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-Paul, il faut que tu te lèves.
Allez, il est 10 h passées.
Debout Allez, secoue-toi un peu.
Allez. Je t'ai fait du café.
Je reviens pas une 3e fois.
Il fait beau, dehors. Allez, lève-toi.
-Putain !
Qu'est-ce que j'en ai à foutre, qu'il fasse beau ?
-Les enfants viennent demain.
Tu peux me rendre un service ?
Tu pourras
prendre le gigot?
-Ouais.
-Je peux
compter sur toi ? -Oui.
Pour info, ça ferme à 13 h.
-Ah, monsieur Taillandier! Ça faisait longtemps.
Comment il va ?
-Il fait aller. Merci.
-Trop de travail ?
-On peut dire ça comme ça.
-Vous venez pour le gigot? -On peut rien cacher.
-C'est trop tôt.
Je l'avais dit à votre dame. Pas avant 12 h 30.
-L'heure, c'est l'heure.
-Le petit va s'en occuper.
Ça sera pas prêt avant un bon quart d'heure,
le temps de boire un coup.
À tout de suite.
Et à votre santé.
-C'est ça, à ma santé.
-Ah !
Tiens, monsieur Taillandier! Il y avait longtemps.
C'est fini, la pêche ? Vous vous êtes mis à la chasse ?
-C'est valable, ça ?
-Si c'est "valable" ?
Verney-Carron, fabriqué à Saint-Etienne.
200 ans de qualité.
Très bonne ergonomie. Vous serez pas déçu.
Par contre, c'est pas ce qu'il y a de moins cher.
-Je le prends.
Il faut quoi, comme cartouches ?
-C'est pour aller au cochon ?
-Pour aller où ? -Au cochon.
Au sanglier. Avec du 12,
il risque pas de se relever. -Va pour du 12.
-Je vous mets combien de boîtes ?
-Une suffira.
-Vous chassez à la battue ?
-À l'approche.
-Des jumelles... Il est équipé en jumelles ?
-Oui. J'ai ce qu'il faut.
-Je vous mets un étui en plus.
C'est pour moi.
Il vous fallait autre chose ? -Non. Ça va.
-Vous avez bien votre permis ?
Désolé de vous demander ça,
mais on est obligés...
-Non, non. Je comprends.
Je crois que je l'ai oublié. Désolé.
-C'est pas grave.
Vous me rapporterez ça une autre fois.
-Ben, alors ?
-"Alors" quoi ?
-Ben, le gigot?
-Ah, merde ! -Je rêve.
Je te demande un truc dans la journée,
-Ça va. Je te le rapporte.
Il était pas prêt. Je suis allé dans un café...
-Ça va pas du tout, toi.
-Si, si, ça va bien. Ça va très bien.
J'y retourne.
-Heureusement que votre dame a appelé.
-Je suis désolé. J'ai eu un oubli.
-Ça, on a bien vu.
N'empêche, 13 h, c'est 13 h.
Nous, après, on mange à pas d'heure.
-13 h 30, ça fait tard, quand on s'est levés
à 5 h.
-"13 h", "5 h", "pas d'heure"... C'est horloger, que vous auriez
dû faire. -Quoi ?
-Vous allez pas me chier
une pendule pour un quart d'heure.
Combien ça fait?
-65 euros. -Vous vous emmerdez pas.
-Vous dites...? -Vous vous emmerdez pas.
-Restez poli. -J'ai pas envie d'être poli.
Tiens. Le voilà, ton gigot.
-Un problème ?
-À partir d'aujourd'hui, je suis végétarien.
Lui et sa femme, ce sont les Thénardier de l'entrecôte.
-Bonne fête, papa.
-Bonne fête, papa.
-Tu m'appelles "papa", toi ?
J'ai l'air si vieux que ça ?
-Je peux vous embrasser ? Hugo m'a tellement parlé de vous...
-Et vous êtes venue quand même ?
-C'est pour toi, papy. -C'est très lourd.
Allez, papy. Ouvre. -Allez, j'ouvre.
-C'est un gros cadeau.
-Alors...
-Ah non, mais...
Ah, d'accord. Des billets d'avion.
-Tu nous as tellement parlé de ces paysages quand on était gamins...
Un périple en Italie avec maman, et tu retrouveras ça.
Florence, Venise, Rome, Naples...
-Et mourir.
-Arrête. C'est pas drôle. -Quoi ?
C'est vrai, c'est nul. Merci à tous.
-À table ! Le gigot n'aime pas attendre.
-Comme les bouchers.
-Tu prends pas tes cachets ?
-Non.
-C'est pour quoi ?
-Euh... La tension, le cœur...
Enfin, j'en sais rien.
-Et donc tu les prends pas ? -Ça sert à rien.
-Tu recommences
-Ouais.
-Super! Et t'es sur quoi, en ce moment?
-Sur une échelle. Je repeins les volets.
Regarde-le !
-Mais arrête!
-Les petites,
ça suffit ! -Allez jouer.
-Allez, allez. Filez.
-Voilà.
Tu manges pas ? -J'ai pas faim.
-Tu veux une omelette ? -J'ai pas faim.
-Une omelette au fromage, comme tu aimes.
-Lâche-moi, avec ton omelette. J'ai pas faim.
Il faut le dire comment ?
Pardon.
-Ça Va.
Sinon, ça a fait un petit peu mal aux fesses.
-C'est pas grave. Papy est énervé.
Allez à la balançoire.
-Maman, ça va pas du tout, papa. -Mais qu'est-ce qu'il a ?
-Je sais pas.
Il fait une dépression.
Il ne peint plus, et ça le rend dingue.
J'ai essayé de lui parler, mais vous le connaissez.
Je parle à un mur.
-Les dépressifs, plus tu essaies
de les convaincre que ça va, plus tu les enfonces.
-Justement. Il faut qu'il se bouge.
Il faut aller voir des expos, aller au cinéma,
faire du sport...
-Hugo, ton père va vraiment mal.
Les expos, le ciné, c'est pour des gens
qui vont bien.
Des remèdes pour un coup de blues.
Il s'en fout, de tout ça.
-Papa ?
Nous, on y va. Je te dis au revoir.
-Au revoir.
-Tu vas pas jeter ça ?
-Si. Je les mets tous dans le même sac.
-Celui-là aussi? -Ce sont des merdes à répétition.
-Quand même...
Tu vas pas jeter toutes tes toiles ? -Pas toutes.
-Pas celle-là, en tout cas.
-C'est vrai que celle-là, c'est la moins pire.
-Tu plaisantes ? Elle est magnifique.
Je l'ai toujours adorée.
-Je te la donne. -Quoi ?
Tu peux la vendre super cher, cette toile.
-Raison de plus.
-Je sais pas quoi dire. -Alors dis rien.
-Merci, hein.
Au revoir, papa. -Au revoir.
-Papa, t'es content, pour le voyage ?
-Quel "voyage" ?
-Ben, ton cadeau... L'Italie.
Ça te fait plaisir ? -Ah oui ! Oui, oui.
Attends, Hugo...
Ça me fait plaisir.
Ça me fait très plaisir.
Merci.
-On va y aller, nous aussi.
-Bonne route, ma fille.
-J'ai recommencé à écrire mon roman.
-C'est très bien.
Bon courage. Il faut aller jusqu'au bout.
-Prends soin de toi, papa.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Viens te recoucher.
*-Sculpter sa silhouette, dessiner ses muscles,
perdre ses petits bourrelets disgracieux,
cela est désormais possible sans efforts
en restant allongé chez vous. Comment?
Au moyen d'une solution simple...
-Ça a l'air très efficace, cette méthode.
Faire du sport en restant allongé...
Faudrait pas que ça soit trop violent non plus.
-Alice, tu me fatigues.
-J'y vais. Je serai là vers 19 h. -Tu vas où ?
-M'aérer.
Ça me déprime, de te voir rester là à regarder la télé.
Tu vas avoir les yeux carrés, à force.
Secoue-toi.
Il fait beau, dehors.
-Putain, je le saurai, qu'il fait beau.
-Je te laisse à ta vie trépidante.
Bonne journée, mon chéri. Ne te fatigue pas trop, surtout.
-Reste là !
-Alors, pompe 6.
Merci.
Votre carte de fidélité, s'il vous plaît.
Cette carte, voilà. Pardon. Merci.
900 points.
Plus qu'une centaine,
et le service à raclette est à vous.
-Le quoi?
-Le service à raclette.
-Merci. -Je vous en prie.
Ça va, monsieur?
-Oui, ça va. Merci.
Son portable sonne.
Allô ?
*-Alice m'a appelé. Elle est affolée.
C'est quoi, ces conneries ? -Quelles "conneries" ?
*-Le mot, tout ça... Tu m'expliques ?
-Il y a rien à expliquer.
-Merde !
Max ?
Max...
-Ça fait plaisir, de te voir. -Pareil.
-Café ? -Oui. Merci.
Toujours en train de ferrailler ?
-Tu voudrais que je m'arrête ? -Il faut avoir le feu sacré.
-C'est le chalumeau qui l'a.
-Et ça marche ?
-Le chalumeau, oui. Les ventes, on peut pas dire.
Alors ?
Qu'est-ce qui t'arrive ?
Pourquoi t'es parti ?
-Je suis pas parti, j'ai fui.
J'en pouvais plus. -De quoi?
-Ben... de moi, des autres.
De tout.
J'y arrive plus, Max.
Même me lever le matin, ça devient un exploit.
-Ça arrive. -Non. C'est plus profond.
J'ai plus de jambes. J'ai les jambes coupées.
À toi, je peux le dire: tout m'emmerde.
-Qu'est-ce qui t'emmerde, au juste ?
Tu le sais, au moins ? -Tout, je te dis.
Ma vie, ma baraque, l'atelier, la peinture...
Même Alice et les enfants, alors tu vois...
J'arrive plus à donner le change, à faire semblant.
Je suis fatigué. J'en ai marre.
J'ai plus d'énergie.
Il faut que ça s'arrête, Max.
-T'as raison.
Je comprends.
T'as raison, de tout envoyer balader.
Une femme qui t'aime pas, des enfants tarés,
un atelier pourri, pas de fric...
-C'est quoi, cette ironie ?
Je te dis que j'ai plus de jus. J'ai plus envie de rien.
Ça te Choque, que je te dise ça ?
Ça t'est jamais arrivé, d'en avoir marre ? Juste marre ?
-"Marre" d'avoir un foyer, du pognon, du succès ?
Non. Moi, jamais.
C'est peut-être parce que j'ai jamais eu ça, moi.
Viens là, toi.
-D'après toi,
quand on a tout ça, c'est le bonheur?
On a juste le droit d'être heureux,
béatement heureux.
Attends, Max. Tu peux pas croire ça. Pas toi !
C'est pas un caprice d'enfant gâté,
c'est pas un délire d'artiste qui se regarde le nombril.
Je suis complètement largué. Voilà. J'en peux plus.
Tu peux comprendre, non ?
-Ben non.
Justement.
Il y en a un qui doit se faire chier,
c'est le peintre que t'es devenu.
Franchement, je le plains.
-Ne te fatigue pas. J'ai plus rien peint depuis... un an.
-Mais ça fait 10 ans que tu fous rien !
Rien d'intéressant, à part la même bonne femme,
avec OU sans son chapeau.
Putain, celle-là, je peux plus la voir.
-En peinture ?
-Oui, c'est ça. -Je te remercie.
-Je te parle en ami.
-Un ami qui me dit que je suis un névrosé qui peint la même chose...
-Pas tout à fait.
Des fois, il y a un chapeau, des fois pas.
-Il y en a à qui ça plaît.
-Mais à toi ? Ça te plaît, à toi ?
-Où tu veux en venir ?
-Si tu peins toujours la même femme,
c'est que tu te libères pas de ton souvenir.
Franchement, ne te laisse pas endormir par le passé.
-Si ça me plaît, moi,
de vivre dans le passé ?
Hein ? Dans mes souvenirs ?
Tu sais ce que disait Lévi-Strauss ?
"Je pense au monde dans lequel je finis mon existence,
"et c'est pas un monde que j'aime."
Moi non plus, c'est pas un monde que j'aime.
Je sais plus où je vais.
Je n'ai plus envie que de dormir.
Bon. Je crois qu'on s'est tout dit.
Merci de m'avoir remonté le moral.
-C'est toi qui t'es remonté tout court,
si tu veux mon avis.
Contre qui, je sais pas... Enfin si, contre toi.
-Allez, je m'en vais.
Je peux te demander un service ?
-Tout ce que tu veux, oui.
-Je voudrais que t'appelles Alice et que tu lui dises que je vais bien.
-Pourquoi tu l'appelles pas ? -Non. Je peux pas.
Je peux pas... Pas tout de suite.
Elle me posera des questions, et je pourrai pas lui répondre.
Tu l'appelleras ? -Compte sur moi, oui.
-Merci.
-Prends soin de toi et donne de tes nouvelles!
Il hurle.
On frappe à la vitre.
-Vous pouvez m'emmener?
-Mais où ça ?
-Là-bas, plus loin, en ville.
Merci.
Klaxon.
-Bon.
Ça ira, là ?
Ça va, là ?
Où vous voulez aller?
-J'en sais rien. -Comment ça ?
Tu sais pas où t'habites ?
-On s'en fout. Je peux pas y aller.
-T'es partie de chez toi ?
-Je suis pas partie. C'est ma mère. Elle m'a dégagée.
-"Dégagée" ? -Ouais, "dégagée".
Virée, jetée, quoi.
-On est pas virés de chez soi comme ça.
-Ben si, la preuve.
-C'est juste un coup de chaud. Ça va s'arranger.
C'est pas...
Et ton père ?
-Mon beau-père, ce sale porc qui pense qu'à me baiser.
C'est à cause de lui,
si elle m'a virée. -Écoute, ça me regarde pas.
Je te ramène chez toi. -Non!
-Je te dépose où ?
T'as pas quelqu'un qui peut t'héberger ?
-J'ai personne. J'ai besoin de personne.
-C'est ça, t'as besoin de personne. Je t'emmène au commissariat.
C'est fait pour ça. -C'est pas vrai !
Les vieux, vous pensez qu'à nous balancer!
-Mais je te balance pas!
-C'est bon, je me casse. Salut.
-Monte, tu vas attraper la crève.
Monte !
Monte.
Monte, tu vas attraper la crève. Allez, viens.
Écoute, il faut se décider, là.
Tu fais quoi?
-Mais je sais pas, ce que je fais. Je sais pas!
Je suis crevée, moi. J'en ai marre. Juste marre!
-Moi aussi, je suis fatigué. Je vais trouver un hôtel.
Je te paie une chambre. Demain, on y verra plus clair.
-C'est quoi, ce plan pourri ? -Écoute,
je suis pas ton beau-père.
Si tu viens, c'est tout de suite.
Qu'est-ce que tu décides ?
OK. Allez.
-Hé, attendez.
-Bonsoir. -Deux chambres, s'il vous plaît.
-"Deux chambres"...
Douche
ou bain ? -Douche, on a donné, ça va.
Je voudrais deux bains.
-Deux bains, deux bains...
Ah, on a plus qu'une chambre
avec bain. Les autres, c'est avec douche.
Elles sont pas au même étage. Ça vous dérange ?
-Pourquoi ça me dérangerait?
-Si votre fille préfère être près de vous...
-M'en fous. Et je suis pas sa fille.
-Ah ! C'est pas votre fille ?
-Non, c'est pas ma fille.
Je sais pas ce que tu vas chercher dans ta tête
de dégueulasse, mais tu vas me donner 2 chambres
avec bain, douche, spa,
bassine en zinc, tout ce que tu veux,
mais vite !
Tiens.
-Il faut pas vous chercher. -Pas ce soir, en tout cas.
-Putain, comment vous l'avez taclé !
Sonnerie de message.
-Je bois mon café et je te raccompagne chez ta mère.
-Elle veut plus de moi, ma mère.
-Les mineurs habitent chez leurs parents, pas dans la rue.
Je vais parler à ta mère. -Même pas elle vous écoutera.
-On verra.
-Elle me reprendra pas à cause de l'autre bâtard.
-C'est ta mère. C'est elle qui décide.
-Vous rigolez ou quoi? Elle a peur de se faire tabasser.
Putain, c'est elle ! -Qui ?
-Ma mère. Arrêtez-vous.
Restez là.
C'est moi qui y vais.
Maman, c'est moi.
S'il te plaît, maman, ouvre.
Maman!
Allez, ouvre, maman. Maman, ouvre!
Maman, allez, ouvre! -Écoutez-moi...
Madame, écoutez-moi !
-Maman, ouvre, bordel !
-Vous pouvez pas faire ça !
Madame!
-T'es qui, toi ? Tu lui veux quoi, à ma femme ?
-Lâche-le, connard ! -Tais-toi !
Tais-toi !
Tais-toi !
On veut plus de toi ici.
Casse-toi, avec ton vieux con. Petite pute, va !
-La vache !
-Je vous avais dit de pas sortir.
-C'est lui, ton beau-père ? -Oui.
-Sympa.
-"Sympa" ?
Il tabasse ma mère et veut me sauter.
C'est un malade, oui.
-Ta mère porte pas plainte ? -Ça risque pas.
Elle a trop honte.
Puis elle croit toujours qu'il va changer.
Il peut lui raconter ce qu'il veut, elle gobe n'importe quoi.
Il lui a dit que j'étais une allumeuse.
-C'est vrai ? -Mais non, c'est pas vrai.
Mais elle l'a cru, ma mère. Du coup, elle est jalouse de moi.
C'est pour ça qu'elle m'a virée.
Jetée comme une merde.
Je vais me nettoyer un peu. Si tu veux aller aux toilettes...
-Vous allez où ?
Vous étiez en train de me planter?
-Pas du tout...
-Prenez-moi pour une conne.
-C'est vrai, j'allais partir.
-Mes histoires vous débectent ? -Tu crois quoi?
J'ai autre chose à foutre que faire du tourisme.
Moi aussi, j'ai mes problèmes!
Oui, je pars, je m'arrache, je dégage, comme tu dis.
-Mais vous allez où ?
-Je sais pas où je vais, voilà!
-Vous allez passer par une ville ?
-Évidemment. Ça, oui... Il y a des chances.
-Vous me débarquez à ce moment-là. Ça vous va ?
-OK. Ça me va. Allez, monte.
-Vous me faites la gueule ?
Mais si. Je le vois bien.
Vous m'en voulez ? -Je t'en veux...
Oui, je t'en veux. C'est vrai.
Je me fais péter le nez à cause de toi. T'es pas un cadeau.
-On s'arrête pas ?
-Non. -Où on va ?
-Tu verras bien.
C'est quoi, ton prénom ?
-Marilou, comme dans la chanson.
-Connais pas.
-Et vous ?
-Taillandier, comme dans l'annuaire.
Son téléphone sonne.
-C'est beau !
J'ai la dalle. Pas vous ?
Qu'est-ce qu'il y a, comme trucs.
-Alors, vous avez fait votre choix ?
-Je voudrais une salade de crabe, et après...
je verrai. -Fort bien, monsieur.
Mademoiselle ?
-Vous avez
des burgers-frites ? -Désolé.
On n'a pas ça à la carte. Il y a un McDo un peu plus loin.
-Des frites ?
-Tout à fait, monsieur.
-Et des steaks ?
Vous faites un steak avec des frites.
C'est simple. C'est possible, non ?
-Tout à fait, monsieur.
Et comme boisson, mademoiselle ? Un Coca, je suppose ?
-Non. Un Fanta orange.
-Monsieur ?
-Un verre de vin blanc.
-Fort bien, monsieur.
-"Fort bien, monsieur." "Tout à fait, monsieur."
Trouduc !
Vous faites quoi, comme travail ? -Peintre.
-J'ai un pote qui fait ça.
Mais c'est dur, comme boulot, il m'a dit. L'hiver,
sur les chantiers, ça caille.
-Ça vous a plu, monsieur ? Un dessert?
-Un fromage, s'il vous plaît. -Fort bien.
Mademoiselle ?
-Vous avez des glaces ?
-Tout à fait.
-Il y a quoi ?
-Nous avons vanille, chocolat, fraise,
puis des sorbets, mangue, poire...
Et puis des Mystère.
-C'est quoi, déjà ?
-S'il te le dit,
ce sera plus un mystère.
Vous avez des chambres, ici ?
-Oui, monsieur. Tout à fait.
On frappe.
-Elle marche pas, ma télé. Je peux venir ?
-Si tu veux. -Poussez-vous un peu.
*-Ils ont trouvé son corps qui gisait
dans une mare de sang, une arme à ses côtés.
-C'est quoi ?
-Je sais pas. C'est une série américaine bidon.
-Ça parle de quoi?
-Ben, euh...
C'est...
Son de la télévision en fond.
-T'es déjà là, toi ?
T'avais peur que je parte sans toi ?
-Il y a une maison à la sortie de la ville,
tout près des plages, à louer à la semaine.
C'est très simple, mais pour deux personnes, c'est suffisant.
-Oui. Ça a l'air bien.
-Vous êtes accompagné ? -Oui.
Ma fille.
-On y va ?
-Oui.
-Vous m'emmenez ? -Oui, bien sûr.
-C'est tout près. -Oui, venez. Montez.
Tiens...
Va derrière.
Allez !
-Mademoiselle.
-C'est où ? -Juste sur la droite.
-Votre fille doit être contente d'avoir son papa pour elle seule.
Tu connais la région ? -Oh oui!
On venait souvent, quand j'étais petite. Hein, papa ?
J'allais au Club Mickey.
-C'est curieux. Ça me dit rien, ce club.
-C'est normal. Il existait pas, à votre époque.
-C'est encore loin ? -Non. C'est à 100 m, sur la gauche.
La petite maison aux volets bleus. -Là ?
-Vous verrez, c'est pas très grand, mais c'est très mignon.
Si vous êtes tout seul avec votre fille, c'est parfait.
Alors...
Ici, le séjour. Là, une chambre. Ici, une autre petite chambre.
C'est petit, mais c'est plein de charme.
-Ça craint.
-Et là, un jardin, plein de charme aussi.
Et la surprise, la cerise sur le gâteau,
le jardin qui donne directement sur la mer.
-Et le scooter pour aller se baigner ?
-Bon. Allez, je la prends.
-Ah bon ? Parfait. Il nous reste à procéder
aux formalités.
-C'est pour quoi, la maison ? C'était mieux, l'hôtel.
-À l'hôtel, il y a des contrôles. Je veux pas finir en taule.
-"En taule" ?
-Tu es mineure, je te signale.
Si ta mère lance un avis de recherche, je risque gros.
-Elle m'a foutue dehors. Elle va pas me rechercher.
-Bon.
Je vais chercher les produits de base.
Tu prends ce que tu veux. -Ah bon ?
-Tu peux ranger le frigo, s'il te plaît?
Laisse, je vais le faire.
Allez.
Ça, là...
Ça, comme ça.
Le beurre
dans le beurrier.
Le Yop...
C'est quoi, ça ?
Qu'est-ce que c'est que ces cochonneries ?
Tu te demandes ce que tu fous là, c'est ça ?
Hein ?
Moi aussi, je me demande ce que je fous là,
dans cette baraque.
Si tu veux partir, ne te gêne pas.
Je te donne un peu d'argent.
C'est pas...
-J'en veux pas, de votre fric.
Je ne veux pas partir. Pour aller où ?
-Ça, je sais pas. C'est ton problème.
-Ça y est, j'ai compris.
Vous êtes en cavale.
Vous êtes recherché par les flics.
Vous avez fait quoi ?
Vous avez tué quelqu'un ?
-Oui. J'ai tué un peintre.
-Quoi ?
Vous me faites marcher, là.
-Tout à fait, mademoiselle.
-Putain, vous m'avez flanqué la trouille.
-On mange ?
-OK. Je m'en occupe.
Attention, c'est chaud.
-Bien.
La vache !
Allez, bon appétit.
-J'ai trouvé un jeu de dames.
Vous savez jouer aux dames ?
-Ouais, un peu.
-J'y jouais souvent avec ma mère.
Elle était forte. Mais des fois, je gagnais.
-Ah ! Là...
Hop.
D'accord. J'arrête.
-Mauvais joueur.
-Bonjour. -Bonjour.
Ça fait drôle. -Quoi ?
-De se réveiller dans une nouvelle maison.
-C'est mieux que l'hôtel, non ?
C'est ce que prennent
mes petites-filles. -Vous avez des petites-filles ?
-Deux.
-Vous avez
des enfants, alors ? -Finement raisonné.
-Et une femme ? -Oui.
-De l'argent, aussi ?
-C'est quoi, toutes ces questions ?
-Vous avez une femme, des enfants, des petits-enfants,
une maison, de la thune, et vous êtes là ?
-Oui. Et alors ? -Vous êtes parti de chez vous
parce que vous n'aimez plus votre femme.
-Quand je suis parti, je l'aimais.
Je l'aime toujours, d'ailleurs. -Alors c'est elle
qui veut plus de vous. Elle a un mec.
-Non, même pas. Enfin, je crois pas.
C'est fini, toutes ces questions ?
-N'empêche,
vous êtes un peu barré, quand même.
Quand on a tout ça, on part pas.
-Tiens, on m'a dit la même chose.
Si, tu vois. Quand on a tout ça, on part.
Peut-être même à cause
de tout ça, justement. -J'y comprends rien.
-Il y a rien à comprendre.
Aïe !
-Oh, il y a des vélos.
Je peux aller en ville ?
-Ça fait loin, la ville. -6 kilomètres.
-Pourquoi tu me demandes ?
De toute façon, tu iras quand même.
Ne rentre pas trop tard.
Tiens, prends ça. On sait jamais.
-Merci. Je vous les rendrai.
-Allez, file.
-Taillandier!
D'accord, il est tard. Mais c'est pas ma faute.
Ma chaîne a sauté, j'arrivais pas à la remettre.
C'est vrai. Regardez mes mains.
Heureusement qu'on m'a aidée. -Qui ?
-Des jeunes trop sympas.
Taillandier?
Taillandier?
Revenez là !
Revenez, bordel !
Taillandier, revenez !
Reviens ! Me laisse pas ! Me laisse pas !
-Ça va, ça va, ça va.
-Putain ! La peur que j'ai eue !
Ne me refaites jamais ça.
-Je te promets rien, mais je vais essayer.
-Excusez-moi.
-De quoi?
-Pour les gifles.
-T'en mourais d'envie, de toute façon.
Elle a un portable, ta mère ?
-L'autre crevard veut pas qu'elle en ait un.
-Un téléphone fixe ?
-C'est toujours lui qui répond. Quand il sort, il le coupe.
-Il faut essayer quand même.
-Il raccrochera aussi sec.
-Oui. Mais moi, je peux pas te garder comme ça.
C'est pas normal, ça.
Je risque d'aller en taule.
-Je vous apporterai des oranges.
-Oui... Ça me fait moyennement rire, ça.
-On rentre. -Tu te baignes pas ?
-Non.
Et puis, j'ai pas de maillot. -On rentre.
Je vais me coucher. Tu devrais en faire autant.
Reste pas si près de l'écran, tu vas te faire mal aux yeux.
*Berceuse à la télé.
*-Maman.
Ma maman.
Ma maman.
-Je vous fais un café ?
-Euh, oui.
-Taillandier... -Oui ?
-Ça vous arrive souvent? -Quoi donc ?
-De tomber dans les pommes, comme hier.
-C'est rien. C'est mon cœur, ça.
De temps en temps, ça déconne. Mais bon...
-On peut pas vous soigner ? -Si, bien sûr. Sûrement.
Mais mettre un pied à l'hôpital, hors de question pour moi.
Les odeurs de pisse et d'éther, non merci.
Je veux bien donner mon corps à la science, mais pas de mon vivant.
Celui qui va m'ouvrir comme un poisson, il est pas né.
Qu'est-ce qui te prend ?
-"Celui qui m'ouvrira comme un poisson,
"il est pas né."
Poisson pané.
-Ça te fait rire ? Il t'en faut pas beaucoup.
-Vous êtes pas drôle, ce matin.
-Non...
-Avec votre tête de vieux râleur. -Tu t'es vue, avec tes tifs
et tes fringues de clown ? -Vous avez dit quoi ?
-Que tu ressembles à rien, avec tes mèches en couleur.
C'est complètement nul. Et tu vas pas rester fagotée
comme ça tout le temps ?
-Vous êtes qui, pour me parler comme ça ?
Vous vous êtes vu, vous ?
Avec votre chemise "Chasse et Pêche", là ?
Toujours à faire la gueule, à se plaindre.
C'est soûlant, à force !
Il frappe.
-Marilou, ouvre.
*Elle écoute du rock dans son baladeur.
-Mais ça va pas ? Vous êtes taré ?
-Non, mais tu répondais pas, alors...
J'ai cru que... -"Que" quoi ?
-Non, rien. Simplement...
Je voulais m'excuser pour tout à l'heure.
-OK. C'est bon, on oublie.
-On va l'acheter, ce maillot de bain ?
-Cet aprèm, alors.
Là, on m'attend. On se retrouve après.
-On t'attend ? Tu connais quelqu'un, ici?
-Je me suis fait des amis.
Ceux qui ont réparé mon vélo. Ils sont trop bien.
-OK...
OK.
Tu rangerais pas
ta chambre d'abord ? -Elle est rangée.
-OK. Elle est rangée, là ?
D'accord. Elle est rangée.
-C'est ma chambre, pas un frigo.
-D'accord.
-Vous trouvez ce qu'il vous faut ?
-Le noir, là, vous l'avez en plus petit?
-Je crois qu'il m'en reste. Je vais voir en réserve.
Nous l'avons en blanc, sinon.
Et pour Monsieur, ça ira ? -Oui, oui.
-La classe ! Ça le fait.
Il y avait urgence.
-T'as trouvé un maillot?
-Yes. -Fais voir.
-Non. Plus tard. Surprise.
-Surtout plus de mèches de couleur.
-Vous avez raison. Vous n'allez pas la reconnaître.
-2,80 euros, s'il vous plaît.
Merci. Et voici. Bonne journée.
Bonjour.
Un "Sud-Ouest". 90 centimes. Merci. Bonne journée.
Bonjour. -Bonjour.
-50,30 euros, s'il vous plaît.
-Bon. À ce soir. -À ce soir.
-Alors, comment vous trouvez ?
-T'as pas de casque ?
-On a fait 20 mètres.
-Ça suffit pour... -Je sais.
-Et ton vélo ? -Je l'ai laissé plus loin.
Je le prendrai tout à l'heure.
Ce soir, je vais en boîte.
-T'as pas 18 ans.
-Je les fais presque. Et on sera tout un groupe.
Ça vous plaît?
-Oui.
-Je vais me baigner.
Allez, venez!
Vous avez tort, c'est trop bon.
Vous faites quoi?
-Je me jette à l'eau... Enfin, à ma manière.
-Vous dessinez ? -J'essaie.
-Je peux voir ?
-Non, non. Plus tard.
Alors attends.
Allez, vas-y.
Remets-toi comme ça.
-Putain !
-Non. J'avais dit plus tard.
-Plus tard, c'est maintenant. Et j'y ai un peu droit.
J'y connais rien, mais c'est super bien.
-Merci.
Je serais vous, je continuerais.
C'est votre truc.
-Tu crois ? -Vous avez déjà
fait des peintures, des tableaux ? -Oui.
Quelques-uns.
-Pourquoi vous avez
arrêté ? -J'avais plus tellement envie.
Il valait mieux raccrocher.
-C'est dommage. C'est joli, ce que vous faites.
C'est bien dessiné... Vous pouvez m'emmener, ce soir ?
-Tu dînes pas ici ?
-On se fait une crêperie, avec la bande.
-Bon.
-Ça vous embête pas ? -Non, non.
Tu pars tout de suite ?
-Non. Dans une heure. Après, on va au Bastion.
Mathias me ramènera.
-Ah ! Qui?
-Mathias, le mec au scooter.
-C'est vrai que comme ça, tu fais plus que ton âge.
T'avais pas quelque chose de moins...
-"De moins" quoi ? -Un peu plus...
-C'est bon, je vais pas à un enterrement.
-T'as forcé sur le maquillage.
-Je fais pute, c'est ça ?
Lâchez-moi là.
-Quoi ? Pourquoi?
Ah, d'accord.
Ça te gêne, qu'ils te voient avec moi ?
Pas trop tard, hein ?
Hein ? -Ouais, ouais.
*Michel Polnareff : "Goodbye Marylou".
*-Le lièvre, sous ses pattes, a du poil.
Voilà une patte de lièvre.
Quand on voit tout ce poil qui est sous les pattes,
on se rend compte que le lièvre laisse peu d'odeur au sol.
Imaginez ce lièvre courant
sur des labours avec de la terre argileuse.
Ils emmènent la terre avec eux, ils s'en font des mottes,
et les chiens ne sentent plus rien. Ils emmènent l'odeur.
-Monsieur, monsieur!
Pardon, monsieur.
Est-ce que vous connaissez le Bastion ?
-C'est à 1 km sur votre gauche.
-Sur ma gauche. OK. Merci.
*Musique électro.
-Bonson.
-Je cherche quelqu'un. -Allez-y.
-Vous connaissez une jeune fille qui s'appelle Marilou ?
Elle a une jupe très courte.
Non ? Marilou.
Vous connaissez une jeune fille qui s'appelle Marilou ?
Pardon, Marilou, vous connaissez ?
-Les hommes, c'est à côté.
-Une jeune fille de 15 ans, habillée très court.
-Non... -Bon.
Merci.
-Bonne soirée.
Bonson.
-Je cherche une jeune fille qui s'appelle Marilou.
Ça vous dit quelque chose ? -Non.
-Elle a 15 ans. -On n'accepte pas les mineurs.
-Je ne suis pas flic.
Simplement, je cherche ma... fille.
-Vous avez une photo ?
-Non.
Ils sont toute une bande, avec un certain Mathias.
-Ces petits cons ? On les a refoulés.
Ils foutent le bordel.
-D'accord. Merci. -Bonne soirée.
Monsieur, attendez.
Souvent, ils traînent là-bas, vers les bateaux.
-Vas-y, fais pas ta pute !
Marilou crie.
-Arrête !
-Fumiers !
Cours, cours!
-C'est ça, casse-toi. C'est plus de ton âge.
Coup de feu.
-Tu joues à quoi, là ?
-Marilou, viens.
Lâche-la !
-C'est bon. On s'en va.
-Allez, tirez-vous.
Bande d'enfoirés!
Bande de petits salopards.
Et toi, qu'est-ce qui t'a pris de...?
Quoi?
Je t'avais dit de pas forcer sur le maquillage.
Je serai pas toujours là pour jouer les Rambo.
Allez, go.
-La mer, ça nettoie.
On se sent plus propre.
-Mets un peu ta tête de l'autre côté.
Merci.
Ah, non, non, non! -Mais quoi?
-Enlève ce chapeau. Je veux pas voir ce chapeau.
-Vous êtes marrant, vous. Ça tape, quand même.
J'enlève tout, mais pas
le chapeau -Pas "tout".
-Mais pourquoi? Moi, ça me gêne pas.
Mon corps ou un autre, c'est la même chose.
C'est juste un corps. -C'est vrai. T'as tout compris.
Mais pas besoin d'être à poil pour dessiner tes fesses.
Je préfère les imaginer. -Ça veut dire quoi?
Elles sont pas mal, mes fesses.
-Pour un peintre, imaginer,
c'est mieux que voir. C'est plus...
C'est plus riche, plus sensuel que la réalité.
Tu comprends ?
-Que dalle.
Arrêtez-vous ? -Quoi ?
-La poissonnerie.
Je fais des coquilles Saint-Jacques. -Non, non.
On va aller au restaurant et éviter un incendie, surtout.
On a quelque chose à fêter.
-Ah oui? Quoi?
-La mort de la dame au chapeau.
-Encore un mort? La dernière fois, c'était un peintre.
-Alors, aujourd'hui...
À part les menus, nous avons à la carte : gambas au vin blanc,
curry de lotte au lait de coco
et une tourte au saumon absolument superbe.
Pour Mademoiselle,
j'imagine que ce sera un hamburger-frites.
-Et sa connerie, elle est au menu ?
-Vous l'avez un peu cherchée, quand même.
Vous avez pas eu son âge ?
-Comme tout le monde.
-À son âge, vous aimiez les hamburgers-frites.
-Tout à fait, monsieur. -Ben, voilà.
Bon. Marilou ?
-Coquilles
Saint-Jacques flambées.
-Elle aime pas
que les hamburgers.
Et pour Monsieur ?
-Une sole grillée, et pour commencer, un foie gras.
-Fort bien, monsieur.
Comme boissons ? -Deux coupes de champagne.
-Oh ouais !
-Et puis...
un château-angelus 94.
-Excellent choix, monsieur.
Si vous désirez une tarte fine aux pommes en dessert,
il faut commander maintenant.
-Avec une boule
de vanille ? -Ou de la chantilly, ou les deux.
-Alors deux tartes fines,
deux boules de vanille,
et plein de chantilly.
-C'est parti.
-La vache, je lui ai mis une claque.
J'en peux plus, de ça.
-Je peux finir ?
-Vas-y, mais te rends pas malade, quand même.
-Comment vous avez fait peintre ? -C'est la faute
de ma grand-mère.
Elle m'a filé le virus quand j'étais gamin.
Au début, tu tâtonnes, tu pioches, tu voles, t'imites.
Vers quoi tu tends, ça, t'en sais rien.
Puis à un moment, il y a quelque chose
qui apparaît au grand jour.
Et tu lâches plus.
Tu sais, on a toujours besoin d'un exemple.
En peinture ou dans la vie, d'ailleurs.
Pour moi, ça a été Degas, Courbet, Renoir.
Et puis aussi des peintres comme Rauschenberg,
un expressionniste abstrait.
Un Américain.
Il y a une telle énergie dans son travail,
une telle liberté, que c'est très impressionnant.
Grâce à lui,
j'ai compris que pour qu'un tableau soit réussi,
il faut pas forcément qu'il soit beau.
Il faut qu'il soit juste.
Je l'ai rencontré, Rauschenberg.
"Taillandier !"
Il m'appelait comme ça, avec son accent américain.
On discutait peinture, comme si on s'était toujours connus.
Et tu sais quoi?
J'ai jamais été aussi ému.
Je suis un vieux con, Marilou.
Et les vieux cons, à un moment ou un autre,
il faut qu'ils se racontent.
-Ça va ? -Ça va, ça va.
-Au fait, je voulais vous demander...
Vous êtes chasseur ?
-Pêcheur
Pauvre "pécheur". -Mais alors pourquoi
vous avez un fusil ?
-Ah, ça, c'est pour...
sauver les petites crétines
qui voient pas plus loin que le bout de leur nez.
Tu dis rien, ce matin. Qu'est-ce que t'as ?
-Rien, rien.
Mais avec tout ce que vous m'avez raconté hier au resto,
je suis un peu bloquée, là.
-Pourquoi ?
-La peinture, Rauschen-machin, tout ça...
Quand même, vous en savez, des trucs.
-Ça change quoi?
-Je vous vois plus comme avant, maintenant.
Vous auriez pu me dire que vous étiez pas
peintre en bâtiment.
-Tu connais Rossini ?
-C'est un genre de steak ?
-C'est un auteur génial,
créateur de nombreux opéras,
et pour qui le tournedos Rossini a été inventé,
justement.
-N'empêche, j'avais bon, pour le steak.
-Un jour, une admiratrice de ce grand compositeur
s'incline très respectueusement devant lui et lui demande:
"Comment on doit vous appeler ?
"Maestro ? Excellence ?
"Votre Grandeur ?"
-Non. Aucune idée.
-"Appelez-moi simplement 'mon gros lapin.
-Et alors ?
-Non, rien.
-Taillandier ? -Oui ?
-J'avais une idée, mais vous allez pas être d'accord.
-Ben, dis toujours.
-Demain, sur la place, il y a un vide-grenier.
-Et alors ?
-On pourrait vendre vos croquis.
Et comme c'est moi qui vous sers de modèle,
on pourrait partager,
et je pourrai vous rembourser pour tout ça.
-"Tout ça" quoi ?
-Ben, tout ça.
Les restos, l'hôtel, le maillot...
Vous étiez pas obligé.
Et pour l'autre soir, aussi.
Ça fait beaucoup, et je n'ai pas l'habitude.
J'ai réfléchi.
On pourrait vendre chaque croquis 10 euros.
Comme ça, si on en vend 10, ça fera dans les 100 euros.
-"100 euros" ?
Ah oui, quand même.
Ah oui, oui...
Tu sais,
Marilou...
Écoute, on va doubler la mise.
Je vais racheter du matériel. Aujourd'hui, on bosse,
et demain, c'est 200 euros qu'on met dans la tirelire.
-Yes!
-Bonne journée.
-Vous n'avez plus de carnets
de croquis Canson ? -Non, désolée.
-Bon.
Je vais prendre ça.
Et puis ça.
Et le journal.
*Elle écoute du rock dans son baladeur.
-Déjà ?
Ça Va pas ?
-Tiens.
Mais ils vont bien s'occuper d'elle.
-Oh, le salaud !
-On y va quand tu veux. -Maintenant ?
-Maintenant.
-Mme Perrin, s'il vous plaît.
-"Mme Perrin" ?
-Je suis sa fille.
-Elle est toujours en réanimation.
Vous voulez la voir ? -Oui.
Maman ?
Maman ? C'est moi.
-Elle ne peut pas vous voir.
-Elle a quoi, aux yeux ? Elle va rester aveugle ?
-Non. Mais ils ont été touchés. Le gauche, surtout.
Décollement de la rétine.
Il vaut mieux qu'elle ne les ouvre pas.
-Fils de pute!
-C'est pareil pour la mâchoire. Elle a été fracturée.
-Il y a quoi d'autre ?
-Elle a trois côtes cassées et le bras gauche.
Elle a eu de la chance.
-"De la chance" ?
-Il l'a rouée de coups.
Sans les voisins, elle était morte.
-Je reviens dès que j'aurai réglé la situation.
Je t'embrasse très fort.
-Oui, moi aussi.
-Tiens.
Merci.
-Ce bâtard !
Dans quel état il a mis ma mère!
-Elle va s'en tirer. -Lui aussL
-Non. Il va prendre très cher.
J'ai appelé les flics pour leur dire où tu étais et pourquoi.
D'ailleurs, il faut que j'y passe.
Je leur ai demandé combien il risquait.
Violence volontaire avec coups pouvant provoquer la mort,
c'est 5 ans de prison minimum.
En plus, il a un casier. -Un quoi?
-Il a déjà été condamné il y a 15 ans pour violence.
-Ça, il l'a pas dit à ma mère.
Mais quelle pourriture!
Et là, tout de suite, ils vont le relâcher?
-Il est en garde à vue. -Oui. Mais après ?
Il est capable de n'importe quoi.
-Non. Ils vont pas le relâcher, après ce qu'il a fait.
Il y a des lois pour vous protéger, ta mère et toi.
-Elle est pas près de sortir, ma mère.
Et moi, je deviens quoi?
Ça, ça dépend du juge pour enfants.
-T'as de la famille ? -Vous savez bien que non.
-Il y a le placement en foyer. -Je me barre tout de suite.
-Ou alors...
-Quoi ?
-Il y aurait peut-être... -Quoi ?
-Une famille de substitution.
-Vous pouvez me traduire en français ?
-Une famille d'accueil.
-Ah, t'es là, mon beau !
Ça va?
Allez.
Il tient le coup, mon don Quichotte.
-Il a toujours fière allure, même sous la neige.
-T'as l'air en forme. -Oui. Ça va.
-On peut voir ? -Bien sûr.
-Ah oui. C'est...
C'est bien.
C'est très, très bien.
-Merci.
-Chapeau.
C'est elle
qui t'a aidé à sortir des ténèbres ?
-Oui... Enfin, tous les deux.
On s'est fait la courte échelle.
-Debout, ma belle.
-Il est quelle heure ?
-J'ai besoin de toi.
-Il est réveillé, Taillandier ? -Oui.
Il va finir
les croissants. -Taillandier, c'est pas sympa.
-Et range un peu ta chambre.
J'arrive pas à m'y faire. -À quoi?
-Qu'elle t'appelle Taillandier. -Elle m'a toujours appelé comme ça.
-Ça va ?
-Très bien.
Dis pas bonjour, surtout.
-Bonjour.
-Tiens. C'est pour toi.
-C'est maman !
Elle dit qu'elle se sent beaucoup mieux.
C'est là. -Oui. Je sais.
-Merci pour tout ce que vous avez fait pour elle.
-Non, non. C'est rien.
Bon. Au revoir, madame. -Au revoir, monsieur.
-Bon. Ben, j'y vais.
Salut, Marilou.
-Salut, Taillandier.
-Et ne force pas sur le maquillage.
-Non, non.
*Michel Polnareff: "Goodbye Marylou".
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