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Martine Deschamps.

Policiers sacrifiés, citoyens en danger !

- POLICIERS SACRIFIÉS, CITOYENS EN DANGER !

Claire Rouen.

- Citoyen, lĂšve-toi, la police a besoin de toi !

- CITOYEN, LÈVE-TOI, LA POLICE A BESOIN DE TOI !

Anthony Favreaux.

Klaxon

Police endeuillée, population en danger !

- POLICE ENDEUILLÉE, POPULATION EN DANGER !

Slimane Mayumbe.

Payés pour servir, pas payés pour mourir !

- PAYÉS POUR SERVIR, PAS PAYÉS POUR MOURIR !

- On est pas des numéros, on y laissera

plus notre peau !

Christian Bommeau.

Sans la police, pas de justice !

SANS LA POLICE,

PAS DE JUSTICE !

Sofiane El Hassan.

Corvéables à merci,

on a plus de vie de famille !

- CORVÉABLES À MERCI, ON A PLUS DE VIE DE FAMILLE !

ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE

LE JOUR DE GLOIRE EST ARRIVÉ

CONTRE NOUS DE LA TYRANNIE

L'ÉTENDARD SANGLANT

EST LEVÉ

L'ÉTENDARD SANGLANT EST LEVÉ

ENTENDEZ-VOUS DANS NOS CAMPAGNES

MUGIR CES FÉROCES SOLDATS

QUI VIENNENT JUSQUE DANS NOS BRAS

ÉGORGER NOS FILS ET NOS COMPAGNES

AUX ARMES CITOYENS

FORMEZ VOS BATAILLONS

On ouvre une porte.

- Bonjour, Lucie. - Bonjour.

- Asseyez-vous.

Je vous cache pas ma surprise.

Pas sûr que ce soit une bonne idée de reconduire votre activité.

Vous critiquez toujours

les pressions de la hiérarchie, le manque de moyens

et vous voulez prolonger ?

Je veux pas arrĂȘter.

J'aime mon métier, je suis en bonne santé.

Mmh.

Je veux pas remuer le couteau, mais votre santé,

elle nous préoccupe tous.

Ça fait presque 8 mois

que je suis sortie de l'HP.

Je vous ai transmis les avis médicaux.

Les contrÎles se passent bien, on a allégé mon traitement.

- Vous méritez de vous reposer aprÚs ces épreuves.

- Je veux pas m'arrĂȘter. Je veux continuer mon travail.

J'appréciais votre conjoint Slimane.

On a tous eu beaucoup de chagrin.

Mais aprÚs sa disparition, vous étiez dégoûtée de la police,

je me trompe ?

J'étais en colÚre, c'est vrai.

Vous n'auriez pas dĂ» lui confisquer son arme.

Cette décision a provoqué son suicide.

Il était anxieux, vous lui foutiez la pression.

- Je comprends pas. Vous voyez ce que vous dites ?

- Vous voulez rester dans la maison ? - J'ai pas d'autre famille.

Mon mari était policier, mon beau-frÚre l'est,

mes amis aussi, je peux pas refaire ma vie comme ça.

Ça va, Lucie.

Si vous voulez rester dans le service,

je peux pas m'y opposer.

Avec le grade de technicien-chef, vous exercerez encore longtemps.

Y a pas de faute professionnelle.

Les médecins vous disent apte. Votre prolongation sera validée.

C'est une procédure habituelle.

C'est bon pour moi.

- Ça faisait un an que Slimane avait mis fin à ses jours.

Son frĂšre voulait que je vienne vivre dans sa maison avec sa famille.

Je préférais rester ici.

J'avais beaucoup de chance.

Slimane reposait à cÎté de chez moi.

C'était facile pour lui de me rejoindre la nuit.

Des cloches sonnent.

Montre-moi oĂč tu habites et je t'emmĂšne.

Tu viens ?

- Tu as quel Ăąge ? - 8 ans.

Et tu sors souvent comme ça ?

- Toute seule ? - Des fois.

C'est lĂ  que j'habite.

Aboiements au loin

On est voisins, alors.

Sonnette

C'est pas possible. Yann !

T'Ă©tais oĂč ?

Je t'ai dit de plus sortir seule. Allez, rentre.

Pourquoi tu m'écoutes pas ? Je te parle ! Pourquoi ?

Elle est encore sortie seule !

T'Ă©tais passĂ©e oĂč, ma panthĂšre ?

- Non, mais... - La punition !

- Tu te fous de moi ? - La punition !

- La punition ! - Tu te fous de ma gueule ?

Si elle se fait kidnapper, tu vas rigoler ?

Ça me fait pas rire !

ArrĂȘte, Yann, s'te plaĂźt. ArrĂȘte.

C'est quoi ton délire ?

Il fait mine d'aboyer.

On rÚgle ça tout à l'heure.

Merci, madame !

Et vraiment désolé.

- Désolée, faut la surveiller, elle s'échappe tout le temps.

- Je vous laisse en famille. Et bonne soirée.

À vous aussi.

Ça me fait pas rire !

- J'avais vécu en pavillon toute ma vie.

J'avais pas couru dans les champs ou traßné en ville.

Dans les quartiers pavillonnaires, y avait rien Ă  voir.

On entendait parfois des chiens aboyer.

C'était l'absence.

L'absence d'espaces publics oĂč quelque chose se passe,

en bien ou en mal, mais quelque chose de vivant.

Musique douce Aboiements au loin

- Sonnette - Bonjour.

- Bonjour. - Je vous dérange pas ?

Non, pas du tout.

- Je voulais vous remercier pour hier soir.

- Ça vient du supermarchĂ©. - C'est gentil, merci.

- C'est normal. - Un café ?

- Entrez. - Merci.

J'enlĂšve mes chaussures ?

- Non, pas la peine. - Vous ĂȘtes sĂ»re ?

Certaine.

Elles sont belles.

VoilĂ .

Vous savez, Rose est un peu perdue.

On vient d'arriver, faut qu'elle s'adapte.

Bien sûr, c'est normal.

Merci.

- Les anciens locataires sont partis dans un EPHAD.

- La maison est restée vide un an. - Ah oui ?

- Ça fait du bien d'avoir des nouveaux voisins.

- On déménage souvent, mais là, j'aimerais qu'on se pose.

C'est mon rĂȘve d'avoir un jardin. Le vĂŽtre est nickel.

Je vous prĂȘterai mes outils.

Mais dans les parages, pour les jeunes, pour l'animation...

- Ah oui ? - C'est zéro.

- Mmh. Elle rit.

On s'invitera Ă  dĂźner.

VoilĂ .

- Nous, on est casaniers, on sort pas trop.

DĂšs que la petite dort, je dors.

Je cherche pas Ă  comprendre.

Rires

Musique préoccupante

- Les médecins m'ont dit de faire du sport,

de marcher, de courir.

Ils craignaient une rechute.

Mais je me sentais bien dans ma vie tranquille.

- Musique rythmée - On monte. Dynamique.

Le poing devant ! Devant !

LĂ , on serre bien les abdos.

Attention, biceps. On rassemble.

On fléchit.

On fléchit. Et des grands.

Hop ! Allez !

T'es nouée de partout, incroyable.

C'est le stress.

À cause de la famille ?

- Déléguée syndicale, pour eux, c'est l'horreur.

Ils ont peur que je les voie plus.

C'est sûr que ça va changer

- ta vie. - Mmh.

- AĂŻe ! - Ouh...

- Ce que t'es douillette. - AĂŻe...

- Nous aussi on se verra moins. T'auras plein d'obligations.

- Tu vas pas t'y mettre ? Je me présenterai pas, c'est tout.

- T'as tort. - ArrĂȘte, Lucie.

Parlons d'autre chose.

- Tu te sens pas trop seule ? - Non, je suis pas seule.

Je vis avec Slimane.

Il est toujours Ă  mes cĂŽtĂ©s mĂȘme si personne le voit.

Musique troublante

Notes de piano

Musique troublante

Rires

Musique rap

Papa !

C'est trop fort, la musique.

Pardon, chérie. Pardon.

Il baisse la musique.

- Ça va ? - Ouais.

- Pas trop dur, les soustractions ? - Non, ça va.

Musique troublante

- Mettez-vous lĂ . On va vous mesurer.

Asseyez-vous lĂ .

De profil. Debout.

Les cheveux derriĂšre l'oreille.

Debout.

Vous en avez déjà une série !

On se calme.

Bonjour, Rose. T'es bien chic.

- Bonjour, madame. - Non, pas madame. Lucie.

- Ça va ? - Ça va ?

Vous faites quoi Ă  cet arrĂȘt de bus ?

- On va en centre-ville.

Je suis pas trop mal maquillée ? J'ai pas l'habitude.

- C'est mieux. - Merci.

- On va au vernissage de papa. Tu viens ?

- T'as du rouge Ă  lĂšvres ? - Oui.

- Tu aimes les dessins ? - Bon, Rose,

Lucie a autre chose Ă  faire.

D'habitude, elle parle Ă  personne.

Allez, viens avec nous.

- J'ai fini mon travail, je veux bien vous accompagner.

Papa, il veut pas venir.

Ça suffit, Rose. ArrĂȘte.

Maman, j'aime pas quand elle pleure.

- Vous avez pas un mouchoir ? - Oui.

Merci.

Tiens.

- Yann veut pas venir Ă  l'expo. C'est son expo. Il sera pas lĂ .

Il fout sa carriĂšre en l'air.

Il est immature, irresponsable, c'est pas possible.

Pardon de vous dire ça, c'est pas vos oignons.

Non, vous excusez pas.

Rose a raison. Venez avec nous.

D'accord.

- J'ai pas l'air gourdasse avec la robe et les talons ?

Pas du tout.

J'ai pas l'habitude avec le scooter.

Vous ĂȘtes parfaite.

- C'est joli, cette robe. - Merci.

- On y va ? - Ouais.

On y va, Rose ?

Allez, viens.

Quoi ?

Mets la ceinture.

- Elle est belle, ta maman, lĂ . - Oui.

Et lĂ , c'est toi !

- Y en a plein de moi. - Ouais !

Il vous peint beaucoup, ta maman et toi.

Et lĂ , c'est lui.

Il est beau sur ce dessin.

C'est un autoportrait.

Ces dessins, tu les connais ?

Non, je les ai jamais vus.

Toi, tu connais l'Afrique ?

Oui.

S'il vous plaĂźt !

S'il vous plaĂźt. Bonsoir.

BONSOIR.

- Merci infiniment de soutenir notre jeune artiste Yann Durieux

par votre présence.

Je suis ravie de vous faire découvrir ses derniers portraits et paysages.

Malheureusement, Yann ne peut pas ĂȘtre parmi nous.

Mais c'est pas pour autant

qu'il pense pas Ă  vous qui aimez son travail.

Sa compagne va vous lire un mot qu'il a écrit à votre intention.

Merci, Odette. Bonsoir.

Applaudissements Merci d'ĂȘtre lĂ .

Euh, alors...

"Je viens d'un milieu modeste.

"PĂšre chauffeur routier et mĂšre infirmiĂšre.

"J'ai commencé en graffant sur les trains

"et dans les entrepĂŽts Ă  14 ans.

"C'était déjà la guerre avec les flics et les maßtres-chiens.

"AprÚs, j'ai été étudiant aux Beaux-Arts à Toulouse.

"Et je me suis rendu compte des limites de l'art.

"J'ai toujours eu conscience des injustices sociales.

"Je suis un activiste et..."

Euh...

Nous savons que Yann est trÚs engagé, mais ce qui nous intéresse,

c'est quand mĂȘme la beautĂ© de ses dessins.

Nous ne le suivrons pas sur ce terrain.

Si vous avez des questions Ă  poser Ă  Julia,

elle connaĂźt notre artiste comme personne

et elle vous éclairera sur sa démarche, merci.

Applaudissements

- Bonsoir. - Bonsoir.

Vous pouvez vous servir.

Musique préoccupante

Lucie ?

- Salut. - Salut. Ça va ?

Ça va.

- Julia m'a dit de vous remercier pour hier soir

et que vous aimiez mon travail.

Quel dessin vous préférez ?

Euh, l'autoportrait.

Mais j'y connais rien.

- Il est parti tout de suite. 800 euros.

- 800 euros, c'est bien, non ? - Ouais, c'est bien.

Enfin, la galerie prend 50%.

Ah... Pourquoi vous ĂȘtes pas venu ?

- J'aime pas ces cocktails, cette clientĂšle.

J'en ai besoin pour gagner ma vie,

mais j'arrive pas Ă  faire des efforts.

- J'aime vos impressions d'Afrique. - Mmh.

C'est fini, ça, les voyages.

Ça va ĂȘtre dur pour l'inspiration, mais je peux plus voyager.

Pourquoi ?

Vous devenez indiscrĂšte.

- Excusez-moi. Léger rire

- J'ai pas le droit de quitter le département.

C'est chiant.

Comme vous dites.

C'est chiant.

Et vous ?

Vous faites quoi comme travail ? Julia a pas su me dire.

Euh, fonctionnaire.

De quoi ?

- ConseillĂšre... technique de service social.

C'est moins glorieux

- qu'artiste. - Artiste...

Faut pas se faire d'idées.

Je sais pas trop ce qui m'attend.

Je vais dessiner ce que j'ai sous les yeux, le ciel,

le feuillage, vous.

Je peux faire votre portrait.

- Vous me connaissez pas. Je suis pas intéressante.

Tout le monde est intéressant.

Euh...

Non, mais je fumerais bien un joint.

Tenez.

- On avait pris l'habitude de dĂźner ensemble.

Je faisais la cuisine.

On se retrouvait chez eux pour que Rose dorme tĂŽt.

- Une croisiĂšre en paquebot sur les traces du voyage d'Ulysse.

Mais je peux pas cumuler les salaires.

L'Éducation nationale

- paye pas, bosse au black. - Je veux pas d'embrouille.

Je refuse. Pas le choix.

Et toi, Lucie ?

Tu fais quoi pour Noël ?

Moi, Noël, j'ai pas de projet.

Je suis bien ici.

T'aimes pas voyager ?

- J'ai beaucoup voyagé avec mon compagnon.

- Vous ĂȘtes sĂ©parĂ©s ? - Mmh !

De quoi je me mĂȘle ?

Elle a le droit, c'est pas tabou.

On se voit moins, mais on s'aime toujours autant.

Nous, Odette nous a proposé

d'aller dans sa maison des AlbĂšres, mais ça m'embĂȘte,

car Yann vient pas avec nous.

Vous avez besoin de prendre l'air.

- Tu peux venir, c'est qu'Ă  20 kilomĂštres.

- Insiste pas, on en a déjà parlé, mmh ?

Tu vas nous manquer pour Noël.

Vous aussi vous allez me manquer.

J'ai besoin d'ĂȘtre seul.

J'espĂšre que tu changeras d'avis.

- J'accompagnais souvent Rose pour qu'elle rencontre des enfants,

mais ça ne semblait pas l'intéresser.

T'étais rapide et ta pirouette

à la fin était superbe.

Tu t'es bien tenu, c'est trĂšs bien. Tu peux retourner aux vestiaires.

Rose, c'est Ă  toi.

Hop, lĂ .

Tiens bien ta tĂȘte.

C'est parti !

Musique rythmée

J'aime cette musique.

C'est africain.

- À Perpignan, j'avais un piano, c'Ă©tait trop bien.

J'en ai un Ă  la maison si tu veux.

Tu tombes souvent. Tu te fais pas mal ?

- J'ai l'habitude. Ça fait des bleus. Maman me masse avec de la crùme.

Elle m'a demandĂ© si je voulais arrĂȘter,

je lui ai dit que non.

Faut ĂȘtre costaud. T'es pas d'accord ?

Si.

T'en fais une tĂȘte.

Je voulais te voir.

C'est si grave que ça ?

Tu connais un Yann Durieux ?

- Oui, c'est mon nouveau voisin. Il s'est installé avec sa famille.

Tu sais quoi sur lui ?

Qu'il sort pas beaucoup.

Serge, c'est la RG qui m'auditionne

ou mon beau-frĂšre qui veut manger un morceau ?

- Les deux. - Et alors ?

- On t'a vu accompagner sa fille Ă  la patinoire.

Et puis quoi encore ? Il est assigné à résidence.

- Il pointe 2 fois par semaine. - ArrĂȘte, Serge !

Je fréquente qui je veux. C'est pas un pestiféré.

- C'est un anti-flics. En mode ACAB.

- Mais qu'est-ce que tu veux ?

- Juste te mettre en garde. Il sait que t'es de la police ?

Bien sûr que non !

Tu joues avec le feu, Lucie.

Comment tu peux t'intéresser à un type pareil ?

C'est mon voisin.

"C'est mon voisin..."

Oublie ton voisin. Oublie-le, c'est tout.

- Gare-toi lĂ .

C'est pas n'importe qui.

C'est un artiste.

- Qu'est-ce que ça change ?

C'est une question de déontologie.

Ou tu prends tes distances,

ou tu préviens ton supérieur et tu le tiens au courant.

Tu es super bien placée pour nous aider.

Super bien placée pour vous aider ?

Tu fais quoi ?

J'ai plus faim.

Le prends pas comme ça !

Lucie !

Lucie !

Lucie !

"Puis muettes..."

"Puis muettes."

"PrĂȘtant l'oreille."

(DĂ©tachant les syllabes) "PrĂȘtant l'oreille..."

"Au conte..."

Je reviens dans une heure.

Tu l'embĂȘtes pas.

Tu lui poses pas des questions idiotes.

Merci de vous occuper de ce monstre.

Tu peux me dire "tu".

Tu.

À tout à l'heure.

- Il est pénible à me parler comme ça. Elle rit.

- Tu dis toujours "pénible", comme ta mÚre.

Allez, on continue.

- Comment on fait pour prĂȘter son oreille ?

Ça veut dire Ă©couter avec attention.

"PrĂȘtant l'oreille...

"au conte...

"de l'enfant...

"rĂȘveur."

Vrombissement d'un moteur

C'est maman !

On ouvre une porte.

- Ça va mon cƓur ? - Oui !

- T'as bien mangé à midi ? C'était bon ?

Oui, c'était un poulet et du riz.

Tu vas jouer ?

- Salut. - Salut.

Tu travailles pas aujourd'hui ?

- J'avais des heures à récupérer. J'ai remplacé Yann.

- C'est gentil. - Il m'a dit que tu rentrais pas

avant 19h.

Il est dans la lune.

Ça fait 2 semaines qu'on a dĂ©posĂ© un prĂ©avis de grĂšve

pour cet aprĂšm.

Ils veulent supprimer une classe alors qu'on est 35 par cours.

- 35 ? C'est beaucoup. - C'est trop.

On essaye de mobiliser les parents,

de les mettre de notre cÎté, mais bon...

Ils nous reprochent d'ĂȘtre des gauchistes fainĂ©ants.

Pas de communication. C'est le bordel.

Mmh.

Regarde comment il m'a étendu ça.

N'importe quoi.

- C'est bientÎt les vacances, tu vas décompresser.

J'aime pas les fins d'années.

Je me fais des bilans,

je me demande si j'étais une bonne prof.

C'est pas possible d'autant douter.

J'ai peur de pas ĂȘtre Ă  la hauteur.

Je trouve que t'es trĂšs forte.

Comment tu sais ? Tu me connais pas.

- Tu t'occupes de tout. Tu fais tout tenir.

Viens.

J'ai pas eu le temps de déjeuner.

- Tu veux un truc ? - Non, merci.

- Boire quelque chose ? - Non.

- Je veux le meilleur pour mes élÚves, mais ils sont trop.

Et dans tout ça, c'est Rose qui trinque.

- J'aimerais ĂȘtre lĂ  plus souvent. - Mmh.

- Tout ça à corriger ? - Ouais.

35 pour ce soir.

Le reste, ça attendra.

- Pourquoi vous voulez pas qu'elle aille à l'école ?

C'est son pĂšre qui veut pas.

J'ai fait un gĂąteau.

- C'est gentil. - Pour le goûter de Rose.

C'est gentil, merci.

T'as les couverts lĂ -bas.

Un pÚre dans le viseur des flics, ça la fout mal.

Il a peur qu'elle se fasse harceler, c'était limite l'an dernier.

Vous Ă©tiez oĂč l'annĂ©e derniĂšre ?

À Perpignan.

Dans le centre. Mais le loyer était trop cher.

- Des amis, elle en a pas ? Ça compte, quand mĂȘme.

- Tu sais, pour les parents d'élÚves, Yann est un mauvais exemple.

- Un mauvais exemple ? - Mmh.

Rose ? Rose, c'est l'heure du goûter !

On va se régaler !

Léger rire

- Je voulais pas interroger Julia sur le passé de Yann.

Je préférais en savoir le moins possible.

- La police vit un malaise sans précédent.

Nos collÚgues ont perdu le sens du métier.

Ce qui y a de pire, c'est de pas savoir Ă  quoi on sert.

Notre job syndical,

c'est de le dénoncer, et pour ça, faut se battre sur tous les fronts.

En interne, on doit faire des tracts, qu'on demande des audiences

chez les chefs de service, les directeurs, les préfets.

Qu'on demande des cellules de veille.

Ils pourront pas dire qu'ils savaient pas.

Faut aussi le faire en externe.

Nos concitoyens doivent savoir.

Prenez contact avec les élus, les députés, les sénateurs.

Reprenez contact avec les journalistes.

Les médias, c'est une tribune.

- Non, attends ! Les médias espÚrent juste la bavure.

On nous fait passer pour des brutes racistes.

On doit redescendre dans la rue.

Les manifestants peuvent pas ĂȘtre du mĂȘme cĂŽtĂ©.

On est déconsidérés.

On est pas des barbares, des sadiques.

On a la république chevillée au corps et on la défend.

- Si on doit descendre dans la rue pour se faire entendre,

on partira en manif.

Mais en responsabilité.

J'ai décidé de me présenter.

À cause de Slimane.

Personne ne s'est interrogé

sur son suicide.

Personne ne s'est interrogĂ©. À part Lucie, Ă©videmment.

C'est le silence de notre hiérarchie sur les flics vulnérables

que je veux mettre Ă  l'ordre du jour.

C'est la 1re cause de mortalité des gardiens de la paix.

Quoi qu'en disent certains politiques et syndicats qui s'offusquent

des refus d'obtempérer,

le 1er danger d'un policier quand il rentre en école de police,

c'est le suicide.

Quand le ministre en parle,

c'est pour dire que c'est dĂ» Ă  des problĂšmes personnels,

jamais professionnels.

Jamais Ă  l'ambiance dans les services.

C'est vrai, Lucie, non ?

C'est vrai que Slimane disait

ne connaßtre aucun agent épanoui dans son travail.

Pourtant, il se plaignait jamais.

Musique classique

Merci, Rose.

Applaudissements Vous pouvez applaudir Rose Durieux

pour cette prestation, bravo !

- Rose rĂȘvait de devenir patineuse artistique.

Elle commençait

Ă  gagner des concours.

On l'acclamait pour qu'elle triomphe Ă  l'applaudimĂštre.

- Bravo, mon bébé ! - Bravo, ma fille !

BRAVO !

Bravo !

Bravo, Rose !

C'est incroyable. Bravo !

Ouh... Oh, non !

- Oh, c'est pas vrai... - C'est parti !

- Vas-y, Rose !

Elle y va !

- Allez, aide-moi. - Vas-y, maman !

- Tu aimes bien ? - Ouais.

Ya !

Oh, oh, oh...

La barre s'est pas relevée !

Allez ! Bien !

- Oh ! - Presque !

À gauche, hein.

OUAIS !

Rires

Je les voyais tous les jours.

J'avais pris tous mes congés d'un coup.

J'oubliais le travail monotone du commissariat,

on s'amusait, j'aimais leur fantaisie.

Je retrouvais

le goût des vacances, la mémoire du bonheur.

Avec la petite coupe.

Vous ĂȘtes belles !

J'en fais une. Un, deux, trois.

J'en ai fait trois.

- Merci. - Un selfie.

Ouh !

Musique classique

Ça va ?

- On va chez Odette. On te dit au revoir.

- C'est le grand jour. - Ça y est.

Yann est en panne d'inspiration.

Je préfÚre prendre le large au lieu d'insister pour qu'il vienne.

Je comprends.

Tu viendras nous voir ?

Je suis pas invitée.

Si, tu viens quand tu veux.

- Je peux jouer du piano ? - Bien sûr.

Y en a pas chez Odette.

- Vous ĂȘtes pas pressĂ©es ? - 5 minutes.

Entrez.

Je déteste rouler sous la pluie.

Notes de piano

Tu peux me rendre un service ?

Je peux te laisser un double de clés ?

Pourquoi ?

- Pour passer voir Yann de temps en temps.

Bah, il a des amis, non ?

Ses amis sont souvent planqués.

C'est des gens Ă  histoire, on peut pas compter sur eux.

Vous avez des parents.

On a plus de contacts avec eux.

Ils veulent plus entendre parler de nous.

Yann dit qu'il s'en fout, mais c'est pas vrai.

Ça me rendrait service.

D'accord, je passerai le voir.

Merci.

Tu dis rien, hein ?

Notes de piano Rose, on y va !

T'es capable de jouer toute la journée.

Allez !

Allez.

Qu'est-ce que tu fais ? Rose ?

- Il est beau ce parapluie. Tu me le prĂȘtes ?

Je te le rendrai Ă  la fin des vacances.

- Je sais pas ce qu'elle a avec les parapluies.

Je te le donne.

- C'est vrai ? - Oui.

Musique préoccupante

C'est trop bon, c'est quoi ?

- Crumble de bar, poireaux et chĂšvre frais.

- T'as pas perdu la main, tatie. Elle s'esclaffe.

Pas tatie ! Je déteste ça.

Je sais.

En tout cas, je me régale.

- À ton Ăąge, je voulais ĂȘtre cuisiniĂšre.

Et toi, au fait ?

Pour un métier ?

Mmh ?

- Déjà, je ferai pas flic, c'est sûr. Elle rit.

AprĂšs, je sais pas.

Merci.

Comment va ton pĂšre ?

Bah, écoute...

Il se plaint.

Il voudrait te voir plus souvent.

Léger rire

Il dit qu'on a un foyer et que tu refuses d'en faire partie.

On se voit tous les dimanches.

On se voit tous les deux.

Attends, regarde.

LĂ , c'est Slimane.

Ça, c'est papa.

Juste avant qu'ils débarquent en France.

- Je peux la garder ? - Mais bien sûr.

D'ailleurs, il veut faire un pot au commissariat.

Mmh.

- Ça va faire un an. - Mmh.

- Une sorte d'hommage. - Il fait ce qu'il veut.

Slimane était pas heureux dans son équipe.

À la maison, c'est tabou.

Il en parle pas de son frĂšre.

Ah non...

Tu te donnes un mal de chien mais toi tu bouffes pas.

J'aime te regarder manger.

Grincement

Yann ?

Julia m'a chargée de m'occuper du jardin.

Elle m'a filé un double.

Je te laisse gérer.

Et ton portrait, au fait ?

Quand est-ce qu'on commence ?

T'es libre ce week-end ?

Oui, je bouge pas.

Bah, super.

- T'es pas trop largué sans les filles ?

C'est mieux comme ça.

Elles doivent apprendre Ă  vivre sans moi.

Je suis sûre que Julia s'y prépare.

Tu les rejoins pour le réveillon ?

J'ai envie de passer du temps

avec des gens qu'ont les mĂȘmes idĂ©es que moi.

D'ailleurs, ça t'embĂȘte de m'emmener en bagnole ?

Puisque t'as rien Ă  faire.

C'est Ă  une heure d'ici.

C'est des amis que j'aime beaucoup.

Ça vaut le coup de les rencontrer.

Ça te dit ?

Je sais pas.

C'est pas loin.

Pourquoi tu m'as fait arrĂȘter ici ?

- C'est mieux à pied. La route est défoncée.

Julia les connaĂźt, tes amis ?

Léger rire

- Elle les aime pas, elle préfÚre pas les fréquenter.

Elle dit qu'elle veut pas finir comme ça.

Ça va ?

- C'est Yann ! - Et toi ?

Ça va. Ça fait plaisir.

Ouais.

- Je te présente Massoud. - Enchanté.

Bonjour. Massoud ?

Aux manifs, il s'habille en Afghan.

Rires

- Chloé ! - Je suis contente de te voir.

- Mon fils. - Moi aussi.

- Et ma mĂšre. - VoilĂ .

- Bonjour. - Bonjour.

- Lucie. - Bonjour.

- Salut. - Chloé.

- Timéo. - Salut.

- Ça va, mon grand ? - Ouais.

- On boit un coup ? - Avec plaisir.

- Sympa d'amener de la visite. - Ouais.

- Vous avez pas peur des chiens ? - Pas du tout.

- Ils sont sympas. - T'as encore cramé la bagnole.

Rires C'est pas possible !

- Bah si ! Tu vas peut-ĂȘtre l'aider.

C'est ça, mon champ de safran.

LĂ , ce qui ressemble Ă  de l'herbe, c'est les feuilles.

Les fleurs sortent mi-novembre.

On récolte tout. 3 semaines intenses.

C'est des grosses journées de 17 heures.

Parfois, on en laisse.

Faut les cueillir et enlever le pistil.

Vous les vendez comment ?

- Ah, bah restaurants, épiceries fines,

et puis aussi sur les marchés, un peu.

Vous habitez lĂ  tous ensemble ?

Ah, ouais, ça nous arrive.

LĂ , on voulait ĂȘtre ensemble pour les fĂȘtes.

Mon fils dort dans le camion avec le petit

et moi dans la caravane.

- Je fais quoi ? Je te regarde ? - Non.

Le regard, ça va.

Tu peux respirer, quand mĂȘme.

Léger rire

La pose est pas bonne.

Tu permets ?

Ouais, comme ça.

Ça va me vieillir, cette position.

- T'es complexée par ton ùge ? - Pas du tout.

Si j'avais dû poser nue, j'aurais refusé.

T'as fait de la prison ?

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Je te raconte ma vie ? - Pourquoi pas ?

Pas de problĂšme.

Gardes à vue à répétition, 2 mises en examen,

comparution immédiate et 6 mois de préventive.

Ton regard.

Merci.

J'ai commencé tard.

En 2016.

C'était les 1res manifs loi travail.

Je me suis fait agresser par la police trĂšs violemment.

Roué de coups alors que j'avais les mains en l'air.

Je savais pas ce qui m'arrivait.

Je savais pas pourquoi j'étais là.

Quand je suis rentré chez moi... Là, j'ai eu la rage.

Je me suis dit que j'allais...

retourner aux manifs et que je me laisserais pas faire.

- Pourquoi tu peux pas sortir du département ?

Je suis sous contrĂŽle judiciaire.

- Mais qu'est-ce que t'as fait, exactement ?

- J'ai tiré sur des CRS au mortier. Flagrant délit.

Y a eu des blessés ?

Zéro.

C'est moins précis que le LBD.

Mais on fait ce qu'on peut.

- T'es un casseur, en fait. - Ah, non.

Non, le casseur, il profite.

Il vient car il se dit qu'à une manif, y aura du désordre,

donc qu'il va pouvoir en profiter pour se défouler,

casser du flic, piller...

Non, le Black Bloc, c'est pas pareil.

On est des militants politiques avec un mode radical de manifestations,

mais on vise que les symboles du capitalisme.

Les symboles du capitalisme ?

Pour la population et les mĂ©dias, vous ĂȘtes des fous dangereux.

- Des délinquants trÚs violents. - Des délinquants ?

Tu veux qu'on parle de casse ?

Nos objectifs sont clairs.

Multinationales, banques, assureurs.

- On est pas là pour péter un abribus. - Ah bon ?

- Si on pĂšte un abribus, c'est que c'est JCDecaux qui les fabrique.

Un géant de la pub qui a des dispositifs anti-pauvres

pour pas qu'ils dorment dedans, c'est honteux !

- Tu trouves pas ? - Non, je trouve pas.

Toute cette insurrection, ce chaos, ça te pose aucun problÚme ?

Bien sûr que c'est problématique.

MĂȘme si je trouve que la violence qu'on utilise est lĂ©gitime...

J'en ai fait des cauchemars, le soir.

Ouais.

Parce que j'ai subi des violences,

mais aussi parce que j'en ai commis certaines.

Désolée, Yann, je meurs de froid.

- Ouais, je vois. Mais j'ai un chauffage.

Bon, allez, on s'y remet ?

Tu veux qu'on arrĂȘte ?

Je préfÚre.

C'est pas une bonne idée, ce portrait.

Léger soupir

Je veux pas te forcer.

J'ai besoin de réfléchir.

- On s'appelle, Yann ? - Ouais.

Musique préoccupante

- "Rose se balade avec ton parapluie, s'amuse avec le poney.

"L'air de la montagne lui fait du bien.

"On espĂšre ta visite, on t'embrasse. Julia et Rose."

Sonnerie de téléphone

Je voulais pas lui parler.

Je l'imaginais en noir, masqué et destructeur,

comme dans les images en boucle à la télé.

- Portes arrachées pour certaines, d'autres voient leur contenu vidé,

les dossiers brûlés.

Pour passer inaperçus,

certains n'hésitent pas à changer de tenue

pendant les manifestations.

- 2 tiers d'hommes, un tiers de femmes,

difficile d'avoir un profil type.

Ils ne se revendiquent ni de chefs ni de hiérarchie.

Sonnette Ils risquent 3 ans de prison

et 45 000 euros d'amende...

Salut.

Je te dérange ?

- Non, pas du tout. C'est ouvert.

Entre.

Tu veux manger quelque chose ?

Tu bouffes Ă  cette heure ?

Oui, comme les Suédois.

Et je me couche tĂŽt, comme les poules.

Dis donc, t'aimes bien les plantes.

Oui, y en a de trop.

Tu te nourris un peu ?

Ouais, ça va.

J'ai des Ɠufs, des pñtes...

Des conserves.

T'Ă©tais oĂč

en Afrique ?

Sénégal, Mali, Burkina, Congo.

C'est qui, lui ?

C'est Slimane, mon compagnon.

Il fait plus jeune que toi.

Il l'était, enfin, un peu.

Assieds-toi.

Mmh...

- C'est délicieux. - C'est du riz au poulet.

- Pourquoi tu réponds pas au téléphone ?

Tu sais,

le portrait, on peut laisser tomber.

On est pas forcés de se fréquenter.

T'habites ici, moi, à cÎté, c'est trÚs bien.

On vit pas dans le mĂȘme monde.

- On vit pas dans le mĂȘme monde, c'est vrai.

Peut-ĂȘtre qu'on pourrait faire des efforts pour y arriver.

- Comment ça, des efforts ? - Je sais pas, moi.

Je vais te donner un exemple.

Je voulais te le dire depuis le début.

Tu manques pas d'air.

Salut.

Yann !

Claquement de la porte

AllĂŽ, Julia ?

Oui, écoute, euh...

Je voulais te dire...

Sanglot

Ça va mieux ?

- Pourquoi tu m'as donné rendez-vous là ?

- La maison d'Odette, t'aurais jamais trouvé.

C'est plein de petites routes.

- Je suis vraiment désolée. - Pourquoi désolée ?

- J'aurais dĂ» vous en parler avant, c'est de ma faute.

- Quelle faute ? Je m'en fous que tu sois de la police.

T'as pas à te justifier. Ça change rien.

- Tu veux du thé ? - Non, merci.

- Ils le font trĂšs bien. - Non, merci.

- Tu préfÚres un alcool ? - Non, je conduis.

- C'est bien, cet endroit. - Mmh.

C'est banal, mais avec la déco de Noël, ça en jette.

- Je t'aime beaucoup, Julia. Et Rose aussi.

Je veux pas vous perdre.

- Nous aussi on t'aime beaucoup. Tu vas pas nous perdre.

C'est quoi ces idées ?

C'est pas Yann qui fait la loi Ă  la maison.

Je respecte son engagement, mais je le partage pas.

J'ai tout le temps peur quand il part faire ses manifs

Ă  Toulouse ou Ă  Montpellier, je panique.

J'ai essayé de comprendre, mais maintenant, j'y arrive plus.

Moi, c'est pour son idéalisme que je l'ai aimé.

C'est pour ça aussi que je veux le quitter.

Viens passer le week-end avec nous chez Odette.

- Ça te fera du bien. - Je suis de permanence.

Merci, Julia.

Merci.

- Pourquoi merci ? - Je sais pas.

Pour rien.

Musique préoccupante

T'as confiance en toi, t'as des idées.

- J'ai choisi ce métier pour les victimes.

Si je me présente pour défendre les collÚgues, c'est autre chose.

- J'en ai parlé autour de moi. Y en a beaucoup qui comptent sur toi.

- T'en veux encore ? - Ouais, avec plaisir.

C'est de la soupe

africaine aux arachides, tomates et cacahuĂštes.

- Faudrait qu'on sorte, ça fait longtemps.

Oui, on verra.

Tu dis ça à chaque fois.

Rires

Un véhicule approche.

- Qu'est-ce que tu fais lĂ  ?

Je t'attendais.

J'ai besoin de te parler.

- Mais t'as l'air bourré. - Euh...

J'ai fumé des joints. J'ai un peu bu aussi, ouais.

Viens.

- Tu te souviens de mon ami Massoud ?

Oui.

Ils l'ont arrĂȘtĂ©.

Sa mÚre a nettoyé la caravane en urgence

avant la perquisition.

Il a déposé du matos chez moi.

Pourquoi t'as accepté ?

- Il était dans tous ses états. Il m'a fait du chantage au suicide.

Faut que tu m'aides.

- Que veux-tu que je fasse ?

Soupir

Je pĂšte les plombs, lĂ  !

Je dois me débarrasser de ces merdes !

- C'est quoi comme matériel ? Des armes ?

Si on veut.

Les armes de ceux qui n'en ont pas.

- Fais pas chier, épargne-moi ta morale.

J'ai besoin de ta voiture.

- Je suis désolé... - Tu peux pas conduire, t'es défoncé !

- Mais... - Regarde-toi !

J'ai besoin de ta voiture.

Musique troublante

- J'ai pensé à Julia et à Rose. Et je n'ai plus pensé à rien.

T'as raison, faut virer tout ça.

Deux portiĂšres claquent.

Un moteur démarre.

Yann avait déjà oublié sa connerie. Il en parlait pas.

Comme si rien ne s'était passé.

- Tu manges pas ? - Non, ça va.

C'est pas assez bon pour toi ?

C'est vrai que ton riz avec du poulet frit...

Je m'en souviendrai. Rires

- Tu veux toujours rester seul pendant les fĂȘtes ?

Je m'en fous des fĂȘtes.

Mais Julia me manque vraiment.

- Et Rose, bien sûr. - Mmh.

- Je vais aller les retrouver chez Odette.

On part quand ?

- Vaut mieux que je vous laisse en famille.

Dis pas de conneries.

Tu fais partie de la famille.

Mais quand mĂȘme...

Comment t'as fait pour ĂȘtre flic ?

- J'ai commencé gardien de la paix à 24 ans.

J'ai fait police-secours Ă  Paris 3 ans

et je me suis occupée des sans-abris,

Gare du Nord et Gare de l'Est.

- Qu'est-ce que t'as retenu de ça ?

- Qu'ils étaient agressifs car ils avaient honte.

J'ai été mutée à Marseille. J'ai postulé pour entrer à la PJ.

Heureusement, j'ai rencontré Slimane.

J'ai aimé que lui.

- Le garçon que j'ai vu sur la photo ? - Ouais, mmh.

Il vivait avec les esprits.

Il Ă©tait visitĂ© par ses ancĂȘtres.

Il luttait pour pas les rejoindre.

Et finalement, il a voulu les retrouver.

Je vais te faire rire, mais des fois, il vient me parler.

Léger rire

Non, tu vois...

ça me fait pas rire.

C'était quoi la musique dans la voiture ?

Ça ?

Musique rythmée africaine

POLICE !

Police !

Elle ouvre une porte.

Musique douce

Ça m'Ă©tonne pas.

Il a jamais respecté l'interdiction de manifester.

S'ils l'ont arrĂȘtĂ©, c'est qu'ils ont des preuves ?

Avec les caméras de surveillance,

on peut les suivre le long du cortĂšge.

La police les reconnaßt grùce à des détails.

La marque des chaussures, les cordons de capuches.

Y a des agents spécialisés pour ça.

Ils épluchent des vidéos toute la journée.

- Je veux pas que Rose entende quand je parle de son pĂšre.

On va faire un tour.

J'en ai marre d'angoisser qu'il retourne en prison

et de devoir l'attendre encore 3, 6 mois.

C'est dur de l'expliquer Ă  Rose.

T'as vu ? Elle dessine comme son pĂšre.

Des gens derriĂšre les barreaux. On dirait des animaux au zoo.

- Rose a pas l'air perturbée. - Elle fait des petites fugues.

- C'est pas méchant. - C'est trÚs dangereux.

On sait pas sur qui elle peut tomber.

Elle a besoin d'un équilibre, d'une stabilité.

Je suis pas sûre de vouloir continuer cette vie avec Yann.

J'en ai marre.

C'est trop dans la douleur.

- Enfin, Julia, c'est idiot. Tu l'aimes.

C'est pas une raison.

J'ai renoncé à l'agrég car on avait besoin d'argent.

Je veux pas passer ma vie Ă  renoncer, me perdre dans un homme.

Je refuse ce destin.

On a changé d'époque, ça y est.

Musique douce

- J'aimais entendre Julia et la rassurer au téléphone.

Elle attendait chez Odette le retour de Yann.

L'avocat semblait optimiste.

Qu'allait dire Yann Ă  mes collĂšgues ?

Allait-il leur parler de moi ?

J'avais pas peur.

Slimane m'avait appris

à me dédoubler pour accepter la réalité

quand elle était trop dure.

Des cloches sonnent.

J'étais sûr que tu serais là.

Pourquoi tu réponds pas au téléphone ?

Des semaines que je t'ai pas vue.

Je tourne pas rond en ce moment.

- Viens passer quelques jours Ă  la maison.

- Oui, maman serait contente de te voir.

T'as besoin de te changer les idées.

Ça serait bien qu'on soit ensemble.

- C'est gentil de vous inquiéter pour moi.

Mais je préfÚre rester seule.

Je veux ĂȘtre enterrĂ©e ici.

Tu l'as déjà dit 36 fois.

Lucie rit.

Notes de piano

- On se parle plus beaucoup en ce moment.

J'ai pas envie qu'on se parle.

- Je m'en vais ? - Non, reste.

J'aime quand tu joues.

Je voulais ĂȘtre sĂ»r que ça va.

Oui, tu vois, ça va.

Merci pour ton invitation. Je passerai vous voir, promis.

Mais lĂ , j'ai besoin d'ĂȘtre seule.

- Tu m'offres pas un verre ? - Mais si, entre.

- C'est lĂ  qu'habite ton ami ? - Oui.

Je me suis attachée à lui, à sa femme et à sa petite fille.

J'ai l'impression de les connaĂźtre depuis toujours.

Tu crois pas qu'un fil invisible nous relie tous,

les vivants et les morts ?

C'est ce que disait Slimane.

- Je crois pas Ă  ces choses-lĂ , c'est des conneries.

Tu sais ce qu'il s'est passé pour ton ami ?

- C'est toi qui fais le suivi de Yann ?

On est plusieurs.

Tu peux m'en dire plus ?

La garde Ă  vue va se prolonger.

Vous l'avez identifié ?

Oui.

Il a fait la manif malgré l'interdiction.

Je devrais pas te le dire, mais on en est sûrs.

Musique troublante

SirĂšnes de police

Brouhaha d'une manifestation

Moteur d'un rideau électrique

Lucie ?

Faut que tu te lĂšves aujourd'hui.

Que tu manges un peu.

Faut que j'aille travailler.

Ça fait 2 jours qu'on m'attend au bureau.

Ça va.

Serge a prévenu ton chef.

On va te mettre en arrĂȘt maladie.

Je suis pas malade !

Je veux pas voir de médecin, j'en ai trop vu.

Je flotte dans ce truc, c'est Ă  qui ?

C'est Ă  Serge.

- C'est toi qui m'as déshabillée ? - Oui, bien sûr.

OĂč sont mes affaires ?

Lucie, tu tiens pas debout.

- Mais si ! Je veux pas qu'on s'occupe de moi !

Je veux reprendre ma vie.

C'est mieux si tu attends Serge.

Lucie !

Désolée, je peux pas te laisser partir.

Si, tu peux.

Sonnerie de téléphone

- AllĂŽ ? - Oui, Serge.

Elle veut partir. Je sais pas comment l'arrĂȘter.

- Passe-la-moi.

Tu fais quoi ?

- Écoute, Serge, je t'assure, je vais trùs bien,

c'est gentil mais je peux pas rester chez toi, enfermée.

Je me fais du souci pour toi.

J'ai essayé de t'aider.

On peut pas forcer les gens.

Fais ce que tu veux, Lucie.

Bips

Prends ta douche.

Je te prépare un café.

J'avais tout mon discernement.

Je voulais pas qu'on me prenne pour une folle.

J'étais responsable de mes actes,

mĂȘme si parfois, je les comprenais pas.

Musique préoccupante

- On frappe. - Entrez.

- Vous voulez me parler ? - Vous savez pourquoi ?

Non.

- Voici le capitaine Quillard de l'IGPN.

- Lucie Muller. - Bonjour, madame.

- Bonjour. - Asseyez-vous.

Bon, Lucie, j'aimerais comprendre

pourquoi M. Yann Durieux vous cite dans son procĂšs-verbal.

- Que dit-il ?

- Il dit avoir volé votre voiture pour se débarrasser

des armes incendiaires de son ami Régis Bertin.

Je suis pas au courant.

On va vous mettre au courant.

Régis Bertin surnommé Massoud est un casseur

bien connu de nos services.

On a interrogé sa mÚre.

Elle prétend vous connaßtre. Elle cultive du safran.

Elle dit avoir planqué du matériel dans le pavillon de Yann.

Et alors, j'en sais rien.

Bon.

On a rien trouvé.

Pas de bouteilles d'essence, de mortiers, rien.

Pouf ! Envolé.

Je vous le redis, Yann s'est servi de votre voiture

pour réaliser l'opération, il nous l'a dit.

Quelle opération ?

- Chercher et trouver une benne pour se débarrasser de son matos.

La poubelle du coin, ça suffisait pas.

Il avait besoin d'un moyen de transport.

C'est fort de café.

On vous vole votre voiture et vous vous en rendez pas compte.

Yann Durieux a pas le profil

d'un braqueur de voitures.

Scanner le code électronique, le mouse jacking, ça s'improvise pas.

C'est un travail de pro.

Ça suffit, lĂ . ArrĂȘtons.

Vous savez que c'est du pipeau. C'est un alibi pour vous protéger.

- Il a dĂ» vous donner une explication.

- Oui, je veux savoir si vous me donnez la mĂȘme.

On aimerait avoir votre version.

On va ouvrir une enquĂȘte.

On va vous interroger dans le bureau d'à cÎté.

Si vous persistez dans votre mensonge,

vous allez tout perdre et vous le savez.

- On a fait ça ensemble. J'étais avec lui.

Je vais rester 5 minutes avec elle.

Le capitaine ferme la porte.

Je savais que votre prolongation était une erreur,

mais lĂ , c'est de la folie.

J'ai juste voulu aider mon ami.

Le protéger de la police ?

Vous avez fait obstacle Ă  une instruction en cours.

- Je pensais que les armes étaient une menace.

Pour qui ?

Pour votre ami ou pour les forces de l'ordre ?

Vous défendez les ennemis de la police ?

C'est le monde Ă  l'envers.

Vous ĂȘtes complice de Yann Durieux

en dissimulant les preuves de sa culpabilité

et en faisant entrave à la manifestation de la vérité.

Vous savez ce que vous risquez ?

Je connais la loi.

Je vous raccompagne.

Musique préoccupante

Monsieur ?

- Mettez-vous lĂ , on va vous mesurer.

Asseyez-vous lĂ .

Levez-vous.

De profil.

De face.

- Des cicatrices ? - Non.

Tatouages ?

- Sers-moi plus fort, Slimane.

Je m'appelle Lucie Muller.

Je suis célibataire et sans enfant.

Ça fait un an que j'habite ici. Slimane ne vient plus me visiter.

Peut-ĂȘtre qu'il n'aime pas cet endroit.

Peut-ĂȘtre que c'est bon signe pour moi, je sais pas.

Je suis sous contrĂŽle judiciaire en attendant mon procĂšs.

Je dois respecter une mesure d'éloignement

Ă  l'encontre de mes anciens voisins.

J'ai été mise à pied sans solde. Je ne ferai pas de prison.

Musique douce

- Merci, au revoir. - Au revoir.

- Merci, bonne journée. - Au revoir.

- Au revoir. - Au revoir.

- Vas-y.

- Bonjour. - Bonjour.

- Bonjour. Il est pas trop tard ? On a pas réservé.

- À cette heure-ci, le service est fini.

Oh...

On meurt de faim.

- Je vais demander. - Merci.

- Merci. - C'est gentil.

Y a des nouveaux clients.

- Ah bon ? - Oui.

Il reste que le plat du jour.

Tu tiens ? Maintenant...

Doucement.

Doucement...

Demi-tour. Attention Ă  la tĂȘte.

- Je leur dis quoi ? - Tu leur dis oui.

- Ça sera du poulet frit avec du riz.

- Ah, super. Ça vous va ? - Ouais.

- Merci ! - Merci beaucoup.

Je peux aller jouer sur la plage ?

- Non. Mange. - J'ai pas faim.

- Normal, tu t'es bourrée de chocolats.

- Bon, d'accord, vas-y.

Mais, eh !

Tu t'éloignes pas trop !

- J'aurais aimé les serrer dans mes bras.

Je l'ai pas fait car mon cƓur s'est mis à battre trop fort.

J'avais pas le droit de les voir, de leur parler avant le jugement.

Musique douce

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