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Original subtitles

Bonjour, Père de Bricassart.

- Joyeux Noël. - À vous aussi, Mme Smith.

Pourquoi les roses de Drogheda sont-elles les plus belles au monde?

Ne sont-elles pas magnifiques?

Mais la chaleur qui les fait fleurir me fait aussi dépérir.

Mais on n'obtient jamais rien sans rien.

C'est bien vrai. Je vais tout préparer pour la messe.

Amen.

Joyeux Noël, Mme Carson.

Combien de fois dois-je vous dire de m'appeler Mary?

- Mais vous ne m'appelez jamais Ralph. - D'accord, Ralph. Joyeux Noël.

C'est très gentil de le passer avec une vieille femme seule.

Ce n'est rien. Au contraire, c'est gentil d'avoir invité

- un prêtre seul et irlandais. - C'est vrai.

C'est votre premier Noël en exil, n'est-ce pas?

En exil?

- C'est ma première année en Australie. - Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Déjà six mois et je ne sais toujours pas

pourquoi l'Église vous a banni et envoyé dans la terre de nulle part.

Quel péché avez-vous commis? Quel vœu avez-vous rompu?

La pauvreté? L'obéissance?

La chasteté, peut-être?

Vous êtes sûre que j'ai été banni?

Bien sûr. Regardez-vous. Vous êtes aristocrate, intelligent, ambitieux,

malgré une façade d'humilité.

Et Dieu sait que vous avez un esprit subtil.

Vous êtes de l'étoffe des cardinaux.

Et vous seriez magnifique en rouge.

Vous me le dites à chacune de mes visites.

Et vous allez dire: "Ma chère Mme Carson, je suis un prêtre.

"Je peux accomplir l'œuvre de Dieu ici

"aussi bien que sur les sièges du pouvoir ecclésiastique."

J'ai parfois l'impression que vous me connaissez mieux que moi-même.

J'en suis certaine.

Très bien.

Prêts.

Partez!

Allez!

Allez! Vous pouvez y arriver.

Ralph a gagné!

- Magnifique, Père Ralph. - Bravo.

Bien joué, Père de Bricassart. Il vous plaît?

- Il est magnifique. - Bien! II est à vous. Joyeux Noël.

Merci.

J'aurai le plaisir à le monter ici,

mais je ne peux l'accepter comme cadeau.

Pourquoi? Vous avez accepté la voiture.

Parce qu'elle me permet de visiter mes paroissiens plus souvent.

Une belle distinction.

Vous acceptez mes cadeaux seulement s'ils ont une fonction sainte.

- Ce n'était pas la pauvreté. - Pardon?

Le vœu rompu qui vous a fait bannir.

C'était la chasteté, n'est-ce pas?

Très bien, voici mon cadeau de Noël:

J'ai insulté un archevêque. Une question de politique ecclésiastique locale.

Vous avez rompu le vœu d'obéissance.

- C'était ambitieux de votre part. - Je trouve du réconfort dans le fait

que le pape s'est déclaré en faveur de mes vues sur la question.

Vraiment? Et il ne vous a pas secouru?

Ma chère, les prêtres peuvent être remplacés, pas les archevêques.

Et ce n'est pas un bannissement si terrible.

Vous êtes là pour me rappeler l'existence de la civilisation

- et il y a Drogheda. - Oui.

Ça vous plairait, n'est-ce pas? Vous aimeriez avoir Drogheda.

- Ah bon? - Oui.

Si vous pouviez me charmer pour que je laisse Drogheda à l'Église,

Sa Sainteté viendrait à votre secours, vous récompenserait,

et vous donnerait peut-être même la magnifique robe rouge de cardinal.

Un plan parfait. Mais ma chère,

je suis un prêtre. Je peux servir Dieu aussi bien ici

que sur les sièges du pouvoir ecclésiastique.

Et combien vous détesteriez ça.

Mais je dois bien finir par donner Drogheda à quelqu'un, non?

Ça vaut la peine d'y penser.

Mme Smith, je dois partir.

Veuillez remercier Mme Carson pour la magnifique journée.

Ce sera tout, merci. Vous n'allez pas partir si tôt.

Il est tard et la route est longue jusqu'à la paroisse.

J'espère ne rien avoir dit cet après-midi qui vous ait contrarié.

J'entends par là toute la conversation sur le fait d'hériter de Drogheda.

- Vous ne m'avez pas du tout contrarié. - Bien.

- Y avez-vous pensé? - À quoi?

Au fait de me charmer pour avoir Drogheda,

car je n'ai pas dit que je ne pourrais pas être charmée.

Mme Carson.

Que voulez-vous de moi?

Voyons,

seulement un guide spirituel, bien sûr.

J'ai une décision à prendre

et vous êtes le seul à pouvoir m'aider.

- Je ferai ce que je peux. - Il s'agit de mon frère.

Votre frère?

Vous aviez dit ne plus avoir de famille.

J'ai un frère. Je ne l'ai pas vu depuis des années.

Il vit en Nouvelle-Zélande.

Nous avons quitté l'lrlande pour faire fortune,

mais Paddy n'a pas trop bien réussi.

Même s'il s'y connaît en matière de terre.

Et il a une maison pleine de fils.

Je pense le faire venir et faire de lui

le responsable du bétail.

Pourquoi n'y ayez-vous pas pensé plus tôt?

Si. Mais j'attendais

de voir le déroulement des choses.

Ce serait un réconfort de savoir que j'aide Paddy,

de savoir que je ne suis pas seule au monde,

réduite à laisser tous mes jolis sous à l'Église.

- C'est un cadeau très généreux. - Non.

Celui qui hérite de Drogheda

le gagne.

Merci.

Bonne nuit.

Il est temps d'y aller.

D'accord, Annie.

J'arrive.

Ça fera du bien à Mme Carson d'avoir la famille de son frère.

Je dois vous parler de la réserve de craie.

- Comment? - Il manque trois boîtes.

Je m'en occuperai.

À l'époque de Père Wattey,

on tenait mieux le compte de ces choses.

Je suis le Père de Bricassart. Désolé du retard.

Vous êtes le frère de Mary Carson?

Exact. Paddy Cleary. Voici ma femme Fiona.

Mme Cleary.

Je vais vous conduire à Drogheda.

Vous avez eu un long voyage.

Vous êtes très gentil.

- Voici mes fils. Il y a Bob. - Bonjour, Bob.

Jack et Stuie.

Enlève ton chapeau. Et Frank.

- Et qui es-tu? - Je m'appelle Meggie.

Nous allons vivre ici?

Pas vraiment. Je te montrerai ta maison plus tard, Meggie.

Meggie?

Oui, voici Meggie.

Nous ne savons comment te remercier de nous avoir fait venir ici.

À mon âge et avec ma richesse,

les vautours commencent à tournoyer.

Tu es mon seul parent.

Je n'ai pas de fils et Michael est mort depuis plus de 30 ans.

Bien longtemps seule.

- Et vous ne vous êtes pas remariée. - Remariée?

Pour qu'un homme contrôle ma personne et tous mes biens?

Non, ça ne serait pas vivre.

Non. Tant que je suis en vie, Drogheda est à moi,

seulement à moi.

- Ne l'oubliez pas. - Bien sûr.

Célébrons tout de suite une messe et je suis sûr

que nous apprécierons tous un repas chaud à votre table.

Ça semble une très bonne idée.

125000 moutons. 1000 têtes de bétail

et des terres immenses.

Le travail n'en finit pas,

mais Drogheda est le plus grand domaine du pays de Galles du Sud.

Je m'y suis employée.

Ça m'a tout l'air d'un paradis.

Si tu entends par là beaucoup de travail, tu as raison.

Mais les Cleary s'y connaissent en travail, pas vrai?

Ça ne nous a pas servi à grand-chose en lrlande.

Je ne veux pas que tu commandes, mais que tu travailles avec les hommes

et ce encore longtemps après qu'ils soient partis.

Si les choses vont mal, ce sera ta faute.

Si elles vont bien, n'attends aucun honneur.

Tu auras carte blanche pour la terre

à condition que Drogheda reste la plus grande et la meilleure.

M. Gough,

l'or se porte bien et l'investissement semble sûr.

Mais c'est vous le notaire.

L'acier a chuté depuis la guerre,

mais pas de quoi s'inquiéter.

En ce moment, Carson Limited se porte bien avec vos plans d'expansion.

Je suis donc toujours une des femmes les plus riches d'Australie.

Sinon la plus riche.

- Votre frère est-il au courant? - Non.

Et je veux que ça reste ainsi jusqu'au jour de ma mort. Compris?

Bien sûr.

Ce serait marrant de savoir ce qu'on dirait

si on savait que Drogheda n'est qu'un passe-temps pour moi.

- Bonjour. - Fee.

C'est bataille perdue.

Il y a trois choses qu'on ne peut combattre ici:

La poussière, la chaleur et les mouches.

Vous êtes différent des prêtres de Nouvelle-Zélande.

Ils sont très réservés.

Vous n'êtes pas catholique, n'est-ce pas?

Le jour où j'ai perdu la foi dans ma propre église,

je n'ai pas vu de raison de suivre un credo qui n'a pas de sens pour moi.

Mais Paddy est catholique

et on enseigne la religion aux enfants, si cela vous tracasse.

Non. Et je n'essaierai pas de vous convertir.

- Mais j'aimerais être votre ami. - Vous êtes très gentil avec nous.

J'aime connaître mes paroissiens, alors je m'arrête dans toutes les fermes.

Mais j'avoue que j'ai un faible particulier pour Drogheda.

- C'est peut-être mon sang irlandais. - Irlandais?

Je croyais que vous étiez d'origine française.

Non, de Bricassart est un vieux nom normand, mais je suis lrlandais.

Et le dernier de Bricassart de la lignée. Je suis né à County Meath,

juste à côté de la ville de Drogheda.

Le destin.

- Au revoir. Si seulement tu pouvais venir. - Amuse-toi, Stuie!

Pauvre petite Meggie.

Ce doit être dur d'être la seule fille.

Mais j'ai été bénie avec les garçons, ceux-ci et deux que j'ai enterrés.

Une mère pense à ses fils, n'est-ce pas?

Ne lambine pas. Tu dois nourrir les poules.

- Père Ralph! - Excusez-moi.

Bonjour, Meghann Cleary.

Allons nourrir les poules.

Oui, mais je veux d'abord vous montrer quelque chose.

Venez.

Qu'est-ce que c'est?

N'est-ce pas magnifique?

Oui, sans doute.

Croyez-vous vraiment que Dieu est toujours près de nous?

Pourquoi cette question, ma petite fille?

Car si c'est le cas, il est ici,

n'est-ce pas?

Dieu est dans cette grange. Tout va bien dans le monde.

Pourquoi pas? II a bien choisi une étable.

Allons. C'est un peu bête.

Pourquoi ne pas faire de ceci l'épicentre de la carte papale,

vous pourriez enfin devenir cardinal.

Qu'est-ce que ça ferait de vous? Le pape?

Non, trop ennuyeux. Satan, peut-être.

- C'est plus intéressant. - Et plus puissant.

N'importe quel paradis en a besoin pour continuer les affaires.

Vous parlez comme une jésuite.

C'est vrai, non? Sans Satan, il n'y a pas de combat.

Et le combat nous maintient en vie.

Non. Ce qui nous maintient en vie, c'est le but de ce combat:

L'espoir d'atteindre la perfection.

Si par perfection, vous voulez dire paradis...

Mais il faut mourir pour y aller, non?

II m'arrive de croire que vous voulez mon âme.

Oui...

à moins qu'elle ne soit déjà prise.

- Va chercher le lait. - Oui, maman.

Fiona, vous êtes désespérément vieux jeu.

Si vous ne remontez pas vos ourlets et ne cessez de porter des jupons,

vous allez mourir de chaud.

Où avez-vous trouvé ces meubles et ce piano?

Les meubles sont de ma grand-mère.

Elle m'a appris à jouer.

Quel était votre nom de jeune fille?

Mon père s'appelait Roderick Armstrong.

Ma chère Fiona,

les Armstrong sont pratiquement la première famille de Nouvelle-Zélande.

Vous avez régressé, n'est-ce pas?

Je ne trouve pas.

Vous êtes mieux née que nous, les Cleary.

Tout ce que j'avais en arrivant en Australie,

c'était un visage, une silhouette, plus de cervelle que n'importe quelle femme.

Mais j'ai eu Michael Carson.

Vous avez bien réussi.

Il m'a chérie jusqu'au jour de sa mort.

Vous devriez savoir comment c'est d'avoir l'amour d'un homme bon.

Michael était riche, mais c'était un idiot.

- Paddy n'est pas un idiot. - Mais il est sans le sou.

L'aimez-vous vraiment assez pour renoncer à votre place dans la société?

Mes raisons ne regardent que moi.

Je n'en parle pas.

Je peux t'aider, Frank?

Non. Ces bêtes te dévoreraient

avec cette viande de kangourou.

Arrêtez, sales bêtes!

Arrêtez!

- Tue-les! - Comment?

Ne t'inquiète pas.

Que se passe-t-il?

Papa, tante Mary a dit de tuer les chiens.

Très bien, chérie.

- Retourne au travail. - Oui.

Va chercher le pistolet.

Je ne vais pas tuer ces chiens. Ils se battaient juste un peu.

Ils se battaient juste un peu?

Aujourd'hui, ils se battent. Demain, ils sont sauvages.

On aura un enclos plein de moutons avec la gorge tranchée.

Il n'y a pas de place pour ce qui est sauvage.

Ces chiens doivent travailler et obéir.

Tout comme moi, c'est ça?

Je ne fais que ça, travailler et obéir.

C'est exact.

Et tant que je serai ton père, ça se passera comme ça.

Va chercher le pistolet.

Oui.

Bonjour.

Ne dis pas à sa majesté que j'ai allumé le moteur.

On ne l'utilise qu'en période de tonte.

Pete!

Je croyais que vous vouliez apprendre à tondre.

Si vous n'êtes pas des idiots!

Vous n'avez jamais vu une machine à tondre

et un jour vous dirigerez tout le domaine.

Elle fonctionne au moteur à vapeur?

Elle fait la tonte, fait tourner la meule,

fait marcher le vide-laine et bouillir l'eau pour le thé.

Je parie que je pourrais battre papa.

Personne ne peut le battre.

Il était le plus rapide à la tonte à la main à Wahine en Nouvelle-Zélande.

Tu ne dois pas aller chercher le lait?

Je n'ai jamais utilisé un pistolet à tondre mais je peux vous enseigner.

J'ai amené quelques moutons pour vous exercer.

Sors de là, écervelé!

Tu vas servir d'exemple!

Bob, prends un mouton.

L'homme le plus rapide à la tonte que j'aie jamais vu,

c'était le vieux Hee Sing, un Chinois.

Il battait tous les raseurs du pays.

Entre là-dedans.

Terminé.

Qu'en dis-tu?

Tu es un champion de la tonte...

Merci!

...en herbe.

Bien, Stuie. Marche droit vers lui.

Doucement.

C'est ça. Regarde-le droit dans les yeux.

C'est... Non, ne me regarde pas. Regarde-le.

Pourquoi crois-tu que je t'ai envoyé là-dedans?

C'est ça.

Ça suffit! Le pauvre n'a que 11 ans.

Continue.

- Mon... - Ne t'en mêle pas.

Mes fils ne doivent avoir peur d'aucun animal ici.

C'est ça. Continue.

- Tu trouves ça drôle? - Arrête! Frank!

Retournez tous au travail.

Refais quelque chose comme ça et je te fouette.

Vraiment? Vas-y.

Allez, tu en as la possibilité.

Tu t'es battu et as agi comme un sauvage toute ta vie.

Je ne le tolérerai plus, pas ici.

Retourne au travail.

Bonjour. Je te cherchais.

- Qu'y a-t-il? - Rien du tout.

Je ne peux jamais rien faire.

Les garçons montent à cheval jusqu'au fin fond du domaine avec Pete.

On ne me confie même pas un cheval.

Peut-être que ta maman pense que c'est dangereux.

Elle ne sait même pas que j'existe.

Tout ce qui l'intéresse, c'est Frank.

Mais je vais vous dire.

Quand je serai grande, je n'aimerai pas un de mes enfants plus que les autres.

Je vais t'aider. Qu'est-ce que tu fais?

Je nettoie cet égout pour que les moutons aient de l'eau.

Tu devrais être à l'école.

Ça ne te plairait pas?

Si. Mais ils ont besoin de moi.

Et je n'ai pas besoin d'aller à l'école pour vivre à Drogheda.

Mais si.

Quand ta famille héritera de Drogheda, tu seras une jeune fille de la société.

Il faut t'y préparer.

Qui sait. Peut-être que tu ne voudras pas passer ta vie ici.

Car aussi grand que soit Drogheda, ce n'est qu'un petit bout du monde.

Il y a tant d'autres choses ailleurs,

tant de vies que tu pourrais choisir,

tant de possibilités qui s'offriront à toi.

Ne vous arrive-t-il pas de vouloir partir et de voir le monde?

Je suis un prêtre. Je dois aller là où l'Église m'envoie.

Voyons si ça coule.

On a réussi.

Viens.

Je te ramène chez toi.

Je dois parler de certaines choses avec ta tante Mary.

Je me demande parfois pourquoi on s'embête à construire des clôtures.

Les lapins creusent dessous,

les kangourous sautent par-dessus, les cochons sauvages foncent dedans.

Regarde cette terre. On s'étonnerait que quelque chose puisse y vivre.

Ce n'est pas comme chez nous.

Tout était vert.

Il y aura un peu de vert quand les pluies arriveront,

si elles arrivent.

Non, ce sont les moutons qui ont transformé cette terre en désert...

et l'homme.

Le lapin ne risque rien, comme ça.

- Ça, c'est la vie. - Mon Dieu!

Je vais te dire ce qu'est la vie.

La vie, c'est ce que tu viens de verser par terre.

- Désolé. - Tu apprendras.

Sache que peu importe combien tu aimes la nature,

elle trouvera une douzaine de façons de te tuer avant le soir.

Qu'y a-t-il?

Qu'est-ce que tu sens?

- Qu'est-ce que c'est? - Jack, tiens le chien.

C'est un cochon sauvage, un sanglier.

- Attrapons-le. - Non.

Stuart, descends de là!

- Je veux le tuer. - Non.

Il est trop loin.

Si on tire sur un cochon sauvage, on a intérêt à le tuer,

sinon c'est lui qui tuera.

Bon sang!

- Allez. - Mais...

Non!

Merci, ma chérie.

- Qu'a fait ma fille préférée aujourd'hui? - C'était vraiment bien.

Le Père Ralph est venu me voir.

Il va voir tout le monde. Mets la table.

Oui.

- Laisse-moi faire. - C'est bon.

Tu sais ce que papa pense des hommes qui font le travail des femmes.

Je veux que tu t'entendes un peu mieux avec Paddy.

Bonjour, Paddy. Les garçons ne sont pas avec toi?

Ils sont partis avec Pete.

Ils devraient être rentrés.

Ça sent bon.

J'ai presque fini de classer les brebis.

Demain tu commenceras par les enclos éloignés

et tu assembleras les béliers pour la reproduction.

Si tu crois que je peux y arriver.

Je ne sais pas si tu le peux.

Mais l'homme avec qui tu voulais te battre aujourd'hui a démissionné!

Alors tu peux faire son travail.

Donne-lui beaucoup de provisions.

Mets-lui une bonne couverture, il part pour longtemps.

Laisse, je m'en occupe. Tu as déjà assez à faire.

- Qu'est-ce que ça veut dire? - Regarde-la.

Elle est si fatiguée qu'elle ne voit même pas bien.

Tu crois peut-être pouvoir nous traiter comme des esclaves, mais pas elle!

Ce n'est pas une stupide fille de la campagne.

Comme moi? Vas-y, dis-le.

Ta mère peut bien voir tout le respect que tu me portes.

Je suis désolé, papa.

Papa, écoute...

- Stuie a tué un sanglier! - Quoi?

Le plus gros et le plus moche qui soit. Il avait tué le chien.

Stuie s'est préparé bien calmement et...

- Bob, laisse Stuie le raconter. - C'est incroyable.

On était fermiers, à Galway.

Je devais aller chercher un taureau de reproduction à la ferme voisine.

On était trop pauvres pour en avoir un.

J'ai essayé, mais le vieux taureau était un tueur.

J'ai dû rentrer sans lui.

Mon père m'a traité de lâche et de bon à rien.

Il a dit qu'il me montrerait comment attraper un taureau.

Je me suis senti si mal que j'ai pleuré.

Au bout d'un moment, j'ai levé la tête

et j'ai vu mon père qui descendait le chemin.

Il tenait bien une corde, mais il n'y avait pas de taureau au bout.

Il est venu vers moi. Il n'a pas soufflé mot.

Mais il ne m'a plus jamais traité de lâche.

Pour l'abondance que nous allons recevoir,

pour la beauté de la terre et du ciel

et pour les bénédictions des enfants que tu nous as donnés, Seigneur,

nous te sommes reconnaissants.

Amen.

Tu es superbe, Fee.

Paddy, je...

Mary pensait que je serais plus à l'aise dans des vêtements plus légers.

- Tu lui as parlé du bébé? - Non.

Stuie est un sacré gars, n'est-ce pas?

Quoi qu'on lui dise, il est heureux.

Ça en fait un, au moins.

Désolé d'avoir encore perdu patience avec Frank.

Non, il avait tort.

Il y a quelque chose en lui que je ne comprends pas. Quelque chose

de sauvage.

Mais ce qu'il a dit sur le fait que tu travailles dur,

c'est vrai.

Je sais que ce n'est pas encore la vie que tu devrais avoir, mais...

- un jour. - Ne parle pas d'un jour.

Tu m'as donné tout ce qu'une femme peut attendre.

Comment allons-nous appeler ce bébé?

- Ça sent encore les œufs. - C'est le soufre.

Le Père Ralph dit que l'enfer doit sentir comme ça.

Petite sotte.

Que fais-tu debout?

Tu ne devrais pas. Tu pars tôt demain.

Il fait trop chaud pour dormir.

Qu'y a-t-il?

Tu as boudé toute la semaine.

Je ne veux pas aller à l'école et te quitter.

Petite idiote.

Gillanbone n'est qu'à 65 kilomètres.

- Le Père Ralph sera là. - Oui.

Tu vas me manquer.

Et maman a vraiment besoin de mon aide.

Assieds-toi une minute et écoute-moi.

Ils ont toujours dit de travailler ensemble pour le bien de tous.

De ne jamais penser d'abord à soi.

Pense à toi car ils ne le feront pas.

Si.

C'est papa qui m'a permis d'aller à l'école.

Parce que le Père Ralph a insisté.

Il s'est arrangé pour que tante Mary paie pour toi, la vieille sorcière avare.

Je veux que tu y ailles,

tu entends?

Je veux que tu y ailles.

Courez, les enfants.

Pauvre Meggie. Elle a tant de mal à s'adapter.

- Où en est notre petit projet? - Presque fini. Excusez-moi.

Montre tes mains, s'il te plaît.

Tes mains, Meghann Cleary.

On les ronge encore, n'est-ce pas?

Oui, ma Sœur.

Très bien.

Retourne-les.

Ça suffit. Merci.

Viens.

Je suis désolée.

Vous allez me renvoyer à Drogheda?

Cela dépend de toi.

- Tu veux rentrer? - Non. J'aime l'école

et être ici avec vous.

Mais Sœur Agatha...

Je crois qu'elle comprend un peu mieux maintenant, non?

Le couvent n'est pas très accueillant pour toi.

En fait,

Annie et moi, nous avons pensé

que tu avais besoin de ta propre chambre,

ici, avec nous.

- Ça te plairait? - Je peux? Vraiment?

Viens.

Pourquoi me bouleverses-tu autant?

Pourquoi remplis-tu le vide que Dieu ne peut remplir?

Frank.

J'ai pensé que tu voudrais de la compagnie.

Ta mère dit que tu es seul depuis des semaines.

Ce n'est pas encore assez.

Comment va Meggie?

Ça se passe très bien à l'école. Elle t'embrasse.

Il faut rentrer ce troupeau.

Les moissons approchent.

Pourquoi êtes-vous devenu prêtre?

Parce que j'aime Dieu.

Et je veux aider les autres à sentir son amour.

Pourquoi cette question?

Parce que vous n'avez pas l'air d'un prêtre.

Être ici me permet

d'échapper à mes devoirs de prêtre à la paroisse.

Je crains d'en avoir besoin.

Je vous comprends.

Coincé ici

dans cet enfer.

- Ce n'est pas du gâteau. - Non.

L'Église a tellement de pouvoir.

Ou c'est plutôt Dieu qui travaille à travers l'Église.

Le pouvoir de former la vie de millions de gens

pour changer tout le cours de l'histoire.

Et je veux y prendre part.

J'essaie de ne pas oublier que même ici,

j'ai ce pouvoir,

mais il m'arrive de trouver ça très difficile.

Alors pourquoi ne pas vous sauver?

Pourquoi supporter ça, un homme comme vous?

Vous pourriez être tout ce que vous voulez.

Mais je renoncerais à mon ambition,

à mon désir d'être le prêtre parfait.

- "Le prêtre parfait." - Comment expliquer ça?

Je suis un récipient

et je suis parfois empli de Dieu.

Si j'étais un meilleur prêtre,

il n'y aurait pas de périodes de vide, pas de besoin de m'échapper.

Je serais toujours empli de Dieu.

Voici la perfection pour moi.

Personne ne peut être aussi parfait,

- pas même vous. - Moi peut-être encore moins.

Et ça n'a pas été facile de respecter mes vœux,

d'oublier l'amour d'une femme ou de l'argent,

ou d'être obéissant.

C'est ce qui a été le plus dur pour moi, l'obéissance.

Mais j'ai appris à obéir.

Cet endroit me l'a enseigné.

Je devrais peut-être devenir prêtre.

Je réussirais sans problème.

Pas de femme, pas d'argent et...

combien j'obéis bien.

"Oui, papa. Non, papa. D'accord, papa."

Pourquoi le supportes-tu?

Parce que je ne peux pas m'enfuir.

Mais tu as 22 ans. Il ne peut plus te contrôler.

Il me contrôlera jusqu'à ma mort.

Non. Tu es un homme

et tu as passé l'âge d'être contrôlé.

Si on est contrôlé, c'est par quelque chose d'autre

ou par quelqu'un d'autre.

Maman.

C'est tellement beau.

Je me suis fait tant de souci pour toi.

Dehors pendant deux semaines dans cette tempête.

Mon Dieu.

Il t'a encore mise en cloque.

Il ne peut pas te laisser tranquille, hein?

C'est comme ça que tu es venu au monde.

- Cela mérite le même respect. - Le respect?

Alors qu'il te tripote comme un cochon?

C'est mon mari!

Si tu l'insultes, tu m'insultes.

Je ne suis pas la Vierge Marie.

Je ne suis pas pure, sans tache, ni sainte.

- Je finirai par le tuer. - Alors tu me tueras aussi.

Non!

Je te libérerai!

Je ne serai jamais libre.

Je ne veux pas être libre.

Mon Dieu.

Maman.

Regarde-toi!

Regarde ta vie. Quel gâchis!

Tu n'es pas faite pour lui!

Tu es un homme, désormais.

Tu dois cesser de penser autant à moi.

Tu as besoin d'une femme.

Il est temps.

- Père, dans quel état vous êtes! - J'aurai dû passer par-derrière.

Ce n'est rien. Laissez vos affaires ici. Je les prendrai plus tard.

Merci, Mme Smith.

Vous êtes le plus bel homme que j'aie jamais vu, Ralph de Bricassart.

Mais, naturellement, vous le savez déjà.

Bizarre comme vous considérez les mortels avec mépris

parce qu'ils admirent cette beauté.

Et pourtant vous l'utiliseriez sans scrupules

pour obtenir ce que vous désirez, n'est-ce pas?

- Je croyais que vous vouliez mon âme. - C'est le cas.

Car à mon âge, officiellement,

je suis censée contrôler les désirs de mon corps.

Et personne ne doit espérer de miracle,

même de votre part.

Combien de femmes vous ont aimé? Mis à part votre mère?

M'aimait-elle?

Je ne sais pas.

Elle a fini par me détester.

Parce que vous n'aviez pas besoin d'elle.

J'avais davantage besoin de Dieu.

Intéressant.

Et maintenant...

Vous ne pouvez pas désirer de femme,

n'est-ce pas, Cardinal de Bricassart?

Comme je suis contente que vous soyez revenu.

Qu'y a-t-il?

Je n'aurai jamais ce que je veux!

Ne serai jamais ce que je veux!

Et je ne sais pas comment cesser

de vouloir!

Tout va bien.

Tout va bien.

C'est juste que parfois, les leçons de Dieu sont très dures pour moi.

Comme Sœur Ag et sa règle.

Oui.

Viens.

Il fait froid ici.

BIENVENUE À LA FÊTE annuelle de 1921

LA PLUS BELLE FOIRE DU NOUVEAU PAYS DE GALLES DU SUD - 19, 20 JUILLET

Bonjour.

Tu ne vas rien manger ce soir. Non, merci. Pas pour moi.

Voyons si nous pouvons trouver ta famille.

Mesdames et messieurs, j'ai le plaisir de vous présenter

la Reine de la fête de Gillanbone de 1921, Mlle Judy Sutton.

Bravo, Judy.

Mon Dieu, c'est le bon Père.

- Mes félicitations. - Un baiser pour Mlle Gilly?

Allez, donnez-moi quelque chose à confesser dimanche.

Je ne peux pas rendre ma préférée jalouse, n'est-ce pas?

Elle tourne encore et encore,

la Roue de la fortune. Approchez.

Bien. Amusez-vous,

mais n'allez pas au pub.

Merci.

Allons chercher Pete et décharger les béliers.

Tiens, fiston.

- Papa! Frank! - Meggie, ma chérie!

Bonjour. Quelle allure en uniforme.

Où est Stuie? Où est maman?

Devant bientôt accoucher, on a pensé qu'il valait mieux qu'elle ne voyage pas.

Stuie est resté à la maison avec elle.

Viens. Stuie mourait d'envie de te voir.

Peu importe. On va lui acheter une jolie chose avec cet argent, d'accord?

Bonjour, tante Mary.

- Mon Père. - Vous êtes superbe.

Allez-vous rester?

J'espérais que vous m'inviteriez à dormir au presbytère.

- Tu peux dormir dans ma chambre. - Dans ta chambre?

- Je croyais que tu étais au couvent. - Non.

Le Père Ralph m'a donné une chambre juste à côté de la sienne.

Vous êtes la bienvenue.

Ma gouvernante se fera une joie de partager sa chambre avec Meggie.

Non, merci. Je ne voudrais pas perturber vos petits

arrangements.

Jolie course, Alastair.

- Félicitations. Quel beau cheval! - Merci.

Angus, voici mon frère, Paddy Cleary.

- Angus MacQueen et son fils Alastair. - Enchanté!

Voici ma tante, Sarah MacQueen.

- M. Cleary, madame. - Bonjour.

Sarah, comment est Melbourne ces temps-ci?

Je l'ignore.

Je suis restée longtemps à Palm Beach.

Puis à Hawaï. Bien sûr, on meurt d'envie d'aller sur le continent,

mais ça reste très déprimant depuis la guerre.

Paddy, peux-tu m'apporter encore du champagne, s'il te plaît.

Excusez-moi.

Désolé.

Vous semblez avoir besoin d'un verre.

- Bonjour, M. Gough. - Pas de "M. Gough" qui tienne.

- Appelez-moi Harry. - Bien, Harry, alors.

Je me sens comme un idiot et c'est le cas.

Si Fee était là, elle serait parmi les siens, mais moi...

Ces squatters se donnent de grands airs, n'est-ce pas?

Ils oublient que leurs grands-pères ont été marqués au fer rouge

et envoyés sur des bateaux. Mais il faut vous y faire.

Un jour, vous dirigerez tout le troupeau.

Ne m'en parlez pas.

Dépêchons-nous tant que le pub est ouvert. Il ferme tôt ces temps-ci.

- J'aimerais bien, mais Mary voulait du... - Champagne pour Mme Carson.

Heureusement que nous n'avons pas la prohibition comme les Ricains.

Voici la fameuse troupe de boxeurs de Jimmy Sharman.

Les plus grands au monde.

Et une récompense pour celui qui sera assez courageux pour les défier.

Regardez, ils sont en caleçon.

Allez, avancez. Cinq minutes avant le combat!

Allez. Qui les défie pour cinq livres? Votre dernière chance.

C'est parti! Cinq minutes avant le combat.

Allez. Qui veut gagner cinq livres? Regardez leur taille, c'est faisable.

- Moi. - Vous? Montez!

Frank, non.

On a un preneur. Courageux. Venez, montez.

Voici une paire de gants pour vous.

Pourquoi riez-vous? Ce n'est pas la taille du chien qui importe

mais sont désir de combat. N'est-ce pas?

Allez, entrez.

- Viens. - Non. Je veux rester.

C'est impossible. Ton père me fouetterait jusqu'au sang et il aurait raison. Viens.

Je veux rester avec Frank!

Offrez à votre dame du poisson et de la bière.

Qu'avez-vous à perdre? Vous travaillez plus dur à la ferme.

Allez, c'est parti.

Ce jeune homme courageux, c'est Frank Cleary.

Cessez le combat!

Regardez, j'ai gagné. Quatre combats et j'ai gagné.

C'était trop effrayant.

Vous l'avez laissée regarder?

À moins de la ligoter, je ne voyais pas comment l'éloigner.

Ne te fâche pas. Elle est déjà assez contrariée.

Ne dis pas à papa que tu y étais,

c'est compris?

Tu as vraiment gagné?

Tu n'as pas entendu que je t'appelais?

Tu devais me retrouver...

Mon Dieu, regarde-toi.

Je te cherche partout et toi tu es encore à te bagarrer.

Pas à me bagarrer. À boxer.

J'ai battu quatre des champions de Jimmy Sharman.

Des champions. Une poignée de ratés débiles

d'une foire de campagne.

J'ai gagné 20 livres. Plus que ce que te donne tante Mary en un mois.

20 livres et le respect de tous les hommes présents.

Le respect!

Pourquoi ne grandis-tu pas? Au moins pour le bien de ta mère.

Pour son bien? Vieux pervers.

Après ce que tu lui as fait. Tu ne peux pas la laisser tranquille.

- Il faut que tu la touches. - Ne me parle pas comme ça.

Je suis son mari.

Tu n'es rien qu'un bélier en rut.

Tu ne vaux pas mieux que le bâtard qui est ton père, quel qu'il soit.

Mon Dieu. Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Ce n'est pas ce que je voulais dire.

C'est ce que tu voulais dire.

Lâchez-moi. Je ne le toucherai pas, je le jure devant Dieu.

Tu le jures devant Dieu.

Dieu pourrisse votre âme. Si vous avez fait du mal à cette enfant, je vous tuerai.

J'aurais dû vous laisser vous entretuer, espèces de crétins égoïstes.

Fiston,

ce que j'ai dit, ce n'est pas vrai.

Non.

Je l'ai toujours senti.

J'ai toujours su que tu passais après moi,

qu'elle était d'abord à moi.

Je t'en ai toujours voulu de l'avoir traînée vers le fond toutes ces années.

C'était moi.

Non.

Ce n'est pas ta faute.

Parfois, les voies du Seigneur sont impénétrables.

Vos sermons me donnent envie de vomir!

Peu importe.

Peu importe. Je m'en vais. Et je ne reviendrai jamais.

Tu ne peux pas partir.

Que vais-je dire à ta mère?

Tu comptes plus pour elle que nous tous réunis.

Elle ne me le pardonnerait jamais.

Dieu du ciel.

Qu'est-ce qui vous a pris de le lui dire?

Mon Dieu. Pourquoi n'es-tu pas assez grande pour que je puisse t'expliquer?

Meggie.

Petite sotte.

Cette dispute que nous avons eue, papa et moi,

c'est juste le signe qu'il est temps pour moi de vivre pour mon compte.

Mais tu ne dois pas en parler à maman, tu m'entends?

Tu ne vas pas dire au revoir à maman?

Je lui écrirai. Elle comprendra.

Où vas-tu aller?

Tu sais, l'argent que j'ai gagné avec la boxe.

L'homme qui possède toute la troupe, Jimmy Sharman,

il veut que je sois un de ses boxeurs réguliers.

- Vraiment? - Imagine.

Je voyagerai dans tout le pays et je verrai des choses dont je n'ai jamais rêvé.

J'aimerais que tu m'emmènes avec toi.

Tu le feras?

Non. Quelle vie ce serait pour toi?

Tu dois rester ici et apprendre à être une grande dame.

Car tu sais quoi?

Tu seras grande plus tôt que tu ne le crois.

Pourquoi est-ce que tu ne m'aimes plus?

- Je t'aime. - Non.

- Tu ne m'abandonnerais pas, sinon. - Ma chère Meggie.

Personne ne t'aimera jamais plus que moi.

Frank.

J'étais ouvrier agricole.

Je voyais Fee de loin qui marchait avec Frank.

Ce n'était alors qu'un bébé.

Et un jour, le vieux Roderick Armstrong est venu me voir.

Il a dit que sa fille avait déshonoré la famille.

Ils voulaient la renvoyer, mais la grand-mère ne voulait pas.

La vieille femme était mourante, plus rien ne pouvait les en empêcher.

Il a dit...

que si j'épousais Fee, si je l'emmenais,

qu'ils me paieraient suffisamment pour vivre.

Et vous avez épousé une femme au-dessus de votre rang.

Mais ce n'était pas pour l'argent.

Elle était tellement belle.

Je voulais qu'elle soit en sécurité, qu'on n'abuse pas d'elle.

Elle est toujours belle pour moi.

C'est le cas.

Et en Meggie, je peux voir à quoi elle ressemblait alors.

Oui.

Au début, j'avais peur d'elle à en mourir.

Il m'a fallu deux ans pour avoir le courage...

de me comporter en mari digne de ce nom.

Je l'aime tellement.

Je sais qu'elle n'a jamais ressenti ça pour moi.

Pas même dans les moments les plus privés de notre vie.

Mais pas une fois, pendant toutes ces années,

elle ne s'est plainte, n'a pleuré...

ou ri.

Comment va Meggie?

Au nom du ciel, que s'est-il passé aujourd'hui?

Promettez-moi que vous ne me quitterez jamais.

Ma chère Meggie.

- Frank devait partir. - Pourquoi?

Parce qu'il souffrait trop pour rester.

Il souffrira plus sans maman et moi,

car nous sommes les personnes qui l'aimons.

Pour chacun vient un moment

où il faut chercher la chose dont on croit avoir besoin plus que tout.

Quel qu'en soit le prix.

Vous voulez dire ce qui rend heureux?

Heureux.

Il existe une histoire,

une légende

au sujet d'un oiseau qui ne chante qu'une fois dans sa vie.

Dès qu'il quitte son nid, il part à la recherche d'un arbre à épines

et il ne connaîtra pas le repos avant de l'avoir trouvé. Et il chante

mieux que n'importe quelle créature sur terre.

Il chante

et s'empale sur l'épine la plus longue et la plus acérée.

Mais en mourant,

il transcende son agonie

pour chanter plus fort que l'alouette et le rossignol.

L'oiseau à épine a donné sa vie

pour un seul chant,

mais le monde entier s'arrête pour l'écouter.

Et Dieu sourit au paradis.

Qu'est-ce que ça signifie?

Que le meilleur

ne s'acquiert qu'au prix d'une grande

souffrance.

Merci. Quelle joie de t'avoir avec moi pour faire ça.

Je t'appellerai désormais "Notre demoiselle des portails".

Combien y a-t-il de portails entre Gillanbone et Drogheda?

- Vingt-sept. - Vingt-sept.

Et cela signifie qu'on doit s'arrêter et descendre...

combien de fois?

- Cinquante-quatre fois. - Bravo.

Cinquante-quatre fois pour aller et cinquante-quatre pour rentrer.

Si un prêtre devait faire la route de Gilly à Drogheda

pour voir la personne qu'il préfère, disons, une fois par mois,

combien de fois devrait-il s'arrêter et descendre en un an?

C'est bon.

Avec le bébé, je serai trop occupée pour que l'école me manque.

Parfois, je voudrais ouvrir grand ces portails,

filer et ne jamais m'arrêter.

Laisser les 27 portails ouverts

comme des bouches béantes derrière moi.

Au revoir.

Bonjour, maman.

Bonjour.

Hal est magnifique.

Père de Bricassart, quelle joie de vous revoir.

Pourquoi avoir fait ça?

La robe que vous portez suffirait à payer son éducation pour le reste de l'année.

Je crois que je ne vous ai jamais vu aussi

passionné.

Il valait mieux retirer Meghann de l'école.

Fee ne se porte pas bien. Elle a besoin d'aide.

Pourquoi détestez-vous autant Meggie?

C'est une petite fille belle et intelligente,

et il semble pourtant que personne ne se soucie d'elle!

Ce qui signifie que vous pouvez être sûr de son amour.

Et c'est tellement innocent et sûr pour vous, n'est-ce pas?

Aucun danger pour votre réputation,

aucune menace pour vos ambitions pas si saintes.

C'est indigne, même venant de vous.

Je suis, après tout, un prêtre.

Vous êtes d'abord un homme.

Non. Un prêtre.

D'abord, ensuite

et toujours.

DEUX ANS PLUS TARD

Tu t'améliores beaucoup.

Dans un an, tu seras prête pour les courses de chevaux de la fête de Gilly.

Mais dans un an, vous pourriez être à Rome.

Pauvre petit Hal. Je crois qu'il a un peu de fièvre.

Mme Smith, emmenez les enfants

à la cuisine pour le thé.

Avez-vous entendu la nouvelle?

Le pape a décidé que l'Australie devrait avoir son propre cardinal.

Vous suivez la politique de l'Église?

C'est si fascinant, vous ne trouvez pas? Sa Sainteté envoie un légat

pour visiter ce pays de long en large

et trouver un homme assez digne pour porter la barrette.

Ça ressemble à Cendrillon.

Même si j'aime me disputer avec vous, il est temps de faire une trêve.

Une trêve?

Le prêtre se confesse.

Il est vrai que j'ai eu des ambitions. De grandes ambitions

que j'ai contrecarrées par mon stupide manque d'humilité.

Et on m'a envoyé ici.

Et vous étiez là. Une bonne catholique, avec Drogheda et sans héritiers,

ou ainsi croyais-je.

Et vous avez pensé: "Mon billet pour le Vatican."

Dit avec une cruauté typique, mais peut-être méritée.

Le fait est que j'ai changé

et ce largement grâce à vous.

À moi?

En faisant des Cleary vos héritiers, vous avez brisé tous mes espoirs.

Mais cela m'a aussi libéré de tous mes anciens désirs.

Je suis un prêtre. Rien de plus.

- Et satisfait. - Bravo.

Je ne me souviens pas avoir autant apprécié une prestation.

"Tous mes anciens désirs." C'est magnifique.

Je vais encore vous laisser mijoter un peu,

mais le jour de la punition approche. N'en doutez pas.

Combien vous aimez l'illusion de votre pouvoir.

- Ne me faites pas avoir pitié de vous. - Pitié?

Vous ne croyez pas que je peux vous faire de mal?

Je pourrais vous amener à vous vendre comme une putain peinturlurée

avant d'en avoir fini avec vous.

Je suis sûr que vous essaierez, mais soyez prudente.

En essayant tant de détruire mon âme, vous pourriez perdre la vôtre.

- Si vous en avez encore une à perdre. - Ou vous une à détruire!

Dans un pays chrétien, tout ce tumulte annoncerait la pluie.

Ces terres sont complètement sèches.

Pas un brin d'herbe où que ce soit.

Nous aurions de la chance si cet éclair foudroyait la ferme.

Ai-je vraiment dit que Drogheda était le paradis? Bonne nuit.

Papa, viens. Le petit Hal est très malade.

- C'est très grave. - Mon Dieu, faites venir un médecin!

J'ai téléphoné de chez tante Mary. Il est à Dibben-Dibben.

Bob, va chercher d'autre soufre au dépôt, veux-tu?

"Que le Christ reçoive ceux qui t'appartiennent

"et que les anges soutiennent les descendants du sein d'Abraham."

Gilly Man se joint aux boxeurs de Sharman

Meggie, ça ne va pas?

Si, je vais bien.

Bien sûr que non. Pourquoi tu veux rien me dire?

J'ai rien. Fiche-moi la paix!

Elle recommence, mon Père.

Elle a changé depuis que le petit Hal est mort.

Je sais. Elle ne me parle pas non plus.

Il faut faire quelque chose.

Meggie.

Meggie, écoute-moi.

Il faut arrêter ça.

Je sais combien tu aimais Hal, mais je ne veux plus que tu te rendes malade.

Meggie, je t'en prie.

Il m'est insupportable de te voir dépérir!

Mon Père, si vous saviez comme j'ai honte.

Ça n'a rien à voir avec Hal.

- C'est vrai qu'il me manque, mais... - Mais quoi? Tu es malade?

- Je ne peux pas vous le dire. - Tu peux tout me dire.

C'est pour ça que je suis là.

Je suis un prêtre et je t'aime de la même façon que Dieu t'aime.

Mon Père,

je vais mourir.

- Mourir? - Comme Hal.

Sauf que ça ressemble à une tumeur, une maladie comme ça.

Qu'est-ce qui te le fait croire, mon ange?

J'ai des douleurs horribles, mon Père.

Et je perds aussi beaucoup de sang.

Mais ce n'est pas tout le temps.

- Une fois par mois? - Oui.

Comment vous savez ça?

Mon petit cœur chéri,

tu ne vas pas mourir. Tu deviens grande.

Désolé que ta maman ne t'ait pas expliqué tout cela.

- Elle aurait dû t'avertir. - Parce que maman saigne aussi?

Toutes les femmes en bonne santé. Sauf quand elles attendent un bébé

parce qu'alors le sang sert à nourrir le bébé qu'elles portent.

- Tu comprends? - Pas tout à fait.

Comme quand on dit: "Béni soit le fruit de tes entrailles"?

C'est ça.

Est-ce que tu sais

- comment se font les bébés? - Bien sûr, mon Père.

Ça vient de l'accouplement, comme les brebis et les béliers.

J'ai essayé de les regarder mais papa a dit que c'était mal.

Mais j'ai entendu mes frères en parler.

- C'est mal, mon Père? - Mais non...

Tu vois, avec les gens, ce n'est pas la même chose.

Ou ça ne devrait pas l'être. Car Dieu a voulu, je crois,

que quand un homme et une femme s'accouplent, ils le fassent

de façon à prouver leur amour.

Ce n'est pas seulement une union des corps, mais aussi des âmes.

- Ce doit être merveilleux. - Oui, ce doit l'être.

- Ce sera comme ça pour vous et moi? - Quoi?

Quand je serai grande et qu'on se mariera.

Tu sais bien que les prêtres ne peuvent pas se marier.

- Alors ne soyez plus prêtre. - Non.

Non. Je ne cesserai jamais d'être un prêtre.

Jamais.

- Si tu me montrais tes tartelettes? - Oui, venez.

Je suis si heureuse de ne pas mourir.

- Que deviendrais-je sans vous? - Petite sotte, tu ne seras jamais sans moi.

CINQ ANS PLUS TARD - NOVEMBRE 1929

Qu'est-ce que sa majesté peut me vouloir à cette heure?

Dieu seul le sait. J'ai un tas de choses à faire et les invités sont presque tous là.

Donne-la-moi, Judy. Je dois monter de toute façon.

Entrez.

Bon anniversaire, madame. Vous êtes vraiment superbe.

Merci, Pete.

Mais à mon âge, les anniversaires ne sont pas une si belle chose.

Qu'est-ce que c'est?

Je montais cette robe à Meggie. J'ai pensé que vous accepteriez

que les Cleary s'habillent ici.

Ils sont venus à pied et la route est tellement poussiéreuse.

Bien.

C'est une jolie couleur pour elle. Comment ça s'appelle?

Cendres de rose, madame. C'est la grande mode, ces temps-ci.

Ce soir vous l'aiderez à s'habiller.

Nous voulons qu'elle soit absolument irrésistible.

Est-ce que le Père de Bricassart est déjà arrivé?

Non, pas encore. Mais votre notaire, M. Gough, est là.

Bien.

Je veux que vous me regardiez tous les deux signer ce papier

et ensuite je vous demanderai d'apposer vos noms sous le mien.

- Vous savez écrire, Pete? - Je me débrouille.

Parfait.

C'est juste pour témoigner

qu'il s'agit bien de ma signature

dans le cas où on la contesterait.

Bien.

- Et dites à Harry Gough de venir. - Oui.

Je préviens M. Gough.

Mme Cleary, vous êtes éblouissante.

Merci.

Pour une fois, Mary a donné assez d'argent pour que les mites puissent s'envoler.

Elle ne veut pas que ses parents pauvres lui fassent honte pour son anniversaire.

Je dois aller habiller Meggie ou elle va être en retard.

Paddy,

tu ressembles à un diplomate.

Tu crois?

Je me fais l'effet d'un croque-mort.

Mais toi...

Tu es extraordinaire.

N'est-ce pas qu'elle est extraordinaire?

Ma chère Fee, vous avez l'air d'être la châtelaine du manoir.

Est-ce le notaire qui parle?

- Aide-moi à mettre ça, veux-tu? - Oui.

Je crois que ça ira même si elles ne sont pas tout à fait vraies.

Peu importe.

Je pourrai un jour t'offrir le plus joli collier de perles de toute l'Australie.

C'est inimaginable ce qu'il reste peu d'hommes intéressants depuis la guerre.

Il y a maintenant 10 ans. Je veux dire que c'est presque une vie.

Ou ils sont gâteux ou ce sont des enfants.

Où est donc Meggie?

Mme Smith a dit qu'elle arrivait.

- C'est Stuart Cleary. - Le petit Stuie Cleary?

Si tu veux mon avis, il n'est pas mal

mais il a l'air d'un péquenaud comme tous les Cleary.

Il irait pour toi.

Ils seront terriblement riches quand la vieille n'y sera plus.

- Mon Père. - Bon anniversaire.

Vous êtes éblouissante, comme une jeune fille.

Vous vous êtes surpassée. Il n'y a pas dû y avoir de fête si grandiose depuis 50 ans.

Sans aucun doute. J'espère que vous allez rester

car j'ai préparé de vraies festivités pour demain.

J'en serais ravi.

- Harry. - Bonsoir, mon Père.

- Comme je suis heureuse de vous voir. - Bonsoir, Mlle Carmichael.

Vous avez été affreusement négligent.

Ma mère disait l'autre jour

que vous n'étiez pas venu à Beel-Beel depuis une éternité.

Merci.

- Bonsoir, Alastair. - Comment allez-vous?

Paddy, vous vous rappelez ma sœur, Sarah.

Oui, naturellement. Mais vous ne connaissez pas ma femme, Fiona.

Seigneur, je n'aurais jamais imaginé que vous étiez la femme de Paddy.

Sarah vient de rentrer des États-Unis.

Mes chers, vous ne pouvez pas savoir ce que le krach provoque.

À Wall Street, c'est la ruine.

Les gens se jettent par les fenêtres.

Ça n'aura pas lieu ici. Pas avec le marché de la laine que nous avons.

Savez-vous combien l'Australie a exporté l'an dernier?

Dieu du ciel. Qui est-ce?

Excusez-moi.

- Meggie, tu es magnifique. - Merci, Stuie.

À la santé de Mary Carson.

Ma chère et généreuse sœur, une grande dame.

La reine de ce magnifique domaine de Drogheda.

Puisse-t-elle y régner à tout jamais.

Merci à tous. Et merci à toi, Paddy, pour tes bonnes paroles et tes souhaits.

Mais nul ne règne à tout jamais.

Il est proche le moment où je devrai remettre Drogheda à quelqu'un d'autre.

Comme nous le savons tous, en particulier ceux qui ont connu

les inondations et la sécheresse, le froid et la canicule, et qui cependant

ont prospéré

et sont devenus les maîtres des terres alentours.

Cette terre peut être un paradis

ou un enfer.

Mon souhait pour celui qui prendra le domaine après moi,

c'est que ce soit plus souvent l'un

que l'autre.

- Venez danser. - Non. Je n'ai plus l'âge.

C'est ridicule. J'insiste.

C'était un magnifique discours. Cela a fait plaisir à Paddy.

Je me demande si elle ne devient pas un peu sénile.

Ça a tout l'air d'être une toilette de mariée.

C'est tout à fait inconvenant.

On aurait pu lui dire qu'elle ressemblait à la mort avec son linceul.

La Belle et la Bête.

Comme il lui sourit. On dirait que ça lui est égal qu'elle ait lâché le paquet aux Cleary.

Étant aussi joli garçon, ça ne peut être qu'un saint.

Les petits Cleary, ça les rend beaucoup plus intéressants.

- C'est une grande vieille fille. - Oui, ça, elle l'est.

À propos, je voulais vous demander...

D'habitude les courses à Gilly sont présidées par votre sœur,

mais j'aimerais que vous acceptiez de la remplacer cette année,

étant donné qu'elle a refusé.

Merci, Angus.

- Qu'est-ce qu'il y a? Ça ne va pas? - Si, ça va très bien.

Il est temps que les autres dansent.

- Bien sûr. - Je vous en prie, dansez.

Cynthia.

Je ne pensais pas qu'on pouvait encore danser ensemble.

La dernière fois, c'était quand?

Ça fera 30 ans en janvier.

- Comment peux-tu t'en souvenir? - Je m'en souviens très bien.

Nous sommes allés au Century Ball à Wahine pour le réveillon du nouvel an.

Frank était tout bébé.

Bonsoir. M'accordez-vous cette danse?

Merci, Alastair.

Je ne sais pas danser.

De toute façon, il fait trop chaud pour danser.

- Aimeriez-vous boire un punch? - Oui, merci.

Regarde un peu les garçons. Ils ont l'air aussi timides que des kangourous.

C'est de ma faute. J'aurais dû leur apprendre quelques talents de société:

Tels que danser et comment parler à une demoiselle.

Mais durant toutes ces années, il y a eu beaucoup de travail à faire.

Nous réalisons juste les changements qui vont avoir lieu dans nos vies.

Ça te rendra heureux d'être riche?

Je ne serai jamais un homme riche. Même si j'avais un million de livres.

Je ne saurais pas comment m'y prendre.

La seule chose, c'est de savoir que tu vivras comme tu aurais toujours dû,

que tu retrouveras ton rang.

C'est ça le bonheur pour moi.

À propos du bingo. Patricia s'est mis dans la tête...

Je dois m'y opposer. Vous devriez avoir une petite discussion...

Mon Père?

- Est-ce que vous vous amusez? - Oui.

Et toi?

Oui, c'est une soirée merveilleuse.

Excuse-moi.

Elle est adorable, n'est-ce pas?

Pas un homme dans cette pièce

qui ne serait pas prêt à tout abandonner pour elle.

Voilà que vous me tourmentez encore.

Pas un homme, excepté vous, peut-être.

Il y a de cela bien longtemps, je vous ai offert une chance de devenir cardinal,

mais vous m'avez repoussée.

Cependant je me demande, si vous deviez choisir entre Meggie

ou être cardinal,

ce que vous choisiriez.

Qu'aurais-je fait sans vous durant toutes ces années passées ici?

Votre esprit, votre sensibilité,

votre malice.

Mon Père, pourquoi n'êtes-vous jamais avec moi?

Parlez-moi.

Quelque chose ne va pas?

Tu es adorable.

Une vraie jeune fille.

Il faut que je voie les MacQueen.

Meggie.

Quelle robe délicieuse.

Merci, Mlle Carmichael.

C'est Mme Smith qui l'a faite. J'ai un peu aidé.

Ah oui?

Je n'ai rien vu de semblable dans les magazines de mode.

J'espère bien vous voir au départ de la course de chevaux.

Ralph m'a dit que vous deviendrez une bonne cavalière un jour.

On dit qu'il ne peut pas rester bien longtemps

sans venir à Drogheda.

C'est bien aimable de la part de Ralph de tant s'intéresser aux Cleary.

Vous ne m'avez pas invitée une seule fois de toute la soirée.

Nous allons danser le black bottom.

Vous le dansez toujours si merveilleusement.

Regardez, vous tous, le Père va danser le black bottom.

Je suis lasse, je vais me retirer.

Excusez-moi. C'est presque l'aube, mais restez et continuez à vous amuser.

Bonne nuit.

- Vous voulez bien m'accompagner? - Bien sûr.

Bonne nuit. C'est vraiment une soirée magnifique.

Oui, n'est-ce pas?

C'était une merveilleuse soirée. Et j'espère un merveilleux anniversaire pour vous.

Mon dernier. Je suis lasse de la vie. Je vais y mettre un terme.

Balivernes. Vous nous réservez une surprise demain matin.

- C'est vous-même qui l'avez dit. - Oui, je n'oublie pas.

Mais je ne vous verrai pas.

Embrassez-moi.

Bonne nuit. Dormez bien.

Non! Sur la bouche.

Un baiser comme si nous étions amants!

- Je suis un prêtre. - Ni un homme, ni un prêtre.

Un être impuissant, inutile, incapable d'être l'un ou l'autre!

Vous faites erreur. Je suis également un homme.

Et un homme selon vous, ne peut pas être un prêtre.

Et j'ai choisi d'être un prêtre.

Avec le libre-arbitre que Dieu nous a donné,

moi avec ce même libre-arbitre, j'ai choisi de vous détruire et je le ferai.

Je sais que j'irai en enfer, bien entendu,

mais ce ne sera rien à côté de ce que je mijote pour vous.

C'est vous qui vous détruisez avec cette haine inextinguible.

Quand Satan a offert au Christ de régner sans partage,

était-ce parce qu'il le haïssait ou parce qu'il l'aimait?

- Vous ne m'aimez pas. - Je n'ai jamais cessé de vous aimer.

Tellement aimé que j'aurais pu vous tuer de n'avoir pas voulu de moi!

Mais j'ai trouvé une meilleure méthode.

Ce n'est pas de l'amour.

Je suis le stimulant de votre vieillesse.

Un rappel de ce que votre âge vous interdit.

Laissez-moi vous dire une chose, Cardinal de Bricassart,

à propos de ma vieillesse et à propos du Dieu que vous servez.

Ce Dieu vengeur qui détériore nos corps sans rémission

et qui nous laisse seulement assez d'esprit pour avoir des regrets.

À l'intérieur de ce corps stupide et malade, je suis toujours jeune!

Je continue de sentir! Je continue de vouloir!

Je continue de rêver!

Je continue de vous aimer!

Oh, Seigneur, tellement!

Meggie!

Meggie.

Meggie chérie, ne pleure pas.

Tiens.

Prends ça et sèche-toi les yeux.

J'en veux pas! Je ne suis plus une enfant.

Pourquoi est-ce que vous ne retournez pas danser?

Je sais que tu n'es plus une enfant.

N'importe qui peut voir que tu es magnifique.

La plus belle en fait de toutes celles qui étaient à la réception ce soir.

Justement, c'est là qu'est le problème.

Je viens à Drogheda plus souvent qu'il ne le faudrait.

Si je t'avais prêté de l'attention ce soir,

dis-toi bien qu'on ne parlerait plus que de ça dans tout le district.

Tu comprends?

- Non, je ne comprends pas. - Je crois que si.

Viens.

Viens.

Meggie.

Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.

Il ne faut pas que tu penses à moi

d'une façon romantique.

Quand tu seras une femme, tu trouveras l'homme qui est destiné à être ton mari.

Et alors tu seras trop occupée pour penser à moi

autrement qu'à un vieil ami

qui t'aura aidé à traverser les difficultés de l'adolescence.

D'accord, Meggie?

Oui, mon Père.

Je comprends.

Bien.

- À quoi est-ce que vous pensez? - Je pensais à cette terre.

À cette terre si belle, si pure,

et si indifférente au sort des créatures qui veulent la gouverner.

Et toi, à quoi penses-tu, ma tendre Meggie?

Je voudrais que le soleil ne se lève jamais.

Nous pourrions rester ainsi toujours.

- Mon Père! - Qu'y a-t-il, Mme Smith?

C'est Mme Carson, mon Père. Elle est morte.

Il va falloir que nous l'enterrions aujourd'hui même, avec cette chaleur.

Oui, mon Père.

J'ai envoyé Pete chercher Paddy et j'ai téléphoné chez tous les autres.

La plupart ne sont encore même pas rentrés chez eux après la soirée.

- Mon Père. - Harry, vous savez?

C'est terrible.

Il faut que je vous parle.

- C'est si pressé? Je... - Ordres de Mary. Je vous en prie.

Cette vieille sorcière, qui aurait pu imaginer qu'elle claquerait comme ça?

Elle s'est sûrement supprimée.

À moins que ce ne soit le diable qui ait fait cette faveur.

Dommage qu'on ait utilisé toute la glace pendant la sauterie.

J'ai ici le testament de Mary. Comme vous devez vous en douter,

elle a tout laissé à Paddy et à sa famille.

Mais elle a laissé quelque chose à l'Église et à vous.

Les Cleary devraient être là, non?

Si, nous en ferons la lecture après les obsèques.

Mary m'a remis ce pli la nuit dernière avant la fête.

Avec ordre de vous le lire à la minute même où j'apprendrais sa mort.

Évidemment, je ne me doutais pas...

C'est un autre testament,

daté d'hier.

Mais pourquoi l'avoir fait sans m'en informer?

"Moi, Mary Elizabeth Carson et cetera,

"lègue tous mes biens à la Sainte Église catholique romaine,

"à la condition qu'elle apprécie la valeur

"des capacités de son serviteur

"le père Ralph de Bricassart

"et que ledit Père Ralph de Bricassart

"soit responsable de l'administration et de la gestion de tous mes biens."

Toutes mes félicitations.

Il est clair que vous avez décroché le gros lot. 13 millions de livres.

13 millions de livres? C'est...

Que se passe-t-il pour les Cleary?

Ils pourront diriger le domaine.

Gentil de sa part de ne pas les expulser.

Il y a aussi 10000 livres par an pour votre usage personnel...

et cette lettre pour vous.

"Mon cher Ralph, que dites-vous de ce nouveau testament?

"Vous pouvez le détruire si vous le voulez.

"C'est le seul exemplaire et mon notaire ne dira rien.

"C'est comme si ce document n'existait pas et Meggie n'en sera...

"que plus riche, n'est-ce pas?

"Je sais ce que vous allez faire.

"Je le sais aussi sûrement que si j'étais là à vous observer

"lorsqu'ils vous donneront la robe pourpre et la mitre."

Mon Père, écoutez-moi.

Il est indéniable que Mary pouvait disposer

des biens comme elle l'entendait et même si non catholique, je n'ai rien à redire.

Mais nous savons tous que l'Église n'a aucun droit sur le domaine.

Je vous en prie, il n'y a qu'à détruire ceci.

Et le pauvre Paddy et sa famille recevront ce qu'ils leur revient de droit.

- Je n'arrive pas à le croire. - Mon cher Paddy.

Ma pauvre sœur. Je ne peux pas le croire.

Qu'allons-nous faire?

Je ne sais pas.

Nous sommes réunis ici

consternés et attristés par la mort brutale de notre amie Mary Carson.

Nous avons le réconfort de savoir qu'à sa dernière heure, elle n'était pas seule.

Ni le plus puissant, ni le plus pauvre ne meurent seuls,

car à l'heure de notre mort, notre Seigneur Jésus-Christ est avec nous,

en nous et la mort est douce.

Nous savons que Mary était...

un pilier de la communauté. Un pilier de l'Église.

Qu'elle l'a aimée infiniment plus que n'importe quel être vivant,

parce qu'elle avait compris les paroles de Saint Matthieu:

"Là où est le cœur,

"nous ne pouvons que trouver la richesse."

Nous allons prier pour son âme éternelle.

Que celle que nous avons aimée dans la vie

trouve au ciel sa juste récompense.

Et tout en priant, n'oublions pas que notre Seigneur est riche de pitié.

Et surtout souvenons-nous

que nous sommes poussière

et que nous retournerons à la poussière.

"De ma main, en ce 24 novembre

"de l'An de Grâce 1929.

"Mary Elizabeth Carson, née Cleary."

Hier.

Je mentirais si je disais que je ne suis pas déçu.

- Je veux que vous attaquiez le testament. - Ce ne serait pas bien.

C'était son argent, après tout.

Si elle voulait le laisser à l'Église...

Et puis, 13 millions de livres,

jamais je ne saurais m'occuper d'une somme pareille.

Vous ne comprenez pas.

De nombreuses personnes compétentes pourraient s'en occuper à votre place.

Attaquez ce testament.

Je trouverai les meilleurs avocats.

Et nous irons, s'il le faut, jusqu'au Conseil de la Couronne.

Qu'est-ce que vous en dites?

Du moment qu'on peut vivre à Drogheda et avoir la maison.

C'est bien ce que dit le testament?

Nul ne peut vous chasser aussi longtemps qu'un des petits-enfants sera en vie.

Que vouloir de plus?

Dieu du ciel.

Je ne supporte pas qu'on vous roule.

Je ne sais pas quoi faire.

Tout ce que je voulais pour toi.

Je ne veux pas de ces 13 millions de pièces d'argent.

Alors c'est réglé.

Non, merci.

- Il est temps de partir. - On leur lit le testament.

Je veux voir leur tête à la sortie.

Je pense parfois que tu n'as vraiment pas de cœur.

Paddy est très touché par la mort de Mary.

Mais il n'y a aucune raison pour ne pas le féliciter, non?

Mon Père.

Je voulais vous dire, nous ne vous en voulons pas.

Mary n'a jamais été influencée par un être humain au long de sa vie,

frère ou prêtre.

Si elle a tout laissé à l'Église, c'est parce que vous avez été bon pour elle.

Et vous avez été bon pour nous.

Nous ne l'oublierons jamais.

Merci.

La vieille garce.

Mon Père?

Qu'y a-t-il?

Elle a gagné.

Je t'ai trahie.

- Trahie? - Elle me connaissait si bien.

Elle savait que si elle te dépouillait de tout, je n'aurais pas le choix. Mais non.

Elle a fait en sorte que tu n'aies rien ni ne manques de rien.

Toute ta vie, tu seras dépendante de moi.

Je ne comprends pas.

Tu seras respectable, socialement admise,

mais tu ne seras jamais "Mlle Cleary". Jamais tu ne feras partie de leur monde.

Je ne veux pas en faire partie.

Devenir stupide, méchante et odieuse comme Mlle Carmichael.

- Qu'est-ce que vous croyez, mon Père? - Cesse de m'appeler mon Père.

Il va falloir que je parte, bientôt.

Pourquoi?

Tu ne comprends pas?

Ça fait partie de son plan.

Je représente 13 millions de livres.

Et un saint prêtre qui vaut 13 millions de livres,

on ne le laisse pas languir dans ce trou perdu.

L'Église a toujours su récompenser les siens.

Non.

Ma Meggie,

c'est mieux ainsi.

Comment ça peut être mieux

si on me prend ce que j'aime le plus au monde?

Alors c'est mieux pour moi.

Mieux que d'avoir à te marier un jour prochain à un autre.

Que de rester te regarder te transformer en quelque chose que je n'aurai jamais.

Lorsque je t'ai vue hier soir, je t'ai presque haïe.

Haïe?

- D'avoir grandi? - Oui.

Quand tu étais petite, tu étais comme mon enfant à moi.

Tu étais la lumière de ma vie.

- Tu aurais pu être mienne. - Je peux l'être maintenant.

Épousez-moi. Vous m'aimez.

Mais j'aime Dieu davantage.

Je t'aime. Je t'aimerai toujours.

Mais je ne peux être ton mari.

Si tu savais ce que c'est pour moi que d'être prêtre.

Dieu me comble comme jamais nul être humain ne pourra me combler.

Pas même moi?

Je ne peux pas!

Au revoir.

Mon Père!

C'est cela, partez.

Retournez auprès de votre Dieu.

Mais vous me reviendrez

parce que je vous aime.

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