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S'il vous plaît, ne restez pas là.
Alors, c'est qui ? Monsieur, dame, gardez-vous.
Qu'est-ce qui se passe ? C'est pas trop du hamam, on l'a retrouvé mort.
Adel Chawaf ?
Bien, la victime est sur le carreau allongé sur le sol, type Moyenne
-Orientale. Trace de brûlure au niveau du poignet et autour du cou.
Gros hématome frontal.
Température des lieux, 78°C.
Alors ? Alors, la cause probable de la mort, soit le traumatisme crânien, soit
la suffocation de la victime ayant séjourné vraisemblablement plusieurs
heures, dans cette étuve.
Dites-moi, le marchand, vous pouvez me dire comment vous arrivez à tenir par
une chaleur pareille ? Oui, oui, oui, bien sûr, j'ai un moyen infaillible,
moi. Je n'y pense pas.
Et à votre avis, là, c'est des traces de talons ? Oui, le corps a été tiré.
Il nous reste à retrouver les chaussures.
C'est à lui ? Oui, c'est à lui.
Alors, voilà.
Abdel Chawaf, nationalité tunisienne, gérant de société.
Vous avez l'idée de se déshabiller ici, non ? Il ne s'est peut-être pas
déshabillé ici, mais à mon avis, c'est ici qu'il s'est fait défoncer le crâne.
Avec un cendrier comme ça.
Un peu de l'action, le meurtrier le lâche, il tombe par terre et il se
casse.
C'est quoi, à mon avis, ces particules rouges ?
Tu sens sécher ? Euh, ouais, c'est possible.
Bon, alors, Abdel Chawaf se fait agresser ici, il est transporté là-bas,
il le déshabille, il ramène les vêtements ici pour faire croire à une
suffocation accidentelle.
Drôle de modus operandi, non ? Pas très pro non plus.
Non.
Bon.
Ça va déconner ton corps, toi, cette nuit, non ? Alors ? Alors rien.
Celui qui a remonté le thermostat à fond a dû effacer ses empreintes.
Il y a des empreintes sur le comptoir, sur les portes, non ? Là, il y a
tellement d'empreintes différentes que ça revient au même.
Dis donc, il n'y a pas de liquide ici, hein ? Que les chèques et les cartes
bleues. Ça sent la cambriole.
Oh, regarde.
Épilation 100% naturelle à base de sucre et de citron. C'est bon pour les
amateurs de tarte au poêle, tout ça.
Ah, joli.
Ah oui, joli.
Alors, tiens, aujourd'hui, c'est réservé aux hommes, ainsi qu'hier.
Et le reste de la semaine, c'est pour les femmes.
Mais quel intérêt il y a pour les mecs si c'est pas mixte ?
Oui.
Oui, d'accord.
Je vous rappelle.
Bon alors, Shahouaf a deux employés de Kabyle, Bachir et Soraya. Ils sont
frères et sœurs, je n'ai pas de nom de famille. Alors normalement, l'un des
deux arrive avant l'ouverture vers 6h.
Bon là, il est 10h passé, à part le facteur qui a découvert le corps, on n'a
encore vu personne.
Alors ils font aussi le ménage et les soins traditionnels. Bachir, c'est
plutôt ce qui est massage, rasage, et puis la petite, c'est les soins
esthétiques, épilation.
D'accord. Vous faites la remontée des appels du Hamam, on se retrouve pour un
brief à midi.
Lésion de défense à l'avant-bras, des griffures, mais bon, pas d'équimause,
pas la grosse bagarre, quoi. Par contre, il a reçu un sacré coup sur le front. Ça
a provoqué un trauma frontotemporal, avec une atome pléouverte.
Capitaine Scandella s'évaudant l'utilisation d'un gros cendrier en
albâtre.
Ok pour le cendrier, mais pour l'albâtre, vous regardez dans le mar de
café... Bien sûr, et pour régilir aussi la cause du décès.
Raté, mon vieux.
Ce type a succombé à un syndrome asphyxique.
Il présente un érythème des voies ariennes supérieures. On peut même
envisager un terrain asthmatiforme.
Et en clair, c'est l'air saturé d'eau qui a provoqué la suffocation, c'est
bien ça ? On peut dire ça comme ça, oui.
Bien. Et en ce qui concerne l'ordre de la mort ? Notre ami a continué à cuire l
'étouffée jusqu'à ce que vous le trouviez.
Autant essayer d'évaluer la rigidité cadavérique d'un assortiment vapeur, d
'un poteau-feu.
Je peux toujours essayer de...
De pour élever l'humeur vitrée, mais là, on évolue dans une fourchette de 3
heures minimum.
Merci. Merci de cette précision.
Bon, d'après la remontée d'appel, le dernier coup de fil composé du hammam
correspond à un certain Mohamed Ouedim. C'était hier à 22h11. Mais le coup de
fil n'a duré que deux secondes.
Deux secondes ? Ben oui, je sais. Alors j'ai convoqué le Mohamed Ouedim et il va
peut-être nous expliquer ce qu'on peut se dire en deux secondes.
Ok.
Bon, rien d'intéressant à part un billet d'avion pour la Tunisie en juillet et
une promesse de vente signée pour un 3 pièces à Alfortville.
Chawaf prévoyait de déménager dès son retour.
Mais à part ça, voisin idéal, locataire modèle, fin de l'histoire.
Et le voisinage du Hammam ? Même chose.
Après les commerçants, Chawaf était quelqu'un de très chaleureux, qui
rendait service.
Jamais d'embrouilles, rien.
Et les employés du Hammam, on a quelque chose sur eux ? Oui, Soraya, la fille,
hier, elle est passée au Hammam.
Le buraliste d'à côté se souvient qu'elle a acheté des cigarettes vers
18h. Ah.
Mais encore ? Rien.
Sauf quand même, il y a un truc que je trouve bizarre, c'est que d'habitude,
les deux jeunes se partageaient la semaine.
C'est-à-dire Bachir, le frangin, venait quand il y avait les hommes et la fille
quand il y avait les femmes. Et hier, c'était une journée homme.
Donc Soraya n'aurait pas dû être là, c'est ça ? Oui.
Et leur identité, l'endroit où ils habitent ? Nada.
Les frères à la chasse sont très discrets, donc... Mohamed de Ouedine
vient d'arriver.
Je vous rejoins.
En fait, j'ai juste un petit problème.
Oui, je vous écoute.
Alors, le gars de la machine à laver, enfin, je veux dire, le réparateur, ça
fait deux mois que je fais le forcing pour qu'il se déplace.
Et là, il vient de m'appeler pour me dire que c'est maintenant.
Alors, si je pouvais éviter d'en reprendre pour deux mois, ça m
'arrangerait. Un contrat de confiance, c'est plus que c'était.
Ah ben non.
Et alors, vous attendez quoi, là ? Que je vous fasse un mot d'excuse ? Merci.
Cisco, je venais avec moi.
Abdel Cherofi était mon cousin.
Cet été, il devait retourner au village pour se marier.
Avec ma fille Naïma.
Mais pourquoi on lui a fait ça, madame ? On n'en est pas encore certain, mais il
semblerait que ce soit pour lui voler la recette du hammam.
Bachir, Soraya, ces deux employés, vous les connaissez ? C'est eux qui l'ont
tué. Pourquoi ? C'est pour être leur genre de liquider le patron pour lui
piquer la caisse ? Avant-hier, ils se sont disputés, Abdel et Bachir.
Quand je suis arrivé au hamam, ça criait partout.
Et ils se disputaient à propos de quoi ? Je ne sais pas, madame.
Je n'ai pas entendu.
Entrez.
Bachir et Soraya, vous savez où ils habitent ? Dans un hôtel, du côté de la
porte de la chapelle.
Est-ce que vous pouvez parler un petit peu de ce coup de fil qu'il vous a passé
hier soir ? Hier soir ? Mais il ne m'a pas appelé hier soir.
21h22, et ça c'est votre numéro de téléphone.
Il a peut-être appelé pendant que j'étais au garage.
Hier soir, j'ai réparé le filtre à huile.
Comme je mets le répondeur, je peux pas entendre. Mais quelqu'un d'autre a pu
répondre à votre place ? Vous habitez seul ? Non, avec ma fille.
Mais hier soir, elle était pas là.
Elle était chez une copine, elle a passé la soirée.
Elle est où, votre fille, en ce moment ? Elle travaille au lycée.
Elle finit à 5h aujourd'hui.
Elle est prof ? Non, étudiante en première.
Elle a 16 ans.
C'est le résultat de mon concours.
Aïe, aïe, aïe.
Courage.
Alors ? Je l'ai raté.
J'ai complètement foiré la culture générale.
C'est pas dramatique, tu le repasseras l'année prochaine.
Mais c'est dramatique.
Je le repasserai pas l'année prochaine.
C'est trop dur, je suis pas faite pour ça. Si t'es faite pour ça, allez, on
prend un verre chez toi.
Je me détends et... Et quoi ? Je me détends et quoi ? Excuse-moi.
C'est ça.
T'as qu'à allumer une cigarette.
C'est misérable ce qu'on vit.
Fabienne.
Fabienne ! Mais Fabienne, attends deux secondes !
Mais alors, ils sont où ? Envolés.
C'était bien dans l'hôtel dont nous a parlé Wedim, mais d'après le veilleur de
nuit, ils se sont barrés vers 6h30 ce matin. Un mec de type Moyen-Oriental
serait venu les chercher dans une camionnette avec l'enseigne d'épanage
plomberie à bobines. Il faut vérifier ça. Oui, oui. Non, mais il faut vérifier
vraiment. Oui, oui. Oui, parce que... Robert, tu viens avec nous ? Oui,
surtout que je viens de signer les papiers de mon divorce, alors ça s
'arrose.
Formidable. Tu vas pouvoir empiler pour 30 piges avec, comment, Sonia ? Oh non,
ah non, on dit pas ça, il est capable de tout, lui. Mais attends, j'ai pas le
droit d'épouser une pute ? Oh si, t'as tout à fait le droit d'épouser une pute.
On a tout à fait le droit. On a tout à fait le droit aussi d'épouser une chef
de groupe.
Pourquoi tu dis ça ? Comment ? Ça se voit tant que ça ou quoi ? Non, ça se
voit pas, ça se voit. Non, non, pas du tout. Pas du tout, ça se voit pas du
tout. Sauf que quand on vous surprend tous les deux, on a l'impression de
tomber sur un flag. Mais bon, s'il n'y a pas un truc sexuel là-dessous, moi je...
Ouais, ben justement, sexuellement, il n'y a rien à dire.
Enfin quand non, quand je dis ça, je veux dire au contraire c'est que... Oh
là là, mais moi je veux rien entendre, rien entendre, je veux rien savoir.
Pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? Parce que, parce que, parce qu'il y a un malaise et
ça se voit.
Hein ? Je crois que le malaise c'est moi.
J'ai l'impression qu'Hélène a envie de plus mais je suis pas prêt, moi j'ai pas
envie de ça. Écoute Valo, tu le vis bien, fais pas le con.
Si je veux te barrer, tu te barres, mais tu lui dis.
Tu lui dis, marrant toi.
Alors Naïba, tu nous parles d'Abdel ? Abdel, c'était le cousin de mon père.
Je le connaissais depuis toute petite.
Depuis la fin du collège, je le voyais plus trop.
Et puis quand ma mère est morte l'année dernière, mon père a décidé d'arranger
le mariage avec lui. Le voir pas très souvent, ça veut dire quoi ? Je sais
pas, la dernière fois c'était il y a trois semaines.
Et le mariage ? Vous en pensiez quoi ? Je m'étais fait à l'idée.
Mais t'étais heureuse de te marier avec lui ? Abdel, tu le trouvais comment ?
Abdel, je l'aimais bien. Il était gentil.
C'était un homme honnête et droit.
Et il me respectait.
Mais c'est pas ça le problème.
Nous, on est tunisiens et chez les Tunisiens, c'est comme ça.
Vous, il y a bien des choses que vous choisissez pas dans la vie.
Vous s'en faites pas tout un plat.
Forcément, comme nous, on est arabes, ça fait barbare.
Quand nous avez-vous entendu vous traiter de barbare ? Vous fatiguez pas,
Ava. Vous l'avez pas dit, mais je vois très bien ce que vous pensez. Il y a
quand même une question que je me pose.
Tu nous dis que t'étais ok pour le mariage et on veut bien te croire, mais
t'es quand même une très jolie fille.
Tu dois avoir un petit copain.
Il en pense quoi ton copain de ce mariage ? C'est pas parce que je fais
attention à moi que je suis une pute.
Les garçons qui tournent autour de nous, on sait très bien ce qu'ils veulent.
Et c'est pas pour ça qu'on leur donne.
Mais c'est pas pour ça non plus que je vais m'habiller comme un thon.
Je suis complètement d'accord avec toi, je te trouve très jolie comme ça.
Votre père nous a dit que hier soir vous étiez chez une amie.
Oui, j'étais chez Fayza. On préparait l'exposé Histoire Géo.
Premier problème, d'après le docteur Salinas, le choc provoqué par la
rencontre du cendrier avec le crâne de M.
Chawaf n'a occasionné qu'un gros hématome.
Ce n'est que lorsque le crâne de M. Chawaf a heurté le sol que le front s
'est ouvert et que la plaie a saigné.
La question est donc de savoir d'où proviennent ces traces relevées sur les
débris du cendrier.
Le meurtrier s'est peut-être coupé avec des éclats.
Non, c'est peu vraisemblable.
Les éclats sont assez peu tranchants et si ça avait été le cas, la quantité de
sang recueillie sur les débris eût été plus importante.
Merci.
Et le labo, il en pense quoi ? C'est le deuxième problème.
Une analyse de sang n'a pu être effectuée pour la bonne raison. Le
problème de technique paralyse le département d'hématologie depuis trois
jours. Et on peut espérer avoir une réponse quand ? Dans les 24 heures au
mieux. Et vous, pour l'eau ?
Mais moi, j'ai épluché l'agenda de Shawa.
Il faut dire qu'en tant que futur marié, il s'entraînait pour la vie de noces.
Parce que deux tiers des numéros de téléphone correspondent à des nanas avec
qui il couchait.
La vengeance d'une maîtresse jalouse, c'est peut-être une piste.
Non, attends, mais toutes ces femmes savaient exactement qu'il allait se
marier.
Faut pas tout mélanger. Un mariage, c'est une chose, le cul, c'en est une
autre. Oh, sans blague.
Quand même.
Je crois quand même pas qu'un cotard comme Chawaf, qui prévoyait d'épouser
une petite gamine de 16 ans, allait se foutre en berne du jour au lendemain. Je
suis désolé, mais moi, la maîtresse est conduite, qui le bute façon autocuiseur.
Je trouve que ça a de la gueule.
Bien, bonne coche.
On va nous cueillir Bachir et Soraya chez le plombier de Bobigny.
Très bien, vous vous occupez de Bachir, nous on s'occupe de Soraya, venez.
Alors comme ça, on n'a pas de papier ? Non, ça fait 10 ans, on essaie de l'en
avoir. Combien ? 10 ans ? Joli score, t'es un malin, toi.
Et ça fait 10 ans aussi que tu travailles au hammam ? Oui.
Avant qu'Abdel reprenne l'affaire, on était déjà là.
Comme on connaissait bien le travail et les clients, il nous a gardés.
Et c'est pour lui prouver votre gratitude que vous l'avez étuivé avant
de casser avec la caisse ? Et puis ce que je vous dis, on est pour rien !
C'est bizarre, c'est parce que d'après le livre de comptes, vous avez fait dans
la journée d'hier une recette de 1200 euros et des poussières. 1200 euros et
des poussières ! C'est ce qu'on a retrouvé dans une de vos valises !
Explique-moi la coïncidence ! Ce que je comprends pas, c'est pourquoi votre
frère Bachir n'a pas prévenu la police lorsqu'il a découvert le corps d'Abdev
ce matin en arrivant au boulot.
Je vous l'ai dit, on n'a pas de papier.
Il voulait pas qu'on se fasse prendre.
De toute façon, personne nous aurait cru.
Je dois reconnaître en effet que nous avons du mal à imaginer que M.
Chawaf vous ait donné de son plein gré l'équivalent de la scène que nous avons
retrouvée.
dissimulés dans vos effets personnels.
C'est vrai.
L'argent, c'est Bachir qui l'a pris ce matin dans la caisse avant de partir.
Cet argent, c'était pour payer notre retour au pays.
Et alors, elle nous devait bien ça, ce salon.
Et bien voilà.
Chahouaf était une ordure qui vous exploitait en profitant de votre
situation.
Alors vous lui avez réglé son compte en approvisionnant le vôtre par la même
occasion. Mais comment il faut que je vous dise ? C'est pas nous ! Et les
menaces ! Oh, les menaces ! pour nos engueulades d'avant-hier. On les a
inventées, peut-être. Mais nous, depuis deux semaines de salaire, 280 euros
chacun.
Pour lui, c'est pas grand-chose, mais pour nous.
Et même pour ça, je l'aurais pas tué.
Bien.
Reprenons tout depuis le début.
Si vous le voulez bien.
Quelle était la raison de votre présence hier au Hammam alors qu'il s'agissait d
'un jour réservé aux hommes ? Je venais faire signer des papiers de
régularisation à Bachia.
Des papiers ? Quels papiers ?
On l'aurait retrouvé dans vos affaires ? Je ne sais plus.
Avec toutes ces histoires, je ne sais plus ce que j'allais faire.
Mademoiselle, depuis dix ans, vous essayez d'obtenir la nationalité
française. Vous vivez chez votre frère, vous le voyez tous les jours. Vous allez
savoir pourquoi.
Hier, vous ressentez la périlleuse nécessité de vous déplacer pour lui
faire remplir des formulaires que vous auriez très bien pu compléter
tranquillement chez vous à n'importe quel autre moment.
Désirez-vous boire quelque chose ? Putain, explique-moi ! Qu'est-ce que
faisait Soraya ou Hammam le jour des hommes ? Elles m'ont rapporté mes clés,
je les avais oublées dans la chambre.
Arrête, Bachir.
Les clés, les hôteliers vous obligent à les laisser à la réception.
Comme ça, il peut contrôler les allées et venues de ce trou à rats dont il ou
les chambres a pris d'or. Allez, admettons.
Vous avez quitté le Hammam à quelle heure ? Et vous avez fait quoi après ?
Je sais pas, j'ai dû partir vers 9h comme d'habitude.
Après je suis rentré chez moi et j'ai regardé la télé. Tout seul ? Non, avec
Soraya. Ça revient au même ! Bon écoute mon tube à chien, je crois qu'on a perdu
assez de temps comme ça.
Alors je vais te la faire courte.
On a beau retourner le problème dans tous les sens, on en arrive toujours au
même point.
T'es le dernier à avoir vu sa voix vivant ou le premier à l'avoir vue mort,
c'est selon.
Comme t'as aucun alibi et que t'arrêtes pas de mentir, tu vois ce qui t'attend ?
Tu vas aller au trou dès maintenant.
Et t'auras le droit de voir un avocat dès la première heure de ta garde à vue.
T'en connais un bon ? D'avocat, t'en connais un bon ? Ouais, ce que je
pensais était dans la merde.
Je ne suis pas sûr que la technique qui consiste à ne pas répondre à nos
questions soit la tactique idoine, voyez-vous.
Votre obstination risque seulement de vous rapporter une nuit dans les jours
du 36, et croyez-moi...
C'est épouvantable.
Bien, je réitère ma question.
Qu'est-ce que vous êtes allé faire au hammam hier soir ?
Le problème, c'est que tant qu'ils parleront pas, on n'aura rien contre
eux.
T'en penses quoi, toi ? Qu'est-ce qu'ils se foutent de notre gueule ? Une fois
les clés, une fois les papiers, tous ces petits mensonges minables.
Justement, s'ils avaient vraiment assassiné Shawaf, ils auraient un peu
mieux accordé leur violon.
Puis pourquoi avoir attendu toute la nuit à l'hôtel s'ils savaient qu'on
viendrait les chercher ?
Ils savaient pas où aller, c'est des clandestins.
Et puis ils avaient peut-être peur de se faire serrer en sortant de leur
périmètre.
Comment va Nat ? Elle est toujours chez toi ? Oui, oui, elle est toujours chez
moi.
Elle me jure que la cam' c'est fini.
Elle parle même de reprendre ses études de droit.
Le problème c'est qu'elle en bat parce qu'elle cherche à avoir son mec.
Qui ? Ce cher Antoine que t'as fait imiter à Béthune ? Oui, si tu crois que
je m'en veux pas.
Hier, j'ai reçu ma facture de téléphone et comme j'ai trouvé la note un tout
petit peu salée, je l'ai détaillée.
Il y avait le même numéro qui revenait sans arrêt. Comme par hasard, c'était
celui du portable d'Antoine.
Quand on a quelqu'un dans la peau... T'as raison.
Antoine a près de 40 ans, il est divorcé, il est comme homme à charge.
Il est peut-être trop pire à Béthune comme lieutenant dans un commissariat de
3e zone.
C'est lui qu'elle aime.
Petite conne, qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? Et t'en as parlé avec elle ?
J'ai essayé, mais elle me dit que c'est fini, qu'il veut plus la voir et qu'il
veut même plus lui parler.
Et si c'est toi qui lui parlais ? Après tout, les thunes et le reste, c'est un
peu pour quelque chose.
Hein ? Je t'avais promis deux places pour la boxe.
Tu m'as dit que t'adorais Mimouni, alors... Attends, Jean-Louis, t'étais
pas obligé, hein ? Si c'est pour passer la soirée avec moi et qu'on baise, dis
-le moi.
T'es pas obligé pour la boxe ?
Je vois ce qui est insupportable avec toi, c'est que tu décides de tout.
Même de ce que pensent les autres.
Ça, c'est très chiant, je te jure.
C'est pas vrai ? Si, c'est vrai, tu le sais bien.
Non ? Si.
Ma vache ! Génial ! Attends, c'est incroyable !
C'est ma confiture préférée, ça ! Je sais ! Comment t'as fait ? On la trouve
que dans le 13ème, dans une toute petite boutique, alors... Ah, c'est peut-être
pas pour rien que je suis chef de groupe, hein ! Ah, évidemment, si tu le
prends sur ce ton...
Excuse-moi pour la télé, ça fait un peu beauf, mais j'ai regardé le journal pour
savoir si Mimouni a gagné son combat.
En fait, je l'avais enregistré pour le chaos.
Ah oui, d'accord.
On prend les paris ? Tu veux, ouais.
D'après la compta, le hammam tournait pas si bien que ça.
Chaouaf avait déjà reçu... Non, merci.
Plusieurs papiers de huissier pour des traites à payer, dont la première
concernant l'appartement qu'il voulait acheter.
Berger ? Non, merci.
Un problème ? Non, ça va super, j'ai juste raté mon concours.
Ah, je suis désolée pour vous.
Mais si ça peut vous consoler, je suis contente que ça vous permette de rester
parmi nous.
Pas cette tête-là, c'est pas dramatique.
C'est pas dramatique, non.
Vous vous êtes appelé avec Chotan, c'est ça ? D'abord, ce que tu fais avec
Chotan, je m'en branle.
Je suis pas prêt de lui adresser la parole à cet enculé d'avocat.
De toute façon, pour devenir chef, c'est pas la peine d'empiler les diplômes. Ah
oui, c'est vraiment typique des mecs qui n'ont aucune ambition, ça m'étonne pas.
C'est surtout typique des mecs qui cherchent pas à péter plus que leur cul.
Et bassin houillé et puissance industrielle de la rue, ça vous inspire
à être sujet ? Vous n'avez qu'à demander ça à la petite intellectuelle
ambitieuse. Oh, Jean-Louis.
Bien, c'est intitulé de l'exposé.
d'histoire rédigée par mademoiselle Wedim Naima et une autre de ses
camarades. J'ai eu le professeur qui confirme que ce travail a bien été
effectué. Et alors ? Et alors, il confirme à ceci près que cet exposé n'a
pas pu être préparé le soir du meurtre pour la bonne raison qu'il a eu lieu la
semaine dernière.
Vous venez faire quoi ici ? Je vous ai déjà tout raconté, moi !
Disons que nous avons besoin de quelques éclaircissements.
Berger ? Oui ? Vous pouvez accompagner mademoiselle dans sa chambre.
Bien sûr.
Et puis c'est légal ce que vous faites là ! Oubliez le coût du mandat, ça
marche que dans les films américains, ok ? Si vous nous demandez de partir, nous
le ferons.
Et dans moins d'une heure, un fourgon de police viendra vous chercher.
Outre le fait qu'il ne soit pas d'une discrétion exemplaire, je doute que vous
dormiez ce soir dans votre lit.
Maintenant, c'est vous qui choisissez.
Non ?
Bien. Je vous rappelle que nous enquêtons sur une affaire de meurtre et
que dans ce genre de circonstances, tout faux témoignage est sévèrement puni par
la loi. Est-ce que c'est bien clair dans votre esprit ? D'accord.
Revenons à la soirée d'avant-hier soir.
Naïma nous a dit que vous étiez ensemble et que vous aviez préparé un exposé d
'histoire.
C'est faux, n'est-ce pas ? Oui, l'exposé, c'est pas vrai.
Mais on était quand même ensemble chez moi, je vous jure que c'est vrai. Vous
pouvez demander à ma mère, elle a téléphoné pour savoir si on avait mangé.
Et si vous n'avez pas travaillé, vous avez fait quoi ? Pas grand chose.
Alors dans ce cas, pourquoi Naïma s'est-elle sentie obligée de nous mentir
au sujet de l'exposé d'histoire ? Je sais pas.
Ah, moi je sais.
Je sais parce que j'ai une fille qui est un peu plus âgée que vous.
Elle m'a fait le coup sans fouet avec ses copines.
Entre filles, vous vous couvrez.
Accoucher l'une, accoucher l'autre, du moment que les parents sont pas au
courant.
Et qu'est-ce que vous faites ? Vous voyez vos mecs.
Alors soit vous sortez avec eux, soit c'est eux qui viennent vous voir quand
vous êtes coincés.
Je me trompe ? Oh, je me trompe ? C'est Naïma qui a un mec, Gilles.
Ça fait un an qu'ils sont ensemble.
Et ce qui fait mort, je vous jure.
Seulement Naïma, elle a peur que son père le sache.
Si son père le sait, il la tue.
C'est pour ça qu'ils se voient en cachette.
On a attendu Gilles et puis il venait pas. Alors je l'ai appelé sur son
portable et il m'a dit que c'était fini entre nous, qu'il voulait plus me voir,
qu'il était avec une autre fille. Il venait d'apprendre que tu allais épouser
Abdel, c'est ça ? Mais qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Je pouvais pas
dire non à mon père et ça lui aurait manqué de respect.
Et puis Gilles, il voulait qu'on s'en aille seuls, tous les deux, et moi je
pouvais pas faire ça. Alors vous avez trouvé une autre solution ? En
supprimant Abdel, vous supprimiez le problème et vous pouviez garder Gilles,
c'est ça ? Je l'ai pas tué, Abdel !
Oui, à 21h22, j'étais avec Céline au Chicken Quick.
Mais attends, tu regardes ta montre toutes les 30 secondes ou bien il y
avait l'horloge parlante dans ton fast-food ? Vous n'avez qu'à demander à
Céline si vous ne me croyez pas.
Bien sûr, on va lui demander.
Combien de temps vous êtes resté dans ce fast-food ? Pas longtemps, elle devait
être rentrée chez elle à 9h30 et je l'ai ramené en scoot.
Dis-moi, cette Céline-là, c'est ta nouvelle copine ? Oui.
Oui, ben voilà, moi c'est là que je me perds, tu comprends ? Moi en vie, elle
est amoureuse de Naïma, amoureuse de Naïma et d'un coup, tu sors avec une
autre. Je ne comprends pas.
Oui, ben elle veut se marier avec un autre mec, qu'elle le fasse.
Moi, j'en ai plus rien à foutre de Naïma, moi. T'en as rien à foutre, t'es
sûr ? Puisque je vous le dis.
Mais moi, je vais dire ce que je pense, sincèrement.
Naïma avait épousé Abdel, avec le consentement de toute sa famille.
Et toi, tu aimes Naïma. Oh ! Et toi, tu l'aimes.
Ouais, tu l'aimes. Vraiment, ça te fait souffrir. Elle aussi, ça la fait
souffrir. Simplement, elle refuse obstinément de désoblier à son père.
Alors, qu'est-ce qu'il te reste à faire pour qu'elle te revienne ? Qu'est-ce qu
'il te reste à faire ? Buter Abdel.
Abdel mort, Naïma revient. Mais vous êtes taré ou quoi, là ? Pardon ? Mais je
ne l'ai pas tué, ce mec, moi !
Et puisque je vous dis maintenant que Naïma, je m'en branle.
Et de toute façon, quand ça s'est passé, j'étais avec Céline au Chicken Quick.
Comment tu sais que ça s'est passé à ce moment-là ? Je sais pas, moi, c'est
vous, là. Vous arrêtez pas de me demander ce que je faisais à 21h22.
Alors bah oui, je me doute bien que c'est ça.
Je viens d'additionner plusieurs clients assidus du Hamam.
D'après certains d'entre eux, Soraya n'avait pas que des talents d
'esthéticienne, elle pratiquait aussi occasionnellement le plus vieux métier
du monde.
D'accord, allez-y.
Ça a commencé il y a trois mois.
C'est Abdel qui m'a forcée.
Il m'a dit que si je refusais, il irait nous dénoncer à la police. Oui, ceci
préquent, dénonçant et se dénonçant lui-même comme employeur de manœuvres
clandestines. Oui, mais lui, il a dit qu'il connaissait du monde, alors que
nous, on nous aurait expulsés.
Et votre frère, il est au courant ? Bien,
voilà le véritable motif de l'altercation entre M.
Chawaf et votre frère.
Deux jours avant le meurtre.
Bachir n'a pas supporté ce qu'Abdel vous a forcé à faire.
Alors il l'a tué.
Ce n'est pas moi.
Ce n'est pas mon frère qui l'a tué.
Je vous jure que ce n'est pas lui. Je vous en supplie, ce n'est pas lui. Ce n
'est pas mon frère.
Il n'a rien fait.
Vous me croyez, il n'a rien fait.
Ce n'est pas mon frère.
Si j'ai deux en moi.
Bon, on se rappelle.
Parce qu'on se rappelle.
Assieds-toi.
Je te comprends, Bachia.
Imaginer ta petite sœur en train de se faire tringler par des vieux
dégueulasses dans une cabine de massage, moi aussi j'aurais eu mal.
Il y a un truc que je comprends pas.
Pourquoi tu l'as pas buté plus tôt, cet enculé ? Pourquoi tu l'as pas massacré ?
Quand t'as su ce qu'il faisait faire à ta frangine, pourquoi t'as attendu ?
Oui, j'ai eu envie de le tuer ! Et je vous jure, c'est pas passé loin.
Seulement, voilà, Soraya, elle m'a supplié de pas le faire. Elle m'a dit
que si je faisais ça, on était foutus et qu'elle se tuerait elle aussi.
Tu t'es obéi ? Tu as trop travaillé au Hamam que c'est rien d'été.
Non, j'ai demandé à Mohamed de parler à Abdel.
C'est qui Mohamed ? Mohamed Ouedim ? Oui.
Je pensais que c'était un homme droit.
J'avais confiance en lui.
J'étais sûr qu'il pouvait dire à son sale autre cousin d'arrêter ça.
Et alors ? Il l'a fait ? Il l'a pas fait ? J'en sais rien.
Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont parlé dans le bureau.
J'ai pas entendu ce qu'ils disaient, mais en tout cas, ils ont gueulé très
fort.
Et ben voilà.
Dis-leur de me remettre ! Dis-leur, laissez-toi ! Par ici, monsieur Wedin !
Allez,
allez ! Monsieur Wedin, marier votre fille à un macro, ça ne vous dérangeait
pas ? Pour qui vous me prenez ? Bien sûr que j'avais décidé de ne plus lui donner
ma fille.
C'est même pour ça qu'on s'est disputé.
Il a dit comme il s'était endetté pour le mariage, je devais moi tenir ma
parole. Mais bien sûr, j'étais plus d'accord. Bon, ben voilà, tout s
'explique alors. Tout s'explique.
En prostituant Soraya, Abdel vous déshonorez, vous, votre fille et toute
votre famille.
En plus, vous apprenez qu'il est ruiné, le mariage est doublement compromis.
Bon, passe encore, simplement vous avez peur que le déshonneur jaillisse sur
vous. Alors vous supprimez votre cousin. Mais pourquoi vous dites ça ? Je ne suis
pas un assassin ! Après l'engueulade, vous rentrez chez vous. Et puis vous
retournez au hammam après que Bachir et Soraya soient partis. C'est pas vrai !
Je ne suis pas retourné au hammam ! J'étais resté dans mon garage à réparer
ma voiture ! Mais ça c'est vous qui le dites !
Ce que je dis, moi, c'est que vous avez parfaitement eu le temps de partir au
hamam et rentrer chez vous avant que votre fille revienne, c'est-à-dire aux
alentours de 22 heures.
Écoutez, amusez-vous bien, moi, je m'en vais. Oh, dis donc, ça va ? Non, allez,
ça va ? Mais je ne suis pas un assassin ! Oh, ça va maintenant !
Ah, patron, qu'est-ce qu
'on fait avec Soraya et Bachir ? Là, ça fait 24 heures qu'ils sont en garde à
vue, alors si on veut les garder...
Il faut prendre une décision. Il faut appeler le substitut. Mais à part le
vol, on n'a rien contre eux. Ils sont juste un peu clandestins aussi.
Bien, dans l'état actuel des choses, le vol prévaut sur la situation
clandestine. La sagesse voudrait que nous déférions.
Ça nous ménagerait une marge de garde à vue.
Vendu. Polo, vous les envoyez au RG pour un examen de situation.
Bon, allez, on y va.
Oui, bonsoir.
Bonsoir.
Et Maître Chotan ? Il n'a pas pu se libérer.
Oh ! Évidemment, un homme tel que lui doit avoir des obligations.
On peut dire que t'as une sacrée veine de le rencontrer.
Ouais, c'est sûr, c'est carrément miraculeux pour un pauvre flic dans mon
genre de pouvoir se taper un ténor du barreau.
Sans compter que ça en jette que tu balances ça dans un repas de famille.
Ah non, non.
Mais pourquoi tu parles comme ça ? Moi, tout ce que je vois, c'est qu'il t'aime
et qu'il te pousse à te dépasser. Ouais, ben ça doit marcher moyen parce que je
viens de louper mon concours pour l'école de commissaire.
C'est pas grave.
Tu réussiras la prochaine fois. Maman, il n'y aura pas de prochaine fois, je
laisse tomber.
Puis arrête de me courir avec Chotin, ça va.
On se voit une fois de temps en temps, c'est tout.
Je m'en sors très bien toute seule, je te remercie.
Tu m'écoutes, maman ? Mais naturellement que je t'écoute. Mais je comprends pas
pourquoi à chaque fois, tu t'acharnes à gâcher ta vie comme ça sur des coups de
tête.
Mais je gâche rien, je... Je choisis, c'est tout et je...
Ouais, laisse tomber. C'est pas grave.
Comment tu peux avoir envie de quitter un homme comme lui, aussi sensible et
intelligent ? Tu réalises le mal que tu vas lui faire comme ça pour un caprice
stupide ? Tu penses réellement à ce que tu viens de dire ? Oh, laisse tomber toi
aussi. À chaque fois, c'est pareil.
T'as que des reproches à la bouche.
Excusez-moi, je la prends et c'est moi qui paye.
C'est ça que tu veux, maman ? C'est ça que tu veux ? Alors vas-y, tiens.
Bois. Soupe-toi la gueule. Mais regarde ! Oui, quoi, regarde. J'en ai marre de
tes conneries. J'en ai marre de la vie. Merde, tu me fais vivre.
Fais-y, bois, ma chérie.
Excuse-moi, excuse-moi. Maman.
Maman.
Je suis pas responsable.
Où tu vas ?
J'ai décidé, je lâche mon job du soir.
Comme ça, je passerai plus de soirées, d'ailleurs, avec ma femme qu'avec mes
potes.
Et Mario, elle, va prendre la gérance d'un resto.
Si on voit le bout du tunnel... Dis donc, on a un tas de trucs à fêter ces
derniers temps.
Voilà.
Dis-moi, qu'est-ce que t'as depuis ce matin ? Tu fais la tête ou quoi ?
Polo... Stop, stop.
Nous deux, c'est formidable, on s'entend bien et tout, mais... Mais quoi ? Mais
ce que tu m'as dit tout à l'heure devant ton pote, là, que tu voulais refaire ta
vie avec moi.
Mais c'est vrai, mon amour ? Oui.
Mais aujourd'hui, j'en doute pas, mais... Tu vois, y a un truc qu'il faut
pas que t'oublies, jamais.
C'est que je fais le tapin depuis 10 ans.
Parce que le jour où on s'engueulera, le jour où tu m'enverras à la gueule tes
chemises mal repassées, bah, c'est comme ça.
Tu verras défiler tous les mecs que j'ai eus entre les cuisses.
Mais non, mon amour, jamais.
Je t'aime.
Tant mieux, parce que je crois que je pourrais pas le supporter.
Je... Bolo. Pardon de vous déranger.
Je crois que Berger a quelque chose à fêter, elle aussi.
Quoi ? Ma majorité.
Ah ben, santé. Allez. À la vôtre.
Tiens, fais-moi une place.
Sonia.
Salut, c'est Berger.
Santé. Hop. Allez.
Alors, bien dormi, Jean-Louis ? Si ça vous intéresse, vous n'avez qu'à
demander à Valon.
Ah, top, génial.
Bien.
Oui, entrez.
Dites donc, on a reçu ça du département Emato hier.
En fait, ils se sont rendus compte que ce n'était pas du tout du sang.
C'est du vernis à ongles.
Comment ça, du vernis à ongles ? Des débris de vernis à ongles, couleur
vermillon, une marque courante, plutôt bon marché.
Tenez, tout est là-dedans.
Bon, bah alors... Qui dit vernis à ongles dit femme ou jeune fille.
Bon alors, Soraya ou Naïma ? Non, Naïma est hors-jeu.
Jamais elle aurait pu transporter toute seule le corps de Chawaf.
Mais Soraya, oui, avec l'aide du frangin. Une minute.
Naïma a très bien pu faire ça en deux temps. D'abord, elle défonce le crâne de
Chawaf. Et ensuite, elle appelle Gilles pour lui demander un coup de main. Mais
Gilles était au resto à ce moment-là avec sa nouvelle copine. Ouais.
Et si c'est son père qu'elle avait appelé ?
Attends, j'ai reçu ce matin en arrivant les relevés de son portable.
Et elle a bien appelé un numéro à 21h03.
Ah oui, mais c'est Gilles. Oui, et ça on le sait, Berger.
Merde, je n'avais pas fait gaffe.
Quoi ? En fait, elle l'a rappelé à 21h37.
Pourquoi vous faites ça ? Mais qu'est-ce que vous lui voulez avoir dit ?
J'aimerais bien savoir ! Vous serez dans une minute, mais calmez-vous ! Non, mais
j'aimerais bien qu'on fasse des pâtes ! Hé, Trévot, amène-le ! Lâchez-moi, vous
! J'ai dit amène-le ! Lâchez-moi ! Je
connais au moins 15 filles qui achètent le même.
On en vend dans tous les supermarchés. Quand tu as frappé Abdel avec le
cendrier, il était 21h22.
On le sait parce qu'il venait de décrocher son téléphone et de composer
le numéro de ton père.
J'étais pas au hamam ce soir-là. Ok.
Après, vous avez rappelé à 21h37. Pour quelle raison ? Je voulais dire que c
'était un putain de bâtard de m'avoir abandonné comme ça.
Et surtout pour Céline. Bon, ça suffit Naïma, tu arrêtes ton cirque.
Même s'il t'avait réellement quitté, tu n'avais aucune raison de lui en vouloir.
Le problème, c'était ton mariage avec Abdel et tu le sais.
La seconde fois où vous avez appelé Gilles, c'était pour lui demander de
vous aider à transporter le corps d'Abdel. Voilà la vraie raison. De toute
façon, il était avec sa poufiasse. Ah, 21h37, à cette heure-là, il l'avait déjà
raccompagnée chez elle.
Mais puisque je vous dis que je venais de la larguer, pourquoi est-ce que j
'aurais été faire ça pour elle ? Simplement pour l'aider à transporter le
corps de M.
Chawaf, parce que toute seule, elle n'aurait jamais pu y parvenir.
N'importe quoi, vous me voyez traverser Paris pour aller jusqu'à la place Clichy
pour faire un truc pareil ? Ah, je ne savais pas que vous connaissiez l
'adresse du hammam.
Ça doit être Naïma, ouais, elle a dû m'en parler une fois ou deux, voilà.
Bien, dans ce cas, vous allez nous détailler avec minutie votre emploi du
temps à partir du moment où vous avez raccompagné votre amie Céline.
Je me suis baladé en scooter, il faisait beau, c'était vachement agréable de
rouler. Non, non, non.
On a dit avec minutie.
Eh ben j'ai roulé, c'est tout ce que je peux vous dire, j'ai roulé.
On n'arrivera à rien comme ça. Ils peuvent continuer éternellement à nier
avoir été au hammam, on ne pourra jamais prouver le contraire. Il faut leur
mettre encore la pression, il y en a bien un qui va craquer.
Si Naïma est balèze, moi je parie sur Gilles.
Bon, ok, mais on lui met la pression avec quoi, alors ? Il nous reste
néanmoins un atout. Dans la manche, avait-il conscience, oui ou non, du fait
que M. Chawaf était encore vivant lorsqu'ils ont tenté de maquiller le
meurtre en accident ? C'est quoi la combine, là ? Je comprends pas.
Non, ça ne m'étonne pas.
Mais le jeune Gilles, lui, comprendra. Il saisira la différence entre 2 et 20
ans de prison.
Tu vois, on n'est pas des salauds.
On s'est dit que tu pourrais l'embrasser une dernière fois, vu que tu n'auras
certainement plus l'occasion de se laisser les assises.
De quoi les assises, là ? Qu'est-ce que vous me racontez, là ? Je te raconte que
tu vas en prendre pour perpète.
À peine cinq ans, quoi.
Ta vie est quasi foutue.
Le lieutenant a raison.
Ce genre d'assassinat, en droit, ça s'appelle un meurtre avec préméditation.
Et c'est le pire des crimes.
Et si on ajoute à ça la façon particulièrement ignoble que vous avez
eue de tuer Abdel Chawaf...
Je doute que le jury nous accorde des circonstances atténuantes.
Je vous en prie.
Vous ne le savez peut-être pas, le jeune homme, l'agonie de votre victime a été
particulièrement douloureuse.
Il est probable qu'il a vécu des heures de martyr avant de rendre son dernier
souffle. Comment ça, des heures ? Je vous en prie, asseyez-vous.
Enlevez votre ceinture ainsi que vos lacets. J'ai moi-même dessiné ces lignes
sur le sol en suivant un plan très précis et en respectant scrupuleusement
les dimensions.
Les dimensions ? Quelles dimensions ? De votre cellule.
Imaginez que ces lignes soient des murs.
Les quatre murs de la cellule dans laquelle vous allez passer 25 ans.
Merde, j'ai tué personne, moi, là.
En êtes-vous si sûr ? Les lacets, s'il vous plaît, asseyez-vous.
Oui, en cellule, on ne peut rien garder.
Le problème, jeune homme, c'est que le cendrier n'a pas tué M.
Shawaf.
Cela étant, vous voilà complice d'assassinat.
Regardez bien ces lignes. Dites-moi si je me fais bien comprendre.
Ne leur dis rien ! Ils disent ça exprès pour te faire avouer, c'est tout ! Quand
vous êtes arrivés au Hammam, Naïma vous a dit que Abdel Shawaf était mort.
Mais c'est faux.
C'est votre mise en scène, particulièrement sordide et inhumaine,
qui a tué Abdel Shawaf.
Mais c'est pas vrai !
Vous pensez à la possibilité que votre fiancée Naïma vous avait menti et vous
avait croire que Monsieur Chawaf était déjà passé de vie à trépas parce qu'elle
savait très bien que vous n'accepteriez pas de vous rendre complice d'un tel
acte. Monsieur Chawaf étant déjà mort, vous n'y pouviez plus rien, alors vous l
'avez aidé. Vous êtes vraiment qu'un salaud ! Vous ne pouvez pas dire ça ! C
'est pas possible, Naïma.
Tu l'aimes, hein ?
Elle aussi, elle t'aime.
C'est vrai.
Simplement, c'est pour te faire entièrement confiance.
Tu me diras, dans ce genre de circonstances, ça se comprend ? Alors,
elle t'a menti.
Elle t'a menti parce qu'elle avait peur que t'assures pas.
Croyez-vous vraiment que Naïma viendra vous voir en parloir de la prison ? Au
début, peut-être.
Quelques mois.
Ensuite, elle se mariera avec quelqu'un de bien vivant.
Celui-là. Et puis, elle aura des enfants.
De nombreux enfants.
Et elle vous oubliera alors que vous croupirez entre ses quatre mères. Non !
C'est pas vrai, Naïma.
Dis-moi que c'est pas vrai.
Mais non, c'est pas vrai.
Il était mort.
J'ai tapé dessus avec un cendrier. Il est tombé par terre. Il ne bougeait
plus. Je te jure, Gilles, qu'il était mort. Je te le jure.
Qui a décidé de maquiller ce crime en suicide ? C'est moi.
Seulement parce que je pouvais pas le faire seule.
En arrivant au Hamam, je voulais pas le tuer, Abdel.
Je voulais seulement qu'il annule le mariage.
Et pourquoi il l'aurait fait ? Je lui ai menti.
Je lui ai dit que j'étais plus vierge.
Je voulais seulement qu'il annule le mariage et qu'il veuille plus moi.
Et puis il s'est énervé et il a voulu appeler mon père.
J'ai essayé de l'en empêcher mais il était trop fort pour moi.
Mon père ne m'aurait jamais pardonné.
En plus, ce n'était même pas vrai.
Qu'est-ce qui n'était pas vrai ? Je n'ai pas couché avec Gilles.
Je suis toujours vierge.
Taïma, courage ma fille.
Oui Antoine, c'est Jean-Louis, le père de Nat.
Attends, raccroche pas, qu'on se parle tous les deux.
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