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Monsieur le baron... Monsieur le baron est mort ! Comprenez-moi bien, Vidocq.
Un homme comme le baron Buchmann ne se suicide pas.
Si on en croit le témoignage des domestiques, monsieur... A ragot de
cuisine, vous dis-je ! Il faut faire taire au plus vite, par n'importe quel
moyen. Avant de conclure, laissez-moi au moins commencer mon enquête.
Inutile ! Le baron Buchmann s'est tué accidentellement en nettoyant ses armes
de collection.
Un poing, c'est tout ! En somme, vous voulez étouffer l'affaire.
Le ministre des Finances m'en a donné l'ordre formel.
Trois banques d'affaires, deux banques de dépôts, des investissements dans tout
le royaume, sans parler d'un prêt de 10 millions à l'État.
Voilà ce que représentait Gluckmann.
L'annonce de son suicide créerait une panique en bourse. Ce serait la ruine de
milliers d'épargnants.
Vous voulez la ruine de milliers d'épargnants, Vidocq?
Oh non, monsieur le préfet.
Je suis comme vous, Vidocq.
J'ai l'amour de la justice et de la vérité, mais l'intérêt supérieur de l
'État nous oblige parfois à les farder pour qu'elles aient meilleure mine.
Puis-je compter sur vous, Vidocq?
Que vous avez-je dit, monsieur le préfet ? Au fond, Vidocq est insentimental.
Il y a des mots auxquels il ne résiste pas.
Madame, vous m'avez transmis les ordres de la confrérie.
Et vous êtes témoin que je les ai suivis en tout point.
Je n'ai obéi que par discipline.
Je proteste.
Pas vraiment ? Un homme de cœur ne saurait agir plus longtemps qu'entre sa
conscience.
Oubliez-vous, monsieur, le but que poursuit notre confrérie ? La défense de
l'ordre moral, auquel je suis inconditionnellement attaché, madame.
Pourrait-on parler d'ordre moral si l'ordre social venait à se défaire ?
Aujourd'hui, c'est l'argent qui mène le monde.
Et c'est l'argent que nous devons respecter.
La mémoire du baron Gluckmann doit rester sans ombre et sans tâche, afin
que soit honorée ensemble la fortune et la vertu.
Vous aurez à rendre compte de tout ceci devant l'Assemblée de Haute-Main.
Elle se réunira demain, minuit.
Tenez-vous prêts.
Je vous en supplie, Madame, oubliez cet instant d'égarement.
Je ne saurais le faire, Monsieur, car mon serment m'oblige à révéler tout ce
que j'ai su ou entendu.
Cela peut suffire à ruiner ma carrière.
Que m'importe, Monsieur.
Nous ne sommes rien.
Notre cause est tout.
Je ne suis là pour personne, Flambard. Mais c'est très important, M. Vidocq. Il
s'agit d'un cambriolage.
Flambard.
Depuis quand le service de la sûreté s'occupe-t-il des voleurs de poules ?
Vous gâchez le métier. Mais non, M.
Vidocq. Le vol a été commis chez ce notaire. C'est la cour d'assises.
Bon, parfait, Flambard. Je vous l'abandonne. À moi, M. Vidocq ? Oui,
oui, je vous donne carte blanche. Et pour le moyen ? Marquis, défoncez avec
lui. Allez-y.
Et maintenant qu'on me fout de ta paix ! Oh la vache, nous laisser dehors par un
froid pareil.
C'est logique. On n'a pas besoin d'être trois pour constater un cambriolage.
Mais non.
Qu'est-ce qu'il a, François, en ce moment ? Il est d'une humeur.
Il fait ce qu'il veut pour nous justifier.
C'est pas de sa faute, c'est question crime. Depuis deux ans, c'est la mort de
saison.
C'est un enthousiaste, François.
On aurait dû le freiner.
Ah oui, la police, mon petit père, c'est comme la chasse, de temps en temps, il
faut la fermer.
La fermer ? Plus de gibier, plus de chasseurs, plus d'assassins.
Plus de policiers ?
Ils sont entrés par là.
Oui.
Et l'appartement jouxtant, votre cabinet étant vide, ils ont eu toute la nuit
pour percer le mur sans être dérangés.
Sans doute, oui.
Je les travaille.
En effet.
Mon cher maître, pour bien combattre l'adversaire, il ne faut jamais le sous
-estimer. Combien vous a-t-on volé ? Rien.
Pardon ? Rien, rien, vous dis-je, rien du tout.
C'est impossible !
Techniquement, le travail est impeccable. Ils ont dû se donner un mal
de chien. On ne monte pas un coup comme celui-ci sans raison.
Mais que voulez-vous qu'on vole chez un notaire ? On n'y trouve que des papiers.
Le coffre. Vous avez certainement des biches ou des valeurs.
Vous enlevez le coffre ? Tout de suite, maître.
Voici là mes seuls trésors, inspecteur.
Des actes notariés.
Ces papiers peuvent-ils avoir de l'importance ? Pour mes clients qui les
ont déposés, sans aucun doute, mais pas pour des cambrioleurs.
Maître, j'ai vérifié.
Les documents sont tous là, sans exception.
C'est donné rien comprendre.
Je ne partage pas votre avis, maître. À toute chose, il y a une explication. Et
laquelle voyez-vous ? Pour l'instant, je n'en vois absolument pas.
Vous pensez que je serai sanctionné ? Je l'ignore.
Exclu ? Ça, c'est possible.
Je n'ai qu'un conseil à vous donner.
La force, la cohésion des vigilances et la discipline.
Montrez-vous disciplinés.
C'est-à-dire ? Ne résistez pas.
Obéissez à tout ce qu'on vous ordonnera.
Écoute, frère, sois sans crainte.
Nous ne sommes réunis ici que dans un but de justice, de moralité.
Sais-tu qui nous sommes ? Vous êtes les grands maîtres de la confrérie des
vigilants. Pourtant, dans le monde, nous avons d'autres titres et d'autres noms.
L'heure n'est pas venue de les révéler.
Sache pourtant que tu nous obéis partout et toujours.
Nous aurions pu jeter un ordre aux fonctionnaires.
Nous avons préféré convaincre notre frère en vertu. J'ai dit ! La vertu,
frère, nous t'avons chargé de la défendre en te confiant de hautes
fonctions. Car c'est à nous seuls et non à toi-même que tu dois ta carrière. Le
sais-tu ? Non, grand maître.
Je l'ignorais.
Hélas, tu nous as déçus. Tu nous as énormément déçus.
Grand maître... Depuis deux ans, mes services ont asséné la capitale comme
elle ne l'avait jamais été, grâce à la brigade de sûreté.
Les meurtres et les vols à main armée ont régressé dans des proportions
considérables. Peut-être, mais la corruption, la débauche, le vice, le
crime sont toujours aux portes de la cité. Notre but est de terrasser le
dragon, non pas de l'affubler du masque de la vertu.
Je ne comprends pas.
Pourtant, frère, c'est bien l'image qu'offrent tes propres services.
Quel exemple peut donner une police qui compte dans ses rangs la fleur des
bagnes de Brest et de Toulon ? Grand maître, celui de l'efficacité,
tous les résultats que nous constatons, c'est grâce à Vidocq et à ses hommes que
je les ai obtenus. C'était une solution de facilité acceptable dans une période
d'exception et de trouble.
Il est temps désormais de mettre fin à ce scandale.
Quoi ? Vous voulez que je me sépare de Vidocq ?
Mais pour la police, ce serait une catastrophe.
Pour la morale, frère, c'est une nécessité. J'ai dit.
Mais puisque je vous dis que c'est moi qui l'ai convoqué.
Mais M. Vidocq, il a été arrêté dans une rafle.
Passport jaune. Il vous a dit qu'il voulait me voir.
Merci, je le vois. Allez, maintenant, rompez.
Allez, dégagez. Allez, viens par ici.
Allez, messieurs, allez, dégagez, dégagez.
Merci,
François, sans toi, j'étais cuit.
J'ai dit romper, messieurs.
Défie-toi.
La prochaine fois, je serai peut-être pas là pour te sauver la mise.
Enfin, ça me donne toujours le plaisir de te voir.
Alors, ça va, les affaires ? Bon, tout doux.
Et toi ? Toujours faussaire.
Terminé, il y a trop de risques.
Non, ça paye plus.
Bon, maintenant, il n'y a plus que les amateurs qui bricolent.
Les spécialistes, on peut dire qu'ils sont au chômage. À ce point-là.
Tu te souviens des Delarpins ? Tu parlais, le spécialiste du vol à la
tire. Il élève des lapins du côté de Fontenay.
Et les frères Bosco, les pilleurs de cathédrale.
Ils tiennent un petit bouchon et un gagne.
Alors comme ils s'embêtent, ils boivent leur fond.
C'est d'une tristesse.
Et toi, comment tu t'en sors ? Moi, j'ai fait quelques petites économies, alors j
'ai investi dans la recherche.
T'es devenu inventeur ?
Tiens.
Regarde.
Bah quoi ? C'est du papier ? Écris quelque chose.
N'importe quoi.
Bon.
Bon,
maintenant regarde derrière.
L'encre a traversé le papier.
C'est la technique du buvard, mais nettement améliorée, parce que l
'écriture ne s'étale pas.
D'accord, mais à quoi sert ton papier ? Réfléchis, François.
Comment opère un faussaire en écriture ? Par grattage ? Ah, je comprends.
Si on gratte l'encre ? On fait un trou.
Tu vois, mon papier est absolument infalsifiable.
Dis donc, ça serait intéressant à commercialiser, ton truc. Tu parles, c
'est bien ce que j'espérais.
Malheureusement, j'ai un passeport jaune.
Monsieur le Préfet m'est arrivé à l'improviste en tournée d'inspection.
C'est la première fois.
Amusant la manière.
Noix de biche sur feu.
Vos hommes ne manquent pas de loisirs, dites-moi.
Vous m'expliquerez tout ça demain matin, à 11h dans mon bureau.
Sur le plan purement administratif, il est certain que depuis toujours, votre
service est un cas, Vidocq, n'est-ce pas ?
Vous avez mené votre
mission au-delà de toute espérance.
Merci, M. le Président.
Voulez-vous que je vous dise ? Votre réussite est telle que le service n'a
plus sa raison d'être.
Ça, c'est l'évidence, monsieur le préfet.
Ah oui ? Oui, c'est d'autant plus évident que mon service est supprimé
depuis hier. Je me suis renseigné.
Mais vous allez me confier une nouvelle fonction. Mon esprit d'initiative va
faire du merveille. Je vous en prie.
Il me plaît que vous le preniez comme ça, Vidocq.
Alors, monsieur le préfet, de quelle fonction s'agit-il ? Du classement des
archives de la police parisienne.
Travail considérable, car depuis Philippe le Bel, rien de vraiment
sérieux n'a été fait dans ce domaine. Je peux compter sur vous, Bidoque.
Je vous demandais quels sont les postes que vous avez prévus pour mes hommes.
C'est un problème plus délicat.
Leur situation administrative est fragile.
Et comme les finances m'ont demandé de faire des compressions budgétaires,
alors... Vous les mettez à la porte.
Je les remercie, Vidocq.
Je vais vous donner l'occasion de faire une économie supplémentaire, monsieur le
préfet. Je démissionne. Je t'en réfléchis. Mon devoir, c'est de m
'occuper de mes hommes.
Pourquoi ?
Parce qu'ils sont comme vous, monsieur le préfet. Tous les jours, ils mangent.
Vous l'avez bien dit.
C'est un sentimental.
Un commode ? L'administration, quoi.
Regardez bien, Flambard. J'ai réalisé ici mon rêve le plus cher.
Prouver que d'anciens bagnards pouvaient avoir leur place dans la société pourvu
qu'on leur en donne la chance.
Regardez-les tous.
Chacun d'eux a connu les chiourmes de Brest, Rochefort, Toulon.
Pratiquement leur passeport jaune leur interdisait de trouver la travaille
honnête. Ils n'avaient pas d'autre choix que de retomber dans le crime.
Aujourd'hui, ils sont sauvés.
Simplement parce que je leur ai fait confiance.
Je veux vous avertir que tout le monde ne partage pas ce point de vue.
Vous avez fait des jaloux dans la région.
Moi ? Madame, quand les gens du pays ont su qu'une entreprise allait se monter
près de chez eux, ils ont espéré qu'ils y trouveraient du travail.
Mais en apprenant que pour être embauché, il fallait justifier de moins
50 prisons, les honnêtes gens ont été déçus.
Mettez-vous à leur place.
Et puis, il y a beaucoup de villas par ici.
Et alors ? Une colonie d'anciens bandits à proximité. Voilà qui n'est pas fait
pour assurer les gens.
Certains ont déjà pensé à vendre. Vous vous rendez compte ? Eh bien, bon
débarras. Ah, pas du tout, car personne n'a trouvé acheteur.
Et votre voisinage a sérieusement fait baisser le prix des terrains. C'est
grave, M. Bidocq. Écoutez, Flambard, je suis pas responsable de la bêtise des
gens.
Sans doute, mais maintenant, c'est la confrérie des vigilants qui se reste
contre vous, contre vous tous.
Ils sévissent toujours, ceux-là ? Vous les avez pas encore réduits à merci ?
Dites-moi, Flambard, on dirait que le rendement baisse depuis qu'on est
partis. Ne vous moquez pas, M. Bidocq, c'est sérieux !
Passons dans mon bureau.
Me voilà prévenu, Flambard. C'est très courtois de votre part.
Et c'est pour ça que vous êtes venu jusqu'ici ? L'honnêteté m'oblige à dire
que ce n'était pas pour vous avertir que je suis venu jusqu'ici.
Et pourquoi nous ? J'ai des ennuis.
Tiens alors.
Je suis un policier scrupuleux, monsieur Vidocq.
Mais... Je n'ai pas les qualités requises pour faire un chef de service.
On m'a confié une affaire difficile.
Je n'en sors pas.
Vous seul pouvez m'aider à la débrouiller.
Vous aider ? À quel titre ? C'est vous le chef de la sûreté, Flambard ? À titre
d'expert, monsieur Vidocq.
Je sollicite de votre bienveillance une consultation privée.
Je regrette, Flambard, je ne pratique plus.
Alors, on a de l'amitié.
C'est bon.
De quoi s'agit-il ? De Maître Fayard, le notaire qui avait été victime d'un
cambriolage. Et alors ? Ce matin à 10h, Maître Fayard est mort.
Assassiné.
Voilà. Quand on est accouru, on l'a trouvé comme ça.
Presque comme ça.
Car hélas, Maître Fayard n'avait plus de tête.
Comment ça, plus de tête ? J'avais éclaté dans l'explosion.
Bon, reprenons-le alors, si vous voulez bien.
À 9h, Maître Fayard est à son bureau et travaille.
Hein ? Oui.
À 9h10, un commissaire sonne à la porte. C'est moi qui lui ai ouvert. Il
apportait un paquet pour Maître Fayard.
Oui, oui, je sais. Et vous rejoignez Maître Fayard, vous lui portez ce paquet
et vous retournez à votre travail.
À peine mon camarade m'avait-il rejoint,
Nous entendions l'explosion.
Maître Fayard avait ouvert le paquet. Un paquet piégé.
Cela prouve une chose.
Maître Fayard avait des ennemis.
Quelle était la spécialité de l'étude ? Gestion de fortune, succession.
Des affaires importantes.
Maître Fayard ne s'occupait que de celles-là.
Il venait tout juste de liquider la succession du baron Gluckmann.
Gluckmann ? Une des plus grosses affaires de France.
Pour moi, le portrait d'assassin commence à se dessiner.
C'est une héritier déçu, mais content du partage.
Un enfant naturel, peut-être.
Furieux de ne pas avoir été... couché sur le testament.
Ah non, il aurait été logé à la même enseigne que tous les parents du baron
Gluckmann. Comment ça ?
Et pour ne faire aucun jaloux, le baron avait testé en faveur d'une association
privée.
Quelle association ? La Confrérie des Vigilants.
Personne.
On a laissé une lettre.
N'y touchez pas ! Peut-être est-elle piégée ! Un peu de sang-froid.
Que contient cette lettre ?
Une soustraction.
Une inquiétante soustraction.
C'est-à-dire ? Trois crapules moins une, reste deux.
Qu'est-ce qu'il y a ? La fabrique est attaquée.
Allez,
allons
-y les gars ! Attendez un instant ! Pas de précipitation,
attendez les ordres. Comment on va pas les enfumer ces bandits ? Finissons d
'abord de cerner la baraque.
Aucun don ne doit vous échapper. Allons-y.
Préparez les sauts d'eau, bloquez les portes. On ne va quand même pas leur
laisser l'initiative. Qu'est-ce que tu proposes ? Bien qu'à faire une sortie.
A la surprise, on n'en pique d'eau, toi comme otage.
Impossible. Mais on est sûr de réussir. C'est précisément ce que je ne veux pas.
Nous devons être irréprochables.
On a tout de même le droit de se défendre.
Un forceur évadé n'a aucun droit.
Oui, et bien ce temps, je le prends.
Louis ! Louis ! T'ordonnes de rentrer.
Qu'est-ce qui se passe ? Nos adversaires agissent comme tous les provocateurs.
Ils nous poussent à la violence pour prouver que nous sommes dangereux.
C'est un piège dans lequel nous ne tomberons pas.
Alors ? Comme prévu, madame la baronne, tous les propriétaires des environs sont
là. Pour ça, c'est un succès.
Poussez notre avantage et vous attaquez de vive force.
Pousser des cris, lancer des pierres, c'est une chose.
Recevoir des coups, c'en est une autre. Ces bourgeois sont trop lâches pour ça.
Alors n'attendez pas.
On peut te mettre le faux bâtiment.
Je crains bien qu'il ne soit trop tard, madame la baronne.
Regardez.
Tombez à point, Flambard.
Je suis toujours présent quand le devoir m'appelle, monsieur Pidocq.
Mon rôle est de maintenir l'ordre.
Et je le chagrin de voir que c'est vous, l'ancien policier, qui contribuez à le
troubler.
Comme vous voyez, j'ai payé très cher tous ces gens pour venir casser nos
carreaux. Ce matin, ils ont des raisons d'être nerveux.
Lesquelles ? À l'aube, un laitier a trouvé le cadavre d'un homme atrocement
brûlé au vitriol.
C'était à moins de 200 mètres de chez vous.
Personne n'y signait pour rien.
Répondez-vous de l'emploi du temps de chacun de vos hommes ? Absolument.
C'est bon.
Vous allez venir avec moi confirmer votre rapport au commissariat.
Et ces gens-là nous laisseront passer ? Je représente la loi.
Oui, mais justement, elle n'a pas l'air d'être strictement respectée par ici.
Je m'y oppose ! On l'accompagne, Flambeur.
Sinon, ils n'y vont pas.
Reconnaissez-vous cet homme, Villoc ? Non. Vous montez ! Vous plaisantez,
Flambard ? Jamais pendant le service.
Et même si je connaissais la victime, comment pourrais-je savoir qui elle est
? Le visage est complètement brûlé par l'acide. Vous la connaissiez, justement.
Oui, ben, c'est possible. Vous avouez ! J'avoue qu'il est possible de connaître
quelqu'un qu'on ne reconnaît pas. Et maintenant, j'en ai plein dessus la
tête. Vraiment ! Vraiment ! La chanson, je la connais par cœur. C'est moi qui
vous l'ai apprise.
Vous gagnerez du temps en donnant le nom de la victime.
Louis Beignet. Parfait. Eh bien, je ne connais pas. Mais si, Huidoc. Non, non.
Vous avez trouvé son portefeuille à quelques pas du corps.
Il n'y avait plus d'argent, mais grâce au ciel, il y avait encore ses papiers.
Je vous répète que je ne connais pas Louis Beignet.
Malheureusement pour vous, nous avons un témoin, Huidoc. Tiens, tiens. Un témoin
assermenté qui peut affirmer vous avoir vu hier en compagnie de la victime.
Et qui est ce témoin ? Moi.
Et vous êtes fou.
Hier mardi, entre 3 et 4 heures de l'après-midi, nous avons vu ensemble
Louis Beignet, la victime.
Hier mardi, entre 3 et 4 heures de l'après-midi, nous enquêtions ensemble
chez Maître Fayard.
Précisément. Louis Beignet était son premier clair.
Desfossé, t'as rien à priser ? J'ai de quoi faire une chic, si tu veux.
J'ai sans doute été une grande canaille, Desfossé.
Mais j'en ai jamais eu les manières. Où tu vas ? Au bureau de tabac.
C'est vous, Desfossés ? Oui, j'ai cet honneur. Allez, Oust, on vous demande à
l'intérieur.
Doucement, doucement.
Rappelez-vous, Desfossés, vous étiez avec moi le jour où j'avais été
constater le cambriolage chez Maître Fayard.
Vous souvenez-vous du clair qui nous avait accueilli ? Pourriez-vous l
'identifier ? Pourquoi ?
Monsieur Faubart. Oui.
Il y a tout de même quelque chose qui me chiffonne dans cette histoire.
Comment ? Oui, j'y réfléchis.
Qui vous a demandé de réfléchir ? Personne, monsieur le chef de la sûreté.
Ce phénomène, c'est pour ainsi dire, produit tout seul.
Bien.
Admettons. Et alors ? Eh bien, vous savez qu'on a retrouvé le corps en
forêt.
Imaginez que vous soyez la victime et que je sois l'assassin.
Je tiens à la main le bol contenant le vitriol.
Passez-moi le bol, gendarme.
Le vitriol? Non, mais rassurez-vous, monsieur le chef de la sûreté, pour l
'expérience, ce bol ne contient que de l'eau.
Eh bien?
Imaginez que je jette le contenu de ce bol sur votre visage. N'imaginez pas que
mes airs lancés.
Voilà.
Maintenant, vous pouvez constater.
Vous avez mouillé mon habit.
Voilà tout.
Oui, votre habit, vos souliers, mais aussi ce bureau et ces papiers qui vous
entourent, monsieur le chef de la sûreté.
Naturellement. Oui, si à la place de l'eau j'avais lancé du vitriol, ces
papiers auraient été brûlés.
De même que les feuilles de la forêt autour du cadavre.
On a battu les taillis et on n'a rien trouvé.
Qu'est-ce que cela prouve ? Eh bien, cela prouve que la victime a été tuée
dans un autre endroit que la forêt. Mais par...
C'est un malin, Vidocq. Il n'aurait pas commis son crime si près de l'usine.
Oui, mais dans ce cas, pourquoi aurait-il ramené le corps près de chez
lui ? Pourquoi ? Eh oui, pourquoi
? Par pure malice, commissaire.
Une fois de plus, Vidocq a tout fait pour m'embrouiller ! Mais, monsieur le
chef de la Sûreté... Taisez-vous !
Ces deux hommes sont plus que suspects.
L'un étant notoirement le coupable, l'autre est d'évidence en complice.
Voilà une affaire en de m'emmener, monsieur le chef de la sûreté. De ma
manière, mon cher commissaire. Je vais avertir les gendarmes à la fabrique.
Pendant mon absence, méfiez-vous de ces deux gaillards.
Je vais vous envoyer une voiture pour les conduire au dépôt.
Ne les remettez à personne sans une décharge signée de ma main.
Comptez sur moi, monsieur le chef de la sûreté.
Allez ! Et ne les quittez pas de l'œil.
T'as l'air mieux.
Où est-ce que je suis?
Regarde.
Ça me rappelle quelque chose.
Quoi? Ma jeunesse.
Tu feras de l'esprit plus tard.
En attendant, qu'est-ce qui t'a pris?
Une faiblesse, ça se commande pas.
Je comprends Flambard, mon vieux. Mets-toi à sa place.
Il recherche un criminel et tu t'évanouis devant le corps de la
victime. Même si on n'est pas soupçonneux.
C'est ça, dis tout de suite que c'est moi. J'ai rien à dire, explique-toi.
Explique-toi, Louis.
Quand t'as soulevé la couverture qui recouvrait le corps, t'as regardé la
poitrine du cadavre ? Ben oui.
T'as rien remarqué ? Aucune blessure, non.
Je parle d'autre chose.
Ben oui, un tatouage.
Exactement. Tu pourrais le décrire ? Il me semble qu'il y avait une date.
1802.
Quoi d'autre ?
Un personnage avec plusieurs bras, plusieurs jambes.
Tiens, un peu comme les dieux de l'Inde. Moi, je sais pas. Enfin, comme ça.
Alors, Blachère, cette page d'écriture ? Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! Mais
enfin, qu'est-ce qui te prend ? Tu as fait les faux toute ta vie.
Mais justement ! Vidocq m'a fait comprendre que je n'en avais plus le
droit. Le droit, tu comprends ? Mais enfin, Blachère, tu l'aimes bien, Vidocq
! Je me ferais tuer pour lui.
Alors ? Mais comprenez-moi.
Il m'a fait jurer de devenir honnête. J'ai donné ma parole.
Je ne peux pas imiter la signature de Flambard. Je ne peux pas.
Même si ils vont le sauver ? Mais c'est là tout le débat entre moi et ma
conscience. Tant pis. Si c'est comme ça, ta conscience, on va la violer.
Ça s'est passé huit jours après notre départ pour le bagne.
On était près d'une cinquantaine, comme ça, à traverser la France à pied.
Alors, les crachats, les coups de fouet des gardes-chiourmes, pas besoin de te
faire un dessin. Non.
On était ferrés deux par deux.
Le type qui était avec moi, il s'appelait Tristan.
C'était un artiste-peintre.
Alors, une nuit, on dormait pas, c'est lui qui a eu l'idée du tatouage.
Il avait des idées toutes simples, ton copain.
Tu sais, quand on est ferrés deux par deux, ça donne tout de suite un bonhomme
assez horrible, du genre quatre bras, quatre mains.
Il voyait ça comme ça, lui.
C'était un artiste. D'accord.
Au bout de 5 ans, on a révisé son procès, il a été libéré.
Au début, j'étais content pour lui, mais il m'a beaucoup manqué.
Alors de me retrouver brusquement comme ça, en face de son cadavre, ça m'a foutu
un coup.
C'était... C'était comme un frère pour moi.
Je comprends pas, c'est... Comment il est devenu clair chez Maître Fayard ?
Qui donc ? Tristan.
Il a jamais été clair de notaire.
Faut que tu racontes, je comprends plus rien.
Après avoir quitté le bain, Tristan s'était mis à boire.
Aux dernières nouvelles, il était clochard dans le quartier Maubert.
C'est bien sûr fait.
J'ai pour ordre de conduire les prisonniers au dépôt.
Je le puis les remettre sans recevoir de décharge, monsieur.
La voici, commissaire.
Elle est en règle.
Emmenez les prisonniers.
J'avais là une note de M.
Flambard. Oui, j'ai pris la précaution de comparer les deux écritures.
Je vous prie de m'en excuser, mais...
des circonstances. M. Flambard appréciera, commissaire.
Vous croyez ? C'est un homme qui ne le sait rien au hasard.
Soyez persuadé qu'il verra personnellement. Vous félicitez.
C'est ici.
L'endroit n'est pas sûr.
Il vaut mieux que j'attende dehors pour faire le guet.
Comment je reconnaîtrai l'homme ? C'est lui qui t'abordera. Il s'appelle
Socrate.
Il est sûr ? À l'ordinaire, oui.
Mais comme il s'agit d'un des leurs, le climat n'est pas franc, méfie-toi.
Bon, mon prince, le vin de la maison ne te plaît pas ? Non, il est excellent.
Un bouquet un peu particulier.
Je paie très cher.
Garde ton argent.
En parlons plus.
Que si, on va en parler.
Mais c'est toi qui répondra aux questions.
Qui m'interrogera ? Le chef.
Le roi des mendiants.
Jusqu'à présent, on n'a jamais eu à se plaindre de toi, Vidocq.
Quand tu étais chef de la sûreté.
Tu ne nous as jamais inquiétés.
Vous n'êtes pas des criminels.
Je n'ai rien à vous reprocher.
Parle.
Les ennemis cherchent à me perdre.
Ils m'ont désigné à la police comme étant l'auteur d'un crime.
Et qui est mort ? Personne.
On s'est servi du corps de Tristan pour faire croire à un meurtre.
Je voulais simplement savoir comment il était mort et qui avait pu récupérer son
cadavre.
Tristan était un solitaire.
Il est mort d'une congestion sur le quai Bercy.
Nous l'avons su trop tard.
Les éboueurs avaient déjà transporté son corps allemand.
Merci.
Voilà, c'est tout ce que je voulais savoir.
Vous voulez pas m'occuper de vos affaires ? Tu peux t'en aller.
Mais dis-toi...
que tu n'es pas seul à te battre.
Pourquoi ? Nous sommes un peuple de pauvres.
Tristan n'avait à lui que son corps.
On le lui a volé.
On le vengera.
Par ici, messieurs.
Et voilà, M. Widoc, c'est ici que reposent nos pensionnaires.
Et vous êtes seul à veiller sur eux ? Absolument seul.
En dehors de ma femme, qui se charge du ménage.
Et vous pouvez regarder, M. Midoc, pas la moindre trace de poussière.
Très bien.
Les voiles d'araignées, c'est vrai.
Mais c'est pour ainsi dire exprès. Les araignées, dans une morgue, c'est
indispensable.
Pourquoi ? Pour des mouches.
Les mouches dans une morgue.
Ça fait mauvais effet.
Chez nous, grâce aux araignées, plus de mouches.
Dites-moi, Jules, combien de fois par jour descendez-vous ici ? En principe,
cinq fois.
Trois fois le jour, deux fois la nuit. C'est le règlement.
Et vous appliquez toujours le règlement ? C'est-à-dire que je l
'interprète, voyez-vous.
Dans quel sens ? Dans le sens du respect.
Il faut respecter le sommeil éternel, sinon les morts se fâchent.
Comment ça ? Ils nous quittent.
On ne les revoit plus.
Jamais.
Rarement. Dans ce cas, c'est pour faire une mauvaise farce. Ils reviennent sous
une autre identité.
C'est embêtant, ça.
Surtout qu'ils sont comptés.
Pour l'administration, on est responsable.
Et leur raconter ça, ils s'en moquent.
Alors, qu'est-ce que vous leur dites ? Ma femme a trouvé le truc.
Elle s'arrange au moment de la mise en bière.
Il suffit que le cercueil ait le poids.
Avec deux sacs de sable, ça fait l'affaire.
En somme, pour vous, tout est simple.
Les mots, il suffit de pas les embêter.
Comme ici, c'est humide et que j'ai des rhumatismes, alors je descends presque
plus. Qu'est-ce que tu fais ici, Jules ? Je voulais faire la visite à ces
messieurs. Je vais m'en occuper.
Remonte, tu vas prendre froid.
Excusez-moi.
Vous en avez un beau collier, ma petite dame.
C'est quand même pas Jules avec son traitement qui a pu vous payer ça.
Qu'est-ce que vous voulez au juste ? Savoir à qui vous vendez vos cadavres.
Sans ça, c'est la cour d'assises qui vous interrogera. Je fais ça pour rendre
service. À qui ? Ça dépend, il y a toutes sortes d'amateurs.
Le dernier en date.
Celui à qui vous avez vendu le corps d'un clochard avec un beau tatouage sur
la poitrine.
Ça me gêne de vous le dire.
Pourquoi ? Parce que ce client-là, c'est un revendeur.
Et alors ?
Entre commerçants, on doit se tenir les coudes.
Comme ça ? Son nom ? Il se fait appeler le carabin. Il est boiteux, c'est tout
ce que je sais.
Où est-ce qu'on peut le trouver ? Je sais rien.
Tant pis pour elle. On l'embarque au commissariat.
Attendez ! Le carabin m'a passé une commande.
Il doit venir en prendre livraison tout à l'heure.
Oui. Mais il va être servi, ton client.
Ça va?
Impeccable, là.
Un coup de chou, pas avec ça! Il est ferme, là.
La marchandise est prête.
Le voilà.
On peut voir.
Ma foi.
Un peu jeune.
C'est la taille que vous m'aviez demandé.
Tout de même.
C'est réussi.
Impossible.
Il est retenu pour une messe noire.
Celui-là, c'est spécial, c'est un albinos.
Il t'encore chaud ? Il vient d'arriver, touché par la marchandise.
Il m'intéresse.
C'est pas du tout ce que votre client attend.
Moi, si.
Depuis des années.
Pour mes expériences.
Un albinos, c'est rare, alors c'est cher.
On peut bien se faire une petite fantaisie de temps en temps.
J'espérais.
Attendez, moi je reviendrai. Quand ? Quand j'aurai livré l'autre.
L'albinos, vous l'emporterez ? Non.
Je le disséquerai ici.
Compagnons vigilants, allez en paix.
La moralité du royaume de France est préservée grâce à vous.
Ça va, les comédiens, fini, camarades. Ainsi s'achève la dernière réunion des
vigilants. Ça s'arrose.
Après-demain, on file en verre. Dans un mois en Amérique, on va enfin vivre de
nos rentes.
Je lève mon verre à la mémoire du baron Gluckmann, mes amis. Un homme qui a
travaillé toute sa vie pour nous rendre riches.
De toute façon, ne lui a pas demandé son avis.
Ça ne change rien à l'affaire. Je suis un héritier reconnaissant. Le testament
a beau être faux, c'est un testament.
Ne plaisante pas avec ça, jamais.
Ça risque de porter malheur.
Allons bon.
Voilà notre bon notaire à nouveau tourmenté par des remords.
J'ai toujours regretté d'avoir été obligé de le tuer. Ce Gluckmann ne m
'avait rien fait.
Ton or, en échange d'une seule petite balle de plomb. Ça reste un très joli
coup, crois-moi. De toute façon, on ne peut plus revenir là-dessus. Bon,
maintenant, il faut t'occuper de ton cadavre.
C'est indispensable.
Il faut que notre mort soit légale pour qu'on soit tous couverts du côté de la
police.
Vous jamais réveillé le chat qui dort.
J'étais tranquillement installé dans ma nouvelle industrie et vous m'avez obligé
à sortir mes griffes.
Tant pis pour vous, messieurs.
Et personne pourra vous en sortir.
Erreur, Vidocq.
Ah bon ? Et qui ? Moi.
Lâche ces pistolets, François.
Tu m'avais oublié ? Je m'étonne de toi.
Le carabin aurait dû nous livrer un cadavre.
Comme il a amené un vivant, il faut qu'il répare.
Ramène-le ici.
Il va se faire vidoc.
Un marché est un marché.
À toi de me prouver ta bonne voie.
Je vais travailler au petit tourisme.
Quand je vendrai son corps, vous ne le reconnaîtrez pas. Peu importe, mais fais
vite. Je prends un petit quart d'heure.
Nous t'attendons au bord.
Il bloque toutes les entrées des catacombes.
Flambard arrive.
Le notaire et les complices sont faits comme des gamins.
Vite, dépêche-toi, tirons-nous d'ici.
Mais prends le côté qui coupe.
C'était celui-là.
Où t'as ton vis-piston ? C'est pas ce que j'ai trouvé.
Flambard, il est là.
Quel coup de rouge, ce vidéocle.
C'est bon, mettra.
Tiens, à toi de jouer.
Je sais, ça fait toujours ça la première fois. Merci.
Ils sont trois, ils vont sortir.
On a déjà épinglé une femme qui sortait de là.
Où est-elle ? Dans sa voiture, sous surveillance.
Qu'est-ce qu'on en fait ? Laissez-la à moi.
Désolé, Roxane.
Cette fois, c'est trop grave, tu t'en sortiras pas.
Dis pas de bêtises.
Ma bonne foi est entière, je peux le prouver.
Comment ? C'est bien simple, j'agis pour le véritable héritier du baron
Gluckmann.
Tiens.
Et qui est-ce ? L'État, François.
L'État.
Il y a deux testaments. Le faux que tu connais, celui-ci.
Le vrai.
Le notaire me l'a confié, il ne le reverra plus.
C'est un faux grossier.
Évidemment, ça aucun expert ne s'y tromperait.
Mais on ne consultera pas les experts, vois-tu.
Sa majesté a tant besoin d'argent qu'elle se dispensera de cette
formalité. Et si je parle ? Tu ne parleras pas.
C'est ton papier.
Le fruit de ton honorable industrie.
Quelle éclat de rire s'il y avait un procès.
Et quelle publicité pour tes affaires, tes pauvres bagnards, tes malheureux
protégés ne s'en remettraient pas, crois-moi.
Non, ça me fait un marché.
L'argent a l'état.
Et tu me laisses libre.
Dans une heure, le testament sera sur le bureau d'Anglais.
Flambard m'accompagnera.
Mais n'aie pas peur, le marquis aussi.
Elle reviendra toujours.
Quitterais-tu comme ça ? Serais-tu plus galant ?
À la maison
?
Je rentre seul.
Tu ne m'aimes plus.
Si, François, on les tient tous !
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