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Juillet 1815, Louis XVIII est rentré à Paris, définitivement.
La monarchie est restaurée, il faut penser les blessures, amener la France
au calme, assurer la paix.
Les actions de grâce à la Vierge Marie, protectrice du royaume, montent de
toutes parts.
Le roi prêche la réconciliation nationale. Pourtant, les émigrés,
rentrés dans leur droit, font régner une nouvelle terreur contre laquelle Fouché,
toujours ministre de la police, ne peut rien. La terreur blanche. On traque les
bonapartistes et les républicains.
sous le regard complaisant et parfois avec le concours des troupes d
'occupation autrichiennes, prussiennes, russes ou anglaises.
En réalité, la France est un pays occupé qui attend de ses vainqueurs la
signature d'un traité de paix que le roi, aidé de Taïran, discute pied à pied
avec Méternique.
Et que votre majesté veuille prendre en considération que je lui parle ici.
Au nom de toutes les puissances alliées représentées à la discussion du traité
de Paris, les puissances demandent en grâce à votre majesté de prendre en
considération le vœu instant qu'elles forment, de trouver en face d'elles un
gouvernement français mieux accordé à l'image qu'elles se font de la couronne.
Ah,
si Fouché qui vous gêne.
Pas seulement.
Taillerand aussi.
C'est une mise en demeure.
Je suis le très humble et très obéissant serviteur de votre majesté.
Je vous remercie, monsieur le duc.
Vous n'alliez jamais peau d'agre, mon ami. C'est abominable.
C'est très simple.
Deux cases à la place de Fouché.
Pour Théa, on nous verra.
Votre Majesté veut-elle son médicament ? Rien n'y fait, Saint-Serdin.
Les médecins sont des âmes.
On pourrait peut-être faire des prières publiques.
C'est ça.
On pourrait aussi faire des prières publiques.
Madame le moine, vous n'avez vu monter personne il y a un instant ? Oui, c'est
toujours le même.
Il vous a rien dit ? Pas un mot.
A peine sorti, il s'est mis à courir comme d'habitude.
Ça va être drôle qu'il vienne chez vous, monsieur Vidocq.
Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
non, non Parce que votre mystérieux correspondant s'est de nouveau
manifesté. Parfaitement. Lisez vous-même.
C'est toujours la même chose. Un complot menace le roi, sauvez-le. À votre place,
je ne prendrai pas ça au sérieux. Les farceurs, ça existe. Du parquet ! Ça
existe, d'autant plus que je ne suis ici que pour régler les affaires courantes.
Vous comprenez, Vidocq. M. Decaze a remplacé M. Fouché hier.
M. Henry n'a pas reparu au bureau depuis une semaine. Qui sait s'il reviendra ?
Quant à vous, Vidocq, je me demande même si je suis autorisé à vous parler.
Oh, l'eau du parquet !
Oui, oui, oui, oui, il y a vide directorial. Et en cas de vide
directorial, le devoir du fonctionnaire est de sursoir. Je suis fonctionnaire,
Vidocq. Je sursois.
Je sais ce qu'il m'en reste à faire.
Monsieur Vidocq!
Ce soir, 5 heures.
Au tel du passage, chambre numéro 17.
Apportez un passeport pour l'Angleterre et je vous dirai tout.
Je sursois. Je sursois.
Il n'a pas l'air de répondre.
Ça m'étonne. A cette heure-ci, il est toujours là.
Attendez, je vais ouvrir.
Il est peut-être sourd.
Non, il est mort.
Un seul coup de couteau encore.
De l'ouvrage.
Quand est-il arrivé ? Une semaine.
Son nom ? On l'appelait M. Jacques.
D'où venait-il ? Ça dépendait. Des fois, il disait, je viens de Rennes.
Des fois, je viens d'Orléans.
Vous l'avez inscrit sur votre livre ?
Vous recevez de la visite ? La nuit, parfois.
Alors vous recevez un client en comportement bizarre et vous prévenez
pas les gendarmes ? Mon mari s'occupait de ces choses-là.
Maintenant que je suis veuve, vous comprenez.
Qu'est-ce que vous savez d'autre sur lui ? Il avait un gros grain de beauté entre
les yeux.
Il n'y a pas de poche.
Il n'y a pas de vêtements non plus.
Ils ont dû les emporter.
Attends, l'argent, il n'y a rien.
Tu sais, un missel...
et
un billet de confession...
il y a un matin par le curé de la paroisse.
Tu regardes.
Même dessin.
Mon fils, je vous attendais.
Vous avez toujours l'intention de communier demain matin, n'est-ce pas ?
Oui, mon père.
Eh bien, je vous le redis, je ne vous donnerai l'absolution que si vous
renoncez à ce terrible projet.
Je ne suis qu'un simple exécutant dans cette affaire, mon père.
Je le sais.
Et ceux qui vous dirigent sont aveuglés par la haine et du désir de vengeance.
Quant à ce fameux guérisseur de Pontchartres qui a des rapports
personnels avec l'archange Gabriel et qui prêche contre Louis XVIII, me paraît
être tout simplement un instrument entre leurs mains.
Si je n'avais pas été prêtre, j'aurais dévoilé aux gendarmes ce que le secret
de la confession m'interdit de dévoiler.
Faut le voir déposer le roi et le remplacer par son frère.
C'est un crime.
Mais son frère est plus près de l'église, mon père.
Et le roi est plus près de Dieu, mon fils.
C'est ce que vous leur direz vous-même, à cette réunion dont vous m'avez parlé.
C'est que, des réunions, on en a plusieurs, mon père.
La principale, la grande, demain à 5 heures, au pavillon de chasse, du duc de
Bifrac, à Pontchartrain, justement.
Il faut y aller, mon fils, vous entendez ? Il le faut.
Soyez tranquille, mon père.
J'y serai.
Je vous somme, monsieur Vidocq, de retirer immédiatement vos accusations.
où je vous fais arrêter.
Depuis tout à l'heure, le règne de M. Henry est terminé, et c'est moi qui
commande ici.
Il ne sera pas dit qu'on accuse impunément la noblesse de France devant
moi. Enfin, M. d'Anglais, un homme est mort qui allait manger le morceau.
C'est tout de même une signature, non ? Écoutez, Vidocq, dans sa très grande
bonté, notre ministre balance encore pour savoir s'il vous renverra au bagne
ou s'il vous permettra de passer la frontière, comme Fouché.
Il va de soi que pour ma part, je plaiderai en faveur du Toulon.
Mais il m'a commis une tâche. C'est celle de vous remplacer immédiatement.
L'inspecteur Flambard prend dès cette minute la direction de la sûreté.
C'est clair ? Très clair, j'ai l'habitude.
Merci, Flambard.
Je n'ai rien à vous dire, Vidocq.
T'as vu ce monde à Pontchartrain ? La marche leur boutteux.
Et le pavillon de Debrivac qui est juste à côté.
Je connais pas encore le lien, mais je te jure que je le trouverai. Moi, je te
comprends pas, François.
Tu te fais foutre à la porte comme un malpropre et tu continues à travailler
pour eux. Non, pas pour eux, pour moi, Louis.
Les ultras, je peux pas les sentir.
Mais on risque tous notre peau, enfin.
Avec toutes ces patrouilles autrichiennes alentour, on va sûrement
se faire coincer.
Je vais y aller tout seul.
Des fossés, tu m'attendras ici.
Toi, rejoins les autres, mêlez-vous discrètement à la foule et enquêtez au
sujet de ce guérisseur.
J'aimerais bien savoir ce qu'il a dans le ventre.
Allez, on y va.
Messieurs, l'opposition commence à relever la tête.
À Grenoble, à Lyon, des clubs se forment.
On y trouve des jacobins et des bonapartistes.
On y prête serment sur un poignard et les traîtres sont immédiatement
exécutés. Nous devrions en faire autant ! C'est fait.
Il y avait un traître parmi nous, de Wim.
Vous n'entendrez plus jamais parler de lui.
Il y allait de notre salut à tous.
Vous êtes en retard, monsieur de Balmachos. C'est que je viens du Château
de Saint-Luc. J'ai entendu un de nos ministres parler de progrès. Oui,
monsieur. J'ai entendu ce mot-là. Si nous voulons sauver la monarchie, il
faut changer le roi de France. Moi, je crie déjà, vive Charles X.
Vive Charles X.
Alors, messieurs, soyons prudents.
Le frère du roi devine sûrement nos intentions.
Mais il n'acceptera jamais de participer ouvertement à notre coup de force.
Et ce coup de force... aura lieu dans huit jours.
Le roi qui souffre des jambes refuse, vous le savez, de sortir de Saint-Cloud.
Or, l'occasion rêvée se présente par les colonels.
Messieurs, le roi vient d'accepter d'assister aux fêtes que la ville de
Rouen donne en l'honneur de Jeanne d'Arc le 8 mai. Or, nous sommes le premier.
Le colonel de Boisbrou commande précisément le régiment caserné sur la
route que devra suivre le roi.
Il est sûr de ses officiers.
Dans la nuit du 6, la voiture royale sera arrêtée et conduite dans un château
voisin. Avec le plus grand respect.
Naturellement.
Au château, nous supplierons le roi de sauver la monarchie en signant son
abdication.
Mais s'il refuse ? Il ne refusera pas ! D'ailleurs, messieurs,
je suis allé voir ce guérisseur à qui l'archange Gabriel a parlé.
Et comme je vous parle, il lui a dit que le roi était entouré de mécréants.
et que les anges du ciel versaient des larmes sur le royaume de France.
Moi, c'est simple, j'y ai envoyé tous mes officiers. Messieurs, je crois que
nous sommes tous d'accord.
Dimanche prochain, nous aurons un roi nouveau.
Si vous ne voulez pas subir le sort de Jeanne d'Arc, je vous conseille de
sortir de cette cachette.
Je comptais jusqu'à trois.
Une fois.
Deux fois.
Vous êtes de passage ou vous habitez la région ? Oh non, je suis venue aux
voisines. J'ai une maison à Pontchartrain.
À Pontchartrain.
Quelque chose que j'aimerais bien savoir, tout de même, Roxane.
Tout ce que tu voudras, mon amour.
Ne me dis pas que tu fais confiance à ce ramassis d'imbécile.
Tu travailles pour Fouché ? Tu poses trop de questions, François.
Louis.
Ça va ? T'as rien de cassé ?
Comme tu revenais pas, j'ai voulu faire le tour de la baraque et flan sur la
cafetière. Moi, j'ai rien pour amortir.
Combien ils étaient ? J'ai pas eu le temps de compter.
Et toi, comment t'es là ? Ça va, je t'expliquerai.
Cette fois, ça va pas être du gâteau pour sortir de là.
Dis donc, il m'a garé d'un mal de dents.
Il veut pas qu'on le paye. Quoi ?
Pas grave.
Va t'asseoir là-bas, prends ça et dans dix minutes, ce sera fini.
De quoi souffrez-vous, monsieur ? Non, non, je ne souffre de rien, sinon d'un
doute. On nous a dit que vous receviez parfois des visites mystérieuses.
Elles ne sont pas mystérieuses.
Je vois très bien à quoi vous faites allusion.
L'archange Gabriel, il est très simple.
Et tout ce qu'on peut trouver sur lui dans les bouquins d'histoire, c'est
vrai.
Il m'a tout confirmé de A à Z.
On nous a dit qu'il a fait parfois des reproches à la politique du roi
Hezbollah. Ah non, il faut dire les choses comme elles sont.
Il lui arrive d'en parler, mais pas en mal.
Ce qu'il dit par contre, l'archange Gabriel, c'est qu'il n'y a pas à
tortiller, il faudra balayer tout ça.
Changer les ministres.
C'est notre seule chance.
pour que le royaume de France, il redevienne le royaume de France.
C'est ça qu'il a dit, l'archange.
Et ne me dites pas que vous êtes malade, monsieur.
Ce serait mensonge.
Et c'est mal de dire des mensonges.
Vous êtes là pour voir si je ne suis pas un charlatan, n'est-ce pas ? Il y en a
eu d'autres avant vous.
Je ne vous en veux pas.
Mais regardez-moi bien.
Tout ce que je veux, c'est le bien des pauvres gens que je soigne.
Monsieur le docteur.
Et alors, M.
Vidocq n'est plus chef de la sûreté ? Non, chère baronne.
Nous l'avons congédié hier.
On ne prend pas de gants avec ces gens-là, on les met à la porte.
Il l'a bien compris, d'ailleurs, il a disparu sans demander son reste.
Ah oui ? Et c'est moi, désormais, personnellement, qui aurai le plaisir de
recueillir de cette bouche charmante la moisson de petites nouvelles qu'elle est
chargée de m'apporter.
Moi ou le nouveau chef de la sûreté. Voici.
Laissez-moi vous présenter M. Flambard.
Flambard, madame de Saint-Gély. Je connais et apprécie la haute conscience
de M.
Flambard. Oh, madame.
Les voleurs n'ont qu'à bien se tenir.
N'est-ce pas ? Je viens d'ailleurs de charger M.
Flambard de sa première enquête.
On me rebat les oreilles de ce guérisseur de Pontchartrain.
M. Flambard y part à l'instant.
Et il y part dans ma voiture ? C'est ce dont, justement, je voulais vous
entretenir, mon cher baron.
Vous savez, enfin, que Bastien est mon voisin.
C'est un très brave homme, mais ses visions m'inquiètent. En fait, je me
demande ce que ça cache.
Alors, ça tombe très bien.
M. Flambard, logera chez moi.
Faites-moi le plaisir d'accepter, M.
Flambard. Vous n'y serez pas plus mal qu'à l'auberge. Oh, madame ! J'y tiens
beaucoup. Eh bien, Flambard, vous acceptez ? Allons, allons, Flambard !
Être invité par la baronne de Saint-Gélie et nommé au grade supérieur,
tout ça le même jour. C'est trop, Renaud, c'est trop.
Alors, pavillon de chasse ? Personne, sauf un gardien avec un fusil.
Pas de vidocs, pas de défaussés, disparus, volatilisés.
Rien de plus, c'est Chirin qui a.
Un peu l'être, en garde.
Qu'est-ce qu'il fait, là, celui-là ? Mon Dieu.
Voilà, Bastien habite la petite maison au coin de la rue, là-bas. Vivez de ce
pas. Non, non, allez d'abord vous reposer chez moi. Le petit château, au
fond du parc.
Je dépose mon nécessaire.
Voilà.
Firmin, où vous savez ?
Le mondial avec moi. Les autres, vous
surveillez Flambard.
Toutes vos astuces, je les connais.
Si vous essayez de vous échapper... Exactement.
La nourriture ? On peut aller.
Moi, j'arrive pas à manger avec une cuillère en bois.
J'ai l'impression de retomber en enfance.
Alors, François...
Mais c'est très vilain.
On ne me dit pas qu'on n'est plus chef de la sûreté ? On joue les importants
quand on n'est plus rien ? Tu travailles pour ton propre compte, maintenant ?
Je n'aime pas tes amis.
Moi non plus.
Mais il y a un plaisir rare à gouverner à travers les imbéciles.
Tu voulais des explications, François.
Tu vas les avoir.
Tu te souviens, il n'y a pas si longtemps, tu m'as tenue au bout de ton
pistolet.
Et tu me fais la grâce de me laisser la vie sauve.
Je n'aime pas qu'on me sauve la vie, François.
Je dirais même que je déteste.
Alors maintenant, l'occasion s'offre.
Si le comte d'Artois remplace Louis XVIII,
Je deviens tout, tu n'es plus rien.
Les ordres, c'est moi qui les donnerai.
Et la vie, c'est à moi que tu les devras.
Tu as compris ? Très bien.
Crois-moi, ce souterrain, tu vas y rester longtemps.
Qui rechercherait un bannière disparu ? Je pense qu'il m'arrivera de
venir te voir.
À mes heures.
Et tâche d'être sage.
Sinon... T'as, t'as, t'as, t'as.
Il n'y a qu'à attendre la nuit.
Quelle heure ? Six heures.
Il en met du temps à sortir flambeur.
Allez,
vous n'avez jamais eu mal ! Et vous ne vous êtes jamais
appelé Bricou ! Vous me voulez du mal ! Les amis, cet homme me veut du mal ! Je
n'ai pas le compte à rendre à personne ! Laissez-le filer ! Celui qui se rit de
la maladie, la maladie se rira de lui. Ne l'oublie pas !
Ah ! Cet homme m'a mis à la porte comme un dégoûtant ! Il m'a traité de tous les
noeuds et bien le va voir ! Je donne ma poche à mon dadaré tout prêt ! Je n'ai
que le noeud à écrire dessus ! Et je vous prie de croire que ça ne sera pas
long ! Je retourne chez lui et je l'emmène à la gendarmerie ! Oh,
Flambant, vous ne pouvez pas faire cela ! Et pourquoi, s'il vous plaît ? Parce
que... Vous me causeriez une grande
déception.
Je dois tout vous avouer, Flambard. Nous donnons une petite fête chez Empêtre
dans le pays dimanche et je dois conduire le bal avec le cavalier de mon
choix. J'allais vous demander d'être ce cavalier-là.
Évidemment, si vous révélez qui vous êtes, la chose devient impossible.
Je regretterais beaucoup.
Mon Dieu, madame, vous auriez ouvert le bal avec moi ?
C'est affreux.
Je ne sais pas danser.
Mais vous avez le temps d'apprendre d'ici dimanche. Je suis contente. Pamela
vous donnera des leçons. Oui, elle danse très très bien.
Et de plus, elle touche divinement le piano.
Alors on se décide des flambards.
Oui, mais...
Ce piano nous dit que nous n'avons rien à craindre. La police est en train de
danser. Je vous l'ai toujours dit, madame. Vous êtes le diable.
Messieurs, messieurs, nous approchons du but.
Tout est en place pour le 8.
Nous allons faire notre révolution. Comment ? Vous osez appeler notre
mouvement une révolution.
Pourquoi pas ? Le mot est à la mode. Soyons habiles, adoptons-le. Nous allons
faire une révolution.
Nous reconstruisons la Bastille.
Alors nous y enfermons M.
Decazes. Il a serré la main de Bonaparte. Tout homme qui a serré la
main de Bonaparte devrait être pendu. Tout ceux qui ont parté le bonnet rouge.
Pendu aussi.
La France est un pays forestier. Il faut bien que les arbres servent à quelque
chose.
Bien.
Messieurs, si nous sommes réunis ici ce soir, c'est qu'il y a des décisions
graves à prendre.
Un nouveau roi, nouveau ministre.
Nous devons savoir ce que nous voulons et prévoir dès maintenant la
distribution des portefeuilles.
Colonel, je vous propose le ministère de la guerre.
Il faut d'abord que je sois général.
Tout est prévu. On vous nommera général en même temps. Pourquoi pas les affaires
étrangères ? Moi, ça me changerait des militaires.
Pardon, colonel. Les affaires étrangères, ce serait plutôt mon
affaire. Mes chemises, je les fais toujours venir de Londres. Vos chemises,
elles sont affreuses, vos chemises.
Voilà un mot que vous ne me direz pas deux fois.
Messieurs, je ne veux pas qu'il y ait de dispute entre nous.
Je prends les affaires étrangères.
Alors là, je ne suis pas d'accord, mais je ne suis pas d'accord, dites-moi. Moi,
je suis d'accord, d'accord, mais à une condition, vous me donnez les finances.
Non.
Ah non, les finances, ce sera, euh, Chambourdon.
Chambourdon ? Oui, on lui a promis quelque chose.
Chambourdon ? Messieurs, je regrette, mais Chambourdon est un déplorable
cavalier, acceptable peut-être dans le trot, mais déplorable dans le galop. Et
puisqu'il ne sera pas sur un cheval, il sera dans les finances. Mais finances ou
cheval, je ne veux pas de Chambourdon. Bon, alors je vais encore me dévouer.
Je prends les finances et je cède les affaires étrangères à moi.
J'accepte. Mais... J'ai acheté une mapmonde, moi, pour mon fils qui entre
au collège. Une mapmonde, c'est tout de même plus sérieux qu'une chemise, non ?
Et j'ai étudié, moi. Tenez, Valmajour, dites-moi donc la distance exacte entre
Paris et Constantinople. Eh bien, je me fie de Constantinople ! Mais si on vous
donne les affaires étrangères, moi, je démissionne.
De quel ministère démissionnerez-vous, Valmajour ? Vous n'en avez encore aucun.
Calmons-nous, messieurs.
Laissons passer une nuit.
Nous déciderons tout ça.
François a dit d'attendre, ben on attend.
Oh, j'en ai marre, j'en ai marre, marre.
Moi, sans lumière, je peux pas bouffer. Je trouve pas mon assiette.
Non, mais partout... Et puis, il fait froid !
Qu'est-ce que vous voulez ? Manger. Dans le noir, on peut pas.
Alors vous allez me faire le plaisir de rester planté ici en attendant qu'on ait
fini le festin.
Et puis mon compagnon, il va prendre froid. Alors il nous faut des manteaux.
Si en plus vous nous prévenez de manger, il va tomber malade. Vous serez
responsable.
Bon, ben, je vous laisse la lumière.
Qu'est-ce qu'on peut faire ? Tu veux qu'on te passe un trousseau de clés ?
Non, non, non, écoute, il n'y a plus urgent.
Vous êtes tous là ? De ici, de la Pontchartrain.
Vous n'avez pas encore été viré de la sûreté ? Non.
Alors écoute-moi.
Direction Paris, tardard.
Tu vas dire aux marquis de nous écrire quelques lettres anonymes, bien senties,
comme quoi il y a danger de mort pour le roi s'il va à Rouen le 8 mai.
Le 8 mai, tu as bien compris ? Le 8 mai.
C'est un complot.
Répète. Un complot.
Je veux que ces lettres soient déposées sur le bureau de Decazes, le nouveau
ministre, demain matin ou plus tard.
Débrouillez-vous comme vous voulez.
Faites attention à Flambard.
Flambard, tu sais où il est ? Il est chez la baronne à Pontchartrain.
Il commence à m'énerver, celui-là.
J'aimerais bien que vous lui fassiez sa fête, histoire de le mettre sur la
touche pendant un jour ou deux.
Tu me suis ? Je te précède, au revoir.
Au revoir.
On compte sur vous pour sortir de là.
Celui qui se rit de la maladie, la maladie se rira de lui.
Oh, madame, c'est la catastrophe.
Eh bien, parlez.
On peut ? Mais bien sûr, aucune importance, alors.
Vous vous êtes découvert.
Le roi ne va plus à Rouen. Des lettres anonymes, des monceaux de lettres
parlant d'un complot.
Heureusement, personne n'est nommé.
Decaze a ordonné une enquête. Au palais, tout le monde soupçonne tout le monde.
Quelqu'un a donc parlé.
Pas nous !
J'ai mis au courant tous mes officiers. J'ai dû les convaincre un à un. Je les
connais. S'il y a une enquête, tout va être découvert.
Nous sommes bons pour la guillotine.
Moi, messieurs, je n'ai jamais été d'accord avec vous. Pas d'accord, pas d
'accord. Vous, vous étiez à la une, comme les autres. Vous vouliez me coller
au ministère. Je ne sais plus lequel.
Mais je disais non. Vous en venez à un autre. Je disais non aussi pour l'autre.
C'est inutile. Si le nouveau préfet nous arrête, il nous arrêtera tous.
Alors c'est simple.
Nous n'avons plus qu'à nous suicider. Comme vous y allez.
Vous en avez de la chance, vous, de pouvoir vous suicider, Valmajour.
Moi, je ne peux pas, la religion me l'interdit.
Allô, colonel, vous avez fait la guerre ? Et j'ai le don à tuer tout le monde,
sauf moi-même.
Je vous en prie, colonel, il y a autre chose à faire.
Il nous reste très peu de temps pour jouer.
Il faut prier Dieu pour que le roi quitte cette terre le plus vite
possible. Ça arrangerait tout. Quoi ? Bon Dieu aime bien qu'on l'aide
quelquefois. Il ne fait rien tout seul.
Vous voyez le moyen d'aider le bon Dieu, vous ? Peut-être.
Je connais une de ses intimes. Nous avons un archange dans notre jeu,
profitons-en.
Nous allons lui demander des conseils pour soigner le roi. Il y aurait deux
façons de soigner quelqu'un.
La bonne et la mauvaise.
Je ne comprends pas.
Moi non plus, mais c'est très bien comme ça. Il ne faut jamais rentrer dans le
détail. La règle dans l'armée, c'est de se plier aux circonstances. Ce qui
arrivera, c'est de sa faute. Il n'avait qu'à se faire sacrer. À Reims, comme les
autres, puisque c'est écrit dans le règlement. Le plus urgent, c'est de se
montrer beaucoup aux tuileries. J'y vais de ce pas. Excellente idée. Je vous
suis.
Au revoir, cher ami. Nous vous faisons confiance.
Que le ciel vous assiste.
Je veillerai.
Il faut que l'archange Gabriel fasse un miracle.
Le trésor ?
Grâce au trésor, Bastien pourra aller à Saint-Cloud soigner le roi.
Allez, va vite.
Bastien dort peut-être déjà.
Non, il reste sur le quaiville jusqu'après minuit. Il attend toujours l
'archange.
N'approche pas davantage.
Tu pourrais te brûler.
C'est vous, monsieur l'archange ? Vous ne m'avez donc pas oublié ? Non,
Bastien.
Là-haut, dans le ciel, nous parlons souvent de toi.
Et nous sommes tristes.
Oh, pourquoi ça ? Parce que tu ne te démènes pas assez.
Je t'avais ordonné d'aller voir le roi à la cour et de t'occuper de ses jambes
malades.
Vous savez bien que je suis allé voir le curé, mais il hésite à parler de moi à l
'évêque. Et pourquoi hésite-t-il ? Parce qu'il ne me croit toujours pas.
Demain, il te croira.
Et pour le convaincre, voilà que tu vas lui révéler l'emplacement d'un trésor.
Un trésor ? Des centaines de pièces d'or qui dorment depuis des
siècles au pied du chêne du cimetière.
Tu as compris ? Oui, monsieur l'archange.
Quand le curé sera convaincu, il ira voir l'évêque.
Et voilà que le roi t'appellera à la cour pour le guérir.
Je trouverai ce qu'il a.
Mais c'est difficile à guérir un roi.
Alors tu lui ordonneras de prendre de cette poudre que tu trouveras dans l
'herbe après mon départ.
Ce sont des anges qui l'ont fabriquée.
Et cette poudre parviendra à le guérir ?
Lentement, mais sûrement.
Une cuillerée chaque soir dans sa tisane.
Mais attention ! Ne lui révèle pas d'où vient cette poudre.
Elle perdrait tout pouvoir.
Et maintenant, Bastien, ferme les yeux.
Fais ta prière.
Et prends ce que les anges t'ont apporté.
Je veux creuser moi-même et devant tout le monde, je prouverai que tu es dans l
'erreur. Monsieur le curé. Tais-toi.
Si l'archange Gabriel voulait vraiment se manifester dans une paroisse, il
irait d'abord trouver le curé, il me semble.
Tu fais du tort à l'église, avec tes inventions.
Je n'invente rien, voyons. L'archange veut que j'aille trouver le roi et que
je le guérisse.
Miséricorde.
En trois jours, il en est venu des milliers et des milliers, des vrais
chrétiens. Et notre curé fait signer à tout le monde un grand livre pour que
notre Bastien aille à Paris, guérir le roi. À Paris.
Il y a du monde à genoux depuis le portail de notre église jusqu'au bout du
village. Et jour et nuit, moi aussi j'ai signé le livre.
L'évêque, qu'est-ce qu'il leur dit ? Qu'ils disent ce qu'ils veulent, le
miracle il existe.
Et puis s'il n'est pas d'accord, notre évêque, on se passera de sa permission.
Et on emmènera notre Bastien à Paris nous-mêmes. Voilà, c'est tout.
Allez, amenez vos gamelles, mes crayons.
Il faudrait sortir d'ici au plus vite.
L'acrobate et les autres, ça ferait deux jours qu'ils devaient être revenus.
On n'a vu personne.
C'est inquiétant.
On se pensera d'eux.
J'espère que Votre Majesté va répondre non à cette pétition.
Ils sont 12 000 de case.
Vous allez offenser la faculté, si.
Je vais offenser ces braves gens de case.
On va sourire à l'idée qu'un roi de France Fais confiance à un guérisseur.
Le roi de France avait reçu de Dieu le pouvoir de guérir les écrouels.
J'aimerais qu'un roi de France soit à son tour guéri par son peuple.
Et puis j'ai mal.
L'Église n'aime ni les visionnaires ni les miracles, sire.
Elle n'est pas infaillible.
Il s'est trouvé un pape pour sacrer Napoléon.
Et tenez, je vais vous faire un aveu. C'est justement pour ça que je ne suis
pas allé à Reims. C'est ma vengeance personnelle. Que votre majesté me
permette de lui dire...
que c'est justement ce que lui reprochent beaucoup d'émigrés. Je sais,
je sais, je sais, je sais.
Entre les ultras qui me traitent de Jacobin et les Jacobins qui me traitent
de tyran, ma position n'est pas très confortable.
De casse, c'est décidé.
Je recevrai le guérisseur. Dans trois jours, le 8 mai.
Comme ça, ce que Jeanne-la-Bonne-Lorraine n'a pas eu l
'occasion de faire, se repouter le fera peut-être.
J'ai déjà fait le coup de pendu ? Non, c'est la première fois. J'ai inoublié.
Tu crois que ça a marché ? Avec la surprise, peut-être.
Il y a combien de temps que vous êtes là ? Deux jours.
On est revenu au pavillon pour vous aider, puis croc.
Il y a des amants blancs qui vous sont tombés dessus, c'est ça ? C'est ça.
Qu'on a ici.
Regarde au-dessus de ta tête.
On est chez l'occupant ? Exactement.
Pas joli ? Moi non plus.
Amen.
Pourquoi bien que cette fois on s'en sortira pas ? Ça m'en a tous les...
Monsieur, vous êtes français.
Vous avez l'esprit rapide.
J'imagine que vous avez déjà compris que vous allez être fusillé.
Parfaitement raisonné.
Merci, monsieur Bidocq.
Ne me demandez pas pourquoi.
Vous le savez très bien.
Chacun de vous a sur la conscience dix fois de quoi être condamné à mort.
pour complot contre les puissances alliées.
Votre célébrité même vous accable, monsieur Vidocq.
Nous sommes Français, monsieur.
Ce n'est pas à vous de nous exécuter.
Parfaitement raisonné.
Aussi n'est-ce pas moi qui vais commander le feu.
J'ai fait chercher à ce que ce soit quelqu'un d'infiniment plus qualifié que
moi-même.
Et que voici d'ailleurs.
C'est très simple, madame.
Le duc de Metternich n'a en vous qu'une confiance modérée et il m'a chargé de
vous surveiller.
À juste titre, d'ailleurs.
Puisque M. Widock est désormais au courant de nos affaires, il doit le
payer de sa vie.
Les intérêts en jeu sont trop importants.
Nous réparons une erreur bien féminine et que le duc excuse volontiers.
Comme marque de sa confiance retrouvée, il vous prie seulement de commander le
feu vous-même.
Placez-vous au bout du peloton d'exécution, s'il vous plaît.
J'ai des révélations capitales à faire au duc de Metternich.
Vous comprenez donc l'allemand, monsieur Bidocq ? Bien sûr, je suis d'Harsbrouck.
Tout Flamand comprend toujours plus ou moins l'allemand.
Et ce que vous avez à nous dire ? D'une importance capitale pour la négociation
du traité de Paris.
L'Espagne !
Capitaine.
S'il vous plaît, madame.
Un peu d'humanité ne serait pas déplacé, monsieur.
Eh bien, monsieur, qu'avez-vous à nous dire ? Ceci.
Détachez-les ! Détachez-les !
Les Alliés n'ont pas l'air d'avoir confiance en Louis XVIII.
Il serait tellement plus malléable, ce petit comte d'Artois.
Dommage, hein ?
Hé,
oh ! Y a plus personne ? Oui, les Bastiens.
Oh, messieurs, vous l'avez manqué d'un petit quart d'heure.
Le roi vient de le faire prendre.
Il est parti pour Saint-Cloud dans une voiture à cocarde blanche.
Tout le village est allé l'accompagner à l'entrée du pays.
Grotte de Paris ! Tout
le
monde descend.
Monsieur, je me rends auprès du roi. Je m'appelle Bastien. Il m'attend.
Je dois le guérir.
Il ne sera pas déçu.
M. Bastien.
Venez ici, M. Bastien.
Viens, soyez-vous là, sans façon.
Alors, M.
Bastien, il paraît que ces messieurs du paradis viennent vous rendre visite.
Il me parle souvent de vous, Sire.
De mes pauvres jambes ? De bien d'autres choses encore.
Restons en jambes.
Croyez-vous que vous pourrez me guérir de mes douleurs ? Je peux toujours
essayer, Sire.
Laissez-moi vous faire quelques passes.
Et quelles autres choses vous disent-ils, ces messieurs du paradis ?
Il y a des mécontents dans votre... C'est son entourage, sire.
Vous devriez vous méfier.
Tiens, tiens.
Et puis ? Il se prépare un mauvais coup.
Qui ça, exactement ? L'archange Gabriel t'a dit les noms ?
Si la liste est déconjurée, sire.
Le guérisseur que j'attendais.
Laissez-moi vous parler, sire.
Sire. Vous vous tiendrez bien derrière la porte.
Et au premier signal...
Le vrai guérisseur devait vous faire prendre de cette poudre-là, qui lui
aurait été remise par l'archange Gabriel.
La bonne faute du bonhomme est hors de cause, mais... Je conseillerais à Votre
Majesté de faire analyser cette poudre.
Je suis dévoué à la cause de votre majesté et l'ennemi de ses ennemis.
Je vous demande votre nom.
Je suis un ancien bagnard, un forçat en rupture de banc.
Ainsi vous êtes ? Oui, sire, vous avez deviné.
Ainsi maintenant j'attends ma grâce ou ma disgrâce.
Me renverrez-vous au Banc de Toulon ?
Il y a dans cette liste des noms qui sont parmi les premiers du royaume.
Oui, sire.
Oubliez-les, j'oublie tout.
J'aimerais bien que vous me racontiez vos événements.
Si je vous retenais trop longtemps, on s'étonnerait. Ce serait contraire au
protocole. Nous, les rois, nous sommes un peu des prisonniers.
Nous ne pouvons pas nous évader.
Un peu...
Alors ? Tout va bien.
Ducasse m'a confirmé dans mes fonctions, la sûreté continue.
Comme avant ? Oui,
dans la voiture.
Adieu, plus jamais, Roxane.
Peut-être mieux comme ça.
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