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Vous êtes d'accord avec moi que le carré est bien un polygone régulier, les
quatre côtés ont la même longueur et les quatre angles de mon carré ont la même
mesure. Alors vous allez me faire une figure, mais vous n'êtes pas obligé de
me faire un carré. A partir du moment où vous me dessinez un polygone régulier.
Alors quels sont les polygones réguliers simples que vous connaissez ?
Oui ? Un triangle équilatéral ? Alors, un triangle équilatéral, effectivement,
c'est le premier exemple de polygamie de billets.
Regarde, là, ça commence vraiment à être dégueulasse.
Hé, microbe ! Regarde ça ! Non,
merci ! Arrêtez ! Je vous montre mon pantalon ? Je vous donne mon portrait ?
Non, il est raté.
J'aime toujours ça.
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8.
Arrête d'essayer de me concentrer.
Quoi ? Change de mur.
Comment ? Je n'entends pas que tu brises du ballon.
Ok, bon, ben, marque-moi un but.
Arrête la tête.
Ça se complique, le but se rétrécit.
Mais qu'est-ce qu'elle vous a fait cette maison ? Pourquoi vous vous acharnez à
la démolir ? Tu vois bien que je suis pour rien maman. C'est Daniel qui m'a
provoqué. Ben voyons. Vous cassez tout ici.
Les fenêtres, les murs et mes nerfs.
C'est le foot, ça tape sur le système.
Toi tu vois pas mieux que ton frère, tu crois que je suis pas au courant pour le
trou ? Le trou ? C'est Daniel et Romain, c'est pas moi.
Mais il y a prescription, c'était il y a un an qu'on l'a fait.
Moi j'aimerais bien savoir, il vous passe par la tête pour faire un trou
dans le mur.
J'ai peur de mourir.
Mais qu'est-ce que tu racontes, Daniel ? Tu ne vas pas mourir.
Bah si, comme tout le monde.
Mais la mort, ce n'est pas la fin.
C'est comme une...
Une sorte de libération.
Le corps est juste une enveloppe dont on se débarrasse.
Comment tu peux en être sûre ? C'est évident, Daniel.
Regarde autour de toi.
La beauté du monde.
La complexité.
Comment ça peut être possible sans une force divine ? Pourquoi est-ce que j'y
pense tout le temps et les autres n'y pensent jamais ? T'es différent, Daniel.
C'est tout.
Je ne veux pas être différente, je veux être comme tout le monde.
Enfin non, je ne veux pas être comme tout le monde. Non, je n'en sais rien.
Ça m'énerve.
Écoute.
Essaie vraiment de lire celui-là.
Je t'assure que ça pourrait t'aider.
Irene Dominguez, la mère de l'univers.
Ce n'est pas de la science, ça.
Ah ben si, c'est une scientifique.
Elle a étudié la physique, la biologie, la chimie.
Viens avec moi aussi pour une de ces conférences.
Au moins une fois, tu verras bien.
Une propriété de certains ensembles infinis, qui est que, contrairement à ce
qui se passe pour les ensembles finis, une partie stricte peut avoir autant d
'éléments que le tout.
Entrez ! Entrez !
Bonjour, excusez-moi.
J'ai été transférée en quatrième 3, je suis nouveau parce qu'il y a eu un
problème. En fait, on pensait que j'étais en anglais alors qu'en fait je
suis en russe.
Ton nom ? Le Loir Théo.
Pas de Le Loir dans ma liste.
Ah bon ? Mais pourtant j'étais avec la CPE il y a deux minutes dans son bureau
et elle m'a dit de venir parce que... Bon ça va, on verra ça plus tard. En
attendant, va t'asseoir à côté de cette jeune fille.
Je disais l'hôtel de Hilbert, donc je vais vous donner un exemple.
Supposons qu'un hôtel possède un nombre infini de chambres, tout occupé.
Malgré cela, l'hôtelier peut toujours accueillir un nouveau client.
On peut dire que la salle 403, c'est l'hôtel Hilbert et que moi, je suis le
nouveau client.
On n'est vraiment pas gâtés avec les mecs dans cette classe.
Oui, personnellement, aucun mec ne m'intéresse cette année. Ils sont
tellement games, je trouve.
Steve est quand même pas mal.
Ouais, c'est vrai.
Et pas trop con aussi.
Par contre, le nouveau, alors lui, il aime bien se faire remarquer. Tu vas
avoir le courage de lui dire qu'il est pas drôle et que c'est un gros lourd.
Pour son bien.
C'est trop crade. Il a déjà un surnom.
C'est quoi ? C'est Théo, effectivement, le gros lourd.
Daniel, reviens ! Alors, c'est quoi son surnom, le nouveau ? Tu nous casses les
couilles, gasoil !
C'est un booster 25 watts.
Ouais, tu connais ? Bah ouais, mon père en fabrique. Ton père est en
électronique aussi ? Non, lui il est antiquaire. Le Loire-Antipité, passage
Saladin. Bah, essaye.
Merci.
Arrête de te la péter avec ton pote pote à roulettes.
Eh je crois avoir entendu la voix d'un fils de bourge d'une éthique moins
pauvrie.
Qu'est-ce que tu racontes ? Toi et tes petits copains, vous êtes que des
reproductions asexuées de vos parents.
Des clones quoi.
J'ai oublié de prendre ce gasoil.
Putain.
T'as bringué tout vert du con.
T'as bringué tout vert.
Ouais, j'ai réparé la bagnole de mon père ce matin.
De toute façon, quelle bande d'abrutis.
On pointe dans leur gueule à ces connards.
Laisse tomber. Un jour, ils nous mangeront dans la main.
Les cahiers de dérécré sont des victimes de demain.
Tu veux pas me parler ? Non, mais je sais pas toujours quoi dire.
T'as plein de trucs à me dire d'habitude.
Ça va pas ? Tu fais la gueule ? Bah, je trouve qu'Agathe et toi, vous avez des
jugements un peu arrêtés sur les autres.
Basé sur l'aspect extérieur.
Tu veux dire qu'on est super fiel ? Je déconne, quoi. Non, non, pas du tout.
Parce que c'est pas le cas.
Oui, mais vous avez des goûts bizarres.
C'est parce qu'on est des filles.
Tu le connais ? Ah, salut.
C'est un copain de classe.
Vas-y, tire encore, lucarne, lucarne.
se prépare à tirer et...
L'amour, comme aimer, comme faire l'amour en se rapprochant de la
divinité, c'est l'homme à la relation correcte avec l'amour et à la relation
correcte avec Dieu lui-même.
Je peux te poser une question personnelle ? Vas-y, les amis c'est fait
pour encaisser.
Bah est-ce que t'as... Attends, on est copains ou amis ? On est amis.
Alors vas-y.
Est-ce que tu l'as déjà fait ? De quoi ? J'ai dû baiser avec une femme ? Non.
J'ai abandonné après une histoire triste.
Tout un tas de complications sentimentales avant d'être en l'acte. C
'est décourageant.
Non mais...
Je veux dire tout seul.
La branlette.
Tout le monde se branle.
Même ceux qui ont une femme.
Même ceux qui ont une femme ? Ouais.
Et ça met combien de temps à sortir ? Que je perde ? Ça
dépend.
Moi, un jour, je me suis chronométrée. 17 secondes.
Et toi ? Je sais pas.
En fait, il n'y a rien qui sort.
Chaque individu est à la fois le produit de son bagage génétique et de son
environnement, ce qui en fait un être unique.
Développer cette idée en décrivant un monde de votre famille en termes simples
mais précis, exprimer ce qui en fait une personne unique.
Je ne sais pas qui prendre.
Maintenant, tu es maîtresse d'école à la campagne.
C'est un peu feuillot, ça.
Prends plutôt quelqu'un que tu connais bien, que tu vois tous les jours. C'est
plus facile.
Moi, par exemple, je taille un costard à mon père.
Ce qui en fait une personne unique.
Fais chier cette rédaction.
Oh non, j'ai toujours pas trouvé mon sujet.
Bah, t'as qu'à le faire par ton frère.
T'as l'air d'être un cas unique.
J'ai déjà prévu de le peindre.
Vas-y, va le peindre alors. Je prends le cul de ta rédac sur lui. Ça va être
facile.
Qu'est-ce que tu fous là ? Sors de là ! C
'est insupportable leur bouclant.
C'est du bruit, ce n'est pas de la musique.
Ils ont déjà joué un accord mineur une fois dans leur vie.
Et c'est quoi ça ? C'est la photo de sa copine.
Il a faute de sa copine dans son rétro ? Complètement con, ton frère.
C'est un punk.
C'est bien sûr, toi, qu'est-ce que tu fais ? C'est moi qui lui ai prêté pour m
'inspirer sur les punks.
Même avec ça, il fait pas con du tout.
Couteau dans la bouche, Romain.
En conclusion, il n'y aura plus jamais de viande à cette table ? Vous pouvez en
manger, mais je la prépare plus.
Voilà, c'est comme ça. C'est plus le bouton. Bon, voyons.
Romain, qu'est-ce qui t'a fait parler comme ça à la table ? Ah, donc c'est
parce que Daniel a ramené un copain qu'on doit faire semblant d'être une
famille normale ? Le copain, il a un nom.
Ah oui, gasoil.
J'ai remarqué que les primates appellent comme ça.
Daniel, tu vas dans ta chambre ! Romain, toi aussi ! Stop ! Oh oh ! Mais il y a
un mois, t'avais encore des vrais blocs ! Fume de mon cul ! Oh oh oh, mais c'est
des petits cons ! Pourquoi t'as toujours des copains bizarres ? Et vous ne le
connaissez pas, personne ne le connaît.
Ils sont un peu laissants, quand même.
Ils lâchent des sentiers une ou deux fois pour croire qu'ils aident son père
le matin.
Eh mais, c'est pas ton écriture ? Théo m'a fait ma rédac'. Tu triches ?
Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu vas aller le dire aux parents ? Ça me fait
de la peine de devoir tricher. Je pensais pas ça de toi.
Oh, et revoilà le grand chevalement de la moralité.
Mais qu'est-ce qui est pire moralement ? Tricher ou dénoncer ? Mais j'ai jamais
dit que j'allais le dire. Ça me choque, c'est tout.
De toute façon, j'aurais fait mieux moi-même.
Fais-le alors.
La flemme. Et ça ira.
Attends.
Tu crois qu'ils font l'amour ?
Je crois que c'est plutôt à moi qu'ils pleurent.
Le problème c'est qu'on sait jamais si c'est maman qui pleure ou s'ils baisent.
Ils n'entendent jamais papa en plus.
Mais ça c'est normal, les hommes font jamais de bruit quand ils baisent.
Je crois que c'est à moi qu'ils pleurent.
Elles pleurent souvent, souvent.
Je préfère ça que de les entendre baiser, ça me dégoûte d'y penser.
Tu peux arrêter de dire baiser tout le temps s'il te plaît ?
Pique au crâne, coup de cuir, mon frère est un pomme dans l'âme qui ne s'ignore
pas. Il fait voler sa routine en éclats, mais jamais ne ramasse ses morceaux.
S'il n'est pas un exemple, Romain est en face d'un exploit.
Il fait trembler nos murs avec sa basse et quatre accords majeurs, mais a des
ambitions mineures, changer le monde en fumant sa vie par les deux bouts.
Ses amis, une équipe de révoltés, affublés de loups, soi-disant
provocateurs, contribuent à son oeuvre révolutionnaire.
Merci pour la rédaction.
J'ai honte d'avoir une meilleure note que toi.
On s'en fout, laisse tomber.
Ce qui m'ennuie, c'est de faire un panégyrique de ton connard de frère.
Un quoi ? Un quoi ? Un panégyrique, c'est un discours élogieux.
Bon allez, fais le poste à ton tour d'assurer.
Allez, viens avec moi.
Non. S'il te plaît. Mais non, parce que si on y va à deux, ils nous prendront
juste pour deux gamins.
Alors que si tu y vas tout seul, ils te prendront au sérieux.
Je te promets que je bouge pas. Je t'attends ici.
Il y a de la violence.
C'est de la révolte.
C'est un révolté ? En fait, c'est plutôt les amis de mon frère qui sont révoltés.
Et ils sont révoltés contre quoi, les amis de ton frère ? Ils sont révoltés
quand leur prof leur donne beaucoup de devoirs.
Washrock exposition.
Qu'est-ce qu'on est quashrock ? Daniel Guerra est un jeune artiste de
Versailles qui peint avec talent et intimité.
Sa génération touche nerveuse et colorée. Des portraits intensément
personnels résultant du choix de ce sujet par l'art.
Le petit Versailles.
Une jeunesse avec des coupes de cheveux en crêpes et des moutons déglingués, ce
n'est pas vraiment la jeunesse de Versailles, non ? C'est surtout la
jeunesse des copains de mon frère. La révolte contre la société.
Une révolte est teintée d'un sous-son de Max Birbom dans sa concision élégante et
pleine d'esprit. Et pas seulement Birbom, mais... Eh bien, Théo, puisque c
'est comme ça que tu vas nous lire cet article, on l'introduit en ruche.
Hein ? Daniel Guéret est un jeune artiste Versailles qui
peint avec talons et intimité sa génération.
Allez.
Allez voir le super film. On verra s'il a pris ce qui montre action.
Un sujet pas de la piste.
Monsieur, dans ce cas-là, moi aussi, je dois aller voir le CPE.
Assieds-toi, Daniel, s'il te plaît.
Tes parents, tu les as invités ? Ils travaillent.
Et tous ceux qui sont sur tes peintures, ils vont venir, au moins ? Ils sont tous
des copains de mon frère et je ne parle plus.
Et tes copains de classe ?
Bonjour, Jean-Marc.
Bonjour.
Quel succès ! Excusez-moi.
Marquis de Brétiselle-le-Rendure. Où allez-vous ? Vous voyez, par franc
succès, il est con.
Je t'aime tranquillement dans l'igname.
Ça va.
Excusez-moi.
Désolé, je ne vous avais pas reconnu de dos. Ah oui, il y a du salaire à vendre.
On est d'accord.
Ils l'ont désolé, on est complet. Mais ils reviennent dans une demi-heure.
Excusez-moi.
Madame, je crois que vous avez compris mon pied avec la moquette.
Pas grave.
Oui, moi.
Une minute, monsieur le maire. Je vais voir les œuvres et j'enverrai à vous.
Tu l'as, je vous l'ai faite. J'ai apporté le fond.
100 000 euros ? 1 million ? Savez-vous ?
Daniel, tu sais tes dessins ? T'es nu.
De quoi tu parles ? Ce qu'il y a sous ton lit.
Et tu fais jamais mon lit ? Tu t'inspires de poteaux ou tu travailles d
'imagination ? Je sais pas en parler.
Tu sais, c'est normal de se mettre sur bas à ton âge.
Mais arrête ! Mais moi, je trouve super ces dessins.
Ils sont encore plus vivants que tes gouaches. C'est ceux-là que tu devrais
exposer. Mais t'es même pas venue à l'exposition. Il n'y a que Théo qui est
venu. Et puis je veux plus aller aux conférences avec toi.
Non mais Daniel, excuse-moi.
Je te promets, on reparlera plus de ta sexualité.
Mais laisse-moi tranquille !
Ton frère gagnait sa vie à ton âge.
Il participait au frère, lui.
En fait, maman, Daniel expose ses peintures à Versailles Jeunesse.
Quel Daniel ? C'est Daniel, en face de toi.
Oui, madame, moi.
Et tu sais combien j'en connais de Daniel ? Deux.
Eh bien, c'est Daniel, il est un copain de place.
Et il fait des peintures.
Il a même exposé des portraits de moi en punk.
J'ai pitié de toi et de ta famille.
Les artistes n'apportent que du malheur et du foutoir.
Regarde ton père.
Il y en a partout. Donne-lui un respire.
Ça ne fait pas qu'il y en ait.
Ça non plus.
Et ça non plus. De toute façon, c'est de la merde.
Pour ça, chère, où le ferraille, ce que tu faisais ? Je n'en ai pas l'heure,
mais tu me rapports ce qu'elle te donne.
Va pas tâcher des connes avec l'argent.
Et n'essaie pas de me rouler.
On peut pas payer Daniel un peu ? Après tout, il va m'aider à pousser la
charrette, non ? Ah non, j'ai pas... Non ! Personne ne lui demande de t'aider.
Tu m'as pas dit que t'avais un frère. Il est mort ? Il est dans l'armée.
Ah, c'est le héros de la famille.
Tu parles.
Il a jamais rapporté un copec à la maison.
Ma mère dit ça pour me faire de la honte.
C'était un drogué, un alcoolique. C'est pour ça qu'il s'est engagé.
On y est.
C'est là ? Ouais.
Laisse, ça s'arrête là, je fais ça plus tard.
La carpe a ses dents toute l'heure.
On peut attendre ici ? Allez, c'est la vérité de Paris de la métabolisme.
On a l'impression d'être vite, quoi.
Regarde-moi ça.
C'est pas une merveille technologie.
C'est pas un moteur de tondeau de la gazon café.
Je te parie que je peux le faire démarrer.
Et tu le mettras sur ton vélo ? Tu déconnes ? Avec ça tu fais tourner ce
que tu veux.
C'est un deux temps, ça te l'est jamais tombé.
Je t'y connais vachement en mécanique.
Avant de se droguer, mon frère m'a appris les trois trucs.
Il était capable de traguer un carburateur au millimètre même
complètement bourré.
Où est l'argent ? Tu l'as dépensé.
Il est dans ma chambre, je m'occupe de mon père. Redescends ce machin
immédiatement. Je t'ai dit de redescendre ce truc.
Raoul nous a payé avec un moteur. Je te dis pas jeter n'importe quoi.
C'est pas n'importe quoi.
Je te rembourserai la semaine prochaine.
On ira faire les encobres pour ramasser du cuivre et je le ferai peser.
T'es qu'un tas de mauvaise nouvelle.
Je veux pas te voir une minute de plus.
Tiens, souffle dans l'électrodeur pour voir que c'est bouffé.
Ça part.
Tiens, maintenant dans la diorite.
T
'inquiète,
c'est le métier qui rentre.
Et bien on y va.
Yes ! Vous n'avez pas dit que j'arriverais à le faire marcher ? Ici, j
'ai vu un gazoil ! Gazoil ? J'ai vu de la tronche ! Ok, désolé, je
recueillirai.
Ah putain, un moteur à explosion sur un cœur qui bat 8000 coups par minute !
Excuse-moi maman, il y avait des travaux dans la rue.
Daniel peut rester dormir ici ce soir ? Je m'en fiche.
Je ne veux pas vous entendre.
Arrête de faire n'importe quoi.
Et va préparer le dîner.
Qu'est-ce que tu fais ? Merde.
Je peux plus dormir.
C'est ça pour m'endormir.
La honte.
Non, t'inquiète.
On fait tous des trucs bizarres.
J'ai un cousin, il se tape la tête contre l'oreiller pour s'endormir.
Continue si tu veux, ça me dérange pas.
De toute façon, je dors pas la nuit. Je pense à des trucs.
Oh merde.
Quoi ? Rien, j'étais dans une bonne pensée et j'ai oublié.
Ah ouais, ça me fait tout le temps. C'est super énervant.
Mais j'ai une technique.
Il faut que tu reviennes à la dernière pensée dont tu te souviens.
Puis, ça te conduit à la suivante, puis encore à la suivante.
Qu'est-ce que tu retrouves la bonne ? Alors ?
Non, ça marche pas.
Continue à faire ton tourniquet, ça me reviendra.
Non, non, s'il te plaît, ne me parle plus.
J'en ai marre de me payer la rente en ce moment.
Ah, ça me revient.
Le moteur.
Si on y ajoute des roues, qu'est-ce que ça fait ? Pas un moteur et des roues.
Donc une voiture sans carrosserie ? Parfaitement, Gaucheroch.
Une voiture sans carrosserie avec une carrosserie.
Une turvoie ? Arrête avec le verlan.
On se fabrique notre voiture.
Oublie la honte. On va défoncer le futur.
Défoncer le futur ? Oui.
T'as jamais rêvé d'avoir une indépendance absolue ? De pouvoir aller
à droite, à gauche, aussi loin que tu veux sans avoir à rien demander à
personne ? Pourquoi on ne s'achète pas des scooters ? Déjà parce que ça coûte
une blinde.
Et qu'ensuite...
C'est super ringard.
J'avoue.
Alors qu'une voiture, notre voiture, construite par nous...
Ouais, t'as raison.
Je rêve souvent que je conduis un kart ou une caisse.
C'est mon rêve favori.
Après, je suis désolée.
Ça donne vraiment un sentiment incroyable de liberté.
Sauf qu'on n'a pas l'âge pour conduire une voiture.
Erreur. On dira que c'est un 49.9.
Comme un moteur de scoot. Et ça, on devrait le conduire.
Pour les freins, la carrosserie, le volant, les roues, tout ça, on peut tout
trouver chez Raoul Ferraille.
Et comment on la paye, Raoul ? On fait les encombrants.
On prend tout le métal qu'on peut.
Et comme les gens ballent tout sur le trottoir, il n'y a plus qu'à cueillir.
T'as la même chose à ton père pour le rembourser.
Je vous ai entendu tout à l'heure.
T'en fais pas, il oubliera.
T'en as pas marre de te faire engueuler par tes parents ? Quoi que je fasse, je
me fais engueuler.
Autant faire ce que je veux, non ?
Et ta mère, elle est malade ? Elle est trop grosse.
Elle a déjà fait deux crises cardiaques.
Désolée, mec.
Ma mère, elle m'aime trop.
Ça me fait pitié.
Yo !
Théo, ça c'était on se taille et on taille la route.
Mec, la route on la prend, on la rend pas. A nous la liberté.
C'est quand même grand la France.
Indre, le Loire-Atlantique, il est vilaine.
Lyon, non. Mors,
on va où ?
Dans le massif central.
J'ai trop envie de retourner dans la colo où j'étais quand j'avais 8 ans.
C'était où ? C'était... là.
Dans l'aubrac.
On enchaînait l'école.
Je me souviens, c'était sur une colline où il y avait plein d'herbes.
Il y avait même une pente où on pouvait descendre en chariot pendant 4 minutes
facilement.
Puis les cuisinières, c'était les plus gentilles. Elles avaient des nichons
gros comme des ballons.
Des montgolfières ? Non, des petits ballons de fête foraine.
Allez, viens m'aider au lieu d'écouter mes conneries.
Ça ne va tant qu'on ne va pas sur la Côte d'Azur.
Évidemment. La Côte d'Azur, c'est pour les tapettes du Covid.
De toute façon, on prendra que les petites routes.
Bien sûr.
Est-ce que tu nous vois sur l'autoroute avec notre engin ? Mais ne t'inquiète
pas. Je sais, on va faire toutes les petites routes de France, tous les coins
perdus, tous les cols, toutes les descentes.
Les gens, ils vont se retourner sur notre passage.
Calme-toi, on ne va pas faire des 150 en plus.
C'est affoiré.
Comment ça c'est affoiré ? Tu m'avais dit que l'homologation c'était une
simple formalité.
Oui, ben je me suis planté.
Et pourquoi ? On n'a pas le droit de conduire ça sur la voie publique.
Il manque plein de trucs qu'on ne pourra jamais ajouter.
La direction est foireuse, les freins sont pas réglos, il y a des problèmes
avec la carrosserie.
Merde, on n'a pas l'âge pour un final.
Point final, fin d'histoire, c'est comme ça que ça se termine.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise, c'est affoiré.
On a l'impression que tu t'en fous, ça me fout vraiment le cul.
Arrête de jurer, c'est pénible pour moi aussi.
Les mecs bourrés, ça me dégoûte.
L'alcool, c'est la mort de la dignité.
Voilà que l'autre vomit maintenant.
J'organiserai jamais de fête chez moi.
Ça me détoie qu'elle fume.
Elle fait ça pour te provoquer, tu vois pas qu'elle t'allume ? Ah bon ? Ben oui.
Et alors ? Ben alors tu vas lui parler, c'est une occasion parfaite.
Je sais pas quoi lui dire.
Tu t'en fous, on n'entend rien dans les fêtes de toute façon.
Ce que tu fais c'est que tu danses à côté d'elle, et puis au bout d'un moment
tu l'embrasses.
C'est comme ça qu'on fait.
Après fais juste gaffe de pas télétruciter la langue avec son
appareil.
Très drôle.
Oh c'est bon.
En tout cas si tu vas pas c'est que t'es une lingette, alors vas-y gueuf.
Lingette ? Lingette.
Ok.
Alors ? T'es trop penché en avant, redresse-toi.
Mais !
Il s'est passé quoi ? Ça la gêne de danser avec moi.
Quoi ? Pourquoi ? Elle dit que je suis trop petit.
Trop petit ? Vas-y, viens, on se casse.
J'en ai marre qu'on m'appelle Microbe depuis deux ans.
En plus, c'est même pas moi le plus petit, c'est Kevin.
De toute façon, même si je faisais un kilomètre de haut, on m'appellerait
Microbe.
Le problème, c'est qu'on est sous-évalués.
On évolue dans un contexte merdique, on peut pas s'épanouir.
On peut pas dire que les événements tournent en notre faveur, c'est un
peu... Eh, Daniel, dans les moments difficiles, il faut toujours garder la
tête haute.
N'oublie pas que les crises forment les leaders.
De Gouin en 40, par exemple.
La situation semblait perdue.
Oui, lui.
Nous vivons probablement les heures les plus sombres de notre histoire.
Au milieu d'une guerre qui semble perdue.
Mais nous devons refuser de baisser les bras.
La guerre ? Oui, notre quête à la France en 40.
Qu'est-ce que tu racontes ? Je raconte que... On termine la bagnole, il ne faut
pas baisser les bras.
Imagine, si jamais un jour on se rencontre par hasard dans 30 ans, et qu
'on repense à maintenant, le moment où on a abandonné notre rêve, qu'est-ce qu
'on se dira ? Tu te souviens de cet été 2014 ?
On devait se construire une tire et se balader sur les routes de France.
Mais on n'a pas fait refroidir.
On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie.
Non, on ne fait pas toujours ce qu'on veut.
T'as raison.
On a terminé notre voiture.
Qu'est-ce que tu vois ? Une maison.
Et là ? Une maison avec des roues.
Exactement. On emmerde l'homologation.
Explique à toi.
La carrosserie.
C'est une cabane de jardin.
Une petite maison, quoi.
Et alors ? Comment ça et alors ? T'as raisonné nos deux problèmes.
Regarde. Par exemple, s'il y a des gendarmes qui passent, on se gare au
bord de la route, on attend qu'ils passent l'air de rien, et eux, ils n'ont
aucune raison de s'arrêter, donc ils continuent leur chemin.
Et B ? Bah B, on dort dans la maison.
On dort dans la maison.
Bah quoi, t'es pas d'accord ? Bah, je sais pas si c'est une idée du nid ou si
c'est complètement débile.
Et puis je suis toujours en mode déprime.
Mais c'est génial ! Yes !
Parfois tu m'épates mon petit Daniel.
Mec, on reprend les routes du soleil. High five ! Je ne fais pas de high five,
c'est vulgaire.
Allez te déboucan et allez dormir.
Si ton père se réveille, t'es tombé d'empreinte d'une.
Pourquoi
tu
pars sans me dire au revoir ?
Je t'avais pas vue et je voulais pas attendre pour rien, être lourde et
encore me payer la honte.
T'es jamais lourde.
Je suis léger parce que je suis petite.
Arrête avec ça.
Non mais c'est vrai, je fais plus jeune que mon âge.
Et puis, à notre âge, tu sais, les mecs sont plus cons que les filles, c'est
physiologique. Mais toi t'es différent.
Toi aussi t'es différent.
Mais pour toi c'est quoi être différent ? Et pour toi ?
Bah...
Tiens, j'ai un truc pour toi. Vu que t'as pas d'email.
Allez.
Bonnes vacances, bien chrap.
Pourquoi t'es pas rentrée ce matin ? J'ai aucune raison de saluer la bande d
'abrutis qui m'a méprisé toute l'année.
Et voilà.
Faut pas être pour les routes de France.
Ça fait peut-être un peu beaucoup, les géraniums.
Ah non, faut jouer le côté maison à fond.
Imagine les filles qu'on croisera, qu'est-ce qu'ils diront ? T'as raison,
ils diront rien, parce qu'ils seront en face d'une maison normale, avec des
géraniums, et ils vont quand même pas demander à perdre le conflit.
C'est quoi ça ? Oh, c'est une note que Laura m'a donnée. Ah, je me disais que t
'avais l'air bien excitée.
Mais je suis excitée pour la voiture.
Ouais.
Je veux pas l'ouvrir.
Alors regarde, après tout, elle a peut-être changé de avis.
T'as raison.
Un, deux, trois. Qu'est-ce que tu fais ? Faut contrôler tes émotions, Daniel.
C'est bon, on est assez calme maintenant.
Alors ?
Salut Daniel, pardon encore pour ce que je t'ai dit à la fête, je ne le pense
pas, je t'aime bien, vraiment, j'ai hâte qu'on se revoie à la rentrée.
En attendant, voici l'adresse où se passent les vacances.
Envoie-moi le dessin que tu m'as promis et que tu n'as jamais terminé. Terminé,
E-R.
C'est quoi ce dessin ? Son portrait.
Son portrait, t'es sérieux ? Mais ça fait tellement amoureux, Daniel.
Tu veux qu'elle ait pitié de toi ou quoi ? T'as raison.
De toute façon, je suis juste le bon copain et l'amitié, c'est la mort de l
'amour.
Je vais faire un dessin de merde pour la percher. Un charpe.
Voilà. Ça, c'est une attitude fermée adulte.
Oublie, Laura, la pute.
Avec notre engin, on en verra dès lors. Accrois-moi.
Bon, ben... On se revoit à minuit ? Hé, tu me laisses faire tomber ? Non.
A juste, on le montre.
Bon, je vais aller faire des courses.
Essaye de ramener de la maille.
Je prends tout ce que je peux.
Les enfants, votre mère ne va pas bien. Il faut qu'on entoure.
Les enfants ne sont pas responsables du bonheur de leurs parents.
T'inquiète, on va s'occuper d'elles.
Bon sang.
Je fais que tu pars pas avec les parents de Théo, comme tu l'as dit, mais seule
avec lui.
Et d'ailleurs, vu que tu vas je sais pas où, là-dessus, il y a un GPS.
Le mot de passe, c'est N-E-V-E-R.
Après, tu vas dans l'application... Non, merci, mais je sais me servir d'un
iPhone. Tout le monde en a un dans la classe.
Surtout, oublie pas de le recharger tous les soirs.
Pourquoi tu fais ça ?
Merci.
On va la démarrer un peu plus loin.
Les parents dorment et j'ai pas envie de réveiller ma mère.
T'arranges de pousser ? Non, non.
Tu
leur
as dit quoi à tes parents ? Tu leur as dit que je passais mes vacances dans ta
famille. Merde ! Moi aussi ?
Mais s'ils se croisent ? Il y a une source sur un milliard qui se croisent.
Ça marche comment ton truc ? Je trouve pas le GPS.
Euh, je sais pas, essaie de faire glisser la face.
Putain, j'y comprends rien.
Ce truc-là a vraiment été construit pour humilier les gens comme nous.
Sois pas parano quand même, ça doit pas être si compliqué.
Tiens, passe-le moi.
Attention, fais gaffe, fais gaffe ! Merde, merde, merde ! Putain, de toute
façon l'écran tactile c'est vraiment une technologie de flippette.
Laisse tomber, on en a pas besoin.
De toute façon, toi et moi, faut admettre, on en est toujours à l'âge de
bâtir. D'ailleurs, en parlant de papier, j'ai une envie qui presse. Tu veux poser
une brique ? Ah merde.
J'ai jamais chiant de chez moi.
Bonne chance.
Et merde !
La technique cabane a marché à 3%. C'est aussi grave, ça fait jaragne, alors.
On essaie de pousser jusqu'à Nemours ? On pousse jusqu'à Nemours ? Attends,
dans ce cas-là, c'est toi qui pousse.
Mais non, mais on va pas pousser la voiture jusqu'à Nemours. Ça veut dire qu
'on va à Nemours. On va pas la pousser, la voiture.
Bah ouais, je sais.
T'es sérieux ? T'as récupéré la lettre de Laura ? Pourquoi tu t'accroches à
elle ? Tu fais du mal pour rien.
Non, je m'en fiche.
Enfin, non.
Je peux pas m'empêcher de continuer d'avoir de l'espoir.
Ben, dis-toi que tu sortiras avec elle quand on aura plus rien à faire.
Ce jour-là, ça sera plus que dix parmi les autres. Elle aura plus rien de
spécial.
Je comprends pas. Pourquoi est-ce que je sortirai avec elle si elle a plus rien
de spécial pour moi ? Par regret.
C'est démoralisant ce que tu dis.
Je sais.
C'est pour ça que ça sert à rien d'y penser.
T'as raison.
De toute façon, t'as toujours raison. C'est énervant.
C'est parce que je passe beaucoup de temps seul.
J'ai un certain recul sur la vie et je m'en fous de ce que les gens pensent de
moi.
Mais comment tu fais pour t'en foutre ? Pour moi, ça compte ce que les gens
pensent de moi.
Je crois que je suis influençable.
Mais non.
Bah si, regarde.
Par exemple, si j'aime un film et que tu me dis que le film est nul, je vais
trouver que le film est pas bien.
C'est n'importe quoi, je vais jamais au cinéma.
Peu importe, ça peut être pour un livre ou même une personne.
Ça veut dire que j'ai pas beaucoup de personnalité.
Tu déconnes ? T'as plus de personnalité que la plupart des gens que je connais.
À ton expo, par exemple.
Mais personne n'est venu à mon expo.
Justement, parce que t'es en avance sur ton temps.
Ouais, tu m'as impressionné, vraiment.
Ah ouais ? Et puis, pour être mon ami, il faut avoir une sacrée indépendance d
'esprit. Vu la cote de popularité.
Ah ouais, t'as raison.
Je suis pas aussi influençable que ça, en fait.
Après tout.
Bah, tu vois, tu dis que je suis pas influençable, et aussitôt, je me dis que
je suis pas influençable.
Donc, je suis influençable. Bon, j'abandonne.
Mais, sincèrement, Théo, tu crois que maintenant, dans le futur, j'ai mes
chances avec Laura, parce que j'ai de la peine quand je dépense.
Je sais.
Tu fais pas de trucs pour t'endormir ? Non, je vais tomber et j'ai honte.
Vas-y, fais-le, s'il te plaît.
Non.
Allez, vas-y, ça m'aidera aussi à m'endormir.
Non.
Avant, je chantais aussi.
Des chansons ? Non, plutôt des notes en forme d'escalier.
Vas-y, fais-le, j'ai envie d'entendre.
C'est à peu près ça pendant des plombes.
C'est pas mal.
On dirait du bac.
Vas-y, fous-toi de moi.
Tu connais l'histoire de la femme au bras d'or ? Non.
C'était il y a très très longtemps.
Un homme très... Attends, est-ce que c'est une histoire drôle ? Non, pas du
tout, c'est très sérieux.
J'ai toujours peur de ne pas comprendre les histoires drôles.
Donc, c'était il y a très très longtemps.
Un homme très très pauvre avait épousé la femme de sa vie.
C'est une femme très très belle, mais très très fragile aussi.
Il y a beaucoup de traits dans ton histoire.
Oui, bah c'est comme ça.
Un jour, paf, la femme attrape un cancer au bras et ils sont obligés de lui
couper. L'homme se ruine pour lui acheter un bras en or tellement il l
'aime. Sauf que sa femme ne va pas mieux et elle meurt.
Ils l'enterrent dans la forêt.
L'homme ruiné n'a plus beaucoup de choses à manger.
Et une nuit, il décide d'aller déterrer sa femme pour récupérer le bras d'or et
le vendre.
C'était un soir, avec une pluie battante, les éclairs nébraient le ciel.
Crac !
Trempé
et mort de peur après avoir récupéré le bras de sa femme, il court chez lui,
cache le bras sous son lit et se couche.
Mais il entend des bruits de pas dans le couloir qui se rapprochent.
La porte s'ouvre.
Un squelette apparaît devant lui. Avec
un seul bras.
La mâchoire claque.
Il a volé mon bras d'or.
Toi ! Putain ! Pourquoi vous êtes là ?
Pourquoi vous avez construit une cabane dans mon jardin ?
C'est pas une cabane, c'est une voiture, monsieur.
Vous ne pouvez pas rester là.
Vous ne vous en faites pas, on va partir. On n'avait pas vu qu'on était
dans une propriété privée. Non, non, vous allez venir avec moi. Non, mais
vous n'en faites pas, on est reposés, on peut y aller maintenant.
Hors de question, suivez-moi.
Alors, ça avance, votre engin ? Il y a des roues, un moteur ? Oui.
Où est-ce que vous avez trouvé ça ? On l'a compris nous-mêmes.
Non, vraiment ? Dis donc, chapeau les jeunes.
Et vos parents, ils savent où vous êtes ? Oui, on les appelle tous les soirs.
Ah, ça, c'est bien.
Et ta copine, elle parle pas ? On n'est pas ensemble.
Elle est un peu timide.
Ça t'appelle comment ? Daniel. Ça t'appelle Daniel.
C'est mon garçon, moi.
De Zalou.
Ah oui, comme ça, c'est un nom de fille.
Et toi, ça t'appelle comment ? Théolo-Loire, monsieur.
En tout cas, ça fait plaisir d'avoir de la visite.
Nous on a deux enfants, un garçon et une fille, comme vous, mais plus âgés. Ils
nous ont largués, comme deux vieilles chaussettes. Ils nous appellent jamais.
Non mais on les a mis en pension, Jacques. Je te rappelle qu'ils étaient
contents de partir.
Au fait, faites voir vos dents.
Pardon, nos dents ? Oui, je parie que vous ne les brottez jamais.
Hein ? Hein ? Ça fait un beau carré.
Hein ? Hein ? Hein ?
On verra ça demain. D'accord ? Voilà les chambres de nos enfants.
Toi, Théo, tu vas prendre celle de Sylvain.
Et puis toi, Daniel, celle de Sylvie.
Allez, bonne nuit.
Bordel, c'est quoi ça ? C'est une salle de torture ! Tu vas faire du trafic d
'organes ! Vite, la fenêtre ! Théo ? Daniel ? Déplace-toi !
Mais qu'est-ce que vous faites là ? On est dans vos chambres !
Je vous passe au réveil.
Vous ne savez pas ce que c'est d'être abandonné par tes propres enfants.
C'est l'horreur au réveil. Le désespoir au coucher.
Je suis dentiste.
Théo, il te faut un appareil. Tu as une super inclusion accentuée.
Ferme la porte.
Tu crois que je l'ai tué ? Mais non, avec un coup de pelle.
Ce mec est un malade.
On a eu chaud.
Il m'a traité de salope.
Tu t'es déjà pris de moi au cul ? Quoi ? Ben non.
Moi si, et j'ai rien à te dire.
La honte, ça paralyse la parole.
J'en ai marre qu'on me prenne pour une fille.
Ben... T'as qu'à te couper les cheveux.
Non.
Je veux pas céder à la pression et faire de la moyenne.
J'aurais l'impression de perdre le peu de personnalité que j'ai.
Ta personnalité n'a rien à voir avec tes cheveux, Daniel.
Ça a à voir avec les choix que tu fais.
Tes actions.
Et tu verras les montées !
Je vais chercher un coiffeur.
Maintenant ? T'as raison. Faut que je change de coup.
Je serai plus une seule fois qu'on prenne pour une fille.
Tu veux pas attendre demain ? Non, maintenant.
N'essaye pas de m'enfuir.
Demain, je risque de changer d'avis.
Je te reconvaincrai.
Pour une fois que j'ai une pensée indépendante, faut que je la remporte.
Même contre toi.
T'as raison.
Mais fais gaffe à la violence.
Réponds pas à la provocation !
Le 12, la zone circulaire, on s'en fout.
On s'occupe que de la zone nord.
Et ici, on a beaucoup de codes. Si tu nous fais pas chier, alors t'auras pas
de problème.
Mais si tu veux faire ton chef ici, alors là, fais gaffe à toi.
C'est pour une coupe ou un massage ? 10 euros coupe dans un gros massage.
Massage ? Non, une coupe, s'il vous plaît. Très très court.
Assieds-toi.
Massage après coupe de cheveux. Pour toi, je fais 30 euros. Je fais finition
et tu vas perdre la virginité après.
Tu veux couper ? Excusez-moi, je ne sais pas ce que je voulais dire, mais je ne
pensais plus qu'à une société tribale que vous tentez d'instaurer dans ce
quartier. Tribale ? D'abord, massage.
Oh Dieu, ton bon talent.
Le business que vous conduisez dans cet endroit relève un peu de l'exploitation
des papes que vous ne trouvez pas ? Erreur, exploitation, stéréotypée avec
votre interview.
Passe-moi ta cassette et casse-toi.
Tu vas avoir ta gueule, espèce de pute connard ! Tu nous casses les couilles,
toi, avec ton interview, là !
C'est à cause des mecs comme vous qu'on a des galères ! Ne revenez plus là !
C'est bon, lâchez-le.
Gauche ! Droite ! Droite ! Gauche ! Droite ! Gauche ! Droite !
Droite ! Droite ! Gauche ! Non, mais... De toute façon, je t'ai jamais donné un
coup de paon de ma vie.
J'en ai marre d'être faible. Et maintenant, je me tape une coupe de
merde.
Tu t'es fait couper les cheveux dans un bordel. T'en es à quoi ? Vas-y,
continue.
Mais en fait, ta coupe est fulgurante.
La regrette pas une seconde.
Maintenant, frappe plus vite et plus fort.
Non, laisse tomber les coups de pied.
En combat de rue, quand t'es débutant, c'est risqué.
Je vais te donner une méthode infaillible.
Ce que tu fais, c'est que tu vas voir le mec que tu veux dégommer, et tu fais
comme si tu voulais lui parler.
Comme pour lui dire un secret.
Là, tu l'attrapes, tu lui donnes un énorme coup de poing, et tu te casses en
courant.
Mais tu te casses vraiment très vite.
Normalement, il aura pas le temps de réagir parce qu'il sera sous le choc.
Et tu l'as déjà fait ? Avec mon frère.
Quoi ? Tu t'es battu contre ton frère ? Non, c'est parce qu'il m'a appris la
technique, en fait.
De toute façon, tu mets toujours toute cette pâte par ta tête, et moi j'avale
tout.
Non, je te jure que c'est une technique qui marche.
Sous-titrage Société Radio
-Canada
La coiffeuse d'autre jour, j'aurais bien aimé la baiser.
En vérité, j'espérais qu'elle me viole.
Chut ! Quoi, chute ? C'est ça le vrai Daniel, un obsédé sexuel.
C'est de ça dont je te parle avec l'ingénieur de l'Obraque.
Allez, viens, on y va.
Définition des champs.
Non, c'est trop tard, maintenant on est au lac.
T'es obsédé des filles, des lacs ou des barrages ? C'est là.
Quoi, c'est là ?
Quoi, tu lui connais ? Laura ? Oui, elle passe ses vacances au bord du lac avec
sa famille.
Putain, tu m'as fait venir ici parce que c'est l'adresse qu'elle t'a donnée ?
Non.
Le coup des côtes, c'était du pit-pot pour venir la voir, c'est ça ? Je n'y
crois pas.
Tu y as pensé dès le début et tu ne m'en as même pas parlé.
Tu manques pas de culot.
C'est faux, j'y ai pensé quand tu m'as fait pousser la voiture dans les côtes,
je te jure.
Et puis, c'est toi qui m'as redonné de l'espoir.
C'est un peu de ta faute d'une certaine manière.
La mauvaise foi.
Je fais tout pour que tu l'oublies.
Bon, qu'est-ce qu'on fait ? Ouais, t'es d'accord, elle est plutôt bien foutue.
Ses poitrines tombent bien de croissance.
Bon, allez, va lui parler.
Qu'est-ce t'attends ? Vas-y.
Je peux pas, pas avec cette coupe.
Quoi ? On a fait 500 bandes rien que pour la voir et tu vas pas lui parler ?
Pas avec cette tête.
Mets tes cheveux comme hier, ça ira.
Non.
Moi, je vais lui parler.
L'espèce de lâche, reviens, il va lui parler ! Je peux pas lui parler, il va
peut-être que je me tape ! Mais elle est très bien, la coupe ! On dirait un
samouraï ! En tout cas, c'est pas une raison pour te dégonfler.
Tu peux pas me faire ça.
Mais on peut pas attendre que ça repousse et on repartra ? Je lui
parlerai, promis.
Il y en a pour 15 jours, au minimum.
Tu veux embrasser Laura ou baiser une femme ? Ben, c'est deux cases
différentes.
Là, y'a Laura et là, y'a baiser.
C'est quand même très compliqué comme mec.
En tout cas, t'es pas du tout influençable.
T'as pas du tout lâché l'affaire avec Laura.
Non, mais je veux pas plus être amoureux.
Je trouve que c'est une douleur noble ou belle.
Y'a pas de belle douleur.
Quoi, ce bordel ?
C'est un camp de rhum.
Enfin, ce qu'il en reste.
C'est dégueulasse.
Ils sont chassés de partout et personne s'en fout.
On vit vraiment dans une société de merde.
Quoi ? Non ! Ton truc, la bannière, c'est
parti du camp ? Oh non.
Bravo Daniel, c'est de ta faute.
Ma faute ? Je te signale que c'était une décision commune de t'y arriver hier
soir. Une décision commune ? On est venu ici à ton droit principe pour voir une
fille à qui tu oses même pas parler.
T'as vu la gueule de mon blouson ? Bah si il a conduit c'est parce qu'il est en
plastoc.
Y'a plus rien.
Destination Morvan, destination mon cul ouais !
T'es là à te plaindre pour ton petit blouson, tes petites affaires, alors que
juste là, devant toi, t'as une communauté de Roms qui a été rasée de la
carte, rayée.
Tu te rends compte de ça ? Donc en parlant, ils étaient dans les camps de
concentration et on les traite comme des criminels.
Tu crois franchement me donner une leçon d'histoire ? C'est certainement moi qui
te l'ai appris.
T'as l'ignorance sur la plupart des sujets historiques.
Absolument pas.
Tu te prends pour qui, espèce de religionniste ? Oh, ne restez pas là.
Religionniste. C'est toi la révisionniste.
C'est toi qui a révisionné le plan pour nos vacances.
Je me casse.
Ouais, c'est ça, casse-toi, ma gueule flassoque !
J'espère qu'on sera pas dans la
même classe l'année prochaine, gazoile.
Tant le fait que t'en as rien à foutre de moi.
Oui.
Ça te sert à ce qu'à toi.
Ta personnalité, tes cheveux, ta l'aura, tes angoisses, ça t'en parle.
Dites-moi une seule fois, une seule, où tu vas poser une question sur moi.
Alors ? Silence radio, c'est qu'un égocentrique.
Égocentriste ? Bon d'accord, je retire ce que j'ai dit pour l'école et le
plastoc.
Alors, 28 euros, s'il vous plaît.
Merci.
Et 2 euros.
Merci, jeune homme.
Il est où ton fric ? Vite tes poches !
Bien joué, Boitroc.
Comment t'as fait pour la voiture ? Quand les flics sont partis, j'y suis
retourné. Le feu, les trucs, le bois et quelques trucs.
Du coup, j'ai réussi à faire repartir le moteur. J'ai même débridé le carburant.
T'as vu comment elle va vite, maintenant ? T'as tout rasé ? C'est dommage.
J'aimais bien ta coupe de samouraï.
Et je prenne ! Le barrage !
On va abandonner le navire !
C'est la fin des haricots.
Non, c'est que le début des haricots.
On leurre le ballon et on se casse.
Vas-y, si tu veux, moi je serai.
T'as deux choix, Bram Muguet. D'abord on te casse la gueule et ensuite on
récupère le ballon, ou bien on récupère le ballon et ensuite on te casse la
gueule. Casser la gueule en premier.
Troisième choix, le ballon suicide.
Attendez ! Tu vas faire une connerie.
Regardez ce ballon. Il est au bord du gouffre, complètement déprimé.
On négocie ? Non, Théo, on négocie pas.
Je veux me battre. T'as aucune chance, Boshrock. C'est quoi le deal ? Le ballon
reste en vie et nous aussi.
Chacard part de son côté.
Nous avec le ballon et nous avec notre gueule intacte.
Donne-le-moi, tu vas voir.
Ouais, donne-le-lui, on va bien rigoler.
Ok, le ballon et on vous laisse.
Non, on n'a aucune garantie.
Une fois qu'ils ont le ballon, ils nous démolissent.
Non, on va reculer de 30 mètres. Et vous aussi.
Ça fait 70.
Oui, 60.
Tu poseras le ballon par terre et quand on viendra le chercher, vous serez loin.
Ça marche.
J'étais prête à me battre.
Je ne suis plus un lâche.
Tu ne l'as jamais été, Daniel.
Mais on n'avait aucune chance.
Dis-toi qu'on a conservé nos dents.
C'est quand même mieux, non ? Au fait, on fait la paix ? Bien sûr.
J'y réfléchis.
Tu m'as trompé sur la destination.
Mais tu as fait ça par amour pour une femme. Et ça, je respecte.
Je suis désolée pour la voiture.
C'est plus toi qui l'as fabriquée que moi.
Laisse tomber.
Sache que je t'admire d'être allé dans un bordel coréen pour te faire une coupe
de samouraï.
J'ai un cadeau pour toi.
Un slip propre ! Mortel ! J'en ai marre de porter le même depuis une semaine.
J'ai retrouvé ma dignité et le confort de mes couilles.
Allez.
Le morveau est beaucoup plus grand que ce qu'on raconte.
C'est tard.
Il est normalement rouge, non ? Non, il est profondément bleu.
C'est ce que je pensais.
Il est complètement délirant.
Drogué par la faim et le manque de sommeil.
Et déshydraté.
Si ça continue comme ça, on va finir par mourir un petit feu.
Ou devenir des clochards.
Pire, des punks à chiens.
Ou des Jimi Hendrix.
Non, des Shakira.
En fait, on n'aime rien.
Ça suffit, appelle tes parents tout de suite.
L'iPhone est mort et enterré.
Dans ma merde.
Il a dû oublier de le recharger.
J'en étais sûr.
Il aurait pu me demander pour partir seul.
Qu'est-ce que ça change ? S'il t'avait demandé, t'aurais dit oui.
Oui, monsieur Leloir.
C'est encore Marie-Thérèse.
Mais non, j'arrive pas à les joindre.
Ben oui, je comprends bien.
Daniel aussi, il nous a menti.
Vous savez, les enfants à cet âge... Oui.
Oui.
D'accord, très bien. Je lui dis de vous rappeler d'urgence, si j'ai des
nouvelles.
Putain de merde!
Personne ne sait où ils sont.
Allez donc, Théo ou Hélène, pourquoi tu veux que tout le monde rapplique?
Tu comptes ramener aussi un prêtre?
Deux euros.
Merci.
Je te gâte aujourd'hui quand même. Le slip et deux euros.
Je t'ai fait remarquer quand tu fais des cadeaux.
C'est pas très élégant.
Trop fort, il a des réacteurs miniatures.
On doit construire un planeur avec mon père, mais il n'a jamais le temps.
Taxi, du vaisseau d'avion.
Mes chers enfants, notre grand concours de dessin va commencer dans exactement
deux minutes.
Le premier prix de ce concours, un avion à réaction radiocommandé.
Légèrement plus petit que nos avions de ligne ordinaire, mais à l'échelle de nos
concurrents, car je rappelle que le concours est réservé aux enfants de
moins de 12 ans.
Vas-y, Daniel, t'es sûr de gagner ? C'est un concours pour les enfants.
Alors, t'as qu'à dire que t'as 12 ans.
12 ans, j'ai 14 ans et demi, ça ne passera jamais.
Je veux dire quelque chose, mais le prof va mal.
Il fait beaucoup plus jeune avec ce concours.
Sous-titrage Société Radio
-Canada
Bonne nouvelle.
Ils sont tous nuls. Pas un qui s'arrive à lâcher.
Je crois que t'es d'accord avec celle-là.
Je t'avais dit qu'on en verrait des, Laura.
Qu'est-ce que tu dessines ? L'Airbus 310.
Pourquoi ? C'est un sujet libre.
Ben non, le premier prix, c'est l'Airbus 310. Je dessine l'Airbus 310.
Ça veut pas dire qu'il faut en dessiner un ? Merde.
J'ai cru qu'il fallait dessiner un Airbus 310 pour gagner le premier prix.
Je me suis plantée.
Vraiment, un bébé pour commettre une erreur pareille.
Bon, je vous recommence. Non, non, non, t'as pas le temps.
J'abandonne.
Non, non, non, je décourage pas, tu peux y arriver.
J'ai une idée.
L'avion fait du rase-meutin.
Comme ça, tu te rattrapes sur le décor, tu fais des maisons, des buildings, tout
ça. Ça va les impressionner.
Bonne idée.
Concentre-toi sur les ombres, c'est ton point fort.
On va faire un autre tour, s'il te plaît. Faut que je me concentre.
Si je me tâche, je peux rester ? Je pense que j'ai une bonne influence pour
toi. Alors, je vois que le temps passe.
Je vais chercher du bleu et du gris pour les nuages. Ils ferment, approchent.
Dans quelques secondes, l'épreuve est terminée. Vous êtes prêts ? Attention.
3, 2, 1, stop ! Terminé.
Merci.
Merci.
Le niveau était très élevé, nos jeunes artistes ont réalisé des prodiges. Le
dessin de, voyons voir, de Daniel Guéret est de loin le plus abouti de tous.
Le réalisme est impressionnant, les nuages, le paysage sont tout à fait
visants. Cependant, le sujet est un peu conventionnel.
Aussi, nous avons décidé de lui attribuer le deuxième prix.
Quoi ? L'œuvre de Sidonie Jacquin, représentant des enfants qui tournent
autour de la Terre sur des pommes de terre, est loin d'être aussi aboutie que
le dessin de Daniel, mais le sujet est beaucoup plus inspiré. Elle obtient donc
le premier prix.
Premier prix, Sidonie Jacquin. Elle peut venir chercher son prix.
Un Airbus A310 CityVol.com à réaction et radio commandée.
Quel imbécile ! T'aurais pu dessiner n'importe quoi ! Là-dessus, Paris me l
'aura, quoi.
Viens, on va voir ce qu'il y a comme deuxième prix.
Daniel Guéret, félicitations.
Ne sois pas déçu, tu as gagné un aller-retour avec CityVol.
Dijon, Paris, Dijon.
C'est nul.
Mais non, c'est un ticket de retour. On va pas y aller éternellement, on va
finir par mourir. Tu fais un aller-retour.
Quoi, tu vas à Paris, moi je retourne à Dijon ?
On habite tous les deux à Versailles. C'est possible de changer d'aller-retour
contre deux allées, s'il vous plaît ?
Une
autre hôtesse va venir vous récupérer à Paris.
Allez, bon vol.
Et encore bravo pour ton dessin, Daniel.
Je pars plus, je vais refaire ma vie avec l'hôtesse. Ça fait 10 jours.
Ça veut dire que tu tombes en ruine.
Moi aussi j'ai peur, mais je prends sur moi à tout droit.
Mais il ne tiendra jamais, j'ai le cœur libre.
J'ai une idée.
On va donner la main, mais tu arrêtes entre nous, ok ? Excusez-vous.
Je n'ai jamais pris d'avion.
Ça secoue un peu, mais c'est sûr qu'on a un transport.
J'ai une meilleure idée.
On va faire du stop.
Une fois plus risqué, il peut tomber sur un mec qui fume du crack.
Tu vois combien ça pèse un avion ? 10 tonnes ? 100 tonnes.
100 tonnes ? Ouais.
100 tonnes de ferraille qui demande qu'à s'écraser.
J'ai peur de mourir sans jamais avoir fait l'amour.
Non, c'est grave, je t'ai payé une foute.
On a survécu.
On a gagné.
Ah, je suis pas prêt de recommencer.
À nous le confort de la civilisation.
Moquette, velours, bain, chaussettes et t-shirts propres.
Mais l'avion a été en marche arrière.
Si tu racontes.
Du tout.
Ce qui est important, c'est qu'on n'est pas explosés.
Mais on a pas été en marche arrière, Daniel.
T'as rêvé ou quoi ? Regarde, il y a deux minutes, on était dans l'avion,
maintenant on est dans le train.
Il n'y a plus de transition.
Quand on est arrivé à l'aéroport, on a pris un bus pour aller jusqu'à la gare.
Comme on avait plus assez d'argent pour acheter des tickets, on est passé par
-dessus les tourniquets.
C'est sûr, je m'en souviens pas.
Et puis regarde, on va encore en marche arrière.
Là, c'est mieux.
On vit dans le passé.
Ah, et au fait, on n'est plus dans le train.
On est dans la gare.
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris tout à l'heure, excuse-moi. Ne refais pas. De
toute façon, il faut bien l'admettre, toi et moi, on n'est pas des gens très
normaux. Toi avec ton cœur d'artichaut et moi avec ma gueule de cambouis.
On est sérieux, je crois.
Théo ! Tu penses que nos parents savent qu'on leur a menti pour le voyage ?
Putain, si c'est le cas, je suis mort.
Moi, c'est ma mère qui est morte de peur.
Enfin, elle doit l'être, je crois.
Je vais voir tout lui expliquer pendant des heures.
Ouais, salut.
Salut !
Oh, Daniel ! Je me suis vraiment inquiétée.
Pourquoi tu m'as pas dit la vérité ? Justement, pour pas que tu t'inquiètes.
C'est pas grave, je comprends.
T'as coupé tes cheveux.
Bois tes yeux, fais bien.
T'as grandi, Daniel.
Non, c'est tout le rêve qui a rétréci.
Merci.
Tu trouves pas que c'est un peu tard pour te soucier de ta mère ? T'étais en
balade pendant qu'elle étouffait.
Tu nous as menti. Elle est partie avec cette image de toi.
C'est pas possible de faire des trucs pareils.
Mais qu'est-ce que vous avez dans la tête ? J'espère que toi aussi t'es pris
un salon.
De toute façon, t'es pas prêt de l'envoi, Santhéo.
Et pourquoi ? Tu pars à Grenoble.
Tu vas habiter chez ton frère.
Et le collège ? Tu verras ça avec ton frère.
Ça t'apprendra.
De toute façon, je n'ai plus de bois.
C'est dégueulasse.
Moi aussi, dégueulasse.
Merci pour tes condoléances, mais rentre chez toi.
Vous avez assez de gander ensemble, non, Théo, toi ?
Tu
verras, tu vas tout faire.
Tu sais, Grenoble, c'est pas si mal comme ville.
Ça va aller.
Tu me disais bien que j'avais entendu ton nom.
Tu te rends compte ? On est les seuls à avoir été changés de classe.
Faut pas chercher à comprendre.
De toute façon, on sera potes avec la moitié des mecs dans la classe depuis
une semaine.
T'inquiète.
On oblige les enfants comme on oblige les autres. Y'a pas tant de différence
que ça après tout.
T'as encore des jeux compétitifs ? Ouais, mais les blases et les blousons.
Hein ? Les jeux de mots pourris, c'est ma spécialité. Tu t'y habitueras.
Non, ça, c'est pas mal.
Jean-Jacques Rousseau disait...
Oserais-je exposer ici la plus grande ? Et Gazouane ? Il a changé de collège ?
Ouais, il habite à Grenoble maintenant.
Son frère va lui trouver un travail.
Ah, c'est pas plus mal. Il s'est pas fait pour les études, ce gars-là.
C'est le plus grand penseur de la Terre, quand même.
Sans quand te donner de leçons, tu t'es isolé du reste de la classe en trainant
avec lui.
Il t'a porté la poisse, quoi.
Ça doit rendre super vite qu'il dégage du collège.
Franchement.
Je t'ai dit un truc sur lui que personne ne sait ? Ouais, carrément.
Au revoir.
Daniel, retourne-toi.
Retourne-toi à 3.
1, 2, 3, à 7,
4, 5, 7,
l'infini.
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