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...
Musique classique
...
-Les cavaliers gaulois, acculés à une bataille
rangée près de Dijon, se replient dans des ordres.
Ils sont poursuivis jusqu'à Alésia où Vercingétorix s'est retranché.
Nous arrivons sur le plateau où, après un long siège,
se soumettant à l'arrêt des dieux, Vercingétorix,
pour sauver ses compagnons,
se rendit à...
Le tonnerre gronde.
Ferme. - Quoi ?
- La porte !
- Bon !
- Roule. - Mais qu'est-ce qui te prend ?
- Roule, je te dis !
Les passagers protestent.
Musique intrigante
...
- Mais qu'est-ce que t'as ? - Allez !
...
Un véhicule klaxonne.
...
...
Prends à droite.
...
Prends à droite !
...
Une femme parle allemand.
Ca, c'est la brume. - Nein, le voilier !
- Ah, le voilier, pardon.
Voilà... Voilà, ça, c'est le voilier.
Un homme grommelle.
- Ari !
C'est étrange, j'ai l'impression que tu me fuis !
- Tiens, Morland, ce vieux Morland.
- Eh oui, eh oui.
2 ans, déjà. - Non, 18 mois, seulement.
- Ari, Aristide, mon ami, mon frère, si je te disais que cette fois...
- Non, ne dis rien.
- Si je te disais que cette fois, je suis sur un gros coup,
mon dernier, mon chef-d'œuvre.
- Eh bien, bravo !
Je suis sur des petits coups, mais ça me suffit.
- 600 000 dollars. 300 millions d'anciens francs.
As-tu déjà vu une somme pareille en petites coupures ?
C'est impressionnant. - Non, j'entends rien.
- Je fais ta fortune, misérable. Je plaisante pas !
- Tu plaisantes jamais. C'est ce qui me fait peur.
Pareil quand tu m'as associé à tes tournées bidon au Koweït.
Et Istanbul, le supermarché dans la mosquée.
Je te rappelle comment ça s'est terminé ?
Dis, tu veux ?
- Ah oui.
J'ai 47 ans, je n'ai plus la santé.
C'est mon dernier coup, le plus beau.
Ne sens-tu pas que le soleil se lève
sur le Jardin des Hespérides ?
- Je ne sens rien. - Prends ton temps.
Au début, je ne sentais rien non plus.
Cette affaire est devenue odorante comme un bouquet de jasmin.
As-tu déjà senti le jasmin par une belle soirée d'été ?
A l'heure où les oiseaux dorment. Il inspire.
Eh bien, 600 000 $, ça sent exactement pareil.
- Le supermarché dans la mosquée sentait aussi le jasmin.
T'as le cerveau malade ou le nez bouché.
- Eh bien, ravi de t'avoir retrouvé. Ne te presse pas, dors là-dessus.
Nous étudierons tout ça demain matin, à tête reposée.
- C'est ça, Morland, demain matin. -Dis-moi...
Ta nouvelle adresse, c'est bien dans les Alpes-Maritimes ?
-Bien sûr, bien sûr.
- A Nice ?
- Ouais, je crois.
- Il croit !
Impasse Garibaldi, numéro 14,
bâtiment C, troisième étage, porte face.
Mais ne t'inquiète pas, ça peut rester entre nous.
On klaxonne.
- Morland ?
Pourquoi tu dis "ça peut" ?
- Car un de mes amis me disait hier, alors que nous prenions le thé :
"Il me semble avoir aperçu à Nice...
"Combien de sucres, mon cher Morland ?
"Ce voyou d'Aristide Bromsky." J'ai répondu :
"Certainement le jouet d'une ressemblance.
"Un seul sucre,
"Monsieur l'Inspecteur.
"Cette petite frappe sait qu'elle est assignée à résidence
"dans le Vaucluse."
- Encore pour un mois.
- Ce serait d'autant plus bête de te faire piquer.
Alors, mon ami me disait encore hier :
"Si Aristide Bromsky ne vous avait pas,
il finirait sur l'échafaud."
Mais tu m'as, Ari.
Tu m'as.
- Tu vas peut-être me dire où tu vas ?
- Non.
- T'as peur que je donne ton adresse ?
- Oui !
-Mais qu'est-ce que vous avez, M. Bromsky ?
On dirait que vous avez vu le diable !
- Mais j'ai vu le diable !
Ari klaxonne.
Les pneus crissent.
Le camion klaxonne.
- Heureusement qu'on a un moteur neuf.
- Les pneus et les coussins aussi. C'est pas une bonne affaire ?
- Justement, j'ai l'impression d'être malhonnête, moi.
T'es donc si pressé de partir ? - Extrêmement pressé.
- La banque, c'est à droite, au feu.
Je te donne tes 4 briques, mais je tiens vraiment
à t'envoyer le reste, à condition de savoir où tu seras.
- Marcel, je serai dans un continent où le vautour s'acclimate pas.
Des avions décollent.
...
- Mes radios.
Une cardiomyopathie obstructive.
Tu peux toucher. Je ne suis pas contagieux.
Perdu, mais pas contagieux.
Ca, c'est mon ventricule gauche.
3 alertes en moins d'un an.
D'après le Professeur Chavas, Lambert Chavas...
je risque d'y passer d'un coup à la moindre contrariété.
Et puis, ça, c'est...
Ca, c'est mon poumon droit.
Pas beaucoup plus gai.
Y a des nuits, tu entendrais, ça siffle comme un vieux samovar.
Il respire fortement.
Les prisons turques sont humides.
Ah, c'est beau, la jeunesse.
On court vite.
A Istanbul, tu as déguerpi comme un lièvre.
Tu ne penses pas avoir une petite dette envers ton ami,
Aristide Bromsky, hein ?
- Non, mais, Istanbul, c'était une idée à qui ?
Il peine à respirer.
Il s'étouffe.
- Tu veux un verre d'eau ? Une mie de pain ?
Garçon, s'il vous plaît, vite ! - Non, non, pas une mie de pain.
Rien, je ne veux rien te devoir, non, rien.
Istanbul, c'est une idée à moi. Tu as bien fait de me le rappeler.
Tu tiens tes comptes à jour, c'est bien.
- Oh... - C'est très bien.
- Vous voulez quelque chose ?
- Oui, une tasse de thé. Rien que ça.
- Oh, non, tu vas pas recommencer.
- Les souvenirs t'empoisonnent l'existence, Aristide Bromsky ?
Oublions l'amitié et la tendresse. Soyons des chiens.
- J'ai pas dit ça !
- Non, t'as pas dit ça, mais c'est pire.
Même mon ventricule gauche t'a laissé de marbre.
Si j'ai bien compris, tu partais, là.
- Je partais pas, non, je pars.
- Tu me demandes pas ce que je vais devenir ?
- Non, parce que si je te le demande,
tu vas me l'expliquer, alors, tu sais...
- Ah bon...
Si tu le prends sur ce ton, ne parlons plus de moi.
Une annonce est diffusée en italien.
...
On peut quand même savoir où tu vas ?
- Pas fatalement.
- Hein ? - Pas fatalement.
- Oui, ça ne me regarde pas.
Peu importe d'ailleurs, on est libres chacun.
Je veux dire, on va, on vient...
Tu vas où tu veux.
Mais enfin, où que tu ailles, il te faut des...
Comment tu te les es procurés, ça...
- Eh ben, j'ai vendu mon autocar.
- Oh oh oh, quelle coïncidence !
Tu vends ton car juste au moment où nous avons besoin d'argent !
- Pas question. - Ari...
Allez...
Je ne prendrai pas tes sous sans partager les risques !
Ah non.
*-Départ à destination de Rome...
- Ciao, Morland. -Non.
Un moment.
Non, c'est pas possible !
Un faux à ce point, c'est de la provocation !
Tu trompes les contrôles, tu les prends pour des idiots.
Mais tu es fiché, Ari. Tu es fiché !
Aïe, aïe, aïe !
Attends, attends, tiens, voilà.
Voilà, voilà du travail bien fait.
Avec ça, tu passes partout, même sans visa.
- J'ai pas besoin de visa.
- Je sais, nous partons pour l'Italie.
- Et tu ne t'appelles plus Bromsky, tu t'appelles Zani.
Aristide Zani.
Allez...
Tu vois, il peut rien t'arriver tant que je suis là.
- Tu crois pas que t'exagères ? - Et ton sac, ton sac, allez !
Il râle.
Ah l'Italie, en partant maintenant, on fait un crochet par Gênes,
et nous arrivons dans l'axe du Colisée au crépuscule.
Je tiens à te montrer Rome dans sa gloire.
Je réprouve tes mesquineries automobilistiques.
Mais tu fais des économies.
C'est bien.
C'est très bien.
Parce que nous allons avoir besoin d'investir.
- Je ne t'écoute pas.
De toute façon, c'est pas à Gênes que je te laisse, je te largue
au premier bassin sur le port.
- D'accord, quai numéro 2.
- Celui-là ou un autre...
- D'accord, Ari, mais je préférerais le quai numéro 2.
- Je me tire tout de suite.
J'en ai rien à foutre de ton bateau d'Abidjan.
J'attends personne, moi, au bateau.
- Détrompe-toi.
- Pardon ? - Non, je dis "détrompe-toi".
Quand elle saura que tu es venu et reparti,
ça va vraiment lui faire plaisir !
- Plaisir à qui ? - A Amandine.
- Amandine...
- Ta femme.
Les pneus crissent.
- Quoi ? J'ai jamais été marié !
Fous-moi le camp ! - Non !
Si t'espères me piquer mes sous
en me faisant un chantage avec une de tes bastringues !
Je te largue pas à Gênes, mais ici, adieu, Morland !
Espèce de vieux sandwich de saloperie
de mannequin de Frankenstein de merde !
Morland.
Allons, Morland. C'est rien, Morland, c'est rien.
- Non, non, non, dans la mallette.
- Oh, merde !
- Espèce de petit saligaud.
23/12. Tu m'as raté de peu.
- Mais qu'est-ce que je peux faire ?
- Hein ?
- Tu veux que je t'emmène à l'hôpital ?
- Non, à Gênes, quai numéro 2.
Les moteurs grondent.
...
- Le toubib m'a dit : "A 23/15, c'est le transport au cerveau."
- Bon, d'accord, alors, dépêche-toi tant que t'as encore toute ta tête.
Amandine, c'est quoi ?
- Elle faisait partie de ma tournée Molière en Afrique.
- Une ringarde.
- Une actrice exceptionnelle, douée comme t'as pas idée.
Elle jouait les soubrettes, mais c'est une Agnès.
- Elle vient faire quoi à Gênes ?
- Mais fortune avec nous, Ari, je me tue à te le dire.
Je la rapatrie.
Je l'avais engagée pour mes tournées dans le tiers-monde
après un triomphe mémorable à Brignoles, y a 3 ans.
- Et tu l'as abandonnée à Abidjan ?
- Le succès, Ari, le succès nous a abandonnés.
- Ouais... et elle a fait quoi pendant 2 ans, à Abidjan ?
- Elle a vécu.
- J'étais pas loin de la vérité, Amandine est une pute.
- Si ton intention était de la discréditer,
encore eût-il fallu, ne point lui faire d'enfant.
-Faut pas freiner comme ça ! -Vous connaissez d'autres façons ?
Il faut garder ses distances ! Avec votre grosse bagnole !
- Vous avez qu'à regarder dans votre rétroviseur !
- Ari, si tu dois en finir...
finis-en tout de suite.
Tire-moi une balle dans la tête.
Les voitures klaxonnent.
- Eh ! Où allez-vous ?
...
- Ari ! Ari ! Mon tout petit Ari !
Musique joyeuse
...
Brouhaha de la foule
...
- Marc-Antoine !
- Amandine !
...
-Ciao, ciao !
...
- Marc-Antoine ! - Oh, Amandine.
- Oh, c'est trop gentil. - Mmh, une bêtise.
Aristide Zani, dont je désespère pas un jour
faire l'égal des meilleurs.
Amandine Chansson, mon élève favorite !
- Enchanté.
- C'est un journaliste ? - Un associé.
Les bagages !
...
- Je pensais que vous m'aviez oubliée.
- Impossible. - 2 ans, c'est long.
- Interminable.
- Vous avez fait quoi pendant tout ce temps ?
- Je me suis replié sur moi-même.
Intensément, furieusement.
J'en ai conclu que contrairement à la légende,
le théâtre ne manque pas de talents nouveaux,
mais d'argent frais.
- Si vous me parliez un peu de mon rôle, c'est quoi ?
- Un rôle de mère. - Un rôle de mère ?
Je suis pas trop jeune ?
- Certes pour maman Colibri ou mère Courage.
- Ou la mère Michèle !
- C'est fini, oui ? - Oui, Monsieur le Directeur.
Bon, maintenant que la troupe est au complet,
tu vas peut-être pouvoir nous raconter ton scénario.
- Qu'est-ce que vous diriez d'abord d'un bon homard bien grillé ?
Je connais un petit restaurant...
Andiamo !
- Par la suite, nous aurons un car Pullman.
Il nous attend à Nice. Le bébé, lui, nous attend à Rome.
- Le bébé ?
- Oui, le bébé dont vous serez la maman et Ari, le papa.
Un bébé de 13 mois, un amour.
- C'est vous qui jouez le père ? Vous êtes acteur ?
- Euh... Ce sera mes débuts. Le bébé aussi !
- De qui est la pièce ? - De moi.
- Vous m'avez fait venir pour ça ? Comptez pas sur moi !
- Qu'est-ce qu'il y a de changé ?
Il faut une comédienne pour un superbe rôle de mère !
Commedia dell'arte, Sarah Bernhardt l'aurait joué à l'œil !
Un million pour 15 jours !
C'est pas mal, non ? Allez, venez !
-Prego.
- Vous avez dit un million... nouveau ?
- Parfaitement ! Un million chacun ! Sans aucun risque !
Tout est prévu, pensé, mûri, y a plus qu'à cueillir !
- Ca vous convient, Monsieur ? - Parfait.
- N'empêche que c'est un kidnapping !
- Qui a parlé d'un kidnapping ? - Moi !
- Amandine, vous êtes témoin, il a parlé de kidnapping.
D'ailleurs, ça ne m'étonne pas.
Le kidnapping est une infamie,
et je ne m'abaisserai pas à patauger dans la fange abjecte.
Moi, j'ai parlé d'échange.
- Echanger un bébé contre une rançon.
- Mais non, échanger un bébé contre un autre bébé !
Qu'il y ait une transaction d'argent...
C'est fait dans le dos des bébés !
- Mais nous, on le saura !
- Mais l'argent n'est pas tout dans la vie, Amandine !
-J'ai rien dit, moi !
- Alors, n'en parlons plus !
- Tu sais ce qui va pas chez toi ? Tu crois ce que tu dis.
- Quand vous connaîtrez mon plan,
vous verrez qu'il n'est pas exempt de moralité.
- Comment croyez-vous que je ferai ça ?
- Allons, Amandine, pas de fausses modesties.
J'ai besoin de vous pour un rôle de mère.
Vous avez ma parole d'honneur. - Si on a sa parole, alors...
- Mes enfants, mes enfants !
Vous allez être un couple admirable !
Demain, Mlle Amandine aura les moyens de jouer Shakespeare
comme on ne le joue plus qu'à Stratford-upon-Avon !
Demain, les cars de M. Bromsky sillonneront l'Europe
de l'Oural à Tamanrasset.
A moins, chère Amandine,
que vous préfériez retourner à vos égarements équatoriaux.
Et toi, mon cher Ari, dans le Vaucluse.
Alors, la robe, les cheveux, c'est parfait.
Bon, attention. Je reprends pour le prologue.
Qui êtes-vous Amandine ?
- Nurse diplômée de l'école de puériculture,
canton de Vaud en Suisse.
- Bravo, expression réservée, buste droit.
Toi, Ari, tu es mon trésorier : expression habituelle.
Oui, comme ça, mais pas plus. Allons-y.
Le chien aboie.
- Non, vous affolez pas, il veut jouer, il est pas méchant !
Ari klaxonne.
-Basta !
-Buongiorno, bella signora ! Voglio parlare con Tony !
-Ma che Tony ?
-Tony, vostro figlio ! "Venga" per l'affitto !
-Ma chi sta con lei ?
-Amici !
...
- Tony !
Tonino ! - Jimmy !
M. Aristide Zani,
mon banquier.
Mlle Amandine Chausson, la nurse.
- Du canton de Vaud, Suisse.
- Antonio Tavio Augusto Di Messina.
- Bonjour, Monsieur.
- Tu as la chose ? - J'ai.
Vous avez l'argent ? - Nous avons.
- Je vous en prie, asseyez-vous.
Un train passe.
- Quel endroit charmant.
C'est une propriété de famille ?
- C'est calme. Sauvage, mais calme.
Alberto. Dai, dai, mamma !
-Oh, comme il est beau, il a quel âge ?
-Momento.
Il a 13 mois et cinq dents.
Dont une de ce matin.
Pas de bouton, pas de gerçure.
Les dessous de pieds impeccables !
Le teint rose.
Je le garantis, état neuf ! Hein, mamma ?
Elle marmonne en italien.
-Seulement, comme toutes les bonnes affaires,
faut se décider vite, il y a du monde sur le coup.
Ca fait 300 000 lires par semaine. Payables d'avance.
Et encore, je pourrais vous demander une caution.
- Une caution...
Vous croyez pas qu'on va le garder, quand même ?
- Il peut avaler une épingle, boire du détergent, être kidnappé !
- Quelle horreur !
Qu'il est mignon.
Et qui sont ses parents ? -Il est orphelin.
Trouvé sur les marches de Notre-Dame-de-Tous-les-Saints
le soir de Noël, hein ?
...
- Alors, Jimmy, tu le prends ou je remballe ?
- Vous devez payer 300 000 lires à M. Antonio Tavio Di Messina.
- Tu as oublié Augusto.
Antonio Tavio Augusto Di Messina.
J'y tiens parce que c'était le prénom de mio papa.
-Augusto, si. Ma Marcello Vittorio...
-Si, va bene, basta, mamma !
Ti prego !
- Ari, il va falloir tenir tes comptes à jour.
Il faut noter.
Je veux bien t'emprunter, mais je veux pas être de ma poche.
- 300 000 lires, tu trouves pas ça trop cher pour un bébé ?
-Ce n'est pas un bébé.
C'est un professionnel. Jamais malade.
Pleure en cachette. Dort en silence.
Bref, il n'emmerde personne.
Tout pareil à moi quand j'étais petit.
Hein, mamma ?
Morland marmonne.
- Alors ?
- Je peux m'isoler avec mon collaborateur une seconde ?
-Vous n'avez pas honte
de louer ce petit trésor ?
- Un peu.
Mon rêve serait la location-vente. - Hein ?
- Tu veux quoi ?
Une reconnaissance de dette ? Une traite à 90 jours ?
Des gages ? Des gages...
Il marche sur pile et sur secteur.
9700 tours/minute. Introuvable.
Je n'ai pas besoin de te dire le prix,
c'est toi qui me l'as offert.
Ou alors... mon sphygmomanomètre.
- Ton quoi ?
- Bien... ça.
- Pour en faire quoi ?
Et tu m'as dit que tu dois te contrôler le soir.
- Non... A quoi bon.
La machine est usée. Je n'en ai plus besoin.
Un soir, mon aorte explosera.
Paf.
Plus de Marc-Antoine.
- Aux dernières nouvelles, tu étais Jimmy.
- Oh...
Aucune inscription. La fosse commune.
Ari, mon petit Ari.
Sais-tu pourquoi j'use mes dernières forces
dans cette affaire, sais-tu pourquoi ?
Pour me payer la montagne.
Le bon air.
- Mais Emile... T'es cardiaque ou tuberculeux ?
- Va t'en savoir...
Quand ça se détraque, tu sais... Tout se détraque.
- Vous pensez quoi du lait en poudre ?
Des pédiatres sont contre. -Des quoi ?
- Pédiatres, les médecins pour enfant.
- Ce sont des psychiatres.
Moi, j'étais toujours soigné par des psychiatres !
- Et d'après eux, rien ne vaut le lait maternel.
Que lui donnait sa mère ?
- Il ne l'a jamais connu.
Ici, tous les enfants
sont nourris au lait de vache.
-"Tous les enfants" ? Comment ça ?
Ca va, ça vient. L'offre et la demande.
Je ne suis qu'un intermédiaire.
Mais... je songe parfois à produire moi-même.
-Voilà, Tony !
- J'ai dit 300 000 lires par semaine, mais la location,
c'est 2 semaines minimum.
Et on paye d'avance.
Musique folklorique
...
- Alors, vous venez en lune de miel dans la ville éternelle.
- Avec un môme ?
- L'enfant de l'amour.
Naturellement, vous vous adorez.
- Et vous ? - Vous m'adorez aussi.
- Non, elle veut dire, toi, t'es quoi ?
- Ah ! Le parrain du bébé. L'oncle d'Amandine.
A gauche.
...
- Stop ! Voilà. Qu'est-ce que je vous disais ?
Ah !
Elle parle italien.
...
Ils sont là !
...
- Monsieur le Kommandantur ! Bienvenue !
Elle parle en russe.
On vous a attendu, je vous croyais perdu à Paris !
Katerina Ivanovna, je vous présente ma nièce,
son mari et Alberto,
leur fils.
- Enchantée.
- Bonjour. - Bonjour.
Enchanté.
- Au revoir.
Venez me voir, hein.
- Oui, oui ! Allons-y.
C'est la propriétaire de votre appartement, une veuve.
- Oh, ça se voit. - Très serviable.
- Ca se voit aussi. - Ah.
- Tu vois, on est arrivés.
- Par ici.
Eh eh eh, mes enfants !
L'homme parle italien.
-Bravo ! Grazie !
-Buongiorno signore. -Buongiorno signore.
- Alberto, tu es content, mon petit ?
- Voilà. Rideau.
Vous avez été très bien, les enfants.
Bien, Amandine, bien.
Peut-être un peu trop minaudante, mais ça ira.
Ah, toi, Ari, il faudra placer ta voix.
- Avec toi, c'est difficile. - Voilà ma chambre.
Austère et monacale, mais assez confortable.
Ma salle de bains. Par ici, les enfants.
Salle de bains simple...
Simple, mais rationnelle.
La galerie ! Eh eh.
Notre cuisine ! Le living.
Le living avec au-dessus, sa terrasse, ses jardins suspendus.
La Ville Eternelle à vos pieds.
Le berceau du roi de Rome.
Et pour vous, chère Amandine, votre chambre.
- Notre chambre, sans salle de bains !
- Ma chambre ! Je dormirai avec le petit.
- Et moi alors, où est-ce que je dors ?
- Euh... Là, sur le divan, en attendant.
- En attendant quoi ?
Vous n'auriez pas par hasard l'idée...
- Quoi ? -"En attendant" ?
- C'est lui !
- Oh, à t'entendre,
les femmes de ta fréquentation devaient être de basse nature !
Amandine est un cœur pur, pas de mensonges visqueux !
- Merde. Merde, merde et merde ! - Encore moins par des grossièretés.
(-Merde.)
- Tu n'as pas l'ombre d'une chance si tu emploies
tes procédés habituels.
- Moi ? - Oui, toi !
Si tu veux conquérir Amandine,
adresse-toi à son âme plutôt qu'à ses sens.
Fais ta cour, parle-lui, sois empressé, galant, léger, délicat !
- Oh... - Alors peut-être, oui peut-être...
Malgré ton physique, as-tu une chance.
-De quoi parliez-vous ?
-De vous, ma chère. Le rôle de mère vous sied à ravir.
Mais il faut travailler votre rôle d'épouse.
- Oui, ça laisse à désirer.
- Pardon ?
- Son langage est rudimentaire, mais il n'a pas tout à fait tort.
Il serait bon que vous ayez l'air un peu épris l'un de l'autre.
Surtout pour présenter Alberto. -Le présenter à qui ?
- A tout le monde !
Il faut qu'on vous voie avec un enfant.
Pour ne pas s'étonner quand nous promènerons l'autre, Selim.
- L'autre s'appelle Selim ? C'est pas un nom de bébé.
- Plein de bébés s'appellent ainsi.
Cessez de croire
que la vie s'arrête au sud de Marseille.
- Eh, t'es sûr que les 2 bébés se ressemblent ?
- Parfaitement, comme 2 gouttes d'eau.
Cheveux bruns, teint mat : Selim est le sosie d'Alberto.
Peut-être le regard un peu plus expressif.
- Plus expressif qu'Alberto ? Ca m'étonnerait.
Vous vous croyez
expressif, avec vos yeux de danseur de tango ?
- Qu'est-ce qu'elle a ?
-Et celui-là, avec son regard lubrique ?
- Eh eh...
-Alberto,
y a pas plus expressif.
- Faut que je me sauve. -Où allez-vous ?
- Chez la propriétaire.
Elle veut une reprise de 100 000 lires.
Elle l'aura pas.
- Vous l'avez connu en tournée ? - On peut appeler ça comme ça.
- Dans quelle pièce ? - Une pièce d'eau !
- Oh... - A Venise, dans le Grand Canal.
Je me noyais, eh bien, il m'a sauvé la vie.
- Vous étiez tombé d'une gondole ? - Non, d'une corniche d'hôtel !
Je m'étais trompé de chambre.
Quand le client est arrivé, j'ai sauté par la fenêtre.
- C'est complètement fou.
- Ce monsieur aurait certainement compris.
- Oh, il a parfaitement compris, c'était Morland.
Un monsieur !
J'étais tombé à l'eau avec des petits trucs à lui.
Des trucs auxquels il tenait...
- Ah, un cambrioleur ! C'est joli ça, bravo.
- Maintenant, je suis honnête !
Moi, je voulais plaquer Morland, à Gênes.
Mais vous savez pourquoi je suis resté ?
Enfin... pour qui ?
Bien, mon café, qu'est-ce... - Vous êtes assez énervé comme ça.
D'ailleurs, il est temps de dormir. - Oh, Amandine !
- Je suis morte, bonne nuit, Ari.
- Oh, Amandine ! - Chut !
Oui ?
- La nuit, est-ce que vous rêvez ?
- Tout le monde rêve.
- Tout le monde ne rêve pas de vous.
Moi, oui.
- Chut.
- Rêver d'une chambre commune.
- Du moment que nous faisons rêve à part.
Musique de valse
- J'ai triomphé de Moscou aux Amériques, j'ai dansé
devant un parterre de rois !
Courtisée, adulée par les princes, oh...
Elle minaude.
...
Soyez mon imprésario !
- Katerina, Katerina !
Elle l'implore.
- Katerina, vous m'étourdissez ! Je dois y réfléchir...
- Les folies n'attendent pas.
- Concocter un nouvel envol me passionne certes,
mais ne mélangeons pas Terpsichore et Cupidon !
Encore moins le cœur et l'argent ! Je ne le supporterais pas.
- Que faites-vous ?
- Le chèque, pour le loyer de l'appartement.
- Alexandre ! - Quoi ?
- Vous m'offensez ! Vous êtes ici chez vous !
...
- Oh, Katerina ! Je...
...
- Et...
Sommes-nous forcés de prendre le plus cher ?
- Absolument forcés.
Une partie du succès de l'opération repose là-dessus.
Tu as l'air contrarié, ça va pas ?
- J'ai attaqué exactement comme tu m'as dit.
Galant, léger... Rien !
- Quel métier tu me fais faire !
Tiens, paye.
Moi, je rentre à pied, j'adore bavarder avec Amandine.
Elle est si fine, si spirituelle... Oh, vous étiez là, Amandine.
Je vous avais pas vue.
- C'était gentil ce que vous avez dit.
- Je le pense vraiment, vous savez.
Elle donne le prix en italien.
- Combien ?
- Il est comme un roi !
Ils rient.
Un gentil garçon, Ari. Comment le trouvez-vous ?
- Oh, rigolo.
- Vous formez un beau couple.
- Nous aussi, on forme un beau couple.
Vous auriez pu jouer le rôle du père, non ?
- Mais chère Amandine,
vous et Ari c'est pour la vraisemblance !
Quant à moi, rien n'a changé. Vous aurais-je rapatriée ?
Aurais-je oublié ce que vous fûtes pour moi ?
- C'est drôle, cette manie que vous avez de me vouvoyer.
- Les amants de Molière ne se tutoient jamais
et portent des prénoms impossibles, exprès.
D'ailleurs, si je vous dis :
"Amandine, soyez gentille avec Ari",
je reste un psychologue.
Mais si je vous dis : "Sois gentille avec Ari",
j'ai l'air d'un proxénète.
- Bon, oui d'accord, je serai gentille avec Ari.
Mais juste gentille !
Et vous, Marc-Antoine... Vous, Marc-Antoine, vous et moi !
- Amandine, Amandinou !
- Tu lui as parlé de moi ? - Oui, oui, c'est dans la poche.
Oui, mais attention : léger, délicat... les violons !
- Oui, tu me connais...
- Allez, on fait un sourire à maman.
Je suis sûre qu'il a envie de me parler.
- Hmm, moi aussi... - Oh non, Ari.
Vous n'allez pas recommencer. - Si !
Vous devriez acheter Playboy ou quelque chose comme ça.
- Vous trouvez pas qu'il vous ressemble ?
- Là, vous y allez un peu fort.
- Si, il a vos yeux, la douceur
de vos yeux... et votre bouche aussi.
Hmm, votre bouche...
Quand je la regarde, vous savez à quoi je pense ?
- Est-ce qu'il y a des moments où vous n'y pensez pas ?
- Oui, quand je le fais.
Musique symphonique grandiose
...
Tu voulais qu'Alberto soit pas trop vu, c'est réussi.
Elles s'extasient.
- Aucune inquiétude, Rifai lui ressemble comme un frère.
- Le petit qui ?
- Selim, Selim Rifai, le fils de Youssouf Rifai.
Il bafouille.
Monsieur "Mauvais office", le monarque de la Méditerranée.
- Qui c'est ? - Un homme d'affaires.
Gros intérêts dans les banques.
Sorcier de l'investissement. Flotte de pétroliers.
Trafic d'armes dans le tiers-monde. Une crapule...
...de génie.
Mais une crapule.
- Et vous croyez que je vais confier Alberto à une crapule ?
- La canaillerie de l'adversaire
est la justification même de notre entreprise !
Si vous me demandiez d'emprunter, je dis "emprunter",
le fils d'un honnête citoyen, vous feriez sans moi.
- Et sa femme ? - Il est veuf.
Je me suis laissé dire
que le kidnapping était dans ses manières à lui.
- Tu dis ça, mais...
- Je dis ça parce que je le sais !
Rifai a fait enlever et séquestrer plein de gens !
Pour arracher des contrats, parfois sous la torture !
Il aurait même fait enlever un ecclésiastique.
- Oh, des enfants même, si ça se trouve...
En empruntant Selim, on pratique la loi du talion !
- Lorsque je parlais de la légalité, c'est à cette loi
que je faisais allusion, tout simplement.
- Vous pensez que je vais couper dans vos salades ?
Vous me prenez pour une idiote.
- Loin de moi cette idée ! - Jamais.
Jamais je le confierai à cette brute.
Pas une journée ni une heure.
Même pas pour un milliard ! - Personne ne l'a proposé.
- J'ai marché dans votre combine parce que je suis une poire !
Je vais pas vous l'apprendre.
- Mais non, humaine, généreuse. - Non, une poire !
Je connaissais pas Alberto, maintenant,
je ne suis plus d'accord.
Je l'aime et je le garde !
Il suffoque.
Marc-Antoine ! Mon Dieu, que vous arrive-t-il ?
-Rien.
- Tu as raison, Henri, rien. Non, rien. Rien !
Rien, il ne m'arrive rien.
Il reprend son souffle.
Oh, vous avez eu une fin admirable,
vous avez dit :
"Je l'aime et je le garde."
Oui, admirable.
Je vous comprends, Amandine.
Il s'étouffe.
Partez ! Partez faire un tour, partez !
Partez, partez tout de suite ! Partez tout de suite !
Je ne suis plus qu'un vieux chien malade.
Qu'on me pique.
- Ne dites pas ça, Marc-Antoine. - Appelez-moi Emile.
- Ne dites pas ça, Emile. Je vous en prie.
Oh...
Tu as allumé le chauffage, Ari ?
- Non.
- Non ? Mais j'ai la main brûlante.
- Mais vous avez la main fraîche.
- Vous n'osez pas me le dire.
- Mais, écoutez, Marc... Emile...
Si vous me promettez qu'on récupère Alberto,
si vous me jurez qu'il ne lui arrivera rien...
Il gémit. Je...
Il tousse et pousse un râle.
- Allez, debout.
Je vais encore te mener au combat, vieille carcasse.
- C'est ça...
- Oh... Pas pour moi, pas pour moi.
Pour vous.
Pour lui. Hmm ?
Dans 5 jours, on entre en scène. Demain, répétition générale.
Alors, ce soir à 8h, tout le monde au lit.
Tous les jeudis à 15h, Dorothée, la nurse de Rifai,
promène Selim, Villa Borghese.
Elle est accompagnée de Silvio, une sorte de garde du corps, qui...
-Excuse-moi de t'interrompre, mais comment il est, costaud ?
-Non. Il est normal... Enfin, plutôt petit.
Ah. -Un petit gros, tu vois ?
-Non... -Je peux continuer ?
-Oui oui, pardon. -Bon.
A chaque promenade,
Silvio et Dorothée suivent un programme très strict.
Ils vont au bord du lac, face au temple, pour y trouver
un peu de fraîcheur et s'asseoir sur ce banc dans un cadre
d'une romantique intimité.
Ils installent Selim sous cet arbre.
Le landau est rigoureusement identique au vôtre,
la capote est levée, avec le voile par dessus,
pour que le bébé soit à l'abri des mouches.
Pendant tout le temps qui précède l'heure du biberon,
Silvio fait sa cour.
C'est un obsédé sexuel.
A 15h50, et sur mon signal, vous arrivez.
Musique de tension
Sur votre landau, il y aura quelque chose de très coloré
qui attirera l'œil.
Un châle bleu, par exemple.
Ou bien... l'imperméable rouge d'Amandine.
Vous rangez votre landau assez près de celui de Selim.
Vous vous embrassez. Morland rit.
-On s'embrasse vraiment ? -Oui, vous vous embrassez, quoi.
A 16h, c'est l'heure du biberon.
Ils vont alors vers le petit kiosque
que vous apercevez là-bas, derrière les arbustes.
La marchande fait chauffer le biberon au bain-marie,
tandis que la nurse et Silvio dégustent des glaces.
Je vous fais un signe discret.
C'est à ce moment précis que vous revenez vers le landau.
...
Amandine enlève l'imperméable et le pose sur le landau de Selim.
Et vous repartez tranquillement
avec l'expression d'une conscience sereine.
...
Tant que vous n'êtes pas à la sortie...
Mieux, tant que vous n'avez pas pris le bébé dans vos bras,
c'est une simple erreur, "On s'est trompés de landau."
- Oh ! Alors là, Morland.
Je sais pas à quel moment cette affaire va foirer,
mais jusqu'à la sortie du parc, c'est gambergé.
Musique mielleuse
Les filles rient.
-Elles vous plaisent, Alexandre ?
Ce sont mes élèves. Je danse avec elles.
Et j'ai l'impression d'être
un feu follet !
Oh, venez, venez.
Il y a une jeune fille
que je veux absolument vous présenter.
- Une jeune fille ? - Oui !
Qui se meurt d'amour pour vous !
...
Entrez ! Allez ! Elle rit.
Le bébé gazouille.
...
- Vous voulez pas donner le biberon à Alberto ?
Qu'est-ce que vous faites ? - Je fais mes comptes.
- Bon, alors surveillez les raviolis.
Dis bonsoir à papa.
- Bonsoir.
Mélodie dramatique au piano
-Ravissante.
Vous avez toujours les mêmes yeux.
...
Elle rit.
Elle parle italien.
Elle rit.
...
-Vous me transcendez.
Vous me sublimez, vous...
Oh...
Mettez-moi à l'épreuve ! Oui !
- Dès ce soir. Plus de tabac, plus d'alcool, rien.
- Plus rien ! - Rien.
- Oh, mais pas dès ce soir...
Et si nous...
Et si nous commencions l'entraînement seulement demain ?
- Ne me tentez pas, Katerina.
A vous, je sens que je ne pourrai pas dire non.
Repoussez-moi. -Oh, dulce...
Comme je vous aime !
- Raison de plus, soyons forts ! - Oh !
...
- C'est pas le fusible, hein !
C'est le secteur, ça.
Ca va revenir.
Je peux m'asseoir ?
- Vous asseoir ? Oui.
- Je peux vous poser une question ?
- Il peut ?
Vous pouvez.
- Voilà... J'arrive pas à comprendre
comment une belle fille comme vous...
-"Une belle fille comme vous peut rester dans le noir."
- Non, ça, c'est le secteur.
- Non, c'était ce que me disait Marc-Antoine il y a 3 ans.
Je travaillais comme ouvreuse au Rialto Palace à Carpentras.
C'est lui qui m'a engagée comme petit sujet
dans une opérette à Marseille.
- Ah !
- Pourquoi vous éteignez ?
- Ca fait mal aux yeux du petit.
- Ah ! Bon...
Et après tout ce temps-là,
vous savez ce qu'il a dit ? Il acquiesce.
- Ah non, ça m'étonnerait. Il m'a dit : "Amandine..."
-"Je vais faire de vous l'égale des meilleurs."
-Ca alors.
Et vous ne me demandez pas si j'ai couché avec lui ?
- Non.
Musique dramatique au piano au loin
- Tiens.
Il s'est endormi.
...
Je crois qu'il commence à se plaire ici.
- Moi aussi. Moi aussi, je commence à me plaire.
- Alors, les jeunes mariés ? On reste dans le noir ?
- On se demandait où t'étais passé. - La météo.
Je viens de téléphoner à la météo.
Alors, les enfants, demain, beau fixe !
Alea jacta est ! -C'est le bulletin de la météo ?
- Oh oh oh, des raviolis !
- Et voilà ! - Ah ah ah ah ah ah !
Il grogne.
- 14h45, ils ne vont plus tarder, maintenant.
Le chien grogne.
Le chien aboie.
Musique de tension
-Les voilà. Qu'est-ce qu'il fait, bon sang ?
...
Un bébé pleure.
...
- Ils répondent pas au signalement.
- C'est peut-être pas eux. On rentre.
-Aspetta.
-Pulcinella !
Pulcinella !
...
...
...
...
Une guêpe bourdonne.
...
- Oh !
Silvio s'exclame.
...
Air de flûte enjoué
Les marionnettes s'expriment en italien.
...
...
...
Il parle en italien.
Les marionnettes s'expriment en italien.
...
...
Il émet des borborygmes.
Les marionnettes s'expriment en italien.
...
...
-Pulcinella !
La dame âgée sursaute.
- Excusez-moi, Madame.
- Ah, ça, plus jamais, plus jamais ! - Vite, vite, vite !
- Oh !
Oh ! Il est blond ! - Merde !
Vite.
- Le landau ! - Bah...
...
-"Un brun au teint mat", hein ? "Un peu plus foncé qu'Alberto."
- Je pouvais prévoir que sa dernière femme était suédoise !
- Il va falloir que je le change, il est tout mouillé.
Alberto était propre, lui. - Ressaisissez-vous !
J'admets que le bébé n'est pas absolument conforme.
- Ah, tu l'admets ? Tu nous gâtes, merci.
- Nous exhibions, eh bien, nous camouflerons.
Nous revenons de chez le docteur, il a la varicelle,
il doit garder la chambre.
Personne ne doit l'approcher, il est contagieux.
C'est pas formidable ? Ari, la leçon continue !
-Kommandantur !
-Uno gettone, per favore. Grazie.
Ah, Marco, due vodkas e una bottiglia di champagne.
- Quelle marque, Monsieur ? - Vous parlez français ?
- Un petit peu. - Alors, le meilleur.
Ca s'impose, non ? - C'est ça, j'espère.
Musique festive provenant du restaurant
...
-Scusi.
...
- T'aurais pas pu trouver un endroit plus discret ?
- Les gens ne voient pas ce qu'on leur montre.
Si tu avais lu "La lettre volée", tu le saurais.
Allô ?
I would like to speak to M. Rifai personally.
It's a matter of utmost importance.
Le téléphone sonne.
-Yes. Who ?
Passez-le-moi.
- J'ai... une mauvaise nouvelle pour vous, cher monsieur.
- Qui est à l'appareil ?
- Votre fils Selim vient d'être kidnappé, Villa Borghese,
par une équipe de tout premier ordre.
- Vous êtes de la police ?
*-J'ai dit "de tout premier ordre".
*-Combien ?
- 600 000 dollars en petites coupures usagées.
- C'est beaucoup d'argent.
*-Ca dépend ce qu'on achète.
- Très bonne réponse.
Monsieur ?
- Abercombri.
- Je vais étudier très sérieusement
*votre proposition.
- Vous avez 48 heures.
- C'est plus qu'il n'en faut.
Vous n'oubliez rien, M. Abercombri ?
*-Pardon ? -Les menaces.
- Quelles menaces ? - Quoi ?
- J'aurais oublié les menaces. Quelles menaces, M. Rifai ?
- Les menaces contre mon fils, au cas où je refuserais de payer.
- Oh, M. Rifai... mais nous prenons soin
de votre bébé comme vous saurez prendre soin du nôtre.
- Du vôtre ?
- Bye bye, M. Rifai !
Aristide se gausse.
- T'aurais peut-être dû le laisser dans le doute.
- Oh non, Ari.
Bluffeur peut-être, mais pas criminel.
Musique festive
...
On frappe à la porte en rythme.
...
Aristide ricane.
- Alors ? - Emile a été foudroyant.
- Certains individus de sac et de corde abuseraient
sans vergogne de la situation.
Doubleraient même la rançon. -Mais ce serait malhonnête.
- Pas mon genre.
Puisque ma légende me précède, allons dans le sens de l'histoire.
Quand vous parlerez de moi,
vous vous souviendrez que je vous ai appris à la fois
la poésie des chiffres et une certaine hygiène morale.
Amandine, mon petit, voulez-vous me faire couler un bain ?
Tiède.
Morland chantonne.
Le bébé pleure.
...
Quelque chose se fracasse.
Le bébé pleure.
...
Mais qu'est-ce qui se passe ?
- C'est le biberon de Selim. - Mais il est 4h !
- Il a faim, figurez-vous !
Avec les emmerdeurs, y a pas d'heure !
- Ave.
...
Merde... Pas une ligne, pas un mot.
C'est quand même curieux, non ? - Curieux pour toi.
Pour moi, ce n'est que la vérification
de mes hypothèses, un exemple de psychologie appliquée.
Rifai musellera la presse plutôt que de la voir aboyer
et réveiller ses ennemis.
Enfantin.
Tiens, donne-moi une tasse de thé, va.
Rifai paiera et se taira.
Le bébé hurle. Oh oh oh oh oh oh oh !
...
- Allez-y, moi, il m'épuise. - Ah non, non.
...
- Dieu sait si j'aime les enfants, mais alors celui-là...
- Vous inquiétez pas, demain il sera chez lui.
- Oui, et Alberto chez nous.
- Ah oui...
On ferme la porte.
- Voilà.
Je soupçonne chez vous, chère Amandine,
un certain esprit de ségrégation.
...
Rendez-vous à 23h précises derrière le couvent San Sebastiano.
Vous viendrez seul avec les 600 000 $.
Je répète : 23h précises, seul, 600 000 $.
- J'y serai.
Un enfant rit.
...
...
- 22h45, Rifai vient de partir.
22h45, Rifai vient de partir.
OK, d'accord.
Quelque chose sonne.
- Bonsoir, M. Rifai.
Abercombri speaking. Yeah.
Changement de programme, faites demi-tour.
Les pneus crissent.
*A présent, suivez mes indications et ne faites pas le malin.
Attention, M. Rifai, pas d'entourloupette.
Le motocycliste que vous voyez
*derrière vous est armé.
Suivez la Via del Muro,
*Piazza del Popolo, et la Viale Gabriele D'Annunzio.
Eteignez vos phares et vos lanternes.
*Ouvrez la portière...
et déposez l'argent.
Je répète : ouvrez la portière et déposez l'argent.
Ne quittez pas l'écoute. Surtout ne quittez pas l'écoute.
- Putain...
Moi, je sais pas...
La moto démarre.
Il fait vrombir le moteur.
...
- Ne vous retournez pas.
Coupez le moteur.
Alors, M. Rifai... on n'est pas très fair-play, hein ?
On joue les fortes têtes.
Where's the money ? -Chez moi.
Quand le délit et la rançon atteignent des niveaux pareils,
les règles habituelles de fair-play et de moralité semblent
absolument dépassées.
Vous ne trouvez pas ?
J'en parle par expérience, car c'est un raisonnement
que j'ai appliqué à mes propres activités.
Avec ce coup, Monsieur Abercombri,
vous vous élevez parmi les géants de votre profession.
Mhm ?
- Oui.
Oui. Enfin... je crois, oui.
- Cigare ?
- Non merci.
Si nous nous en tenions aux modalités de paiement ?
- Qui parle de payer ?
- Moi.
- C'est vrai, ils sont secs.
Je tiens d'abord à vous remercier.
Je croyais que les bébés étaient tous pareils.
Je m'aperçois grâce à vous que je m'étais trompé.
Ils ne sont pas tous désagréables.
J'ai même découvert qu'ils pouvaient être
des compagnons charmants, amusants,
et raisonnablement propres.
Inutile de vous dire que toutes ces qualités
ne sont pas celles de mon fils.
Mais elles se sont révélées pour moi en la personne de...
- D'Alberto. - D'Alberto, oui.
Admirable Alberto.
- Mais enfin, M. Rifai, vos sentiments de père, de papa ?
- Vous serez très déçu d'apprendre
M. Abercombri, que ces sentiments sont absolument nuls.
J'ai compris depuis longtemps
que nous ne devions être sentimentaux pour rien.
Absolument rien.
Vous venez de m'offrir ce que peu d'hommes se sont vu offrir...
le choix d'un bébé.
Eh bien, je n'hésite pas un seul instant.
J'ai choisi le vôtre.
- Comment, le mien ? Que fais-je du vôtre ?
- Vous le gardez, Monsieur Abercombri.
- Non, si c'est la somme qui vous paraît trop élevée,
on... on peut en débattre, combien m'offrez-vous ?
- Le prix d'un billet pour Paris.
Il démarre.
Je vous dépose à la gare ?
- Non. Non, merci. Je vais... Je vais marcher un peu.
- Tiens, je vous imaginais plus petit.
- C'est le chapeau.
- J'ai eu des ennuis mécaniques.
- Malgré ta défection, j'ai assumé une tâche ingrate.
Mais... je n'ai pas démérité. - Et... t'as pas l'argent ?
- Non. J'ai trouvé un homme brisé.
J'ai eu beau me dire :
"Morland, vieux gagneur, laisse-lui une chance",
j'ai pas pu m'empêcher de l'estoquer.
Je lui ai demandé 100 000$ de plus. Je sais, oui, Ari, je sais.
Ne m'accable pas, j'aurais pu demander plus.
Mais... l'image de ce père bouleversé m'a ému.
Il m'a demandé un délai de 24 heures, accordé.
Le moteur vrombit.
...
- Comment ça, 24 heures ?
Je lui ai permis de dire que "où ?", "quand ?" et "d'accord".
- Parlez plus bas, il dort, l'autre.
On va pas revoir Alberto avant 24 heures ?
- Ouais, à 5000 $ de l'heure, je peux attendre.
- Pas moi, je suis sûre qu'Alberto s'ennuie.
Ari aussi me l'a dit. Hein, Ari ? - Oh... pas exactement.
Si je me souviens bien, j'ai dû dire...
- Une connerie ! - Pas exactement...
Bon... Je vais me laver les mains.
- Comment va-t-il ? - Mais il va bien !
Il est traité en prince,
a des jouets fabuleux et mange dans du vermeil.
- Tout ça ne remplace pas une maman.
- Vous parlez comme s'il était à vous.
Il a un imprésario.
Un affreux, qui m'a proposé de le vendre !
- Auriez-vous l'intention d'acheter Alberto ?
Et pourquoi pas ?
- Mon Dieu, mon Dieu...
La vie est là, simple et tranquille.
- Pardon ?
- Pourquoi courir le monde quand on a ça sous les yeux ?
Je vous le demande.
Maintenant que l'affaire est dans le sac,
un doute s'empare de moi.
L'argent.
L'argent ne va-t-il pas saccager notre bonheur tranquille ?
Demain, nous serons riches.
Mais à quel prix ?
Tout à l'heure, dans l'escalier, je me disais :
"Bientôt, tu ne monteras plus vers ce gai pigeonnier.
"Tu ne retrouveras plus cette chaude amitié,
"ce bonheur fragile."
Alors, une autre idée m'est venue,
ô combien plus enrichissante, au vrai sens du terme :
nous rendons les enfants.
Plus de rançon, plus de cavale, nous restons là, tous les 3.
Existence paisible et pastorale.
Amandine vaquant aux travaux domestiques...
- Toi, tressant l'osier, moi, jouant
du pipeau.
-Ecoutez-moi bien, les pastoraux.
Si demain, Alberto n'est pas ici,
je téléphone à Rifai, lui rends son fils,
je prends Alberto et je file à Marseille !
Parce que vos divagations champêtres, j'en ai ras le bol !
- Nous rentrons à Marseille, Amandine.
Nous avons des projets communs.
- A propos de projets communs, j'ai vu la veuve.
Elle est venue chercher son album de photos.
Elle attend une réponse au sujet des ballets russes de Monaco,
"Alexandre" !
- Mais que vous a raconté cette folle ?
- Tout, alors, tonton, moi, je veux bien jouer les mères,
mais pas les connes !
Ari sifflote tout bas.
Les enfants crient.
...
Brouhaha des moteurs
...
- Allô ? Euh... S'il vous plaît.
Je voudrais parler avec M. Youssouf Rifai.
Oui.
Ah... yes. No.
Euh... I am the... secrétaire of Monsieur Abercombri.
Ouais.
- Allô !
- Ah... Euh... Allô. Monsieur Rifai ? Oui.
Euh...
- Y a pas la tonalité.
Ah la la...
Mais c'est pas vrai. Mais c'est pas vrai !
C'est quoi, le numéro de téléphone ?
-Ventidue... Euh... 22-70.
- Je t'appelle, tu décroches, et à toutes mes questions,
tu réponds : "Oui, Abercombri."
Y aura des millions pour toi.
- Monsieur comment ?
- A-ber-com-bri. T'as compris ?
- Oui, monsieur A-ber-com-bri...
- Prépare une bouteille de champagne !
Le résultat des courses ! Y a plus important !
- Un peu, oui ! - Enfin...
Allô, Youssouf ? Abercombri.
Je sors de réunion. Mes associés regimbent.
Oui, on reprend tout à zéro. Vous entendez, monsieur Youssouf ?
- Oui, M. Abercombri.
- Marco...
- Ne me remerciez pas. Je n'aurais pas cédé.
Mais je serai intraitable sur les délais.
L'échange aura lieu ce soir ou jamais.
- Oui, Monsieur Abercombri.
*-Ce soir ou jamais.
- OK ?
Ne jouez pas les sourds avec moi ou je me fâche !
Je vous demande si c'est OK !
*OK ? -Oui, Monsieur Abercombri !
- Comment va Alberto ?
Notre bébé va bien ? *-Oui, Monsieur Abercombri.
- Et le vôtre aussi, soyez tranquille !
- Oui, Monsieur Abercombri.
- Il sait pas dire autre chose ? - A ce soir, même consigne.
-Oui, M. Abercombri. -C'est tout ce qu'il sait dire.
Il raccroche.
Il soupire.
Allez-y, je vous rejoins.
Le jeton, le champagne et les 1000 lires.
Tu les mets... - Non, M. Abercombri !
- Oh... Marco, mon petit Marco...
On frappe à la porte.
- Alors, qu'est-ce que je viens d'apprendre ?
Alberto a la varicelle ?
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Je veux le voir tout de suite. - Tout de suite ?
Mais... - Je vous avais prévenu.
J'ai loué Alberto en parfait état.
Avec la varicelle, j'augmente de 5000 livres.
Prime de risque ! Et il faut que je le voie.
Où est Alberto ? Mamma !
Qu'est-ce que vous avez fait de lui ?
Voilà... Euh... Alberto, il est en promenade.
Avec la nurse. - Avec la varicelle ?
- Non, non, avec la nurse.
Pour la varicelle, on a été embarrassés.
Là, le médecin il a été... formel, hein.
Promenade 2 fois par jour entre les repas.
Quand le temps le permet.
-Niente.
- Alors, Alberto, il est dehors avec... la jolie ?
- Oui, c'est ça. - Ah...
- Tous les jours en... promenade.
Quand le temps le permet.
Alors, aujourd'hui, il fait beau.
C'est le médecin qui l'a dit.
On ouvre la porte.
- Ah...
Il signor Di Messina.
Quelle bonne surprise !
- Si je comprends bien, elle a perdu l'enfant ?
Hein ?
Qu'avez-vous fait d'Alberto ? - Euh...
- Il est en promenade.
Ordre du médecin. - Vous avez dit avec la jolie.
- J'ai dit : "Quand le temps le permet."
- Je pose une dernière fois la question.
Où est Alberto ? - Je viens...
- C'est pas à vous que je parle !
C'est à mademoiselle.
- Bien... on vous l'a dit, il est en promenade.
- Avec Emile.
- Emile ? Qui est Emile ?
Euh... non, je voulais dire avec Jimmy, voilà...
Il est en promenade avec Jimmy.
Hein ?
- C'est pas bien clair. Hein, mamma ?
-Ah, si vous les voyiez ensemble,
ils ne se quittent plus !
- Quand le temps le permet. Le bébé pleure.
Hein ?
- Qu'est-ce que c'est, ça ?
- Moi, j'entends rien.
- Moi non plus ! - Comme des pleurs...
- Alors, ça vient encore de la terrasse !
Ca vient sûrement de la terrasse !
- Vous avez raison. Ca vient de la terrasse.
Au fait ! Vous ne la connaissez pas !
Venez voir quelle vue nous avons !
- Oui, allez-y ! Je vais chercher l'argent.
- C'est ça ! Viens, mamma.
...
Ari babille.
- Qu'est-ce que vous en pensez ? - J'adore !
Quelle majesté !
Et puis, tous ces toits, ces clochers.
- Je parle de la voiture.
-Oh ! Formidable !
- Alors, vous aimeriez faire un tour avec moi, un jour ?
Le bébé babille.
Le bébé pleure.
...
- Moi, je vous dis que ça pleure.
Et ça vient de l'intérieur. Hein, mamma !
La mère marmonne.
Mélodie au piano
...
Katerina donne un cours.
...
- Mais qu'est-ce que tu fais là, toi ? Hein ?
Qu'est-ce que tu fais là ? Oh oh !
- On a Alberto depuis une semaine. Il faut 2 semaines d'incubation.
Le temps de... - Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Rien ! - Alors, ça fait 200 000 lires.
La varicelle, ça peut laisser des traces.
...
...
- Viens, mamma.
La mère marmonne.
Nous 2, à dimanche, hein ?
- C'est ça.
-Attends, mamma !
Je viendrai voir Alberto aussi.
- Ah ! Quelle surprise !
Le bébé pleure.
...
-Che miseria !
Musique élégante
- Jusqu'ici, je n'ai pas voulu d'enfant, mais...
à présent...
Hein, Alexandre ?
...
- Selim a été enlevé.
- Tony !
- Katerina...
- Katerina... Ma douce colombe...
- A ce soir, maestro !
...
- Ne me parlez plus jamais de lui !
- Pourquoi ? Si vous l'aviez entendu parler à Rifai...
- Vous vous imaginez qu'avec un tel oiseau,
il suffit d'entendre ?
Faut voir, ma petite, voir ! - C'était pas Rifai ?
-"Oui, M. Abercombri",
"Oui, M. Abercombri"...
Oser nous faire ça, à nous ! Le salaud !
- Mais qu'est-ce que vous cherchez ?
- La clé de la Fiat ! - Elle est là.
-En vous quittant, il vous a dit où il allait ?
-Je ne sais plus, acheter du champagne...
-On le reverra plus, et Alberto non plus.
Et si j'avais pas la clé, on revoyait pas la Fiat non plus.
...
- Je savais bien que ça ne marcherait pas.
Tu sais, avec Morland, ça marche jamais.
On y croit, et puis...
Pof !
- Ecoute-moi.
Aujourd'hui, j'ai compris, et je vais tout remettre en ordre.
J'irai voir Rifai, et je lui dirai :
"Monsieur, vous reprenez votre bébé.
"Et nous, on reprend le nôtre !"
- Euh... Avec une petite indemnité ?
- Avec rien ! On échange, un point c'est tout !
Aujourd'hui, maintenant !
- Amandine...
Rifai m'a dit qu'il préférait garder Alberto.
Il nous laisse Selim, il n'en veut plus.
- Non... C'est pas vrai.
C'est pas vrai. - Si.
Mais... Il y a peut-être une solution.
Je peux téléphoner à Marcel, un copain qui me doit des sous.
Il nous envoie l'argent,
et on le propose à Rifai, en échange d'Alberto.
- C'est vrai, vous feriez ça ?
- Qu'est-ce que je ferais pas pour... Alberto.
Et puis, après, je vous emmène à Nice.
J'ai une petite affaire, là-bas, "Les excursions historiques".
Je ferai le chauffeur.
- Et moi, je pourrais faire l'hôtesse !
- Hein ? - Oh oui !
Bon...
J'appelle Marcel ? - Oui.
-Tiens...
Emile !
Il klaxonne.
- Morland ! Morland, arrête.
Faut que je te parle ! Il faut que je te parle, Morland !
Ah, voilà, maintenant que t'as tout ravagé, tu te débines !
Tu vas te terrer dans tes bois ! Mais tu m'écoutes, oui ?
Non, tu préfères te taire... Sale type !
Attends que je me gare, tu vas voir.
Je te trépane à coup de manivelle !
- La leçon est exemplaire ! Ca m'apprendra.
Un coup avec un claquedent et une théâtreuse !
- Ah ! Attention ! Je t'interdis... d'insulter Amandine.
Tu vas voir, le claquedent et la théâtreuse...
Comediante...
Tragediante !
Saligaud...
Tu sais ce que tu es ? Une bête malfaisante !
Quoi, qu'est-ce que t'es encore en train de manigancer ?
- Roule.
- Tu crois pas que... - Roule, je te dis !
- Où on va ? - Chez Rifai.
Dicter mes conditions. C'est l'apothéose, Ari.
L'œuf de Christophe Colomb ! Le cheval de Troie !
Il accepte ou je le tue.
Emile... Sois raisonnable, Emile !
Tu sais bien que c'est pas possible.
On n'a jamais tué personne, tu le sais.
- Moi, je le sais. Toi, tu le sais. Lui ne le sait pas. Allons-y !
- Bon, tu files chercher Selim, et tu viens m'attendre ici.
Compris ? Allez.
Le téléphone sonne.
-Hello ? Yes.
Mr. Rifai !
Mr Abercombri is here.
...
- Amandine !
Amandine ! Am...
- Ming. Quatrième dynastie.
Asseyez-vous.
- Ma démarche n'a pas l'air de vous surprendre.
Ne paniquez pas, M. Rifai.
Ne prenez surtout pas cette visite pour un défi.
Je suis venu en médiateur.
- Vraiment ? - Oui.
Pour le bonheur de l'enfant.
- Eh bien, soyez rassuré. L'enfant dort, l'enfant rit.
Il a fait ses premiers pas hier.
Et le mien ? Je veux dire... Le vôtre ?
- Il va bien. Il va très, très bien.
Il dort, c'est bien.
Il est sympathique. Il est... il vous...
- Et alors ?
-Madame !
-You stay here.
And be a good boy, dear.
I'll be right back.
Musique folklorique
...
- Alberto !
...
-Alberto ?
...
Alberto ! Alberto !
...
- La presse, votre presse, parle de vous
comme une sorte de Robin des Bois.
- Elle dévore 10 % de mon budget annuel.
J'ai besoin d'être aimé.
- Que penseraient vos laudateurs
si une feuille mal intentionnée, imprimait :
"Le fils du multimilliardaire Rifai a été enlevé,
"le père refuse de payer la rançon pour libérer son fils unique."
- Avantage au service.
- Mon organisation est en état d'alerte.
Si dans une heure, je n'ai pas quitté votre résidence,
toutes les agences de presse étaleront ce titre
sur 8 colonnes.
- Oui.
Mais imaginez que je démente aussitôt cette information ?
Avant même sa parution ?
Mon fils n'a jamais quitté ma résidence.
Et chacun peut venir ici contrôler cette vérité.
Avantage annulé. N'est-ce pas ?
Cher monsieur, je vous conseillerais très sérieusement,
pour votre santé et votre sécurité...
de téléphoner immédiatement pour qu'on me ramène mon fils.
Car contrairement à ce que je vous ai dit...
j'y tiens.
Je vous avoue franchement
que toute cette affaire m'a fait plus rire
qu'elle ne m'a inquiété.
Mais maintenant... ça suffit.
Le téléphone sonne.
Imbécile !
Non, non, non. Je parle de moi.
Votre manœuvre de diversion était géniale.
Le faux chantage, l'échec simulé et pendant ce temps,
on enlève Alberto.
Bravo !
Puisque vous paraissez d'humeur inventive,
à ma place, comment régleriez-vous cette affaire ?
- En petites coupures usagées.
Elle crie. -Dove vai ?
- Amandine !
Amandine.
Que faites-vous là ? - Vous voyez.
-C'est Alberto. -Je voulais rendre Selim.
Mais j'ai eu peur.
- On les a tous les 2 !
C'est bien. - Non, il faut rendre Selim !
- Oh...
- Ari.
Musique classique
...
-Un ragazzino !
...
- Ne vous donnez pas la peine de compter.
J'ai confiance.
- Et le landau ?
- Comme il faut savoir s'entourer de gens compétents...
je vous propose un petit emploi dans mon organisation.
- Cher M. Rifai, pour moi, un petit emploi est inacceptable.
Il ne peut y avoir 2 patrons dans une même affaire.
- Mais vous n'avez pas d'alternative...
Monsieur Morland.
Il tousse.
...
- Une ambulance, Rifai vite !
Un docteur ou je meurs chez vous !
-Buena sera dottore ! -Ciao !
Si j'ai bien compris, vous partez, là ?
- T'as parfaitement compris, oui, nous partons.
Mais sans toi. - Il n'y a pas d'autre solution.
- Oui.
- Pour cet après-midi, faut que je t'explique.
- Non, les traîtres n'ont rien à expliquer.
- Je savais qu'il le prendrait pas bien.
Emile rit.
- Bref, mais délicat.
- 10 000 lires, c'est rien, c'est la moitié de ce qui nous reste.
- Nous assistons depuis le début de cette affaire
à une hémorragie de capitaux,
absolument invraisemblable.
- Nous venons d'acheter Alberto.
-Avec ce qu'il nous reste de l'autocar.
- Vous avez bien fait. C'est bien, très bien.
Très bien.
- Ca m'ennuie de te quitter comme ça,
mais si on attend une embellie, Alberto sera majeur.
- Mais elle est au zénith, l'embellie.
T'en reverras peut-être jamais de pareille.
Je ne vous remercierai jamais assez
de m'avoir inspiré mon chef d'œuvre.
Cédant au goût dépravé de l'époque,
je m'étais cantonné dans un genre mineur,
une pâle intrigue policière avec chantage, rançon...
Quelque chose, finalement, assez indigne de moi.
Mais voilà que le rideau se lève sur un conte de fées.
La période bleue d'Emile Morland.
Alberto était orphelin,
je lui ai trouvé un père et une mère.
Cambrioleur intermittent et courtisane occasionnelle,
vous étiez voués aux aléas des chambres d'hôtel.
Je vous ai fait découvrir les enfants préfabriqués,
le mariage à l'essai et le bonheur à tempérament.
Je vous ai appris à vous aimer
au-dessus de vos moyens.
C'est déjà pas si mal, non ?
- Marc-Antoine, j'ai envie de vous embrasser.
- Moi aussi, Emile.
- Oui, moi aussi, mais je m'abstiendrai.
- On y va ?
Le bébé gazouille.
-Dove andiamo ?
- Au bout des 10 000 lires.
...
-Please, is that Saint Peter's ? -Come ?
-The pope's home.
-No capisco. -Pas un mot de plus...
Milady, Milord, la providence est ici.
Abercombri, attaché à la secrétaire
des lettres latines, conservateur du cabinet des papyrus.
- Oh ! Enchantée. - James !
- Non, James, non, non.
- La chapelle Sixtine est fermée à cette heure-ci,
mais je peux la faire ouvrir pour vous.
-Thank you.
- Je vous en prie.
- De l'autre côté. If you please. Thank you.
Renato, au Saint-Siège.
Oh ! J'allais dire au bureau. Si Paul m'entendait !
- Merci beaucoup, Monsieur... - Appelez-moi Marc-Antoine.
- Marc-Antoine.
- Et savez-vous
que la bibliothèque du Saint-Père est à vendre ?
- Vraiment ? - Eh oui, 2400 manuscrits.
Mais attention, la plupart d'entre eux sont apocryphes.
Si milady ne craint pas les gravures un peu lascives.
Musique classique
...
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