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[musique saccadée]
[musique rythmée]
[musique saccadée]
[musique rythmée]
[musique saccadée]
[musique rythmée]
[le rythme de la musique s'intensifie]
[musique rythmée]
[musique saccadée]
[musique rythmée]
[martèlements des machines]
Hé, Trébois. Tu fais quoi dimanche ?
Rien. Je sais pas, pourquoi ?
Ça te dirait de camper avec moi et Gilbert ?
T'as pas vu le temps ?
Ça va s'arranger, les prévisions sont bonnes.
D'accord, merci.
[Trébois] C'est quoi ?
Lulu, on est pas sur une propriété privée ?
- C'est un cimetière. - C'est un monument. Tu sais pas lire ?
- On craint rien, le terrain est pépère. - Comme le temps.
Ça doit faire un drôle d'effet de se sentir tomber.
Fallait pas y monter.
C'est pas tout ça, mais le froid, ça creuse.
D'acc. À la soupe.
Hé, Trébois, tu viens ?
La visite est terminée.
[Gilbert] On serait pas aussi bien dans la grange ?
Mais non. Étends la paille, mets une couverture et on sera au poil.
- Ça va se lever. - Comme tu dis.
- C'était peut-être un as ? - Qui ça ?
Le type, l'aviateur.
Gilbert, où t'as mis l'alcool à brûler ?
Dans la poche droite de mon sac.
Ça devait être un type gonflé.
En attendant, gonfle le matelas.
- Comment on fait ? - T'as pas de pompe ?
Non, elle est crevée. Souffle dedans.
Quand on pense que toute la semaine, on se fait suer.
Et le dimanche…
Quoi, le dimanche ?
Faudrait quelque chose.
Si tu parles, il se gonflera pas.
[Gilbert] Le dimanche, il y a un tas de choses.
Il y a le cinéma, le bal. Il y a…
Il y a le camping.
Ouais…
C'est des distractions. Je parle pas de ça.
Bon, les gars.
On va s'acheter un yacht.
Mais non. Faudrait un truc chouette.
[Trébois] Oui, un truc chouette
qui ferait passer vite les six jours de boulot.
[martèlements des machines]
Alors, ça va ?
Je sais pas si c'est son camping, mais j'ai l'allant.
- C'est pas poli, Casty, de lire à table. - Fais pas l'œuf.
[Gilbert] On était dans un pré, en fait c'était un terrain d'aviation.
Seulement…
On s'en est aperçus en allant chercher de la paille.
Ça leur a plu le camping à tes copains ?
Tu parles, des campeurs à la manque. Le moindre coup de vent, ça se dégonfle.
Oh !
Trébois, comment s'appelait le gars du monument ?
- Alphonse Roche. - [Gilbert] Ouais, c'est ça.
C'est là qu'il s'est tué en tombant avec son avion.
- Alphonse Roche ? - Ouais.
Tu l'as connu ?
Si c'est celui que j'ai connu, il a pas de monument.
Un monument, faut pas exagérer. C'est une pierre grande comme ça.
- C'est dans la RAF que tu l'as connu ? - Non, non.
Ça doit faire un drôle d'effet de voir la Terre du haut d'un avion.
- Ça te dirait un baptême de l'air ? - Tu parles !
Tu viens dimanche, je t'emmène.
Dimanche ?
T'es pas marié, t'as pas d'enfants. Tu peux y aller.
T'exagères, il a 80 heures de vol.
Ça compte dans la vie d'un pilote.
J'en ai plus bavé sur les taxis du club
que toi avec tes missions spéciales.
Bien sûr, il en faut des pilotes du dimanche.
Amusez-vous bien. À lundi, peut-être.
Dimanche ou pas, en tout cas, moi, je vole.
- Bonjour. - Bonjour, maman.
[elle soupire]
On étouffait dans le métro.
T'as allumé sous la blanquette et la soupe ?
Elle était rudement bonne ta blanquette à midi.
- Je me suis régalé. - Tant mieux.
Demain, je prends mon baptême de l'air.
- C'est dangereux. - Mais non, voyons.
T'as ton compte cette semaine ?
Si t'y comprends quelque chose à leur feuille de paye.
Je serai entre de bonnes mains. C'est Casty qui pilote.
Ça coûte combien, ton baptême ?
Je sais pas combien. Quatre mille balles de l'heure.
Casty m'a dit qu'un baptême, c'est dix minutes.
Ça doit faire dans les 700 balles.
Tu veux te payer dix minutes de plaisir avec quatre heures de travail.
J'aimais encore mieux ton camping.
Pour 500 francs, t'avais passé deux jours au grand air.
J'irai pas chez le coiffeur ni au ciné.
Ça fait 250, 270.
T'auras plus que 500 balles à me filer.
Tu verrais Casty, c'est un drôle de gars.
Il lui faut encore 100 heures de vol pour passer moniteur.
Il peut pas les payer donc il fait des baptêmes.
Mets le dessous-de-plat que je brûle pas la toile cirée.
À plus de dix minutes, il faut vraiment en vouloir.
- Je lui souhaite. - Quoi ?
- Je souhaite qu'il y arrive. - Tu parles.
[mélodie enjouée]
- Très bien. - Et puis après ?
Après un poker comme celui-là, il n'y avait qu'un billard pour me calmer.
Tu aurais mieux fait de venir chez Gisèle.
- C'était bien ? - Oh oui !
On a eu droit à la rupture de Jean-Louis et Françoise
pour une querelle de cha-cha-cha.
Méry, c'est à côté !
Je te le montrerai vu du dessus comme tu le connais déjà d'en bas.
C'est normal que l'avion ne soit pas là ?
Une heure, c'est 60 minutes pas 55.
- [homme] Casty ! - Ouais.
Tu veux pas me donner un coup de main ?
Ouais, bien sûr.
Tu viens, toi.
[Casty] Allez, vous fatiguez pas.
J'y arrive pas.
Montez, je suis là pour ça.
Merci, Casty.
Coupé.
Coupé.
Essence ouverte.
C'est trop bête, j'avais oublié.
- Contact. - Contact.
[le moteur se met en marche]
Ces gars-là, ils payent 4 000 balles de l'heure ?
Un peu moins. L'avion est à eux.
À eux ?
[Casty] Oui.
C'est celui-là ?
Oui, mon gars !
- On peut y aller, M. Jacques Thuillaut ? - Bien sûr.
- C'est vous la victime ? - Ouais.
Vous avez pas de chance, il y a pas de vent.
Il fait un drôle de bruit à 2 400 tours.
Pourquoi le pousser à 2 400 ?
Faut pas confondre un avion avec une voiture de course. Grimpe.
Mets ton pied là.
Allez.
Pour le cas où vous auriez envie de partir en route.
On n'aime pas voir les clients partir sans payer.
On lui prendra que 1 000 francs.
Je peux pas, j'ai pas assez. J'ai que 700 francs.
Fais ton tour et on te mettra en prison. Ça te fera un souvenir.
Non, mais blague à part, j'ai pas assez.
T'en fais pas, 700 balles, ça ira bien.
- Perdons pas de temps. - Merci, c'est chouette.
- Ça y est ? - [Casty] Ça y est.
- Contact. - [Casty] Contact.
[le moteur se met en marche]
[musique enjouée]
Comment ça va ?
C'est marrant, on dirait que ça bouge pas.
Bon. Attends.
Alors, ça bouge ?
C'est la première fois que je vois un pont arriver si vite.
On peut faire mieux.
Regarde.
Comment tu te sens ?
C'est chouette.
[musique enjouée]
Tu reconnais Méry ?
- Non. - Bon.
Allons voir de plus près.
T'as vu, c'était Raf, non ?
[musique enjouée]
[la musique s'arrête]
- On t'a reconnu. - [Raf] Tu faisais du rase-mottes.
- C'est interdit. - Je voulais lui montrer.
- Alors, ce baptême ? - Formidable.
Quand on vire, l'impression que ça fait.
- Tiens, je savais pas. - [voix masculine] Hé, là-bas !
Ça va pas ?
Quand j'ai vu le coucou descendre comme ça,
j'ai pensé qu'il y avait besoin d'un coup de main.
Non, c'était rien. En tout cas, merci.
Vous avez de la chance de pas casser du bois.
Le terrain est dans un foutu état.
Qu'est-ce que tu fais là ?
J'ai voulu voir la plaque d'Alphonse Roche.
Monsieur Roche ?
J'étais son mécanicien pendant sept ans.
Depuis la Libération jusqu'à…
Jusqu'à ce qu'on le ramasse où il y a la pierre. Un accident idiot.
- C'était un bonhomme. - Un grand bonhomme.
- Vous l'avez connu ? - Oui.
Oui, avant la guerre.
Ça fait plaisir de revoir des gens de la partie. Mallaquin, je m'appelle.
Depuis l'accident, j'ai plus vu un zinc en bon état ni un pilote.
Il y a l'avion du patron qui est là, mais alors…
Il est pas beau à voir.
Je vais vous le montrer.
Le voilà, le Tigre.
Le patron l'avait touché au moment
où le gouvernement s'intéressait à la petite aviation.
Qu'est-ce qu'il était content, ce jour-là.
Le gouvernement s'est plus intéressé à l'aviation populaire.
Après l'accident du patron, on a rentré le zinc ici et on l'a laissé.
On a été d'accord avec Mme Roche pour pas laisser pourrir le moteur.
Surtout qu'il a presque rien. Une telle mécanique,
ça serait honteux de pas la soigner.
Pour le reste,
je fais ce que je peux.
Ça fait de la peine de remuer toutes ces choses.
Mais ça fait plaisir d'en parler.
C'est dommage quand même.
Dis donc, Trébois, faut qu'on se tire.
Attention au décollage. La bosse est vicieuse.
Je mets la gomme, la bosse fera tremplin.
C'est dans la forêt que tu veux te balader ?
Tu mets la gomme, tu roules, tu passes la bosse.
Tu prends de la vitesse avec un long palier.
Quand tu as les arbres dans le nez, tu tires sur le manche.
- T'es sûr ? - Il a raison.
[Mallaquin] On n'a jamais fait autrement.
Bon, allez, viens.
Bras serrés. Contact.
[le moteur se met en marche]
Il a plutôt l'air doué.
Ouais, c'est pas mal.
Aïe aïe.
Ça va se gâter.
- Le petit, c'est le fils d'une huile. - Et alors ?
Je t'en dis pas plus.
- Ça va plus ? - Quoi ?
Il y a pas d'excuse.
On te laissera plus faire les baptêmes.
Dix minutes, ce n'est pas 25.
J'ai perdu un quart d'heure, c'est idiot.
- Vous vous arrangerez avec mon père. - C'est la première fois.
Si tu payais tes heures, tu ferais plus attention.
- Vous me faites la charité ? - C'est pas moi, c'est eux.
Quand on peut pas voler, on va au cinéma.
Dites, hé.
Les révisions, les réparations, c'est de la charité ?
Quand je monte dans un zinc, j'ai pas les mains propres.
Casty, viens. On va faire le plein.
Le plein, il est fait.
- Jusque-là c'est plein, t'entends ? - Gueule pas comme ça. Tu as tort.
J'ai tort ?
J'ai tort d'être un esclave la semaine et un larbin le dimanche.
Dis à ton père que ce que j'ai gratté ici, ça t'a payé ton brevet.
À toi et à d'autres.
Je vais avec ceux qui ont tort. Tu viens ?
[femme] C'est toi, Jean ?
Ouais.
T'as vu ? Ils ont livré la télévision.
Ah bon ?
Je t'ai fait des tomates farcies.
J'ai préféré ne pas toucher au poste avant que tu viennes.
Qu'est-ce que tu as ?
Depuis le temps qu'on économise, ça ne te fait plus plaisir ?
Bien sûr que ça me fait plaisir.
C'était mon idéal. Maintenant, on a réussi.
55 heures de boulot par semaine, la télévision et les pantoufles.
- C'est toi qui l'as voulue. - J'ai rien voulu.
Après la guerre, j'étais plus capable de savoir ce que je voulais.
Maintenant, c'est foutu.
J'ai lâché l'aviation pour la télévision et les tomates farcies.
Parlons d'autres choses.
[musique enjouée]
Tu le danses musette ou dancing ?
Le tango et la valse, je le danse musette. Le paso, je le danse dancing.
Je faisais pas la différence.
Si, musette, c'est à petits pas. Dancing, c'est à grands pas.
Viens avec moi, je sais pas quoi lui dire.
- Je le connais pas. - Ça fait rien, c'est un chouette gars.
Bon. Je vais avec Trébois, son copain a eu un coup dur.
Il est vraiment sympathique.
- Tu me laisses la blonde. - Si tu veux.
[musique entraînante]
J'y tiens vraiment pas.
Je l'amène ici pour se distraire, il veut pas danser.
- Tu viens ? - Laisse-moi souffler un peu.
Je suis debout toute la semaine.
Ah bon ? Bon, bon, bon.
[brouhaha]
[musique entraînante]
Ça vaut pas un avion.
C'est la seule chose qui coûte 75 francs pour un après-midi.
C'est pas pour me moquer que je disais ça.
C'est à ce qu'on a le droit de faire après six jours de boulot.
Vous venez souvent ici ?
Presque tous les dimanches.
Où est-ce que vous travaillez ?
Dans une imprimerie. Chez Frazer, à Bagnolet.
Je suis brocheuse.
Ma vie, c'est pas un roman. C'est tout plein de romans.
Oui.
Quand j'étais petite, j'en imaginais tout le temps.
Je rêvais de ce qui pourrait se passer la guerre finie.
Je voulais avoir un grand fiancé qui conduirait un autobus
et qui m'emmènerait à la campagne avec les filles de ma classe.
Je voulais qu'il s'appelle Raymond.
Je voulais qu'il achète l'autobus pour venir me chercher
et plus tard, on aurait mis nos enfants dans l'autobus.
[musique entraînante]
Avant la guerre, c'était facile de voler.
Mon père m'a raconté l'histoire de l'aviation populaire.
Ceux qui aimaient ça pouvaient voler pour presque rien.
C'est vrai ?
J'aurais pu voler, moi.
On devrait remettre ça sur pied.
Il faudrait des types gonflés.
Des avions, des terrains.
Ça doit pouvoir se trouver.
Dans le fond,
il manque que des types gonflés.
- Tu cherches quoi ? - [Casty] Un type gonflé.
Tu t'imagines vraiment qu'un pilote de ligne
se fabrique avec 200 heures de vol sur les coucous d'un aéroclub ?
Il faut bien commencer par un bout.
J'admets que je vais voir Mme Roche,
qu'elle nous donne cet avion et que tu le répares…
Qui t'apprendra la théorie ?
Ça fait des années que j'étudie chez moi.
La trigo, les maths, la météo, l'aérodynamique, la mécanique…
Ça fait des années que j'en bave, que je dors six heures,
que je me salis les mains pour avoir le droit de voler dix minutes.
Je sais ce que ça veut dire dix minutes.
Je suis venu te demander… Si on arrive à faire voler le Tigre,
tu pourrais nous aider. Servir de moniteur.
Tu veux que je remplace une école de pilotage.
Avec tout ce que tu as appris, tu pourrais former des pilotes.
Ça servirait à quelque chose.
T'aimes voler. Si on fait ça, tu voleras.
Oui.
Rien ne prouve que Mme Roche nous donnera l'avion.
Tu peux lui demander.
Si on y arrive, on vous devra une fière chandelle.
Vous avez sauvé ce moteur.
On se refait pas, quand on aime la mécanique.
Vous serez notre mécano. Officiel.
Si mon mari était encore là, ça lui aurait fait plaisir.
- Je voudrais tant que vous réussissiez. - On réussira grâce à vous.
Ça sera comme avec le patron, vous pouvez compter sur moi.
Il va falloir s'accrocher. Il faut vérifier ce vilebrequin.
C'est possible qu'il en ait pris un coup.
- Faudrait revoir l'aliment'. - Demandons à Lemoine.
- Pourquoi Lemoine ? - Quoi ? Il a pas la scarlatine.
Les syndicats n'ont rien à voir là-dedans. C'est bien clair entre nous sur ce point.
Je pense pas à Lemoine en tant que syndicat.
Je le connais, c'est le seul à pouvoir nous aider.
J'ai compris, pas besoin d'un dessin.
T'as entendu, Victor ? Qu'est-ce que t'en penses ?
Je trouve ça marrant, leur histoire.
Je dis qu'ils sont dingues.
Je parle pas de ça.
Je parle des heures supplémentaires pour lui qui vient pas aux réunions.
La prochaine fois que t'as besoin, je suis là.
Apporte-moi ton vilebrequin. Va bouffer au lieu de raconter ta vie.
Le dimanche, je joue pas les guignols en miniature.
Je lance la gaule, j'ai rien de mieux à faire.
T'es chouette.
Quand tu reviendras au syndicat, ça sera pour une télévision sur ton vélo.
- Tiens, lis ça. - Merci, les gars.
Lemoine se charge du vilebrequin.
C'est quoi, cette histoire d'avion ?
On m'en a touché deux mots à la réunion de notre bureau.
C'est rien, Bellac.
On bricole sur un vieux taxi, c'est rien.
Les copains de Lemoine sont déjà au courant.
Si on peut vous donner un coup de main, ça me botte.
Je voudrais faire de l'avion.
Vous avez pas besoin de petites annonces. Voilà déjà un ajusteur.
Salut, les gars.
Salut.
Il m'est arrivé un drôle de truc.
Je marchais seul dans la rue,
puis je me suis aperçu que des drôles de types me suivaient.
Je les ai fait marcher jusqu'ici.
- Gilbert. - Bonjour, messieurs.
- Fernand. - C'est moi.
- Mounette. - Bonjour.
Et plein de bonne volonté.
C'est chouette, c'est pas le boulot qui manque.
On en a besoin.
On a prévu le coup, on campe ici.
Adrien, un pote du quartier, va venir avec tout le bazar.
On va bien se marrer.
Si on dit qu'on va se marrer, ça va être la débâcle.
J'ai amené la femme et les gosses pour qu'ils prennent l'air.
Venez par ici. Je vais te montrer un bel avion.
Bonjour.
Ça, alors. Je l'avais complètement oubliée, celle-là.
Bonjour.
Si je m'attendais à ça.
Vous n'êtes pas venue avec votre autobus.
Non.
Un jour, on pourra voler avec ça ?
C'est pas tout, mais on dirait qu'il y a à faire.
Allez, les filles. Vous vous occupez du pain et du déjeuner.
- Nous, on est à vos ordres. - Il faut nettoyer et vider le chantier.
On fera rien de sérieux avant que le hangar soit nickel.
Il fait beau. Ça va aller vite.
[musique enjouée]
[rires]
On a abattu du boulot.
Le feu au sang, ces gosses.
Le premier jour, bien sûr.
[Casty] Commence pas à les débiner.
Je me méfie de leur enthousiasme.
Ça risque de foutre la pagaïe.
- Si ça se répand, on sera bientôt 200. - Ça sera pas plus mal.
Faudra installer des dortoirs sur le terrain.
Si on s'organise pas, y a rien de fait.
Il faut transformer ce hangar en véritable atelier,
aménager la piste.
Il faut un plan de travail précis. Il y a des ailes à refaire.
Vous savez qu'il faut trois mois en s'y mettant tous les week-ends ?
- Vous allez tenir le coup à ce régime ? - Et toi ?
Ne vous énervez pas. Du temps de l'aviation populaire,
on distribuait à chacun le boulot qui lui convenait.
- Je vous garantis que ça marche. - Vous avez raison.
Chacun choisira le boulot qu'on lui confiera.
Celui à qui ça plaira pas, il aura affaire au père Mallaquin.
Et puis il sera méchant.
[brouhaha]
Alors, elle vole, la saucisse à roulettes ?
Bellac, ça va. Écrase.
[martèlements des machines]
Dites, il y aurait pas une place dans votre avion ?
Je voudrais voir ma belle-mère.
[tous] Oh, écrase !
[martèlements des machines]
- Ça va, Bellac ? - Monsieur le directeur, monsieur Davant.
Bonjour, Raynoud. Ça va ?
Bonjour, monsieur le directeur.
Et le Tigre ? Comment il va ?
Ça avance. Il nous manque pas mal de choses.
- Du matériel ? - Oui, une hélice et des bricoles.
Allez voir Aurrillats. Ben voyons !
Au parc de Mantes. Je vais lui donner un coup de fil.
Il vous fera des conditions.
- Ça nous arrangerait bien. Merci. - C'est tout naturel.
Nous travaillons ensemble. Votre histoire m'intéresse.
S'il y a quoi que ce soit, venez me voir. J'aime être au courant.
Bien.
Maintenant, tu mêles la direction à tes petites affaires ?
Tout le monde sauf nous.
J'ai pas été le chercher.
C'est pas moi qui aurais embarqué Lemoine.
Il est prêt, ton vilebrequin.
Vous étiez tellement pressés. J'ai dû bosser comme un perdu.
- Maintenant, il est au poil. - C'est chouette. Lemoine !
Tu peux prévenir ta femme que t'auras ton baptême de l'air.
- D'ici 15 jours et en première classe. - Je suis pas fou.
Trébois, tire la binette.
Encore. Là. Encore. Là.
[Jean] Là, encore. Stop !
- Bouge pas comme ça, nom d'un chien. - [Trébois] Je voudrais t'y voir.
[Jean] Reste comme ça.
J'ai fait café. Tout le monde en veut ?
[tous] Oui !
[Trébois] Un corps comme le mien, il faut le soutenir.
Un corps comme le sien. Une bouteille qui marche sur le goulot.
[Trébois] Non, mais tu m'insultes.
Bouge pas, bon Dieu.
[Jean] Je savais qu'avec eux, on serait jamais prêts.
[Jean] Bouge pas, Trébois ! J'ai pas fini de le fixer.
[Trébois] Ça y est ?
J'ai toujours pas bougé.
Alors, qu'est-ce qui se passe ?
Oh, les vaches.
♪Bon anniversaire Au chevalier de l'air♪
♪Bon anniversaire♪
Fallait pas faire ça.
Ben dis donc.
Avec la tête que tu fais, Jacqueline te fera plus de gâteau.
C'est la première fois qu'on me fait ça.
De quoi ? Des critiques ?
Personne ne veut de mon gâteau ?
Allez, souffle les bougies au moins.
Encore une. Allez, souffle.
Tiens, allez.
Doucement.
Comment on fait neuf parts égales ?
J'ai trouvé une roue et une hélice au prix de groupe.
- Comment t'as fait ? - J'ai parlé à un gars à moi.
- Tu le connaissais ? - Larcheron a téléphoné pour nous.
T'aurais pu me prévenir. J'aime pas que la direction soit mêlée.
On en discutera ce soir, chez moi. Il y a un pépin.
Ça coûte 30 000 francs.
Ça fait combien pour chacun ?
À nous et Casty, ça fait 4 000 francs.
Fernand et Victor, 3 000.
Les autres, ça fait 2 000 francs.
J'en connais que ça priverait pas beaucoup.
On a eu des conditions spéciales.
Une fois qu'on aura la roue et l'hélice, on pourra voler.
- [Casty] Sûrement pas dimanche prochain. - [Jean] Peut-être dans 15 jours.
Victor, réveille-toi. On est arrivés !
Pour toi, c'est 3 000 balles.
C'est pour me dire ça que tu me réveilles ?
On peut pas, il y a ta veste à payer.
T'as voulu qu'on l'achète, ça pouvait attendre.
T'avais l'air d'un clochard.
Jamais ton père t'aurait laissé sortir comme ça.
Ça m'intéresse pas d'être bien habillé.
Mon père m'aurait donné les deux sacs.
- Jacques ! - Parfaitement. Il aurait compris.
Tandis que toi, non.
Tu préfères que je reste à rien foutre avec une belle veste.
C'est pas pour faire des bêtises. Je fume pas, j'ai jamais bu.
Trois mois que je donne mes week-ends pour un truc chouette.
Si je donne pas ces deux sacs, je fous tout par terre.
Si j'avais su, je les aurais donnés sans t'en parler.
J'ai voulu être bon gars et te mettre dans le coup.
Me parle pas comme ça.
Je m'arrangerai.
Nous ne pouvons pas. Absolument pas.
Ils vont tous se cotiser, chacun d'après le barème.
Fabriquer cet avion le dimanche,
en prenant sur votre temps, ça vous fait prendre l'air.
Mais les 2 000 francs, on peut pas.
- Je gagne ma vie ! - Oui, ma petite.
Tu gagnes ta vie.
Mais tu n'as pas pensé ce qui se passerait si tu devais vivre seule.
C'est pas parce que j'achète du rouge à lèvres de temps en temps…
Ne fais pas l'enfant.
Tu es une fille d'ouvrier, tu sais que notre argent de poche ne suffit pas.
Tu diras ça à tes copains.
Va te coucher, fais pas ta mauvaise tête.
- [tout bas] Alors ? - [tout bas] Fiche-moi la paix.
[tout bas] Il y a jamais moyen d'être seule.
[tout bas] C'était pour ta fête.
[tout bas] Tant pis, je te l'offre un peu en avance.
[tout bas] Il doit y avoir le compte.
Et nous ?
Où on va les inventer, ces 4 000 francs ?
Il y a le terme, les traites.
On n'aurait jamais dû commander la télévision.
C'est toi qui dis ça ?
Si tu savais comme tu as changé.
Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai vieilli ?
Tu as tellement vieilli que depuis trois mois,
tu n'ouvres plus ton journal à table.
[brouhaha]
[Jean] Trébois.
Tu as placé le deuxième câble ?
Non, je l'aide à roder les soupapes.
Qui t'a dit de faire ça ?
Ici ou au câblage, c'est pareil.
Non, c'est pas pareil. On peut pas régler la profondeur.
On t'a mis au câblage, tu y restes ou va te promener.
On n'est pas aux pièces, je travaille.
Si, on est exactement comme aux pièces.
Si on est aux pièces, je vais au pré. Ça me détendra.
- [Casty] Lève, Gilbert. Nom d'un chien. - T'énerve pas, toi.
[mélodie lente]
[Gilbert] Elle est bat' à danser.
Tiens-la bien. Ça me donne des fourmis dans les jambes.
C'est pas un truc à faire, ça.
Non, pas question. Elle est à moi, celle-là.
[Adrien] Tu veux pas essayer ? Ça te calmera.
[Adrien] Elle danse rudement bien, Mounette.
Trébois !
Ça suffit comme ça.
♪On n'est pas là pour se faire engueuler♪
- Ça va pas finir en bal musette. - Y en a marre, viens m'aider.
Monsieur attend une invitation, non ?
Il y a longtemps que j'attendais ça.
[Mallaquin] On s'était pas engueulés, c'était pas normal.
Dites-vous bien que ce hangar en a entendu d'autres.
Allez-y, faut des coups de sang pour que ça marche.
Qui n'a pas rangé la clé de huit ?
On n'est pas à l'usine ici. Il faut de l'ordre et de la discipline.
Sans ça, cet avion, on l'aura jamais.
Tu vois ce que je veux dire ?
[rires]
[mélodie lente à la guitare]
Il fait drôlement bon, ce soir.
Qu'est-ce qu'il y a comme étoiles.
Ça doit être formidable de voler la nuit.
C'est le morceau que je sais le mieux.
[Fernand] Tu la connais celle-là ? Comment déjà ?
- [il sifflote] - Oui, attends.
C'est quelque chose comme ça.
- C'est "Le Rififi". - C'est ça.
Oui, c'est "Le Rififi".
[il joue "Le Rififi"]
[la musique s'arrête]
[il reprend]
[rires]
Il arrive pas à faire la soudure.
Forcément, c'est un riveteur.
♪On peut tout faire avec ses dix doigts♪
T'as pas une cigarette ?
♪Mais faut d'abord les sortir des poches♪
Dis donc, où t'as appris ça ?
♪C'est mon grand-père qui m'a dit ça♪
[tous] ♪On peut tout faire avec ses dix doigts♪
On est en forme, il faut faire la suite.
- [tous] Ouais ! - Vous y êtes ?
[il rejoue la musique]
♪T'en fais pas♪
♪Mon petit gars♪
♪T'en fais pas, mon petit gars♪
♪Dans la vie, défends-toi♪
♪Dans la vie, défends-toi♪
♪Si l'argent ne pousse pas♪
♪Si l'argent ne pousse pas♪
♪Si l'argent ne pousse pas…♪
♪Plante des lilas♪
[tous] ♪Plante des lilas♪
Il y a pas longtemps, j'étais plus bas que zéro, et là…
Me revoilà gonfler à bloc.
Il faudrait pas pousser fort pour que je m'envole.
Il y aura pas besoin de réparer l'avion.
Toute ma vie, je me souviendrai de ce bal.
- C'était un bal comme les autres. - J'ai pas connu les autres.
[Gilbert] Casty, amène-toi !
[tous] Venez voir !
Allez, on la chante ? Attention, messieurs, dames.
Vous y êtes ? Un, deux.
♪On peut tout faire avec ses dix doigts♪
♪Mais faut d'abord les sortir des poches♪
♪C'est mon grand-père qui m'a dit ça♪
♪On peut tout faire avec ses dix doigts♪
♪T'en fais pas, mon petit gars Dans la vie, défends-toi♪
♪Si l'argent ne pousse pas Plante des lilas♪
♪Siffle un petit air Compte jusqu'à trois♪
♪Quand on s'y met Le bonheur est proche♪
♪Soirs de misère et matins de joie♪
♪Il y a l'univers dans la main d'un gars♪
[rires et acclamations]
[musique grandiose]
[air de "Avec ses dix doigts"]
- T'envole pas loin qu'on te voie bien. - Je vais pas m'envoler.
- Comment ça ? - Je vais rouler seulement.
Histoire de voir si tout répond bien au sol.
Allez, raconte pas de salade.
Je comprends ce que vous voulez.
Vous savez qu'on a pas l'autorisation de vol.
Il est pas assuré.
Essaie un petit coup au-dessus du terrain.
On te fera signe.
Ça va être long, cette histoire de papiers ?
Tu sais, avec l'administration…
Vous risquez pas grand-chose.
Mais non, faut être sérieux.
Fais des sauts de puce, qu'on voie que ça marche.
[tous] Ouais !
Bon, je vous fais des sauts de puces.
[exclamations]
[musique enjouée]
- Coupé ? - [Jean] Coupé.
- Essence ouverte ? - [Jean] Essence ouverte.
- Manche au ventre ? - [Jean] Manche au ventre.
- Réduit ? - [Jean] Réduit.
- Contact ? - Contact.
- [Casty] Coupé ? - Coupé.
- Contact ? - Contact.
[le moteur se met en marche]
[musique rythmée]
- Regardez, j'ai une surprise. - C'est quoi ?
Des modèles pour l'insigne.
Un copain du bureau d'études les a dessinés.
- [Casty] Tu penses à tout. - On est un club.
Un aéroclub, faut un insigne.
- Je préfère celui-là. - L'autre fait plus important.
- Il faudrait un tigre. - Puis des initiales.
- Tiens, regarde. - [Trébois] C'est pour l'insigne.
T'en dis quoi ?
J'ai des choses à vous montrer.
Jacqueline s'est renseignée pour les formalités.
- Voilà. - Quelque chose tourne pas rond ?
Deux cent quatre-vingt-quatorze mille francs ! C'est pas possible.
Contrôle du moteur, inscription, extincteur, parachute.
- Pourquoi on a besoin de tout ça ? - Vous savez lire.
C'est imprimé.
C'est officiel, c'est comme ça. Ça coûte tant.
Il y a pas à discuter.
On a cru au père Noël.
On revient sur Terre sans parachutes. Ça fait mal, faut se faire une raison.
Un ouvrier, c'est pas fait pour voler. C'est fait pour bosser.
Vous avez compris ?
Voilà, Casty.
Ouais. Pas marrant tout ça.
- Ça va ? - Non, ça va pas.
- [on frappe] - Entrez.
Ça va, tu te bines pas le dimanche.
- Salut. - J'étais debout à 8 h.
Je devais préparer mes gaules. Quand j'ai vu ce temps…
Je me suis trouvé tout drôle.
C'est pas des romans policiers, ça ?
- Tu les as tous lus ? - Plutôt trois fois qu'une.
Bon.
Allez, raconte.
Le zinc, il vole, mais on peut pas s'en servir.
Il faut du fric qu'on trouvera jamais.
- Combien ? - C'est tout un cirque.
Il faut fonder un aéroclub, s'affilier à la fédération aéronautique,
faire vérifier le moteur, assurer l'avion, assurer les membres,
acheter des parachutes, des extincteurs…
Ça fait près de 300 000 balles.
On est foutus.
Tu sais ce que vous êtes tous ?
Des mômes.
Ça fait un moment que je vous vois faire.
Ça me faisait plaisir de voir une équipe comme la vôtre.
Gonflée pour un truc qui nous rappelle de beaux souvenirs.
Puis je me disais aussi qu'ils n'y arriveront pas.
Tu nous attendais au tournant. Tu te marrais, tu disais rien.
À part pour le vilebrequin, vous nous avez rien demandé.
Ça nous aurait avancés à quoi ?
T'as jamais entendu parler du comité d'entreprise ?
- Et alors ? - Et alors ?
Vous allez mettre sur papier le projet d'aéroclub. Tout.
Tous les détails. Présidence, secrétaire, tarif.
Nous, on va le soumettre au comité d'entreprise pour avoir une subvention.
Ça pourrait marcher ?
Marcher, je sais pas ? Mais voler, peut-être.
C'est comme un club de football.
Sauf que votre ballon a des ailes et on le gonfle à l'essence.
Tu sais ce que t'es ? Un pape !
- Non. - Quoi, non ? T'es dingue.
Je suis pas dingue.
Si on fait ça, l'aéroclub sera à ton syndicat.
T'es malade ? Où t'as vu ça ?
C'est même pas la peine de discuter.
C'est notre seule chance de voler !
Je la refuse.
Tu sais ce que t'as ? Avant la guerre, t'étais qu'un ouvrier.
Dans la RAF, ils t'ont fait bouffer des parapluies jamais digérés.
- T'es resté raide. - Ça va.
Dis que tu te dégonfles.
On volera sans toi.
- Tu as eu tort. - Tu connais pas ces gars-là.
Des grands sourires, un aéroclub, de l'argent. Bien sûr.
Après, ils te lâchent plus.
- On a eu assez de mal à être tranquille. - Tu peux pas faire ça.
C'est la première fois qu'on a des amis, des vrais.
Je me suis jamais aperçue s'ils étaient rouges ou verts.
Tu t'en mêles ? Laisse-moi tranquille.
Tu penses à la vie que j'ai ? Toujours toute seule.
Jamais j'aurais cru qu'un moteur donnerait tant de joie.
- J'ai pas peur d'être seul. - Oui.
Tu te crois supérieur aux autres, tu veux pas te mêler aux autres.
Je me sens pas différente des autres.
Je vais dire au président du conseil d'administration
qu'il s'agit d'ouvriers qui veulent piloter un avion,
il va me rire au nez. Il aura pas tort.
Comprenez-moi, nous qui avons certains moyens,
nous hésitons à laisser piloter nos enfants. Ça coûte cher.
La question n'est pas là.
Vous m'avez donné une idée.
La création d'un aéroclub qui portera le nom de l'usine.
Monsieur le président le parrainera.
Le général de Lussac ferait un secrétaire très représentatif.
Vous y aurez votre place.
Si des ouvriers en expriment le désir, ils pourront voler le dimanche.
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Ça sera pas possible. Notre avion…
Ne vous inquiétez pas pour l'avion.
Nous achèterons un ou deux appareils neufs.
Non, ça sera pas possible.
Vous savez ce que vous voulez ?
Mais monsieur…
Vous avez de l'ambition. Votre vie le prouve.
J'aime les hommes comme vous.
Quand ils atteignent des positions plus élevées, ils sont plus solides.
L'homme est fait pour la lutte.
Vous n'allez pas vous priver de voler
sous prétexte qu'ils vous ont aidés à rectifier un vilebrequin.
Voilà.
Ma proposition est toujours valable
et qu'il ne tient qu'à vous de voler le dimanche.
Merci, monsieur.
Au revoir, Raynoud.
Au revoir, monsieur.
[martèlements des machines]
Et Raf, tu l'as oublié ?
Je l'ai rayé. C'est un salaud.
- Quoi ? - Il veut pas être mêlé à nos affaires.
Quand il a su que tu présentais le projet, il nous a laissés.
Il a qu'à aller se faire teinter. On n'a pas besoin de lui.
Votre avion, vous pouvez le transformer en ventilateur.
J'y peux rien, il se dégonfle !
Écoute-moi, vous êtes tous bien gentils.
On peut pas prendre la responsabilité de mettre sur pied un aéroclub
avec juste toi qui sais à peine voler
et dix gars qui sont jamais allés plus haut que le rocher de Vincennes.
On va chercher un autre moniteur.
Il est pas question de ça.
Tes copains sont d'accord pour laisser tomber Raf ?
Ils savent pas encore qu'on marche plus ensemble.
J'ai idée que quand ils le sauront, ils marcheront plus non plus.
Il a une chose que t'as pas pigée, mon gars.
Votre histoire d'aéroclub populaire, ça a déjà existé.
- C'était il y a 20 ans. - Et alors ?
Vous êtes pas plus ballots que vos parents.
Seulement attention, ce genre de truc,
ça marche seulement quand tout le monde tire du même côté.
Allez, va gratter.
Tu reviendras quand tes histoires tiendront en l'air.
[martèlements des machines]
Rémunération brute, prime d'ancienneté, prime de rangement,
heures supplémentaires, analyses et transports, rappel,
moins dernier appoint, plus nouvel appoint.
Il faut une drôle de grosse tête pour comprendre ce qui est écrit là-dessus.
- Tu vas camper dimanche ? - Un peu qu'on y va.
Je peux venir avec vous ?
Toi et Gilbert m'avez laissé tomber pour aller jouer avec votre oiseau.
- Maintenant, j'ai une nouvelle équipe. - Ah bon.
Ce que j'en disais.
[martèlements des machines]
Salut.
Salut.
[musique mélancolique]
Qu'est-ce que tu fais là ?
Je voulais danser, ils veulent pas me laisser.
Ma parole, il est rond.
Allez, pousse pas.
Non, vous n'allez pas le ramener ici.
- J'ai eu du mal pour le faire sortir. - Il a fait quoi ?
Il s'est disputé avec des gens.
J'ai cru qu'il allait me démolir la baraque.
Il devrait pas boire comme ça.
[femme] Vous auriez de l'eau ?
Pourquoi t'as fait ça ?
Je veux pas être tout seul.
Je sais que j'ai une sale gueule. J'ai un gros nez.
C'est pour ça que les copains m'ont laissé tomber.
Si, si, si.
Et toi, Casty, qu'est-ce que t'as fait ?
Tu nous as fait devenir copains. Et puis pschtt.
Tu nous as tous balancés.
Toi, Casty, t'as tes avions.
Monique, elle a Casty.
Mais nous, qu'est-ce qu'on a ?
On a 18 ans, nous. On a le boulot. Les rivets.
Les rivets. On dirait des balles !
C'est tout ce qu'on a.
Dis, Casty.
On ira à Méry dimanche ? Je veux voler.
- Tu sais bien qu'on peut pas. - J'ai le droit, moi !
J'ai tout donné pour le Tigre.
J'ai fait pleurer ma mère pour le Tigre.
On va te raccompagner à la maison. Allez.
Prenez pas cette peine. J'ai pas besoin de vous.
Même de travers, j'aime mieux y aller seul.
- Allez, viens. Fais pas l'idiot. - Allez, viens.
Dis, ça va, l'hypocrite.
Fais semblant de t'occuper de moi pour ma mère.
Allons, tiens-toi tranquille. Calme-toi.
Couche-toi, mon petit. Couche-toi.
Je l'ai jamais vu dans cet état.
- Il boit jamais. - Je sais bien.
C'est encore un gosse.
Quand il a fait ses 50 heures à l'usine, il en peut plus.
Il était si heureux ces derniers mois.
C'est fini, l'avion.
Il y a plus d'avion.
Je pourrai plus jouer de la guitare.
Pour faire de la musique, faut pas être abandonné.
- Faut qu'on vous écoute. - Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
Rien, madame. On a eu des ennuis avec l'avion.
On s'est heurté à de trop gros problèmes.
Pas vraiment, il s'est dégonflé.
Je crois qu'il va dormir.
Excusez-nous, il est tard. Il faut qu'on s'en aille.
Je vous ai pas fait asseoir.
Ça fait rien. Au revoir, madame Trébois.
Au revoir, mes enfants.
Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
J'ai voulu vivre, travailler et faire ce qui me plaisait.
Je me suis pas souvenu que c'était interdit.
C'est ça, ma faute ?
Non.
Seulement…
Pourquoi ils sont tous contre moi ?
Je sais pas bien le dire.
Puis, c'est pas à moi de vous dire ça.
Pourquoi ?
Vous êtes plus vieux que moi.
C'est vrai. On n'aime pas recevoir les conseils des plus jeunes.
Dites toujours.
Tout le courage que vous avez eu pour l'avion,
vous devez l'avoir pour qu'il puisse voler.
C'était pas mon courage à moi seul. C'était notre courage à tous.
Justement. Vous devez aller voir Raf.
Ça, jamais !
Je vais pas m'humilier à faire le premier pas.
Avec des gars comme ça, il y a rien à faire.
Ils sont enfermés dans leurs idées.
Vous ne pouvez pas me décevoir.
[musique douce]
- Bonjour, M. Mallaquin. - Bonjour.
Bonjour.
Il serait bon de faire quelques tours au moulin.
C'est déjà fait.
Je voulais montrer à Monique comment c'était un poste de pilotage.
Non.
Qu'est-ce que vous avez ?
Moi, j'ai rien. Il faut plus toucher à l'avion.
[Casty] Hein ?
Hé…
Pour y toucher, faut que j'en parle à Mme Roche.
- Qu'est-ce qui se passe ? - Vous savez pas mieux que moi ?
J'ai reçu une lettre de Raynoud.
Voilà.
Il me remercie pour ce que j'ai fait.
"Et je tiens à vous dire
"que je décline toute responsabilité vis-à-vis de Mme Roche
"pour le cas où quelques-uns de ceux qui ont participé à notre travail
"essaieraient de se servir de l'avion."
Salaud ! J'aurais jamais cru ça de lui.
Dis pas n'importe quoi.
Raf est un type correct. Je le connais, ça lui coûte plus qu'à toi de pas voler.
Il a voulu mettre les choses au point.
Vous avez plus rien à faire ici.
[coups métalliques]
Monsieur Mallaquin.
Quoi ?
La lettre.
Si vous la montrez à Mme Roche, elle aura plus confiance en vous.
C'est pas à moi qu'il faut dire ça.
Si vous attendiez un peu avant de la lui montrer…
Je suis sûre que ça peut s'arranger.
De toute façon, je pourrai pas la voir avant la semaine prochaine.
Merci.
Qu'est-ce que tu fais là ?
J'ai été un imbécile.
J'ai cru que t'étais un salaud, mais j'ai compris.
Si toi et moi, on tire pas du même côté,
le Tigre, on pourra le mettre au musée.
Et puis après ?
Après ? Je suis venu te parler.
Toi et tes copains vous occupiez de votre syndicat, nous du nôtre
pour qu'ils présentent ensemble notre projet au comité d'entreprise.
Qu'est-ce que t'as à dire ?
C'est la première fois qu'on verrait Bellac et Lemoine se parler.
- On peut les obliger. - Tu penses qu'on y arrivera ?
Et les copains, à quoi ça sert ?
On a vu de la lumière, on a pas voulu vous laisser seuls.
Ouais, vous vous engueulez.
- Nous, on s'ennuie. - On sait plus quoi faire le dimanche.
Vous savez ce qu'on nous dira ?
Voler, c'est pas pour nous. On a qu'à faire de la bicyclette.
- Si on aime pas ça ? - On est libres de choisir.
- C'est vrai. - J'ai pas mon équilibre en vélo.
Arrêtez, vous allez me faire fléchir.
C'est pour ça qu'on est là.
[Casty] Tu vois, Raf,
on est déjà une dizaine. Il faut pas pousser beaucoup pour être 40.
Il faudra être plus que ça pour qu'on nous prenne au sérieux.
Si on faisait une circulaire explicative ?
[Fernand] T'as déjà vu des circulaires explicatives ?
Faudrait faire une grande réunion.
[Victor] C'est pas une qu'il faudrait, mais 100.
Les gars, j'ai trouvé !
On va faire une kermesse avec un vrai bal, des attractions.
On fera venir 2 000 gars. Enfin beaucoup de monde.
On va leur donner un baptême de l'air. Ils en redemanderont.
Posez pas de question, faites-moi confiance.
Tout le monde aura envie de voler. On tiendra le bon bout.
C'est pas tôt pour fêter la victoire ?
On s'est retrouvés. Ça vaut bien une bouteille de Mousseux.
Il faut bien boire au baptême de l'air de Lemoine et Bellac.
[musique festive]
Essence ouverte. Manche au ventre.
Réduit. Contact.
Moteur.
Portez !
[musique festive]
Coupez.
[la musique continue]
- Bellac ! On s'inquiétait déjà. - J'avais promis.
Tu comprends, c'était pour ton baptême de l'air.
Viens par là.
[musique festive]
Coupez.
[la musique continue]
Alors, ça t'a plu ?
C'est pas fini. Passe par ici.
- Tiens, t'es là, toi. - Pourquoi j'y serais pas ?
Tu connais ma femme ?
- Monsieur. - Madame.
- C'est quoi ? - C'est merveilleux.
Ils donnent des cartes. Quand l'aéroclub marchera,
on aura droit à un vrai baptême de l'air.
Si je comprends bien, ils nous ont attirés pour nous embringuer dans leur aéroclub.
Oui, ils nous ont eus.
T'as pris une carte ?
Il a bien fallu.
[Bellac] J'y ai pas le droit ?
Bien sûr. Membre fondateur.
Comme M. Lemoine.
J'ai l'impression que maintenant,
il va falloir s'en occuper sérieusement, de leur fameux aéroclub.
Personnellement, j'ai jamais été hostile à la création d'un aéroclub.
Mais on ne peut pas s'engager à la légère, sans garantie sérieuse.
Un aéroclub, ça nécessite des spécialistes,
des instructeurs, des gens qualifiés.
Il est inutile de vous dire qui est Jean Raynoud.
Ni de vous rappeler ses états de service dans la RAF
qui sont pour nous plus qu'une garantie quant à sa compétence.
Ah, Raynoud.
[homme] Cet avion accidenté qu'ils ont réparé, c'est sérieux ?
J'ai un projet de police d'assurance établie après contrôle de l'appareil.
Nous devrions envisager des solutions plus conformes
aux intérêts dont le comité assure la gestion.
Je ne vois pas de meilleures solutions que d'aider le personnel
à pratiquer un sport pour lequel ils ont une véritable passion.
Ils l'ont bien prouvé.
Elle coûte cher, leur passion.
- C'est dangereux. - Pas plus que le foot.
Conformément à la loi,
le comité d'entreprise sera représenté au sein de l'aéroclub.
Mais qui fait partie de ce club ?
Présidente d'honneur : Mme veuve Roche.
Président et moniteur : Jean Raynoud.
Secrétaire général : René Casty.
Responsable technique : l'ingénieur Davant.
Je considère qu'ils présentent
toutes les garanties morales et techniques requises.
On peut leur faire confiance.
La liste des membres déjà inscrits
se monte à 32 parmi le personnel de l'usine.
- [homme] On peut passer au vote. - Eh oui.
Bon.
Bon, bon, bon.
[exclamations]
[brouhaha]
[le moteur se met en marche]
[musique rythmée]
Monte les repères !
Garde bien ta pente horizontale.
Attention, Trébois.
Je te passe les commandes.
[musique rythmée]
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