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Original subtitles

C'est bon de rire sans l'amour. On n'ose jamais.

On s'aime.

Oui.

C'est la merde, quoi.

Non, c'est pas la merde.

C'est la vie.

Non.

Non quoi ? Je suis vieux, tu sais.

Mais non, c'est pas ce que dit ton corps.

Mais mon corps, il est complètement con, il fait n'importe quoi.

Comme toi, pour être vraiment bien.

Même aller comme toi pour être vraiment bien, il m'en faudrait zion.

Alors embrasse-moi.

Embrasse-moi en y pensant.

En merdeuse de naissance.

Pense-tu.

Je me suis fait.

Elle s'est toujours occupée. J'appelle un taxi.

Maman, crie pas. C'est pas sa nouvelle enfance, c'est la vie. Oui, bien sûr, la

vie, la vie. Mais je m'en fous de la vie. J'ai mal, moi.

Ah ! Tarou ! Il est réparé ! La matière

est à plat.

Les parcs, c'est dans la nuit.

C'est pas moi qui l'ai conduit, c'est moi.

Il y a un problème ? Non, aucun.

Vous allez pouvoir mettre votre beau bébé au monde, là où il faut.

Tu nous fais un petit garçon ? Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un

garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon ! Un garçon !

Un garçon ! Un

garçon !

On ira à cheval à travers les volubilis sans fleurs et les rhododendrons

chercher le lait caillé et les oeufs à la ferme. Dans quelle ferme ? Dans une

ferme, on verra bien, non ? Il y a des fermes partout.

On vous demande au téléphone, M. Séverin. C'est urgent.

J'arrive, Mme Lorraine.

Tu le prends où ? Non, dans le bureau.

Allô ? Oui, c'est moi.

Non, merci, j'étais tout au bout du jardin.

Comment ça va ? C'est ma fille.

J'en sais rien ! Oh, que c'est beau !

Oh, que c'est beau !

Oh, que c'est beau ! Oui,

oui.

Oui, j'arrive.

Il est bouleversé.

C'est normal à son âge.

Un premier enfant.

Ah non, non, non.

Ah non, c'est le sixième.

C'est une belle fille.

3 kilos 650.

Comme Sidonie, Jude voulait devenir pianiste.

Comme elle, il vivait à Saint-Martin, la ville la plus proche du chalet familial.

Pourtant, il ne s'était jamais rencontré.

Le jour de son concours, Sidonie, en pleine panique, nous avait tous supplié

de ne pas venir la voir jouer.

Mlle Sidonie Sévrin.

Tu crois ?

Merci.

De quoi ? Votre sourire.

Je vous ai souri, moi.

Oh, Jude ! Mademoiselle Rémy.

Non.

Vous m'attendez ?

Vous nous manquez, vous savez.

Mais je vais venir vous voir.

Je suis avec une amie, vous m'excusez ? Bien entendu.

Je vous cherchais.

Non, elles sont à moi, elles ne me quitteront plus.

J'en ai besoin, moi.

J'en ai beaucoup plus besoin que vous. Je suis à Paris la moitié du temps.

Pourquoi Paris ? Pour étudier le piano. Vous verrez, là-bas, on fait des pas de

géants. Je vous adorerai.

Je verrai, j'adorerai. Ma petite fille, on n'est pas rentrés, hein ? On n'a pas

voulu te déranger. Alors, comment ça s'est passé ? T'as fait un malheur, ma

coquine.

Tu me présentes, là ? Bonjour.

T'es sublime, non ? Ça m'étonne pas, c'est ma fille.

Quelle leçon, quelle maestria, quelle classe.

Voyou ! Tu m'as entendu ? Non. Non, mais c'est pas la peine.

Je te connais, non ? Allez, champagne ! Un succès, ça se fête.

Alors, on part en Amérique ? Pas tout de suite.

L'été prochain.

Pourquoi c'est toujours l'été prochain ? Parce que mon automobile est encore en

panne, Juliette.

Ça va ? Ça va.

C'est bien.

C'est mon frère.

Bien sûr, au piano, elle est pas terrible.

Mais à part ça, elle est plutôt gentille.

Pas vrai, papa ? Non, Farouz, si tu pouvais arrêter un moment de dire des

idioties, tu verrais que je démarre pas.

Monsieur, ça vous ennuie pas de... Juste un petit moment.

Merci, hein.

Si, Denis.

Alors, ça a bien marché, ma chérie ? On les a tous épatés, hein. N'est-ce pas,

monsieur ? Chute de l'eau.

Merci, sa soeur.

Demi-soeur par papa.

On n'a pas la même mère.

Et qu'est-ce que tu veux que ça lui foute ? Bah quoi, y a pas de honte ?

Maman n'est pas là parce qu'elle vient d'accoucher.

C'est une manie chez elle. Où elle allait être, où elle accouche. Ça fait

des années que ça dure.

Vous ne poussez pas assez, les enfants.

Vous parlez trop, là.

Alors, vos papas, toujours en papane ? C'est fatigant, la famille, hein, Paul ?

Oh non, c'est très bien.

Et pour la petite Sidonie, est-ce que c'est la gloire ou c'est la faim ? Je

crois qu'elle a tellement pleuré qu'elle les a eus à la pitié.

Elle a réussi ? C'est pas possible, elle a dû s'en faire un.

Oh, Manuel ! Mon autre frère.

C'est des dingues.

Vous avez de la chance, j'arrive à temps.

Qui ça, des dingues ?

Je vous aime.

Allez, mes enfants, poussez. Allez, Madino.

Oh, la grande fille paresseuse.

Une grande liane. Il y a comme ça des journées bénies des dieux.

On voudrait que ces moments-là ne finissent jamais.

Paul était heureux.

Il avait enfin fini d'écrire sa pièce et il la mettait en scène.

C'était l'histoire d'un couple qui nous ressemblait beaucoup.

Je peux même dire qu'il nous piquait l'essentiel de nos rapports.

C'est bon de rire dans un amour, hein ? On n'ose jamais.

On sait ? Oui.

C'est la merde, quoi.

Non, c'est pas la merde.

C'est la vie.

C'est magnifique, Paul, hein ? Ah, c'est magnifique, mon vieux ! Je sais pas quoi

te dire, moi, je suis bouleversé, tiens.

Tu n'as pas ri ? Hein ? Tu n'as pas ri ? Rigolé.

Ah, non, je me suis retenu.

J'ai pas voulu vous déranger.

Je sais me tenir, qu'est-ce que tu crois ? Non, vous êtes drôles tous, c'est

formidable. Très, très drôle. Vous m'avez fait mourir de rire.

Pas moi, quand même.

Toi ? Toi, t'es... Toi, t'es génial.

Voilà.

Non, je suis juste venu en passant. Je t'embrasse. Bravo, Paul. Bravo.

Ta fille est là.

Oh, ma fille ! Où est-ce que tu es ? Oh, ma grande ! Ma chère,

mon sang ! Allez, je vous embrasse tous, d'ailleurs. C'est simple.

Bravo ! Bien !

On

va

faire une pause ? Vous allez déjeuner ?

Vous éteignez en partant.

Formidable. Mais méfie-toi, Paul.

Le trois n'est pas tout à fait prêt.

Qu'est-ce que tu lui reproches au trois ? Tu trouvais que c'était le meilleur ?

Il est trop long.

Je crois que... Jacques, il est gêné dans son monologue.

Mais je peux pas, je peux pas, je peux pas reculer.

J'aurais jamais dû accepter les conditions de ces producteurs.

Je me suis fait avoir, c'est tout. Voilà, je peux pas maintenant, c'est

trop tard.

Mais tu retardes une semaine.

Je te connais, Paul.

En une semaine, tu perdrais ça, la situation.

Tu crois ? Oui.

Je l'ai déjà fait, hein ? Oui.

Je vais les appeler.

Tu viens ? Non, c'est qu'il faut que je me dépêche si je veux pas arrêter mon

avion.

Tu pars ? Tu me laisses ? Non, mais c'est seulement pour deux jours. Tu

sais, je fais l'aller-retour pour aller discuter un contrat et je reviens.

C'est pour la décoration d'un nouveau restaurant à Rome. C'est très important

pour moi, tu comprends ?

Mais tu le savais, Paul, je te l'avais dit.

Oui, mais j'ai oublié, moi.

Avec tout ça.

Je comprends, je comprends, c'est normal.

Je comprends, laisse-moi là, laisse-moi dans ma merde.

Mais appelle les producteurs.

Demande-leur une semaine.

Ils te la donneront, c'est leur intérêt.

Tu les appelles, Paul ?

Mais ne t'inquiète pas pour moi.

Allez, dépêche-toi, tu vas rater ton avion.

Je reste.

C'est vrai ? Tu es sûre ? Certaine.

Allez, allons-y.

Que tu es gentille, mon digne.

Mais je ne veux pas que ça te porte préjudice dans ton métier.

Hein ? Non, non, parce que... Il y a une chose qui est très importante, faut

jamais oublier ça. Ton métier, c'est primordial.

J'ai jamais compris qui achetait ses potins à papa.

Je n'en sais rien, ma chérie.

Personne, quoi.

Que ça peut te faire du moment qu'on mange.

Et c'est reparti.

Manuel, la papa.

Mais non, pas ça.

Bonjour, mes enfants.

Alors, beaucoup de mandats ? Surtout beaucoup de refus.

Combien on leur demande à ceux-là ? 200 francs ? Envoyez une tête à 100 francs.

Tu crois qu'ils vont marcher ? Bien sûr, ils savent pas ce qu'ils veulent.

Où est-ce qu'ils sont, les mandats ?

Le voilà.

Ah ben, c'est toujours ça.

Cette semaine, ceinture.

Oh, ma Juliette, ma pouponne.

Tu as mon cadeau ? Oui, j'ai ton cadeau. Voyou, le voilà.

Alors, on va à la fête ? Oui, on part à la fête. On va demander à maman. Maman,

tu es prête ? Allez en avant, je vous rejoins.

Allez, on va en avant.

Nous deux, Juliette, on va en avant, vous nous rejoignez.

Ce parti pris pour les petites chipies.

Quelle honte.

Du moment qu'elles ont un minou, ça marche.

C'est vrai.

Nous, on lui a jamais rien fait à son minou, à Sidonie.

C'est pas gentil, ça.

Oh, mais maintenant, il y a M. Jude qui s'en occupe.

Au fait, il se débrouille bien, M. Jude.

Elle est heureuse, la petite Sidonie ? Je vous rejette déjà votre petite

chambre !

Bon, on se bat !

Ils nous attendent, les autres sont partis.

En avant.

Vas-y.

Je la garde, je préfère.

Tu sais bien que je déteste les fêtes.

Ça va, toi, maman ? Je suis fatiguée.

C'est Edouard, tout en bas.

Je t'en prie, dis-le.

Ne demande rien.

D'accord, d'accord.

Tu es belle.

Tu es beau.

C'est la fête.

Profitons-en.

Qu'est-ce que c'est que ça ? Un cadeau de papa.

Elle n'est même pas baptisée.

Mais maman, c'est pour rire.

Tu es jolie, ma chérie.

Mais il ne faut jamais se moquer des autres.

Jamais. Je ne me moque pas, moi. Moi, je le sais, mais pas les autres.

La communion pour les croyants, c'est sacré. Tu comprends ? Écoute, maman, la

petite ne me fait rien de mal.

Oh, toi, papa, commence pas à déformer tout ce que je dis.

Allez, viens, on va mettre ta belle robe.

Ils sont beaux, nos enfants, hein

? Vous êtes choqués avec cette histoire de robe ?

Tu crois encore en Dieu, c'est ça ? Qui se souvient de ce à quoi je crois encore

? Comment je pouvais deviner, moi ? En me demandant, par exemple.

En me parlant.

Mais c'est au-dessus de tes forces.

Je suis ta femme, pas une femme.

Bon, voilà des histoires pour une robe.

Écoute, avant, tu aurais ri.

J'ai changé.

Je déteste quand tu es comme ça.

Ça m'est complètement égale ! Tu veux pas plaire à ton mari ?

Je veux plus souffrir.

Mais enfin qu'il parle de souffrir, maman ! Amuse-toi ! Hop ! Viens danser.

Tu veux pas danser avec moi ?

Je sais pas quand ça a commencé.

Quoi ? Quand quoi a commencé ?

Tu es devenu un étranger, Edouard.

Je te regarde.

Es-tu un étranger ? Il y a quelqu'un.

Qu'est-ce que tu as pour réagir ? Rien, dis-nous.

Non, tu sais, je crois qu'elle a cette fameuse dépression qu'ont toutes les

femmes après les naissances.

Elle a plutôt cette fameuse dépression des femmes dont le mari aime trop

Claire.

Tout le monde aime Claire, dis-nous.

C'est normal.

Allez, viens danser avec moi.

C'est bon, la vie, hein, ma grande ? Les gens simples,

ils sont heureux.

Je les aime.

Et Jeanne, tu l'aimes ? Bah, évidemment.

D'abord, elle m'a donné six enfants.

Tu prends les femmes pour quoi ? Pour des couveuses ? Elle en a rien à foutre,

de cet amour-là, Jeanne.

C'est tout autre chose qu'elle veut.

Justement, qu'est-ce qu'elle veut, à la fin ? Ce que tu lui avais promis.

Il y a 20 ans, tu l'aimais pour quoi ? Pour les enfants que tu lui as donnés ?

Oh, la barbe ! Dino,

c'est toujours pareil avec toi. On ne peut pas discuter. Tu ne comprends rien.

Eh bien, moi, si dans 20 ans, Paul m'aime parce que je suis la mère de ses

enfants, je lui fous la gueule, moi, son amour.

Alors, qu'est-ce que tu attends de Paul ?

Tu vas souffrir, ma grande.

Tu vas souffrir.

C'est drôle.

Ce que vous pouvez être fatigante, les femmes.

Exigeante. C'est pas pareil.

Exigeante, si tu veux, oui.

Mais autrefois, quand vous n'étiez pas...

C'était tellement mieux.

Ma mère... Ta mère était très malheureuse.

Ma mère aimait son mari, ses enfants, sa maison. C'était une femme heureuse.

Malheureuse. Heureuse.

Et résignée.

Elle te l'a dit ? Non, mais... Ça se voyait.

À quoi ? Hein ? Papa l'adorait.

mais aussi la petite fleuriste.

Qu'est-ce qu'il t'a raconté, ça, toi ? Elle était rieuse,

la petite fleuriste.

Et puis toute ronde, elle l'égayait.

Ça l'empêche qu'il aimait aussi maman. Il était très bon, papa.

Oui, mais un homme, surtout s'il est bon, il ne peut pas rendre deux femmes

heureuses.

Tu as des théories, toi.

Tu as des théories.

J'aime pas quand j'en ai triste.

Moi non plus, Dino.

Je fais tout ce que je peux pour la rendre heureuse.

Alors pourquoi tu la tombes ? Parce que j'ai froid.

De quoi ? J'ai froid.

Quand je suis au loin tout seul, j'ai froid.

Une femme, c'est chaud, c'est bon.

C'est un soleil.

Tu sais, mon petit Farouk, les femmes...

Ne t'en fais pas pour maman.

Elle s'en sortira.

Oui.

Tu crois, hein ? Elle s'en sort toujours.

Tu sais, il y a des moments où elles me font peur, quand même.

C'est vrai.

Elles ont une santé.

C'est des brutes.

Rien les abat. Le soir, elles pleurent.

Le lendemain, elles se lèvent et ça recommence.

Mais t'es fou de t'être marié, tu sais.

Et deux fois en plus.

Tu vois ce que je vois, là ? Une femme ? Une américaine.

Mie américaine, mi-suédoise.

On va pas, ça fait deux plombes que Dino et Sidonis sont partis.

On rentre ? Allez, ce coup-ci c'est vrai, l'année prochaine, on l'emmène

tous en Amérique. On aurait une galère d'oeufs ! Dino, approchez-vous ! C'est

la galère d'oeufs ? Non.

Pourquoi tu mets ces mots ? Libre à deux, c'est une vraie connerie.

Parce que tu veux dire que jamais, toi et Jude ? Ah non.

Si on a des rapports très exceptionnels, c'est justement parce qu'on a chacun son

endroit. Alors ? Alors qu'on se retrouve avec des élans fous.

On se manque.

Ah, ça maintient l'amour très haut, hein.

Et au moins, on n'a pas d'habitude, ça.

Au moins, j'adore ça, les habitudes.

L'habitude d'un corps, sa chaleur.

L'habitude de rire ensemble.

Au fond, prépare ta jeunesse.

Et qu'est-ce que tu dirais si Jude te demandait de vivre avec toi ? Je dirais

non. Non ? Non. Vraiment ? Vraiment.

Moi, je t'imaginais bien accepter tout de lui et ravie avec ça. Et un peu

bavante aussi.

Devenir l'ombre de son ombre. Et l'ombre de sa main.

L'ombre de son chien.

Bon, merci.

Et bonne branlette.

Allez, je vais, Eva.

T'en fais pas, Pa.

On les aura.

Maman.

Maman, ouvre.

Ouvre, maman.

Tu m'échantes, mon amour.

Tu pars en voyage ? Oui.

Longtemps ? Pas trop froid, non.

Ça va ? Longtemps ? Je ne sais pas.

Tu aurais pu me prévenir, non ? À quoi bon ? Tu aurais discuté, discuté. Ah oui

? Comment tu vas ?

Tu fais quoi, là, au juste ? Je range mes crayons.

C'est très important.

Je les veux par ordre de grandeur.

Je suis d'un naturel assez bohème, mais pour les crayons, je suis intraitable.

Tu n'y touches pas ? Jamais ? Tu commences bien.

On va faire un petit bout de chemin ensemble.

Tu veux ? Petit.

Peut-être un grand. On verra bien.

Qu'est-ce que tu fais ? Tu crois pas que tu pourrais quand même m'expliquer, non

? Maman, je t'en prie ! Maman ! D'abord, je m'appelle

Jeanne ! Jeanne ! Jeanne ! Oh, mais c'est vrai ! Je vais me faire le beau !

Le héros qui rentre enfin chez lui, au rionnet de fatigue ! Et moi, pauvre

idiote ! Qui dit aux enfants de ne pas faire de bruit parce que papa est

fatigué ? Pauvre papa !

Avec tous ces voyages éreintants, je pense bien qu'il est fatigué.

Qu'est-ce que tu crois que je fais pendant ces voyages ? Tu crois que je m

'amuse ? Quand tu rentres, j'attends plein de choses de toi qui ne viennent

jamais ! Jamais ! Mais quelle chose ? Que tu me parles ! Que tu me regardes

! Oui, je sais, Edouard, tu es un bon père.

Cette petite phrase est ridicule.

Je m'entends dire aux autres, Edouard est un bon père.

Je sais que je dis ça pour me rassurer, pour compenser le mauvais mari.

Mais pourquoi tu m'as pas dit tout ça plus tôt ? J'ai essayé, figure-toi.

Et à chaque fois, plus tard, demain, j'ai sommeil ! Mais écoute, Jeanne,

enfin, on est heureux ensemble.

On n'est plus ensemble ! Y a une autre femme dans ta vie.

Mais c'est pas vrai ! Y a pas d'autre femme ! Pas vraiment.

Et cette Isabelle, alors, c'est pas une femme ?

Mais les Isabelles, ça n'a aucune importance.

Parce qu'il y en a eu d'autres.

Oui, au fond, je le savais.

Tu vois bien que j'ai raison.

Il faut pas parler. On se fait du mal, là.

On se fait du mal pour rien, c'est... Écoute...

Jeanne... On va pas finir comme

ça.

Je te promets. Tu m'as trop souvent tout promis, tout juré.

C'est fini.

T'es folle, non ? Et les enfants ? Tu les verras quand tu voudras.

Mais où ? Où ça, je les verrai où, ça ? Si tu veux, c'est moi qui m'en vais.

Qu'est-ce que je vais faire avec les petits, moi ?

C'est des cons.

Ils ont parlé une seule fois. Rien, pas un sourire.

Tu étais au fond du théâtre. Les sourires, t'as pas pu les entendre.

Les sourires, ça se sent, figure-toi.

Et qu'est-ce que t'as senti ? Qu'ils auraient préféré être au front plutôt

que dans cette salle.

Et les acteurs, comment ils étaient ? Nul, nul, nul, nul. Comme ma pièce,

comme ma mise en scène, d'ailleurs.

Ce soir, j'ai compris que personne ne pouvait s'identifier à ce couple.

Ça m'apprendra.

Ça t'apprendra à quoi ? Ça m'apprendra à ne plus faire dans l'autobiographique.

C'est vrai, dans la vie, je trouve quelquefois des répliques marrantes.

En fait, elles sont nulles. Les miennes aussi, d'ailleurs.

Notre couple est nul. C'est pas vrai.

Ce que tu dis est irrésistible. Mais, évidemment, dit par quelqu'un d'autre, c

'est pas pareil.

Et c'est ce soir que tu me dis ça.

Merci, Dino, merci.

Merci.

Attends quand même demain pour t'inquiéter.

Rentre quoi ? Une critique.

T'as fait un boulot formidable.

C'est pas possible qu'il le voit pas.

Tu vois le pire quand on sait un bide.

C'est une consolation de misère de vos proches. Alors ça, c'est à pleurer. Moi,

j'aurais été très contente, petite manifeste, quand les Espagnols m'ont

refusé mon projet.

Quel projet ? Rien, j'ai dit ça comme ça.

Non, alors je t'en prie, dis-nous pas de ça entre nous.

De quel projet s'agit-il ? Rien, je te dis, c'est pas... Alors si c'est rien,

pourquoi tu en parles si c'est pas important ? C'est pas le moment, non,

franchement.

Tu dors tout habillé, maintenant.

J'ai froid.

Oui, tu vas... Mais on se jette ici.

Tu es un monstre.

Quand je suis angoissée, j'ai faim.

C'est tout de même pas de ma faute, hein ? Tu manges une carotte à 4h du matin, à

côté de moi, alors que tu sais que je suis complètement insomniaque, que le

moindre bruit me réveille, et que je suis en train de me planter dans mon

travail.

Merde ! Tais-toi ! Qu'est-ce que t'as à crier si fort ? Tu veux que tout le

monde se réveille ?

Qu'est-ce que tu feras quand on s'a expulsé ? On ira dormir où après ? Mais

je m'en fous où je vais dormir. Je m'en fous, figure-toi. Je m'en fous. Je m'en

contrefous. Ce que je veux, c'est dormir.

Malade ! Un ébratique ! Tu me fais une scène pareille parce que je mange une

carotte ? On en fait un peu moins. Tu manges pas une carotte. Tu fais entrer

dans mes tympans à 4h du matin, exprès.

40 000 tambours, c'est ça que tu fais. Oh, et mesquin avec ça, hein. Et

préoccupé de son précieux sable. Tu crois que je te vois pas tous les matins

à regarder l'heure pour voir si t'as ton compte ? Comptable ! Hystérique.

Ah oui, mais moi je préfère ça. Parce qu'hystérique, ça a de la gueule. Tandis

Puisque c'est comme ça.

Allez, allez.

J'ai oublié mes clés.

Et c'est quoi ce bruit ? C'est ma femme qui mange des carottes. Elle a faim la

nuit. La nuit ? Oui.

Moi,

ma femme, elle voyait tout le temps parler la nuit.

Qu'on s'explique.

Expliquer quoi ? J'ai jamais su.

D'ailleurs, je me suis toujours endormi avant.

Oui, c'est une de leurs spécialités, ça.

Moi, ma femme, je vais vous dire, le jour qu'elle est morte, j'étais ravi.

Ravi.

La mienne, malheureusement, elle a une santé de fer.

La vôtre, c'est une très belle femme.

La mienne, elle était moche.

Puis grosse et méchante avec ça.

Oh, merde.

Dinos, où vas-tu ? Dormir et manger les carottes.

Où ça ?

J

'vais plus jamais dormir, moi, avec cette garce qui se tire à n'importe

quelle heure pour je ne sais où.

Seulement là, mon vieux... Vous n'avez plus d'excuses. Elle vous a laissé la

place.

Vous commencez à me gonfler, vous.

De quoi je me mêle ?

Finalement, la pièce de Paul était un succès.

Nous allions à Paris.

Ensuite, ce serait l'Amérique.

L'Amérique.

Grâce à papa, ce pays faisait partie de nos rêves.

Chaque été, il nous l'avait promis.

Et ce qui était formidable, c'est qu'à chaque fois, on y avait cru.

Pour la circonstance, Edouard et Jeanne étaient de nouveau côte à côte comme un

couple.

Et moi j'étais partagée entre le bonheur de partir et la tristesse que me donnait

la certitude que plus jamais on ne vivrait si proche.

Après nous, ce fut le tour de Jude et de Sidonie, qui allèrent à Paris vivre de

leur art.

C'est ainsi que la famille cessa d'être un seul lieu.

Lieu sacré appelé la maison.

Sidonie et moi ne nous quittions jamais.

Un seul nuage dans notre vie.

L'impossibilité pour elle de jouer en public.

Elle avait peur.

Malgré moi, malgré le fils que nous avions eu.

si Denis était resté une frileuse.

rouge, blanc, gris, lait, liban.

Tu as faim ? On ne

risque pas l'indigestion.

Edouard, auparavant si volage, vivait à présent comme un moine.

Durant les vacances scolaires, il prenait les plus petits avec lui. Les

autres venaient souvent le voir.

Tout de même, il se sentait parfois un peu seul.

Paul avait cessé de croire au lendemain.

Il vivait l'heure présente avec désespoir et comme si elle ne devait

être suivie de nul autre.

Dans un moment de désarroi, nous avions décidé que notre amour ne devait en rien

entraver notre liberté.

Et comme lui seul pouvait me guérir des blessures qu'il m'avait faites, je me

précipitais dans ses bras.

Lui m'accueillait avec une reconnaissance éperdue, un amour

décuplé. On s'aimait, on était malheureux.

Les week-ends, le chalet était plein comme avant.

Jeanne avait su lui garder sa vie et sa chaleur.

Et pour nous tous, il était resté notre Havre.

Tu as vu, elles n'ont plus besoin de moi.

C'est fini.

Dis pas de conneries, c'est une crise passagère.

C'est temps.

Tu parles d'une crise passagère.

T'as marre de cette môme, elle refuse d'aller se coucher.

Pourquoi ? J'ai pas sommeil.

Tous les soirs, elle a une histoire.

Pour emmerder le monde, elle s'y connait. Je veux papa, je veux maman.

Prends-la, ta mère est salue.

Pour une fois que je dois sortir, sois sage, obéis à

ta soeur.

Pourquoi tu dois sortir ? Tu vas pas recommencer.

Vas-y, elle t'a sortie.

Je vais m'occuper d'elle.

Merci.

Sidonie ! Juju à Genève ce soir, je voulais te faire une surprise en main.

T'es belle, dis donc.

T'as changé de coiffure.

Et cette robe, d'où elle vient ? Tu aurais dû me prévenir.

Justement, ce soir, j'ai un dîner. Un dîner ? Et toi ? Et pourquoi ? Enfin, je

veux dire, avec qui ? Tu ne les connais pas.

C'est des amis.

Je ne les connais pas ? Vas-y, à ton dîner, maman chérie.

J'ai mangé un morceau avec les filles depuis le temps que je ne les ai pas

vues. C'est idiot, je te vois si peu.

On se verra plus tard, je vais me rejoindre ici.

Je ferai vite. Ah non, ne sois pas comme ça.

Profite de ta soirée, t'es superbe.

Et sors mort, hein !

Si Denis, je suis amoureuse.

C'est vrai.

Il le sait pas encore.

Oui, mais si tu l'aimes, il va t'aimer.

Ça pouvait être comme ça, la vie.

Vraiment, je dois partir.

Enfin, pas si vite, quand même.

Si Denis, que je vois si rarement.

Ah, mais ça, j'ai déjà compris. Ça fait au moins six fois que vous me le dites.

Je sais combien vous êtes merveilleux.

Je ne suis pas une ingrate.

Grâce à vous, Juliette a découvert le goût de lire, et même d'écrire.

C'est ça, je suis un merveilleux prof.

Juliette a une chance folle d'être tombée sur moi, mais tout ça, pour le

moment, je m'en contrefous.

Vous le savez très bien.

Jeanne.

Jeanne, Jeanne, Jeanne.

Il faut vraiment que je parte.

Non, vous ne partez pas.

Mais si, je vous en veux.

Je sais bien que je suis ridicule, mais je ne vais pas.

Maman chérie, c'est bien de t'amuser. Tu es la plus jeune et la plus belle des

mamans. Je suis obligée de partir. A bientôt, je t'aime.

J'ai cru que tu dormais chez Marie-Lou.

Elle m'a viré.

Elle est idiote.

Quoi ? Est-ce qu'elle en a marre de moi ? Oui.

Je te vois si t'es rentrée tôt.

C'est la soirée des bides, je suis laissé voir.

Tu sais, je dînais juste avec le professeur de Juliette.

C'est tout.

Même que j'ai oublié sa tronche au professeur.

Dis, maman, il te manque, papa ?

Je sais pas.

Des fois, oui.

On boit un dernier verre ? Trop tard.

Qu'est-ce que tu racontes ? La nuit vient à peine de commencer.

Tu es libre, toi, homme heureux. Pas moi.

À demain.

Parce que j'ai envie d'être avec toi.

Non, mais moi aussi, j'ai envie d'être avec toi.

Mais pas 24 heures sur 24.

Ça tue l'amour.

Mais je me fous de ton amour.

Je veux juste ta présence.

Mais c'est monstrueux, ce que tu dis là.

Tu te rends compte ? Tu es un monstre. Oui, je suis un monstre.

Grâce à toi. Oui ! Tu disais qu'il n'y avait rien de plus précieux que notre

amour. Tu disais qu'il n'y avait rien de plus précieux que notre liberté.

Que ça nous rendait beaux. J'ai dit ça, moi ? Oui, oui, tu disais ça. Eh ben, j

'ai changé. Ah, c'est facile.

Non, c'est très difficile.

C'est très dur.

Tu veux pas savoir à quel point ?

Dis.

T'es pas fâché ?

Fais ce que tu veux, Paul.

Moi, je dors.

On n'y arrive plus.

Mais c'est... Mais c'est rien, ça.

C'est une crise.

Une crise nécessaire.

Nous deux, c'est pour toujours, tu sais bien.

Tu comprends ? Il faut que je nous protège.

Que je nous protège contre toi, contre ta soif d'absolu, contre l'habitude,

contre l'ensommeillement.

Ça, tu peux le dire.

C'est retard de sommeil.

Je me demande si je devrais pas aller dans une clinique de... Oh, quelle

horreur ! Mais tu es folle, c'est très malsain, ça.

Tu t'ennuies avec moi ? Non.

Non.

Mais j'aimerais... Tu aimerais quoi ? J

'aimerais m'ennuyer.

Je rêve de m'ennuyer, Paul.

Vraiment.

Je t'aime quand tu es comme ça.

Je t'aime quand tu es triste comme ça.

Tu m'aimes pas plus quand je suis gay ? Oh, si.

Si, aussi.

Si tu comprends, dans un couple, il faut... Il faut s'étonner.

Il faut tout le temps s'étonner.

Si on arrive à s'étonner, on peut vivre ensemble pendant mille ans.

Alors là, l'idée de devoir t'étonner pendant mille ans, ben écoute, je suis

vraiment fatiguée.

On n'est pas bien comme ça, tous les deux ? Hein ? Si.

C'est pas heureux, cela ?

On va se dire que c'est la dernière fois.

Comme ça, ce sera plus...

Merci. Au revoir.

C'est pas au théâtre que vous allez ? Ça va pas.

Vous désirez ?

Je peux téléphoner ? C'est possible.

Pour ici.

Allez-y, c'est direct.

Allô ? Bonjour madame, j'ai chez moi une femme qui vient d'avoir un accident d

'auto, elle devait jouer chez vous ce soir.

Ah

non,

elle est chez moi mais elle a eu un choc, elle ne peut pas venir au

téléphone.

Non, non.

Un accident d'auto, heureusement, c'est surtout la voiture qui a pris.

Je voulais surtout que je vous prévienne, on est malade de rater son

concert.

Bonsoir, merci.

Je peux téléphoner à Paris, cette fois ? Allez-y.

C'est moi.

Ça va ? Très bien, j'ai décidé de ne pas jouer.

Tu plaisantes, là ? Bien sûr, je plaisante.

Ah bon ? Tu m'as fait peur.

Ça va, vous deux, sans moi ? On fait ce qu'on peut.

Tyrannos a bien mangé, il a fait ses devoirs.

Et toi,

comment ça se passe ? Il y a du monde ? Je crois, oui.

Oui, ça va.

Ça aurait dû venir.

Non, non.

C'est mieux comme ça.

Tu crois ? Sûr.

Sûr. Si, Denis.

Tu le sais que tu es une grande pianiste.

La meilleure ? Si, Denis.

Je suis avec toi, mon amour.

Je sais, je...

J'en étais sûr.

Qu'est-ce que tu fais là ? J'ai fait 600 bornes pour t'écouter, voilà ce que j'ai

fait.

Deux cognacs.

Quatre.

Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Ils ont dit que t'avais eu un accident d'automobile

sans gravité.

T'as eu peur ? Non, pourquoi ? Je t'ai cherché.

J'y arrive pas, Faro.

J'y arriverai jamais.

À ton avenir, petite sœur.

Alors, qu'est-ce que tu vas lui dire ? Je lui ai dit que ça a pas mal marché,

que je suis assez contente de moi.

Ben quoi ? Qu'est-ce que tu lui dirais, toi ? Ben la vérité.

Ah non, ça je peux pas.

Bon ben, tu te démerdes.

Je me démerde.

Par où ? Merci.

Si, Denis, mon amour.

Mais où tu étais ? J'ai eu si peur quand j'ai appelé le théâtre. Tu n'as rien, c

'est vrai ? Mais non, j'ai rien.

J'ai cru mourir.

Allez, calme-toi.

La prochaine fois, je t'accompagnerai, tout ira bien.

Oh, mais tu m'en donnes une virtuose, ça me donne ça pas, mais si tard.

Ben et alors ? Personne n'en saura rien.

Et plus tard, quand tu seras reconnu, ça sera ta particularité.

Ton originalité, ta légende.

La grande-sie de Nicevrain ne peut pas jouer sans le regard de l'homme qu'elle

aime.

Tu te moques de moi, là ? Non, pas du tout.

Alors dis-moi, la voiture, elle est pas abîmée ? Elle est foutue.

J'ai poussé dans le ravin.

Tu fignoles toujours trop.

Allô ?

On va s'occuper de toi.

Allez,

aie confiance.

Tout va bien se passer.

Allez.

Allez-y.

C'est mon père.

Chut.

Asseyez-vous.

Non.

Non, non, ça va aller.

Asseyez-vous, ça vous empêchera de tomber.

Je ne suis pas prête.

On est rarement prêts.

Buvez.

Buvez.

Lentement, lentement.

Lentement.

Inspirez à fond.

C'est Dino.

Papa a eu un accident.

Je suis auprès de lui à la clinique Sainte-Claire à Nice.

C'est grave.

Il faut que tu viennes.

Oh, ici, c'est... Quand j'étais mort, c'était gay.

Et c'est pas gay.

Mais c'est... C'est le règlement.

T'es bien jeune pour être ici, toi.

Tu vas me faire le coup de moins génial pour te rajeunir, toi.

Ça marche pas, ça ?

Parce que je suis un homme d'ordre, il faudrait enlever tous les déchets

maintenant.

Ne t'en fais pas, je m'en occupe.

Au fait, qui es-tu, toi ? Qui es-tu, toi, ici ? T'es une

infirmière ou une interne ? En tout

cas...

Ne vous en faites pas, c'est normal.

Tu t'as fait sidonie ? Tu viens d'être opéré.

Ty t'es endormi longtemps, mais maintenant ça va.

C'est fini.

Sidonie... Sidonie... Oh, fille d'or.

Je te parle et je m'en dis pas grand.

C'était toi.

C'est normal, papa, tu m'es pas reconnue.

J'ai une blouse et une coiffe.

Pourquoi t'es déguisée comme ça ? Hein ? Dis-nous.

Sinon...

J'étais justement en train de penser qu'on arrivait à l'âge où nos parents

meurent. Salut.

Ça va ? Il m'a même pas reconnu.

On peut pas le laisser vivre comme un légume faro.

Pas lui.

Pas papa.

Arrête, Sidonie.

Ça n'arrivera pas.

Tu veux dire...

Une amie nous avait prêté sa maison.

Il avait fallu cet accident pour que l'on se retrouve tous sous le même toit,

comme avant.

Un à un, les membres de la tribu rappliquaient.

On tâchait tous de cacher nos sentiments pour ne pas craquer et en retrouver

naturellement le ton de notre enfance moqueuse.

Durant trois longues semaines, on allait se relayer au chevet de papa qui ne

devait jamais rester seul.

Chacun de nous découvrait ou vérifiait l'importance de ce père qui nous avait

donné de la vie une idée légère, flâneuse et ensoleillée, qui ne devait

jamais plus nous quitter.

Mets-moi une cigarette.

T'es arrivé con ? Tout à l'heure.

Tout le monde dormait, impossible d'avoir l'adresse de la clinique. Dinou

est là-bas.

Oui, c'est son cas.

On partage les nuits, c'est moins dur.

Comment il va ? Je sais pas encore.

Paul, mon amour, enfin je t'aimais pour toi.

Mais n'est-ce pas la pire des choses que je puisse te faire ?

Vaguez

tout ça.

Maman, dis-nous.

Si tu les voyais avec tous leurs tuyaux pour se maintenir en vie.

On est des ingrats.

On est des ingrats parce qu'on n'a pas besoin de tuyaux.

Ici, j'ai... J'ai beaucoup réfléchi à nous deux.

C'est bien ça.

On est vivants, nous, tu comprends ? Non, je comprends pas.

Qu'est-ce que tu veux essayer de me dire, ma chérie ?

plutôt que de nous découvrir comme on fait.

Dis

-moi

que j'ai raison, Paul.

Poldor avec Manuvet ?

Qu'est-ce qu'il t'a dit tout à l'heure

? Tu l'avais lourde.

C'est sérieux ? Personne n'a lourd, personne.

On se quitte un jour, c'est tout.

Tu veux bien dormir avec moi?

Pardon, Jude.

Je t'ai volé ta femme, cette nuit.

J'ai vu.

Ton père, comment ça va ? Il dit que la mort, ce n'est pas grave.

Il va s'en tirer, va.

Il aime trop la vie pour la quitter comme ça.

Sa soeur vit ici, il faut tout de même qu'on la prévienne.

Vous avez de la chance d'être une famille nombreuse.

Tu veux dire que quand il n'y en a plus, il y en a encore ? Je ne dérange pas.

Tu veux du café ? C'est vrai, je fais encore partie de la famille.

Non ? Tu as bien dormi, mon Dino.

À toi.

À ton avenir.

Décidément, les vieux couples, y a que ça de vrai.

C'est vrai ce qu'il dit. Il a raison, Faroult.

Les vieux couples, y a que ça de vrai.

Vous trouvez pas que j'ai pris un coup de vieux ?

Tu

sais, avec les femmes, ça va, ça vient.

Oui.

D'après ce qu'elle m'a dit... Elle t'a parlé ? Vaguement.

Qu'elle avait besoin d'être seule pour savoir qui elle était. Tu vois le genre

de connerie ? Moi, je sais qui elle est.

Ça devrait lui suffire.

Vous venez de là-bas ? Oui.

Alors, comment il va ? Fatigué par les réprimandes de maman, il s'est endormi.

Le pauvre, il a préféré dormir plutôt que de l'entendre.

Là, tu charries. Elle est bien bonne d'être là, maman.

C'est quand même son mari, merde.

Vous ne m'avez pas téléphoné ? Non.

Est-ce qu'il t'a oublié ? Pauvre égriveur.

Paul, tu en veux du café ? Non, merci, je n'ai pas le droit.

Mais depuis quand tu n'as plus le droit de prendre du café ? Depuis huit jours.

Ça s'appelle une alerte, ce que j'ai eue.

C'est une alerte.

Comme pendant la guerre.

Je vieillis, qu'est-ce que tu veux ? En tout cas, c'est ce que m'a dit le

médecin.

Et qu'est-ce qu'il t'a dit d'autre ?

D'éviter les émotions.

Allô ? Oui, c'est moi.

Ah, bonjour, docteur.

Et... si le cerveau n'a pas repris sa place ?

Je comprends.

Merci. Au revoir, docteur.

Ils lui font un scanner à 11 heures.

Si le cerveau a repris sa place, il peut quitter aussitôt la clinique et rentrer

à la maison.

Si le cerveau a pas repris sa place,

vous croyez pas qu'il faudrait parler à maman ?

Foutez-lui la paix, maman.

On verra bien.

Tu veux de la confiture de myrtille ou de groseille ? Abricot.

Évidemment, puisqu'il n'y en a pas.

Tu t'abives, tu vas m'en acheter à l'épicerie.

Mais j'ai faim, moi !

Tu m'as dérangé toute la nuit.

Faroult, l'autre jour, y a été dès son réveil. Tes enfants te gâtent trop.

Tu es encore plus embêtant qu'avant.

Tiens.

Tu te rends pas compte de l'opération que je viens de subir ? Avec tes

caprices, je me rends surtout compte que tu t'en es tiré.

T'es vraiment antipathique, toi.

Et tu as mis 20 ans à t'en apercevoir ? T'es gentil d'être là tout de même.

C'est à quelle heure, mon scanner ? À 11 heures.

On a tout le temps.

T'en fais pas ? J'ai hâte de sortir d'ici.

Mon mouche me manque.

Tes bagages sont prêts.

Si le professeur dit que ton scanner est bon, on rentre tout de suite à la

maison.

T'es content ? Et s'il est pas bon

?

Même si le scanner d'aujourd'hui est pas bon, on attend quelques jours et on s'en

va. Même.

N'aie pas peur, papa.

C'est fini.

C'est François.

On va se marier, on vient juste de le décider.

T'as entendu, Jeanne ? Juliette va se marier.

Vous en avez une belle famille, M. Séverin.

Tu lui plais.

C'est à cause de ton bandage.

Ça fait Guillaume Apollinaire.

À tout de suite, papa. Fais pas de conneries.

Juliette, ma chérie, tu as l'air d'un as de pique.

Tu devrais aller chez le coiffeur de temps en temps.

Mais qu'est-ce que vous avez à me regarder tous ? Vous la trouvez bien

coiffée ?

Le

cerveau a repris sa place.

Tout va bien.

Tu entends ça, papa ? C'est pas encore pour cette fois. Je suis la foudre à la

botte. Vous l'avez sauvée, docteur.

On s'en va, non ? Tout est prêt.

Oh !

Je suis content.

Faites-le calmement, ce voyage.

Et n'oubliez pas de m'appeler dans huit jours.

Vous allez sauver la vie, vous.

Si elle était sauvable.

Elle est modeste avec ça, vous l'entendez.

Je crois que ça va aller entre Edouard et toi.

Je ne sais pas.

Plus de faire de mal, à présent.

Le temps des passions est terminé. Alors vous vieillirez peut-être ensemble.

Peut-être. Allez, maman, au volant.

Maman, sois prudent, passez pas le moment de... Bon voyage,

maman. Au revoir.

Et soyez prudent, Florent.

Nous étions un peu défaits, mais enfin délivrés.

Et peut-être avions-nous grandi.

Un chantier m'attendait qui devait me tenir des mois loin de France.

Je décidai de partir ce jour-là.

Sont gentils, nos enfants.

Magnifique. Ils sont tous magnifiques.

C'est Moumouche qui va être contente de nous revoir.

Mais... Mais comment tu conduis, toi ? Oh, tu vas pas commencer !

Et ce même

jour, sans avoir rien dit à personne, Sidonie joua enfin en public.

Comment ça s'appelle, ça, qu'elle joue ? Jésus que ma joie demeure. C'est beau.

C'est très beau.

On y va ? Non, on l'attend.

Jude ! Jude ! Je suis arrivée ! Je t

'ai fait jeter.

Tu vois, c'était pas si difficile que ça.

Ben, j'ai joué.

T'étais là pour ça, non ? Si.

Comment avait-elle fait ? Celle-là, ça ne m'étonnerait pas qu'à l'hôpital, elle

se soit collée sur le dos une large promesse à la Sainte Vierge.

Ou à quelques saints glingles.

Allez donc savoir avec elle.

Peut-être à Dieu lui-même.

Tu crois qu'on en a fini, toi et moi ? On fera plus jamais les morts ensemble.

Je ne sais pas.

Je suis comme toi, Paul.

Je ne sais pas.

Enfin, si tu penses pouvoir être heureuse, c'est l'essentiel.

On a les mêmes possibilités.

Non, pas moi.

Moi, je suis l'homme d'un seul amour.

Peut-être que moi aussi.

Dis-moi la vérité, Dino.

Ça pourra peut-être m'aider.

Dis-moi la vérité, tu m'as trompé.

Oui.

Pourquoi ? Je ne sais pas.

Pour exister.

Parce que j'étais triste.

Tu as été amoureuse d'un autre.

Tu as pris du plaisir ?

Pourquoi

? C'était con.

Ça faisait la mort avant ton départ.

On ne sait jamais quand c'est la dernière fois.

C'est une situation intéressante.

Parce qu'on en sait que ce sera la dernière fois.

Ah, c'est mon vol.

Tu es forte, hein, méchante ? Je n'ai pas le choix.

Je ne t'aime pas.

Je ne t'aime pas.

Merci.

C'est pas pour dire, mais si on crève à nouveau, on est mal barré.

Ça va aller ? Des momentaires d'une jeune fille.

C'est que tu n'as pas changé, toi.

Il faut toujours que tu fasses du charme.

Oui.

Depuis mon lit d'hôpital, je voyais tous arriver avec le rythme de la rue, l

'odeur de la rue.

Et moi, j'étais déjà presque plus là.

J'étais sur un bateau qui partait vers le large.

Et je ne pouvais pas l'arrêter.

Et vous, vous étiez sur le rivage.

Vous me regardiez partir, de plus en plus petit.

de plus en plus inatteignables.

Parfois, par un geste ou par un sourire, l'un d'entre vous redevenait proche,

et puis tout doucement, sans faire de bruit, repartait rejoindre les autres.

Et repartait.

Et moi, je ne pouvais pas le retenir.

Quand Dino m'appelait pour me prévenir, c'était la nuit.

Tout dormait dans la maison.

J'entendais le bruit de la pluie sur les carreaux.

Je me raccochais à ce bruit.

D'un coup, c'était comme si tout s'était arrêté.

Alors j'ai pensé à ta guérison.

J'ai imaginé aujourd'hui le retour à la maison.

J'ai retrouvé mes forces.

J'aime bien que tu sois si fort. C'est pratique, hein ?

C

'est étrange de me retrouver ici.

Avec toi.

C'est comme une seconde vie.

Oh, le gros chien gris.

Viens là mon chien.

Oh, tu es là.

On est bien ici.

J'avais presque oublié.

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