collègues.
Je les salue, je reviens tout de suite.
C'est Camille Varro.
Vous savez, la jeune personne qui a perdu toute sa famille.
Le triple meurtre.
Bien sûr, Michel.
Je me souviens de l'affaire. Une enquête difficile.
Oui.
Michel, je crois que vous devriez y aller.
Camille vous attend.
Oui, je... J'y vais.
Je... À demain.
Vous êtes magnifique sur ce tableau.
À l'époque, je ne buvais pas encore trop.
Madame Jappy, vous avez gardé très peu de souvenirs de votre vie avec Charles,
votre second mari.
J'ai fait une erreur en épousant Charles.
Après la mort de mon fils, j'ai commencé à boire.
Après celle de mon mari, je n'ai plus arrêté.
Je croyais Charles amoureux, je me suis accrochée à lui comme à une bouée de
sauvetage.
Mais il m'a fait couler à pic.
Vous êtes toujours persuadée que Charles, à l'époque, avait engagé quelqu
'un pour tuer votre premier mari ? Oui, j'en suis persuadée.
Enfin, j'avais presque fini par oublier.
Je suis sobre depuis trois ans.
Madame Japy, nous sommes dans l'obligation de vous demander ce que
vous faisiez avant-hier entre 21h et 23h.
L'heure à laquelle Charles a été assassiné.
J'étais dans l'avion.
Je rentrais de New York où j'ai donné des conférences sur les amitiés
alcooliques.
C'est le nouveau but de ma vie.
Combattre l'alcool.
Et ses ravages.
Attends Hélène, c'est aberrant. On va pas passer notre temps à harceler un ex
-mannequin alcoolique et faire chier un plombier roumain.
C'est un dingue qui a buté Charles et Jean Lavergne.
Bon Paulo, on en est où côté serial killer ?
Que dalle.
Et du côté du styliste, c'est pas mieux. On n'a pas trouvé de flingue chez
Calais. En plus, il a un alibi pour le meurtre de Jalabert.
Alors si on part du principe que c'est le même assassin, je crois qu'on peut le
lâcher.
Tiens, le marchand, il a l'air d'avoir des petits yeux ce matin.
Il a encore fait des folies de son port. Ah non, ça va pas commencer.
La vie privée de le marchand ne regarde que lui. Alors s'il a envie d'en parler,
on écoute. Sinon, on boucle.
Bien.
Le lieutenant Bailly nous attend à côté.
Déjà ? Oui, j'ai appelé le divisionnaire ce matin, il était au quai pour la
cooptation de Bailly.
Enfin, une bonne nouvelle.
Pique à voir le marchand ? Oui, prenez-en un, ça fait du bien le matin,
ça. Ça réveille.
La girafe, c'est pour Léa.
Et la vache, c'est pour Jules. C'est pour mes enfants.
Faut penser à eux quand on a fait le pari de meurtre, pour pas oublier que le
monde est pas surpris.
Les poupées russes, c'est à qui ? Au playboy du groupe.
Et il est où, le playboy ? Le playboy, c'est Cisco. Vous l'avez vu hier soir au
Bamushka. On garde les poupées russes en souvenir, en espérant son retour.
Bon, pendant que t'installes ta girafe, moi, je reviens à mes moutons.
Si on retrouvait ce beau lieu dont Boyer nous a parlé.
Après tout, s'il a déjà fait chanter Charles, il a très bien pu recommencer.
C'est pas con, ça, parce que Charles était riche, il aurait pu raquer pendant
longtemps.
Seulement, un jour, il en a eu marre, il a refusé de payer.
Et là, Beaulieu l'a buté.
Il est vrai que le profil de notre petit malfrat collerait mieux que celui de
tous les suspects que nous avons interrogés jusqu'à présent.
Et tous les alibis ont été vérifiés. Et ni Margot Japy, en ce qui concerne
Charles, ni le plombier roumain...
En ce qui concerne Jalavert, ne peuvent être inquiétés.
Ce serait bien qu'on trouve son adresse.
J'ai.
Moi aussi, j'ai pensé à cette hypothèse.
Et après votre passage au commissariat, j'ai fait des recherches. Vous lui
habitez un studio au Barbès.
J'ai vu sa concierge parce que lui, il était à l'hôpital pour faire des
examens. Il a un cancer généralisé et il en a plus pour très longtemps, alors
je... Je me suis dit qu'il voulait peut-être se payer les Bahamas avant de
claquer.
Il menace Charles et qu'il refuse de lui donner du fric. Et meurtre. Voilà.
Barbès et Pigalle, c'est pas très loin.
Et Beaulieu connaissait peut-être Jalavert.
Ça nous ferait enfin un lien entre les deux affaires.
Viens jouer, Bailly.
Toi, l'honneur d'interroger Beaulieu.
Après tout, c'est ton affaire.
Écoutez, je viens de passer deux mois à l'hôpital du perpétuel secours.
J'en suis sorti que ce matin pour vous voir.
J'ai tué personne.
La seule amie qui me reste, c'est cette infirmière de l'hosto qui m'attend dans
le couloir.
Une bonne sœur.
Elle m'a aidé à trouver Dieu.
Il n'y a plus qu'à lui que je pourrais parler maintenant.
Vous connaissez Charles, non ?
Je suis sûre que vous le connaissez.
Vous avez étudié ensemble.
Vous connaissez-vous ? C'est vous qui me harceliez à propos de la mort. Comprenez
-nous, M. Beaulieu. Nous cherchons à démêler les chevaux de cette étrange
affaire.
Deux hommes ont été tués à huit jours d'intervalle et rien ne semble connecter
ces deux meurtres. Alors, si vous savez quoi que ce soit, qui pourrait nous
aider ? Écoutez.
J'ai peut-être étudié avec ce char-là.
Nos chemins dans la vie se sont peut-être croisés, mais je ne l'ai pas
tué.
Et si j'ai fait... Si j'ai fait des choses dégueulasses dans le passé,
mon infirmière les entendra en confession.
On le sait.
Je vais bientôt mourir.
Il y a une femme aussi qui est presque morte.
de chagrin, de désespoir.
Une femme sublime qui avait tout, Margot Jappy.
La femme du type que vous avez écrasée, Beaulieu.
Ça m'étonnerait que Dieu vous laisse débarquer au ciel avant que cette femme
vous ait pardonnée.
Il est un bailler à raison, voyez-vous.
Mais avant d'accéder à la paix éternelle, il faudrait tout d'abord
obtenir celle des hommes.
Monsieur Beaulieu, quoi que vous disiez, vous ne serez pas inquiété.
Vu votre état, nous vous laisserons tranquille et...
Vous mourrez à l'hôpital ou chez vous.
Maintenant, dites-nous ce que vous savez.
S'il vous plaît, je veux voir mon infirmière.
S'il vous plaît.
La sœur, s'il vous plaît.
J'ai bien cru que votre petit Laïus, sur Dieu, allait avoir raison de notre ami
Beaulieu.
Veuillez-vous quelques secondes de plus et il nous raconterait sa vie par le
menu.
Vous aviez raison, Bailly.
Beaulieu a certainement tué le premier mari de Margot Jappy, seulement ce n'est
pas pour ce meurtre qu'il était là. Et il n'a tué ni Jalavert ni Charles.
Ce fax qui vient de tomber de l'hôpital confirme sa présence au moment des deux
meurtres. Tu vois, Hélène, ça a du bon de picoler.
Ton lien entre les deux meurtres, on tient peut-être.
Margot Jappy à Paris, s'occupe d'un groupe des amitiés alcooliques.
Stanilescu, le plombier, est un ancien alcoolique.
Je viens de lui téléphoner pour lui dire qu'il était écarté de l'affaire, et c
'est son employé qui m'a répondu, il m'a dit qu'il venait de partir à une réunion
des amitiés alcooliques.
Et vous deux, comme deux pochtrons, vous êtes ? Vous vous êtes dit que Florin
Stanilescu et Margot Japy s'étaient rencontrés aux amitiés alcooliques.
Pourquoi pas ? Bon, ben, vous me trouvez l'adresse, et vous m'appelez. Ah ! Maï,
allez vous changer.
Moi je vais retrouver mon père à l'hôpital.
Sauvée par la grève de moelle de l'enfant que j'avais abandonné.
Mais puisque t'as tout fait pour moi, qu'est-ce que tu veux que je fasse pour
toi ? Ne plus partir.
Et puis, j'aimerais bien avoir des choses plus gaies à partager avec toi.
Ah, comme ton mariage avec Jean-Louis, par exemple.
Attends, c'est Scandella qui t'a dit ça ? Non, non, non, il ne m'a rien dit,
mais j'ai appris à le connaître.
Et je sais qu'il pense que tu es la femme de sa vie.
Un mariage ? Pourquoi pas ?
Hélène, ta mère et moi, nous t'avons abandonnée. Ça n'aide pas à s'investir.
Il faut que tu apprennes à être heureuse.
Alors si je peux faire quelque chose pour toi, c'est ça.
Tu vas te dire de foncer avec Jean-Louis.
Parce que... Ce qui t'aime.
T'aime.
Ah non, non.
Si, si, dégage.
Commandant Vallon.
Ah,
Jean-Louis.
Et elle est où, cette salle de réunion ?
C'est à vous, Cynthia.
Bonjour.
Je m'appelle Cynthia.
Je suis alcoolique.
c'est pas grave Cynthia on peut applaudir Cynthia qui a bien travaillé
bon
merci à la semaine prochaine même jour même heure au revoir
Margot Japy, vous voulez bien nous suivre ? Vous aussi, Stanilescu.
Vas-y, Stanilescu.
Commence.
Présente-toi.
Je m'appelle Florin Stanilescu et je suis alcoolique.
Dis-moi, à part ça, t'es quoi ? Assassin de Jalavert ?
Comme t'as un alibi en béton, dis-nous à qui t'as demandé de le buter.
Toi, ça commence à sentir la merde.
Tu sais, il faut pas être Madame Soleil pour comprendre que tu vas finir tes
jours en taule.
Alors maintenant, tu vas nous dire où t'as planqué le flingue qui a tué
Jalavert et le couturier. D'accord ?
Margot Japy, c'est quoi pour toi ?
Hein ? Une copine ? Une maîtresse ?
C'est ma marraine, nos amitiés alcooliques. Puis il y a un an, elle m'a
aidé à sortir de l'alcool. C'est une femme formidable.
Oui, formidable.
Sûrement, oui.
Et puis vous avez eu plein de trucs en commun, hein ? Bon, des trucs pas
forcément marrants, mais qui ont dû vous rapprocher.
Toi, la mort de ta femme, et puis elle, la mort de son mari.
Comment c'est venu l'idée de vous venger ? C'est qui qui a eu l'idée en premier ?
Hein ?
Une quimalaise, Staline Leschko ? Un peu d'eau ? C'est ridicule,
vous n'avez aucune preuve. Quand même de très fortes présomptions.
Pourquoi vous les avez tués ? Jalavert, le patron de bar, Charles, le couturier,
cela n'avait rien fait.
Les enquêtes l'ont prouvé, ils sont tous les deux innocents.
Avec Flora Staline Leschko, vous avez échangé vos deux meurtres.
Vous avez tué Jalavert, il a tué Charles.
Voilà ce que vous avez fait.
Ce que j'ai fait, c'est sortir un homme détruit de l'alcool.
Maintenant, vous n'avez aucune preuve sur rien.
Flora est encore fragile, alors laissez-le tranquille. C'est Maître
Vignon qui s'occupe de nous. Il n'a pas les moyens de souffrir un conseil.
Alors faites vos investigations et nous verrons après.
D'ailleurs, je suppose que vous ne nous retenez pas.
Question à Libye, évidemment, ils n'en ont pas.
Le jour du meurtre de Jalavert, Margot a dit avoir passé la soirée chez elle. Et
pour celui de Charles,
Florence Tanilescu était soi-disant au Cinoche, un vérifiaire. On s'en doutait,
Polo, mais on s'en fout.
Tant qu'on n'aura pas prouvé qu'ils se sont échangés leur meurtre, on n'aura
rien.
Surtout maintenant qu'ils se sont débarrassés de leur arme.
Oui, allô ? Allô ? C
'est Navin.
C'est...
Si j'ai quelques talents pour obtenir des confessions, je n'en ai aucun quand
il s'agit d'en faire.
Personne ne vous a rien demandé, le marchand ? Voilà.
J'ai aussi toujours senti coupable du drame vécu par Camille.
Alors je l'aide comme je peux.
Mais je ne voulais pas qu'on imagine que ce devoir envers elle...
Je dois avoir quelques répercussions négatives dans mon travail.
Michel, on a tous des problèmes.
Quelquefois, en parler, ça aide.
Vous avez certainement avec Camille passé des moments difficiles et vous en
passerez d'autres, alors... sachez que... nous, le groupe, on peut vous
aider.
Aujourd'hui, Madame Jappy, c'est le jour des hommes.
Les hommes, c'est nous.
Des acharnés, parfois aussi cons et butés qu'un âne.
Mais bon, si on nous garde, c'est que notre méthode, qui se vous l'accorde, ne
fait pas toujours dans la dentelle à du bon.
C'est nous, les hommes, les femmes, c'est pareil.
On peut te laisser ici pendant des plombes, comme un chien devant un os.
D'ailleurs, dis-donc, ça fait déjà deux heures qu'on est là.
Tu sais quoi ? Comment ? Bon.
Donc, le soir du meurtre de Jolabert, vous étiez chez vous, c'est ça ? C'est
ça.
Ce soir-là, il y avait une réunion aux amitiés alcooliques.
Une réunion qui s'est terminée très tard, j'ai vérifié.
Vous n'en ratez pas une et, comme par hasard, ce soir-là, vous n'y allez pas.
J'étais fatiguée.
Je suis restée chez moi. C'est pas un crime, non ?
Stanilichku est disparu.
Il est pas à son boulot, on a trouvé ça chez lui.
Quoi ? Oh mon Dieu.
Si Florent a bu tout ça, il risque de... Vous avez une idée d'où il peut être ?
Salut, ma belle.
Ton pote a fait un retour aux sources.
Résiste pas à l'appel du boulot.
Margot.
Margot. Florin.
Margot. Florin.
Avec ce qu'il a vu, il va mourir.
Florin.
Oui, Bertrand, tu m'envoies le Samu en urgence avec les motards.
Trois quais de Sterlitz.
Non, Magne ! Laura, ne fais pas ça ! Ne fais pas ça !
Alors les mecs du CEMU ont rien pu faire.
Le plombier est mort dans les bras de Margot.
Merde ! Le plombier est mort, Margot est la seule à pouvoir avouer. Mais
attention, c'est une durée à cueillir.
Oui, surtout que malgré nos certitudes et tous ces hasards improbables, aucune
charge ne pèse contre elle.
C'est sûr que c'est pas une appartenance commune aux amitiés alcooliques avec un
plombier qu'il va l'accuser de quoi que ce soit.
Reste une solution.
Et cette solution...
C'est vous qui me l'avez inspiré, lieutenant Bailly. Souvenez-vous de la
réaction de Margot quand vous lui avez perfidement suggéré que Charles était
innocent. Elle a failli exploser forte de ses certitudes.
Et de fait, quelle preuve concrète avait-elle de la culpabilité du
couturier ? Aucune.
La seule chose, c'est qu'elle a vu son premier mari se faire écraser par un
chauffard et plusieurs années après, elle avait vu ce même chauffard,
Beaulieu, en présence de Charles.
Sa seule certitude, ce sont ses yeux.
Parfaitement, commandant, ses yeux.
Les yeux d'une femme malade qui, à l'époque, ne cessait de boire.
Marchand, ça vous arrive de parler sans qu'on ait besoin d'un mode d'emploi ?
Deux choses nous permettraient d'obtenir les aveux de Margot.
La deuxième, ce sont les aveux de Beaulieu. Il était sur le point de tout
nous dire.
Devrions aisément parvenir à convaincre la bonne sœur de Beaulieu de l'inciter à
nous parler avant de mourir.
Oui, alors si ça, c'est la deuxième, quelle est donc la première ?
La voilà.
Cette œuvre s'appelle Le Gros Livre.
C'est en quelque sorte la Bible des A.A.
Les Amitiés Alcooliques.
Conçue par et pour les alcooliques.
Très instructif que ce livre, Madame Jappy.
J'y ai lu quelques pages fort intéressantes, notamment sur le thème du
remords et de la culpabilité.
Comment donc suis-je encore là pour parler d'alcool ? En quelque sorte,
Madame Jappy, car ne peut-on dire que vous vous êtes culpabilisé de la mort de
votre mari.
Mais qu'est-ce que vous racontez ? Oh, personne ne conteste le fait que vous l
'ayez vu se faire écraser, non ? Non, mais qu'avez-vous vu au juste ? Le
rapport d'enquête précise que vous sortiez d'un bar où vous aviez l
'habitude de vous saouler.
Si votre mari inquiet...
Ne vous avez pas attendu en bas de chez vous ? Ce chauffard ne l'aurait
certainement pas renversé.
Écoutez, à l'époque, je me sentais coupable de rien. Déjà, seul l'alcool
comptait. Oui, l'alcool.
Encore lui, madame Jalpy, dans quel état étiez-vous deux ans plus tard lorsque
vous avez cru reconnaître ce chauffard assassin en présence de Charles ?
J'étais plus qu'une épave.
Les soirées se soldaient par des comas éthiliques.
Mais qu'est-ce que ça change avec ce que j'ai vu ? Tout, Madame Japping, ça
change tout.
À l'époque, vous ne pouviez pas vous arrêter de boire.
Le remords vous tenaillait, il vous fallait trouver d'autres raisons de
boire. En imaginant que Charles était le commanditaire du meurtre de votre
premier mari, vous aviez la plus belle des raisons.
Dès lors, vous pouviez vous apicoyer sur vous-même, vous pouviez boire tout votre
sou, toucher le fond, puisque tout le monde vous abandonnait, Charles, la
police, la justice.
Tous solidiaient à présent contre vous. Où pouviez-vous désormais trouver
quelques refuges ? Sinon, dans l'alcool.
Non, je sais ce que j'ai vu.
Je ne me suis pas trompée.
Cet homme, ce chauffard, ce n'est pas l'homme que vous avez vu avec Charles.
Votre premier mari est mort dans un stupide accident de circulation.
Non.
Non, ce n'est pas possible.
Votre vengeance a été vaine, Madame Japy.
Vaine ! Charles est sans doute mort pour rien.
Maintenant, notre métier est de découvrir la vérité. Alors, qui a raison
de vous ou de nous ? Écoutez, nous allons
passer à marcher avec vous, Madame Jappy.
Nous vous livrons la vérité sur la mort de votre mari.
Contre des aveux circonstanciés.
Beaulieu, elle devait la vérité à Margot, j'implique.
Elle a vécu dans l'enfer du doute pendant des années.
L'alcool l'a complètement détruite.
Et vous avez foutu sa vie en l'air. Elle doit savoir, Beaulieu.
Faites-le pour elle.
En plus, vous savez, ça risque de prendre quelques semaines pour rouvrir
le dossier sur la mort du premier mari de Margot.
Et d'ici là, je serai mort.
C'est ton affaire, ma poule.
À toi de l'honneur.
Valon t'attend.
Allez.
Vous voulez boire quelque chose ? Au lieu,
Margot Jappy se trouve derrière cette glace.
Êtes-vous prêt à lui dire la vérité ?
Au lieu,
est-ce que vous avez tué le premier mari de Margot Jappy ?
J'avais besoin d'argent à l'époque.
Je me droguais, je savais tout ce que je faisais.
Qui vous a engagé pour le faire ? Charles.
D'abord, j'ai... J'ai refusé, je voulais pas tuer un homme.
Mais il m'a joué avec je craignais rien, il m'a promis une belle vie, de l
'argent, tout.
Et pourquoi Charles voulait-il tuer cet homme ?
Margot et son argent.
Pardonnez-moi.
Je regrette tout le mal que je vous ai...
Vous tuez Simon Jalavert.
Et Florent Stanescu a-t-il tué Charles ?
Vous me prêtez à consigner tout ça par écrit.
Pourrais-je avoir un verre d'eau, s'il vous plaît ?
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