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Original subtitles

- Non. Laisse tomber. - Regarde, au moins.

Bon.

Donne 10 euros.

5.

Merci.

Oh, tu fais quoi ?

C'est pas ton casier.

Non. C'est celui de Max, mais je prends son journal,

parce que lui ne le lit pas.

- Il est d'accord ? - Oui, oui.

Si on se pique des trucs entre nous,

on est morts. - C'est la guerre.

Chez moi, c'est la guerre.

Oh, putain !

C'est ça, que tu cherches ?

- C'est en état de fonctionnement ? - Pas encore.

- C'est combien ? - 5 euros.

OK.

Bon. Demain.

"Demain" ? C'est court, demain.

Non. Demain, moi, je t'apporte les 5 euros.

OK.

Toi, tu écoutes jamais la radio, la nuit ?

Pas vraiment, non.

- Tu te sentirais moins seul. - Ça me va.

Imbécile !

Qu'y a-t-il ?

Je ne sais pas le refaire.

Bon. Allez, passe.

Tu passes devant, en dessous...

- Toi aussi, tu hésites. - Mais non.

Tu sais pour toujours. Comme le vélo, ça s'oublie pas.

Tu croises, tu passes en dessous...

En dessous, en dessous.

Et puis tu passes...

Dans la boucle.

Je suis d'accord, c'est pas terrible. Bon. On recommence.

Tu as de la famille, là-bas ?

Oui. Ma femme, mes enfants.

Ils essayent d'aller en Afrique du Sud.

Toi, tu as des enfants ?

Non.

C'est bien, de savoir ce qui se passe dans le monde.

Je ne suis pas sûr.

Salut, Franck.

- Il y a des livraisons ? - Ben, c'est jeudi.

- Tiens. - C'est quoi ?

- Un grille-pain mort. - Il faut l'enterrer.

Non. Ma mère l'aime bien.

Hé, Franck !

Ta caisse.

T'inquiète pas. Je la surveille.

Dis donc, tu es sourd ou quoi ?

Ça fait 10 fois que j'appelle ton portable.

Tu es bourré ?

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Ben...

Elle me trompe.

Là, franchement, j'en ai ras le cul.

C'est un représentant en lunettes.

- Elle fait ça pour me faire chier. - Et tu aimes ça.

Elle dit que, si elle me trompe pas, je bande pas. C'est pas vrai.

Enfin, ça arrive, mais c'est pas...

C'est pas souvent.

Mais là, franchement... là, j'en ai vraiment ras le cul.

Je vais la quitter, sans déconner.

Parle-lui.

Dis-lui que, cette fois-ci, c'est sérieux.

Ta soeur est une salope. Tu le sais.

Toi aussi, tu le savais, non ?

Ouais.

Pas une goutte. Demain, ça fera 2 ans.

Et toi ?

Moi ?

Moi, ça fait 3 heures.

Bois au moins du bon. Là, ça fait de la peine.

Et le boulot, ça va ?

En tout cas, j'en entends pas parler, donc c'est que c'est bon.

Et si tu déconnes pas, ils te mettront peut-être en CDI.

Pourquoi pas ?

- Que dit la conseillère sociale ? - Je l'ai vue qu'une fois.

Bernaudeau m'a dit qu'elle avait déjà trouvé du travail à des gens.

Tu veux un café ?

Non. Non, merci.

De toute façon, il faut que j'y aille.

Je fais tout le secteur nord.

J'aime pas laisser la bagnole en bas. Les clopes ont augmenté. Tu as vu ?

Un collègue s'est tout fait piquer. Ça a été pour sa gueule. Merci !

Tu lui parleras ?

Si elle m'appelle, oui.

Appelle-la, toi.

Parce qu'elle va m'envoyer chier, tu sais bien.

Casse-toi, Antoine.

Elle va te faire pisser le sang, je la connais. Barre-toi.

Je lui dirai de t'appeler. Il faut que tu lui parles.

Parce que, sinon, je vais péter un câble, moi.

Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu fous ?

- Mais quoi ? - Si tu dois péter un câble.

Mais il est vide. C'est pour faire peur.

Le soir, je balise.

Elle peut te foutre en rogne. Je te le rends

dès que ça va mieux.

- Mais arrête ! - Tu vois, que tu as des cartouches.

Arrête !

Arrête-toi, toi ! Arrête-toi !

Arrête-toi ! Arrête-toi, toi !

Monte.

Putain !

Merde !

- Un con, vous l'avez vu ? - Par là.

C'est sûr qu'un jour il y en a un qui va...

Putain !

Merde !

Il y en a jamais un qui s'est pété la gueule ?

Si, moi, le genou.

- Tu étais assuré ? - Pourquoi ? Tu es flic ?

Ben, alors ?

Bien sûr, elle est pas à toi, la moto.

Elle est à un mec, là où je bosse.

- Tu bosses ? - Ben, oui. Je bosse à Phone, là-bas.

3 jours par semaine. Ce qui fait que, le soir, pas trop fatigué.

- Tu as aussi mal au genou ? - Non.

Tu comptais sortir, ce soir ?

Beau gosse, le costume.

Il a du taf, ton père ?

- Non. - Ben, mon costume est pas si con.

Mais il s'appelle Mohammed Safoui. Sur un CV, c'est pas le top.

Il change de nom pour avoir un rendez-vous. Après, il se démerde.

Changer de nom pour un rendez-vous ? Et l'honneur ?

Ah oui ! Toi, l'honneur, tu es un spécialiste.

T'es un vanneur ! C'est toi qui fais rouler les petites voitures ?

- Ouais. - Vas-y, fais voir.

- Pas ce soir. - Un tour, vite fait.

Pas ce soir.

OK.

Avec quoi je vais rentrer, moi ?

Avec du courage.

Bon. Merci, en tout cas. Ciao. Bonne soirée.

C'est pas la 1re fois, mais là, je t'ai vu.

Moi aussi, je t'ai vu.

- Ah ouais ? - Qu'est-ce que tu crois ?

Que je me branle toute la nuit ?

OK, mais ça me prend pas plus de 10 min.

J'ai le temps de regarder ce qui se passe.

Les livraisons, qui fait quoi, qui prend quoi.

Il y en a qui prennent du lourd.

- Tu vois ? - Tu n'as pas de preuve.

Oh là là ! C'est une réplique de film, ça, non ?

Moi, j'ai pas de casier.

- Qui t'a dit ces conneries ? - Ça se dit.

Le boulot que je fais, si tu as un casier, tu ne l'as pas.

On me fout dans la merde !

Là, ça fait 20 heures de différence !

C'est même pas 3 jours !

Vous foutez ma vie en l'air pour ça ?

Non, monsieur Mercier. C'est 3 fois 20 heures.

Pour moi, c'est pareil. Vous voulez que je me pende ? Putain !

- Que s'est-il passé ? - Un monsieur s'est énervé.

- C'est pas le premier. - C'est clair.

Monsieur Bertho ?

Quoi de neuf ? Tout se passe bien ?

Ça va.

Il vaut mieux que ça se passe bien,

parce que, pour l'instant, j'ai rien d'autre.

Et vous, ça se passe bien ? Tous les jours, voir des gens

comme l'autre ou comme moi,

ça doit pas être facile.

Vous en connaissez, des vies où c'est facile tous les jours ?

Il y en a. Pas dans le quartier, mais ailleurs, j'en ai croisé.

C'est là-bas qu'il fallait aller, alors.

Déjà qu'un monteur ajusteur de 52 ans,

ils en veulent pas ici, alors là-bas...

Toc toc. Mylène, je m'en fais encore 1 ou 2, et puis zou !

Ah !

Je peux me le faire, celui-là ? Bocquet.

J'évalue les retraites à l'avance,

pour que les gens aient le temps de s'organiser.

Il a quel âge ?

- 52. - Pourquoi pas ? Vous les faites pas.

C'est déjà ça.

Tu me fais une petite place, mon ange ?

Alors... Tu as tout, là ?

Ouais.

Toute votre vie est là-dedans. Vous le savez, ça ?

S'il y a des trous, c'est vous qui les avez faits, pas nous.

Allez boire un café. Ce sera pas long.

C'est pas trop long, la nuit ? Vous faites quoi, exactement ?

Vous voulez vraiment savoir ?

Je surveille, je montre que je suis là.

S'il se passe quelque chose, je dois prévenir les flics.

Mais les flics, c'est pas trop mon truc.

Il a raison, mon collègue. Il y a des trous, dans votre dossier.

Il y a 10 ans, après la fermeture de Sentilex,

vous auriez dû retrouver tout de suite. Il s'est passé quoi ?

- J'étais délégué syndical. - Chez Sentilex ?

Oui. C'est vrai que ça a fait du bruit, à l'époque.

Je veux, ouais.

Ah !

Le bruit, c'était vous ?

Et après ?

"Après..."

Pourquoi ? Il y a un après ?

Personne ne veut d'un fouteur de merde, quoi.

C'est ça.

Des fois, on devrait pouvoir changer de nom.

Ouais, je sais pas.

C'est une question... Ce serait un peu la honte, non ?

Ça fait quand même un grand trou.

10 ans ?

Mais vous en avez fait quoi ?

Il n'a pas fini, Bouquet ?

- C'est ça ? - Bocquet.

Mais c'est vrai que Bouquet, ça lui irait bien.

Merci.

Selon la simulation, vous travaillez à fond jusqu'à 65 ans,

mais même avec ça, ce n'est pas...

Merci.

Si j'ai quelque chose, je vous rappelle.

Salut, Franck !

Ah, merde.

Putain, fait chier.

Il n'est pas prêt.

Il fait réveil, mais pas encore radio.

Demain ?

Café ?

J'arrive.

Merci.

Et toi ?

Non. Sinon, je dors pas.

Quand je dors, parfois, je pense à plein de choses.

Et j'ai pensé à toi.

- À moi ? - Oui.

Tout seul, toute la nuit, sur ton parking, tu as jamais peur ?

Non.

Moi, j'aurais peur.

Mais j'ai toujours peur, la nuit.

C'est au réveil que je me dis : "Je suis en vie."

Parce que la nuit, c'est sombre comme la mort, un peu, non ?

Moi, c'est plutôt la journée, que je flippe.

Quand j'ai rien à branler.

Tu bois.

Comment ça ? Tu veux dire un café ?

Non. Je veux dire : tu bois de l'alcool.

Je le sens, là.

Avant, je picolais vraiment,

mais plus maintenant.

J'ai un ami qui buvait vraiment.

En tout cas, c'était pas beau à voir.

Ben, j'étais pas beau à voir. Seulement, je me voyais pas.

Moi, je te vois.

Et la guerre ? Ta famille, tu as des nouvelles ?

Il faut qu'ils aillent en Afrique du Sud, mais pour ça,

il faut de l'argent. - Beaucoup ?

De l'argent.

Et l'argent, ça peut nous faire faire des conneries.

Des conneries phénoménales.

Franck.

Vous serez là quand, ce soir ? Je récupère mon fils.

- Je serai là tôt. - Merci. Ça lui fera plaisir.

Oh, Franck !

Alors, comment ça va ?

Ça va.

Les flics m'ont dit, pour les mômes. Ils ont rien d'autre à foutre.

C'est le problème : ils ont rien d'autre à foutre.

Ouais, mais la mairie a acheté un local spécialement pour eux.

Ils proposent que des trucs à la con. Les gamins, ça les gave.

Et ils font leurs conneries ici. Ou devant la mairie,

tu sais, sur le terre-plein.

- Si les parents... - J'y vais.

Ah ! OK. Je suis en retard sur les payes. Tu auras tout

mardi. - Ça marche.

Si tu vois un truc, tu fais un rapport.

Je te cause.

OK, boss. À plus.

À plus.

"BF 920 TB."

BF 920 TB.

Il y a un gamin qui m'a demandé qui j'étais.

- Sur un vélo rouge ? - Oui.

C'est un chouf ? À notre époque, on disait "un guetteur".

- Non. C'est Chad. - Quoi ?

Chad. C'est son prénom.

Tu deales ?

BF 920 TB. BF 920 TB...

C'est un peu le bordel, là, non ?

- Café ? - Tu en prends un ?

Non. Pas maintenant. Sinon, je dors pas de la journée.

Ben, moi non plus.

Je suis putain d'énervée, je te jure.

Antoine m'a dit que tu repicolais.

Oui, je picole, je deale et je fais pas le ménage. Ça te va ?

Alors ?

Tu as trouvé un nouveau mec ?

Il bosse dans les lunettes. Tu sais : mec à lunettes...

C'est Antoine, qui t'a dit ça ? Comment il le sait ?

Il m'a pas dit, mais il n'en peut plus.

Lui dire qu'il bande plus, il y a pas mieux pour lui couper les couilles.

Qu'est-ce que tu cherches ?

Hein ?

Finir toute seule, comme moi ? Il est gentil, putain.

Gentil, parce qu'il t'a trouvé du boulot.

Non. Lui, il est gentil tout court.

Tu veux dire : pas comme moi ?

Non. Je veux dire : pas comme nous.

J'ai la rage, Franck.

Quand je baise avec l'autre, je me sens un peu comme une merde...

Mais en même temps, ça remplit une case.

Il y a ma colère qui passe dedans.

Je sais qu'Antoine, ça le rend malheureux.

Mais...

ça ne m'empêche pas de le faire.

Et puis même de recommencer.

La rage ne mène nulle part.

Ouais. Toi, il n'y a pas que la rage

qui t'a mené là, mais le melon que tu as pris

quand tu as cru pouvoir sauver le monde.

- "Le monde" ? N'importe quoi. - Ton monde.

L'usine. C'est pareil.

Tu les revois, tes vieux potes ?

- Non. - Même Étienne ?

Étienne, si je le revois, je me vois.

Moi, je l'aimais bien, Étienne.

Pour moi, c'est plié.

Mais toi, tu es plus jeune.

Et puis tu as un gentil mari, non ?

Et Isabelle, elle était pas gentille, peut-être ?

Antoine, il t'a dit quoi ?

Qu'il en avait vraiment marre et qu'il allait se barrer.

Ou te virer.

Et vu que la baraque n'est pas à toi...

Il t'a dit ça ?

Non. Ça, c'est moi.

Pour qu'un mec y arrive, il faut prendre son temps

et être un peu gentille. Souvent, ça marche.

Tu as toujours aimé donner des leçons, toi.

Il est où, ton machin, là ?

Camarades ! La direction pense qu'on va laisser faire ?

Jamais de la vie !

Tu es vraiment une salope.

Bon. Je me casse.

- Et le boulot, ça va ? - Non, et je m'en fous.

Je dirai à Antoine que tu es passée.

Je crois que je ne l'aime plus.

Ben, c'est toi qui vois.

Si on avait eu un môme, je dis pas, mais...

là...

Salut.

Yo ! Ça va ou quoi ?

Tu es en cavale ? Tu es venu te planquer ?

Eh ouais, c'est ça.

Qu'est-ce qui t'amène ?

Mon portable est tombé dans la flotte. Tu peux faire un truc ?

Que lui arrive-t-il ? Il est pas volé, j'espère.

Hein ?

Alors ?

Il est mort. C'est un portable jetable.

Tu as pas les moyens de t'en acheter un vrai ?

Ah, en fait, tu es un collectionneur. Tu en as plein ?

Sérieusement...

- Il voulait un renseignement. - Vous cherchez un portable ?

Non.

- Ziad vous a proposé quoi ? - Je ne cherche pas vraiment.

- Merci. C'est rien. - D'accord.

OK, c'est clair ? Je ne veux pas de magouilles, ici.

Ton trafic, c'est bon pour la cité. Tu es là pour bosser !

Il y en a plein, qui attendent du boulot.

- Bonjour. - Bonjour.

J'ignore ce qu'a fait votre beau-frère, mais on va vers un CDI.

Comme gardien. Et dans 5 ans, vous pourrez passer en jour.

Il faut pas laisser passer.

Sinon, je cherche dans votre qualification,

mais c'est pas gagné, quoi.

C'est à vous de voir.

- Sinon, rien de nouveau ? - Comment ça ?

- Dans le boulot, rien de nouveau ? - Non.

- Presque rien. - C'est quoi, la différence ?

C'est rien. C'est des conneries

qu'on se raconte la nuit, pour pas s'endormir.

J'ai réfléchi, pour la retraite.

Je devrai bosser jusqu'à 70 ans, avec 2 petits boulots minimum.

Il me restera quoi, pour vieillir,

une fois retiré le prix de l'eau, de la bouffe et des taxes ?

Même plus de quoi m'acheter du savon et du dentifrice.

Et 3 jours par semaine, les Restos du coeur.

Et je vous parle pas de la fin. Un mouroir de la Sécu, c'est sûr.

Vous inquiétez pas, je vais pas m'immoler dans le hall.

C'est pas votre faute. C'est comme ça.

Je dis que la vie est incroyable.

Et que, des fois,

il peut arriver des choses qu'on n'attendait pas.

Ça s'arrange. Vous croyez pas ?

Bon. Je dis d'accord, pour le CDI ? Ils vont vous en parler.

C'est d'accord.

Je vous raccompagne ?

Tous les calculs que vous avez faits, je les connais par coeur.

J'ai fait 2 mômes à un salaud qui paye pas la pension,

alors les 5 fruits et légumes par jour, on oublie.

Chaque fin de mois, j'emprunte à ma soeur. Ça fait 12 mois.

Les dents de ma fille partent à droite.

Je dois choisir entre les soins et changer un lit,

parce que mon fils a les pieds qui dépassent.

Et depuis un an,

je me suis pas acheté de crème.

Vous aviez raison, tout à l'heure.

À propos de quoi ?

Il faudrait qu'il se passe des choses.

N'oubliez pas qu'on a de la chance. On a du travail.

C'est déjà quelque chose.

Courage.

À vous aussi.

- Elle est bien. - Top.

C'est mon père qui me l'a achetée. Elle coûte 500 E.

C'est ton anniversaire ?

Il quitte ma mère.

Il s'en va, quoi. Alors il me fait plein de cadeaux.

Moi, je préférerais qu'il reste.

- Il n'a peut-être pas le choix. - On en fait une dernière ?

OK, mais à fond.

Jusqu'au bout de l'allée et on revient.

- Ça marche. - Prêt ?

Prêt.

Go!

Elle coûte peut-être trop cher.

Non, non.

Non, mais laisse tomber.

- Je te rappelle. - Ahmed.

Elle est bien, ou pas ?

Viens, cousin,

viens prendre ta voiture.

Elle est bien, cette petite caisse.

On va où, avec ça ?

Dans ton cul.

- Il y a mon père. - Vas-y.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Il est 18 h 30. Vous allez pas coucher là.

C'est Franck. Il passe toutes ses nuits ici.

Tu les passes toutes ici ?

- Enfin, presque. - Tu kiffes ton job, quoi.

Le parking est de l'autre côté.

OK. Reçu, chef.

OK.

Ah, putain, fait chier !

Chad !

C'est la même bagnole, avec 2 numéros différents.

- Tu l'as vue où ? - On s'en fout.

Tu peux te renseigner, non ?

Alors 50 maintenant, et je remets 50 si tu as la réponse.

- Ils sont pas de la cité. - C'est un mec de pas loin.

Un brun avec, tu vois, une espèce de barbe.

OK.

Pour toi, c'est rien. Pour moi, c'est 2 nuits à me les geler.

OK, ça marche.

Tu fais quoi, là ?

Ben, je scanne.

Mais non, Franck ! Tu cherches du taf avec ça ?

- Je me démerde. - Arrête !

Il date des années 2000. On peut pas chercher du taf avec ça.

Tu me déçois trop. Si ça t'intéresse,

chaque jour, il en tombe du camion, dernière génération, nickel.

400 euros ?

Et la télé, 60 E, tu étais pas content ?

Trop cher.

Ouais ? Elle vaut 200 balles.

Trop cher, parce que je la regarde pas.

La nuit, tu veux pas dormir,

quand tu bosses ? - Si.

Avec un vrai boulot, j'aurais pas envie de dormir.

Achète-toi un clebs.

Il en tombe du camion ?

Il dormirait où ? Dans mon pieu ?

Tu nous imagines en train de nous faire des mamours ?

Tu es hardcore !

Bon.

Tu oublies les numéros.

Banque de France, 920, Très Bien,

et Girl Friend, 112, Faux Cul.

Quoi ?

G F 112 FC.

Ah ouais !

La nuit, si tu as envie de dormir,

avec ça, tu dors pas. Et si ça te plaît,

j'en ai d'autres.

Pas cher.

- Je voudrais des jumelles. - Quel grossissement ?

- Quelque chose de bien, pas cher. - D'accord.

Tenez.

Tu prépares un casse, ou quoi ?

Étienne ! Comment ça va ?

Et toi, mon pote ?

Je te vois pas en chasseur, alors je pense à un casse.

Un chagrin d'amour ?

Pas d'amour, non.

Les chagrins, c'est pas ton truc. Un drame, alors ?

Au moins un drame. Tu bosses dans le quartier ?

Je donne des coups de main. Tu m'accompagnes ?

Elle va bien, ta soeur ?

Pas mal.

Tu boites ?

Un truc con. Au boulot, je me suis frité avec un con qui jouait au chef.

Dans un film, le mec se relève avec du sang, et c'est reparti,

mais dans la vie, tu te pètes la hanche

et tu finis par marcher de traviole. - Pourquoi tu as pas appelé ?

Ben, tu m'appelais pas. Question de dignité.

On s'est connus beaux,

mieux vaut qu'on reste sur cette bonne impression.

Salut, mon pote.

Salut, mon pote.

Même caisse. Il change les plaques.

C'est le café où il va souvent.

Tu dis pas que je t'ai dit, hein.

Merci. Bien joué.

Et tu me dois 50 balles.

Putain, qu'est-ce qu'il fout là, cet enculé ?

- Bonjour. - Bonjour.

Il est là, Ketu ? J'ai laissé un message, mais pas de nouvelles.

Tu as des nouvelles de Ketu ?

On l'a appelé. Il répond pas.

Merci. Il a laissé un texto. Il a la grippe.

- Merci. - De rien.

Le petit Maël est attendu par sa maman

à la caisse principale du magasin.

Oui, Pedro ?

Mais je bosse pas, aujourd'hui.

OK. 18 h.

- C'est qui ? - Franck.

Tu vas bien ?

Non, ça va pas trop bien. Mais ça va aller.

Tu m'ouvres pas ?

Non, non. Tu vas tomber malade.

Tu es venu pour quoi ?

J'ai ta radio.

Je me suis dit qu'avec la grippe, ça te ferait passer le temps.

Et pour savoir ce qui se passe dans le monde.

Ah, tu l'as réparée !

Tu es fort.

Et tes petites voitures, là, ça va ?

Mes petites voitures, oui.

C'est pareil, ça m'occupe les mains.

Bon. Tu m'ouvres, oui ou merde ?

Merci.

C'est pas la grippe que tu as attrapée, c'est la parano.

Merci, Franck.

Il est pas arrivé, Denis ?

Il est chié, lui. Merci d'être passé.

Il y a pas de quoi.

Pas de problème, avec les caméras ?

Denis a eu une merde. Ça n'enregistrait plus.

Moi, non. Pourquoi tu voulais nous voir ?

Rien. Un problème de planning avec Denis.

Et c'est pas mal, de se parler.

Surtout avec un mec qui va passer en CDI.

C'est pas officiel, mais ça viendra.

Merci.

J'y suis pour rien. Et rêve pas, tu auras pas d'augmentation.

Holà ! Je rêve pas.

Eh ben, te voilà !

Désolé.

Ça va bien ?

Ça va ?

Donc Denis fait ce soir

et m'a demandé de te remplacer un soir. Quand ?

Je sais pas encore.

- C'est exceptionnel. - Ouais.

Pas de problème ?

"Pas de problème."

Pourquoi tu as besoin ?

Un truc de famille. C'est un peu compliqué.

Tu feras un jour de plus la semaine d'après.

OK.

On fait comme ça, alors.

Sinon, rien de spécial ?

"Rien de spécial."

Et toi ?

- Que dalle. - Vous êtes payés à rien foutre.

Allez, salut, les hommes !

Il est cool, non ?

Ton truc de famille, rien de grave ?

J'espère.

Fabien est attendu à l'accueil. Fabien, du secteur caisses. Merci.

Bonjour.

Ce sont vos enfants ?

Vous travaillez ici ?

En fait, moi, c'est la 1re fois que je viens.

Vous habitez où ?

- Aux Jonquilles. - Ah !

- Vous connaissez ? - Ouais.

Enfin, un petit immeuble juste avant.

Des petits cons ont fait exploser la supérette.

Non, Stella. Pas maintenant.

N'importe quoi. Moi, ça va, j'ai une voiture,

mais il y a plein de mères de famille pour qui c'est la galère.

Ben ouais.

Hé, non, Stella !

Tu m'attends ! La route !

Attention aux voitures !

Non, mais c'est pas vrai !

Vous êtes garée où ?

- Vous êtes garée où ? - Ben oui.

- Aurélien, où je me suis garée ? - Je sais pas.

- Ça m'arrive tout le temps. - C'est quoi,

comme voiture ? - Une Panda bleue.

Vous la voyez ?

Il y en a une là.

Allez !

Les enfants, dans la voiture.

Oh, c'est pas vrai !

Un mec bourré a bousillé le coffre.

Je peux essayer ?

Merci.

- Vous avez un chat ? - Oui.

Enfin, eux. Je me contente de le nourrir,

faire sa litière, l'emmener chez le vétérinaire

et me faire réveiller la nuit, parce que je dors dans le salon.

- Vous n'avez pas d'animaux ? - Non.

Tu mets la ceinture de ta soeur ?

Je connais les Jonquilles. Ça s'arrangera pas. Déménagez.

Déménager ? Il faudrait que je gagne au Loto.

Pour eux, ce serait mieux.

Laissez, je m'en occupe.

Non. Ça va.

Merci.

Je t'ai vu de la route.

Qu'est-ce que tu fous là ? Tu bosses pas, aujourd'hui.

Tu surveilles ton collègue ?

Non, non. Des fois, je viens là et je...

Ah ouais ?

Tu les as vus ?

C'est la période.

Ils peuvent être des centaines. Les martinets noirs, les plus beaux.

- Ouais. - Ils dorment en volant.

Incroyable.

Il y en a un devant, bien réveillé, et les autres le suivent,

en dormant. C'est dingue, non ?

- "C'est dingue", ouais. - Ils suivent, comme ça vient.

Il y en a pas un qui sort du rang.

Ils font l'amour ici et repartent

au chaud. On devrait faire comme eux.

C'est tout pourri, ici.

Je savais pas que tu aimais aussi les oiseaux.

Ah, j'adore !

Quoi d'autre ?

Si. Dans la vie, on aime toujours 2 trucs.

Moi, j'aime les oiseaux et ma femme.

Enfin, la 2e. La 1re, c'était un cauchemar.

Tu peux rentrer. Ils repasseront plus, là.

Ah, au fait, c'est demain soir, que Denis te remplace.

- C'est bon ? - "C'est bon."

Ça te fait 2 soirs de libres. Profites-en.

Bonjour.

Qu'est-ce qui se passe ? On a pas rendez-vous.

Non. On n'avait pas rendez-vous.

Dites-moi, alors.

J'ai une décision à prendre. Vous êtes pressée ?

Oui. Mon fils a une entorse. Je vais le chercher au stade.

- Je peux vous aider ? - Non. C'est gentil.

Si c'est une décision importante,

laissez passer la nuit. Vous verrez demain.

Je dois y aller.

- Allez-y. - Au revoir.

Christina va vous installer. Excellente soirée.

Merci.

Bonsoir. Vous avez réservé ?

Non.

Vous êtes seul ?

J'en ai peur.

- Ciao. Merci. - Ciao. Je t'en prie.

- C'était super. - Merci.

Pardon.

Je vous laisse installer Monsieur à la numéro 8.

- Très bonne soirée, monsieur. - Merci.

On va prendre votre commande, monsieur.

Merci.

Bonsoir. Vous désirez un apéritif ?

Oui.

- Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? - Ce qui vous fera plaisir.

Je vous laisse choisir.

Vous avez choisi ?

Un double whisky.

Glenlivet, Chivas. Ou nous avons une cuvée spéciale, du Smithson.

- Il est bon ? - Très bon.

Mais cher.

- Un triple, alors. - Parfait.

- Je vous laisse regarder le menu ? - J'ai choisi.

"Gastronomique" ? Excellent choix.

Bonne soirée.

Franck. Tu bosses pas, aujourd'hui ?

Tu as une cigarette pour moi, s'il te plaît ?

Tu viens d'où ?

Tu as du feu ?

Je suis sorti. J'ai fait la fête.

Ah, "la fête" !

Et c'était bien ?

Je sais pas...

Non. C'était nul.

Je me suis fait chier.

Alors, le radio-réveil, ça fonctionne ?

Ah, c'est fort, hein ?

"C'est fort."

Noël, c'est fini.

Là, ça va être Pâques.

Les gens vont recommencer à dépenser du pognon.

Et après, ça va être la fête des Mères.

- Ah oui, "la fête des Mères" ! - Oui. La fête des Mères.

Il paraît que c'est le maréchal Pétain.

Il a fait ça pour les familles.

- "Le maréchal" qui ? - Le maréchal Pétain.

C'était un enculé.

Un enculé !

Oublie.

Et pour tout ça, les gens, ils sortent leur carte Bleue

et ils tirent du pognon.

Et alors ?

"Et alors..."

ça veut dire que les distributeurs vont être bourrés de pognon.

Mais moi, j'ai pas de Carte bleue.

Alors tu es pas concerné.

Ça va aller ?

Ça va aller.

Ketu ?

Oh, Ketu !

Ta gueule !

Ketu !

Oh, putain !

Ketu !

Oh, Ketu ! Parle-moi !

Ketu, ouvre les yeux !

Je t'emmène à l'hosto ! Il faut que tu m'aides !

Allez, aide-moi !

Aide-moi !

Je t'ai... Je t'ai appelé.

Je suis là. Je suis là.

Laisse-toi aller sur moi.

Ketu, parle-moi ! Parle-moi !

Dis-moi quelque chose. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Qui t'a fait ça ? C'est Ahmed ?

C'est l'autre ?

Qu'est-ce qu'il voulait ? Des renseignements sur la banque ?

J'étais d'accord...

au début.

Et après ?

Il s'est passé quoi ?

Ces gens-là...

ils sont pas bien, Franck.

Oh ! Tu me lâches pas ! Tu restes avec moi ! Oh, Ketu !

Gardez les yeux ouverts.

- Il a des papiers ? - Je crois. Dans sa poche arrière.

- Comment vous vous appelez ? - Il s'appelle Ketu.

- "Ketu" ? Répondez-moi. - Attendez, monsieur.

Restez là. Ne bougez pas.

Je reviens.

Tenez, si vous voulez vous changer.

C'est vous qui avez amené M. Niamey ?

C'est vous ?

Il va comment ?

Ça ira. On a eu du mal. Ses papiers donnaient un mauvais groupe sanguin.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je passais le voir chez lui, et je l'ai trouvé comme ça.

Ce sont des coups de couteau.

- "Des coups de couteau" ? - Oui.

À moins qu'il se soit fait ça seul, mais on n'y croit pas.

Je pourrai le voir ?

Ouais. Dans une heure ou deux.

Vous attendez là, hein ?

Ça va, mon pote ?

Tu as mal ?

Tu as failli crever, tu sais ?

Mais ils disent que ça va aller.

J'irai voir les flics. On va niquer ces enculés.

Non. Pas les flics.

Promets-moi : pas les flics.

Mes papiers,

c'est pas mes papiers.

C'est à mon cousin.

Alors on fait rien ?

Pas les flics.

OK.

Vous êtes en communication avec le centre social Louise-Michel.

Pour tout renseignement, tapez votre numéro de Sécurité sociale

suivi de dièse.

Étienne, c'est toi ?

Ben oui. Pourquoi ?

Je peux te demander un truc ?

Je t'écoute.

Les boutiques où tu bosses, tu as accès ?

Laquelle ?

L'armurerie.

Tu as besoin de quoi ?

Des cartouches, du .38.

Tu as une gueule de cul.

C'est pas ton beauf, qui a un flingue ?

- Il veut tuer ta soeur ? - C'est pas pour eux.

Si c'est pour toi, dans la bouche, c'est pas sûr à 100 %.

Là, c'est imparable.

Pourquoi je me flinguerais ? J'ai mes 2 jambes.

Raconte.

Il y a des connards qui sont venus me faire chier sur mon parking.

Laisser faire a jamais été mon truc. Ça a été pareil à Sentilex.

Ça a commencé par des mecs qui passaient, qu'on connaissait pas.

Les collègues percutaient pas. Normal, ils voulaient pas la merde.

Nous, on avait compris. Avec la direction, on était prêts.

- Ça a changé quoi ? - Ça aurait pu tout changer.

- Peut-être que là, c'est pareil. - C'est toujours pareil.

Il y en a toujours pour baiser les autres.

On est d'accord. Tu me files ces cartouches, oui ou merde ?

Alors c'est merde.

Me fais pas chier, Étienne.

Tu te fous de moi.

Si j'étais sûr que tu y restes, dans ton histoire à la con...

Mais si tu reviens grabataire avec un tuyau pour boire

et un autre pour pisser,

je me le pardonnerai pas.

Chad !

Tu vas où ? Tu bosses pas, ce soir.

Si, je bosse.

Michto.

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