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- J'ai invité 10 visiteurs qui vont devoir
mentir, enquêter et assassiner
pour espérer survivre jusqu'à la fin.
Mais pour ça il va falloir gagner sa place.
- Je commence à voir les perdants moi.
- Etre meurtrier c'est votre seule porte de sortie.
Sinon ça aura été un Aller Simple .
- Maman. Maman.
Maman.
Maman. (gémissement)
- Coucou, mon grand.
- C'est mon cours de clarinette.
- D'accord. Va chez mamie.
C'est elle qui va aller avec toi ce matin.
- Papa est à la cuisine avec une bouteille.
- Sors, mais essaie de ne pas faire de bruit.
- Mais ma clarinette est au salon.
- Putain de vie.
Tu veux vraiment y aller? - Ouais.
C'est le dernier cours et ils donnent l'écusson.
- Qu'est-ce que tu fous là, toi? - Tu veux un déjeuner?
- Y a rien.
- Je peux faire des gaufres?
- Je veux boire.
- T'as assez bu, Michel. On est le matin.
- Merde! Tu me lâches.
Je travaille comme un dingue. C'est samedi, aujourd'hui.
Et c'est pas toi qui vas me dire quoi faire dans ma maison.
Tu fais quoi, là?
Espèce de grosse pouffiasse. Tu l'as fait exprès, hein?
Ramasse ça. Ramasse ça, je t'ai dit!
Allez. Ramasse ça, je t'ai dit! - Ah! Ah!
Lâche-moi! Ah!
- Allez, ramasse! - Arrête!
(cris) - Arrête! Arrête!
Maman! Maman! Stop!
Stop! Stop! - T'es qui?
Je te connais pas! - Arrête! Arrête!
(cris lointains)
(ouverture de porte)
- Ca va? - Ca va.
Arrête de me juger, Suzanne.
- Je suis inquiète pour toi. C'est pas la même chose.
- Non, tu me juges. - Non, pas pantoute.
C'est juste que je comprends pas.
Je comprends vraiment pas. - Y a rien à comprendre.
Je l'abandonnerai jamais.
Elle s'est pris des baffes toute sa vie pour moi.
Maintenant, c'est à moi de m'occuper d'elle.
C'est comme ça.
- Ta mère a démontré beaucoup de courage
dans une situation très toxique.
Puis même si elle t'a défendu contre ton père,
ce qui aurait été souhaitable, c'est que tu vives pas ça,
que vous partiez de là.
T'as pas à subir sa démence parce que tu te sens redevable.
- Mais tu comprends pas comment il était, en fait.
Je te trouve limite dure avec elle.
- Non, mais je...
Je comprends qu'elle a fait de son mieux
dans une situation dégueulasse.
Mais si tu veux vraiment prendre soin d'elle,
elle peut pas vivre comme ça, c'est trop dangereux.
- Mais elle veut pas aller à l'hôpital.
C'est ici, sa vie. - Mais c'est pas une vie, ça.
Etre enfermée dans un demi-sous-sol toute la journée.
Des fois, elle sait même pas elle est ou,
elle sait même pas elle est qui.
T'as besoin d'aide ou faut que t'arrêtes de travailler.
- Bien, je peux pas arrêter de travailler.
- Bien, d'abord, va falloir que t'étudies l'option...
- En fait, je n'ai plus envie de parler de ça.
- OK. - Merci.
(violents coups dans la porte)
(gémissements de la mère)
- Oui, maman. J'arrive, maman.
Du calme, maman. Je suis là. Je suis là.
Je suis là. Maman, du calme, du calme.
Du calme, maman. Maman... maman...
Maman, je suis là.
Je suis là, du calme. - Je ne trouve plus ma chambre.
- T'inquiète pas. Ca tombe bien, je sais ou elle est, ta chambre.
Allez, viens. On va à la chambre.
Ca va. Tout va bien, maman. Allez, viens.
Viens, maman. Allez. Suis-moi, suis-moi.
Fais attention juste à la marche. Allez.
Fais attention aux marches. On y va. Allez.
Voilà.
(Mortimer joue de la clarinette.)
(clarinette)
(clarinette)
- (chuchotement d'une voix de femme) Suzanne?
Suzanne?
(musique angoissante)
Mes enfants! (cris)
- Mes enfants!
(sonnerie de cellulaire) - Hé! Tout va bien.
T'es dans ma chambre. Tout va bien.
- (haletante) OK. - C'est ton portable.
- Qu'est-ce qui sonne? - C'est ton portable. Tiens.
- C'est ma mère.
Maman? (pleurs)
- Ca va pas! Ton père, il ne veut plus descendre!
- OK. Arrête de pleurer, je comprends rien.
- Non, mais ça va pas! Il va tomber!
- Oui. OK. Maman... - Il est rendu fou, Suzanne!
- Je peux-tu parler?
Bon, papa, il fait tout le temps des affaires bizarres
quand il va sortir son nouveau roman.
Laisse-le vivre son affaire. Retourne te coucher.
- Comment, aller me recoucher?
Il est monté sur le toit de la maison, Suzanne!
(pleurs)
- Je veux pas te faire peur, mais il fait souvent ça.
- Oui, mais tu comprends pas.
Il est soûl, puis il n'a pas de vêtement.
Les voisins vont se réveiller bientôt.
- OK. Et comment ça que c'est moi que t'appelles?
- Hein? - Pourquoi tu m'appelles moi?
- Pourquoi je t'appelle toi? Bien, parce que t'es ma fille.
Je suis inquiète pour ton père,
donc c'est parfaitement normal que je t'appelle, Suzanne.
- Justement, je te connais et c'est pas normal.
- Ta soeur était dans un congrès à Ottawa,
puis je savais pas qui appeler.
Peux-tu venir, s'il te plaît?
- J'arrive. Oui, t'inquiète pas.
Ah!
(musique douce)
(musique douce)
(rire)
(musique douce)
Tu viens? - Hmm.
- Maman?
- (chuchotant) La vache.
- Maman!
Viens.
(musique douce)
Salut, papa!
- (ivre) Ah!
Ma préférée. - Bon.
- J'aime beaucoup ta soeur aussi.
- Cool!
Veux-tu, on va s'asseoir un petit peu?
- Là, ça fait trois ans que j'ai le cul assis
devant mon foutu livre, là.
Tu sais, moi...
j'ai juste envie de mettre les voiles, Suzanne.
- OK. OK.
Papa.
Veux-tu, on va mettre les voiles assis?
Assis-toi.
- T'es plate.
- Mais oui, mais là t'es tout nu, t'es soûl,
puis si tu tombes, tu meurs.
Donc, assis-toi la grand-voile, sinon j'appelle la police.
Tu fais peur à maman, là.
- Ta mère a plus peur de ce que les voisins vont penser.
(léger ricanement)
- Je sais, mais tu y vas fort un petit peu, là.
- C'est un navet, Suzanne.
J'ai écrit un navet.
- Bien, voyons donc. C'est sûr que non.
- Trois années de ma vie.
De mon être, de mon coeur.
Et c'est à chier.
C'est pas un roman que j'ai écrit,
c'est un ramassis de...
de clichés d'embourgeoisement!
- Papa, t'as toujours été bourgeois.
Ca t'a jamais empêché d'écrire des bons livre, là.
- C'est vrai.
Mais là, c'est vraiment
de la grosse merde remâchée que je viens de faire.
- Mais non. - Sais-tu pourquoi?
Parce que moi,
je mets des lettres ensemble...
qui font des mots,
qui font des phrases...
qui font des idées,
qui font des émotions.
Mais rien de ça existe.
C'est du vent.
Comme moi.
- Papa... - J'existe pas.
Je suis une merde.
- Non... - C'est vrai.
- Bien non. - Rien n'est réel, Suzanne.
- T'arrives à mettre des mots, des phrases,
des émotions, comme tu dis,
sur l'existence humaine.
Ca fait qu'on se sent moins seuls, qu'on se reconnaît.
C'est très concret, c'est très réel, au contraire.
- Non. Non.
- C'est juste que là, t'as le trac, t'es stressé
pour ton nouveau roman.
Ca te fait tout le temps ça.
Mais si tu regardes au fond de toi,
tu le sais l'importance qu'ont les livres pour les gens.
- Plus personne sait lire.
Plus personne consomme l'art. - Bon...
- Les gens veulent être divertis.
- Mais non, les gens veulent pas juste être divertis.
Les gens veulent apprendre aussi, se connaître, évoluer.
L'art, de toute façon, ça peut être plein d'affaires.
Faut pas juger.
- Je ne sais plus.
- Ca peut même permettre de se guérir.
- Ah! Là, là, si tu me parles de l'art-thérapie,
Suzanne, je te jette en bas!
(rire) - Non, même pas.
Je te parle...
d'un point de vue purement clinique, là.
J'ai un ami dernièrement qui me racontait que...
quand il était tout petit,
il se faisait bullier, puis il se faisait battre à l'école.
Puis chez lui, son père battait sa mère.
C'était un climat très violent. Bref, il était bien nulle part.
Très vite, il s'est rendu compte
qu'il était tout seul là-dedans, que personne viendrait l'aider.
Puis pour s'empêcher de sombrer, bien...
il s'est mis à écouter de la musique.
Il s'est automédicamenté avec des comédies musicales,
de la musique de films, toutes sortes d'affaires.
Parce que la musique le neutralisait, ça le calmait.
Ca balançait ses émotions, ça régulait son état.
Comme le ferait un antidépresseur,
sauf que là, c'était Singin' in the Rain,
Les Parapluies de Cherbourg, Capitaine Flam.
Ca l'a sauvé.
L'art peut être un remède très concret, très réel.
(voix étranglée) Puis moi aussi,
quand j'allais vraiment pas bien,
je lisais tes livres.
- C'est vrai? - Hmm-mm.
Vraiment.
(chuchotant): Je t'aime, mon papou.
- Moi aussi.
Beaucoup.
(musique douce)
(tic-tac d'horloge)
- Désolée, c'était un petit peu long.
C'est pas moi qui fais le café, d'habitude.
Voilà. - C'est votre mari?
- Quoi, ça? - Qui fait le café?
- Ah! Non, certainement pas. C'est la cuisinière.
- Ah!
Il est très bon. - Menteur.
(rire)
- Vous êtes comme Suzanne. Vous savez lire les gens, vous.
- Déformation professionnelle.
- Vous êtes avocate, c'est ça? - A la retraite.
Maintenant, je donne des conseils
à des organismes communautaires.
- Ah, c'est chouette, ça. - Oui, très.
Vous allez voir, c'est un très bon livre.
- J'en doute pas un instant.
- Vous êtes grand.
- Ouais.
- Vous avez l'oeil gentil aussi.
Je peux voir votre main droite?
- Euh... Oui, bien sûr.
- Ah!
Je comprends ma fille Suzanne.
Tu vas avoir une belle vie.
Par contre,
prochainement, tu vas vivre quelque chose de très difficile.
- Maman, arrête ça.
Redonne-lui sa main, là.
- Tiens, miss spiritualité en personne.
Ou est ton père?
- Il est couché et il dort.
- Ah, Dieu merci...
Merci, Suzanne. Comment t'as fait?
- Je l'ai écouté, c'est tout.
- Eh que j'ai hâte que ça finisse!
- Quoi, ça? - Ta condescendance envers moi.
- Bon...
- Euh, je vais vous laisser, moi.
- Tu peux m'attendre dans le petit salon. Ca sera pas long.
- OK. Au revoir!
Ravie de vous avoir rencontrée, Mme Bien-Aimé.
Euh, de te rencontrer.
- Moi aussi, mon cher Mortimer.
Tu seras toujours le bienvenu ici.
- C'est gentil, merci.
A... à bientôt! - Au revoir!
- Pardon, excusez-moi, juste pour clarifier,
quand tu dis le petit salon,
il est grand, quand même, le salon?
- Ouais. Ouais, ouais, ouais.
- OK, mais grand comme très grand.
- Hmm-mm.
- OK.
Mais si ça, c'est le petit salon,
c'est qu'il existe un salon plus grand ici?
- Tu sais, Suzanne,
je le sais que j'ai été dure avec toi dans le passé.
- Dur est un euphémisme.
- Je regrette.
Puis je me sens énormément coupable.
C'est pour ça
que ça me dérange pas de servir de récipient.
- Récipient?
De quoi on parle, là?
- Depuis qu'Anna et ta fille nous ont quittés...
tu déverses tout sur moi.
Ta douleur,
ta haine, c'est sur moi que tu la craches.
Je suis ta mère, je t'aime,
puis je suis capable d'en prendre.
Mais fais attention de pas nous avaler toutes les deux.
- Faut que j'aille travailler.
(musique mélancolique)
- Comme les... les souvenirs de M. Dallaire refont surface,
il y a des passages de son histoire qu'il...
qu'il comprend pas, en fait.
C'a été très compliqué cette semaine à cause de ça.
Il a même essayé de partir un feu avec le grille-pain.
On a régressé, hmm, à ce niveau-là?
- Qu'est-ce qu'il comprend pas?
- Dites-lui, M. Dallaire,
ce qui vous rendait triste cette semaine.
- Toi, c'est Louise.
- Bien oui! Voyons!
- T'es pas ma soeur?
- Voilà, c'est ça qu'il comprend pas, en fait.
Ca l'a mis dans tous ses états.
- Bien oui, je suis ta soeur.
Je voulais dire, je suis pas ta soeur de sang.
T'as été adopté, Jacques. Tu t'en rappelles de ça?
- Oui. - Bon.
Tu sais, avant,
t'appelais Jacques Ranger, papa puis maman t'ont adopté,
puis là, t'es devenu un Dallaire, comme moi.
- Euh... Louise Dallaire. - C'est ça.
- On...
On habite ensemble avec Paul. - C'est ça.
T'es venu rester avec moi puis Paul
à Saint-Calixte, un moment donné.
- On est une famille. - Oui, on est une famille.
- Mais...
- Mais quoi? Quoi? Quoi?
- T'es pas ma soeur.
T'es pas ma soeur.
T'es ma femme.
Paul... Paul, c'est mon... gars.
- Pourquoi il dit des affaires de même, là?
- T'es ma femme, Louise. - Non, non, non.
Non, non, Jacques. - Oui, oui.
- Arrête ça! Voyons donc! Pourquoi il dit ça, là?
- On est des amoureux, nous autres.
- M. Dallaire, Louise, c'est votre soeur, pas votre femme.
- Non, nous autres...
On s'aime, nous autres.
Hein! Comme une... comme une famille.
- Jacques, arrête ça, arrête ça. Arrête ça, voyons donc.
- On est des amoureux, nous autres.
- C'est fou de dire des affaires de même.
Vous êtes en train de le rendre encore plus fou qu'il était.
- Madame! Je... Mme Dallaire! - Louise!
- Toute une gang de mongols, ici, hein!
- S'il vous plaît! Mme Dallaire!
(pleurs)
- Peux-tu me le faire, Jacques, avant que papa revienne?
J'aime mieux que ça soit toi.
- Prête?
J'y vais à trois.
Un...
deux...
trois!
(rire)
- Mme Dallaire!
Votre réaction est exagérée. - Je veux la paix!
- Ca arrive souvent! - Crissez-moi la crisse de paix!
Laisse-moi passer, toi. - Attendez-moi.
Attendez une seconde. Une seconde, OK?
Mme Dallaire, votre réaction est exagérée, vraiment.
- Heille, la mouche à marde, ça va faire, là!
- Mais on peut se parler deux secondes.
- Paul, on décâlisse. Envoye. - Mme Dallaire, s'il vous plaît.
- Viens-t'en. (Emilien soupire.)
- Qu'est-ce qui se passe, coudonc?
- Un malentendu, vraiment. - Ouais, hein?
(riant) Bonne chance! Elle a tout un caractère.
- Vous êtes?
- Paul. Paul Dallaire.
Son fils.
(klaxon)
Bon, je pense que je vais y aller, là.
Bonne journée!
- Ouais, bonne journée.
- Ca va-tu? - Oui, oui. C'est correct.
Envoye, envoye. On décâlisse d'ici.
- Ah bien, tabarnak...
Salut!
T'es belle aujourd'hui.
C'est beau, tes cheveux.
Je peux te prendre ton feu, s'il te plaît?
Qu'est-ce qu'il y a?
- T'es vraiment une marde, toi, hein, Emilien!
- Hein? - "C'est beau, tes cheveux.
Je peux prendre ton briquet?"
Non, mais câlisse, Emilien!
Tu penses que je la connais pas, moi, la technique du compliment?
Mes cheveux, ça fait cinq jours que je les ai pas lavés.
Ils sont dégueulasses, ils sont gras.
J'ai une allergie au poulet qui me remonte jusque dans la face!
Je suis laitte!
Et ce matin, je t'ai dit: Bonjour!
T'as pas répondu.
Mais là, eh que j'ai des beaux cheveux!
Eh que t'as des beaux cheveux, Laima!
Tu me prends pour une ostie de conne.
- Bien non. - Non, mais crisse...
Toi, là, tu penses que parce que t'es beau, là,
puis t'es brillant, là, tu penses que tu peux
te mettre au-dessus du monde, être méprisant,
puis niaiser le monde.
Mais t'as rien fait de spécial, Emilien.
T'es juste... fucking symétrique.
Puis t'as les trous à la bonne place, mais ça, ça vaut rien.
Moi, là, je m'intéresse à toi au-delà de ça, puis tu le sais.
Puis tu t'en sers.
T'es laitte. Dans le fond, t'es dégueulasse.
(sirène d'ambulance)
- Elle a pas dit un mot depuis qu'elle est arrivée,
- Elle a pas dit un mot depuis qu'elle est arrivée,
pas un son à personne.
- OK. Ils lui ont-tu donné quelque chose à l'admission?
- Un peu de Seroquel au besoin,
puis ils l'ont mise en mesure antisuicidaire,
donc des tournées aux 15 minutes.
- Bon. Parfait!
Puis, est-ce que t'as vu Emilien?
- Nope! Puis c'est bien beau de même.
- Claude. - Je l'ai pas vu.
- OK. Bon, bien, je te rejoins. Merci.
- Un instant, s'il vous plaît. - Hop, hop, hop! M. Costco!
On touche pas les vêtements, s'il vous plaît.
- Oui. Pardon d'avoir tiré sur votre vêtement. Oui.
- On touche pas la médecin, M. Costco, s'il vous plaît.
- Oui. Bon, bon, bon, pardon. - OK.
- Pardon, mais c'est que...
Mais qu'est-ce qui se passe encore?
- Quoi, ça?
- M. Dallaire, ou est-il? C'est l'heure de la soupe.
- Vous l'aimez beaucoup, M. Dallaire, hein?
- J'aime la camaraderie. - OK.
Bien, moi, je pense que ça lui ferait très plaisir
que vous alliez le voir.
- Non, mais vous êtes vraiment cruelle, hein?
Vous savez très bien que je peux pas sortir.
- Bien, ce qui est cruel, c'est de pas pouvoir sortir
aller voir un ami.
Hein?
Je sais que vous voulez rien savoir de la médication,
mais le traitement que je vous propose vous aiderait avec ça.
Ca réduirait votre méfiance,
puis vous seriez capable d'aller voir M. Dallaire.
Ca vous tente pas d'essayer?
M. Koskov?
(respiration haletante) - Allez vous faire foutre!
- Bon, bien, super.
(musique douce)
Ca va? - Top!
Euh, ouais, top canon.
Je vérifiais que tout était en place
pour la chambre de Valérie.
- Puis?
Est-ce que tout est prêt?
- Euh... Bien ouais!
Hé, euh...
tu vas me prendre pour un dingue, mais je...
je pense que M. Dallaire a raison.
Paul. C'est son fils, en fait.
- Ouais, je pense aussi. - Je l'ai vu, tout à l'heure.
Ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
Elle a couché avec son frère adoptif.
C'est tordu quand même, non?
- Bien... c'est pas son frère biologique.
C'a plus l'air d'une histoire d'amour, si tu veux mon avis.
- Mais pourquoi elle le cache, alors?
- C'est dur d'accompagner,
d'aimer quelqu'un dans la maladie.
M. Dallaire a mis le feu à la maison du voisin.
Ca l'a tué. Mme Dallaire habite encore là, elle.
C'est le même village.
- Ca doit être dur pour le petit aussi.
- D'après moi, elle lui a même pas dit que c'était son père.
Elle a honte.
- Wow...
J'avoue que je l'avais pas vue venir, celle-là.
- Tu sais qu'il existe une aide psychologique pour les employés?
- C'est quoi le rapport? - Y en a pas.
(profond soupir)
Donc, elle a pas dit un mot, tu dis?
- Non.
- OK.
Bonjour, Mme Richer!
Je suis le Dre Bien-Aimé.
On s'est déjà rencontrées à votre demeure.
Je sais pas si vous vous souvenez de moi.
C'est pas grave si vous vous rappelez pas.
En ce moment, on prépare votre chambre à l'aile D.
C'est ici que vous allez rester.
Le juge a déclaré que vous n'étiez pas apte
à recevoir un procès pour l'instant.
On a aussi reçu une procuration de la cour qui nous permet
de vous donner une médication sans votre consentement.
On va la commencer aujourd'hui. Ca va vous aider.
Est-ce que vous comprenez ce que je suis en train de vous dire?
Valérie?
Est-ce que tu m'entends?
Bonjour!
En ce moment, vous êtes
à l'Institut psychiatrique Mont-Royal.
C'est pas des moments faciles, mais on va vous aider.
Sachez que vous êtes pas toute seule.
(Sa voix devient lointaine.) On va veiller sur vous.
Moi, je suis le Dre Bien-Aimé. Je suis psychiatre ici.
(musique mélancolique)
(musique mélancolique)
- Heille! Il m'a fait un finger dans la face, tantôt.
- My God!
C'est-tu moi ou M. Villeneuve, c'est de pis en pis?
- C'est parce que je lui ai dit
que je pensais qu'il était criminellement responsable
de ses actes et que c'est ça
que j'allais dire à son procès, mais là, il le prend pas.
- Comment un autre psychiatre peut avoir un diagnostic
complètement à l'opposé du vôtre?
Ca, je comprends pas.
- En plus, nous autres, on l'a sous les yeux depuis des mois.
On le sait, là, qu'il nous joue le grand jeu, là.
Sa femme décédée, il fait donc pitié. Gna, gna, gna.
Voulez-vous que je vous dise mon feeling?
- Non, Hélène, on veut pas savoir.
(raclement de gorge)
- Bien sûr, quel est ton feeling, Hélène?
- Eh bien...
Je pense... qu'il a tué sa femme.
- Bon! (rires)
- Wow! - Ca va, madame FBI, là?
- Mais non, mais je vous le dis, là! Son affaire de noyade.
Ils ont jamais retrouvé le corps de sa femme.
De la manière qu'il en parle, moi, j'embarque pas là-dedans.
- Non, mais il faut faire attention, hein, Hélène.
Il est accusé de crime économique,
pas du soi-disant meurtre de sa femme.
- Voilà. - Ne dites jamais ça devant lui.
Hein? Parce qu'il pourrait nous poursuivre.
- Ca n'empêche pas que je pense qu'il l'a tuée.
Je l'ai vu
se mettre de la pâte à dents dans les yeux.
- Ce n'est pas un crime.
- OK, OK. On n'est pas là pour résoudre des crimes.
On va vivre avec la décision du tribunal.
- Absolument.
- Sur une autre note, j'aimerais ça faire
quelques changements sur l'unité.
- Oh! Moi, j'aime pas bien ça, le changement.
- Attends. Tu sais même pas ce qu'elle va nous dire.
- Toi, évidemment, tu vas dire comme elle.
- Evidemment, oui. Parce que je respecte les gens compétents.
- Mais bien sûr.
- OK. Je peux terminer ma phrase, s'il vous plaît?
- Désolée. Allez-y.
- Donc, j'aimerais qu'on appelle les patients
par leur prénom et qu'on les tutoie.
- J'aime pas ça.
- Non, mais à l'autre centre psychiatrique ou je travaillais,
on tutoyait déjà les patients.
Pour vrai, c'est nous qui sommes en retard.
- Exactement.
Il y a des patients qui vivent ici depuis des années,
des décennies même.
Si on prend M. Koskov,
M. Costco, comme il dirait, lui, ça fait 16 ans qu'il habite ici.
- Bien oui.
- Lui, ses seules interactions, c'est avec nous.
C'est sa vie, son milieu de vie. Faut porter attention à ça.
- Mais quand même, pas vous, docteur?
- Non, moi, malheureusement, je peux pas
à cause de mon statut, mais vous, vous pouvez.
En appelant les patients par leur nom de famille,
on leur rappelle constamment qu'ils sont malades
et que ce sont des patients.
- S'il y en a qui veulent pas? - Bon point.
S'ils veulent pas, on va leur demander comment ils préfèrent
qu'on les appelle, puis on va suivre cette ligne-là.
- D'accord.
- Aussi, et là, je suis pas quelqu'un
de très artistique,
donc vos suggestions sont bienvenues,
j'aimerais ça qu'on intègre
plus d'activités artistiques
dans la routine des patients.
- Mmm! - Il y a déjà une soirée cinéma.
- C'est vrai, mais je pense
qu'on pourrait en intégrer d'autres.
Les patients répondent bien à ces activités-là.
Je dis activité, mais pour moi, ça fait partie du traitement.
- Ecouter un film, c'est... c'est un traitement?
- Oui.
Ca fait partie de l'approche thérapeutique que je préconise.
- Bien sûr. - Hé! J'aime beaucoup ça, moi.
- Bien, moi aussi.
- Et dernière chose, je vous le promets,
j'aimerais ça qu'on se fasse une activité.
- Ah. - Hein?
- Mais quel genre d'activité, mettons?
- Bien, une activité récréative pour nous.
- Comme... un party de bureau?
- Oui, comme un party de bureau.
- Comme à Noel, sauf que c'est pas Noel!
- C'est ça. - J'aime ça!
(rires)
- Je me suis imaginé toute la gang aux glissades d'eau.
(rires) Ca me fait rire!
- Bien, ça peut être n'importe quoi, là,
un restaurant, un 5 à 7,
mais juste pour qu'on travaille notre chimie ensemble
et qu'on se voie en dehors du travail.
Il me semble que ce serait le fun.
J'aimerais ça, personnellement, vous connaître davantage
dans un autre contexte...
(musique douce)
- Je suis en train de tomber amoureux de toi, Suzanne.
Putain! Je sais pas pourquoi j'ai dit ça.
(profond soupir)
Oh là là...
- Moi aussi, je pense.
- Ah ouais?
- Hmm-mm.
- T'as peur?
- Oui.
(rires)
- De quoi?
- Bien...
je t'avouerais que je...
j'étais certaine que j'étais lesbienne.
(rires)
(Il rit.)
Puis aussi, il y a quelque chose de...
de brisé chez moi, puis honnêtement,
je sais pas si ça se répare.
- Bien...
on va prendre notre temps.
(rire) - On travaille ensemble.
On voyage ensemble.
On dort ensemble. - Ouais.
- On vient de se dire qu'on se tripe dessus.
C'est raté, là, pour prendre notre temps.
- Bien, tant pis, écoute.
- Ca ressemble dangereusement à une passion.
- Bien, je vois pas ou est le problème.
- Les passions, ça dure pas
et ça finit toujours en bain de sang.
- Ah! Ha! Ha! Ha! En bain de sang, carrément.
Tu crois pas que t'exagères un peu?
Des fois, c'est juste bien.
Je suis heureux avec toi.
Je pensais même pas que ça existait.
Je me lève le matin, j'ai des envies de chanter.
(rires)
C'est peut-être moi qui vais réussir à te réparer.
- Je pense pas que ça fonctionne comme ça.
- Je sais que t'as vécu des choses pas possibles.
Je sais aussi le chemin que t'as parcouru
pour réussir à tenir debout, toute seule.
Mais tu ne l'es plus, justement.
Je suis là. Et je te tends la main.
Je te tends même les bras.
Ah! Mais c'est pas possible d'être aussi con!
- Ha! Ha! Ha! - Pardon. Excuse-moi. Pardon.
Je suis désolé. Non, mais j'ai bousillé ton tapis.
- C'est pas grave. - Non, c'est pas bien.
- C'est vraiment pas grave. - Elles sont ou, tes éponges?
Parce que j'ai foutu en l'air... Il coûte combien, ton tapis?
(musique sombre)
- M. Villeneuve était en pleine possession
- M. Villeneuve était en pleine possession
de ses moyens à l'époque de ses crimes,
tout comme il est maître de lui-même aujourd'hui.
Il démontre aucun signe de trouble délirant, à mon avis.
Par contre, j'ai constaté
chez M. Villeneuve des traits psychopathiques:
un manque flagrant d'empathie,
une tendance à manipuler, une superficialité des émotions
ainsi qu'une grande dangerosité, et ça, c'est toujours présent.
La place de M. Villeneuve n'est pas dans un hôpital.
Sa dangerosité provient de sa personnalité.
- Bon, vous parlez d'empathie, Dre Bien-Aimé,
mais... vous, là, avez-vous tenu compte
du fait que M. Villeneuve, là, il a perdu sa femme,
sa meilleure amie, la mère de sa fille, tout ça en même temps?
Bref, lui, il a tout perdu dans cette histoire-là,
dont le contact avec la réalité.
Dans son délire, il était convaincu
que ses associés étaient responsables
de la mort de sa femme.
C'est pourquoi M. Villeneuve transférait les fonds détournés
à sa fille et n'a pas dépensé
ne serait-ce qu'un seul dollar de cet argent-là.
Est-ce que vous avez tenu compte de ça dans votre rapport?
Comment vous expliquez un tel comportement
si ce n'est du pur délire mêlé à une forme d'altruisme?
- J'en ai tellement tenu compte, madame la juge,
que je peux vous affirmer que tout ça était très calculé.
Si on regarde la chronologie des faits,
on peut constater que M. Villeneuve a commencé
à transférer des fonds dans le compte de sa fille
avant que sa femme décède.
Donc, pour moi, la théorie du délire ici tient pas la route.
- Non, je rappelle que ces montants-là étaient des cadeaux
qu'il faisait à sa fille. Il lui en faisait souvent.
Et ces montants-là ne font pas partie des fonds détournés
qui nous intéressent.
- C'est l'interprétation de la défense,
mais c'est pas la mienne.
- Euh, Mme Bien-Aimé, vous avez étudié comme criminologue.
N'est-ce pas? - C'est exact.
- Et ensuite, vous avez fait médecine et psychiatrie?
- Et une mineure en psycho.
En fait, la psychiatrie est une spécialité de la médecine.
- Oui, c'est ce que je viens de dire.
Alors, depuis que vous êtes psychiatre,
combien d'articles ou d'ouvrages scientifiques
avez-vous publié sur votre pratique?
- Je suis désolée, je vois pas le rapport.
- (riant) Madame la juge, d'un côté, le Dre Bien-Aimé nous fait
l'étalage de son impressionnante scolarité,
mais elle refuse de nous dire si elle a publié ou non.
- Je fais pas étalage de ma scolarité, là.
Je réponds à votre question.
- Adressez-vous à la juge, Dre Bien-Aimé.
- Et c'est très tendancieux, votre question,
parce que le fait que j'aie publié ou non,
ç'a rien à voir avec le fait que je croie pas
au trouble délirant de M. Villeneuve.
- Adressez-vous à la juge, Dre Bien-Aimé.
- Ce que je viens de dire. - Hmm.
- Mais madame la juge, svp, on est pas dans un cirque.
Il en va de la crédibilité du Dre Bien-Aimé.
- Ma crédibilité? Je suis psychiatre.
Moi, je traite des patients. J'écris pas des romans.
- Adressez-vous à la juge, Dre Bien-Aimé.
- Je m'en fous, je vais pas répondre à ça.
- Un peu de retenue, Dre Bien-Aimé.
Pour préserver le droit de l'accusé,
M. Villeneuve a droit à une défense pleine et entière.
Donc, je vais permettre la question.
- Merci.
Donc, Mme Bien-Aimé,
depuis que vous êtes psychiatre, dans votre carrière,
à combien de reprises avez-vous publié?
- Jamais.
- Adressez-vous à... - Oui, pardon.
Jamais.
- Mais... mais jamais quoi, Mme Bien-Aimé?
Est-ce que vous pouvez juste faire une phrase complète
pour nous aujourd'hui, s'il vous plaît?
- J'ai jamais publié en tant que psychiatre.
- Voilà. Merci beaucoup.
Aussi, on rapporte
de nombreux incidents qui se seraient déroulés
durant le séjour de M. Villeneuve
à l'Institut psychiatrique Mont-Royal,
dont une relation amoureuse avec une employée.
Ils auraient entretenu une correspondance
sur plusieurs mois sous votre supervision.
C'est pas très sérieux, ça, non?
- Je suis au courant de ça, mais comme on n'a jamais...
- Est-ce que vous maintenez que votre évaluation est objective?
- Je maintiens, oui.
Donc, comme je disais, je suis au courant de ça,
mais comme on n'a jamais retrouvé lesdites lettres,
bien, c'est difficile d'élaborer pour moi là-dessus.
- Bon, décidément, vous, tout vous échappe.
Depuis combien de temps vous travaillez
à l'Institut psychiatrique Montréal, Dre Bien-Aimé?
- Depuis le printemps.
- Donc, depuis quelques mois,
ou ça non plus, vous n'êtes pas au courant, dans le fond?
- Franchement.
- Adressez-vous à la juge, Dre Bien-Aimé.
- Laissez faire, là.
- Et Dre Bien-Aimé, vous avez quel âge?
- J'ai 39 ans.
- Je n'ai plus de questions, madame la juge.
J'appelle maintenant à la barre Dr Demers.
Dr Demers,
depuis combien de temps êtes-vous psychiatre, svp?
- 36 ans.
- Et au cours de votre carrière, est-ce qu'il vous est arrivé
d'avoir la reconnaissance de vos collègues en étant
l'auteur de publications
ou d'articles scientifiques sur votre pratique?
- Oui, je viens justement de terminer une série
de conférences audio sur les troubles délirants
pour la faculté.
(musique classique à l'orgue)
- C'était n'importe quoi, ça. Mais quel shit show!
La place de M. Villeneuve est pas l'Institut,
elle est en prison.
- Le système est pas parfait, mais là, aujourd'hui, Suzanne,
tu t'es laissée avoir comme une débutante.
- Je me suis fait discréditer à cause de mon âge.
- Non, tu t'es fait discréditer
parce que tu t'es laissée emporter.
Si tu te laisses atteindre, Suzanne, tu perds.
C'est la règle d'or.
Ca vaut pour les patients, ça vaut pour le système.
Tu te laisses atteindre, tu perds.
- Ah, mais là, c'est grave.
Si M. Villeneuve passe par l'Institut,
il y a des bonnes chances qu'il se retrouve en liberté.
- La route de M. Villeneuve est pas finie.
Même s'il ne sera plus sous ta responsabilité.
Moi, je vais être là pour encadrer tout ça.
- (murmurant) Tabarnac!
- Bonne journée.
- Puis lui, il me fait chier. - Oui, on a vu ça.
On a remarqué.
- ♪ You're an outlaw ♪
♪ And there's a reward on your soul ♪
♪ I'm your downfall ♪
♪ A kiss from my lips, and your heart runs cold ♪
♪ I'm your poison ♪
♪ A little too much, and you're done ♪
♪ Caught red-handed ♪
♪ There's no escape from my smoking gun ♪
♪ You think this game is over ♪
♪ Come closer ♪
♪ You try to run ♪
♪ But got nowhere to hide ♪
- Comment je peux guérir si vous êtes contre moi, sacrament?
- Frappe pas sur la table, d'accord?
Sinon, je te ramène dans ta chambre.
- J'aime pas du tout votre nouvelle façon de vous adresser
à vos patients. Vous allez me vouvoyer,
m'appeler par mon nom de famille.
- ♪ I'm crawling under your skin ♪
♪ Oh, the trouble you're in ♪
♪ You're a villain ♪
♪ Breaking more rules and you're sure ♪
Sous-titrage: SETTE inc.
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