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[ambiance de restaurant]

- C'est pas bon ? - Mais si, c'est bon.

- Pourquoi tu manges pas ? - Mais je mange.

Non. Tu picores, tu grignotes, tu te forces.

- J'ai pas faim. - T'as jamais faim.

- Arrête, je t'en supplie... - Non, j'arrête pas. Je commence.

Aujourd'hui, j'en ai marre. Je voudrais comprendre.

"Comprendre" quoi ?

Pourquoi t'as jamais faim de rien, envie de rien...

- Quelque chose te coupe l'appétit ? - Non.

Mais si. Et je vais te dire ce que c'est :

c'est ma gueule. T'en as marre de la voir.

Je te comprends. Si je pouvais m'en faire greffer une autre...

Ce serait possible de terminer un repas

sans brûlures d'estomac ni migraine ?

T'en as toujours, de toute façon.

T'as toujours un truc. Pourquoi ?

Puis moi, c'est pareil. C'est fini. J'ai déjeuné.

Solange...

Je t'aime. Tu comprends ?

Tu me fais chier, mais je t'aime.

- Moi aussi, je t'aime. - Non, ma vieille.

Je vais te dire : t'as besoin d'un autre mec.

Arrête tes conneries. C'est lassant, à la longue.

Pas d'accord : je suis pas con du tout.

Je suis lucide, je vois clair. T'as besoin de changement.

Une autre gueule, d'autres couilles.

Les couilles, j'en ai vu suffisamment.

Question d'hygiène. On s'encroûte.

On s'asphyxie. Il faut s'aérer.

- Il y a pas le feu. - Si.

J'en ai marre, de trimballer une boudeuse qui sent le renfermé.

On peut savoir ce que tu proposes ?

- Le mec à lunettes, il est comment ? - Lequel ?

Ne me prends pas pour un con. Tu vois très bien qui je veux dire.

- Avec la barbe ? - Voilà.

Il ne te quitte pas des yeux. Comment tu le trouves ?

Quelconque.

Personne t'oblige à l'épouser.

Mais pour passer un petit moment... il est correct, non ?

Moi, ce que je veux, c'est ton bonheur. Tu comprends ?

Je t'aime pour toi, pas pour moi. J'ai envie de tout te donner.

Si tu veux coucher avec un mec... je te l'offre. Je te le donne.

- Je m'en fous, de ce mec. - Allons, Solange...

Faisons un effort. Essayons d'être un peu modernes.

Bouge pas, tu vas voir.

Vous permettez ?

Ben...

Je vous en prie.

J'interromps votre lecture.

C'est pas grave.

C'est un journal spécialisé ?

Oui, oui.

Ça parle de quoi ?

Musique.

- Vous aimez la musique ? - Ben, oui.

Quel genre de musique ?

Mozart.

C'est un journal uniquement sur Mozart ?

Non.

Il y a un article sur les grands opéras.

- Intéressant ? - Oui, très.

Et ma femme, vous la trouvez intéressante ?

Pardon ?

Tu trouves ma femme intéressante ? Elle est à ton goût ?

Elle se rapproche un peu de ton idéal féminin ?

- J'en ai pas. - Moi non plus.

Mon idéal, c'est quand elle sourit. Manque de bol, elle sourit plus.

T'as pas répondu à ma question.

C'est qui, votre femme ?

La petite brune, là. Juste en face.

Qui termine sa choucroute en nous ignorant.

Tu la situes ? Avec le tricot.

Celle que tu mates depuis 20 min par-dessus mon épaule,

alors que j'essaye tranquillement de déjeuner, un dimanche.

S'il y avait une nappe en papier, je te ferais un croquis.

Qu'est-ce que vous cherchez ? La bagarre ?

On est en 1978, bientôt l'an 2000.

Dégagés, modernes. Finis les duels.

Moi, je suis désintéressé, comme mec.

Je veux le bonheur de ma femme.

Alors je m'efface. C'est pas sympa ?

Je te cède la place. Tiens.

Pour l'addition.

Ressuscite son sourire. Avec moi, elle s'éteint.

Je te passe le relais. Si tu y arrives, tu seras mon pote.

À partir du moment où je dis à un mec qu'il est mon pote,

il peut tout me demander.

Remarque, il te restera plus grand-chose à me demander.

Ça fait rien.

C'est jamais mauvais, d'être mon pote. À toi de jouer.

Madame, il faut que je vous parle.

Il m'arrive une chose terrible. Vous avez 30 secondes ?

Oui.

Regardez-moi : j'ai la tête d'un idiot ?

Non.

Pourtant, voilà ce que j'ai fait :

j'ai fait cadeau de ma femme à un inconnu.

"Cadeau" ?

Enfin, non, pas exactement.

Disons plutôt que je l'ai prêtée.

- Vous croyez qu'elle reviendra ? - Ça m'est égal.

Du moment qu'elle est heureuse, rien n'importe.

Vous jouez un jeu très dangereux.

J'y peux rien, moi.

Elle me rend fou.

Je suis prêt à tout. Je suis gâteux, comme avec un enfant.

- Vous en avez ? - Oui.

Je suis gâteux de ma femme. Et le mot est faible.

Elle m'a mis la cervelle en compote.

J'ai besoin de vos lumières, madame.

Bon. Procédons par ordre. Votre femme, c'est quel genre ?

C'est la petite brune avec les cheveux courts.

Elle est quelconque.

Je sais. Mais elle me rend marteau.

On vous dérange pas.

- Lui aussi, il est quelconque. - Vous trouvez ?

- J'ai le champ libre ou pas ? - On y va.

Non. C'est trop facile. Restez.

- Éclaircissons la situation. - Elle est claire.

Non, elle est pas claire. Même pas claire du tout.

Je sens que je suis manipulé. Alors on va jouer cartes sur table.

- Je vais vous laisser. - Pas question. Vous restez.

Mais je ne suis qu'une passante.

C'est vous qui le dites.

Alors ?

Qu'est-ce qui se passe, exactement ?

Quand on se fout de moi, j'aime savoir pourquoi.

Personne se fout de toi, vieux.

Je te laisse ma femme, c'est tout.

Attention.

Tu la laisses, je la prends.

Je te la donne. Tu veux une autorisation écrite ?

Attention.

On va pas se contenter de bavarder.

Sois délicat avec elle. Elle est fragile.

J'y tiens énormément. Je te la confie. Fais gaffe.

On pourrait savoir ce qu'en pense la principale intéressée ?

Ça te fait plaisir, au moins ?

Elle s'en fout.

Je vois pas ce que je fais là. Elle s'en fout.

Je lui dis : "Vous me raccompagnez ?"

Elle me répond : "Si vous voulez." Elle s'en fout.

N'importe qui d'autre à ma place lui ferait le même effet.

Ni chaud ni froid.

"Si vous voulez. Si vous voulez."

Moi, dans ces conditions, je me tire.

Vous commencez tous vraiment à me foutre la trouille.

Je te rends tes 100 F et je me tire.

Bravo.

Tu la fais déjà pleurer.

Moi ?

Je lui ai fait de la peine ?

Qu'est-ce que j'ai dit ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

Ça va être ma faute ! Si j'avais su, j'aurais mangé ailleurs.

Vous êtes tous les mêmes !

C'est jamais votre faute.

Les femmes pleurent, vous comprenez jamais pourquoi.

Disparaissez ! Laissez-nous entre femmes.

Je vais la consoler, la petite.

Ouste, dégagez ! Allez jouer dehors !

- Allez faire une pétanque. - Viens. Il faut obtempérer.

Viens.

- J'avais commandé des moules. - Oublie-les.

C'est pas recommandé. Tu veux avoir une hépatite ?

- J'avais faim ! - Mais là, t'as plus faim.

- Mais si ! - Mais non.

Et si je veux une hépatite ? Je suis libre.

Mais non, t'es pas libre.

Tu choisis pas l'hépatite. C'est elle qui te choisit.

- On va voir. - Il y retourne.

Mon Dieu !

Quelle époque !

- On est de trop. - Pourquoi elle chiale ?

J'en sais rien, moi !

Je sais juste qu'elle débloque depuis 6 mois.

- Quel genre de déblocage ? - Tout.

Les migraines, pas le moral...

Elle ne bouffe pas et maigrit à vue d'œil.

En plus, elle fait des insomnies.

- Elle a vu un toubib ? - Oui. Ils sont trop cons !

Ça va toujours, avec eux. Il paraît que c'est nerveux.

- Elle travaille ? - Penses-tu !

Je me fais assez de pognon pour nous deux.

- C'est quoi, ton boulot ? - Moniteur d'auto-école.

En plus, on a trouvé un logement sympa.

Le coin manque un peu d'arbres.

Mais une fois dedans, tu vas voir, c'est chouette.

Regarde. On se croirait en province.

Par ici, à gauche.

Fais pas gaffe à l'escalier.

Voilà.

Alors ?

C'est bien, hein. C'est bien.

Une cheminée, en plus.

T'as vu la poutre ?

Chouette !

Il faut le voir avec du soleil.

En été, le soleil arrive au lit jusqu'à 11 h.

Après, il se cache derrière la tour.

Tu le récupères vers 13 h, par l'autre fenêtre.

Jusqu'à 15 h.

Là, il se cache derrière l'autre tour.

- Elle tricote ? - Et comment !

C'est un col roulé qu'elle est en train de me faire.

T'as vu le travail ? 3 laines de couleurs différentes.

"Chiné", ça s'appelle.

- T'as vu les torsades ? - Bien, bien.

Non, il est bien.

Le patchwork, sur le lit, c'est elle.

Chapeau.

Elle a un tas d'idées pour la maison.

Quand on est arrivés, c'était un trois pièces.

Elle me dit : "Cette cloison-là, tu la casses.

Cette cloison-là, tu la casses.

La cheminée, on va la dégager." Un vrai architecte !

- T'as tout fait toi-même ? - Oui, petit à petit.

Le dimanche.

J'aime bien casser des cloisons.

- Pas toi ? - Oui.

- Tu vis seul ? - Oui.

- Ça te fait pas chier ? - Non.

Regarde-moi ce bouquet. Il fallait les marier, ces couleurs.

T'aimes pas les fleurs ?

- Si. - C'est agréable, je te jure.

En rentrant, tu arrives dans une maison tenue,

des carreaux impeccables, rien qui traîne.

Seul truc qui traîne : une odeur de hachis Parmentier,

ou de blanquette de veau qui mijote.

La table est mise. Une bonne flambée.

Tu fous ton cul dans le fauteuil.

- Tiens, essaye-le. - Non, c'est pas la peine.

Essaye-le. C'est le mien.

Allonge tes jambes.

Là...

Et elle, elle se met là, avec son tricot,

et elle tricote en regardant les flammes.

Et toi, tu fais quoi ?

Je la regarde. Je regarde le feu, je la regarde encore.

Elle me sourit.

- T'as du bol. - J'avais du bol.

Maintenant, tout se déglingue.

Elle tricote mais elle sourit plus. Tu t'y connais, en gonzesses ?

- Bof. - Moi, j'y comprends rien.

Pourquoi elle déprime ? Ça tourne plus rond, dans sa tête ?

Fais-lui un gosse.

Elle ne peut pas en avoir.

- On essaye depuis deux ans. - Merde !

Tu vois que c'est pas si simple...

Vous avez vu un spécialiste ?

- Trois. - Et alors ?

"Tout est normal. C'est psychique.

Persévérez. Vous me devez 200 F."

[musique triste]

Tu fais quoi ?

Je prends une aspirine.

Bon. Je vais pas m'éterniser.

Reste un peu. Ne me laisse pas seul avec elle.

Je dois prendre le train.

- C'est quoi, ton bled ? - Béthune.

- Je te ramènerai. - Tu déconnes.

Mais non ! Allez, sois pas salaud, reste là.

On allume une bonne flambée. Promis, je te ramène.

[fracas]

Qu'est-ce qui se passe ?

Qu'est-ce que t'as ? Qu'est-ce que t'as ?

- Hein ? - J'ai la tête qui tourne.

Viens m'aider. On la met sur le lit.

Je vais chercher un toubib. Dégrafe-la, qu'elle respire.

- Ma femme se trouve mal ! - Je suis pas médecin.

- Arrêtez, je vous connais. - Je ne suis pas de garde.

Garde ou pas garde,

vous avez intérêt à vous magner le cul !

- C'est elle ? - Oui.

- Elle n'a pas de malaise ! - Ça va mieux.

Il y a deux minutes, elle était à moitié dans les pommes.

Simagrées...

Simagrées !

Ah, bravo ! Merci !

Je passe encore pour un con. Tu fais chier, Solange !

- Elle n'y est pour rien. - Toi, ça va !

T'as ton train. Dépêche-toi, tu vas le louper.

Bravo, Touchet.

Bravo. Essayez le rouleau ventral. À vous. Allons-y !

Bravo, Chico. Bravo, Delatardie.

Bon. Revenez tous de ce côté-là, maintenant.

Salut.

Qu'est-ce que tu fous là ?

Excuse-moi pour l'autre fois, vieux.

J'avais les nerfs à cran.

T'as quand même pas fait 250 km pour t'excuser ?

Alors qu'est-ce qui se passe ?

La môme va mal. Je me fais du souci.

- J'ai besoin de toi. - Encore ?

Qu'est-ce qu'elle a ?

Elle a fait 2 malaises, dont un en pleine nuit.

Elle était complètement glacée.

Alors moi, j'attendais.

J'attendais que ça passe, mais non.

"Je suis paralysée des jambes", elle disait. Et des larmes !

J'ai pensé à toi, je te jure.

Pourquoi t'as pensé à moi ?

J'aurais pu te la confier et chercher un toubib.

Ah oui, et ça va être ma faute.

Sincèrement, vous m'emmerdez, tous les deux.

Excuse-moi, j'ai du boulot.

J'ai besoin de toi, je te dis.

J'ai roulé 3 heures pour te demander de l'aide. On est paumés.

Je sais pas quoi faire.

On serait pas trop de deux, je te jure ! Viens.

Montez le fil à 1 mètre. Montez le fil à 1 mètre.

Écoute-moi bien.

Tu veux mon diagnostic ? Je vais te le donner.

Ta femme, elle n'a rien du tout.

C'est dans la tête, que ça se passe. Non. En fait, c'est là.

Et avec elles, c'est toujours là.

Il suffirait qu'un gosse commence à pousser ici,

et elle aurait plus de malaises.

Peut-être que t'arriverais à lui en faire un.

Hein ?

Arrête, on saurait pas qui est le père !

Et alors ? Deux pères, c'est pas un luxe.

- Tu termines à quelle heure ? - Midi.

On passe te prendre et on se tire au bord de la mer.

On passe un week-end ensemble, tous les trois.

Ça lui fera du bien, l'air du large.

- Sincèrement, je suis pas chaud. - Pourquoi ?

Elle te plaît plus ? C'est pas possible.

- Vous me foutez les foies ! - Et nous, on se les fout pas ?

En tête à tête devant le feu ?

Je me sens seul, moi. Tu me manques !

- On se connaît pas ! - J'ai l'impression de te connaître.

J'ai eu le coup de foudre. Avec toi, je peux parler d'elle.

Je l'aime trop, tu comprends ? J'étouffe.

J'ai l'impression d'avoir un secret. Je peux en parler à personne.

Écoute.

Tu vas comprendre.

Tu vois, j'ai mes gosses, j'ai le sport.

Je fais un peu de compétition pour garder la forme.

De temps en temps, je vais à Lille, où j'ai des copains.

On peut pas être deux à aimer la même fille. Ça finirait mal !

Tu me laisses tomber.

Non. Je te demande de garder ta femme.

Et si je te foutais mon poing dans la gueule ?

Alors ? Quel est le programme ?

[musique triste]

Excuse-moi, je peux pas. Il n'y a rien à faire.

Pourtant, j'ai envie de toi. Tu peux me croire.

Une envie terrible.

Je vais t'avouer un truc :

j'ai jamais été dans un lit avec une fille aussi formidable.

Seulement, l'idée de le savoir en bas,

dans cette salle de bistrot, tout seul...

ça me bloque.

J'irais presque boire un verre avec lui.

Vas-y. J'ai rien demandé à personne, moi.

Tu imagines le grotesque de la situation ?

Deux imbéciles incapables de tirer un coup,

avec le mari qui poireaute au bistrot du coin

en attendant que ce soit fini. Où on va ?

Solange, où on va ?

Bernadette, je vais te dire un truc.

Aujourd'hui, je suis heureux. Tu comprends ?

Heureux.

- Je suis pas Bernadette. - Peu importe.

T'as une gueule à t'appeler Bernadette.

- Quoi, ma gueule ? - C'est une gueule de Bernadette.

Tu pourrais pas t'appeler Isabelle.

T'as raison. Admettons que je m'appelle Bernadette.

Je m'appelle Marthe. C'est aussi con que Bernadette.

Alors restons-en à Bernadette.

Je sais pas comment tu t'appelles et je m'en fiche.

Tout ce que je sais, c'est que t'es comme les autres : un pauvre mec.

Complètement à côté de tes pompes. Ça se voit dans tes yeux.

Les gens qui se prétendent heureux, moi, j'y crois pas des masses.

Dès que j'entends le mot "bonheur", je tique.

Qu'est-ce que t'en sais, si t'es heureux ?

T'es amoureux ?

Elle est jolie ?

Elle a un beau cul ? Félicitations.

Aujourd'hui, t'es gagnant, mais demain ?

Qu'est-ce qui t'attend ? T'en sais quelque chose ?

Moi, par exemple, avec ma gueule de Bernadette...

Tu me considères comme une pauvre fille, un boudin.

Dans un certain sens, t'as raison. Je vaux pas bien cher.

Mais un autre jour, dans d'autres circonstances...

il pourrait arriver n'importe quoi, entre nous.

Il suffirait que le hasard donne un petit coup de pouce,

et je deviendrais la femme de ta vie.

Il suffirait que tu te sentes un peu seul,

un tantinet à l'abandon,

et tout d'un coup,

tu trouverais que Bernadette, c'est un joli nom.

Ouais... C'est possible.

T'aurais envie que je te prenne dans mes bras,

que je te console.

Que je te cache au fond de mon lit.

Peut-être.

Il grince, mon lit.

Le sommier est tout défoncé.

C'est pas grave. Moi, je dormirais n'importe où.

Tu sais...

Je suis une fille qui prend toute sa valeur dans le noir.

Je te crois.

Je connais les trucs pour empêcher un mec de dormir.

- Vite ! - Quoi ?

Elle a un malaise !

Voilà. Elle dormira probablement jusqu'à demain matin.

Vous me devez 40 F.

- On partage. - Pourquoi ce malaise ?

- C'est le 4e en moins de 15 jours. - Oh, vous savez, les malaises...

Tellement de femmes ont des malaises...

Les nerfs d'une femme, c'est comme la météo :

on n'y comprend pas grand-chose.

Moi qui soigne essentiellement des marins,

j'ai appris à réfléchir avant de me prononcer.

On annonce du beau temps, et la tempête se lève.

Puis les femmes de marins, elles en ont aussi, des malaises.

- Elle n'est pas enceinte ? - Non.

Encore une chance. Ma piqûre aurait été contre-indiquée.

Tu veux que je te donne mon impression ?

Tu demandais si je m'y connais en gonzesses.

- Oui. Tu m'as répondu : "Bof." - Exact. J'ai répondu : "Bof."

J'y connais pas grand-chose.

Mais il y a au moins un truc que je sais, et ça, j'en suis sûr.

Quoi ?

La différence entre les grandes emmerdeuses

et les emmerdeuses tout court.

Ah oui ? Et alors ?

Je peux t'affirmer une chose :

c'est pas une emmerdeuse tout court.

[le mari] Regarde, on dirait un ange.

Comment veux-tu abandonner quelque chose d'aussi fragile ?

Regarde la veine, là...

comme elle palpite.

Tu t'es jamais demandé tout ce qui peut se passer

à l'intérieur du corps d'une femme

qui dort à côté de toi, dans la nuit ?

Le sang qui circule,

par mille petits canaux, parfois fins comme des cheveux.

Le cœur qui fait son travail de pompe,

au ralenti.

Toute une usine qui fonctionne en sourdine,

sans défense, à la merci de la moindre agression.

Tu l'effleures...

elle se tourne.

Et son pouls s'accélère.

C'est notre boulot, de protéger cette merveilleuse machine,

si délicate...

Attention !

Elle rêve.

- Stéphane ? - Oui ?

Je voudrais te demander quelque chose de grave.

Vas-y.

Si jamais, par malheur, il m'arrivait un accident,

sois gentil, occupe-toi d'elle.

Je voudrais pas qu'elle termine serveuse dans un bistrot pourri.

Je m'occuperai d'elle. Je te promets.

Merci, vieux. C'est gentil. T'es un chic type.

Toi aussi, t'es un chic type.

Tiens, monte.

T'as vu ? Regarde.

Une collection complète du Livre de poche.

5 000 volumes.

Classés par ordre alphabétique.

Carco, Céline, Colette... Que des grands.

Tiens, viens là.

Donne-moi un numéro de bouquin au hasard.

2 147.

Un amour, Buzzati.

Un autre. Vite, vite !

[Solange] 3 427.

Impressions d'Afrique, Roussel.

Continue ! Tu vas m'en dire des nouvelles, de celui-là.

[Solange] 1 536.

Tendre Jeudi.

Steinbeck.

[musique d'opéra]

Hein ?

Le petit père Mozart.

Pas dégueulasse, hein ?

Je vais t'en faire, un enfant. Ça va pas traîner.

Tu vas voir.

Solange ?

Quoi ?

Ce coup-ci, je crois que le malheur est arrivé.

Quel "malheur" ?

Je t'aime.

Mais moi aussi, je t'aime.

J'aurais jamais dû aller dans cette brasserie.

T'es bien ?

Mais oui, je suis bien.

Il y a tellement d'endroits où déjeuner, un dimanche.

Pourquoi justement celui-là ?

À quoi tu penses ?

À rien. Je t'écoute.

Tu crois que je suis rentré dans cette brasserie

parce que quelque chose me disait que t'y serais ?

"Quelque chose" quoi ?

Je sais pas...

Comme une force.

Quelque chose...

Je sais pas, une force qui fait que, de toute façon,

les gens qui doivent se rencontrer... se rencontrent.

Peut-être.

Tu m'as fait sauter une maille.

Quand t'es rentrée, j'ai pensé :

"Encore une qui est accompagnée.

"Encore une qui va me passer sous le nez.

Une que je pourrai jamais aimer."

Voilà ce que je me suis dit. Tout d'un coup...

Incroyable !

Le cadeau, quoi !

T'es là, chez moi.

C'est un fou, ce mec, ou quoi ?

Quel "mec" ?

[Stéphane] Tu nous manques, vieux.

Quand t'es pas là, on se sent...

C'est pas pareil, quoi.

On se sent un peu perdus, quoi.

Je te dis pas qu'on n'a pas quelques moments de bonheur,

mais on n'arrête pas de penser à toi.

Puis, si tu veux...

Si tu veux, te savoir seul, ça nous déprime, voilà.

Allô ? Allô ?

Raoul ?

Allô, tu es là ?

Chut.

Elle dort.

[ils chuchotent] Je la trouve bien pâle.

Je pouvais pas te le dire au téléphone, mais...

Ça va pas ?

Sincèrement, ça va pas. Il y a quelque chose de pas normal.

Je fais tout mon maximum pour essayer de la distraire.

Il n'y a rien à faire.

Impossible de la faire rire.

Impossible de la faire parler. On dirait...

qu'elle se force à vivre. Je sais pas !

- Il faut trouver un truc. - Hein ?

Il faut trouver un truc.

Je lui laisse tous mes disques, elle ne les écoute pas.

Mes livres, elle ne les lit pas. Elle n'a envie de rien !

Tout ce qu'elle fait, c'est du ménage.

Les carreaux, le parquet, la lessive...

- Elle n'arrête pas de briquer. - Elle a toujours aimé ça.

Il y a quand même une question que je me pose.

Quoi ?

Est-ce que, par hasard, elle serait pas un peu con ?

Ménage, tricot... C'est tout son programme.

C'est pas possible.

C'est pas possible.

Non... Je me connais. Je peux pas aimer une connasse.

[Raoul] Solange Cayeux ?

- [docteur] L'évanouissement du train ? - Oui. Où est-elle ?

- Vous êtes des parents ? - Oui. Et vous ?

- Professeur Delambre. - C'est grave ?

- [Raoul] Tout est normal, j'imagine ? - Je comprends pas.

- On demande si c'est grave. - Non.

Alors dites-le.

- Il faut greffer un cœur ? - C'est un mandarin.

Regarde, il est jaune. Votre foie déconne pas ?

Allez, debout. Habille-toi, on se tire.

Vous avez tort de vous accrocher à moi. Je porte la poisse.

- Vous devriez me laisser tomber. - Qu'est-ce que tu dis ?

- Hein ? - Des conneries.

- Pour une fois qu'elle l'ouvre... - Debout !

Où sont tes vêtements ?

- Je viens pas avec vous. - [Raoul] Quoi ? Tu veux pas venir ?

T'entends ça ? Elle veut pas venir.

Debout ! Assez plaisanté.

Non ! Je reste ici, vous entendez ?

Je reste ici. On est bien, ici.

On s'emmerde pas avec des histoires de mecs.

- Ah, c'est notre faute ? - N'insiste pas, on va se tirer !

Foutez le camp ! À quoi ça sert, de vivre ensemble ?

Ça donne rien, même pas une fausse couche !

Il y a plein de filles normales.

Vous avez que l'embarras du choix.

Qu'est-ce que j'ai foutu de mon mouchoir ?

[Solange pleure]

Tiens.

C'est de la part de mon vieux pote Mozart.

Il a su que t'étais malade. Il s'est dit :

"Je m'en vais lui faire une petite musique."

[musique d'opéra]

Putain ! Le mec à la clarinette, c'est pas un manchot.

Cherche pas, c'est le meilleur. Gervase de Brumer.

- Ça te plaît ? - Oui. J'aime bien.

Écoute la reprise de la clarinette.

T'as vu comment il tripote son instrument ?

Alors là, chapeau !

C'est la musique d'un type qui n'a jamais été heureux en amour.

Tu parles ! Le pauvre mec, il est mort à 35 ans.

Tu te rends compte de la perte ?

Époque de cons ! On claquait pour un rien.

Forcément... Ils passaient leur temps à te saigner.

Un rhume, et hop ! Ils te pompaient 2 litres.

Aujourd'hui, c'est les accidents de la route.

Parce que les gens conduisent comme des cons !

C'était quoi, sa maladie, à Mozart ?

On sait pas exactement.

Avec un antibiotique, il aurait écrit 40 symphonies de plus.

Et Beethoven... Il aurait pu s'aligner.

[Raoul] Voilà un type, Mozart...

j'aurais bien aimé le connaître.

Putain ! Et moi !

Quand je pense à toutes les fois où il m'a sauvé de la déprime...

C'est pas compliqué :

avant de te rencontrer, c'était mon seul pote.

L'inviter à becter, tiens... Ça aurait été chouette.

L'emmener à la campagne.

- Il aimait la campagne ? - Bien sûr. Il aimait tout.

Il était pas chiant.

On lui aurait filé la môme.

On lui aurait dit : "Tiens, Wolfgang. Elle est à toi.

Solange, elle s'appelle. Cadeau d'admirateurs."

Il en aurait fait une sonate.

- Dis donc... - Ouais ?

Écoute ça.

- Imagine qu'il se soit réincarné. - Qui ça ?

Ton pote, Mozart. Tu vois le coup ?

Réincarné, bonhomme. Tu me suis ?

Il est là, en bas, dans la rue.

Il marche, un peu étourdi,

avec ses vêtements fripés. Il sait pas où il est.

Il y a personne, dehors. Tout le monde roupille.

Tout d'un coup, qu'est-ce qu'il entend ?

Notre musique. Sa musique.

Son concerto, qui vient de quelque part.

Ça lui scie les pattes. Il en croit pas ses oreilles.

Alors il se laisse guider par le son.

Les larmes aux yeux, il s'approche de notre maison.

Il se dit :

"Une vieille maison. Ça doit venir de là."

Il pousse la porte.

Il entre.

Il hésite.

Il entend mieux sa musique. Ça résonne dans le hall.

Ça l'attire irrésistiblement.

Il se dirige vers l'escalier.

Il se dit :

"C'est impossible qu'il y ait un orchestre dans cette baraque.

Ou alors, c'est que je suis très populaire."

Il s'engage dans l'escalier. Il monte tout doucement.

Marche par marche, avec ses escarpins et ses bas blancs.

À chaque marche, son concerto est plus présent.

1er étage, 2e étage...

Il arrive sur notre palier. Il s'arrête.

Il ne bouge plus.

Il reste là, tremblant.

Juste derrière notre porte. Il écoute,

en retenant sa respiration.

Jamais il n'a entendu son concerto aussi bien joué.

Gervase de Brumer... Un clarinettiste comme jamais

il avait osé en espérer un.

[on frappe]

Il est 3 h, je me lève à 5 h pour les halles.

Arrêtez, ou j'appelle les flics !

Ta gueule et écoute Mozart. Concerto pour clarinette.

Rien à branler ! Moi, j'aime le silence.

Gervase de Brumer, excellent clarinettiste.

Ferme ta gueule et ouvre tes oreilles.

Mais puisque je vous dis que je veux simplement dormir.

Je suis fatigué. Je suis un petit commerçant fatigué.

Je suis pourchassé par les huissiers.

J'ai le fisc au cul, j'ai l'Urssaf au cul,

la caisse de retraite... J'ai la France entière au cul.

Je peux pas dormir à cause de votre musique.

Rien à foutre, de votre Mozart. Je le connais pas.

Je l'emmerde !

Ou alors qu'il me prête du pognon.

Laisse Mozart tranquille : c'est mon pote.

Il avait des dettes. Il avait même pas de quoi se chauffer.

- Il composait quand même. - Il vendait pas des légumes.

Qu'avez-vous contre les légumes ?

Vous en mangez pas, des légumes ?

On préfère la viande.

- Tu bois un coup ? - Non.

Comment ça ?

Tu veux dire que t'es pas picoleur ?

Ta tronche, c'est une réclame pour Casanis.

- C'est interdit par mon médecin. - Les médecins, c'est des cons.

Moins tu les écoutes, mieux tu te portes.

Lève-le, ton vieux coude.

Bois ou je me considère comme offensé.

À la bonne heure !

- Merci, Mozart. - Comment ?

"Merci, Mozart", on dit.

Merci, Mozart.

T'es aussi bien là que dans ton plumard, non ?

- Un autre pastis ? - Non.

On t'accompagnera aux halles. On te portera tes légumes.

Ferme les yeux, bois et écoute Mozart.

J'ai sommeil. Je vous assure.

Il y a un lit. T'as qu'à dormir là.

On te laisse plus partir. T'avais qu'à pas monter.

- Mademoiselle. - Monsieur.

Si t'arrives à la faire rigoler, elle est à toi.

On essaie de lui arracher un sourire depuis des semaines.

Rien à faire. C'est à se flinguer.

On te demande ça comme un service. Fais-la rire.

Je serais ravi, mais je vois pas...

Trouve un truc !

[musique d'opéra]

- Pourquoi tu fais ça ? - Pour que le sang descende.

- J'appelle un médecin ? - Occupez-vous de vos fesses.

Les médecins, on en connaît assez.

- Ça lui arrive souvent ? - Ça lui arrive.

- Très souvent ? - De temps en temps.

- Elle est enceinte ? - Mais non !

Souvent, les 3 premiers mois, elles font des malaises.

Écoutez, pourriez-vous vous occuper de vos affaires ?

On s'occupe des vôtres ?

Nous ne sommes pas voisins, que je sache.

[le voisin] C'est embêtant. C'est très embêtant.

- [Raoul] Qu'est-ce qui est embêtant ? - [le voisin] Ces malaises.

[Raoul] Ça nous préoccupe, je dois dire.

- Elle peut pas avoir d'enfant. - Que lui ont-ils fait, les enfants ?

[Stéphane] Ils lui ont rien fait.

[le voisin] Vous dites qu'elle peut pas les voir.

Non. Je dis qu'elle peut pas en avoir.

Articulez. On comprend pas un mot de ce que vous racontez.

Tu peux demander à ton voisin

de lâcher mon coude ?

[le voisin] Comment ça, elle peut pas en avoir ?

[Raoul] Elle arrive pas à être enceinte. Elle y arrivera jamais.

Qu'est-ce que vous me chantez ?

Elle est faite pour avoir des gosses.

- Ça crève les yeux. - [Raoul] Ben, oui !

Quelque chose bloque.

Débloquez-la !

- Il est drôle. Comment ? - Trouvez un truc.

- Quel "truc" ? - N'importe quoi. Une astuce.

Merde, vous êtes jeunes ! Remuez-vous le cul, putain !

La belle saison approche. Vous faites quoi pour les vacances ?

- Qu'est-ce qu'on fait ? - J'en sais rien.

Il ne faut plus attendre. Creusez-vous les méninges.

♪ [enfants] Dans la forêt lointaine On entend le coucou ♪

♪ Du haut de son grand chêne Il répond au hibou ♪

♪ Coucou, coucou, Coucou, hibou, coucou ♪

♪ Coucou, coucou, Coucou, hibou, coucou ♪

♪ Dans la forêt lointaine On entend le coucou ♪

♪ Du haut de son grand chêne Il répond au hibou ♪

♪ Coucou, coucou, Coucou, hibou, coucou ♪

Messieurs ! Messieurs !

S'il vous plaît !

Je suppose que vous attendez tous avec impatience l'arrivée du dessert.

J'ai le plaisir de vous annoncer

qu'il s'agit ce soir de petits-suisses.

[brouhaha]

[tous] Petits-suisses ! Petits-suisses !

Petits-suisses ! Petits-suisses !

Petits-suisses ! Petits-suisses !

S'il vous plaît !

Le petit-suisse est un fromage frais triple crème

destiné à être mangé avec ou sans sucre,

et non pas jeté dans la gueule de son voisin.

C'est un aliment et non pas un projectile.

J'aimerais qu'on s'en souvienne.

[brouhaha]

S'il vous faut une tête de Turc, que tout le monde en profite.

Oh ! Eh !

Tiens, démaquille-toi.

Tu veux un petit-suisse ?

Moi, vous savez, j'en veux à personne.

Ils s'amusent. Mais on s'amuse pas des mêmes trucs.

- [Raoul] Qu'est-ce qui t'amuse ? - Plein de trucs.

Maths, macrophotographie, astrologie, langues...

[Raoul] T'es une grosse tête, alors.

Coefficient intellectuel : 158.

- [Raoul] C'est beaucoup ? - Largement au-dessus la moyenne.

[Stéphane] Tu te prends pas pour de la merde, alors ?

La question n'est pas là. C'est scientifique. Y a des tests.

De toute façon, soyez pas jaloux. L'intelligence fait pas le bonheur.

On est loin d'être jaloux, nous.

Notre coefficient intellectuel

doit être bon.

Je vous fais passer les tests, si vous voulez.

[Stéphane] J'aimerais savoir

ce qu'il vient foutre avec son QI dans cette colonie de vacances.

Ça, il faut poser la question à mes parents.

[Raoul] C'est qui, tes parents ?

Deux cons.

D'accord, c'est fréquent.

Mais quel genre de "cons" ?

Deux cons tout court. Des cons ordinaires.

Surtout mon père.

Ma mère, à la rigueur, je veux bien passer l'éponge.

De temps en temps, elle a un bon petit sourire.

Puis elle joue encore un peu de piano.

Pas trop mal, mais hélas, ses doigts se rouillent.

Elle travaille pas ses arpèges.

Quant à mon père...

Debout, 6 h.

7 h, il monte dans sa DS,

parce qu'un patron doit arriver avant ses ouvriers

et repartir après ses ouvriers, pour donner le bon exemple.

Ça fait qu'il est de retour à la maison vers...

19 h.

Il enlève sa cravate.

Télé.

Sa chaîne hi-fi qui ressemble à un tableau de bord de Boeing,

il est même pas fichu de s'en servir. C'est moi qui lui explique.

Puis il aime que Wagner. Moi, Wagner, ça m'emmerde.

Je préfère Schubert.

Et Mozart, non ?

Mozart, Mozart, Mozart...

C'est pas mal, une fois de temps en temps.

"De temps en temps" ? Écoutez-moi ça !

T'es intelligent,

mais question oreille, t'es démuni.

Pas du tout ! J'apprécie Mozart à sa juste valeur.

Mais on ne peut pas

écouter que Mozart. - Si, justement !

J'écoute que Mozart. Ça me suffit.

Ça remplit ma vie.

On ne peut quand même pas ignorer Haydn,

Schumann, Brahms... Et je ne parle pas de Beethoven.

Beethoven... Excuse-moi !

Mais ça va pas ?

Ça me dit pas ce que vient branler le fils d'industriel

dans cette colonie, avec des gosses de mineurs et d'immigrés

qui savent à peine se torcher.

On appelle ça :

"L'éducation à la dure dans l'intérêt de l'usine."

- Comment ça ? - Parce que.

Comme je suis destiné à diriger des ouvriers,

il faut, paraît-il, que j'apprenne à connaître ces ouvriers.

À connaître leur mode de vie, leurs réactions,

leurs habitudes...

Tu nous as parlé de tests. Si tu nous les faisais passer ?

Si vous voulez.

Je vois pas l'intérêt.

Si ! Ça pourra nous éclairer.

Oui, oui, oui.

- Ça vous panique ? - Pas du tout.

On n'a rien à cacher, nous.

On va commencer par le plus simple.

Le test de l'arbre.

- C'est quoi ? - Vous allez me dessiner un arbre.

- Quel genre d'"arbre" ? - Un arbre...

Moi, je peux t'en dessiner dix.

Un seul suffit.

- Un platane, un baobab ? - Aucune importance.

Eh bien, allons-y pour l'arbre.

[Solange rit]

[Stéphane] Pourquoi elle rigole, celle-là ?

Ils sont pas beaux, nos arbres ?

Comment tu les trouves ?

Quoi ?

- C'est-à-dire que... - Quoi ?

Ils sont très bien. Ils tiennent debout.

- Pourquoi tu te marres ? - On est des crétins ?

On a dessiné des arbres de débiles ?

Non. Il ne faut pas exagérer...

Elle se fout de notre gueule, t'as remarqué ?

Quand je rigole pas, ça vous inquiète,

et quand je rigole, ça vous inquiète aussi.

- Elle va mieux. - Oui. Beaucoup mieux.

Avant, elle allait mal ?

Toi, occupe-toi de tes arbres.

C'est à qui le tour, ce soir ?

C'est pas à moi ?

Je me pose la question.

La nuit dernière, c'est toi qui as dormi avec elle ?

Justement, j'arrive pas à me rappeler.

Tu déconnes, ou quoi ? Tu sais plus si t'as dormi seul

ou dans les bras de Solange ? - Ben, non.

- [Solange] Qui c'est ? - [les deux] Nous.

[Solange] Ben, entrez.

Tu te souviens qui a dormi avec toi la nuit dernière ?

En ce moment, j'ai le sommeil tellement profond que...

Nous voilà bien avancés.

- Bon. Vas-y, toi. - Non. Pourquoi moi ? Vas-y, toi.

Non, je t'assure.

Ça n'a aucune importance. Ce soir, je veux bouquiner.

Avec lequel de nous deux t'as envie de dormir ?

Et si je dormais toute seule ?

Ah.

- Si tu veux. - C'est ton droit.

- T'en as marre de nous ? - Mais non.

J'ai trop bouffé. Je me sens un peu barbouillée.

Bon. Ça fait rien.

[tous] La bite au cirage ! La bite au cirage !

La bite au cirage ! La bite au cirage !

La bite au cirage !

La bite au cirage ! La bite au cirage !

[tous] Le chouchou ! Le chouchou ! Le chouchou !

Le chouchou ! Le chouchou ! Le chouchou !

[Raoul] Rassemblement !

- Une ligne là ! - Allons-y !

[brouhaha]

...38, 39.

Il en manque un.

C'est Christian !

Qui ?

[Solange] Christian Beloeil.

Beloeil !

[un enfant] Beloeil !

- Vous l'avez vu, Beloeil ? - [tous] Non.

Beloeil !

[Raoul] Beloeil !

[un enfant] Beloeil !

[un enfant] Beloeil !

[tous] Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Beloeil !

Christian ?

Christian !

[musique douce]

Christian !

Christian !

Christian !

Christian !

Je veux pas retourner à la colo.

- Tu veux rentrer chez tes parents ? - Non.

Alors qu'est-ce que tu veux ?

Rien. Je veux qu'on me laisse tranquille.

J'en ai marre d'être un enfant.

Pourquoi ?

J'en ai marre qu'on décide à ma place.

Que des gens moins qualifiés que moi décident à ma place.

Ma mère, par exemple.

Elle avait des difficultés pour avoir un enfant.

Pendant 10 ans, elle s'acharne pour m'avoir.

Mais de quel droit ?

Certains font des pieds et des mains pour ne pas en avoir.

Avoue que j'ai pas eu de chance.

Tu devrais pas parler comme ça.

Mais j'ai rien demandé à personne, moi.

Tu devrais pas dire des choses pareilles, je t'assure.

Pourquoi ?

Parce que.

Tu peux pas avoir d'enfant ?

Non.

Et alors ? T'as pas besoin d'en avoir.

Il y en a assez comme ça.

Je t'en supplie, nous fais pas ce coup-là.

Occupe-toi de ceux qui existent.

Moi, par exemple...

Tu m'as pas porté pendant 9 mois dans ton ventre.

Pourtant, je me sens bien, avec toi.

Il est bien, ton bouquin ?

Il casse pas des briques.

Et le tien ?

Je comprends rien.

[musique douce]

Solange ?

Tu dors ?

T'as pas honte ?

Je faisais rien de mal.

Je voulais simplement voir. Simple curiosité.

- T'as pas demandé l'autorisation. - Écoute, Solange...

Regardons les choses en face.

Tu me proposes de dormir avec toi, dans ton lit.

C'était pour ton bien. Dans le dortoir, ils t'agressent.

Mais j'ai 13 ans, moi. Je suis pas de glace.

Il faut prendre tes responsabilités. J'appelle ça de la provocation.

Je suis désolé.

Sors de cette chambre. Je veux plus te voir.

Je t'en supplie, sois pas vache.

Tu es monstrueux. Va-t'en.

Écoute bien : tu peux pas avoir de gosse, et c'est tant mieux.

Parce que si t'en avais un, il serait malheureux.

Comment ça, "il serait malheureux" ?

Ben, oui. Il y a des moments où...

Par exemple, il aurait envie d'être à côté de toi.

Tout près.

De te regarder, de te toucher.

De te serrer dans ses bras.

Et puis, toi, tu le repousserais.

Viens ici.

Pourquoi tu me dis tout ça ? Je t'ai repoussé ?

Je t'ai déjà fait du mal ?

Et moi ? Tu crois vraiment que je suis monstrueux ?

Oh non ! T'es gentil.

Ne pleure pas.

Je te demande pardon. J'aurais pas dû faire tout ça.

Ça fait rien. C'est pas grave.

- Solange... - Je suis là.

Serre-moi.

Mon petit garçon...

Depuis quelques mois, je sais pas ce qui m'arrive.

Je me sens bizarre.

Ça me prend comme de grosses bouffées. J'étouffe.

Ma poitrine est trop petite pour tout ce qu'il y a à l'intérieur.

Tout m'ennuie, et en même temps, j'ai envie de tout.

Et depuis que je te connais, ça s'aggrave.

Tu crois que c'est normal ?

Oui, c'est normal.

C'est parce que tu commences à devenir un homme.

Tu sens bon.

Il faut que tu sois sage, maintenant.

J'ai quelque chose à te demander.

Quoi ?

C'est assez difficile à expliquer.

Ben, voilà. Dans 10 jours, les vacances se terminent.

On va remonter dans le car, direction le Nord.

On se quittera sur le trottoir, au milieu des valises.

Je grimperai dans la DS des vieux, et on se reverra jamais.

Il faudra que j'attende 5, 6, 7 ans

avant de retomber sur une occasion pareille.

Quelle "occasion" ?

Me retrouver dans une chambre, comme ce soir, avec une femme.

Une vraie femme,

qui pourrait tout me montrer gentiment, comme une amie.

Qui me laisserait jouer avec elle et qui jouerait avec moi.

Sans se fâcher.

Mais tu es trop jeune !

Excuse-moi.

J'ai parfois tendance à prendre mes rêves pour des réalités.

Je commençais à m'imaginer que tu avais mon âge.

C'est idiot.

Je vais m'en aller.

Je vais retourner au dortoir.

Je vais m'endormir en pensant à toi.

Et d'ailleurs,

pendant des années, je m'endormirai en pensant à toi.

- [Raoul] Ils dorment. - T'es sûr ? Attends.

On n'entend pas un bruit. Quoi ?

- On dirait un frottement. - [Raoul] Mais non.

- Mais si ! - [Raoul] Mais non. Allez, viens.

Viens.

[Raoul] Je reconnais qu'il est précoce, mais quand même.

Faut pas exagérer.

Le QI, c'est dans la tête, pas dans la braguette.

[Stéphane] C'est la tête qui commande à la braguette.

[Raoul] Arrête tes conneries. C'est impossible.

[Stéphane] Tu parles ! Moi, j'ai commencé à 13 ans.

- J'étais capable de... - [Raoul] T'es constitué différemment.

- Mais non ! - [Raoul] T'es un sportif...

Ah, vous avez acheté de nouvelles lunettes !

Excusez-moi.

- Tu vas pas voir tes vieux ? - Non.

- Pourquoi ? - Je veux pas y aller.

Comment ça ?

C'est au-dessus de mes forces. Je pourrai jamais.

- Alors, raconte. - Je reste avec vous.

Absolument hors de question !

- Vous allez me laisser tomber ? - Je suis d'accord.

- Pour quoi ? - On le garde.

- Comment ça ? - Elle est cinglée !

Je vous ferai pas chier, merde !

Ne me l'enlevez pas. J'ai besoin de lui.

Bien...

Nous voilà bien.

Qui va expliquer ça aux parents ? Ma pomme ?

Où ils sont, les parents ?

Allez, vas-y. Vas-y, Beloeil.

- Bonjour. - Où est Christian ?

Il est là. Tout va bien. Ne vous faites aucun souci.

Je peux monter à l'arrière ?

- Que se passe-t-il ? - Rien de grave, madame.

Juste un contretemps.

Voilà : Christian ne veut pas rentrer chez vous.

C'est quoi, cette histoire ?

Il ne veut pas.

- C'est une plaisanterie ? - Non.

Et pourquoi ne veut-il pas rentrer chez nous ?

"Parce que vous êtes cons." Je cite.

Je veux bien le croire.

C'est un enfant surdoué. S'il le dit, c'est que c'est vrai.

Christian !

Christian !

[Solange] Christian !

Christian !

Christian !

Christian !

[air d'opéra]

Stéphane ! Solange !

Oh, la vache ! Oh, la vache !

- Solange... - Christian !

Ça va pas ?

Tu as tes cachets ? Dans quelle poche ?

Christian ! Attends-moi !

Qu'est-ce qu'il y a ?

Qu'est-ce que t'as ?

Qu'est-ce que t'as ?

- Qu'est-ce que t'as ? - La jambe cassée.

- Mais non ! - Mais si !

Mais ça va pas ? T'es complètement...

C'est rien. Tu vois bien que tu marches.

Je marche pas ! Je marche, moi ?

- Mais oui, tu marches. - D'accord.

Je vais rentrer à la maison. C'est mieux, je crois.

Oui, peut-être.

Tu passes souvent dans la région ?

Oui.

- On se verra, alors ? - Si tu veux.

- Tu sais où me joindre ? - Oui.

- T'as le téléphone, à Paris ? - Non.

J'ai envie de t'embrasser.

Moi aussi.

Quel âge t'auras quand j'aurai 18 ans ?

Embrasse-moi.

Vous avez des nouvelles du gosse ?

[Raoul] Ces enfoirés l'ont foutu en pension.

[Stéphane] Vraiment, c'est...

le grand gâchis sur toute la ligne.

Et Mlle Solange ?

Ils lui font tout un tas d'examens. Ils cherchent.

Ils peuvent chercher, ils trouveront rien.

Sa maladie, c'est un gosse.

Il faut qu'elle en ait un.

Calme-toi !

Je peux pas ! J'ai envie de tout casser dans l'hôpital.

- Je pensais écouter Mozart. - C'est pas le jour.

Mozart serait là, il raserait les murs.

Il toucherait pas à son clavier. Il se ferait petit.

Bonjour, mademoiselle. Je vous ai apporté des mandarines.

Vous voulez pas en goûter une ?

- Elle est abrutie. - Bourrée de tranquillisants.

- Vous avez trouvé Christian ? - Non. C'est impossible.

On ignore où il est,

en France ou en Suisse. Comment le trouver ?

On a passé 250 appels, 3 jours à La Poste.

Stéphane m'apportait des sandwichs. Demande-lui.

[sonnette]

Monsieur ?

Bonjour, madame. Excusez le dérangement,

mais l'Ifop effectue actuellement un vaste sondage

pour le ministère de la Qualité de la vie.

Accepteriez-vous de répondre à quelques questions ?

Écoutez, monsieur, oui.

Mais il faut que ce soit bref, car je dois m'absenter.

J'ai rendez-vous. Je dois partir à 15 h précises.

Je ne peux pas être en retard.

J'ai une séance de gymnastique corrective avec un kinésithérapeute.

J'ai eu de gros ennuis de vertèbres,

et dans ce cas, il est recommandé de muscler le dos.

Les muscles maintiennent les vertèbres en place,

et si vous n'avez pas de muscles, les vertèbres se déplacent.

Toutes sortes de troubles se manifestent.

Un jour, je me suis retrouvée...

avec un œil grand ouvert.

Impossible de le refermer.

Rassurez-vous, ce ne sera pas long.

- Entrez. - Ne vous dérangez surtout pas.

Nous en avons pour 5 min. Une seule question suffira.

Voici donc ma question :

à partir de combien d'enfants peut-on dire d'une famille

que c'est une famille nombreuse ?

Je ne sais pas.

Trois ? Quatre ?

Cinq ?

À dire vrai, je ne suis pas très qualifiée.

Mais dans la région, sans aller trop loin,

vous avez des familles de mineurs.

Personnellement, je n'ai qu'un enfant.

Un seul, un fils.

Mais je peux vous dire que ce garçon nous donne actuellement

beaucoup, beaucoup de soucis.

Il est sujet à des fugues.

Mon mari et moi avons dû, bien que cela nous répugne,

l'envoyer en pension.

Mais nous avons trouvé ce qu'il y a de mieux.

Un établissement pilote.

Pleine montagne, grand air... Ils font même du ski l'après-midi.

Vous connaissez Saint-Étienne ?

- Non. - C'est là.

- Alors ? Qu'est-ce qu'elle a fait ? - Elle a enlevé sa chemise de nuit.

[tous] Oh, la vache !

Elle était à poil ?

- Oui. - Complètement ?

Oui.

- Elle avait de gros seins ? - Oui.

Et après ?

- Tu l'as pelotée ? - Non. J'osais pas.

Vous êtes restés sans rien faire ?

Elle m'a embrassé.

- Sur la bouche ? - Oui.

- Avec la langue ? - Oui.

Et après ?

- J'ai pas envie de vous raconter. - Pas d'accord.

- Il faut continuer. - Nous laisse pas comme ça.

Voyons, Beloeil...

Sois pas vache.

Elle m'a enlevé mon pyjama.

- Vous étiez à poil tous les 2 ? - Je te crois pas.

J'oblige personne à me croire.

- Tu te fous de nous. - Laissez-le parler.

Et puis ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Elle remuait doucement la tête sur l'oreiller.

Elle avait les yeux fermés.

Elle poussait de petits gémissements.

- Elle avait l'air heureuse. - C'est comment, à l'intérieur ?

- Il y a des poils ? - Non. Pas à l'intérieur.

On rentre facilement ?

Oui.

Et une fois dedans, quelle impression ça fait ?

On est bien. On n'a pas envie de partir.

- Ça fait mal ? - Non. Pas du tout.

J'ai un truc à vous dire.

Beloeil se fout de nous. Il ment.

Il a rien fait du tout !

T'es prêt à jurer que tout ce que tu racontes est arrivé ?

Oui, je le jure.

[musique douce]

[Raoul] Inutile de vous mettre dans tous vos états.

Il ne s'agit pas d'un kidnapping. Il n'y a aucune demande de rançon.

Votre fils passe juste un week-end avec des copains.

Il sera de retour lundi matin au pensionnat, promis !

[Christian] Non ! Je reste avec vous ! Merde !

J'ai dit "lundi matin".

C'est pas un kidnapping ! Tu vas te taire ?

Tu commences à nous fatiguer avec ton histoire de kidnapping.

On est là pour parler cadence, horaires,

augmentation, réintégration des licenciés.

Tu sortiras pas d'ici avant d'avoir discuté.

"Danger de mort", vous savez ce que ça veut dire ?

Un enfant en danger de mort. Un enfant de 13 ans !

Sensible, fragile, désarmé...

- Bonjour. Ravi de vous connaître. - [Christian] Qui c'est, lui ?

[Solange] Un voisin de palier.

Bonsoir.

Vous avez quelque chose de votre maman dans le visage.

- Vous la connaissez ? - Oui. C'est une femme délicieuse.

T'en fais pas, Christian. Je vais te sortir de là.

Il t'arrivera rien de mal. Tu peux compter sur moi.

Je te garderai près de moi et je n'écouterai plus ton con de père.

"Lui former le caractère" ! C'est bien des conneries de PDG !

T'as plus de caractère que lui.

Il s'est fait coincer dans son usine comme un lapin.

Laisse-moi me marrer ! Séquestré, le pater !

Si Mozart était là...

Si Mozart était là,

je peux vous dire qu'il serait plutôt déprimé.

Pourquoi ?

L'idée de retourner au pensionnat lundi matin,

ça lui donnerait pas envie de composer un alléluia.

Sincèrement, vous auriez dû me laisser dans mon dortoir.

Faut pas donner des fausses joies aux enfants.

Solange avait envie de te voir.

Quand elle te voit pas, elle est malade.

À partir de lundi matin, elle sera de nouveau malade.

Ça revient au même.

Kidnapping, tu sais ce que c'est ?

Rapt, enlèvement d'enfant.

Tu veux qu'on finisse en cabane, pour 20 ans ?

Essayez de réfléchir 5 minutes.

Si vous demandez pas de rançon, c'est pas un kidnapping.

Et si l'enfant est consentant,

c'est encore moins un kidnapping.

Ça va chercher dans les 2 ou 3 ans de prison.

Le tout est de savoir si vous voulez que Solange guérisse.

Il faut faire les choses jusqu'au bout.

Correctement.

Ça vous fait peur ?

- Solange ! - Solange !

- Solange ! - Solange !

Solange !

- Elle s'est tirée avec le gosse. - Saleté !

Une femme qui veut un gosse finit toujours par en avoir un.

Solange !

Solange !

Solange !

Solange !

Si on vous dit que le kidnapping n'était pas notre intention,

que notre intention était de ramener le môme au pensionnat lundi matin,

vous allez vous marrer.

Si on essaye de vous faire comprendre

que c'est le môme qui nous a kidnappés,

et que c'est nous, les victimes, vous allez vous fendre la gueule.

Si on vous donne le nom des vrais coupables...

Si on vous dit que les coupables, ce sont les parents du gosse,

M. et Mme Beloeil, 78, avenue du Général-de-Gaulle,

Béthune, Pas-de-Calais, et que c'est eux qu'il faut coffrer,

vous allez nous prendre pour des fous. Alors...

Qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise ?

Voilà nos pognes. Menottez-nous,

foutez-nous en cabane, comme vous voulez.

Elle est vivante.

Délicieuse...

- Qui êtes-vous ? - Un voisin.

Un voisin de palier.

Quel "palier" ?

Mon visage ne devrait pas vous être inconnu.

Nous avons bavardé sur le seuil de votre porte.

J'ai la tête toute vide. Excusez-moi.

Mais où sommes-nous ?

Sur le bord de la départementale 944, au kilomètre 16.

L'endroit est ravissant.

On a de la chance avec le temps. Hier, il pleuvait.

Vous avez dû déraper.

C'est ma voiture ?

Oui, madame.

Ça givrait dans le virage, probablement.

Je ne me souviens de rien. Je crois que j'ai perdu la mémoire.

Soyez sans crainte, je suis un ami.

[musique douce]

Bonsoir, monsieur.

Bonsoir, ma petite Solange.

- Pas de nouvelles de Madame ? - Non. Pas de nouvelles.

Monsieur devrait penser à autre chose.

J'essaye, ma petite Solange. J'essaye.

Et si je te servais un bon scotch ?

Tu sais bien que les médecins sont formels.

Un petit remontant.

J'ai l'impression que tu vas en avoir besoin.

Pourquoi ? T'as des nouvelles ?

Bouge pas. Je vais t'expliquer.

Je t'écoute.

C'est à propos de Solange.

Oui ?

Elle est enceinte.

Ah bon ?

De moi.

C'est pour quand ?

Avril.

Félicitations, mon garçon.

- Je veux te demander un service. - Vas-y.

Dans le coffret de l'intégrale Schubert,

tu vas trouver sur le disque numéro 1

un morceau qui s'intitule "Mélodie hongroise".

Celui que maman jouait au piano ?

Je voudrais bien l'écouter.

Assez fort, s'il te plaît.

Eh ben...

Faire 6 mois de taule pour une salope pareille...

Je préfère être dans ma peau que dans la sienne.

Qu'elle compte pas sur nous pour aller la chercher.

Elle peut rester là où elle est, dans sa merde.

[piano]

C'est pas de Mozart, ça.

C'est de qui, alors ?

J'en sais rien, mais c'est pas de Mozart.

Sous-titrage : ECLAIR V

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