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1er juin 1815.
Les 100 jours tirent à leur fin.
Les vivats ont beau être toujours aussi enthousiastes lorsque l'empereur paraît
à son balcon des tuileries, Napoléon est préoccupé.
Les troupes anglaises, prussiennes, russes et autrichiennes sont en
Belgique. L'empereur fait monter toute l'armée française à leur rencontre.
Il va falloir se battre.
A Paris, rien ne trahit l'imminence du péril. On chante, on danse, mais
derrière cette apparence, la confiance n'y est plus. L'argent fuit, la bourse
baisse obstinément, la rente s'effondre, multipliant les tentations pour les
spéculateurs.
Inutile, monsieur le gouverneur, il faut absolument soutenir le marché.
Sa majesté m'a confié cette tâche essentielle en quittant Paris tout à l
'heure pour les frontières du Nord.
Sans argent, pas d'armée. Il faut restituer le climat de confiance.
Mais monsieur le ministre, vous connaissez le problème aussi bien que
moi. Quand l'argent veut pas, il veut pas.
Les gens sont vendeurs. Mais ce que la banque peut acheter, c'est une goutte d
'eau dans la mer.
Les coffres sont vides. Sans compter cette histoire de faux billets que
monsieur Vidocq connaît fort bien.
Je vous ai dit de soutenir, vous soutiendrez.
Et il est bien entendu que Paris baigne dans l'optimisme.
Qu'on paye des orchestres, des danseurs.
Paris est la capitale du monde.
N'est-ce pas, Vidocq? Que Paris est la capitale du monde.
C'est déjà fait, monsieur le ministre.
Quoi donc? Qu'est-ce qui est fait? Les orchestres, les danseurs, tout ça.
Ah, très bien. J'aime que l'exécution précède l'ordre.
Alors, il faudra... Ben, dites-moi, Vidocq, vous êtes distrait?
Moi, monsieur le ministre?
Non, non, non.
Mais si.
Distrait.
Vous savez, vous laissez surprendre par le petit archer.
Je savais, madame de Saint-Gély, capable de beaucoup de choses, sinon de... Mais
cette action d'éclat mérite un coup de chapeau particulier.
Souviens l'évasion de l'alchimiste ? Plus de deux mois déjà.
Fais deux mois que t'as rentré, tigrif.
Tu sais que ça te va très bien d'être passé du rôle de tigresse altérée de
sang à celui de petit charron au coin du feu.
Ça te débarque pas du tout.
Vous avez des drôles d'idées sur ce qui vous rend attirante, les femmes.
C'est vrai.
Le personnage de compagne fidèle, je trouve ça très séduisant pour une jolie
femme.
Qu'est-ce que t'en penses ?
Tu
rêves ? J'escompte.
J'extrapole.
Oui, c'est ça, je rêve, mon amour.
Bien.
Ça tient toujours notre petite idée d'amour ce soir à Auteuil ? Bien sûr.
Fou à grand, Romain.
S'il va être chevreuil, je pense te prendre un ciseau. Mille fois.
Soir, Justin.
Monsieur Vidocq, Madame la Baronne est partie.
Comment ça, partie ? Définitivement, avec ses bagages.
Elle a vendu meublé, le nouveau propriétaire est déjà installé dans les
lieux et je ne peux pas vous laisser entrer.
Elle m'a chargé de vous dire qu'elle regrettait bien.
Elle n'a pas laissé d'adresse ? Non.
Oh, voilà le patron.
François est au courant. Il paraît qu'ils ont fait partir pour la Belgique
même la garde de Marie-Louise.
La fille du concierge, elle est toujours amoureuse de moi.
Oui, je crois, mais... Alors va lui dire qu'elle met de sa plus jolie robe et que
je l'invite à dîner ce soir à Auteuil. Elle et moi seuls.
Foie gras, homard et civet de chevreuil.
Dans un quart d'heure.
Compris ?
Oui, oui, oui, oui.
Oui. Oui.
Comment qu'elle s'appelle ? Arabelle.
Mais alors, jolie.
Oui, oui.
Parfait. Qu'est-ce que vous faites là, vous autres ? Vous devriez déjà être en
route. Vous êtes de corvée de théâtre, ce soir.
La pièce est drôle. Un opéra.
Comique. Un opéra de méhul. Un opéra, un opéra.
On n'a quand même pas mérité ça.
Oui, vous irez quand même, que ça vous plaise ou que ça vous plaise pas.
Protection de son excellence, la milice de la police, Fouché, duc d'Autrente, et
de Savary, duc de Rovigo, chef de la gendarmerie impériale, qui y assisteront
personnellement. Et voilà tout ? Et voilà tout.
Les autres sont en train de se battre en Belgique. Alors, en colonne par quatre,
direction Méul, marche ! Ce soir, Paris doit être la capitale du monde.
Culture, art et lettres.
C'est un ordre.
Bonjour, mademoiselle Isabelle.
Excusez-moi, monsieur Vidocq, Arabelle.
Quoi ? Je ne m'appelle pas Isabelle, monsieur Vidocq, Arabelle. Ah ! D
'ailleurs, ne m'appelez pas monsieur Vidocq non plus, Isabelle. Appelez-moi
François.
Mais je vous connais, vous.
Il y a quatre ans, monsieur Vidocq, quand vous êtes échappé de la prison de
Melun, la fille du concierge, c'était moi.
Mon père a été muté à Paris.
Mais vous avez quel âge ? Quinze ans et neuf mois.
Est-ce que c'est gentil à vous de m'avoir invitée, M.
Vidocq ? Où est-ce qu'on va ? À Auteuil.
Faut à Grand-Omar, s'il va être chaud à l'oreille. Est-ce que je suis contente ?
M. Vidocq ! Merci.
C'est une lettre d'une bonne amie.
Non. Lis.
Vous êtes prié ce soir, 10 juin 1815, d'honorer de votre présence la
représentation de Joseph, opéra en cinq actes de... Méhul.
Oh, il y a quelque chose d'écrit derrière.
Veuillez considérer ceci comme un ordre, Fouché.
Êtes-vous déjà allée à l'opéra, Isabelle ? Je ne suis jamais allée, monsieur
Vidocq. Vous ne connaissez pas votre bonheur.
On me demande qui est-ce.
Un de mes plus vieux amis, le diable.
J'ai choisi pour notre entretien le magasin d'accessoires.
Ici, au moins, il n'y aura pas de dorée indiscrète.
C'est drôle, ça.
Le grand moustache, là, on dirait ça varie.
Ça va arriver, Vidocq.
Écoutez, Vidocq, ça... Allons, allons, oublions l'incident, ne perdons pas de
temps.
Vidocq, il y a du nouveau.
Il y va de la vie de l'empereur. Et de votre carrière.
Voilà de quoi il s'agit.
C'est plus qu'urgent.
Voilà pourquoi j'ai tenu à ce que le général Savary, en tant que directeur de
la gendarmerie, assiste à l'entretien.
Ces services pourront éventuellement vous prêter main forte.
Ah oui, mais j'écris une note écrite.
Vous l'aurez.
Eh bien, Fidoc, on est distrait.
On ne peut plus du tout, monsieur le ministre.
Alors, vous partez ? Avec mes hommes. Avec vos hommes ? Avec mes hommes.
Messieurs, en avant !
Voyez, monsieur le ministre, que votre protection était bien assurée.
Au revoir, monsieur le directeur.
Un
petit
complément d'information.
C'est moi qui ai envoyé d'urgence la baronne de Saint-Gélie en mission.
Elle est partie sur mon ordre.
En vendant tout.
La baronne de Saint-Gélie a réalisé son immense fortune pour la mettre à la
disposition de la patrie, Vidocq.
Vous pouvez disposer.
Bon, écoutez maintenant.
Ah non ? Comment non ? Excuse-moi, mais l'opéra et moi, c'est pas alors.
J'ai mis du coton dans les oreilles.
Je t'écoute.
Ça y est, tu les ouvres maintenant ? C'est fait, ça y est. Parfait.
Messieurs, on s'en va. Où ça ? Vers le nord.
Ah non ! Euh, si.
Charleroi, Saint-Quentin, enfin bref, la Belgique.
À moins que l'événement ne survienne avant.
Il faut absolument aller en Belgique pour ça ? Alors, non seulement en
Belgique, mais en Hollande, en Pologne et peut-être même en Prusse.
Allez-y, la seule chose qu'on le sache, c'est que les assassins suivent l
'empereur. Mais... à nous de les découvrir.
Bon, de toute façon, voilà le plan de bataille.
À partir de cette minute, vous êtes mobilisés.
Voici vos ordres de rappel.
Mais j'ai jamais été soldat.
Rejoignez d'urgence le 85e régiment de ligne en formation à Roy.
Non, rassurez-vous, ce sera pas difficile.
Vous n'avez juste à passer sur place qu'un petit examen d'incorporation.
Mais je ne veux pas, j'objecte. Et ma conscience, alors ? Sa conscience, ma
conscience, notre conscience à tous.
Oh, Marquis, vous et votre conscience, vous êtes grandiose.
Non, rassurez-vous, dès que vous serez embrigadé, je viendrai vous récupérer
pour mon service personnel.
Parce que j'ai besoin de militaires, et ces militaires, je veux que ce soit
vous.
On s'en souviendra de juin 1815.
Ce sera sûrement une bonne année pour le Beaujolais.
Pour le Beaujolais peut-être, mais pas pour mes pieds. Oh, cette chaleur. Quand
je pense, il y en a qui ont fait la traite de Russie, bien au frais. Et ils
se plaignaient.
Messieurs, loin de moi l'intention de brandir l'étendard de la révolte, mais
je n'irai pas plus loin.
Il a raison, le marquis.
On peut se reposer cinq minutes. Oui.
Regardons les choses en face.
Vidocq nous expédie dans un régiment de marche.
Et qu'est-ce qu'on fait dans un régiment de marche ? On marche, tiens.
Justement, moi, je marche plus.
Il n'a pas voulu nous mettre dans la confidence et nous dire ce qui se passe.
J'aime pas ça.
Oui, mais on a nos ordres de rappel sur nous.
Si on ne joint pas, on sera déserteur.
Ce qu'il faudrait, c'est pas être embarqué, sans pour ça être vraiment
déserteur.
Si on tuait quelqu'un...
On nous foutrait en taule, on serait peinards.
Si Napoléon gagne la guerre, il proclamera l'amnistie.
S'il la perd, on nous expédie à l'échafaud et on sera peinards pour l
'éternité. Pour une idée, c'est une idée.
Moi, j'en ai une autre.
Le régiment se dirigera sur... Non, sur l'Anse.
Couvert par le 3e escadron de 42e chasseurs.
Est-à-fait.
Les compagnies se présenteront dans l'ordre suivant. Quoi ? Qu'est-ce que c
'est encore ? Mon colonel, c'est au sujet des réservistes.
Qu'est-ce que vous voulez que j'en foute ? Mais mon colonel, justement, on se
demande. Quoi ? Ils ont passé la visite, oui ou non ? Ils étaient en train.
Mais le médecin-major se demande... Il n'a jamais vu ça.
Vu quoi ? Ça.
Monsieur le directeur. Bonjour.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Nous avons l'honneur, monsieur le directeur, d'être
appelés sous les drapeaux.
Voici d'ailleurs nos ordres individuels de mobilisation.
On nous les a remis à la sortie de l'hôpital.
Et si vous le permettez, monsieur le directeur, je parlerai au nom de mes
compagnons, car celui-ci souffre d'un léger défaut de prononciation. Il a mal
remis d'une crise de compulsion.
Quand à mon ami des fossés que voici, depuis que sa maison de Montrouge a été
cambriolée, il se prend pour un chien de garde.
Vous vous foutez de moi !
Il est mort ! Allez,
bougez ! Tout
ça peut faire d'excellents hommes d'amour, à l'heure où la
patrie a besoin de ses forces pour vaincre.
Et vous croyez que ça va se passer comme ça ? Que je vais laisser contaminer mon
unité par une bande de furieux ?
Pas de maison de fous !
Je ne joue plus. Non, je ne joue plus.
Tant que des possibles prix ne seront pas mieux que ça, je ne jouerai plus.
Enfin quoi, ça fait deux mois qu'on lui apprend. Oui, je voudrais bien, mais je
n'arrive pas. La carte, elle a encore du jeu.
Messieurs, si ces messieurs le permettent, je pourrais faire le
quatrième à la place de ce monsieur.
Très réformé, mes compliments.
Notre faute, monsieur le major.
Oui, bon, ça va, ça va. On s'expliquera tout à l'heure. Mais je vous garantis
que vous perdez rien pour attendre.
Monsieur l'aubergiste, il faut faire évacuer tout l'établissement.
Je suis désolé, police.
Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Allez, on dégage.
Allez, allez, vite, vite, vite.
Mais rien, mon brave. Affaire secrète, strictement secrète.
Question de sécurité.
Et vous autres, restez là.
Faites-moi préparer votre meilleure chambre.
La meilleure chambre, c'est la mienne. C'est parfait, allez-y.
Et vous amusez pas à redescendre. Ce qui va se passer ici ne le gâchera
strictement personne.
Rassurez-vous, votre discrétion sera royalement récompensée. Et quand je dis
royalement, je veux dire... impérialement.
Et la porte, ça vous fatiguerait ? Vous oubliez, Vidocq.
Excusez, Sire.
Sire ! Sire, suivez-moi ! Hassane Dufresnois, deuxième chasseur à cheval,
trois blessures, deux citations.
Bien entendu.
Étoge ! 1811.
1814. En Autriche. Oui, oui, oui, l'empereur vous connaît très bien. Il m
'a même parlé de vous, seulement...
Je vous devais demander de lui préparer une chambre.
Votre empereur a besoin de repos.
De repos.
De repos. Vous pouvez disposer. Repos.
Bien sûr. Ma meilleure chambre.
Repos. Vous n'allez pas rester planté là comme ça. Repos.
Vous me permettez de donner mes ordres moi-même ? Voyons.
L'empereur est partout chez lui.
C'est précisément ce que vous m'avez demandé.
Et gardez vos distances.
Bonsoir.
Julien, tu veux pas que je te présente à mes... Je peux le faire moi-même.
Julien Chandoiseau, né au Batignolles, diplômé en pharmacie, exerçant la
profession artistique.
Mais provisoire.
de sosie.
Métier passionnant, mais d'un avenir incertain, vous en conviendrez.
Et que j'entends exercer dans le respect et la considération.
Faute de quoi ? Faute de quoi ? Monsieur Vidocq, avant de gagner un repos bien
mérité, permettez-moi de vous montrer une autre facette de mon talent.
Voulez-vous bien écarter les doigts de la main ?
Voilà. Et j'aimerais désormais qu'on évite de me tutoyer.
Eh bien, M. Chaudoiseau,
Vous constaterez que j'ai mes petits talents, moi aussi.
Maintenant, je vous écoute. On dit rien, nous. Oui, ben justement.
J'aimerais savoir pourquoi vous avez été réformés, tous les quatre en plus.
Ça, on n'y a rien compris.
On s'est présenté devant le colonel. Comme ça, bien gentiment.
Mais il voulait pas de nous.
À mon avis, il devait pas avoir toute sa tête à litre. C'est lui qu'on aurait dû
réformer. Tu sais vous, je l'ai vu, le colonel, il m'a tout expliqué.
Malheureusement, je ne pouvais pas lui dire la vérité.
La vérité, c'est qu'on ne sait pas ce qui se passe. On va vous expliquer.
Si je vous y reprends encore à jouer les débiles mentaux, je vous fais révoquer
tous les quatre.
Oui, parfaitement.
Ça suffit, maintenant, asseyez-vous. C'est trop important.
Cette nuit, l'Empereur va dormir à 10
km d'ici.
Demain, à Lens, nous tout près.
Après-demain, à Charleroi, nous à proximité.
Pour l'instant.
Notre rôle consiste à brouiller les pistes et à attirer les assassins vers
nous. Enfin, quand je dis vers nous, je veux dire vers lui.
C'est ça votre plan, Vidocq ? Un empereur par-ci, un empereur par-là ? Ça
laisse 50 % de chance à messieurs les assassins.
Elle raisonne un peu, Marquis.
L'empereur, le vrai, celui des Tuileries, voyage au grand jour avec
tout son état-major.
Le nôtre, celui des Batignolles, voyage incognito.
Mettez-vous une seconde à la place des conspirateurs.
Vous apprenez que l'empereur a un sosie et que ce sosie est aux armées.
D'après vous, lequel est le faux ? Celui qu'on cache ou celui qu'on exhibe ?
Celui qu'on exhibe.
Bien répondu.
Autrement dit, le rôle essentiel de notre Napoléon des Batignolles pour l
'instant, c'est de voyager incognito, mais dans un incognito qui se remarque
beaucoup.
Et l'autre, le Napoléon des Tuileries ?
Le chien a pris des mesures pour sa protection directe. On lui prépare trois
gîtes d'étapes tous les soirs.
Le vrai est choisi au dernier moment. Enfin, presque, parce que la liste, la
bonne, elle est là, avec moi.
Au cas où.
Oh ! À la porte ! Qu'est-ce que j'ai fait ? Va à la porte !
On est
maintenant, qu'est-ce que tu vois ? Pas une.
Une vingtaine de paysans qui regardent par ici.
Ben voilà, ça commence.
Il s'agit maintenant d'attirer les conspirateurs vers nous et de constituer
à nous tous une petite escorte discrète, discrète, mais suffisamment voyante.
Vous voyez maintenant pourquoi j'ai voulu faire de vous des militaires ?
Hein ? T'es que d'un pioche ! Comprenez maintenant dans quel mélange vous m'avez
mis en vous faisant réformer ?
Alors c'est bien simple, demain matin à 8 heures, revue de pactage pour tout le
monde. Et je vous préviens qu'il manque pas un bouton de guêtre, sans ça je vous
largue, tous, compris ? Je vous signale, si ça peut vous rendre service, que le
85e régiment fait mouvement demain matin à 5h30, heure militaire, vers l'an.
Et alors ? Et alors ? En général, quand un régiment fait mouvement, les fourgons
d'habillement sont pas loin.
L'entendance suit.
Moi à votre place.
Compris.
Qu'est-ce qui se passe ? Les pillards, ils ont dévalisé le fourgon. Ils se sont
servis là devant moi. Par où sont-ils sortis ? Par la route de Bapaume. Vous
les reconnaîtrez facilement, ils ont pris des uniformes neufs, sans
matricule. Ils sont quatre.
Merci camarade, en route.
Au bain et noir !
Lâchez vos armes ! On n'en a pas.
Qu'est-ce qu'on a encore fait ? Simple détail.
Numéro matricule.
34 738.
C'est bon, descendez, on va vérifier.
Toi aussi, descend.
Eh bien, gendarme, qu'est-ce que ça signifie ? On soupçonne mon escorte à
présent ?
Majesté... C'est bon.
Vous êtes excusé pour cette fois.
Que cela vous serve de leçon.
De quelle brigade, gendarme ? Quatrième brigade de gendarmerie de Bapaume, mon
empereur.
Parfait, mes braves.
Vous allez me servir de fourrier.
Retournez à Bapaume et faites préparer le cantonnement.
La meilleure auberge.
Avec votre discrétion coutumière. Allez ! Excellente mise en
condition de la ville de Bapaume.
Majesté. Juste.
Parfait.
Tout le pays sait que vous êtes ici à Cognito.
Très bien.
Bon, allez, on reprend la leçon maintenant.
Allons-y.
Alors, commencez par marcher.
Oui.
Droit.
Voilà. Bien.
Très bien.
Très bien.
Saluez maintenant.
Ah non, non, non. Avec la main. Avec la main.
Voilà. C'est lui.
C'est lui.
Non, non, non.
Non, je ne tiens pas encore mon personnage.
Vous devriez ménager une audience.
Je pourrais l'observer cinq minutes.
Ça m'éviterait des difficultés. Trop difficile en ce moment.
Très occupé.
Je devrais aller saluer.
J'y vais.
Je vous l'interdis.
Ah non, pour une fois que je joue la comédie, on me défend de saluer ? Ah non
! Écoutez, si l'assassin était dans la foule... Entrez.
Dis donc, François, on a bien observé les gens devant l'hôtel, comme tu avais
dit. Et alors ? On est tous d'accord.
Il y a quatre têtes qu'on a déjà vues à Roy hier soir.
Le piège commence à fonctionner.
Viens me montrer ces quatre têtes.
Ceux-là, là-bas au fond.
Cet poiton, il tient à voyager le cognito.
Ils sont toujours là.
Il n'y a pas de doute, sont-ils ? Alors, voilà mes assassins. Enfin, ceux de l
'empereur. Ça fait tout de même un certain effet de les voir là, avant.
Non, non.
Votre assassin, pour vous tuer, ne se mêlera jamais à une foule qui le
dégorgerait. Il agira seul et déguisé.
Enfin,
déguisé en quoi ? Oui, en quoi ?
Mais tiens, c'est moi la cible.
Alors, déguisé en quoi, d'après vous ? Qu'est-ce que vous faites là ? Sire, que
votre majesté me pardonne, c'est pour le toit de ma pauvre église. Bon, écoutez,
M. le curé, c'est pas le moment.
Laissez parler, s'il vous plaît.
Alors, M. le curé, expliquez-vous.
J'ai pensé qu'il valait mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints.
Voilà dix ans que je réclame auprès du maire et même du sous-préfet.
Marquis, l'acrobate ! Évidemment, ça représente une somme. Vous comprenez que
je ne l'ai pas sur moi.
À moins que M.
Vidocq... M. Vidocq, ça fait six mois qu'il y aurait comme une augmentation,
sire. Nous verrons ça plus tard. Plus tard.
Je vous promets d'y penser et de m'en occuper.
Bon, allez par là, monsieur le curé, s'il vous plaît. Merci.
Ah !
Alors, on rentre ici
comme dans un moulin ? Non, on n'a laissé monter personne.
Consigne, consigne.
Et lui, là ?
Lui ? Ah, le curé ! Bon, c'est un curé ! Quel est le mal qu'il y a à laisser
passer un curé ? J'ai dit personne ! Ah ben, fallait dire personne, pas même un
curé ! Oh, allez, dégagez, s'il vous plaît. Allez, allez, allez.
Surveillez ces quatre têtes, s'il vous plaît.
Vous
ne
trouvez pas curieux ce préjugé favorable dont jouissent les hommes d'église ?
Personne s'était méfié de lui.
Cet animal en sous-toile n'aurait pu vous tuer comme un lapin.
Tiens, c'est vrai, ça.
Si je devais assassiner l'empereur, moi, je me déguiserais en curé.
Je vais quand même faire surveiller ce bonhomme.
Ah, au fait, Chandoiseau, j'ai une bonne nouvelle pour vous.
Demain, c'est la dernière fois que vous servirez de cible.
Oui, l'empereur sera prêt de rejoindre ses troupes et après-demain, il sera au
milieu de sa garde, donc plus de danger.
Quant à moi, il me restera plus qu'à agrafer mes quatre conspirateurs et vous
pourrez dormir tranquille.
Bonsoir, Sire.
Où toi ?
Mais
! Tenez-le ! Mais que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? Emmenez-le.
Il y a un hôpital de campagne au deuxième corps d'armée à deux heures d
'ici. Allez, prenez la merlite ! Allez, vous aussi, vite ! Et maintenant, venez
nous deux.
Tu donnes une hostie à l'empereur, il tombe foudroyé et tu ne vois pas le
rapport. Mais quel rapport ? Quel rapport ? Et ta visite à l'empereur l
'autre soir, pourquoi ? Mais je vous l'ai dit, mon toit. Ton toit, ton toit,
il est très bien comme il est, ton toit.
Mais tes hosties, elles sont empoisonnées.
Mes hosties ? D'où viennent-elles ? Mais de chez le boulanger, j'en vis tort.
Un brave homme. Un brave homme.
Alors l'empoisonneur, c'est toi. Juste ciel. Juste ciel, car oui, parlons-en un
peu de ton ciel.
On va voir ce que t'en penses.
Mange. Comment ? J'ai dit mange ! Si elles sont pas empoisonnées, tes
hosties, tu dois pouvoir les manger. Jamais.
Tu avoues, hein ? Mais non.
Mais des hosties, on ne mange pas des hosties comme du biscuit de soldat. Je
croirais volontiers en tes scrupules si tu n'étais pas un assassin.
Ce n'est pas à moi que vous faites un jour, mais au sacrement lui-même.
C'est à Dieu.
Il y a un pharmacien dans le pays ? Oui, à l'autre extrémité du bourg.
C'est tout.
Je vous demande s'il y a des traces de poison.
Alors là, monsieur Vidocq, la main sur le cœur, franchement, non.
Vous pensez que j'ai fait attention ? Pour une fois, je suis consulté pour une
affaire d'état. Je suis désolé, c'est pas possible.
Tenez.
Monsieur,
monsieur ! Vos hommes ! Quoi ? Il y a eu un attentat. Ils se sont fait attaquer
sur la route. Et on leur a volé la berline.
Loin d'ici ?
2 ou 3 kilomètres !
Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Enfin, vous allez parler, oui ou non ?
On s'est fait attaquer sur la route. Oui, je sais, je te remercie, mais par
qui ? Par les quatre gars qu'on avait repérés dans la foule, les
conspirateurs. On les a reconnus, comme on le voit là.
Pareil.
Ah ben, ça n'a rien d'étonnant.
Qui voulez-vous que ce soit ? Les champs d'oiseaux, ils l'ont emmené ?
Justement, c'est ça l'extraordinaire.
Ils nous ont fait descendre des voitures. Ils nous ont alignés dans un
champ d'eau à la route.
Ils nous ont fait des habillés.
Et puis ils ont enfilé nos uniformes.
Et ils nous ont dit de nous retourner.
Et tu sais ce qu'on a vu ? Champ d'oiseau. D'un bout.
Dans la portière ouverte.
Il avait ressuscité.
Et rien.
Et rien.
Alors ils sont tous montés dans la berline et ils ont disparu.
C'est ça ? Oui.
Alors l'assassin c'était champ d'oiseau.
Et le déguisé c'était champ d'oiseau.
Je comprends maintenant.
Il avait besoin d'une occasion, il la tient maintenant.
Puis alors déguisés comme ils sont, on risque pas de les arrêter.
Heureusement qu'ils savent pas où Napoléon doit loger ce soir.
C'est bien sûr d'avoir sur toi la vraie liste des gîtes d'État de l'Empereur,
François.
T'as raison des fossés, je suis le roi des imbéciles.
Ils ont combien de temps d'avance sur nous ? Deux heures.
Allez, tout le monde à bord, en route !
C'était bien lui ! Pourquoi on ne l'a pas tiré dedans ? Pourquoi ? On était un
peu pris de court, tu ne trouves pas ? Mais puisqu'on sait où on l'a retrouvé,
qu'est-ce que ça fait ? Bren le vicomte, sorti nord du village sur la chaussée de
Nivelles, la tente de l'empereur dans un prêt en contrebas à droite.
Il ne l'a pas gagné sa bataille, crois-moi.
Toi, tu me sers de cocher.
Vous, vous restez là.
On a sûrement un vidoque aux trousses.
Vous vous arrangerez pour transformer nos deux heures d'avance en avantage
définitif. Fontenoy ! Vous vire !
D'abord, on n'est pas tellement rouillé, quand même. 5 contre 3, il n'y a pas de
quoi être fier.
Allez, en route. Vous, surveillez les autres.
L'empereur est passé ? Oui, il y a une heure.
Mais pourquoi ? Et d'abord, qui êtes-vous ? En ce moment, je suis le
chef de la sûreté. Je demande ma force.
L'empereur que vous avez vu passer, ce n'est pas l'empereur. C'est un assassin
déguisé en empereur qui veut tuer le vrai empereur ce soir.
Voilà.
Doucement, doucement.
Par le vrai empereur, me dire ça à moi qu'il est connu par mes consuls ? J
'étais à la colle, moi, et j'ai reconnu le petit ondu. Vos papiers ! Mais qu'est
-ce qui se passe ?
Ah dingue chef, on l'a trouvé comme ça dans le petit bois.
Messieurs, je vous en conjure, je ne suis pas fou, j'ai dit la vérité.
Mais quelle vérité ? N'écoutez pas, il prétend qu'il a été attaqué et dépouillé
au coin du bois.
Et vous savez par qui ? Par l'empereur. Quoi ? Oui, vous avez bien entendu.
L'empereur lui-même. Non, je m'appelle François Vidocq et vous me connaissez.
L'empereur, il était seul ? Non, deux, costauds. À pied ? En voiture.
Ils m'ont demandé l'heure et boum.
Je me suis réveillé un quart d'heure plus tard, tout nu.
Bon, et vous-même, qui êtes-vous ? Paul Desbois, curé de Longueville.
Curé... Bon, récapitulons.
L'empereur vous attaque au coin d'un bois et s'empare de votre soutane, c'est
bien ça ? Oui.
Alors vous voyez bien qu'il est dingue. Non, libérez-le, cet homme dit la
vérité. Moi je comprends plus rien. Silence ! Dans la gendarmerie, on
exécute d'abord, on comprend après.
Si on peut, prenne la vicomte, c'est loin. 20 kilomètres ? Bon. Mais vous n
'avez pas intérêt à passer par là, monsieur Vidocq. Bah pourquoi ? Bah 10
kilomètres d'ici, dans un village, il y a toutes les prolongues d'artillerie du
corps d'armée.
Un peu cible du passé.
On a dû faire une déviation.
L'empereur ? Enfin, je veux dire, le curé, il a bien fallu qu'il la prenne.
Ça me parait, mais il perd au moins 3 heures.
Il n'y a pas un raccourci pour Bren ? Un cheval par le labour, il y a une petite
heure. Mais voilà, il faut avoir un cheval.
Et ça, c'est du mou pour le chat ? Il n'y a pas de mais ! Les potets ! Oui,
patron ! J'aime pas les militaires ! Et les artilleurs ! Je les adore !
Qu'est-ce que c'est ? Il
entre. Et laisse-nous seuls.
Tirez pas !
C'est vrai, pourtant, qu'il me ressemblait.
Vidocq, je n'oublierai jamais ce que vous venez de faire pour me sauver la
vie.
Dès que j'aurai vaincu demain ici à Waterloo, dès que la France sera
redevenue la première puissance de l'Europe,
vous serez de mes hommes, Vidocq.
Je vous promets réhabilitation complète.
Sire. Quant à ce curé, n'ayez crainte.
Nous tenons son complice.
Un platoon d'exécution est en train de se mettre en place, monsieur.
Écoutez.
Bien.
Vous avez 20 secondes pour nous dire qui est votre chef.
En échange de quoi, vous aurez la vie sauve et la possibilité de disparaître.
Je vous écoute.
Sans nom, il était pas Jean d'Oiseau.
Il s'appelait Roger Pinson.
L'agitateur royaliste ? Oui.
Et après ? Le nom du chef, je ne le connais pas.
Tout ce que je connais, c'est le mot de passe.
Qui est ? Fontenoy Bouvine.
J'ai aussi un contact à Paris, au Café Procope, dans la dernière salle, la
table à droite, tous les jours de 2h à 6h.
C'est tout ce que je sais, je vous le jure.
Écoutez bien, Vidocq.
Vous allez prendre mes deux meilleurs chevaux. Roustan vous les fera donner.
Crevez-les.
Lorsque je serai rentré à Paris la semaine prochaine à la tête de mes
troupes, je veux le chef de cette conjuration à ma disposition dans une
cellule du Châtelet.
C'est bien compris, Vidocq ? Oui, sire.
Vous avez rendez-vous ? Oui. Enfin, c'est-à-dire, je viens de Fontenoy.
Et vous allez à Bouvines ? Voilà.
On vous attendait.
Suivez-moi.
Asseyez-vous ici.
On est là dans un instant.
Des nouvelles ? Oui.
Bonnes ? Mauvaise.
Fidoque ? Hélas,
oui.
Passez-moi le message, je le transmettrai.
Trop compliqué.
Il faut que je voie le chef et que je lui explique des choses.
Impossible.
Moi-même, je ne l'ai jamais vu. Je ne suis qu'Harley.
Emmenez-moi au prochain relais.
On va essayer.
C'est quand même pas dans la cave que le chef a son bureau.
Non, mais dans le quartier, tout est cave communique.
Alors nous prenons le chemin des rats par prudence.
Voilà, je ne suis jamais allé plus loin.
Montez par là.
Vous verrez bien.
Qu'est-ce que vous faites là ? Et d'abord, qui est-ce qui vous a montré le
chemin ? Ben... Qui, vous savez ? C
'est le chef.
Alors, ça va.
Il m'a dit de vous dire que j'arrivais de Fontenoy.
Je sais.
Je sais.
Mais j'oublie toujours ce que je dois vous répondre.
Bouvines. C'est ça ! Heureusement que vous avez de la mémoire, vous.
Vous connaissez le chemin.
En sortant, vous tournez à gauche.
Vous suivez le quai à droite.
C'est la troisième maison.
Vous demandez M. Lombard.
Monsieur Lombard.
C'est moi.
Commission pour vous.
D'où venez-vous ? J'aime pas prononcer les noms de bataille dans la rue.
Je vous le dirai à l'intérieur.
Alors ?
Je vous félicite, Vidocq. Votre enquête a été très bien menée. La preuve, vous
êtes là.
Monsieur le ministre.
Oui, je comprends votre étonnement.
Moi-même, quelquefois, je suis très étonné de me trouver à cette place.
Mais que voulez-vous ? La politique.
Le chef, c'est vous.
Le chef ? N'exagérons rien. Disons que j'ai toléré les choses plus que je ne
les ai dirigées.
J'ai toujours pensé que l'empereur n'en avait plus pour longtemps.
La partie est jouée, Vidocq.
Demain, Louis XVIII remontera sur le trône.
Pensez autour de lui tout ce que j'ai fait pour sa cause et vous avez devant
vous le futur ministre de la police.
Fouché succède à Fouché.
Mais monsieur le ministre... Ne vous plaignez pas.
Vous aurez encore de l'amusement, je vous le promets.
C'est un risque énorme.
Rien n'est joué.
Supposez que les choses se passent différemment que vous le souhaitez et
que l'empereur gagne la bataille. Qu'est-ce que vous ferez ?
Aucun risque.
Je suis gagnant de toute façon.
Eh oui, oui.
Mais vous avez-je pas convoqué ? Il est chargé de découvrir le complot.
Devant témoin.
J'avais pris soin de vous donner mes ordres devant Savary lui-même.
Alors, qui peut prétendre que je n'ai pas fait mon devoir ? Croyez-moi, il n'y
a pas une chance sur dix pour que Napoléon soit victorieux.
Je crois que j'aurais fait un très mauvais ministre de la police.
Vous êtes très fidèle aux gens qui vous emploient. C'est très bien, Vidocq. C
'est une éminente qualité.
Montenoir.
Bouvines.
Écoutez ça, mesdames.
De Bruxelles, ce 19 juin, l'usurpateur a été défait par les troupes victorieuses
de la Sainte Alliance, ce jour à Waterloo.
Mon courrier étant à la fois très rapide et très dévoué, vous êtes certainement
le premier à connaître la grande nouvelle.
Vous voyez ? Ah, que je vous dise la signature.
Votre dévouée Roxane, baronne de Saint-Gély.
Je l'avais envoyée en Belgique pour tout autre chose, mais elle a tenu à me
mettre au courant tout de suite.
La chérame.
Je vous demande, cher ami, d'avoir l'extrême obligeance de garder la
nouvelle par devers vous quelques heures, le temps que vous fassiez
acheter, avec l'argent que j'ai réalisé avant mon départ, la rente au plus bas,
avant que la bourse ne remonte. Merci d'avance, Roxane.
C'est un vrai trésor, cette femme-là.
Je suis décidément bien naïf.
C'est votre plus grande qualité, mon cher Vidocq.
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