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Berkenzi, je n'ai jamais entendu parler de vous.
En tout cas, elle n'a pas que des admirateurs. Ah oui, ça ne s'est pas
dit. Tenez là.
Monsieur le substitut.
Commandant. Clivia Berkenzi, artiste lyrique.
Mais c'était même franchement une diva. C'est le régisseur qui a trouvé son
corps dans la salle de spectacle.
Oh, Mimi.
La bohème.
Elle a été une Mimi absolument remarquable. Quant à son interprétation
du trouvert, en 75 à Garnier, ce fut un véritable enchantement.
Elle doit donner une suite de récital ici-même.
Plus que sa notoriété va au-delà des aficionados, attendez-vous à voir les
médias sur les fesses.
Très bien, souhaitez-nous bonne chance, monsieur le substitut.
On y va.
Pour une scène de crime, c'est une scène de crime.
La victime est allongée sur la scène à environ 1m20 du pied d'un piano.
Demi-queue, la tête orientée, jardin.
Pas d'équimause, pas de traces de violence, pas de traces de lutte, ni de
réflexe de défense, ni de protection, pas de traces de violence sexuelle
apparente. La victime porte une robe en satin, perforation par un projectile d
'arme à feu.
vraisemblablement de petits calibres au niveau de la poitrine. Traces de
suppulvérulence tout autour de la plaie, ce qui indique un tir à bout touchant.
Visiblement, elle ne s'est pas débattue.
La rigidité cadavérique indique une mort aux alentours d'hier au soir.
Traces de rimel autour des yeux sur le haut des pommettes.
Ainsi que sur un petit mouchoir.
en dentelle, ce qui semble indiquer que la victime a pleuré avant le meurtre.
Elle n'était pas en train de répéter, elle attendait peut-être quelqu'un, peut
-être son assassin.
Boucle de cheveux de couleur identique à celle de la victime.
Attention, scoop.
Légit a récupéré cette douille près du corps, mais bien sûr, avant notre
arrivée. 22.
Bon, il y avait des partitions, ces papiers, 1000 balles en liquide, on n'a
pas buté pour la voler.
Peut-être pas pour la voler elle.
Je viens d'au-dessus, le bureau de Edouard Lécuyer, le propriétaire du
théâtre, est complètement mis à sac. C'est énorme.
Apparemment, on n'a pas touché au coffre.
J'ai jeté un œil avant que vous arriviez.
Et sauf pour les papiers, rien n'a l'air de manquer.
Et qu'est-ce qu'il y avait dans ces papiers qu'il n'y a pas dans ceux-là ?
Alors là... Enfin, si vous voulez mon avis, c'est Brigitte, l'ex-femme de M.
Lécuyer, qui a dû faire ça.
Elle est passée hier vers 19h et je les ai entendus s'engueuler.
Quel était le sujet de cette dispute ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est
que M. Lecuyer a fini par l'acheter dehors et il avait un rendez-vous à l
'extérieur avec le responsable des travaux.
Des travaux ? Et quel genre de travaux ? Il a l'air en parfait état, ce théâtre.
Oui.
Je vous ai posé une question.
C'est que Mme Berkenzi a exigé qu'on fasse des aménagements concernant l
'acoustique de la scène.
Elle aurait refusé de chanter ici si on n'avait rien fait.
Et ça arrive souvent que les artistes aient ce genre d'exigence ? Écoutez, ça
reste entre nous, mais la Berkenzi était une véritable calamité.
Un caprice à la minute, toujours plus délirante que le précédent.
Je pense que même M.
Lécuyer en avait assez.
Et pourtant, c'est pas seulement le propriétaire du théâtre, c'était aussi
son compagnon depuis plusieurs années.
Dites-moi, vous savez ce que Mme Berkenzi venait faire ici hier soir ?
Non. Elle m'a demandé de voir monsieur l'écuyer tout de suite. Elle a décidé de
l'attendre.
Jean-Baptiste Monnier vient d'arriver. C'est le pianiste de Berkenzi.
Quand il a su ce qu'il était arrivé, il a tourné de l'œil.
Bienvenue au théâtre.
Voilà.
Alors, monsieur Monnier ?
J'avais rendez-vous avec Olivia ce matin.
On devait essayer d'un nouveau piano pour le récital.
Et vous l'avez vu hier ? Nous avons répété chez elle toute la journée.
Olivia Berkenzi et Monsieur Lécuyer vivaient ensemble ? Oui.
Ça doit être épouvantable pour lui, perdre Olivia comme ça.
C'est épouvantable pour moi aussi, vous savez.
J'avais à peine 25 ans quand je l'ai rencontré.
Dix ans que nous travaillons ensemble.
Je ne comprends pas comment quelqu'un a pu faire une chose aussi monstrueuse.
Vous n'en faites pas, monsieur. On va trouver.
On vient d'avoir l'écu au téléphone.
Il est rentré chez lui, il n'a trouvé personne.
Il a téléphoné ici pour savoir où se trouvait Olivia Berkenzi.
Je lui ai dit de nous attendre.
On y va ?
Quatre pognoles crevées sur une bagnole pareille, je préfère même pas imaginer
le pognon que ça coûte, moi.
Elle appartient au patron du théâtre.
Ok, je note l'adresse. Apparemment, ses moyens financiers ont l'air de dépasser
largement vos capacités d'imagination.
Eh, dites donc, je vais m'absenter quelques instants, là. Vous êtes gentils
de pas polluer la surface du véhicule avec vos traces perso, ok ? Pour qui se
prennent ces petits cons de la scientifique, là ? Du nouveau ? Non,
non, c'est le sujet de mon frère.
Alors, tu l'as retrouvé ? J'ai rencontré le dernier couple.
Il s'en est occupé.
Apparemment, ce n'était pas un gosse facile.
Il leur amenait une vie d'enfer. Il s'est tiré à 17 ans.
Il s'appelle Maxime-Henri.
Maxime-Henri.
Ils le croisaient il y a deux ans par hasard dans un garage.
Le mari m'a appelé pour me donner l'adresse.
C'est Porte de Charenton.
Ah oui ? C'est marrant, ça.
J'ai fait la révision de ma bagnole dans un garage Porte de Charenton pendant
cinq ans.
Tu veux voir l'adresse ?
C'est pas celui-là.
Excuse-moi, hein.
Et
dire
que la dernière fois que nous nous sommes vus, nous nous sommes querellés
comme des chiffonniers, c'est horrible.
Comment ai-je pu faire une chose pareille ? Vous ne pouviez pas savoir,
monsieur le cuiller.
Cette dispute, c'était à quel sujet ? Olivia a toujours eu le trac.
Mais cette fois, c'était au-delà de la simple appréhension.
Plus nous approchions de la première, plus son angoisse prenait des
proportions extravagantes.
J'ai répondu à toutes ses exigences, toutes.
Alors quand elle a voulu décaler les dates à quelques jours de la première, c
'était évidemment impossible.
Mais elle ne voulait rien entendre.
Elle a menacé de ne pas chanter. J'ai voulu la mettre face à ses
responsabilités. J'ai décidé de ne plus la voir jusqu'au soir de la première
représentation. J'espérais que Jean-Baptiste Monnier, son pianiste,
saurait la calmer, moi. Vous n'avez plus la force.
Vous connaissiez Mme Bercanzi depuis combien de temps ? Depuis cinq ans.
C'est mon ex-femme qui nous a présenté. Elle a été le professeur de chant d
'Olivia pendant de nombreuses années.
Vous voulez parler de Brigitte Lécuyer ? Sauf que votre régisseur nous a dit que
vous aviez eu avec elle une violente altercation hier soir. Il s'est passé
quoi exactement ?
Brigitte me harcelait depuis plusieurs jours pour une sordide histoire de
pension alimentaire.
La pension alimentaire, c'était sa dernière trouvaille.
En fait, Brigitte n'a jamais supporté notre divorce. Et encore moins que je
vive avec Olivia. Enfin bref, hier matin, elle est venue ici et nous a
menacé d'une arme, Olivia et moi.
Une arme ? Quel genre d'arme ? Un pistolet.
Pauvre Brigitte, elle n'a jamais su utiliser que son sèche-cheveux. Et
encore, alors vous imaginez un pistolet. Je n'ai eu aucun mal à la désarmer, à la
jeter dehors.
Vous voulez dire que ce pistolet est encore ici ?
Attendez. Permettez.
Là ? Ici ? En dessous.
Votre régisseur nous a également dit qu'elle était repassée au théâtre vers
19h. Elle est venue, c'est exact.
Sauf que cette fois, elle n'était pas armée, mais complètement ivre.
Il a fallu que je la jette dehors, une seconde fois.
Et après cette dispute, vous avez fait quoi ?
Je suis allé voir l'entrepreneur, chargé des travaux acoustiques pour lui régler
sa facture.
Je suis repassé au théâtre vers 20h pour récupérer ma voiture. Ce n'est que là
que j'ai vu les quatre pneus crever.
Et c'est là que vous êtes entré au théâtre ? Non.
J'étais épuisé. J'avais décidé d'aller dormir chez un ami.
Je suis allé à pied, j'avais besoin d'air.
Excusez-moi, mais il y a quelque chose que je ne comprends pas bien.
Madame Berkenzi voulait vous voir.
Pourquoi elle ne vous a pas téléphoné ? Elle m'a appelé, mais j'avais débranché
mon portable.
Je n'ai pris son message que ce matin. Elle voulait que je la rejoigne au
théâtre. Elle voulait me parler.
Le pire, c'est que même si j'avais eu ce message, je ne serais pas venu.
Olivia, morte.
Oui, refroidie.
Sur la scène du théâtre de votre mari.
Abattue à l'aide d'un calibre 22.
Dieu soit loué.
C'est un peu moins romantique que dans la traviata, mais Olivier avait une
santé de fer.
Il n'y a que le résultat qui compte.
Madame Lecuyer, nous avons retrouvé chez vous des munitions de calibre 22.
Et au dire de votre ex-mari, nous connaissons les menaces que vous lui
avez proférées. Alors, ne serait-il pas mieux de nous dire la vérité tout de
suite ? Ce salaud avait suspendu les versements de ma pension alimentaire.
Les frasques de sa diva allaient le mettre sur la paille.
Mais c'est pas mon problème.
Il me doit cet argent.
Bien. Et cet argent, vous pensiez le retrouver au théâtre ? Oui.
Enfin... Je voulais trouver les relevés de comptes d'Edouard pour les montrer à
un avocat.
J'étais folle de rage.
Dans la cour, j'ai d'abord crevé les pneus de la voiture.
Et puis arrivé dans le bureau, j'ai tout saccagé.
Je dois dire qu'en rentrant chez moi, j'étais soulagée.
Ça peut durer longtemps.
Vous retournez au théâtre.
Avec le pétard, tomber sur la Castafior et vous la buter.
Comment voulez-vous que je retourne avec mon pétard, comme vous dites ? Puisqu
'Edouard me l'avait confisqué.
De retour chez moi, je n'avais plus qu'à finir ce que j'avais commencé le matin
même. Une bouteille de whisky acheté en promotion.
44 francs 95.
Oubliez Edouard et la Castafior.
Ça ne se refuse pas, non ?
Bien, un grandissement réalisé grâce à un microscope à balayage électronique
des cheveux retrouvés sur la scène. L'angle de coupe ainsi que la morsure
des lames nous invitent à penser qu'on a dû se servir d'une paire de petits
ciseaux, genre ciseaux à ongles. Ce crime est un acte fétichiste commis par
un admirateur submergé d'une bouffée délirante.
Moi, le malade mentel qui débarque dans un théâtre ni vu ni connu, qui tombe
comme par hasard sur son idole, la bute, il coupe les cheveux et se casse
incognito. Je crois pas beaucoup.
T'as une autre idée ? Oui.
Brigitte Écuyer.
Elle déteste son ex-mari, elle hait la chanteuse, elle était au théâtre avant
le crime, elle a une arme du même calibre. Bon, ça fait beaucoup, ça, non
? Oui, moi, je trouve que ça fait carrément trop. Les pneus crevés, le
bureau ravagé, l'engueulade avec témoin. Non, mais il faudrait quand même être
idiot pour tuer Berkenzi après tout ça. Et puis, il y a l'histoire de l'arme
dans le tiroir de l'Écuyer. T'en fais quoi ? Justement, avant de vivre avec...
Comment... Berkenzi ? Ber...
Voilà,
avant de vivre avec elle, l'écuyer a partagé le même appartement avec son ex
-femme. J'ai vérifié. Alors si elle a gardé le double des clés, elle a pu
faire un aller-retour avant et après le meurtre.
Et quid de la mèche de cheveux ? Peut-être le capitaine Moreau,
fraîchement revenu à la crime après ses déboires conjugaux, et donc forcément en
pleine forme, a-t-il un avis sur la question ? À propos du meurtrier ? Oui,
de préférence, oui.
Moi, je pense pas que Jean-Louis, sur un coup de sang, peut faire n'importe quoi.
Elle a très bien pu accumuler les indices destinés à l'accusé pour nous
faire croire justement qu'il ne pouvait pas s'agir d'elle.
Bon.
Et Edouard, l'écuyer ? Il avait aucune raison financière à ce que Olivia
disparaisse, mais leur dispute cache peut-être quelque chose de plus grave.
Ce qui est sûr, c'est qu'elle l'a appelée à 19h45, le jour du meurtre.
J'ai fait la remontée d'appel.
Ce qui réduit la fourchette de l'heure de la mort aux alentours de 20h.
Il faudrait savoir ce qu'il y avait sur le message de son portable.
Parce qu'imaginons qu'elle ait décidé d'interrompre les représentations, alors
il se précipite au théâtre foudrage avec le 22 de Brigitte et il la tue.
Sauf qu'il y a aussi le cas Monnier.
Celui-ci nous dit quand même qu'il a passé toute la journée à répéter chez la
Berkenzi.
Or les voisins sont formels et n'ont rien entendu de la journée, jour du
meurtre.
Et on peut lui faire confiance à ce voisin.
C'est un fan.
C'était un secret entre nous.
Par respect pour sa mémoire, j'ai préféré ne pas vous en parler.
Cela dit, je ne vois pas quelle importance cela peut avoir pour vous.
Laissez-moi apprécier ce qui est important et ce qui n'est pas important,
d'accord ? Vous, contentez-vous de répondre aux questions que vous posez,
ok ? C'est vrai.
Nous n'avons pas répété ce jour-là.
Olivia était épuisée et ses problèmes avec Edouard n'arrangeaient rien.
Elle préférait ne pas trop forcer sur sa voix.
Et elle avait raison.
C'est souvent comme ça que les accidents arrivent.
Plusieurs personnes nous ont avoué que Mme Berkenzi avait un caractère
difficile.
Comment ça se passait avec vous ? Je ne sais pas si vous imaginez la pression
énorme qui pesait sur ses épaules.
Olivia était une cantatrice de réputation internationale.
Elle faisait l'admiration de millions de mélomanes.
Attendez. Je vous ai demandé si elle faisait chier autant qu'elle faisait
chier les autres. Je n'étais pas seulement son pianiste.
J'étais aussi son confident depuis dix ans.
C'est vrai qu'elle pouvait être odieuse avec son entourage, et avec moi encore
plus qu'avec les autres.
J'étais un peu comme un paratonnerre qui servait à la décharger de toutes ses
angoisses, de toutes ses peurs.
Personne ne m'obligeait à rester auprès d'elle.
Je le faisais en connaissance de cause, parce que je mettais son talent au
-dessus de tout le reste.
Et est-ce qu'elle vous a fait part de la petite visite matinale de Brigitte
Lécuyer à l'appartement ? Ah mon Dieu, oui.
Cette femme est folie alliée.
Il a fallu qu'Olivia me colle cette arme dans les mains pour que j'arrive à
croire qu'elle ait pu faire une chose pareille.
Ce qui expliquera la présence de vos emprunts là-dessus, c'est ça ? Mais tu
ne souhaitais pas qu'on moignait.
Pouvez-vous nous parler de votre dernière journée avec Olivia ? Nous
sommes restés la matinée chez elle à papoter de choses et d'autres.
Puis nous sommes descendus vers 13h pour déjeuner dans notre restaurant habituel
en bas de chez Olivia.
Nous sommes remontés vers 15h.
Elle a fait une sieste et moi j'ai lu.
Vous êtes quitté à quelle heure ?
Olivia a dû appeler Edouard vers 19h.
Le régisseur lui a dit qu'Edouard repasserait certainement au théâtre,
mais il ne savait pas quand.
Elle voulait absolument lui parler.
Elle est donc allée l'attendre là-bas.
Moi, je suis resté pour prévenir Edouard au cas où il passerait.
Mais comme il n'est pas venu, je suis allé retrouver vers 21h30 des amis dans
un bar, le Mescal. C'était quoi cette chose si urgente dont elle voulait lui
parler ? Aucune idée.
Il y a 30 secondes, tu nous as dit qu'elle passait son temps à te raconter
sa vie.
Si vous voulez mon avis, je pense qu'elle avait décidé de se réconcilier
avec Edouard.
Olivia était très impulsive.
Dès qu'elle a senti qu'il était temps qu'il cesse leur querelle, elle a voulu
lui en parler.
Immédiatement. Il n'était pas question d'attendre, ne fut-ce qu'une heure.
Vous savez, entre Olivia et Edouard, c'était une réelle passion. Mais oui, c
'est ça, bien sûr. Avec vidéo et débat, bien sûr, mais je peux vous assurer qu
'ils s'aimaient réellement.
Mais oui, bien sûr, bien sûr.
ben parce que non mais écoute écoute mario écoute moi si vraiment tu tiens à
y aller vas-y tout seul voilà c'est clair ouais simplement une chose écoute
moi bien si ça doit se reproduire trois quatre par semaine moi je me casse tu
vois non non non pour de bon je me casse pour de bon ok tu es sûr que tu
préférerais pas un des cas ? non pourquoi ? tu vas voir qu'elle va me
brouiller mario cette histoire depuis que je ne vais plus au jeu avec elle
elle y va avec un mec c'est pas mal ça encore hein j'ai rien dit J'ai 30
balaises, j'ai pas passé ma vie à attendre ma mère à la maison. Tu veux
que je te dise une bonne chose ? La première conne qui passe, je me la tape
immédiatement et ça ne va pas des vacances.
Ça aurait été avec plaisir si vous aviez été mon genre.
Bon, on a du nouveau pour l'écuyer.
Apparemment, il est au bord de la faillite et la mort de Berkenzi pourrait
être une aubaine.
Je te raconte en route ? On y va ? Surtout que ce soit l'idéal pour ton
avancement.
J'arrive.
Annulation de concert à la dernière minute, réfection complète de l
'acoustique du théâtre, dépense mérifique pour le confort de la diva. On
ne peut pas dire que Mme Berkenzi ait contribué à la bonne santé financière de
vos affaires.
Voulez-vous en venir ? CGIP, assureur conseil, propose un excellent produit.
Une assurance vue au dernier vivant.
6 millions de francs quand même.
6 briques quand on est au bord du gouffre.
Ça donne à réfléchir, non ? Vous insinuez que j'aurais assassiné Olivia
pour de l'argent ? Insinuation, dans notre jargon, ça s'appelle une garde à
vue. Nous ne sommes pas encore là, non.
Pour l'instant, on cherche à comprendre.
Alors, monsieur l'écuyer, pouvez-vous nous expliquer quel était l'état de vos
relations avec Olivia Berkenzi ? Ça ne va pas être facile.
Je vais vous parler d'amour, d'art, de talent.
Mais vous ne comprenez que les bilans comptables.
J'ai bien peur que nous ne soyons pas sur la même longueur d'onde, commandant.
Laissez-nous en juger.
Je comprends toujours pas pourquoi tu veux pas le mettre en garde à vue, ce
mec-là.
S'il commence à se la péter genre artiste, c'est qu'il a un truc à cacher.
À part l'assurance-vie, on n'a rien contre lui. C'est un peu léger, non ?
Bon, la balistique dit quoi à propos de la balle ? Ça colle avec le 22 de
Brigitte Lécuyer ?
Cisco, la balistique.
La balistique, on n'a pas encore les résultats.
Au sujet de Brigitte Lécuyer, elle n'a plus récupéré son arme contre 13h et 15h
pendant que Monnier et Berkenzi étaient au restaurant.
Il y a un truc qui ne colle pas.
Pourquoi attendre que Berkenzi aille au théâtre pour passer à l'acte ? Moi, c
'est Monnier qui me chagrine.
Ce mec, soit il nous raconte des salades, soit il nous raconte la moitié
des trucs qu'il sait.
Dernier exemple en date, ce déjeuner au restaurant.
Selon le serveur, il s'est même engueulé avec sa divine patronne.
Oui, et à propos de quoi cette engueulade ? Le serveur n'a pas tout
entendu, mais il disait des trucs style « t'as pas le droit de dire ça, t'as pas
le droit de faire ça ». C'est quand même bizarre pour un larva.
J'adore le petit monde des artistes.
Ils passent leur temps à s'adorer à la télévision et dans l'intimité, ils se
balancent les batteries de cuisine à la gueule.
Bien.
Alors, qui s'occupe du bar de Meunier ? Ah, on prend.
On prend.
Pour le temps spécialiste, et moi je connais pas.
Ah non, non, non, pas question.
Je viens pas dans un bar de pédés, d'accord ? Ok.
Séance, je vais.
Allô ? Ah.
Oui.
Merci de me rappeler, oui.
Attends, c'est du délire, ça veut dire quoi ? À 9h, c'est très bien.
Oui, merci.
Quoi ? Toute la soirée, tu plaisantes.
Et quoi, un client ? T'as pas une explication plus valable à me filer ?
Allez, écoute, je... Non, j'ai pas... T'as pas un peigne ? Un peigne ? Hein ?
Écoute, écoute-moi, toi.
Tu rentres pas à 1h du matin. Tout ce que je te demande, j'en ai marre de me
faire réveiller le matin.
Oui. Allez, je te laisse. Ciao.
J'ai pas besoin, finalement.
Bon, j'ai un truc à vous dire au sujet du frangin d'Hélène. Elle a retrouvé sa
trace. Il s'appelle Maxime Henry.
C'était une belle ordure.
J'étais en DPJ quand on a serré pour braquage.
On a jamais réussi à le coincer là-dessus, par contre...
Il a pris 10 ans pour viol de mineur.
Il s'est fait buter peu de temps après s'être fait engager dans le garage où
Hélène l'a retrouvé.
Elle a justement rendez-vous demain avec le patron du garage.
Alors vous imaginez quand elle va apprendre toute l'histoire.
On ne choisit pas sa famille, mais en l'occurrence, comme elle n'en a plus, on
peut peut-être lui en inventer une, non ? C'est exactement ce que je pense et c
'est pour ça que je vais avoir une petite discussion avec le patron de ce
garage.
Je voulais vous le dire pour éviter les gaffes.
Bien sûr.
Ça va tout le monde ? Oui.
Ça va trop ? Bon, Jean-Louis, on se le fait, ce bardement ? Ça m'est moustique
d'aller là-bas avec toi !
On
est sortis ensemble pendant moins d'un an.
Évidemment, dès qu'on le détournait, le reste... Non, en fait, on ne s'est pas
fréquentés si longtemps que ça.
Beer Kenzie, vous en parlez souvent ?
On parlait tout le temps, vous voulez dire.
C'est une véritable obsession.
Cette bonne femme lui a bouffé littéralement la vie.
La mienne, l'occasion.
Surtout que moi, l'opéra.
Ah bah bon.
C'est quand même lui qui m'a largué au bout du compte.
Vous n'étiez pas fou de son idole.
Et ça, il n'a pas su compter, n'est-ce pas ? Peut-être que c'est comme ça que
ça serait terminé, mais c'est surtout parce qu'il est tombé amoureux d'un
autre mec.
C'est cet autre mec, vous le connaissez ?
Ah non, non, ça, personnellement... D'ailleurs, j'aimerais mieux pas, plutôt
du genre sans issue sur l'histoire.
Primo, ce mec est hétéro.
Enfin, ça, c'est pas encore le problème.
Jean-Baptiste, c'était pas vraiment une bête de sexe, plutôt du genre romantico.
Si vous voyez ce que je veux dire.
Bon, alors, c'est quoi le problème ? Le problème, c'est que le mec en question,
c'est le mari de sa diva.
Putain !
Edouard, les pieds ? Mais, la dernière fois, quand vous vous êtes vus ici,
vous vous souvenez à quelle heure Monnier est arrivé ? Je dirais 21h30.
Bon, vous en avez encore pour longtemps, parce que j'ai mon rencard qui vient d
'arriver. Je le trouve tellement mignon, je ne voudrais pas le faire attendre.
Salut.
Cinq heures dix-huit.
De mieux en mieux.
T'as battu ton record le vendredi dernier de six minutes.
Je te félicite.
Écoute, je m'explique. Non, non, non, c'est moi qui t'explique.
Si toi, ton truc, c'est de sortir toutes les nuits, d'accord, je suis d'accord.
Je suis d'accord.
Moi, j'ai eu la naïveté de croire qu'en nous mariant, on pourrait passer des
nuits ailleurs que dans un club de jeux ou dans un bar de nuit.
J'étais con de le croire, mais j'y ai cru.
Bon, écoute, je... Non, je vais te foutre la paix.
Je vais te débarrasser de tous mes fantasmes de bouffe.
Et dès demain matin, ou plutôt tout à l'heure, je vais faire ma valise.
Et comme ça, demain soir, tu pourras vaquer tes occupations et le cœur
tranquille et léger.
Voilà.
Je pensais que en gardant un de là, on gagnait aussi un petit peu de sagesse.
Apparemment, pour toi, malgré les apparences, t'es pas encore assez mûre.
Je suis malade, Alex.
Je suis accro.
C'est comme une drogue, je le sais depuis longtemps, mais je ne peux plus m
'arrêter.
Je suis en train de couler la boîte, j'ai tellement perdu.
Je l'ai pris dans la caisse, tu comprends ? Je suis endettée jusqu'au
cou.
C'est fini, cette fois-ci, je ne me sortirai pas.
Je t'aime vraiment.
Je t'aime vraiment.
Je t'aime.
Je t'aime.
Elle a quelqu'un qui aurait tombé en rideau, mais je peux vous proposer une
petite mousse.
C'est pas trop l'heure, mais ça peut pas faire de mal.
Vas-y, pour une mousse.
Max, c'était un gars extra.
Toujours le sourire, toujours prêt à rendre service.
Merci. Alors, beau sort, le mec, parce que des glands lui faillants comme des
couleuvres, on n'en voit pas assez dans le métier.
Mais lui, une paire de questions boulot.
Et en dehors du garage, il vous parlait de sa vie privée ? Il en avait chié. La
danse et tout ça.
Il y en a, ça les rend hargneux.
C'est normal, c'est pas une vie pour des gosses. Et bien lui non, gentil et
intelligent. Des gars comme ça, on en voit pas beaucoup.
Sentimentalement, il avait une femme, une copine ? Sentimentalement ?
Sentimentalement... Ah bah oui, c'est bien simple.
Il avait un succès fou avec les gonzesses, enfin je veux dire avec les
filles. Mais de l'autre côté, c'est pas le genre à en profiter, pas le genre
baiseur de boîte, plutôt vachement réglo quoi.
Et après le garage ?
Vous savez où il est allé ? Après le garage.
Ah bah oui, je suis con.
Il avait rencontré une américaine, une nana super belle.
Canon de compète, quoi.
Elle était raide dingue de lui, et puis lui aussi. Du coup, il a demandé un
congé pour aller vivre là-bas avec elle en Amérique.
Donc il est parti là-bas.
Elle, elle était chirurgienne.
Superbe baraque, une bagnole, je vous dis pas, enfin, paradis, quoi.
Et puis le drame, un quart d'an soirée sur la range, virage en épingle à chaud,
platan au bout.
Morsu.
Malheureux.
Et vous avez su comment pour l'accident ? Il m'envoyait des photos, il m
'écrivait. C'est comme ça que je sais tout ce que je vous ai dit.
Et puis, elle, elle me savait que j'étais quasiment sa seule famille.
Et donc, elle m'a prévenu.
Et les lettres, les photos, vous les avez gardées ? Pas trop. J'ai un
problème avec la fourgonnette de M.
Artigus. Je pensais que c'était la tête de Delco, mais c'est pas ça.
J'arrive.
Excusez-moi.
Bah écoutez, pour les photos, je vais voir ce que je peux faire, mais je vous
le garantis rien parce que je suis un peu bordélique et puis je garde pas
tout.
Qu'est-ce que tu m'as foutu toi ? C'est pas vrai bordel !
Alors, le rendez-vous au garage, tu es allé ? Ça s'est passé comment ? Bien.
L'expertise balistique confirme que le calibre de l'arme qui a servi à tuer
Olivier Vérigensi correspond bien au calibre de l'arme qui appartient à
Brigitte Pécuyer. Oui, ce n'est pas tout. Je viens de faire sa remontée d
'appel et elle a passé un coup de fil à son assureur à 19h45 le jour du meurtre.
Je vais l'appeler et je peux vous dire que ça croustille.
Monsieur Choucroune de la CGIP, ça vous dit quelque chose ? Évidemment, c'est
notre assureur à Edouard et à moi.
Oui, ça reste encore l'assureur de votre mari à défaut d'être le vôtre. D'après
monsieur Choucroune, vous l'avez appelé quelques minutes avant l'heure du
meurtre d'Olivia Berkenzi.
Vous étiez manifestement ivre.
Pouvez-vous, madame, nous donner la raison de cet appel ? La réponse est
dans la question.
J'étais ivre.
Je ne me souviens même pas de lui avoir téléphoné. Je vais vous rafraîchir la
mémoire. Vous avez appelé l'assureur pour savoir à combien se montait la
prime si votre ordure de mari venait à crever.
Je cite de mémoire, mais je pense ne pas me tromper dans les termes.
Si je l'ai dit comme ça, c'est que je n'étais pas encore suffisamment saoule
pour illustrer fidèlement le fond de ma pensée.
Le problème, c'est que votre ex-mari venait de changer la bénéficiaire de
cette assurance.
Ce n'était plus vous, mais Olivia Berkenzi.
Non seulement votre mari vous trompe, non seulement il le fait avec une femme
plus jeune que vous, une ancienne élève, que vous lui aviez vous-même pris au
thé, non seulement il vous couplait vivre, mais en plus, il vous raye de son
contrat d'assurance, comme s'il voulait vous faire disparaître définitivement de
son univers, au-delà même de sa mort.
Humilié, bafoué, rogné, voilà ce...
qui, de voir l'aiguiller, vous a fait subir.
Quelle injustice flagrante.
Vraiment.
Alors, vous vous raccrochez le téléphone, puis vous vous rendez chez
votre ex-mari. Oui, car vous avez gardé, vous possédez toujours la seule chose qu
'il vous a jamais laissée.
Ou, par oubli, très certainement, probablement, le trousseau de clés de
son appartement.
Alors vous vous y rendez, vous récupérez votre arme, puis vous allez au théâtre
avec la ferme intention, là aussi, de supprimer ce monstre qui vous a tant
fait souffrir.
Ce mot, voilà, il n'y est pas.
En revanche, l'usurpatrice, elle, elle est là.
Je vous l'ai déjà dit, j'y ai pensé souvent, mais je n'en ai jamais eu le
courage.
Et puis, le temps aurait fini par me rendre justice.
Olivia était soprane.
Je suis Mezzo.
La ménopause.
À 50 ans, même bourrée d'hormones, cette garce aurait perdu sa voix.
Moi, je garderai la mienne jusqu'à la mort.
Le seul avocat que je connais, c'est celui d'Edouard.
On peut vous en commettre un d'office et vous avez le droit d'être assisté dès
votre première heure de garde.
Tiens, tu lui mets les menottes.
Et l'avocat, vous pensez qu'il me croira, lui, si je lui dis que je n'ai
jamais récupéré cette arme chez Edouard ? Allez. On est là.
Merci.
Alors ? Ben, tout dépend de l'heure à laquelle elle aura récupéré le 22.
Si elle l'a fait à l'heure du déjeuner, j'imagine mal qu'elle a attendu tout l
'après-midi pour finir par faire ça au théâtre, alors qu'elle savait que tu l
'accuserais. Et si Monnier est effectivement resté chez l'écuyer jusqu
'à 21h, alors là, il est innocent.
Ouais. Dans ce cas-là, c'est le moigneur et puis tu es Berkenzi.
Bon, ton ex, Gaspard, il a l'air très sympathique, mais on se demande, mon
collègue et moi, s'il se fait pas tout un cinéma pour expliquer votre rupture.
Tu vois, nous, ce qu'on n'arrive pas à comprendre, c'est que tu demandais pour
le mec de ta patronne. Non, bien sûr que non.
Je lui ai raconté ça pour qu'il ne se fasse aucune illusion sur mes intentions
à son égard.
Pour qu'il pense que ma décision de le quitter était irrévocable.
Je savais qu'il n'essayerait pas de lutter contre quelqu'un comme Edouard.
Ah oui.
Là, tu nous rassures, tu vois. Hein, qui nous rassure ? Ah oui, oui.
Oui,
enfin, on sera complètement rassurés quand on saura ce que tu voulais dire à
Berkenzi quand, au restaurant, tu as prononcé cette phrase.
Je t'interdis de faire ça.
Tu voulais lui interdire quoi, au juste ? Eh bien, en fait, Olivia voulait
reculer la date de la première.
Mais Edouard avait déjà fait le maximum pour elle.
Elle voulait simplement reculer la date ou elle avait décidé d'arrêter sa
carrière ? Parce que pour toi, là, évidemment, ça change tout.
Là, tu vois, elle perd 10 ans.
De nouveau, pour l'espèce de caprice de cette star.
Alors, est-ce que ça serait pas le moment de la buter, cette salope ?
Justement, en la perdant, elle, je perds tout.
Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? J'ai 35 ans, c'est déjà bien
trop vieux pour entamer une carrière de concertiste.
Vous n'imaginez tout de même pas qu'après avoir vécu auprès d'Olivia...
Je voudrais finir comme simple professeur de piano.
Oui, évidemment, ça se tient comme raisonnement.
Mais t'as fait quoi entre 19h et 21h chez les cuillers le soir du meurtre ?
Eh bien, j'ai attendu au cas où Edouard serait repassé.
Mais bon, mais t'as fait quoi ? T'as lu, t'as joué au piano, t'as regardé une
cassette ? Non, rien de spécial.
Ah si, je suis descendu au tabac pas longtemps, juste 10 minutes, le temps d
'acheter des cigarettes. Après, je suis remonté, Olivier m'avait laissé ses
clés. Ben voilà.
Pourquoi tu nous as pas dit ça la dernière fois ? J'en sais rien, j'étais
encore sous le choc de la mort d'Olivia.
Et puis je n'ai pas l'habitude de dire que je fume.
Olivia me l'interdisait à cause de sa voix.
Tu peux pas laisser Mario deux heures toute seule parce que t'as peur qu'elle
aille jouer au casse-dingue ? Avec quoi tu veux qu'elle joue ? De toute façon tu
m'as dit qu'elle avait plus une thune.
Bon écoute, il faut que tu trouves une solution et vite, parce qu'ici ça urge.
Ok ? Je te laisse, salut.
J'étais avec Cisco, là.
Il est avec Savornian de la... Tu sais Savornian de la troisième DPJ ? Sujet de
l'affaire d'Elbar.
Hein ? L'affaire d'Elbar a été résolue hier soir, suicide.
Quant à Savornian, il est reparti à Marseille ce matin.
C'est aussi, il doit être avec le juge Larty.
Ok, d'accord. Il a un problème avec Mario, voilà.
Eh ben voilà.
Bon, qu'est-ce que t'en penses, toi, de Meunier ? Je sais pas.
Je ne le vois pas buter les Bercadis pour une histoire de cul.
De toute façon, ce n'est même pas une histoire de cul.
Petite, je viens de penser à un truc là.
Je crois qu'on a fait une belle connerie en laissant Monnier et Brigitte l'écuyer
se croiser dans le couloir.
Monnier a entendu Brigitte parler du 22 et il sait que c'est l'arme du crime.
Alors s'il maintient qu'il a passé la soirée chez l'écuyer, il se dénonce.
Alors il invente cette petite escapade au tabac pour laisser à Brigitte la
possibilité d'aller chercher l'arme.
Dites-moi, si à chaque fois que vous vous tapez 10 bornes, vous avez ce genre
d'illumination, vous repartez tout de suite, berger ? Et Simonier couvrait l
'écuyer, Edouard l'écuyer, sur cette histoire d'amour ascensionné qui était
bien réelle. Alors ça ferait de l'écuyer un suspect bien présentable, non ?
Vous écoutez le message d'Olivia sur votre portable.
Vous découvrez qu'elle a décidé de suspendre les représentations.
Quelle injustice.
Vous avez tout fait pour elle.
Vous allez jusqu'à mettre en péril la santé financière de votre théâtre.
Oh, ce qui est tout à votre honneur.
Tant le talent d'Olivia n'avait pas de prix.
Olivia vous a ruiné.
Ses incessants caprices vous ont laminé. Vous êtes à bout.
Vous allez chez vous, prendre l'arme de Brigitte, mais... Monnier est là.
Vous croyez qu'il m'aurait laissé prendre cette arme sans rien me demander
? Et qu'ensuite il ne vous aurait rien dit à ce sujet ? Vous nagez en plein
délire. Monsieur Monnier est homosexuel, vous le savez très bien.
Comme vous savez qu'il est amoureux de vous.
Il ne vous aime plus qu'il n'aime Olivia, ce qui est peu dire.
Vous lui faites part de votre projet ? Oh, il a quelques réticences.
Vous finissez par le convaincre.
Alors vous scellez votre secret comme vous avez scellé votre alibi.
Vous allez au théâtre, vous assassinez Olivia qui vous y attend, vous prélevez
une mèche de cheveux pour faire croire à un crime de désaccès, puis vous rentrez
chez vous pour remettre l'arme à sa place. C'est immonde ! Comment osez-vous
? Arrêtez ça !
Monsieur Monnier nous a déjà dit qu'il était sorti au cours de la soirée.
Le reste devrait arriver.
Gardien, s'il vous plaît.
Je me vois dans la nécessité de vous signifier votre garde à vue, monsieur l
'écuyer. S'il vous plaît.
Monsieur, si vous voulez me suivre.
Elle a hypothéqué l'appart et maintenant elle va déposer le bilan.
Dès que j'allais seul, j'ai l'impression qu'elle va se ruer sur la première salle
de jeu venue et exploser la carte bleue définitivement.
Cisco, je voulais vous dire, laissez tomber l'affaire Denbar, j'ai beaucoup
mieux pour vous.
L'affaire Dreyfus, ça vous tente ? Ah oui, j'avais deux trucs à vous dire.
Euh, oui.
Primo, un certain Von Karkin, critique d'art, a téléphoné.
Chez l'écuyer vers 20h50, juste avant que Monnier ne quitte l'appartement. Je
vois pas tellement le rapport avec le crime, mais je vois pas pourquoi non
plus Monnier n'aurait pas mentionné cet appel. Deux yeux, vous n'avez peut-être
pas de priorité dans la vie.
Commandant Vallon.
Mais moi, si.
Mon mariage se barre en couilles, ma femme est en train de se détruire.
Alors je sais que ça représente pas grand-chose pour vous, mais que ça vous
plaise ou non, je vais consacrer un maximum d'énergie et de temps à essayer
de sauver les meubles.
Maintenant que vous êtes prévenus, faites ce que vous voulez.
Moi, je m'en branle.
J'appelais Olivia pour lui souhaiter tous mes voeux de réussite pour son
prochain récital. Je me faisais une joie de la revoir enfin se produire à Paris.
Malheureusement, je suis tombé sur Jean-Baptiste.
Pourquoi malheureusement, monsieur Van Corken ? Eh bien, ce jeune homme d
'habitude, si bien élevé, m'a littéralement enseveli sous un tombeau d
'un jus. À ça, j'ignorais que ce jeune homme avait une telle maîtrise du
vocabulaire ordurier. Pourquoi a-t-on de haine ?
Je pense que ça vient d'un article paru dans la revue Lyrique dans laquelle je
tiens une chronique mensuelle. J'ai commis le sacrilège d'émettre un doute
quant au la de la donne.
Je n'étais pas le seul à trouver qu'il manquait un brin de couleur.
Et bien sûr, cela a dû être mal interprété.
Beaucoup de bruit pour pas grand chose.
En fait, c'était une critique tout à fait vénielle. Le reste de l'article
était plutôt bon.
Ça n'a pas empêché notre jeune ami de me menacer.
Des pires tourments. De mort, même.
Cher monsieur, lisez vous-même.
Vous verrez, c'est assez enlevé, mais... Vous comprendrez à quel point la
réaction était disproportionnée.
J'ai un scoop.
Les empreintes sont relevées par les gis sur le piano.
Celles de Meunier, des figures.
Ah, c'est bien, hein ?
Des empreintes de pianiste sur un piano, effectivement.
Ça mérite à une du JT, ça. Très drôle, sauf que c'est pas ça le scoop. Le
scoop, c'est que le piano a été livré à 19h le soir du crime.
Ah, ce qui veut dire que Monnier est passé au théâtre avant le meurtre ? Eh,
il est cuit.
Bon, permettez-moi d'émettre un doute. Les motivations sont contradictoires.
Voyez-vous, le pianiste qui adorait, vénérait Olivia l'a tué à 20h.
Admettons, mais une heure plus tard, il menace de mort.
Un critique qui l'offense. Je trouve qu'il y a quelque chose qui cloche.
Voilà, enfin, ça n'empêche qu'il faille relâcher Brigitte et l'écuyer.
On verra ce qui se passe pour Molière demain.
Allez, c'est bon pour ce soir.
Je voulais vous dire, Jean-Louis m'a expliqué, je m'excuse.
Et puis...
J'ai peut-être pas l'air comme ça, mais je suis capable de comprendre.
Et il se trouve qu'en plus, en ce moment, j'ai, moi aussi, quelques
problèmes de famille.
Ben non, pas non plus.
D'accord.
Bonsoir.
Alors ? Prête pour vos dix bornes ? Pour en faire largement
plus, hein ? En fait, ça me calme.
Ça m'évite de penser à des trucs pas forcément marrants. Ah oui, je vois ça,
oui. On pédale, on pédale, on croit qu'on suit la réalité et puis en fait,
on le rattrape.
Oui. Comment va votre mère ? Comment va ma mère ? En fait, elle est
sortie de cure de désintox il y a deux jours et j'ai un petit peu la trouille
qu'elle reproche, mais ça va.
Faites-lui confiance, ça l'aidera peut-être.
En fait, on va boire un verre, là, avec ce scandala et polo.
Ça vous tente ? Non, pas ce soir, Berger, merci.
Bonsoir.
Bonsoir.
Parce qu'il lui a pris à ce con de parler à Hélène d'une soi-disant
gonzesse d'Henri aux Etats-Unis.
Avec cette photo, tu veux faire quoi ? J'ai demandé à cet imbécile de garagiste
de la lui envoyer, en lui disant qu'il l'a retrouvée dans ses archives.
Ça fera plus crédible et Hélène aura du mal à remonter jusqu'à elle.
C'est qui ? C'est une gonzesse que j'ai tirée quand j'étais en stage au FBI,
Virginie.
Pas bon coup d'ailleurs.
Raine de la pipe.
C'est fou ce que les ricaines pratiquent le truc dans les campus.
Il paraît que c'est pour rester bien jusqu'au mariage.
Si on ne peut plus parler d'amour... Ce que j'aime chez toi quand tu parles de
cul, c'est qu'on dirait un proctologue qui commande la règle du CRC.
Et c'est pathétique.
Eh, Virginie !
Faut pas boire un coup avec nous, c'est l'heure de te mettre dans l'ambiance.
C'est pas en carburant à la flotte que tu vas te décoincer.
Ouais, il était multi-casquette, celui-là.
Alors... Maxime Henry.
Voyons voir.
Brincage, viol et la taule.
Tout ça pour se faire descendre dans une rixe.
Attendez, vous pouvez me dire qui a procédé à l'arrestation ? C'est un pari
avec moi-même.
J'ai envie de l'entendre de vive voix. C'est la 5ème division de police
judiciaire, équipe du lieutenant Scandella.
Je vais vous demander une petite signature.
Pour la consultation.
Merci.
Madame Berkenzi était soignée pour une ménopause pécosse. Chez certaines
femmes, cela peut se produire dès l'âge de 40 ans, et dans ce cas précis, c
'était d'autant plus dramatique que la ménopause altère irrémédiablement la
tessiture de la voix chez les sopranes.
Eh bien, Olivia a été donc condamnée à mettre un terme, de façon prématurée, à
sa carrière.
Malheureusement, oui.
Elle ne voulait pas en parler, mais les véritables ménomanes commençaient déjà à
percevoir une espèce de dégradation, même avec ce traitement.
Et ce n'était que le début.
Nous avons imaginé tous les mobiles possibles, du plus classique au plus
sordide.
Jalousie, vengeance, à pas du gain.
Et nous étions loin du compte, voyez-vous. Le vôtre était à la fois
plus noble et plus terrible.
La carrière d'Olivia était fort compromise.
Mais elle ne pouvait se résoudre à arrêter, c'est ça ? Ce que vous dites
est ridicule.
Aujourd'hui, la première approchait.
Olivia pensait qu'elle n'y arriverait jamais. Elle pensait que c'était fini. C
'est pourquoi elle a voulu en parler à l'écuyer.
Vous avez passé une journée entière à essayer de l'en dissuader.
Eh oui.
Je t'interdis, je t'interdis de faire ça.
Je l'avais vous dit lors de votre ultime déjeuner.
Parce que vous ne pouviez pas supporter l'idée qu'elle arrête de chanter. Il
était hors de question qu'elle en parle à l'écuyer.
Évidemment, c'est elle qui a réussi à vous convaincre. Votre diva ne
chanterait plus jamais.
Parce qu'une nature injuste et cruelle en avait décidé ainsi.
La vie d'Olivia, c'était son public.
Sa vie, c'était la scène.
Sa vie, c'était chanter.
Sa voix était divine, elle devait le rester éternellement.
Voilà bien le danger qui la guettait.
Continuez à chanter.
Souilliez l'image que vous aviez de notre diva.
Cette belle image.
Puisque sa voix était morte, son corps devait la rejoindre.
Quand elle m'a vu arriver l'arme à la main, elle a compris.
Elle pleurait en regardant la salle vide.
Puis elle m'a regardé et a rangé dignement son mouchoir.
Elle était si belle sur la scène.
Elle n'a pas cherché à s'enfuir.
Elle reconnaissait que c'était la seule, l'unique solution.
Elle m'a souri une dernière fois.
Et vous avez tiré.
Vous avez coupé une mèche de ses cheveux, vous avez éteint la salle, vous
vous êtes mis au piano.
Laissez-moi définir ce que c'était.
C'était de Castadiva.
Castadiva ? C'est ça.
Oui.
Tenez, commandant. Ça vient d'arriver pour vous.
Merci.
Pardon, Michel.
Excusez-moi de vous déranger, mais... Non, je vous en prie.
Je repensais à ce drame.
Oui.
J'aurais voulu qu'on fasse un brief sur l'affaire Meyer.
L'auteur du 12ème, oui, bien sûr, j'arrive.
C
'est
la photo de la dernière fiancée de Maxime Henry.
Il est mort aux États-Unis, à l'accident de voiture.
Merde. Il est plutôt bon goût, non ? Oui.
Ouais, c'est la dernière chose qui me restera de vie.
C'est jamais mieux que rien.
Allô ? Oui monsieur, je substitue.
D'accord, nous arrivons.
On laisse tomber la femme et hier, quadruple homicide à Pantin.
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