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Oui. Ressayez -vous.
Merci.
Je ne voudrais surtout pas que vous vous méprenez sur le sens de ma démarche.
En fait, il faut d 'abord que je vous explique qui je suis, d 'où je viens,
que vous compreniez bien ma situation.
Je ne suis pas d 'un milieu aisé.
Je suis orpheline de naissance.
J 'ai obtenu mon premier emploi à 15 ans, bonne, bonne à tout faire.
Je n 'avais aucune éducation, je ne savais pas lire, pas écrire.
Petite sauvageonne.
Et puis...
J 'ai fini par me retrouver chez Mme Croisy, à Marly.
C 'est elle qui vient de... Oui, c 'est elle.
Elle s 'était prise d 'affection pour moi.
Elle voulait que je l 'appelle Tante Joséphine.
Cette femme m 'a tout donné.
Son affection, un toit, une éducation, tout.
Tout ce dont je pouvais rêver.
Je suis devenue sa demoiselle de compagnie.
Quelles étaient exactement vos attributions ? Ce que je faisais de mes
vous voulez dire ? Ça dépendait. Les jours où nous restions à la maison, je
parcourais le journal, les magazines, je leur racontais ce qui pouvait l
'intéresser.
C 'était comme un rituel entre nous.
Sa façon de se tenir au courant de ce qui se passait dans le monde.
Et les jours où vous sortiez ? Je l 'accompagnais toujours.
Pas le jour.
Pas le jour où elle est morte.
Pardon.
Ah, commissaire.
Monsieur le juge. J 'ai oublié de dire que vous alliez incessamment recevoir la
visite d 'une demoiselle Ledru.
Mais elle est dans mon bureau.
Déjà.
Quoi qu 'elle vous dise, prenez toutes ses allégations avec une extrême
prudence.
Contentez -vous d 'écouter et surtout ne lui promettez rien.
Ah, il vous serait bien aimable de venir me voir dès que vous en aurez fini.
Un dernier conseil, ne vous laissez pas abuser par la comédie de la douleur.
Les jeunes femmes sont souvent très douées pour ça.
Je me sens terriblement maladroite, dites -moi.
Ma tante, enfin Mme Croisier, est soi -disant morte de mort naturelle vendredi
vers 5h dans l 'hôtel particulier de son neveu à Neuilly.
Je suis venue pour vous dire que c 'est faux.
Elle est morte à assassiné.
Qu 'est -ce qui vous fait dire ça ? Je le sais.
Je le sens, j 'en suis sûre.
Ça suffit pas.
C 'est elle qui me l 'a dit.
Mille fois, elle m 'a répété que s 'il lui arrivait quoi que ce soit chez son
neveu, je devais aller à la police et demander une enquête.
Elle vous disait ça ? Je vous assure.
Non, je vous crois.
Vous savez, les personnes d 'un certain âge ont parfois des lubies, des peurs,
souvent incontrôlées.
Pas elle.
Elle avait toute sa tête.
Et vous -même ? N 'êtes -vous pas un peu égaré par la douleur ?
Il est parfois difficile d 'accepter la séparation d 'un être proche.
On est tenté d 'essayer de se raccrocher à... Je vous en prie.
Mais puisque vous ne quittiez jamais votre tante, pourquoi ne l 'avez -vous
accompagnée à Nailly ce jour -là ? Philippe.
Son neveu.
Oui.
Philippe de Ligard.
Il m 'aime pas.
Quel âge, Sophie ? À quarantaine.
Profession ? Aucune, à ma connaissance.
Beaucoup d 'argent du côté de sa femme.
Mais il a absolument tout dilapidé.
Ils vivent pourtant toujours dans un hôtel particulier, à Neuilly, avec des
domestiques, valets de chambre, cuisinière, chauffeur.
Et votre tante connaissait la situation financière de son neveu ? Bien sûr.
Il est venu plusieurs fois à Marly, il a supplié de lui prêter de l 'argent.
Elle ne supportait pas ça.
Elle lui disait qu 'il en aurait bien assez quand elle serait morte.
Évidemment.
Aux abois, ne voulant pas renoncer à son fabuleux train de vie, M. de Lijard
décide d 'accélérer les choses et il tue votre tante.
C 'est bien ça ? Oui.
Parfois, les choses sont aussi simples que ça, oui.
Admettons.
Votre tante vous dit qu 'elle se méfie de ce qui peut lui arriver dans cette
maison, et pourtant, elle s 'y rend, seule, de son plein gré.
Mais elle avait une série de rendez -vous sur son dentiste.
Il est juste à côté de Noé.
C 'était plus simple de descendre sur son neveu.
Et vous, vous êtes restée à Marly, à cause de M.
de Ligard.
Jusqu 'au jour où... Jusqu 'au jour où j 'apprends dans le journal la mort de ma
tante, oui.
Dans le journal.
Ni Philippe ni sa femme ne se sont donné la peine de me prévenir.
Ça fait peut -être des goujats, mais ça ne fait pas automatiquement des
assassins.
Mademoiselle, je ne doute pas de la sincérité de vos convictions, mais vous
'avez aucune preuve de ce que vous avancez.
Mais c 'est précisément pour ça que je suis venue vous voir.
Si j 'avais des preuves, je ne vous demanderais pas d 'ouvrir une enquête.
Lucien.
Mademoiselle veut porter plainte.
Occupe -toi de sa déposition.
Oui.
Où pourra -t -on vous trouver ? Dans la journée, je passerai le plus clair de
mon temps à Neuilly.
C 'est là qu 'est érigée la chapelle ardente.
Mais, monsieur de Ligard ? Nous avons développé des dons étonnants dans l 'art
de nous éviter.
Et d 'ailleurs, cette Cécile Ledru est précisément le type d 'employé de maison
que toute famille respectable redoute par -dessus tout.
Vous leur prodiguez une once de bonté, et voilà qu 'ils réclament de s 'asseoir
à votre table.
Ils sont très habiles aussi quand il s 'agit de repérer le membre le plus
de la famille et de se cramponner à lui.
Par exemple, une vieille femme un peu sénile.
Vous verrez qu 'elle va bientôt réclamer sa part d 'héritage, à moins que ça ne
soit déjà fait.
Je ne sais pas.
Vous m 'aviez demandé de me contenter de l 'écouter.
Le meilleur moyen de savoir ce qu 'il y a sur ce testament, c 'est d 'en exiger
la lecture.
Avant les funérailles ? Vous perdez la tête, commissaire.
Ce sont des choses qui ne se font pas, et encore moins dans les bonnes
J 'ai besoin de vous rappeler que les deux Ligards sont une famille hautement
respectée. Vous les connaissez personnellement, monsieur le juge ? Lui,
connais pas du tout.
Quoique nous ayons sans doute dû nous creuser à Deauville, à l 'Opéra, quelque
part. Mon épouse, en revanche, connaît très bien la famille de sa femme.
Elle est d 'Argentcourt.
Elle est d 'Argentcourt.
Une famille des plus distinguées.
Absolument irréprochable.
Mais ils sont sûrement tous irréprochables, mais il va tout de même
je me rende chez eux et que je parle avec ce monsieur de Ligard.
Ne serait -ce que dans le cadre de l 'entête préliminaire.
La plus grande circonspection, maigret.
Sur des oeufs.
Je veux que vous marchiez sur des oeufs.
C 'est une maison en deuil que vous allez troubler sur la base d 'un ragot
porté par une domestique.
N 'oubliez jamais ça.
J 'essaierai de m 'en souvenir, monsieur le juge.
Je vais appeler de l 'Ijar pour l 'avertir de votre visite.
Et vous y tenez ? C 'est la moindre des politesses.
On débarque ou pas chez des gens comme ça.
Pas cinq minutes ? Non.
Mais que ça t 'empêche pas de me dire ce qui t 'amène.
De Ligard.
Ça te dit quelque chose, toi ? De Ligard, de Ligard.
Alors, ouais ? Je sais pas, mais... Bon, t 'as y insisté tellement pour que j 'y
mette pas le nez, alors... Eh ben, moi, c 'est pareil.
Bon, t 'es le nez qui l 'ouvre, ça me... Comme tu dis.
Tu me laisses le temps de fouiller un peu ? Ouais.
de l 'IJAR, s 'il vous plaît.
Tu dois j 'annoncer.
Commissaire Maigret, police judiciaire.
Je vais le prévenir, monsieur.
Justez, Victor.
Mon manteau.
Tout va bien, ma chérie. C 'est la procédure habituelle.
La police ? Ne vous inquiétez pas, je m 'occupe de tout.
Allez -vous allonger.
Vous devez être épuisé.
Comme vous pouvez le constater, commissaire, nous traversons une épreuve
douloureuse.
Nous serons mieux à mon cercle.
Si vous voulez bien vous donner la peine, c 'est à peine à atteindre un
Ce sera tout, monsieur ? Ce sera tout. Merci, Marc.
Comme je vous le disais, nous sommes profondément peinés par le comportement
Cécile.
J 'aimerais tant pouvoir mettre ça sur le compte du choc émotionnel que cette
pauvre jeune fille prétend avoir subi.
Oui. Mais je dois vous avouer que je ne suis pas pleinement convaincu. Je crains
fort que d 'autres paramètres n 'entrent en ligne de compte.
Ah bon ? Pour parler trivialement, mais par quoi a -t -on le quoi ?
Mlle Ledru s 'attendait à toucher une part de l 'héritage, une prétention
demeurant tout à fait recevable, si vous voulez mon avis.
Néanmoins, ma tante lui avait récemment signifié qu 'elle ne recevrait rien.
Je peux vous avouer que j 'ai trouvé cette décision un peu brutale et que j
'avais personnellement l 'intention, le jour venu, d 'offrir un petit quelque
chose à cette jeune fille, en guise de compensation, en quelque sorte.
Enfin, avant qu 'elle ne se répande en infâmes insinuations, cela va de soi.
Et que s 'est -il passé pour que Mlle Ledru perde les faveurs de votre tante ?
Ah, ça ! Écoutez, commissaire, je suis déjà assez peu à l 'aise avec toutes ces
histoires sordides.
Ne me demandez pas en plus de flétrir la réputation de Mlle Ledru.
L 'essentiel est que la mort de ma tante est survenue trop tôt, trop brutalement
pour Cécile, qui n 'a pas eu le temps de regagner ses faveurs.
Ça pourrait en partie expliquer son...
Votre tante est bien décédée chez vous, vendredi à 5 heures de l 'après -midi, n
'est -ce pas ? Absolument.
Je l 'ai su par ma femme, j 'étais personnellement absent.
La crise a eu lieu dans sa chambre ? Oui.
La Louis XV, c 'était sa préférée.
Et votre femme était là ? Oui.
Enfin, elle n 'était pas à l 'étage. Elle a entendu un cri et elle s 'est
précipitée.
Puis -je vous demander où vous vous trouviez, vous -même ? Excusez -moi,
commissaire, mais s 'agit -il d 'un interrogatoire ?
comme vous l 'avez si judicieusement fait remarquer à votre femme, la
habituelle. Je préfère ça.
Écoutez, j 'étais ici à mon cercle.
Généralement, je quitte mon hôtel vers 4h30, 5h moins le quart.
Je joue au bridge jusqu 'à 7h30. Mon chauffeur vient me chercher.
Et voilà.
Quand vous avez quitté votre hôtel particulier, vers 4h30, votre tante n
pas chez vous ? Non.
Vous avez raison.
Elle était chez son dentiste. Elle y était tous les jours. Elle se faisait
une prothèse.
Et vous savez à quelle heure elle est rentrée ? On me l 'a dit, ça devait être
un peu avant 5 heures.
La pauvre.
Sacriste a dû la frapper juste à son retour de chez le dentiste. Je suppose
votre femme vous a appelé immédiatement pour vous annoncer cette triste
nouvelle.
Absolument. Et vous vous êtes précipité chez vous ? Évidemment.
Et quand vous êtes arrivé ? Quand je suis arrivé, ma femme était dans tous
états. Le médecin avait l 'air désolé.
Le médecin ? Votre médecin de famille ? Non, il habite trop loin. Ma femme avait
appelé un docteur des environs. Un jeune, son nom m 'échappe. Il n 'a rien
faire, c 'était déjà trop tard.
Ah, une dernière question.
Mademoiselle Ledru a appris la mort de sa bienfaitrice lundi, c 'est -à -dire
hier, par la presse.
Croyez bien que je le regrette profondément.
J 'étais persuadé que ma femme l 'avait appelé et ma femme était persuadée que c
'était moi qui l 'avais fait. Bref, un absurde quiproquo. Non, là n 'était pas
ma question.
Ce que je me demandais, c 'est pourquoi vous aviez mis trois jours pour publier
la vie de décès.
Nous avons beaucoup d 'amis, commissaire.
Nous connaissons beaucoup de monde.
Par respect pour eux et par respect pour ma tante, nous avons préféré laisser le
temps aux employés des pompes funèbres de la rendre...
Présentable, avant d 'accueillir tous ceux qui voudraient lui rendre un
hommage.
Présentable. Tu étonnes qu 'il ait voulu que le cadavre soit présentable.
Les créanciers, ils ont dû défiler devant le cercueil pour s 'assurer que
Lijard était enfin devenu solvable.
C 'était à ce point -là ? Oh, pire que ça.
Ah, voilà.
Au bord du gouffre qu 'il était ton de Lijard.
C 'est qu 'à ma mère qu 'il a pas emprunté, et encore.
J 'en suis pas sûr.
Il a des dettes partout.
Il a hypothécaisé bien au moins 20 fois.
Et ça date pas d 'aujourd 'hui, hein.
Ah, monsieur a des antécédents.
Il a 15 ans, juste avant son mariage.
Il était déjà au bord de la faillite.
Tiens, regarde.
Ah, il est plutôt beau gosse, hein.
Alors qu 'elle, disons que... Ah, elle a quelques années de plus, quoi.
L 'amour est aveugle. Oui, mais il n 'est pas idiot.
Il porte bien son nom, la belle famille, les Dargencourt.
Je vais la renflouer du jour au lendemain, ton Delijard.
Et maintenant, il en est où ? Il n 'en a nulle part. Il engloutit deux fois plus
que ce qu 'il avait.
Il était temps qu 'elle meure, la vieille.
Et la fortune de sa tante, ça suffira à la remettre à flot ? Mais il y a son
dessus. Je te rappelle dès que j 'ai du neuf.
Vous allez un peu vite en besogne.
Il y a quand même des éléments troublants.
Rien, vous n 'avez rien.
Vous avez un tombereau de calomnie proféré par une bonne.
Voilà ce que vous avez.
Nous n 'avons pas grand chose, je suis d 'accord avec vous, monsieur le juge,
mais... il suffirait d 'un interrogatoire dans les règles pour
tout ça.
Personnellement, je doute qu 'il y ait quoi que ce soit à éclaircir.
Dois -je en conclure que...
Vous prenez l 'entière responsabilité du suivi de cette affaire ? J 'en parlerai
au procureur, c 'est lui qui tranchera.
Et en attendant ? En attendant rien, on ne fait rien.
Ah, mais j 'ai déjà reconvoqué mademoiselle Ledru.
Elle ? Elle, vous en faites ce que vous voulez.
Entrez. Si je vous ai convoqué, mademoiselle, c 'est uniquement pour
quelques points.
Votre tante vous dit qu 'elle se méfie de ce qui peut lui arriver dans la
de son neveu.
Et pourtant, elle y demeure quelques jours.
Et vous, sans nouvelle d 'elle, vous ne bougez pas.
Vous l 'attendez tranquillement à Marly ? Oui.
Enfin... J 'ai essayé de la voir vendredi.
Le vendredi ? À Neuilly ? Oui.
Vendredi, le jour de sa mort.
J 'étais de passage à Paris -Pau.
J 'avais des courses à faire.
En train, c 'est à peine à une demi -heure, Marly Garçon -Lazare.
A quelle heure êtes -vous passée à Neuilly ? Vers 4h.
4h15.
Mme Croisy était sortie.
Qui vous l 'a dit ? Le valet de chambre.
Ensuite ? Ensuite... Ensuite, rien.
J 'ai continué à me promener. J 'ai fait les boutiques et puis je suis rentrée à
Marly. J 'ai une autre question à vous poser.
Une question à laquelle vous vous êtes sûrement préparée.
Évidemment, vous n 'avez peut -être pas la réponse.
Si.
Pardon ? Je connais la réponse à votre question.
Vous voulez savoir si je figure sur le testament de ma tante, n 'est -ce pas ?
Et vous y êtes ? Non.
Comment pouvez -vous en être aussi sûre ? Parce que son testament, c 'est moi
qui l 'ai rédigé.
Tout va à son neveu.
J 'ai catégoriquement refusé qu 'elle me lègue quoi que ce soit.
Je suis peut -être une domestique sans naissance, mais...
Il y a des valeurs que je place au -dessus de l 'argent.
J 'aimais sincèrement cette femme.
Je l 'aimais comme une mère.
Je ne voulais pas que des histoires d 'héritage viennent salir tout ça.
Contrairement à son devin.
Vous vous retrouvez sans rien.
Ah non, je n 'ai pas dit ça, monsieur le commissaire.
J 'étais demoiselle de compagnie, je recevais un salaire, je n 'avais pas de
frais. J 'ai pu économiser suffisamment de quoi vers venir.
Une seconde, s 'il vous plaît.
Les amis, tu vas attendre dehors.
Dans un moment, tu vas voir sortir une belle jeune fille habillée tout en noir.
Tu me la suis discrètement.
On cherche quoi ? On cherche quoi, j 'en sais rien.
Mais cette fille est absolument irréprochable.
Moi, les gens irréprochables, je suis pas sûr que ça existe.
Je vous l 'ai dit, j 'ai des économies.
Je suis prête à les dépenser intégralement pour que je sois faite.
Je ne sais pas comment ils s 'y sont pris, mais... Je me battrai pour qu 'on
sache. Comment ils s 'y sont pris ? Vous soupçonnez aussi Mme de Lijard,
maintenant ? Je ne sais plus.
Elle a l 'air sincèrement bouleversée par la mort de ma tante.
Et ça vous étonne ? Je ne sais pas.
Elle a toujours été distante avec tout le monde. Je ne sais pas ce qu 'elle
pense.
Admettons que M.
Deligeat a tué sa tante.
Et admettons qu 'on le prouve.
Qui hérite de sa part ? En cas de défaillance, sa part va à des œuvres.
Des œuvres ? Oui.
Des œuvres de protection des jeunes filles.
L 'innocence des jeunes filles était un sujet qui préoccupait beaucoup ma tante.
Elle était très pieuse.
On peut dire ça, oui.
Bien, je vous remercie, mademoiselle.
Je me permettrai de passer demain.
Pour savoir.
Vous allez bien ouvrir une enquête, n 'est -ce pas ?
Non, maigret, non, pas question. Pas d 'autopsie.
Demander une autopsie, c 'est implicitement affirmer que les
mort sont suspectes. Pas d 'autopsie. Et pas d 'interrogatoire des agents des
pompes cinébres non plus.
Pas d 'interrogatoire de son entourage, des relations, des amis. Non, non. Si
nous faisions cela, nous flécrerions un an.
Nous jetterions le discrédit sur une famille entière. Et ça, je ne le
permettrais pas.
Écoutez, commissaire, je comprends parfaitement que vous vouliez vous
consciencieusement de votre tâche, et c 'est tout à votre honneur.
Votre devoir est de faire respecter la loi, le mien est de veiller à ce qu
soit appliquée avec discernement.
Cette jeune fille qui nous empoisonne l 'existence avec sa plainte, quels sont
ses motifs ? Venger sa tante. Sa tante ? Franchement, tout ça est un ridicule
achevé. Oh, je sais que dans certains milieux, on peut donner du mon -oncle ou
ma tante à tout va, mais...
De grâce.
Ce n 'est pas parce que le peuple ignore la réalité des liens du sang qu 'il
nous faut enteriner ces absurdités.
Il n 'y a pas de tantes qui tiennent. La jeune fille était une domestique aux
ordres de Mme Croisier.
C 'est tout à fait exact, M. le juge.
Entrez.
Évitons de devenir les instruments d 'une petite intrigante qui semble n
motivée que par de mesquines jalousies de classe.
Merci, Mme Promant.
Un peu de thé, commissaire ? Non, merci.
Vous serez d 'accord avec moi, maigret, sa plainte n 'a aucune espèce de
fondement.
Je serais tout à fait de votre avis, monsieur le juge, si nous n 'avions de
mobile tangible.
Or, les finances de monsieur de Ligard sont dans un état catastrophique.
Mon cher maigret, j 'aimerais vous ouvrir les yeux sur un point.
Loin de moi l 'idée de vous rabaisser d 'une quelconque manière, mais...
Quelles sont vos origines sociales ? Que faisait votre père ? Mon père ? Mon
père était régisseur de château.
Régisseur de château.
Peut -on vous demander lequel ? Le château de Saint -Fiacre.
Saint -Fiacre.
Dans l 'Allier ? Dans l 'Allier.
Et vous ? Quand êtes -vous entré dans la fonction publique ? Je devais avoir 22
ans.
Et depuis, vous n 'avez jamais détourné d 'argent, jamais contracté de dette,
toujours méticuleux, précis, efficace, comme votre père.
Et pourtant, vous avez dû en connaître des fins de mois difficiles. Mais chez
les maigrets, on est intègre de père en fils.
On connaît et on respecte la valeur de l 'argent.
Là où je veux en venir, c 'est que dans les milieux plus aisés, On a vis -à -vis
de l 'argent un mépris et une indifférence dont vous n 'avez pas idée.
Par exemple, je vous assure que si les finances du comte de Saint -Fiacre s
'étaient retrouvées dans le même état catastrophique que celle de M.
de Ligard, le comte n 'aurait même pas levé le sourcil, tandis que votre père
aurait sans doute été au désespoir.
Ce que j 'essaie de vous dire, c 'est que...
Les individus ne fonctionnent pas de la même façon selon la classe sociale à
laquelle ils appartiennent.
Chacun agit selon sa propre logique qui dépend de sa naissance.
Vous me suivez ? Ah, tout à fait, monsieur le juge.
Avec le procureur, nous sommes parfaitement d 'accord.
Comme nous poursuivons l 'affaire, vous travaillerez sous mon entière
responsabilité.
Ah.
Je sais ce que vous pensez.
J 'y ai pensé aussi, mais le procureur a été très clair.
S 'il fallait me décisir de tous les cas impliquant des gens d 'un certain
niveau social, par crainte du conflit d 'intérêts, la justice se priverait du
serviteur sans doute le plus à même de décrypter les justes et coutumes de ce
milieu. Vous voyez, finalement, nous sommes assez complémentaires, vous et
Si vous le dites.
Je comprends que par acquis de conscience, vous désiriez poursuivre
affaire. Je vous y autorise.
À mes conditions.
Qui sont -vous ? Je veux un respect absolu de la décence la plus
Je veux que vous gardiez une distance respectueuse et que vous ne vous
jamais d 'un minimum de courtoisie.
Inutile d 'ajouter qu 'il vous faudra être d 'une discrétion à toute épreuve.
enfin, je veux que vous ne vous rendiez pas chez les Delijard tant que leur
maison serait en deuil.
Dans ce cas, puis -je vous demander de solliciter auprès de M.
Delijard ?
un nouveau rendez -vous, quand il le voudra, à son cercle, par exemple.
Je suis ravi de notre petite conversation, maigret.
Maintenant que les bases sont saines, je crois que nous nous comprendrons mieux
et que nous allons faire de l 'excellent travail.
Ne pensez -vous pas ? Parfaitement, monsieur le juge, parfaitement.
Monsieur, s 'il vous plaît.
Alors,
cher ami, vous êtes de Gaulle ? Oui, le type a par un message à faire lire à l
'Assemblée.
J 'ai rendez -vous avec monsieur de Ligard.
Je suis un peu en avance.
J 'en profiterai volontiers pour vous poser quelques questions sur ce qui s
passé ici le jour où sa tante est morte.
Je suis désolé, monsieur.
Il ne m 'a pas permis de vous rapporter quoi que ce soit concernant nos membres.
Le règlement.
Le règlement ? Puis -je vous servir quelque chose ? Non, merci.
Youssef !
Youssef, hier, Marek, aujourd 'hui.
Recherché par la police, hier.
Et à cheval sur le règlement, aujourd 'hui.
Comme on change, on est bien peu de choses.
Écoutez, commissaire, mes patrons, ils ne sont pas complètement en courant de
mon passé.
On n 'est pas forcé de leur en parler.
Bon.
Alors, le jour où sa tante est morte, Philippe de Ligard, il arrive à... En
retard.
17h15. 17h15.
Et ses partenaires de bridge l 'attendent depuis 17h.
Ça arrive souvent que l 'un d 'eux soit en retard ? Rarement.
Il arrive, il s 'installe, il s 'excuse, et puis... Presque
tout de suite, il était appelé au téléphone.
Il va à la cabine, il parle, il ressort.
Il était pas bien, tout pâle.
Il tenait à peine sur ses jambes.
Et là, il a dit à tout le monde que sa tante venait de mourir chez lui.
Et qu 'il devait y aller.
Bonsoir, monsieur.
Voilà un métier de légère.
Vous m 'apporterez un chéri, Marek.
Et vous, commissaire ? Oui, merci.
Je tenais d 'abord à vous remercier d 'avoir bien voulu m 'accorder un peu de
votre temps. N 'en parlons plus.
Mais je dois vous prévenir, ma partie de bridge débute.
Dans 15 minutes.
Je serai donc bref.
Et veuillez excuser par avance le caractère un peu indiscret de ma
Étant bien entendu que... Qu 'il ne s 'agit pas d 'un interrogatoire.
Non, non, vous êtes libre de ne pas me répondre.
Comment formuler ça ? Je crois deviner.
Ah oui ? Elle ne peut pas s 'en empêcher.
Cécile Ledru vous aura sans doute parlé de mes maîtresses.
Remarquez, je ne nie pas. Vous savez ce que c 'est, entre gentlemen.
Évidemment, toujours dans la plus absolue discrétion.
Mais enfin, il est des sujets qu 'on n 'aborde pas avec des personnes d 'un
certain âge.
Vous voulez dire votre tante ? Quelqu 'un lui en aurait parlé ? Quelqu 'un ?
Cécile Ledru.
commence à saisir un peu mieux les raisons de votre animosité à l 'égard de
cette demoiselle.
Depuis un certain temps, elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour me
brouiller avec ma tante.
En vain ai -je besoin de préciser.
Derrière ces airs de tinte ni touche, mademoiselle Ledru mène une vie.
Mais enfin, il est des registres dans lesquels mon éducation m 'empêche de
tomber.
Commissaire, vous ne voulez rien.
C 'est pour une urgence ? Pour quelques questions.
Tu peux entrer, police.
Excusez -moi.
Je m 'apprêtais à dîner.
Vous vivez ici ? Plus ou moins, temporairement, on va dire.
C 'est votre premier cabinet, alors ?
Vous êtes diplômé depuis longtemps ? Quelques mois.
Je ne comprends pas, vous... Bien sûr, excusez -moi.
Je voudrais quelques précisions sur la mort de Mme Croizier.
Ah oui ? A Neuilly ? Évidemment, c 'était la première fois que vous étiez
chez les De Ligard.
Ça, on n 'est pas tout à fait du même monde.
Vous savez, ma clientèle, pour le moment, elle ne vit pas dans des hôtels
particuliers.
Si vous voulez mon avis, ils m 'ont juste appelé parce que j 'étais le
le plus proche.
Vous devriez les retourner et éteindre le feu. La chaleur de la poêle suffira à
les rendre juste à peau.
À quelle heure vous ont -ils appelé ? 5 heures pile.
Pile ? J 'ai embauché une infirmière.
Elle m 'incite à tous les après -midi.
Elle part à 5 heures pile.
On s 'embrassait quand la scènerie nous a interrompus.
Elle avait son chapeau sur la tête.
Elle s 'apprêtait à partir.
Il était un carpile.
Et qui vous a appelé ? Madame Deligard.
Combien de temps vous avez mis pour arriver jusqu 'à l 'hôtel particulier ?
'est une minute.
Et c 'est le palais de chambre qui vous ouvre et qui vous conduit au deuxième
étage ? C 'est lui qui m 'ouvre, oui.
Et dès que je suis entré dans la maison, une femme s 'est...
J 'ai penché par -dessus la rampe et m 'a crié quelque chose comme « Vite
docteur, c 'est ici, c 'était Mme de Ligard. C 'est elle qui m 'a conduit
'au corps de Mme Croisier.
» Et là, il est presque 5h10.
Bon, alors ce corps, il est où ? Il est comment ? Ben, il était sur le lit.
Elle portait une robe de chambre et une chemise de nuit en dessous.
Joséphine croisière revient de chez son dentiste et elle se déshabille et se met
au lit.
Il y avait d 'autres vêtements qui traînaient par terre ? Non.
Non. Tout était impeccablement rangé. Je me suis fait la réflexion d 'ailleurs.
Je me suis demandé comment on pouvait vivre dans un endroit aussi ordonné.
Et sur place, il n 'y avait que madame Dilijard ? Oui.
Enfin, je ne sais pas s 'ils ont d 'autres domestiques et tout ça, mais
n 'ai vu que le type qui m 'a ouvert et... La pauvre, elle était dans tous
états.
Ça a dû être violent, avec une mort instantanée.
Parce qu 'évidemment, quand je suis arrivé, Mme Croisy était déjà morte.
J 'ai examiné le corps.
Ce n 'était sûrement pas sa première crise.
Elle était en bout de course, si vous voyez ce que je veux dire.
Et vous avez pu déterminer l 'heure de la mort ? Oui.
Quatre heures et quart.
Quatre heures et quart ? Oui, enfin, deux, trois minutes près, avec la
température du corps, c 'est pas précis à la demande.
Quatre heures et quart.
Mme Crozy meurt à quatre heures et quart, et Mme de Ligard vous appelle à
heures. Vous êtes sûr ? Absolument, oui.
C 'était mon premier cadavre depuis la sortie de l 'école, alors forcément, je
'en souviens.
Elle me croise et meurt à 4h15.
Et puis ? Et puis, rien.
Enfin, Mme Delijard a tenu à me payer tout de suite et elle m 'a mis 20 000
francs dans les mains.
C 'est le montant de vos appointements ? Oh non, malheureusement.
A ce prix -là, je n 'aurai plus aucun client.
Elles doivent être juste à peu.
Allez, bon appétit, docteur.
Commissaire.
Quel hôtel ? Jérôme, peut -être Jérôme.
Honnête. Pas le grand Luc, mais franchement honnête.
À part ça, j 'ai passé la soirée la plus ennuyeuse de ma vie, parce que c 'est
pointu ce qu 'elle étudie la petite dans ses cours du soir.
Je me suis farci deux heures sur les principes des statistiques incertaines
les calculs actuariels.
Prends une voiture et ramasse -moi ce jeune homme.
en lui demandant très poliment s 'il peut nous consacrer une partie de son
temps. A tout de suite.
A tout de suite.
Bonjour, madame.
Bonjour, commissaire.
Cette affaire continue à ne reposer que sur du vent, commissaire.
Il n 'y a rien.
Il y a plus que la dernière fois.
Maintenant, il y a des contradictions, notamment en ce qui concerne l 'heure
exacte de la mort de Mme Croisier.
Autant il est établi que M.
Deligeat était absent au moment des faits, autant sa femme, en revanche...
vous interromps tout de suite.
Il n 'en est pas question.
Il suffit qu 'elle confirme...
ou qu 'elle réfute ce que le médecin m 'a dit.
Je vous interdis formellement de lui parler.
Vous m 'entendez ? J 'ai appris par mon épouse que Mme de Liger allait très mal.
Cette pauvre femme est traumatisée.
Sa tante est littéralement morte dans ses bras.
M 'entendisez -vous au moins à parler une dernière fois avec M. de Liger ? Que
je vérifie toutes ses histoires d 'horaire ? Écoutez, ce sera la troisième
en trois jours.
Ça commence à ressembler à du harcèlement, commissaire.
De quoi avez -vous parlé la dernière fois ? De ses maîtresses.
Quoi ? Rassurez -vous, monsieur le juge, je ne me serais jamais permis.
J 'étais venu pour l 'interroger sur l 'héritage, et c 'est lui qui s 'est mis
me parler de ses conquêtes, comme si, entre gens du monde, se vanter
de la bagatelle était... Attention, maigret.
J 'ai l 'impression que votre aversion manifeste pour les classes supérieures.
Altère quelque peu votre jugement. Monsieur le juge, je n 'ai d 'aversion
aucune classe.
Ce qui m 'intéresse, c 'est de savoir réellement ce qui s 'est passé.
Et pour cela, il faut que je confronte ce que m 'a dit le médecin, qui a priori
n 'avait aucune raison de me mentir.
Un médecin totalement inexpérimenté, à peine sorti de l 'école, selon vos
propres dires.
Mais ce qui en fait à mes yeux est un témoin tout à fait fiable, et il déborde
du zèle propre aux débutants.
Bien.
Je vais appeler de Ligard.
Mais c 'est la dernière fois que vous lui parlerez.
Et vous ne lui parlerez que de cette histoire d 'incohérence dans les
Est -ce que c 'est clair ? Est -ce que nous sommes d 'accord ? Je vous
monsieur le juge.
Par ici.
Merci, Oula.
Attendez.
À Marly, vous viviez seules, toutes les deux.
Votre temps était bon. Mais oui.
Ça fait trois fois que je vous le répète.
Je
vais
vous demander de suivre mon inspecteur pour une vérification de routine.
Après ça, nous reprendrons notre conversation.
Mais qu 'est -ce que
tu fais là ? Je ne sais rien.
Tu as qu 'à lui demander. C 'est lui qui m 'a demandé de venir.
Allez -vous rasseoir.
Philippe de Lisard, lui, vous lui fichez la paix.
C 'est quelqu 'un d 'important, lui.
Tandis que moi... Mademoiselle Ledru, vous peut -être devriez être Mme Dupont.
Ou... Madame Dumas, pardon.
C 'est le nom sous lequel vous descendez à un tel Jérôme tous les mardis et
mercredis soirs depuis quelques semaines.
Et alors ? C 'est interdit ? Mademoiselle, vous avez porté de graves
contre un homme.
Vous m 'avez demandé d 'ouvrir une enquête en accusant M.
Deligard du meurtre de sa tante. Et cela sans la moindre preuve de ce que vous
avanciez.
Si ce n 'est une réelle hostilité envers ce monsieur.
J 'ai pris sur moi d 'essayer de comprendre ce qui était arrivé
votre tante.
Alors la moindre des choses serait peut -être que vous ne me cachiez rien.
À moins que vous n 'ayez changé d 'avis.
Et que vous ne vouliez retirer votre plainte.
Allez me le chercher.
Ça fait longtemps que vous suivez des cours de comptabilité ? Un mois.
Tous les mardis et mercredis soirs, c 'est ça ? Oui.
Les cours finissent tard.
Plus de train pour Marly, alors vous êtes obligés de descendre à la telle
attraper le premier train du matin.
Ma tante me poussait à y étudier.
Elle disait qu 'elle ne vivrait pas éternellement avec eux.
Avec une qualification, je pourrais travailler, être indépendante.
Notamment vis -à -vis des hommes.
M. Dumas ? Merci.
Entrez, M. Mercier, asseyez -vous.
Depuis combien de temps ? Deux ans.
Et ça se passait comment ?
Vous vous voyez en secret ? Où ? Comment ?
Il y a longtemps que M. Mercier venait vous rejoindre la nuit sous le toit de
votre bienfaitrice ? Ça fait un an.
Un peu plus d 'un an.
Et le mariage, non ? Non, ma tante y ferait formellement opposé.
Ou plus exactement, elle aurait pris mon mariage comme une trahison.
Elle était très possessive à mon égard.
Je ne voulais pas la blesser.
C 'est uniquement pour l 'aménager que je n 'aime mieux pas parler de... de ma
liaison avec Jacques.
Et M.
Mercier ? Qu 'est -ce qu 'il pense de tout ça ? Évidemment, pour Jacques... M.
Mercier peut peut -être s 'exprimer tout seul.
C 'est sûr que c 'était pas... Pour moi, faire attention à la vieille, c
'était...
Bah quoi, c 'est vrai ? D 'autant que ces dernières semaines, la vieille était
devenue particulièrement vigilante, non ? Comment vous savez ça, vous ? De
Lijard.
Si ma tante a su pour nous, c 'est parce que De Lijard lui a dit, bien sûr.
Évidemment, il s 'est empressé de vous mettre au courant.
Moi, ce que je constate en ce moment, c 'est qu 'il y a une personne de plus qui
avait tout intérêt à ce que...
Mme Croisier se dépêche de mourir.
Vous ne pouvez pas penser que Jacques... On verra.
Non ? C 'est vrai, si on y réfléchit bien.
Moi, mes affaires sont... Financièrement, ça ne va pas fort.
Avec un ami, on a décidé d 'acheter trois camions pour s 'occuper du
des poissons dans les petits ports du Cotentin.
C 'était une bonne idée, ça.
Mais avec des camions achetés d 'occasion...
Entre les réparations, la location du garage, on est en cessation de paiement.
Les camions sont immobilisés et moi, je suis au bord de la faillite personnelle.
Si j 'avais présenté Jacques à ma tante, la question de l 'argent aurait tout
faussé.
Elle aurait évidemment pensé qu 'on sollicitait son aide ou que Jacques
garçon intéressé.
En fait, elle savait.
Depuis six semaines environ.
Ça correspond à peu près à l 'époque où elle a commencé à m 'envoyer au cours du
soir. Et alors ? Et alors ? Les cours du soir, c 'était pour nous simplifier la
vie.
Pour qu 'on puisse s 'essayer.
Selon elle, les gens devaient avoir la possibilité de s 'essayer avant de faire
le grand saut.
Tu veux dire qu 'elle aurait tout manigancé pour qu 'on puisse se
les deux à l 'hôtel ? Sûrement, oui.
En principe, elle ne pouvait pas accepter qu 'on se retrouve sous son
Alors, c 'était sa façon à elle, discrètement, de nous donner un petit
main.
Oui ? Tu vas aller me chercher un verre d 'eau.
Pouvez -vous me rappeler l 'heure à laquelle vous êtes arrivée à l 'hôtel
particulier de Neuilly, le jour où votre tante est morte ? Il devait être quatre
heures. C 'est ça, non ?
Comment vous étiez avec elle ? Oui, c 'est -à -dire, je l 'ai déposée en
voiture.
À 4 heures, donc ? À 4 heures, 4 heures 5.
Et vous l 'avez accompagnée jusqu 'à la porte ? Non, j 'ai attendu dans la
voiture, juste au coin de la rue.
Questionnez.
Mlle Ledru va nous faire un rapport détaillé et précis de tout ce qu 'elle a
fait depuis le vendredi 4h jusqu 'au moment où elle découvre que sa tante est
morte.
Et M.
Mercier va vous décrire toutes ses activités dans le même laps de temps.
Pièce séparée.
Venez avec moi.
Alors, vendredi, 4h05, vous sonnez à la porte de l 'hôtel particulier et vous
demandez à parler à Mme Croisier.
Ensuite ? On me répond qu 'elle est sortie.
Qui vous répond ? Le valet de chambre.
Il prend le temps d 'aller se renseigner ou il vous répond immédiatement ? Il me
répond immédiatement.
Donc il savait qu 'elle était sortie.
Ensuite ? Ensuite...
Je suis retournée à la voiture.
Et ? Et on est rentré à Marley.
Comme ça, directement ? Sans essayer de retrouver votre tante ? Sans aller l
'attendre devant chez le dentiste, par exemple ? Non.
Je me suis dit qu 'il ne fallait pas que je m 'inquiète de façon irraisonnée.
Oui. Oui, Carrick.
Ah !
J 'arrive.
Venez.
Installez -vous.
Vous allez m 'inscrire tout ça.
Le chemin du retour, vos sorties, vos allées et venues, avec qui vous parlez,
quoi. C 'est bien simple, je veux tout votre emploi du temps jusqu 'au moment
vous ouvrez le journal et vous découvrez que faire part du dessin.
C 'est qu 'il, enfin, mademoiselle Ledru, elle, elle rentre directement.
Et moi, j 'attends un peu et je passe par le jardin au cas où.
Bon, c 'est bien, continuez.
Il y a quelqu 'un qui vous voit ? Non.
Tu sais d 'où Olivier a sa fortune à la veuve Croisier ? Tu vas me le dire ? Les
assurances vie.
Oui.
Marie était expert comptable, mais son grand truc, c 'était les assurances vie.
C 'est une véritable passion. Il en avait contracté un an.
incalculable. Et un beau jour, comme par hasard, ce type, il prend le bateau une
fois, une seule fois dans sa vie, et pend.
La mer est démontée, il y a du roulis.
Bref, par l 'équilibre, il s 'ouvre le crâne sur le bassin gage.
Et hop, 100 millions dans la poche de la veuve.
Conquête somme.
Mais si j 'ai bien compris, ça suffira pas à renflouer le nœud. Attends,
attends. La veuve, dans sa sombre demeure de mardi, elle s 'ennuie ferme.
Alors, pour se distraire, elle décide d 'étudier un peu les rudiments de la
finance. Elle s 'initie au placement.
Elle s 'en canaille en bourse.
Elle se révèle douée, la bourresse.
Du coup, quand elle meurt, c 'est plus 100 millions, c 'est 500.
Et 500 millions, j 'imagine que c 'est largement assez pour satisfaire les
créanciers. Oh, largement.
Le plus beau de l 'histoire, c 'est que parmi les... créanciers d 'une veuve.
Il y a un nombre considérable de financiers qui ont conseillé s 'attendre
ses placements en bourse.
Ben, eux devaient bien savoir qu 'ils finiraient par être payés. Ah oui,
parfaitement, oui.
Ils étaient donc tous disposés à attendre patiemment, sans s 'affoler,
menacer de l 'hygiène ou quoi que ce soit.
Souvent.
Retailleau.
Albert Retailleau. Je vais te donner son téléphone.
Mais lui, c 'est... C 'est autre chose.
Très bien. Vous apprenez la mort de votre tante le lundi matin dans le
M. Mercier vous conduit aussitôt à Neuilly.
À quelle heure vous arrivez à l 'hôtel particulier ? Vers 9h30.
Et vous tombez sur qui ? D 'abord le valet de chambre, c 'est lui qui m
Ensuite, dans le couloir, il y a les hommes des pompes funèbres.
Et puis après, je tombe sur Philippe de Ligard.
Il est venu vous parler ? Oui, il s 'est avancé vers moi et... Il m 'a dit
quelque chose comme... Je savais que vous alliez à courir ou... Et...
Et puis après, je l 'ai vue, elle.
Oui.
Oui.
Oui.
M. Delisa a l 'extrême amabilité d 'accepter de vous recevoir une dernière
ce soir à son cercle vers 5h moins le quart.
5h moins le quart, oui.
Merci, M. le juge.
Non, non, ne vous inquiétez pas.
Vous pouvez y aller.
Mlle Ledruc, j 'aurais peut -être besoin de vous en fin de journée.
C 'est quand les gens veulent économiser de l 'argent que moi j 'en gagne.
C 'est tout balèfe pour tout le monde, comme je dis toujours.
L 'Église catholique, elle peut interdire la crémation si elle veut.
Il n 'y a pas de loi qui oblige les gens à être enterrés dans le même cercueil
que celui dans lequel ils ont été exposés, pas vrai ? Je crois que je vois
'idée, mais ce que je comprends moins, c 'est comment vous vous retrouvez en
affaire avec M. de Ligard.
Quand on est en affaire, il faut être à l 'affût.
Il faut toujours chercher les nouvelles opportunités.
C 'est là pourquoi vous ne pourriez qu 'opérer l 'extrême -time pour être
membre.
Des opportunités.
Et le Delijard, toi dis -donc, il possédait toute une forêt de pins à
rapide.
Ah oui, j 'y suis.
Pourquoi brûler de beaux cercueils, en être ou en noyer ? C 'est du si bon bois
qui met trois cent ans à pousser.
Et Delijard, il vous a jamais livré le bois ? Delijard ? Il a jamais eu de
de pins.
Mais il m 'en a vendu une.
Un million.
J 'ai payé 100 millions de francs pour un pauvre aérodrome de campagne
complètement à l 'abandon.
À se faire enfler comme ça, je vous jure, je l 'ai mauvaise.
Mais il va rembourser et avec les intérêts en plus, c 'est moi qui vous le
Je crois que ce monsieur a du souci à se faire.
Comme je dis toujours, le rotaillon, il ne faut pas le charrier trop.
Vous savez que sa tante est morte.
Il m 'a appelé pour me le dire, oui.
Ah bon, il vous a appelé quand ça ? Vendredi soir, pourquoi ? Non, pour
Mais ça devrait vous rassurer sur le plan de la solvabilité.
A table ou vient l 'argent, je m 'en fous. On l 'utiliserait sur la table à
fin du moment.
M. Delger, rien d 'arrivé, monsieur.
Ah, merci, Marek.
Dites -moi une dernière chose.
Est -ce que vous pourriez m 'indiquer un embaumeur ? J 'ai
besoin de quelques renseignements techniques.
Tenez.
Allez, dites -moi pas.
Moi, j 'aime autant vous prévenir. Elle est un peu spéciale.
Merci.
Il y a quelque chose qui m 'échappe.
Vous m 'avez bien dit que vendredi, comme d 'habitude, vous avez quitté
domicile vers 16h30, 16h45.
Absolument, oui.
Comme je l 'ai vérifié avec vous, on met à peu près 10 minutes pour arriver ici.
Or, vous, vendredi, vous êtes arrivé à 17h15.
Ça vous a pris plus d 'une demi -heure.
Disons que je n 'étais pas seul.
Ah.
Puis -je vous demander avec qui vous étiez, alors ? Non, vous ne pouvez pas.
Voyons, commissaire.
Vous étiez avec quelqu 'un ? Ce sera tout,
commissaire ? Une dernière chose.
Quand votre femme vous a appelé ici, que vous a -t -elle dit ? Ma femme ? C 'est
pas votre femme qui... Victor, mon valet de chambre.
C 'est lui qui a appelé. Laissez ma femme en dehors de tout ça.
Victor, et que vous a dit Victor ? Que votre tante avait eu une attaque ou bien
qu 'elle était morte ? Je sais que vous me l 'avez dit, mais je m 'en souviens
plus. Ça suffit, commissaire.
Jusqu 'à présent, je crois avoir été plus que patient.
Le jour des comptes approche, Delijard.
Le jour des comptes approche.
Qui était -ce ? Un ami.
Un original.
Toujours le mot pour rire.
Bon.
Maintenant, si vous n 'y voyez pas d 'objection, commissaire, mes partenaires
vont plus tarder.
Moi qui aurais voulu en savoir un peu plus sur les relations entre M.
Mercier et Mlle Ledru.
Ah bon ? Pourquoi ? Quand vous avez découvert leur liaison, vous avez averti
immédiatement votre tante, m 'avez -vous dit.
N 'était -ce pas mon devoir ? Et comment a -t -elle pris la chose ? Que voulez
-vous ? Elle était désespérée.
Elle se sentait trahie.
Elle a d 'ailleurs pris la décision de la renvoyer.
Et pourquoi ne l 'a -t -elle pas fait ? Je crois qu 'elle craignait que Cécile
ne se venge.
Vous n 'êtes tout de même pas en train d 'accuser Cécile de Dru d 'avoir tué
votre tante.
Mais ma tante n 'a pas été tuée.
Elle est morte d 'une crise cardiaque.
Il faut que cette fille soit particulièrement dérangée pour avoir
pareilles inepties.
Alfred de Mussel l 'avait bien dit.
Une femme pardonne tout, excepté qu 'on ne veuille pas d 'elle.
Qui ? Cécile ? J 'aurais peut -être dû faire plus attention.
Ne pas prendre à la légère ce que j 'avais considéré comme un enfantillage,
tocade sans conséquence.
C 'est si l 'amoureuse de vous.
Le jour où j 'ai été contraint de lui expliquer que non, elle ne deviendrait
ma maîtresse.
Elle a semblé si... J 'ai cru que ça lui passerait, mais...
C 'est pour cela qu 'elle chercherait si méthodiquement à vous nuire.
De l 'amour à la haine, il n 'y a souvent qu 'un pas.
Quoi ? Il a dit quoi ?
Du
jour où il m 'a vue, j 'avais à peine 15 ans à l 'époque.
Ce type n 'a pas arrêté de me douter.
À chaque fois qu 'on se retrouvait seul.
Je n 'en ai jamais parlé à ma tante, je ne voulais pas la bouleverser.
Un jour, nous étions seuls.
Il a réussi à me coincer.
Ses caresses se sont faites plus précises.
Et là, je l 'ai giflé.
De toutes mes forces.
Le soir, il avait encore la marque sur la joue.
Je crois que ce soir -là, ma tante a tout compris.
Comment avez -vous su pour ces maîtresses ? C 'est lui qui me l 'a dit.
Il en était très fier.
Il pensait sans doute que ça pouvait...
Pourquoi
n 'en avez -vous pas parlé à votre tante ?
Qui voudrait d 'une demoiselle de compagnie qui répand des ragots sur un
de sa famille ? Ma tante l 'a su par ses propres moyens.
Le lendemain du jour où il m 'a... Enfin, où je l 'ai chifflé.
Elle l 'a fait suivre.
Qui dois -je annoncer ? Personne. C 'est vous que j 'ai à voir.
Et moi, vous savez qui je suis.
Mais je vous dérange peut -être dans votre travail.
Ah non, avec les collègues, on est en train de prendre le café dans la
Non, va pour le café dans la cuisine.
Vous ne mangez pas pour moi, les enfants.
C 'est le commissaire qui demande une tasse de café.
Vous êtes le chauffeur, sans doute.
Restez assis, Astéas.
Et vous ? Berthe, la cuisinière.
Pas de sucre dans mon café, Berthe, c 'est bon. Bien.
J 'aurais pu vous provoquer tous à la PG, mais pour si peu.
Merci, Berthe.
Bien, on va commencer par vous.
Alors, le jour où Mme Croisier est morte, votre emploi du temps ?
Mais c 'est que j 'étais pas là, moi.
J 'étais au Havre, j 'étais chez ma sœur.
Le matin, le patron, il m 'a dit comme ça, que comme il pourrait pas me donner
de congé la semaine d 'après, à cause de Deauville, j 'avais qu 'à prendre mon
jour.
J 'étais pas là.
Monsieur Deligard avait l 'habitude de conduire sa voiture lui -même ? Ah oui.
Même que ce jour -là, justement, il a dû la prendre.
Comment le savez -vous ? La boue, monsieur le commissaire.
L 'intérieur était tout cradingue. Il y avait de la boue par terre.
Côté conducteur ? Oui, monsieur.
Bien.
Et vous ? Vous n 'étiez pas au bar ? Non, monsieur.
J 'étais là.
C 'est où ? Le vendredi, je m 'occupe de l 'argenterie.
Est -ce que vous pourriez me dire à quelle heure Mme Croisier est sortie ?
Quelques minutes avant 4 heures, comme tous les jours.
Et elle allait bien ? Oui, normale, comme d 'habitude.
Elle ne vous a rien dit de spécial ? Non.
Et son dentiste, elle y est allée à pied ? Oui, juste à côté.
Et elle aimait bien marcher. Alors que la voiture, même pour rentrer à Marly,
elle préférait prendre le train.
Des visites ? Mademoiselle Ledru.
À quelle heure ? Oh, 5 minutes plus tard, elle se sent ratée de peu.
Et la voiture, à ce moment -là, elle est où ? Monsieur était sorti avec,
une demi -heure avant, vers trois heures et demie, à peu près.
Et il est rentré quand ? Ah, ça, je ne sais pas, monsieur.
Comment vous ne savez pas ? Vous ne l 'avez pas vu rentrer ? Vous ne l 'avez
entendu ranger sa voiture ? Ben non.
La maison est grande, vous savez. Si j 'étais en train de prendre l 'argenterie
dans la salle à manger, je ne pouvais pas l 'entendre rentrer.
Ni même le voir.
Et après ? Comme d 'habitude, je vois sortir monsieur pour se rendre à son
cercle.
Rien de spécial à signaler ce jour -là ? Non, il est sorti peut -être un petit
peu plus tôt que d 'habitude.
Et ensuite ? Rien, j 'ai commencé à faire les couteaux ici et
vers 5h, 5h moins 5, Mme Croissier est rentrée.
Toujours en pleine forme ?
Elle était de très bonne humeur, parce que son dentiste ne lui avait pas fait
mal. Je lui dis qu 'elle avait de la chance, parce que le mien... Enfin, je
suis pas sûr qu 'elle m 'ait entendu.
Si vous le permettez, c 'est pas que j 'ai sommeil, mais... La voiture est au
garage ? Oui, monsieur.
Il y a un escalier de service ?
Oui.
Et on a accès aux chambres par là ? Bien sûr.
Et par là ? Aux caves et aux garages.
Bon, on est sur nous.
Il est 5h, 5h moins 10.
Madame Crozier monte dans sa chambre.
Oui, parce qu 'elle avait l 'habitude de toujours se reposer une heure ou deux
avant le dîner.
Quel étage, sa chambre ? En deuxième.
Et elle monte sans difficulté.
Oui, je crois, oui.
C 'est comment, là -haut ? Il y a deux chambres, ou plutôt deux appartements,
parce que chaque chambre a son propre dressing et sa propre salle de bain.
Il y a la chambre Louis XV, sur la droite. Nous, on l 'appelle la chambre
Et la chambre régence, la jaune, sur la gauche.
Et Mme Croizier occupe la chambre Louis XV, la bleue. Oui.
Bon. Alors, elle est dans sa chambre.
Elle se repose.
Et puis ? Je ne sais pas.
Je finis les couteaux.
Je passe aux cuillères.
Et peut -être 10, 15 minutes plus tard, je vois arriver Madame, toute pâle.
qui me prévient qu 'un docteur va arriver pour sa tante. Et il arrive
docteur ? Au peu de temps après.
Je ne peux pas vous dire l 'heure exacte. C 'est moi qui lui ouvre, mais c
madame qui le fait monter.
Et juste après, il devait bien être 5h15 environ, madame m 'a demandé de
téléphoner au cercle de monsieur pour avertir monsieur que sa tante venait d
'avoir une attaque.
Et c 'est vous qui l 'appelez à son cercle ? Et c 'est ça que vous lui dites
Que sa tante vient d 'avoir une attaque ?
Je lui avais pas dit qu 'elle était morte.
Ben non.
Parce qu 'à ce moment -là, je ne savais pas qu 'elle était morte.
Ça, je ne l 'ai su que vers 7 heures, quand on nous l 'a annoncé
L 'infusion de monsieur. Mettez d 'eau à chauffer, Berthe, s 'il vous plaît.
Non, vous m 'accompagnez pas, je connais le chemin.
Attendez !
Excusez -moi, il est
tard, mais c 'est très important.
Je peux entrer ? Je
suis
désolé.
C 'est l 'infirmière ? Oui, mais elle ne part plus vers la 5h pile.
Bon, prends deux mots.
Quand vous arrivez à l 'hôtel particulier vendredi à 5h10, c 'est le
chambre qui vous ouvre.
Madame de Guichard vous appelle.
Vous la suivez.
Et elle vous amène dans quelle chambre ? La chambre de gauche ou la chambre de
droite de gauche ? Vous êtes sûr ? Oui. C 'est la chambre à régence.
Ça, je sais pas.
Elle était de quelle couleur, cette chambre ? Jaune.
Oui, c 'est ça.
Très jaune.
Jaune. Et si la tête d 'un homme ou d 'une femme était en jeu, vous
tout ce que vous m 'avez dit ? À savoir que la femme dont vous avez signé l
'acte de décès était morte presque une heure avant que vous n 'arriviez.
Contrairement à ce que prétend Mme de Guijard.
Absolument, oui.
Vous le confirmeriez sous serment ? Oui, vous pouvez me faire confiance.
Bon.
Je peux téléphoner ?
Je vais tranquille.
Allô, Christianie ? Je te réveille ? Dis donc, je voudrais que tu me fasses une
liste de toutes les femmes de plus de 60 ans qui sont mortes entre jeudi et
vendredi après -midi.
Oui, dans un rayon de 15 kilomètres autour de la maison de l 'Hubert.
Oui. Et à chaque fois, tu me notes la cause du décès.
Voilà.
Tu t 'y colles dès demain matin.
Allez, bonne nuit.
Non, merci, docteur.
Hé, excusez -moi.
Ne vous inquiétez pas trop.
J 'ai plein d 'idées pour me faire pardonner.
Au revoir.
Tout juste.
Dites -moi, madame.
Mademoiselle. Mademoiselle.
Supposons que je veuille tuer quelqu 'un en cherchant à ce que mon crime reste
totalement indétectable, y compris par une professionnelle aussi expérimentée
que vous.
Comment je m 'y prends ? Un crime parfait.
Pas si facile.
Si vous pouvez, vous jetez votre victime du haut d 'une falaise.
Imparable, ça.
Ou alors, du poison.
Dans la catégorie des opiacés, on en retrouve de très bien, qui ne laissent
quasiment aucune trace.
Ou alors,
Pas mal.
Quoique, ça peut se repérer.
Ça laisse des petites taches sur le cou et sur la poitrine.
Donc la suffocation, vous ne me conseillez pas.
Ah, la suffocation, c 'est pas mal quand même.
Parce qu 'en hiver, la moitié des décès, c 'est à cause de la pneumonie.
Et quand on a la pneumonie...
C 'est la fixie qu 'on meurt.
Si je vois les plus tâches, je pense pneumonie. Je trouve pas ça suspect.
Et là, vous poursuivez l 'embaumement.
Mais bien sûr, vous risquez d 'effacer les traces de poison.
Je n 'effacerai rien du tout.
Quand même.
Quand vous embaumez, vous videz le corps de son sang.
Pas du tout.
Je prends un tout petit peu de sang.
que je remplace par du méthanal.
Et ça, ça plastifie immédiatement tout le reste du sang qui stagne dans le
corps. Je n 'alterne rien de ce qui s 'y trouve.
Ce qui veut dire que si j 'envoie un échantillon de sang plastifié au
laboratoire, ils pourront l 'analyser et même détecter une trace de poison, si
poison il y a.
C 'est exactement ça que ça veut dire.
Vous avez raison, le crime parfait, c 'est pas évident.
Et la cause de la mort ? D 'accord.
Merci. Merci, au revoir.
Bonjour, commissaire.
Merci. Tiens.
Merci.
Ah, pardon.
Il y a le juge Montiel qui a déjà appelé deux fois.
C 'est à prévoir.
Il a l 'air passablement furieux.
Je veux juste les crises cardiaques.
Je ne veux pas vous commander, patron, mais le juge a l 'air de vraiment
vous voir.
J 'y vais, j 'y vais.
Toi, tu files au labo.
À 10h, les résultats des prélèvements trouvés dans la voiture seront sûrement
prêts. Alors tu les récupères.
Et tu rappliques immédiatement dans le bureau du juge. J 'y serai sûrement
encore.
Et tu exiges de me les remettre en main propre.
Maigret est arrivé.
Faites l 'entrée.
Monsieur le juge vous attend.
Monsieur le juge.
Fermez la porte et asseyez -vous, commissaire.
Monsieur Deligia, je ne sais si vous réalisez que vous m 'avez mis dans une
situation totalement intenable.
J 'en suis vraiment désolé, monsieur. Que vous ai -je dit ? Ne vous ai -je pas
parlé de décence, de discrétion, de respect ? Ne vous ai -je pas
interdit de déranger une maison en deuil ? C 'est probable, oui.
Où étiez -vous hier soir ?
J 'étais chez M.
Deligard. Vous étiez chez M. Deligard. Et qu 'est -ce que vous entendez
exactement par être chez M.
Deligard ? Dans sa maison, évidemment.
Vous étiez dans sa maison. Vous y étiez à son insu. Vous y étiez
frauduleusement. Vous n 'aviez aucun mandat de perquisition.
Je n 'ai pas perquisitionné chez M.
Deligard.
Juste quelques questions aux domestiques. À peine quelques questions
domestiques. Non, mais vous interrogez ces domestiques sans même en demander l
'autorisation à M. Deligard. Sans même l 'en informer.
Je ne voulais surtout pas le déranger.
Et si ce n 'était que ça, mais ce que vous avez fait ensuite, c 'est
inqualifiable, surtout venant de la part d 'un commissaire de la police
judiciaire. Vous vous êtes introduit par effraction chez M. Deligard.
Vous avez à ce point outrepassé vos droits que je me vois obligé d
la plainte qu 'il vient de déposer contre vous. Et sachez que j 'en
haut lieu.
Mais tout de suite, il m 'a dit, et en main propre.
J 'ai dit non.
Écoutez, M. le juge...
J 'ai sans doute agi d 'une manière un peu cavalière, mais j 'avais beaucoup de
choses à découvrir.
Entre autres, il me fallait un échantillon des traces de boue que le
'avait indiqué.
Une enquête, monsieur le juge.
C 'est un peu comme un tableau.
Il faut regarder assez longtemps au bon endroit.
Et les indices apparaissent d 'eux -mêmes.
On ne voulait pas me laisser... Alors, d 'après le labo, dans les chantillons
que vous leur avez donnés, il y avait de la glaise, de la chaume et du caca.
Du caca... Exactement. De canard.
Merci de questionner. Ça sera pour vous.
Ça suffit.
Il est plus que temps de mettre fin à cette mascarade.
Monsieur Deligard...
Soyez assurés que je transmettrai votre plainte au ministère aujourd 'hui.
Quant à vous, M. Maigret, jusqu 'à nouvel ordre, vous êtes suspendu de
affaire qui n 'en a jamais été une au demeurant.
Voilà, et toutes mes excuses encore pour les nombreux désagréments que vous avez
eu à supporter.
Nous nous verrons demain aux obsèques.
Une dernière question, si vous permettez.
Les obsèques de Caroline Baume, c 'est vous aussi qui les organisez ?
Monsieur de Ligard, maigret, je vous en prie, nous en reparlerons.
S 'il vous plaît.
Non, il est occupé là, ce n 'est pas le moment.
Oui ?
Entendu, patron.
De la part du commissaire, urgent.
Allô ? Madame Froment ? Madame Froment, je comprends très bien que le juge
refuse de me recevoir.
En revanche, j 'aimerais que vous soyez assez aimable pour lui dire de lire
immédiatement le document qu 'on vient de vous transmettre.
Sinon, je serai obligé d 'en référer au directeur de la PJ, ainsi qu 'au
procureur de la République.
Moi, je ne peux pas attendre.
J 'ai besoin de l 'autorisation de perquisition tout de suite.
Sans ça, le suspect finira par faire disparaître les pièces à conviction.
Je compte sur vous.
Entrez. Avez -vous le moindre début de preuve de ce que vous avancez là ? Oui,
monsieur.
Bien.
Comment voulez -vous procéder ? On va immédiatement perquisitionner la maison
Caroline Boum.
Ensuite, on pourra attendre la fin des obsèques avant de convoquer monsieur et
madame Delijard pour un interrogatoire en bonne et due forme.
Et là, vous ferez ce que vous voudrez.
Ou vous dirigerez l 'interrogatoire, ou bien vous vous défausserez sur moi, peu
importe.
Le cadavre dans le cercueil est bien celui de Mme Croizier, monsieur le juge.
Mais ce n 'est pas celui -là que le jeune médecin a examiné et pour lequel
conclu à une mort naturelle suite à une crise cardiaque.
Le corps que le médecin a examiné était celui de quelqu 'un d 'autre.
Quelqu 'un qui est mort ailleurs et dont on a transporté le corps ici, jusqu 'à
la chambre jaune.
On a fait venir le docteur aux environs de 17h10, alors que Mme Croisy, elle,
vient juste d 'être tuée dans sa chambre, ma chambre bleue.
Alors il est acquis, le corps de la chambre jaune.
Une femme de plus de 60 ans, morte d 'une crise cardiaque et qui ne doit pas
habiter au -delà d 'un rayon de 15 km autour de Neuilly.
Parce qu 'il faut que M.
Deligard ait le temps d 'amener son cadavre, carrer la voiture dans le
transporter le cadavre du garage à l 'escalier de service, le coucher dans la
chambre jaune.
Et une fois le précieux certificat de décès obtenu, évidemment au nom de Mme
Croisier,
ramener le cadavre, le remettre exactement là où il l 'avait pris.
Et là, c 'est un échantillon de boue trouvé dans la voiture de M.
Deligard qui nous aide, des excréments de canard et de la chaume, forcément une
adresse à la campagne.
Et on se retrouve avec un seul nom, Caroline Beaume.
qui élève des canards à Lucienne, qui est de santé fragile, usée par une
maladie de cœur, et qui se trouve être, comme par hasard, l 'ancienne
nourrice de Madame de Ligard, avec qui elle était restée en contact.
Tout ceci n 'est qu 'un tombeau d 'élucubration, échafaudé par le cerveau
maniaque, exclusivement mu par le désir de salir la réputation de ceux qui lui
sont socialement supérieurs.
Il n 'en demeure pas moins vrai que certains éléments matériels corroborent
hypothèses. Des excréments de canards sur le tapis de sol de ma voiture.
La belle affaire.
Bien sûr, nous nous rendions fréquemment chez Caroline. Elle avait été la
nourrice de ma femme.
Je ne vois pas de preuves.
Je vois une évidence.
On a aussi relevé des traces de sang et de poils de sanglier dans votre coffre.
Ah, bravo.
Maintenant, vous savez que je chasse le sanglier.
Et vous avez découvert que ceux que j 'abats, je les mets dans le coffre de ma
voiture pour les transporter chez le boucher.
Je suis très impressionné.
Et êtes -vous allé chasser récemment ? Jeudi dernier.
Des témoins pourraient -ils corroborer que... Que quoi ? Que le sanglier est
bien mort ? Que c 'est bien moi qui l 'ai tiré ? Oui, monsieur le juge, je
produire des témoins.
Vous voulez des noms, conditions et adresses ?
Niez -vous avoir transporté le corps de Caroline Baum de sa maison de
Louvciennes jusqu 'à votre hôtel particulier de Neilly vendredi dernier ?
catégoriquement, je le nie.
Le docteur Briand est prêt à témoigner sous serment qu 'il l 'a examiné dans la
chambre jaune au deuxième étage de votre hôtel particulier.
Hypothèse tout à fait farfelue.
Caroline était gravement malade, comme vous l 'avez vous -même fait remarquer,
et elle a toujours eu une place particulière.
Le cœur de ma femme.
C 'est pourquoi nous lui rendions visite.
Caroline Baum était effectivement très malade.
Et sa dernière attaque, celle qui devait l 'emporter, ça faisait désespérément
attendre, n 'est -ce pas, monsieur de Ligard ? De quelles absurdités allez
nous gratifier maintenant ? Samedi, votre tante a son dernier rendez -vous
le dentiste.
Sa prothèse une fois posée, elle va retourner à Marly.
L 'occasion ne s 'en présentera pas de sitôt.
Alors il faut faire vite.
Et vous avez une idée.
Caroline Baum soigne son cœur avec des antalgiques, ce qui fait qu 'elle
un peu toute la journée.
Vendredi, elle déjeune et elle se couche pour une sieste digestive.
Quand elle se réveille, elle sent une présence à ses côtés.
Elle pousse un peu les couvertures.
Et elle découvre la tête d 'un sanglier mort.
Quoi ? Oui, madame.
Un sanglier abattu par votre mari la veille.
Et qui a pensé à en faire un usage assez peu orthodoxe.
Vous avez fait quoi ? Vous imaginez le choc de la pauvre femme.
Elle hurle.
Son cœur bondit.
Et c 'est l 'attaque.
Vous devriez faire interner cet homme, monsieur le juge.
De telles imaginations confinent à la pathologie clinique.
Nous avons trouvé du sang et des poils de sanglier dans la chambre de Caroline
Boum. Il concorde avec se trouver dans le coffre de votre voiture.
Il s 'agit de la même bête.
Ma place n 'est plus vue.
Excusez -moi, madame de Lisard, je me vois contrainte de vous demander, s 'il
vous plaît, si vous pouviez vous rasseoir.
Maître.
Après la mort de Caroline Boum et l 'installation de son corps dans la
jaune, quelqu 'un d 'autre meurt.
Madame Joséphine Croisy.
Il nous reste à élucider les circonstances exactes de sa mort et à
vos responsabilités dans tout cela.
Selon toute vraisemblance, Mme Croisier a dû être assassinée soit par asphyxie,
soit par empoisonnement, par la mesure où toute autre méthode aurait laissé des
traces aisément détectables par l 'embaumeur qui aurait alors signalé la
aux autorités.
C 'est tout à fait ça, monsieur.
Étant donné votre svelte constitution,
Il paraît peu probable que vous ayez pu, de quelque manière que ce soit,
étouffer Mme Croisier.
En tout cas, pas toute seule.
Il ne reste alors que l 'hypothèse du poison, qui, les statistiques l
'attestent, est la méthode préférée des criminels du sexe faible.
Une autopsie nous permettrait de tirer tout cela au clair.
Il faudrait naturellement exhumer le corps de Mme Croisier.
Je suis disposé à l 'autoriser.
Mais ne pensez -vous pas que nous pourrions lui éviter ?
Cette ultime indignité.
C 'est lui.
C 'est mon mari.
Monsieur
de
Ligard,
Après avoir installé le corps de Caroline Baum dans la chambre jaune,
ressortez par l 'entrée principale pour vous assurer que vos employés vous
voient partir et vous imaginent vous rendant à votre cercle, comme à l
'accoutumée.
Mais ce n 'est pas ce que vous faites.
Vous revenez sur vos pas, vous contournez la maison et vous empruntez
escaliers de service pour vous rendre dans la chambre Louis XV où vous
votre tante pour la tuer.
Puis vous vous précipitez à votre cercle en passant à nouveau par derrière, par
l 'escalier de service.
Vous arrivez donc un peu en retard à votre partie de bridge, vers 17h15.
Et ce n 'est que beaucoup plus tard, dans la nuit, que vous récupérez le
de Caroline Baum, qui est resté dans la chambre jaune.
Vous le ramenez discrètement chez elle, à l 'hocienne, où vous le remettez
exactement là où vous l 'aviez pris, dans son lit.
Donc vous changez évidemment les draps.
Ceux qui étaient maculés de sang et de poils de sanglier ont été retrouvés
enterrés dans le jardin. Après, il vous a suffi d 'attendre que quelqu 'un, un
voisin, le facteur, enfin n 'importe qui, constate le décès naturel de
Baum dans son lit.
Commissaire, c 'est fini ? Pour moi, oui.
Il a avoué ? Sa femme.
Sa femme l 'avait lancée.
Ah, commissaire.
Je sens en confusément qu 'il faudrait que je dise quelque chose.
Vous aviez raison.
Je l 'ai autorisé à rentrer chez elle.
Pour le moment.
Évidemment, elle demeure à la disposition de la justice.
Évidemment. La pauvre femme.
Elle était clairement sous l 'emprise de son mari.
Une d 'argent court derrière les barreaux. Je n 'arrive pas à y croire.
Et savez -vous ce que mon épouse m 'a révélé ce matin ? À propos des Delijard,
je ne savais pas.
Mais dans certains cercles, il était entendu que Mme Delijard avait fait une
mésalliance.
En fait, lui n 'appartenait pas au même monde.
Ça expliquerait bien des choses.
Vous l 'aimiez ?
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