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Original subtitles

- C'est un nouveau m�dicament ? - Je sais pas.

- Plus fort ? - Pareil.

- Ils ont dit quoi ? - Rien. Tout va bien.

Pourquoi ils l'ont chang� alors ?

- Pourquoi tu me dis pas la v�rit� ? - Je viens de te la dire.

- Tu as quelque chose ? - Non.

10 000 pesos ?

Maman, tu ne penses qu'� l'argent. Donne-moi 20.

Non.

Prends pas ma voiture. Tu la laves et tu la gares !

Regarde cette lettre de la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande.

Elle est sign�e par son directeur, Paul Aschreiner.

�a dit que cette semaine, le pr�sident des �tats-Unis

signera le d�cret qui d�bloquera les fonds.

- Rends-moi mon argent. - Fais-moi confiance.

- Tu dis �a depuis un an. - C'est un investissement � long terme.

De quoi j'ai besoin ?

Attestation de compte bancaire et copie de ta pi�ce d'identit�,

pour qu'ils te virent l'argent.

- J'ai pas de compte bancaire. - Et ?

- Javier, rends-moi mon argent. - Po�te, tu es stupide ?

C'est une opportunit� en or.

Faut savoir flairer les affaires quand elles se pr�sentent.

Ce que tu as investi, c'est rien compar� � ce que tu vas recevoir.

�coute.

Mon contact me dit que les bons sont en cours de rachat.

Avec l'approbation du gouvernement du Zimbabwe.

Tu as investi dans des obligations d'une valeur de dix millions de dollars.

Je ferai de toi un millionnaire, petit salaud. Je te le dis.

Tu pourras �crire tes po�mes

dans une belle ferme avec une rivi�re.

- Je dois juste passer par ton compte ! - Je te donnerai rien.

Je te demande rien. On va me faire un virement.

- J'ai dit non. - Pourquoi tu me fais �a, maman ?

Maman ?

Maman ?

Maman ?

Maman.

Qu'est-ce que tu as ?

- Je dois m'asseoir. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu as quelque chose ? - �a va passer.

Dis-moi la v�rit�.

- Tu m'�nerves. - Moi ?

Je suis vieille. Je ne serai pas toujours l�.

Tu veux mourir ?

Je t'aiderai.

Et je partirai avec toi, si tu veux.

Quoi ? Partir avec moi ?

Tu as bu ?

�scar Restrepo, po�te n� � Santuario en 1968.

Historien de l'Universit� d'Antioquia.

Grand admirateur et connaisseur de Jos� Asunci�n Silva,

auquel il d�die certains de ses po�mes.

En 1992, son livre Los Desusos

a re�u le premier prix du 5e Concours national de po�sie

organis� par le Centre culturel Pepe Sixto Aguinaga.

Merci beaucoup. Bonsoir.

Tout d'abord,

merci beaucoup, Alonso,

de m'avoir invit� � partager ma po�sie

dans ce beau sanctuaire de mots

o� chaque po�te est un petit dieu,

et chacun de vous, en interpr�tant le po�te,

est un autre petit dieu.

�scar Restrepo se d�finirait comme un r�veur �ternel, perp�tuel.

Un chercheur de chim�res � travers les mots.

J'ai commenc� � lire � 12 ans

puis � �crire des vers.

� 15 ans, d�j�, je me sentais, je me croyais po�te.

C'�tait ma seule pr�tention.

�tre un po�te malheureux et vaniteux.

Je dis "malheureux"

parce que la souffrance a �t� la mati�re premi�re de ma po�sie.

Ceux qui ont lu mes livres peuvent en t�moigner.

Je m'identifie � Wilde quand il dit...

"O� il y a de la souffrance, il y a un sol sacr�."

Mais je dois admettre que nous, les po�tes, sommes hyperboliques.

Et cette hyperbole,

cette exag�ration constante de notre souffrance,

nous la poussons au troisi�me, voire au quatri�me degr�.

Un de mes lecteurs m'a dit un jour...

"Po�te...

"Comment pouvez-vous �crire un po�me aussi beau, mais aussi triste ?"

- Je lui ai cit� Ernesto Sabato... - �scar !

Quel po�me tu vas lire ?

Aucun po�te n'a atteint la virtuosit� de Jos� Asunci�n Silva

dans ce putain de pays.

Sa scansion, son rythme, sa musicalit�. En cent ans. Aucun.

- Me dites pas qu'il �tait meilleur que... - Qui ?

Celui qui a gagn� le prix, avec la moustache.

- Garc�a M�rquez ? - Oui, qui a �crit L'Alchimiste.

- L'Alchimiste, c'est de Paulo Coelho. - Non.

Garc�a M�rquez a �crit Cent ans de solitude.

Oui. Garc�a M�rquez, le meilleur.

Garc�a M�rquez �tait assoiff� de reconnaissance.

Jos� Asunci�n Silva, lui, n'a jamais �crit pour la reconnaissance.

- Et personne ne le conna�t. - Personne ?

Ah mec... Regarde �a.

�a te parait pas important ?

- Garc�a M�rquez sur le billet de 50. - Surestim� !

Ach�te � boire avec.

La vie de Jos� Asunci�n �tait un v�ritable po�me.

Il avait 30 ans quand il s'est tir� une balle dans le c�ur.

- Cribl� de dettes... - On en a tous.

... et d�vast� par la mort de sa s�ur bien-aim�e Elvira.

Une nuit...

Une nuit pleine de parfums,

de murmures et de bruissements d'ailes. Une nuit...

o� br�laient,

dans l'ombre nuptiale et humide,

les fantastiques lucioles !

PREMI�RE PARTIE - L'�CHEC

Fais tes valises et d�gage. Je ne veux pas de toi ici.

Qui s'occupera de maman ? C'est moi qui vis avec elle.

Et tu veux la tuer pour �a ?

Tu peux te suicider, mais tu ne l'emporteras pas avec toi.

Carlos, sors, s'il te pla�t.

Tu as 15 minutes pour faire tes valises.

Pourquoi tu as dit �a � maman ?

- Elle va mourir. - Elle ne va pas mourir.

- Elle va bien pour son �ge. - Elle a quelque chose.

C'est toi qui ne vas pas bien.

Et ton probl�me d'alcool ?

�a va relativement mal.

Si maman meurt, tu feras quoi ?

Y aura plus sa pension et Carlos te mettra � la porte.

- Je verrai. - Tu finiras � la rue.

Qu'est-ce qui t'est arriv�, �scar ?

Tu �tais brillant, tu enseignais, et regarde-toi.

Depuis quand tu ne travailles pas ?

- Je suis po�te. - Tu es ch�meur.

Po�te je suis, si �tre po�te...

- Arr�te tes conneries. - J'attends de l'argent d'une affaire.

- Quelle affaire ? - Une tr�s grosse affaire.

- Tu as pens� � Daniela ? - Non, Yolanda. Me fais pas �a.

- Qu'as-tu fait pour elle ? - Yolanda, parle pas de �a.

Tu l'appelles ?

�a suffit. �vite ce sujet. Me fais pas chier ! Assez !

Pourquoi tu n'acceptes pas ?

Je ne vais pas �tre prof de lyc�e, et encore moins enseigner la philosophie.

Tu dois le faire, tu n'es pas en position de choisir.

- C'est pas mon truc. - C'est quoi, ton truc ?

J'�cris un livre.

Un livre... �scar, bon sang !

On va faire une chose.

Je vais dire � Carlos

que toi et moi, on a pass� un accord pour qu'il te mette pas � la porte.

Je vais dire � William que lundi matin, tu seras � l'�cole.

Mais tu dois t'engager envers moi.

- Je m'en vais. - �scar.

Je m'en vais !

Prends pas ma voiture.

Salut.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Rien.

Je voulais juste dire bonjour. Comment vas-tu ?

Bien. Et toi ?

Bien.

- Je suis en train de d�jeuner. - Ah bon ?

Pardon. Je repasse plus tard.

Toi, tu as d�jeun� ?

Tu veux entrer ?

Ta m�re est l� ?

Elle sait pas encore, elle examine diff�rentes options.

Mais elle doit se d�cider vite,

l'examen approche.

Qu'est-ce qui t'attire ?

Je sais pas.

Communication audiovisuelle. Philologie. Langues.

Tr�s bien. O� tu veux �tudier ?

Id�alement, � l'Universit� d'Antioquia.

Moi j'aime pas trop l'Universit� d'Antioquia.

Elle finira comme ces trublions, � jeter des pierres. Non ?

C'est tr�s difficile de toute fa�on.

Si elle est pas accept�e, elle ira � l'Universit� de Medell�n.

Je sais pas.

Comment �a, tu sais pas ? Tu sais bien !

Elle a honte parce qu'elle est ch�re.

Je devrais faire un emprunt. Mais bon, quand il faut...

- Combien ? - 9 millions par semestre.

Je peux t'aider.

Tu as 5 ou 10 000 pesos ? Je te rembourserai.

Voici mon premier livre publi�.

Et �a, c'est le deuxi�me.

- Le Prix national de po�sie ? - Oui.

Magnifique.

- Tu �tais tr�s jeune. - Je devais avoir 24...

25 ans.

Tu as d�j� enseign� au lyc�e ?

Non, mais � l'universit�. J'�tais professeur d'universit�.

Et qu'est-ce qui s'est pass� ?

� la recherche de ma propre voie, je me suis consacr� � l'�criture.

Je sais quel genre de personne tu es. Ta s�ur a �t� tr�s honn�te avec moi.

Je ne te jugerai pas.

Je pars du principe que tu veux apporter � cette institution,

pour enrichir les �tudiants.

Qu'il s'est senti mal. Que c'est pas pour lui.

Qu'il se voit pas enseignant. Qu'il est po�te.

�scar, parle � Yolanda.

Il veut pas parler.

- �scar, tu m'entends ? - Il �coute.

�scar, je suis furieuse. Qu'est-ce qu'on avait dit ?

Tu me ridiculises devant William. Si tu n'y retournes pas, oublie-moi, �scar.

C'est un vrai gamin.

- �scar ! - Il veut pas parler. Non.

Je sais pas ce qu'on va faire.

Il est capricieux.

Je sais plus quoi faire.

Salut, �scar. Qu'est-ce que tu fais l� si t�t ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Rien. Il n'y a rien.

C'est juste que...

Je me demandais s'il y avait moyen de mieux vendre mes livres.

Les rendre plus visibles, ou les proposer aux gens.

Tes livres sont l�, expos�s.

Tu sais que c'est pas facile.

Ou...

En faire la publicit� pour que les gens les ach�tent.

On pourrait organiser une lecture consacr�e � ton travail.

Tu n'�tais pas en train d'�crire un nouveau livre ?

Tu n'aurais pas un travail pour moi ici ?

Quel genre de travail ?

Je sais pas...

D'administration... ou de coordination.

Ma fille va entrer � l'universit�.

J'ai besoin d'argent.

On est une petite structure.

Presque tout le monde ici est b�n�vole.

On a du mal � trouver des fonds pour le festival de po�sie.

Tu pourrais enseigner � l'�cole de po�sie.

Mais je dois en parler � Efra�n, c'est lui le responsable.

Il va pas tarder, il sera avec vous. On pourrait lui en parler.

Trois fois laur�at du Prix national de po�sie,

Prix Vor�gine pour son premier roman,

Prix de la ville de Buenos Aires pour son deuxi�me roman,

Prix Julio Estrada en essai, parmi de nombreuses autres distinctions.

Son �uvre, engag�e dans la r�alit� latino-am�ricaine,

explore ses racines

et d�nonce ses m�canismes sociaux et politiques.

Efra�n Mendoza

est une des voix les plus r�volutionnaires de la litt�rature colombienne.

Bonsoir. Merci beaucoup d'�tre l�.

Il y a 30 ans, Alonso et moi, avec des amis, avons fond� cette maison.

�a n'a pas �t� facile.

Dans mon cas, mes nombreuses occupations m'emp�chent

d'y consacrer le temps que je voudrais, mais...

Vous voir ce soir d�bordant d'amour pour la po�sie

est vraiment merveilleux.

Je suis aussi ravi de voir ici ces jeunes si talentueux

de notre �cole de po�sie.

Je suis tr�s honor� d'�tre leur mentor cette ann�e.

Je veux leur d�dier ce po�me.

Les arts sont stratifi�s, r�serv�s aux �lites.

Les vrais artistes cr�ent pour cr�er.

Bien s�r, il faut manger, mais pour continuer � cr�er.

Dis �a � un enfant d'un quartier pauvre, sans �ducation, sans acc�s � l'art.

Oui, je suis d'accord.

Toi, par exemple, tu as eu une �ducation, tu es une privil�gi�e.

Une fille qui grandit dans la pauvret�,

� 15 ans, a d�j� deux ou trois enfants.

Vous croyez qu'elle va penser � �crire de la po�sie ?

Non. Il faudrait faire quelque chose contre les grossesses pr�coces,

mais �a n'existe pas.

L'art n'arr�te pas les bombes. La po�sie n'arr�te pas la guerre.

Peut-�tre...

Mais l'art, la po�sie, peuvent favoriser une soci�t� meilleure.

Je sais pas, �scar, le prends pas mal,

mais je doute que tu aies les qualit�s pour enseigner � l'�cole de po�sie.

Quelles qualit�s ?

On te conna�t.

- Vous me connaissez ? - Faisons la lecture d�di�e � ton �uvre.

Tu aimerais passer � la t�l�vision ?

Tu pourrais faire une interview de promotion.

Oui, une interview. Tu toucherais plus de gens. Tu crois pas ?

Bonjour � tous. Nous sommes ravis d'�tre avec vous. Au programme aujourd'hui,

de la musique, de la danse, de la po�sie. Bienvenue � "Quels matins !"

Commen�ons par notre premier invit�, Don Arnulfo V�lez, le maire de Sopetr�n.

Il est venu parler du magnifique et d�licieux Festival des fruits

qui se d�roulera du 20 au 24 janvier.

Monsieur le maire, bonjour et bienvenue.

Bonjour. Bienvenue � tous au Festival des fruits !

Nous avons �galement un invit� tr�s sp�cial.

�scar Restrepo, un po�te reconnu. Laur�at du Prix national de po�sie

du Centre culturel Pepe Sixto Aguinaga.

Il est venu partager sa belle po�sie avec nous.

Commen�ons par un beau po�me d'amour pour tous nos t�l�spectateurs ?

- D'amour ? - Oui, de ceux qui �meuvent les c�urs.

Pendant qu'�scar cherche le po�me parfait,

accueillons une figure de la musique urbaine, JB.

La chanson qu'on �coute depuis le d�but de l'�mission

est son nouveau titre, "Mouille mon jacuzzi"

qui compte d�j� 80 000 vues sur sa cha�ne YouTube.

C'est vrai, je me r�invente sans cesse pour mes fans.

- C'�tait de la merde ! - La t�l� montre pas de po�sie !

- C'est un manque de respect. - C'est ce qu'il y a.

- Qu'ai-je � faire avec �a ? - C'est ce qu'il y a.

Je sais pas.

Je crois que...

Qu'est-ce que tu veux ?

Comment tu fais ?

Comment je fais quoi ?

Pour toi, je suis un bon po�te ?

Pour toi, je n'ai pas de talent, n'est-ce pas ?

Tu avais quelque chose.

Tu �tais passionn�, tourment�.

Et tu as r�ussi � �crire deux ou trois jolies choses.

Je pensais que je serais mieux, � mon �ge.

Mieux comment ? Plus reconnu ?

J'ai �chou�.

Le probl�me, c'est pas la reconnaissance. Le probl�me, c'est toi.

Tu es un po�me, assez triste, je dirais.

Tu veux que je te dise la v�rit� ?

Tu changeras pas, tu peux pas changer.

Tu es comme tu es.

Et tu as de gros d�mons en toi.

Tu es peut-�tre comme Kafka,

ou Jos� Asunci�n Silva,

de ces fous qu'on reconna�t apr�s leur mort.

Mais pour �a,

tu aurais d� �crire un putain de po�me g�nial,

et �a, franchement, tu ne l'as pas encore fait.

Tu vendrais plus de livres si j'�tais ton agent.

Je te ferais conna�tre les bonnes personnes.

J'aurais d� me tuer � 30 ans.

Tu devrais �crire des po�mes sur la guerre, la violence,

la pauvret�, les indig�nes, l'Amazonie, les p�d�s...

Toutes ces choses que les Europ�ens aiment chez nous.

Il est lucide.

�coute ce po�me, c'est moi qui l'ai �crit.

Comme la lune est brillante Ronde comme un fruit

Si elle tombait Elle t'�craserait, esp�ce de...

�scar, pourquoi tu me fais �a ? Viens pas ici, s'il te pla�t.

Pardon.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Pardon. - Me demande pas pardon, me fais pas �a.

Pardon d'�tre comme �a.

De t'obliger � supporter ce p�re.

J'essaie.

Tu n'as rien � essayer. Je vais bien.

Je veux t'aider. Pas besoin, t'inqui�te pas.

Je suis tr�s sensible ces derniers temps.

�coute, je dois y aller.

- Tu peux partir d'abord ? - D'accord.

Tu vas me ridiculiser devant William. J'ai honte, il a �t� si gentil avec toi.

Je lui ai dit que tu �tais malade.

Et que tu seras l� lundi pour donner tes cours.

Et si tu n'y vas pas, je ferai tes valises moi-m�me.

�scar ! Ouvre.

Souffrance. La p�nombre.

Que dire de la p�nombre ?

Ne serait-ce pas le cr�puscule � l'aube fr�missante du jour solaire ?

Des trous noirs o� tout est oubli�

dans la voracit� des m�choires englouties.

Des plan�tes asservies par le froid.

Un silence qui s'�tend...

sur des lunes referm�es.

Des questions ?

Et la po�sie ?

La po�sie !

La po�sie, c'est...

Vous connaissez des po�mes ?

- Vous avez �crit ou lu des po�mes ? - Monsieur...

- Elle, elle �crit des po�mes. - Tu �cris des po�mes ?

- D'amour, pour le petit ami ? Sur quoi ? - Yurlady, montre-lui.

Tous ces po�mes sont de toi ?

Oui, y a des po�mes et d'autres trucs que j'�cris.

- Les dessins aussi sont de toi ? - Oui.

Toi aussi tu vis dans une profonde tristesse ?

Tu es m�lancolique ?

Non. Des fois j'ai envie d'�crire quand je me sens comme �a.

Tu lis ?

Un peu.

- Parfois. - Qu'est-ce que tu lis ?

Je sais pas.

- J'aime bien Pizarnik... - Alejandra Pizarnik ?

"Alejandra, Alejandra

"Je suis en dessous, Alejandra"

Une prof nous a fait lire ses livres, et j'ai beaucoup aim� ses po�mes.

- C'est elle qui t'a appris ? - Plus ou moins.

Tu veux �tre po�te ?

Qu'est-ce que tu voudrais �tre ?

Je sais pas.

J'aime maquiller...

Coiffer...

J'apprends � faire les ongles.

Des choses comme �a.

- Tu me pr�tes ce cahier ? - D'accord.

Ma chambre est bien rang�e

Ma chambre est propre

Ma chambre a des couleurs

Rose

Violet et vert

Des couleurs de r�ves

Des r�ves emprisonn�s dans cette chambre

Les murs sont de b�ton froid

Les carreaux du sol sont blancs et brillants

Mais une tache ternit un coin

Elle ne partira jamais

Elle restera toujours l�

Foyer et prison

Refuge et pi�ge

On est une seule et m�me chose Ma chambre et moi

Je dois passer des examens.

�scar !

Quels examens ?

� la Renaissance,

l'autorit� aristot�licienne fut rejet�e

et discut�e � la fin du Moyen �ge.

Le...

L'humanisme de cette p�riode eut une orientation fondamentalement...

"n�opatonicienne".

Tu voudrais pas aller � l'universit� ?

- Je sais pas. Peut-�tre. - Pourquoi peut-�tre ?

- � la maison il y a d'autres priorit�s. - Quelles priorit�s ?

Tu vis avec qui ?

Avec ma grand-m�re, mon oncle, mon petit fr�re,

mes deux autres s�urs et mes neveux.

C'est une grande famille.

Tous tes fr�res et s�urs ont des enfants ?

- Oui. - Ils sont beaucoup plus �g�s ?

Plus ou moins.

- Maicol est l'a�n�. Il a 22 ans. - 22 ans et d�j� un fils ?

- Et tes s�urs ? - Quoi ?

- Elles sont m�res aussi ? - Oui.

- Veronica a deux enfants. - Quel �ge a Veronica ?

20 ans, je crois.

- Et Karen a un fils. - Quel �ge a Karen ?

- 17 ans. - 17 ans ?

Elle bave devant son petit ami. Il l'a d�j� mise en cloque.

Ma m�re aussi vit avec nous,

Mais elle vient que le dimanche parce qu'elle travaille dans une famille.

Elle est femme de m�nage ?

Toi, tu n'as pas d'enfants ? Non.

- Toi, tu n'as pas d'enfants ? - Non.

DEUXI�ME PARTIE - MAGNUM OPUS

- Ils sont bons. - Tr�s, et elle en a beaucoup.

Que veux-tu faire ?

Je sais pas.

J'ai l'impression qu'elle a quelque chose de sp�cial.

- Je devrais faire quelque chose, non ? - Comme quoi ?

Je sais pas.

Vous avez pas ce prix... Une bourse pour les jeunes po�tes ?

- Elle les a pas copi�s ? - Non, ils sont d'elle.

Am�ne-la.

- Elle entrerait � l'�cole de po�sie ? - Je voudrais d'abord la rencontrer.

Je lui donne d�j� des cours. Je pensais plut�t �...

un prix ou une bourse ou une autre forme d'aide.

On a le prix du festival de po�sie remis � un jeune po�te prometteur,

qui comprend un peu d'argent et la publication des po�mes.

Elle pourrait concourir ?

Seuls les �l�ves peuvent concourir pour ce prix.

- Am�ne-la et on verra. - Je sais pas, Efra�n.

Si cette fille a du talent, pourquoi ne pas l'aider ?

Mais tu l'am�neras et la ram�neras.

On peut pas assumer �a. On a pas un sou.

Je sais pas. Je dois demander � ma grand-m�re.

Tu veux que je lui parle ?

- Tu l'as dit � ta m�re ? - Non.

Il faut demander � la maman. Elle vient le dimanche.

- Vous �tes son professeur ? - Oui, madame.

- Elle aura un prix ? - Peut-�tre, si elle participe.

De l'argent ?

- Oui, madame, de l'argent. - Combien ?

Je ne sais pas.

- Tu ne d�jeunes pas ? - Je reviens.

Je ne peux pas l'emmener, avec mes genoux, et je dois m'occuper des enfants.

Moi, je peux l'emmener.

Si on n'a rien � payer...

�a va mal, on a m�me pas de quoi acheter un �uf.

Tu veux y aller ?

Ch�rie, sois pas b�te, ils vont te donner des sous.

Il ne faut pas g�cher les opportunit�s que le Seigneur nous offre.

- Merci. - Karen, le b�b� pleure. Veronica !

Baisse le volume.

Il est tr�s moche.

Yurlady !

Professeur, excusez ma tenue.

- Edilson, je suis l'oncle. - Enchant�.

- Pardon, je cherche mes affaires. - Je vous en prie.

Bonjour, G�ant

Je t'admire, G�ant

Tu es si grand que tu es l'ami de la lune

Les oiseaux vivent dans tes cheveux

Tu vois ma maison d'en haut ?

Tu as d�j� attrap� une �toile filante ?

Ta peau rugueuse sent mes coups de pied ?

Comment as-tu f�t� ton 900e anniversaire ?

C'est pour �a que tu as toutes ces bagues ?

Tu ne r�ponds jamais � mes questions

Mais on reste amis

Si une fille...

peut �tre amie avec un arbre

- �scar, elle est fantastique. - Pas vrai ?

J'aimerais qu'elle lise � l'ouverture du festival.

- Et concourir ? - Bien s�r.

Je pense m�me qu'on pourrait faire une interview avec elle

pour promouvoir le festival.

C'est une tr�s belle histoire qui m�rite d'�tre racont�e

et ce que tu fais pour elle est magnifique.

Je sais pas, ils sont bizarres.

- �a t'a pas plu ? - Je sais pas.

Eux, ils t'ont ador�e.

Vous �tes po�te ?

J'essaie.

- Pourquoi vous faites �a ? - T'amener ici ?

Parce que tu as beaucoup de talent.

- Mais en quoi �a peut m'aider ? - �a peut t'aider �norm�ment.

Ici, tu peux cultiver ton talent.

Ils peuvent t'aider, tu peux gagner le prix.

L'art peut t'aider � trouver...

une voie diff�rente de...

celle de quelqu'un comme toi.

- Quelqu'un comme moi ? - Oui.

Quelqu'un...

avec peu d'opportunit�s dans la vie,

qui risque de quitter l'�cole � cause de choses comme...

Avoir des enfants...

Quel mal il y a � avoir des enfants ?

- Tu veux avoir des enfants ? - Oui.

- Tout de suite ? - Ben...

Tout de suite, je sais pas... Peut-�tre.

Plus tard. Tu dois r�fl�chir, te concentrer sur ton avenir.

Tu pourrais �tre une grande po�tesse.

Pourquoi je voudrais �tre une grande po�tesse ?

On peut en vivre ?

Tu as pas aim� la tarte ?

Je veux l'apporter � mes neveux.

- Au fromage ? - Oui, ou hawa�enne.

Quatre, c'est possible ?

Deux au fromage et deux hawa�ennes, s'il vous pla�t.

- Vous vendez du lait en sac ? - Oui.

- C'est vrai cette histoire de po�me ? - Quoi ?

Que je peux conqu�rir une fille avec un po�me ?

- Oui. - Comment ?

- Dis-moi qui c'est. - Carolina.

- Non, pas elle. - Qui ?

- Elle est pas de l'�cole. - �a doit �tre un po�me d'amour ?

Je peux �crire sur autre chose ?

- Bien s�r, sur quoi ? - Ma m�re ou ma s�ur.

- T'es fou d'Angela. - Pas du tout.

- Celle avec les tresses. - Pas elle.

- �crivez-lui un po�me pour la conqu�rir. - Pas elle.

- Bonjour. - Professeur, comment �a va ?

- Bien, et vous ? - Bien, Dieu merci.

Je voulais vous dire quelque chose. J'ai des encyclop�dies tr�s compl�tes.

Elles ont toutes les informations dont vous avez besoin.

J'ai pas termin� le lyc�e, mais je lisais beaucoup.

Je peux vous dire la capitale de n'importe quel pays. Demandez-moi.

- Yurlady est l� ? - Je crois qu'elle est sortie.

Ces encyclop�dies prennent la poussi�re, mais elles sont en parfait �tat.

Je vous les montre ?

- Edilson, emb�te pas le professeur. - Je les apporte.

Professeur, je voulais vous remercier pour les courses.

Dieu vous b�nisse. Vous imaginez pas comment on vit.

Edilson a achet� � cr�dit une t�l� �norme, alors qu'on est tr�s pauvres.

Il a m�me pas pay� la premi�re mensualit�.

- Yurlady est l� ? - Elle est avec son amie Natalia.

- Elle savait que vous veniez ? - Je lui avais dit.

Je vais �tre honn�te avec vous. Elle est talentueuse, mais paresseuse.

Il faut la pousser pour tout. Un rien l'arr�te.

- C'est pas vrai ! - C'est vrai.

- Professeur... - Vous les donnez ?

Non, ce que vous voulez bien donner.

Tu viens pas ?

Maintenant ?

Oui, on est en retard.

Je sais pas si je peux.

Pourquoi pas ?

Je dois m'occuper de mes neveux.

Ta grand-m�re a rien dit.

Tu peux venir un instant ?

J'irai demain.

Demain ?

Non.

Tu dois faire un effort, des sacrifices.

Pense � ton avenir.

O� veux-tu �tre dans 10, 20 ans ?

Tu veux �tre mieux ou tu veux te vernir les ongles avec ton amie ?

Essayons encore quelques jours.

Si �a te pla�t pas, j'insisterai pas.

Mais si on essaie,

on essaie s�rieusement. D'accord ?

Vous avez 10 000 pesos ?

Pour quoi faire ?

Pour un vernis violet avec des paillettes.

Salut Yurlady, �a va ?

Je te pr�sente Frida, attach�e culturelle de l'ambassade des Pays-Bas,

qui nous aide beaucoup pour le festival.

Je lui ai dit

que tu allais lire tes po�mes lors de la soir�e d'ouverture.

Ur-ley ? On me parle beaucoup de toi.

Yurlady.

Tr�s connect�es. Toi et moi.

Merci.

J'aime la po�sie parce qu'elle me permet d'exprimer ce que je ressens.

J'aime �crire des po�mes sur des choses qui m'arrivent,

Elle a �a depuis toute petite.

C'est pour �a que c'est tr�s important pour nous qu'elle soit soutenue.

Si on les soutient, avec des moyens,

ils peuvent r�ussir � s'exprimer artistiquement

sans tomber dans la violence.

Dans notre ville, il y a des gar�ons et des filles de tous les quartiers

m�me les plus pauvres, avec beaucoup de talent et peu d'opportunit�s.

Gr�ce � notre �cole de po�sie, nous cherchons � faire de l'art

un outil qui favorise le changement social.

C'est magnifique, �mouvant !

Quel beau travail vous accomplissez avec cette �cole de po�sie.

Et maintenant que vous �tes ici,

pour promouvoir le festival de po�sie, j'aimerais poser une question � Yurlady.

Qu'est-ce que �a fait d'avoir l'opportunit� de lire tes po�mes

devant un public aussi nombreux ?

Bien, je suis tr�s heureuse.

C'est merveilleux, vraiment. Qu'est-ce qui te pla�t le plus ?

L'opportunit� qu'on me donne. Et d'apprendre.

Yurlady, quel est ton r�ve ?

Tu pourrais lire n'importe lequel. Tous tes po�mes sont tr�s beaux.

Mais tu sais quoi ?

Aucun n'est assez marquant pour l'ouverture du festival.

Tu pourrais en �crire un sur des sujets plus graves.

Par exemple, les probl�mes de ton quartier,

le manque d'opportunit�s, ta couleur de peau...

- Tu comprends ? - Je trouve ses po�mes tr�s bons.

Tr�s, mais il faut penser

au public auquel on s'adresse.

Comment toucher un public plus large et l'�mouvoir.

�a pourrait toucher davantage le jury et te faire gagner le prix.

Ce serait un po�me qui parle de toi, de ce que tu repr�sentes socialement.

Je crois pas. Elle aime �crire des choses simples.

�scar, tu es po�te, tu t'y connais en po�sie,

mais tu n'as aucune id�e de ce que repr�sente l'art pour le public.

Et c'est pr�cis�ment pour �a que ton �uvre n'est pas, comment dire...

Tr�s reconnue.

Il ne s'agit pas d'�crire un pamphlet politique,

mais d'ins�rer dans le sous-texte de ta po�sie, qui est magnifique,

une couche subtile de th�mes importants qui interpellent les gens,

leur disant ce qu'ils veulent entendre.

�a fera de toi une po�te plus incroyable que tu ne l'es d�j�.

Tu vas inviter quelqu'un � la lecture ?

Je sais pas.

Ma m�re doit travailler,

et ma grand-m�re doit s'occuper de mes neveux.

Mes s�urs aiment pas trop �a.

Peut-�tre mon fr�re,

mais il est occup� aussi.

Et ton p�re ?

- Tu n'en as pas ? - Il ne vit pas avec nous.

- Mais tu lui parles ? - Il est parti quand j'�tais toute petite.

Il est o� ?

Je sais pas.

- Et tu n'aimerais pas lui parler ? - Non.

Avant, �a me rendait triste.

Maintenant, je ressens plus rien.

J'attends rien. Et �a me met m�me pas en col�re.

- Tu l'aimes pas ? - Non.

J'ai une fille.

Elle a presque ton �ge.

Elle s'appelle Daniela.

Elle vit avec vous ?

Non, avec sa m�re.

Mais vous allez la voir ?

Parfois.

En v�rit�, elle ne m'aime pas beaucoup. Et je la comprends.

Pourquoi elle vous aime pas ?

J'ai pas �t� le meilleur des p�res.

Vous l'aimez ?

Beaucoup.

Mais j'ai �t�...

assez...

probl�matique.

Je fais des efforts.

Pourquoi probl�matique ?

Je sais m�me pas.

J'ai pas �t� tr�s...

Comment dire ?

Normal.

Je pense que c'est pas tr�s dr�le

d'avoir un p�re comme moi.

Je suis pas normale.

Si ton p�re revenait pour toi,

tu pourrais l'aimer � nouveau ?

Je crois pas.

Non.

Ton p�re est dehors. Tu sors ou je lui dis d'entrer ?

Ce que tu m'as pr�t�...

Quand est l'examen ?

La semaine prochaine.

Comment tu te sens ?

Je sais pas.

Tu r�vises ?

Oui.

Je peux t'aider.

Non, merci.

Je voulais m'excuser pour la derni�re fois.

C'est rien.

Je suis tr�s fier de toi.

Merci.

Si tu rates, je paierai l'universit�.

�scar, non.

Je sais que tu m'en veux beaucoup.

Je t'en veux pas.

Tu ressens rien ?

Je devrais ressentir quoi ?

Je change.

Cette fois, c'est diff�rent.

D'accord.

Tu t'en fiches. N'est-ce pas ?

�scar, qu'est-ce que tu veux que je dise ? Tu es un enfant.

Pardon.

- Tu me d�testes ? - J'ai piti� de toi...

Je dois retourner r�viser.

Quand l'art se lib�re de la sph�re r�gulatrice de sa proposition esth�tique

par un contr�le social et financier,

dans la mesure o� il revendique la supr�matie de ses pouvoirs �tablis

l'artiste est un �tre autonome, et l'�uvre l'est encore plus.

"Revendique" �quivaut dans ce texte �...

A : Se battre, B : Nier,

C : Atteindre, D : S'opposer.

A : Se battre.

Tu as trouv� la bonne r�ponse ?

Je suis meilleure en compr�hension de textes.

Je garde le raisonnement logique pour la fin,

- j'ai pas le temps. - �a va aller.

Si je rate, je me suicide.

Non, c'est pas si grave.

Si tu rates, tu recommenceras.

Mamie est seule quand tu n'es pas l� ?

C'est mon �tat naturel.

Yolanda vient parfois, mais elle reste souvent seule.

Je pourrais lui tenir compagnie.

Si tu fais �a, je t'aiderai � r�viser.

Je lui demande : "�a va ?" Elle me regarde m�me pas

Je sais pas quoi faire, elle me fascine

Si elle disait juste : "Salut, Elkin", je serais heureux

Je lui offrirais une rose et l'emm�nerais � la piscine

Elle est grande et belle, et elle s'appelle Carolina

Merci, Elkin.

Tr�s bien.

Tu es inspir�, mais tu pourrais prendre �a plus au s�rieux, �crire autre chose.

- J'ai trouv� que �a. - Plus rigoureux.

Je sais pas si Carolina sera ravie de ta d�dicace.

Vous n'aimez que les po�mes de Yurlady.

- Pardon, quoi ? - Rien.

Je t'ai entendu.

Vous n'aimez que les po�mes de Yurlady.

C'est pas vrai. Je vous fais des commentaires pour vous aider.

Vous lui dites rien � elle.

- Tu veux lire ? - Comment je saurais si c'est bien ?

- Que Yurlady lise... - La po�te.

- La po�tesse. - Fils de pute.

- Quoi ? - Tu m'as entendu.

- Calmons-nous. - Elle m'a insult�.

C'est une activit� extrascolaire ?

Pourquoi j'ai pas �t� inform� ?

- Elle a un talent �norme. Je l'aide. - C'est d�licat.

Tu dois suivre un protocole.

R�diger une lettre pr�cisant le type d'activit�,

� quelle heure, o�, et sign�e par les parents.

Et il n'y aurait aucun probl�me.

Maintenant, pour ce qui s'est pass� en classe,

ne nous formalisons pas.

Parle-leur et fais qu'ils se r�concilient.

Tr�s bien.

Je veux plus y aller.

Tu veux pas lire au festival de po�sie ?

Bien.

Impossible. Elle �tait ravie � la t�l�vision.

Elle veut pas. Elle a jamais voulu.

Elle sera la premi�re � lire. Tout le monde veut l'entendre.

Les gens de l'ambassade hollandaise sont ravis.

Dis-lui que c'est important pour elle et pour son avenir.

- Pourquoi vous lui dites pas, vous ? - Parce qu'elle est ici gr�ce � toi.

Regarde ce que tu as fait pour elle.

C'est ton chef-d'�uvre, ton Magnum Opus.

Le plus beau po�me que tu aies jamais �crit.

�coute...

Ach�te-lui une jolie robe et fais des courses pour sa famille.

Voil� !

Ah oui ?

J'ai r�ussi.

Tu triches.

Non.

Je triche pas.

J'ai gagn�.

Au revoir papa.

Au revoir.

Les po�tes, comme des entrep�ts tristes,

ont tout un assortiment de fant�mes.

De fant�mes ?

La ville est si grande, et moi qui te cherche.

Souviens-toi, femme.

� ton spectacle de bo�te � musique

ils ne viennent pas pour t'admirer mais pour �tre admir�s.

N'oublie pas.

Ils ne sont que des marchands de d�faites.

Des monarques de l'�chec. Et toi, leur terrain de jeu.

Que serais-je si j'�tais moins noire ?

Si j'avais moins faim

Si mon avenir �tait assur�

Si la paix r�gnait dans mon quartier

Et si j'y marchais d'un pas l�ger

Sans crainte au c�ur

Sans questions br�lantes

Sans un monde qui �pie

Sans fronti�res qui aveuglent

Mais je suis tout cela

Et tout cela m'a rendue forte

Chaque ombre, chaque lutte

Chaque r�ve que je poursuis

Sous ce ciel sans promesses

Je peux avoir plus de poulet, s'il vous pla�t ?

Ce morceau aussi, s'il vous pla�t.

Merci.

Regarde, deux.

Je peux prendre une de ces fleurs ?

Je pense que oui. Tu la prendras quand on partira.

- Sant� ! Qui en veut ? - Moi.

- Yurlady, non, pas toi. - Un verre...

Juste un.

Laisse-la boire un verre pour f�ter �a.

- Et ton verre ? - Je bois pas.

Sant� !

On nous paie moins.

Nous, ils nous ont pris nos terres.

On doit faire des enfants et tenir la maison.

- Vos traditions ont �t� an�anties ? - On vous a d�j� touch� les fesses ?

- Prenez soin du mari et des enfants. - Vos femmes servent � �a ?

Au lieu de lire de la po�sie, vous devriez balayer...

- �a se dit po�te. - Et j'en suis fier.

- Po�te ! - Je repr�sente ma communaut�...

Sant� !

- Que fais-tu ici ? - J'�coute de la po�sie.

Tr�s beau. J'ai ador� le po�me de la petite.

Je te pr�sente mon nouveau partenaire, Baldomero Mu�oz,

directeur d'un cabinet d'avocats.

Champagne !

Sant� !

Tout le monde ne reconna�t pas un bon po�me ou un bon po�te.

Il faut de la sensibilit� pour d�celer la po�sie l� o� on l'attend pas,

sous les pierres, dans la rue. C'est plus difficile que d'en �crire.

La po�sie est partout, dans les mots les plus banals.

Tout le monde la voit pas. Il faut savoir regarder.

Je parle pas d'un coucher de soleil ou d'un arc-en-ciel. Non, monsieur.

Ce qui entre dans un trou noir dispara�t, il aspire tout.

Je parle pas d'y jeter des choses.

�a aspire le temps, l'absorbe, le r�duit comme un mixeur.

Je me suis int�ress�e � �a. Vous savez ce qu'est un trou noir ?

On sait pas ce qu'il y a au-del�.

�a pourrait �tre Dieu, un univers parall�le, le pass� ou l'avenir.

- Le mythe est le r�confort des ignorants. - Vous savez de quoi vous parlez ?

Comment �a va, les cours ?

Bien.

Un nouveau talent ?

Non.

D'autres attributs alors ?

Quoi ?

Des culs, des seins !

Ah, non.

Tu en veux ?

Merde.

Elle est ivre.

- Faut l'emmener � l'h�pital. - Non, on va avoir des probl�mes.

Je la ram�ne ?

Plut�t attendre que �a passe. Je reviens.

Tu veux vomir ?

Vomis.

Elle est lourde.

Vous m'aidez ?

Efra�n !

Qu'est-ce qui s'est pass� ?

Putain de merde.

Mon Dieu ! Qu'est-ce qui lui est arriv� ?

Yurlady, tu m'entends ?

- Quoi ? - Elle est ivre.

- On lui a donn� quelque chose. - Quoi ?

On sait pas, elle �tait allong�e l�...

Qu'est-ce qu'on a fait ?

Elle est vivante.

Mon Dieu.

- Emmenons-la � l'h�pital. - Edilson dort ?

- Il est pas rentr�. - Et Maicol ?

J'ai une voiture.

Si vous voulez, on peut l'emmener � l'h�pital.

Qu'est-ce qui s'est pass� ?

- Elle s'est saoul�e. - Saoul�e ?

- Elle a quel �ge ? - 15 ans.

15 ans ? Si jeune et vous la laissez boire de l'alcool ?

Ce monsieur me l'a ramen�e bourr�e.

- Vous �tes le p�re ? - Non, c'est son professeur.

Je suis sa grand-m�re, et elle, sa s�ur.

Son professeur ?

- Vous �tiez avec elle ? - On �tait � un festival de po�sie.

Elle a lu ses po�mes, puis s'est mise � boire.

Je l'ai ramen�e.

Vous l'avez laiss� boire ?

Non. Elle s'est mise � boire avec ses camarades.

Vous le saviez ?

Elle devait �tre � une f�te de l'�cole, mais elle rentrait pas.

Jusqu'� ce qu'il la laisse l�.

Ben...

On �tait � une table

et quelqu'un a apport� une bouteille.

Tu as bu ?

Oui, je crois.

Assieds-toi.

De quoi d'autre tu te souviens ?

Pourquoi tu as des marques sur le corps ?

Tu as des blessures l�g�res, marques d'un coup ou d'une compression.

Tu es tomb�e ?

J'ai d� la porter jusqu'� la voiture, puis jusqu'� chez elle.

On va la garder en observation jusqu'� demain.

Elle est tr�s d�shydrat�e.

Une seule personne peut rester avec elle.

�scar.

�scar.

TROISI�ME PARTIE - L'ART NOUS SAUVERA

Bonjour. Excusez-moi.

Je vous pr�sente Doris Rodr�guez.

Si vous ne la connaissez pas, c'est la psychologue de l'�cole.

Bonjour.

Bonjour, monsieur.

Salut, les filles.

Bonjour.

D�sol�, on est en train de manger.

Comment va Yurlady ?

Tr�s mal. D�shydrat�e. Intoxiqu�e. Tr�s faible.

- Elle sue, elle vomit... - On est d�sol�s.

On n'�tait pas au courant.

Le professeur a fait �a en dehors de l'�tablissement et sans autorisation.

Ce n'�tait pas une activit� scolaire ?

Comment vous permettez que ce prof la fasse sortir de l'�cole ?

- En fait... - C'est aussi votre responsabilit�.

�a n'aurait pas d� se produire.

On est l� pour emp�cher ce genre de situation de se produire,

mais vous comprendrez que c'est difficile.

Et parfois, les choses �chappent � notre contr�le.

Pourrais-je parler � Yurlady

pour l'�valuer rapidement ?

On vient de la ramener de l'h�pital, elle dort.

Si vous aviez vu comment il l'a amen�e

et laiss�e devant la maison. Et il partait.

Si Karen et moi ne l'avions pas vu, il se serait enfui.

- Il l'a laiss�e l� ? - Oui.

� 2 heures du matin, et il est parti.

- Vous ne saviez pas qu'il l'avait emmen�e ? - Non.

Il venait gentiment, il apportait des courses,

et il lui achetait des choses,

pour la soutenir parce qu'elle �tait tr�s dou�e.

Ils l'ont m�me interview�e.

Mais toi... Pourquoi tu l'as laiss� entrer aussi ?

Je travaille toute la journ�e.

Je t'ai dit qu'il venait l'inviter � lire des po�mes � l'�cole.

Qu'elle n'aimait pas trop �a mais qu'elle n'osait pas dire non.

�a n'a rien � voir avec l'�cole.

On ne va pas raconter d'histoires. Il �tait tr�s gentil.

On avait confiance parce qu'il disait qu'il �tait professeur.

Mais en v�rit�, elle a des marques �tranges sur le corps,

et on se demande s'il lui a fait quelque chose.

Mais non.

Elle s'est saoul�e et il l'a ramen�e.

- Comment tu le sais ? - Connaissant Yurlady...

- Mais quelles marques ? - Des bleus dans le dos.

Salut, Yurlady.

Comment vas-tu ?

Tu veux t'asseoir ?

Tu te souviens de ce qui s'est pass� hier soir ?

Tu crois qu'�scar aurait pu te faire quelque chose ?

Comment peux-tu en �tre si s�re ? Tu le connais bien ?

Il t'a dit des choses

ou il s'est comport� de mani�re inappropri�e ?

Ou non ?

Il faut me prouver qu'il lui a rien fait.

J'ai l'impression qu'il essayait de la s�duire.

Quel professeur va chez une �l�ve, lui ach�te des choses,

puis la fait boire, et la laisse comme �a. Dans quel but ?

C'est tr�s grave, et en tant que m�re, on doit se m�fier.

Vous le connaissez ?

Vous pouvez me garantir que ce n'est pas un pervers ?

Qu'est-ce qui s'est pass� ?

Je t'avais pr�venu qu'il y avait des r�gles � respecter.

- Comment elle va ? - On ne te le dira pas.

- Elle va bien ? - Elle est perturb�e.

Elle ne se souvient de rien.

Les jeunes de l'�cole de po�sie

- confirmeront s'�tre tous saoul�s ? - Oui, bien s�r.

Sa m�re est tr�s en col�re contre nous et contre toi.

Elle parle de porter plainte.

Tu dois manifester tr�s clairement que tu as agi sans le consentement

et � l'insu de l'�tablissement.

Et on doit te relever de ton poste d'enseignant.

M. William, j'ai besoin de ce travail. Ma fille va entrer � l'universit�.

Il fallait y penser avant d'agir comme tu l'as fait.

- Non, �coute-moi. - Tu m'as laiss� seul.

Je t'ai dit d'attendre que �a passe.

Je suis all� chercher une chambre pour qu'elle puisse s'allonger.

Pas vrai ?

- Pourquoi tu m'as pas dit ? - Je sais pas,

- mais tu l'as emmen�e. - Et alors ?

Il fallait lui donner de l'eau, du bouillon...

Tout, sauf ce que tu as fait.

Tu les as fait boire.

Non. J'ai dit qu'ils pouvaient boire une coupe de champagne, pas plus.

Tu en avais la responsabilit�.

Alonso. Parlons avec les jeunes de l'�cole pour �claircir ce qui s'est pass�.

Ils sont en col�re contre toi. Tu leur as montr� ton cul.

Mon cul ?

Vous discutiez des trous noirs ou de je sais pas quoi.

Tu as baiss� ton pantalon et tu as dit : "Voyez ce trou noir."

- Non ! J'ai fait �a ? - Tu as foutu un bordel monstre.

Pourquoi tu l'as emmen�e comme �a ? Avec ta r�putation ?

Qu'avez-vous fait � ma s�ur ?

Qu'avez-vous fait � ma s�ur ?

Calme-toi, mon gar�on.

- Je veux savoir ce qui s'est pass�. - Rien.

Hier soir c'�tait l'ouverture de notre festival.

Elle a lu ses po�mes,

puis elle a commenc� � boire avec ses camarades.

Vous lui avez donn� de l'alcool ? Elle a 15 ans !

Je lui ai dit de pas boire.

Pourquoi vous l'avez laiss�e devant la maison comme �a ?

�a parait louche. �a parait tr�s suspect.

Et ces marques sur le corps ?

Non, je voulais juste l'aider � �crire ses po�mes.

L'aider ?

- Tu veux quoi ? - La v�rit�.

C'est la v�rit�. Tu veux de l'argent ?

� l'aide !

- Dis-moi ce que tu lui as fait ! - � l'aide !

� l'aide !

Dis-moi ce que tu lui as fait ! Enfoir�s !

Vous finirez tous en prison. Fils de pute !

- Tu l'as laiss�e ? Que lui as-tu fait ? - Rien.

Tu vas parler � ce type, n�gocier, lui offrir de l'argent si n�cessaire.

Tu l'as amen�e, c'est ta responsabilit�.

- Allons �claircir �a avec les jeunes. - �a n'a rien � voir avec nous.

Je tiens ce lieu � bout de bras et je ne vais pas te laisser tout d�truire.

�scar ! �scar !

Efra�n, laisse-moi leur parler.

- �scar, va-t'en - Je dois leur parler.

- Violeur ! - �a va s'arr�ter quand ?

- On se calme. - On ne se calmera pas. Misogyne,

- tu nous as montr� ton cul. - Je ne me rappelle pas.

Tu as un grain de beaut� tout poilu.

Je danse, je danse pour Yurlady, pour celles qui sont parties.

Je danse pour nous toutes, je danse parce que vous ne faites rien.

Vous nous tuez. Il y a de la violence.

Il y a de la violence !

�scar, va-t'en, s'il te pla�t.

L�chez-moi !

Non...

Qu'est-ce qui s'est pass� ?

William m'a appel�e.

Alors ?

Pas maintenant, Yolanda. Je ne veux pas en parler.

Cette fille veut de l'argent.

- Qu'est-ce que tu vas dire � Daniela ? - � propos de quoi ?

Daniela �tait ici avec maman quand William a appel�.

Tu lui as dit ?

- Elle a entendu. - Entendu quoi ?

�scar...

Les femmes sont mauvaises, je les connais.

Elle est tr�s en col�re et tr�s triste.

- Je vais lui expliquer. - Elle te conna�t. Tu ne changeras jamais.

J'ai chang�. C'est un malentendu.

On s'en fiche. Tu finis toujours par tout g�cher.

Daniela n'aime pas que ses amis la voient avec toi.

Elle est g�n�e qu'ils te voient ivre.

- C'est ma fille. - Et ?

- Je veux faire partie de sa vie. - Tu n'as jamais fait partie de sa vie.

Et elle ne veut pas te parler. Ne la fais pas souffrir, fous-lui la paix.

- Va vivre ta vie, �scar, laisse-nous. - Va-t'en !

- Daniela. - Va-t'en ! M'emmerde plus !

J'esp�re que tu mourras et que je te reverrai jamais !

Va-t'en, �scar !

Qu'est-ce que tu as dit � Daniela ?

Mais, William... �scar ne fait pas ce genre de choses.

Je ne dis pas qu'�scar lui a fait du mal.

C'est la famille de Yurlady.

Quel con !

Certains �l�ves disent qu'�scar enseignait ivre

et qu'il emmenait Yurlady chez lui.

C'est pas vrai ! Qui dit �a ?

- Certains �l�ves. - Ils mentent. Demandez � Yurlady.

Elle aussi semble douter de toi.

Les jeunes de la Maison de la Po�sie lui ont rendu visite

et lui ont dit que tu leur avais montr� tes parties intimes.

Yolanda, je vous appr�cie

mais c'�tait une erreur d'avoir accept� votre fr�re,

vu sa r�putation.

Je dois couper. Au revoir.

�scar, qu'est-ce que tu as fait ?

J'ai peut-�tre une r�putation d'ivrogne, de fou.

Mais j'ai agi pour le bien de Yurlady.

Je lui ai rien fait et Daniela doit le savoir.

Vous l'avez laiss�e boire de l'alcool,

participer � ces activit�s sans autorisation de sa m�re.

Vous �tes responsables aussi.

On a peut-�tre �t� trop permissifs avec cette histoire d'alcool,

mais il faut comprendre. Ils sont jeunes, ils faisaient la f�te.

Mais quand �scar a emmen� Yurlady � la Maison de la Po�sie,

on avait convenu que c'�tait lui qui en assumait la responsabilit�.

Je devais l'emmener et la ramener, rien de plus.

Je t'ai dit que je l'acceptais si tu en prenais la responsabilit�.

Et il �tait logique pour nous de supposer

qu'�scar avait l'autorisation de la famille et de l'�cole.

Vous m'avez dit de l'amener alors qu'elle ne voulait pas.

On oublie que le plus d�licat dans cette situation

est la mani�re dont tu l'as fait sortir de l'h�tel.

Elle �tait ivre, que pouvais-je faire ? Tu as vu.

J'ai vu quand tu l'as sortie de l'h�tel.

Et tu l'as laiss�e l� ?

Je n'aurais pas d� la laisser devant la maison. C'�tait une erreur.

- J'ai eu peur. - Pourquoi tu as eu peur ?

Tu l'as laiss�e parce que tu culpabilisais.

- On pourrait le penser. - Et les bleus ?

- J'ai d� la porter. - Le rapport m�dical dit...

"Des marques sans doute caus�es par des coups ou une compression".

�a ne dit pas que c'est parce que tu l'as port�e.

Je l'ai port�e comme �a.

Ce n'est pas n�cessaire... Que faites-vous ?

- Je vous montre. - Asseyez-vous.

Tu n'as aucun t�moin ni aucune preuve pour corroborer tes dires.

Qu'ils portent plainte, je m'en fiche. Je veux qu'on sache la v�rit�.

Notre institution a d�j� pris la mesure de te relever de ton poste.

Nous devons maintenant accompagner l'�l�ve et sa famille

aupr�s du parquet et du minist�re de l'�ducation.

On ne devrait m�me pas �tre ici. Ce bordel, c'est toi qui l'as cr��.

Mais on ne veut pas de probl�mes juridiques en plein festival de po�sie.

Les Hollandais peuvent retirer leur financement

si �a d�g�n�re avec toutes ces rumeurs.

La solution est tr�s simple.

Parle � la famille. Dis-leur ce qui s'est pass�.

Pr�sente-leur tes excuses. Convaincs-les de retirer leur plainte.

M'excuser serait admettre ma faute.

Je veux juste que ma fille sache que j'ai rien fait.

Si tu arrives � convaincre la famille, Yurlady pourrait parler � ta fille...

Excusez-nous.

Elle pourrait dire � ta fille qu'en effet, il ne s'est rien pass�.

Personne ne veut d'un proc�s.

- Tu as le plus � perdre. - Qu'ils portent plainte.

Pourquoi s'emb�ter avec des choses qui n'en valent pas la peine ?

�scar,

aide-nous.

Fais-le pour la Maison de la Po�sie.

Tu en fais partie. Tu veux que �a s'arr�te ?

Regarde ces filles de l'�cole de po�sie

avec leurs aisselles poilues, toutes en col�re. �a craint.

La po�sie n'est plus ce qu'elle �tait.

La po�sie �tait plus...

Je crois pas que la famille de la fille accepte de parler � �scar.

Salut !

- Votre grand-m�re est l� ? - Mamie !

Je n'arrive pas � croire que cet homme voulait juste l'aider � �crire des po�mes.

�coutez, messieurs.

On ne peut pas �tre s�rs qu'il lui a fait quelque chose.

Mais en droit colombien, il y a un principe qui s'appelle

"au-del� de tout doute raisonnable".

Qu'est-ce que �a signifie ?

Que sur la base des preuves existantes,

il peut y avoir une "certitude" qu'il lui a fait quelque chose.

- Vous comprenez ? - Merci beaucoup.

Madame.

Nous vous comprenons...

parfaitement.

Nous comprenons que vous soyez en col�re. Je le serais aussi.

Mais je peux vous garantir une chose.

Nous recherchons toujours, � travers la po�sie,

� promouvoir le bien-�tre des jeunes comme votre fille.

C'est ce que la po�sie repr�sente pour nous.

Et ce qui s'est pass� n'est pas de la po�sie.

�a ne repr�sente pas cette merveilleuse expression

dont votre fille est une digne repr�sentante.

Nous avons vu du talent en elle, et nous avons voulu la soutenir.

�coutez-le.

Laissez �scar vous expliquer ce qui s'est pass�.

�scar !

Non. Non, je ne vois pas de sinc�rit� dans ses yeux.

�scar, raconte tout. Fais un effort.

Madame...

C'est la v�rit�.

Yurlady, tu le sais.

Non, elle ne sait pas.

Elle ne sait pas qui vous �tes. Elle ne vous conna�t pas assez.

Et vous ne la connaissez pas non plus.

Madame, ma fille est tr�s en col�re contre moi. J'ai besoin qu'elle sache.

Ce que votre fille sait d�j�, c'est que vous �tes un pervers.

Moi, vous ne m'avez pas convaincue du contraire.

- Mais maman... - Toi, tais-toi.

Tu es punie.

On conna�t �scar, on sait que c'est un probl�me ambulant.

Il est un peu con, maladroit, mauvais po�te.

Mais, comme l'a dit Ra�l G�mez Jattin,

les gens comme �scar ne font du mal qu'� eux-m�mes.

Tout ce que vous imaginez qu'il aurait pu faire � Yurlady,

c'est jamais arriv�.

Non, je ne vois pas de sinc�rit� dans ses yeux.

- �scar est pr�t � vous payer. - Comment �a ?

En compensation du d�sagr�ment que vous avez subi.

- Vous m'offrez de l'argent ? - Ne vous braquez pas.

On est peut-�tre pauvres, mais on a de la dignit�.

- Attends, combien ? - Comment, "combien" ?

- Un million. - Un million ?

Quel manque de respect.

C'est comme me demander de vendre ma fille.

- C'est tr�s grave. - Non, maman.

Viens discuter.

Yaneth, viens !

Qu'est-ce que tu fais ?

Je ne sais pas comment, mais tu me rembourseras tout.

Il y a un distributeur par ici ?

Oui, monsieur, au coin de la rue.

- Yaneth, r�fl�chis. - Pas besoin.

Cet homme est venu expliquer qu'il lui a rien fait.

Bloque pas l�-dessus. On a besoin de cet argent.

- Va-t'en, Yurlady. - Il m'a rien fait.

Un proc�s, c'est long et �a r�sout rien.

Pense � la petite.

- Elle a d�j� beaucoup souffert. - Oui, maman, j'ai d�j� assez souffert.

- C'est pas pour toi. - Pour nous tous.

La moiti� est � moi. C'est moi la victime !

Deux millions et c'est bon.

Impossible. �scar n'a pas plus.

Il y a des choses � prendre en consid�ration.

C'est le maximum.

Bon, �a va.

Mais encore une chose.

On a besoin d'une garantie que vous ne ferez rien apr�s �a.

On signe un document stipulant que tout est r�gl�.

Il serait plus appropri� de faire une vid�o.

- Comment ? - Une vid�o ?

O� Yurlady accepte toute la responsabilit� de ce qui s'est pass�,

que personne ne lui a rien fait, qu'elle s'est saoul�e toute seule,

et s'excuse pour tous les d�sagr�ments.

- S'excuser ? - Non, Efra�n...

- Pour montrer o� ? - Non, pas pour la montrer.

- C'est une garantie qui nous prot�ge. - Je ne crois pas que ce soit n�cessaire.

J'ai �crit � mon avocat, et il me l'a sugg�r�.

Ce sera un peu plus alors.

Non, impossible. On a que �a.

Moi, Yurlady Guerrero,

assure toute la responsabilit� de ce qui s'est pass�.

On ne m'a rien fait.

Personne ne m'a fait quoi que ce soit, � la soir�e du festival de po�sie.

Personne ne m'a fait quoi que ce soit, � la soir�e du festival de po�sie.

Je me suis enivr�e toute seule,

et je m'excuse pour les d�sagr�ments caus�s.

Et je souhaite bonne chance � Poes�a Viva et � son festival.

Et je souhaite bonne chance � Poes�a Viva et � son festival.

Parfait. Tu te souviens de tout ?

Efra�n, je ne crois pas �a n�cessaire. Donne-leur juste l'argent.

Et si vous �tiez avec elle sur la vid�o ?

Approchez, s'il vous pla�t. Oui, les enfants � l'arri�re.

Allez-y.

Edilson, toi aussi, s'il te pla�t.

Oui. Allez-y, s'il vous pla�t.

Rapprochez-vous pour �tre dans le cadre.

Pr�ts ?

- �a tourne. - Alonso, attends.

- Quoi ? - �scar, va-t'en.

Ce n'est pas n�cessaire.

On essaie de r�soudre le bordel que tu as caus�.

- Tu vois une autre solution ? - Pourquoi leur imposer �a ?

Tu empires ton cas.

Laisse-moi arranger les choses.

Tu ne voulais pas arranger les choses avec ta fille ?

- Pr�ts ? - Pr�ts. �a tourne.

Moi, Yurlady Guerrero,

assume toute la responsabilit� de ce qui s'est pass�.

Tu fais quoi ?

- Pousse-toi. - Donne-moi mon t�l�phone.

O� veux-tu en venir ?

- Donne-moi ce t�l�phone. - Ne filmez pas.

- Et l'argent ? - Pas de vid�o, pas d'argent.

- Donne-leur, je te le rendrai. - O� vas-tu trouver l'argent ?

- Je peux le faire. - Tu vois ? Elle veut le faire.

�a ne m'affecte en rien. Je m'en fiche de vous.

- Vous n'enregistrez rien. - Donne-moi le portable.

- Donne-le-moi. - Non.

- Donne-le-moi. - Non.

- Donne-le-moi. - Non.

On a presque fini.

- Donne. - Non.

Non !

On a presque fini.

Sortez !

Dehors !

- Pas de vid�o, pas d'argent. - Je m'en fous de ton argent ! Dehors !

Tu es le po�te le plus m�diocre que j'ai vu de toute ma vie.

Moi je souhaite que tu sois le plus grand po�te de ce pays

et que tu �crives de nombreux vers magnifiques.

Pardon.

QUATRI�ME PARTIE - UN PO�ME JOYEUX

� la lumi�re des �v�nements malheureux qui se sont r�cemment produits

au cours de notre festival de po�sie,

le Centre culturel Poes�a Viva pr�cise qu'il n'a aucun lien

avec le po�te �scar Restrepo.

Il ne sera invit� � aucun de nos �v�nements futurs.

Nous condamnons fermement tout comportement inappropri�

qui enfreindrait les valeurs et les principes de Poes�a Viva

en tant qu'espace s�r visant au bien-�tre de notre communaut�,

un lieu o� r�gnent l'amour, la tendresse et la po�sie

dans leur sens le plus fort.

Enfants de salauds.

- Je vais me suicider. - Commence pas avec �a.

J'en peux plus. J'ai tout rat�. Je renonce.

Je renonce � la po�sie, � la vie. Je renonce � tout.

- Je vais sauter par la fen�tre. - Saute ! Je te regarde.

Tu n'as m�me pas ce courage.

- Tu ne comprends pas. - Comme si je ne te connaissais pas.

Tu es compl�tement pr�visible. Tu vas te saouler, n'est-ce pas ?

Qu'ai-je fait pour m�riter autant de malheurs ?

Tu adores jouer les victimes. On dirait que �a te fait plaisir.

Tu n'es qu'un l�che qui n'a pas eu le courage d'affronter la vie.

C'est difficile pour tous. Personne n'est responsable de ce qui t'arrive.

C'est toi qui t'es charg� de tomber dans ce trou noir,

convaincu que tu es un po�te triste qui porte une fatalit� et une mal�diction.

R�veille-toi, sors de ce trou !

Tu n'as pas besoin de ces gens.

Ce ne sont pas tes amis.

Tu es peut-�tre un ivrogne,

mais noble.

Et tu m'as, moi.

Tu veux manger quelque chose ?

Merci, maman.

Salut Daniela.

Tu ne me connais pas.

J'�tais une �l�ve de ton p�re.

Tout d'abord, je voulais m'excuser d'avoir pris ton cahier.

Je le trouvais joli.

Et comme le mien �tait presque plein, j'ai pens� l'utiliser.

Pardon.

C'est l� que j'ai trouv� ton adresse.

Deuxi�mement, j'ai entendu dire que tu d�testais ton p�re

parce qu'on t'a dit qu'il m'avait fait quelque chose.

Il ne m'a rien fait. Il voulait m'aider.

Il voulait que je devienne une grande po�te,

mais c'�tait son r�ve, pas le mien.

Mais il m'a fait comprendre que je n'aime pas la po�sie,

ou du moins pas la po�sie telle qu'il me la montr�e.

J'aime juste �crire ce que je ressens. Et dessiner.

Mes r�ves sont plus simples.

Avoir une maison,

un travail,

aider ma m�re,

ma grand-m�re, mes fr�res et s�urs.

Des choses comme �a.

Je ne pense pas qu'il faille grand-chose pour vivre bien.

Ton papa m'a parl� de toi.

La relation distante que vous avez.

Je te comprends.

J'ai un p�re comme �a aussi.

Et ce n'est pas ta faute.

On doit porter le fardeau

d'avoir ces p�res pour le reste de notre vie.

La seule chose que je peux t'assurer,

c'est qu'il t'aime beaucoup

et qu'il essaie de changer.

J'esp�re vraiment qu'il y parviendra

et que cette lettre t'aidera � ne pas le d�tester.

Bon,

c'est tout.

Je te souhaite le meilleur dans ta vie.

� plus tard. Yurlady.

Salut.

- C'est celui de ton p�re ? - Oui.

Je pr�f�re l'autre.

Un jaune, qui �tait quelque part.

Tu as lu celui-l� ?

Non ? Voyons voir.

Lis ce po�me.

Ton p�re l'a �crit quand j'�tais enceinte de toi.

Ma belle petite fleur

Que j'ai plant�e dans le jardin

Je veux te prot�ger et t'aimer

Mais sans eau et sans terre J'ai peur de te g�cher

Cette petite fleur, c'est toi.

Salut.

Salut.

C'est chouette ici. Tu viens souvent ?

Parfois.

Ils ont Bukowski.

J'aime pas Bukowski.

Je ne te d�teste pas.

Et je ne veux pas que tu meures.

Mais je ne veux pas qu'on soit plus proches.

Je ne pense pas que �a me fasse du bien.

Honn�tement, je veux que les choses soient comme avant.

Parler de temps en temps

ou quand je vais rendre visite � Mamie.

Quand c'est strictement n�cessaire.

Tu sais ce que je pense ?

Tu es un bon po�te.

Mais je m'en fiche.

- Sois juste quelqu'un de bien. - J'ai essay�.

Ce n'est pas suffisant.

Tu veux quoi, que je t'aime ?

Tu ne peux pas avoir une chose si tu t'es pas battu pour elle.

- Je me bats, c'est pas facile. - Pas assez.

Fais-toi aider.

Prouve-moi que tu as chang�. Mais m'entra�ne pas avec toi.

Reviens me voir quand tu auras vraiment chang�.

D'accord.

Je comprends.

Je t'aime beaucoup.

Au revoir.

Yurlady...

J'esp�re ne pas te d�ranger avec ces mots.

Je te promets que ce seront les derniers.

Je veux te remercier pour la lettre que tu as �crite � ma fille.

Aujourd'hui, j'ai eu envie d'�crire un po�me.

Je n'avais pas fait �a depuis longtemps.

Je veux le partager avec toi.

Je voulais que ce soit un po�me moins triste.

Moins m�lancolique.

Comme les tiens.

Je ne sais pas si j'ai r�ussi,

mais j'ai �t� surpris qu'il me plaise.

�scar !

- Appelle les secours. - Qu'est-ce qui se passe ?

- Appelle les secours. - Qu'est-ce qui va pas ?

Le po�me que j'ai �crit dit ceci...

Me voici

Un homme

Dinosaure � l'ancienne

Porteur de griefs

M�ritant la condamnation

R�veur fragile

Mais ne perds pas encore la foi

En ce triste po�te

Qui essaie d'�crire

Un po�me joyeux

UN PO�TE

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